100 C. Les compagnons d’A.v.Speyr

 

100 C

Les compagnons

d’Adrienne von Speyr

 

296 – La liberté – Je suis persuadée que chaque être humain, à un moment de sa vie, aussi bref soit-il, reçoit la révélation de la transcendance. Dieu fait signe à tous. Dieu s’invite dans nos vies, comme dit Stan Rougier . L’homme ou la femme y répond ou n’y répond pas, dans sa pleine liberté (Roselyne Bachelot).

297 – Le coucher – « A quoi ça sert d’aller à la messe ? » demandait un garçon au Père Sesboüé. Il répondit : « A rien, absolument à rien. Mais cela ne sert à rien non plus d’embrasser tes parents le soir avant de te coucher (Bernard Sesboüé).

298 – Le pape – Qu’il soit croyant ou non, chacun s’imagine en savoir déjà assez du christianisme. C’est bien présomptueux. Qui peut se vanter de connaître à fond la Bible ? De saisir la portée de chaque article du credo ? De comprendre les dogmes et leur raison d’être ? D’avoir élucidé tous les mystères ? De ne plus rien avoir à découvrir des mœurs divines ? La catéchisme est toujours à refaire, à réapprendre ou du moins à compléter et à approfondir… Même le pape se fait prêcher le carême (Jean Duchesne).

299 – L’incompréhensible – Le Royaume de Dieu, c’est que Dieu a voulu se tourner vers l’homme avant même qu’il fût créé… dans l’intention incompréhensible et mystérieuse d’entrer en communion avec lui (Karl Barth).

300 – Le problème – Ce que je déplore un peu, ce sont les gens qui n’ont pas la foi. Il leur faut un courage fabuleux pour continuer à vivre sans croire en quelque chose ou en quelqu’un. Ils agissent selon leur conscience sans pouvoir invoquer un présence au-dessus d’eux… Quand je vois des gens qui ne croient plus en Dieu, je leur dis : « le problème n’est pas là« . Il est plus important de savoir s’il croit en vous que de savoir si vous croyez en lui (Robert Hossein).

301 – Le rôtisseur – Enfer chrétien, du feu. Enfer païen, du feu. Enfer mahométan, du feu. Enfer hindou, du feu. A en croire les religions, Dieu est né rôtisseur (Victor Hugo).

302 – La sollicitude – Voulez-vous savoir si Dieu est là ? Quand vous vous tournez vers lui, avez-vous la sollicitude du genre humain (Saint Augustin).

303 – Le social – L’homme peut trouver dans un combat social ou humanitaire des raisons de vivre. Mais ces engagements ne suffiront pas à répondre à la question du fondement dernier de toute existence humaine (Bertrand Révillion).

304 – Le silence – Demandez à votre Père du ciel tout ce que vous voulez et vous l’aurez… Et parfois et souvent les cieux se taisent. La Cananéenne demandait et demandait et le Seigneur faisait la sourde oreille. Pour finir, ce son les apôtres qui ont supplié pour elle, pour qu’elle les laisse en paix (Mt 15,21-28).

Pourquoi le silence de Dieu ? L’homme dans la souffrance tend les mains et il a l’impression que les cieux ne l’entendent pas. « Pourquoi m’as-tu abandonné ? » « Du fond de l’abîme je crie vers toi, Seigneur. Du fond de l’abîme, du fond du gouffre, mais les cieux se taisent. Pourquoi ? Pourquoi ne répondent-ils pas quand passent la maladie et la mort, quand règnent l’injustice et le mensonge ? « Voyez tout le mal qui se fait sur la terre, et votre Dieu n’entend pas, et votre Dieu ne répond pas ! »

Le silence du christ avec la Cananéenne nous donne à penser que ce silence n’est