Abbaye

Les offices à l’abbaye

Une vie de prière

 

La vie des moines voudrait être une affirmation de la réalité et de la souveraineté de Dieu, un hommage à sa grandeur, à sa beauté, et à son amour. Ils lui ont consacré tout ce qu’un homme peut offrir; ils s’occupent exclusivement de « Celui qui est».

Ainsi voués à la recherche de Dieu, hommes de prière avant tout, ils ont pour occupation prioritaire la célébration solennelle de la liturgie.

Répartie tout au long du jour, celle-ci occupe une part importante de leur temps. Elle est centrée sur l’Eucharistie.

Les principaux moments de la journée sont ainsi sanctifiés par les offices des Matines, Laudes, petites heures (Tierce, Sexte, None), vêpres et Complies.

Les offices sont célébrés en latin, la Messe selon la forme extraordinaire.

Des livrets sont mis à la disposition des fidèles.

L’église est ouverte de Matines à la fin de Sexte et de None à la fin des Complies.

Une fondation de Solesmes

Le 22 mai 1889, Madame Cécile Bruyère, abbesse de Sainte-Cécile de Solesmes, informe officiellement le Père Abbé de Saint-Pierre, Dom Charles Couturier, de son dessein d’envoyer à Wisques un petit groupe de moniales en vue d’une fondation. 
Elle sollicite trois religieux de chœur, comme chapelains de la communauté, avec un frère convers, espérant bien que ce petit noyau relèvera le glorieux héritage de l’abbaye Saint-Bertin dont les ruines impressionnantes se dressent encore aujourd’hui au cœur de la ville voisine de Saint- Omer. Elle souhaite que le nouveau monastère soit dédié à saint Paul « afin de rappeler le lieu vénérable où prit naissance la Congrégation de France, par la profession de son fondateur » (Dom Guéranger fit profession le 26 juillet 1837 à Saint-Paul Hors-les-Murs, à Rome).
Sur le terrain vallonné et verdoyant récemment acquis, s’élèvent le «Grand-Château » et le « Petit-Château ». Les moines pourront occuper le second, en attendant que les moniales puissent leur céder le premier, le jour où sera achevée la construction du monastère qu’elles envisagent d’édifier sur la coupe boisée qui domine le village.

Le « Grand-Château » ne manque pas d’allure avec son donjon et ses deux tours du XVe siècle, et son corps principal de logis, encadré de deux petites ailes discrètes, du XVIIIe. Quant au « Petit-Château », distant de quelques centaines de mètres, il s’agit d’une élégante demeure de type classique, aux lignes sobres et aux proportions harmonieuses, construite en 1770 puis dotée, vingt ans plus tard, d’une petite chapelle.

Le 23 juillet 1889, le Père Abbé procède à l’installation des moniales au Grand-Château. Au Petit-Château voisin, il faudra attendre le 6 août, en la fête de la Transfiguration, pour inaugurer la vie régulière.

Juillet 1894 : les moniales, à peine installées dans leur nouveau monastère, élisent abbesse Mère Thérèse Bernard, originaire du village voisin d’Hallines. Début août, les moines prennent possession du Grand-Château ainsi libéré. Le 15 septembre a lieu l’érection canonique de la petite communauté en « prieuré simple » , puis, quelques mois plus tard, le 25 avril 1895, en « prieuré conventuel », canoniquement autonome. Cela grâce à des renforts venus de Solesmes, car les vocations ne se bousculaient pas : en quinze ans, il n’y eut que trois moines à faire profession. Le dernier émettra ses vœux le 15 août 1901, quelques jours seulement avant le départ en exil, conséquence de la loi du ler juillet 1901 sur la « liberté d’association » !

Tandis que les moniales ont trouvé refuge à Oosterhout en Hollande, les moines préfèrent ne pas trop s’éloigner, espérant un prompt apaisement des rigueurs anticléricales. La Belgique les accueille d’abord à Honnay, dans la province de Namur, puis, trois mois plus tard, à Montignies-Saint-Christophe, à l’est de Maubeuge. Mais la situation se prolonge et les moines finissent par rejoindre les moniales à Oosterhout. Ils y entreprennent la construction d’un monastère dont les plans sont confiés à Dom Paul Bellot, moine de Solesmes, architecte « DPLG».

Le 18 avril 1907, arrive de Solesmes un nouveau prieur, Dom Jean de Puniet de Parry accompagné de quelques moines envoyés en renfort. Des postulants hollandais se présentent, bientôt rejoints par des français. Le 11 novembre 1910, en la fête de Saint-Martin, le prieuré est érigé en abbaye et Dom Jean de Puniet en est aussitôt élu abbé. Les publications et travaux savants se multiplient: la traduction des œuvres du Vénérable Louis de Blois, celles du mystique flamand Ruysbroek, diverses études sur la liturgie, la spiritualité, l’ histoire de l’Eglise et du monachisme contribuent à porter au loin le renom de la jeune abbaye qui se développe dès lors rapidement.

En juillet 1919, un premier groupe de moniales, toujours accompagnées de deux chapelains, amorce le retour à Wisques. Le Grand-Château est encore occupé par un orphelinat belge. Mais le 3 avril 1920, la vie régulière y reprend enfin ses droits. Pendant huit ans, la communauté de Saint- Paul poursuit une existence bicéphale, jusqu’à l’érection en abbaye de Saint-Paul d’ Oosterhout, le 11 juillet 1928. Dom de Puniet obtient de Rome l’autorisation de résilier sa charge d’Abbé de Saint- Paul de Wisques pour pouvoir être élu Abbé de Saint-Paul d’Oostcrhout. L’abbaye hollandaise poursuivra sa croissance jusqu’à donner naissance à trois autres monastères et même à une nouvelle congrégation bénédictine.

A Wisques, Saint-Pierre de Solesmes donne son maître des novices, Dom Augustin Savaton, pour occuper le siège abbatial devenu vacant. Mais les temps ont changé : les hôtes affluent, et, avec eux, les postulants. Il faut donc songer à construire. On fait de nouveau appel à Dom Bellot, qui confirme avec éclat sa réputation de « poète de la brique ». En octobre 1931 a lieu la bénédiction du nouveau bâtiment qui abrite le réfectoire, une galerie de cloître et deux étages de cellules. U ne collecte est bientôt lancée en vue de la construction d’une église, mais elle sera interrompue par la guerre. La communauté est alors éparpillée : plusieurs moines sont mobilisés, dont certains se retrouvent en Allemagne. Quelques anciens trouvent asile à Richelieu, en Touraine. Fin 1942, le château de Digoine, au diocèse d’Autun, accueille les novices et les étudiants qui y reconstituent un cadre monastique presque normal. Saint-Paul de Wisques, où demeurent quelques moines non mobilisables, devient le siège de l’organisation Todt pour la région.

Une œuvre multiforme

La guerre finie, la communauté est de nouveau rassemblée et la vie reprend avec une ardeur renouvelée, d’autant plus que les candidats se pressent à la porte du noviciat.
Divers talents se révèlent. C’est l’heure des grandes entreprises:
Le Père Boutry, outre sa passion pour la préhistoire locale, lance le « Prêt-Revues », idée originale dont le développement spectaculaire assurera un revenu non négligeable jusqu’à sa fermeture en 1980.

Les Ateliers Monastiques d’Art, ou AMA, permettent à quelques artistes de donner libre cours à leur créativité: Le Père André Bouton, alias « frab », fournit à l’atelier de céramiques des centaines de dessins au caractère très original, pour illustrer les saints patrons et bien d’autres sujets; la sacristie conserve de lui un évangéliaire et un « rituel de bénédictions » entièrement calligraphiés et illustrés de sa main, et le magasin propose encore quelques exemplaires d’une édition limitée de sa « Règle de saint Benoît ».

Le Père Houssain travaille à la création d’ornements liturgiques. Membre de la Commission Diocésaine d’Art Sacré, il se voit confier la « mise aux normes » de plusieurs églises du diocèse à la suite de la réforme liturgique.
Le Père Goossens s’illustre avec autant de talent dans des domaines aussi variés que la tapisserie murale au pochoir, la poterie, la céramique, et même le métal. Quelques paroisses des environs bénéficieront aussi de sa compétence pour adapter leurs églises à la liturgie renouvelée.
Le Père Pierre Cholewka, lui, travaille notamment à la création de vitraux en France et à l’étranger.

L’activité littéraire, elle aussi, est intense dans les domaines les plus variés : le Père Abbé Dom Augustin Savaton rédige le « Commentaire de la Règle de saint Benoît » de Dom Paul Delatte et les « Valeurs fondamentales du monachisme » qui constitueront une sorte de testament spirituel. La spiritualité chrétienne en général ou plus spécifiquement monastique, ainsi que la liturgie sont des domaines privilégiés où s’illustrent entre autres Dom Emmanuel Flicoteaux, Dom Eugène Pichery, Dom Pierre Doyère. Les ouvrages de Dom Charles Poulet ont familiarisé des générations de séminaristes avec l’ histoire ecclésiastique qu’il a été appelé à enseigner à Saint-Anselme, l’université pontificale romaine bénédictine. Plus récemment, Dom Philippe Rouillard y donnera un cours de théologie sacramentaire. Son frère, Dom Edouard Rouillard, est mort avant d’avoir vu paraître l’édition critique des homélies de saint Basile à laquelle il a consacré toute sa vie. Dom Jacques Rousse est l’auteur d’un recueil de poèmes : « Le bonheur est à la porte ». Dom Louis Gaillard enseigne la géographie et exerce, un temps, la fonction de bibliothécaire aux Facultés Catholiques de Lille.

Mais revenons un peu en arrière: le 6 juin 1953, à l’occasion du jubilé sacerdotal du Père abbé, le monastère reçoit en dépôt « Bertine », le vénérable et imposant bourdon de l’abbaye Saint-Bertin, bénit en 1470 en présence de Charles le Téméraire et demeuré intact après l’effondrement, en 1946, de la tour qui l’abritait. Cette vénérable cloche fait aujourd’hui retentir sa voix majestueuse les jours de solennité. Elle est unanimement admirée par les fondeurs pour son élégance et sa sonorité.
En 1955, c’est l’ouverture d’un nouveau chantier. Il s’agit de construire un oratoire et une seconde galerie de cloître, surmontés d’un étage de cellules, perpendiculairement au bâtiment du réfectoire. Dom Bellot est mort en 1944 au Canada; les travaux sont confiés à son disciple, Monsieur Joseph Philippe.

En 1960, Dom Augustin Savaton, après trente-deux ans d’abbatiat demande à être relevé de sa charge. Le 22 février, Dom Jean Gaillard est élu par la communauté pour lui succéder. Théologien et liturgiste, membre de la Société d’Etudes Mariales, il collaborera à « Esprit et Vie », rédigeant des notes pour l’ homélie du dimanche, sur un cycle de trois ans. Les « Solennités pascales » (1952), ouvrage réédité en 1961 à la suite de la réforme des célébrations de la Semaine Sainte de 1955, connaît une nouvelle réédition suite à la réforme liturgique post-conciliaire de 1963 : « La liturgie pascale – Semaine Sainte et Pâques » sera publié en 1988 aux éditions du Cerf.

Le 1er Octobre 1966 : le Père Henri Guilluy quitte l’abbaye sans autre appui que la bénédiction de ses supérieurs, pour fonder ce qui deviendra la Congrégation Notre-Dame d’Espérance. Celle-ci permet à des candidats malades, handicapés ou de faible santé de devenir moines à part entière, en suivant la règle de Saint Benoît selon un rythme qui leur est adapté. La Congrégation compte aujourd’hui une quinzaine de prieurés.
Le Père André-Marie Foutrein, après avoir un temps participé à cette aventure, s’est finalement installé dans une maison voisine du même village de Croixrault , qu’il a vite transformée en une ruche bourdonnante d’activités diverses, toutes orientées vers le service et l’accueil des pauvres, en particulier le soutien de l’ œuvre du Père Pedro, à Madagascar.

En 1968, l’architecte Joseph Philippe se voit confier l’aménagement du magasin et des parloirs ainsi que la construction d’une hôtellerie qui comporte 15 chambres individuelles et 2 chambres doubles, une salle de réunions, une salle à manger et un oratoire. L’harmonie de la brique et du bois contribue à y créer une atmosphère chaleureuse et paisible propice à un temps de retraite.
En 1985, Abba Jean aspire au repos. Le Père Abbé Président nomme alors prieur-administrateur Dom Gérard Lafond, moine de St-Wandrille, qui sera élu abbé deux ans plus tard. C’est sous son abbatiat que sera célébré en 1995 le centenaire de l’érection canonique du monastère.

Le monastère aujourd’hui

En 1997, le Père abbé, met en œuvre le « Projet Nouveau Regard » (www.lemediateur.net/projetnouveauregard) dont il présente ainsi le but:
« Je réfléchissais à une contribution souhaitable des moines bénédictins – et particulièrement de ma communauté de Saint-Paul de Wisques – à la nouvelle évangélisation dans la perspective du grand Jubilé de l’an 2000. Je me suis posé la question Qu’est-ce que les moines peuvent apporter aux hommes et aux femmes de notre temps (à part les produits de leur artisanat ?). De toute évidence, ce qui fait l’essentiel de notre vocation contemplative: une rencontre et un partage du regard contemplatif sur Dieu, sur l’homme et sur la création avec d’autres regards: ceux des scientifiques, des artistes, des penseurs, des personnes impliquées dans les relations humaines … De cette rencontre – de cette convergence des regards enrichis les uns par les autres et tournés vers le Christ – devrait naître un regard nouveau, tout à l’opposé des idéologies qui ont déshonoré le XXe siècle. Au regard fragmenté sur un monde éclaté devrait se substituer un regard unifié sur un monde en communion. « 

Le web, cependant ne dit pas tout. Des amis dévoués et des hôtes assidus contribuent avec bonheur au rayonnement du monastère. L’Association des Amis de l’abbaye Saint-Paul de Wisques soutient et organise des activités : ainsi, le quatrième mardi de chaque mois, est proposée une journée de réflexion et de prière, entre la messe et les vêpres, avec un enseignement le matin et un échange l’après-midi et participation aux offices monastiques.
Le premier vendredi du mois, après la messe, un cours biblique est donné par un prêtre ami.

Quelques groupes plus ou moins informels, enfin, se réunissent ponctuellement ou selon des périodicités variées, pour l’étude du Catéchisme de l’Eglise catholique, par exemple, ou la méditation du rosaire ou une journée de récollection …

Les groupes scolaires et les retraites de profession de foi mettent souvent une joyeuse animation à l’hôtellerie.
L’oblature offre à des jeunes et moins jeunes, couples et célibataires, la possibilité d’un lien spirituel avec la communauté, entretenu et fortifié par des journées de récollection.

Le 22 février 2005, en la fête de la Chaire de Saint-Pierre, le Père Jacques Lubrez, prieur, a été élu cinquième abbé de Saint-Paul. Le mercredi de Pâques suivant, la bénédiction abbatiale lui était conférée par Mgr Jean-Paul Jaeger, son ancien condisciple au séminaire d’Hazebrouck, devenu évêque d’Arras, Boulogne et Saint-Omer.

En guise de conclusion, voici ce qu’écrivait le Père Jacques, quelques semaines avant sa mort survenue le 22 avril 2009, en la cinquième année de son abbatiat :

 » Aujourd’hui en 2009 : 120 ans après la fondation, la communauté connaît une situation de précarité étant donné le nombre réduit de ses membres (16), la moyenne d’âge élevée (70 ans) et l’absence de nouveaux candidats depuis de longues années. La faiblesse des moyens humains rejaillit sur le plan économique. Les AMA (Ateliers Monastiques d’Art) connaissent un déclin réel (baisse de la demande, manque d’artistes créateurs et de main d’œuvre monastique, problèmes survenant à cause de la qualité des matériaux de base disponibles aujourd’hui).

Malgré ce handicap, la communauté demeure tournée vers l’avenir et fait sien plus que jamais le cri de foi de l ‘Apôtre Paul, devise du monastère « Scio cui credidi » (Je sais en qui j’ai mis ma foi). Pourquoi? Parce qu’un monastère n’est pas une entreprise humaine, même s’il est soumis à certaines de ses composantes et lois de fonctionnement. Un monastère – ou mieux la communauté qui lui donne vie – est un mystère. Sa raison d’exister, son rayonnement spirituel ne dépendent pas avant tout d’une prospérité économique, de contributions culturelles littéraires ou artistiques, mais d’un projet dont elle n’est pas l’auteur, celui de Dieu qui appelle chacun des frères de la communauté à se convertir en marchant à la suite du Christ dans la voie tracée par saint Benoît en ce lieu précis. Les moyens pauvres, l’apparence extérieure marquée par la faiblesse ne peuvent jamais être un obstacle à l’action de Dieu qui se plaît à se servir de ce qui est petit et faible pour accomplir son œuvre.
Dans un monde où la productivité, la performance, la rentabilité, l’efficacité sont les critères de valeur et de sens, une communauté monastique précaire qui, jour après jour, essaie, avec les moyens pauvres qui sont les siens, de continuer son témoignage de prière, de travail sous le regard de Dieu et de vie fraternelle est un signe d’espérance. Sa situation la rend solidaire de tant d’hommes et de femmes inquiets pour le lendemain. Elle la ramène à l’essentiel : témoigner de Dieu dont l’amour est l’unique force et joie des pauvres.

Une situation de précarité n’est pas seulement et avant tout un problème à résoudre par des mesures adéquates, mais surtout un appel à l’inventivité, à faire du neuf sans chercher à se cramponner à des formes du passé. Presque toujours, la nécessité engendre la créativité. Avec Dieu, c’est quand tout semble perdu que tout recommence. »

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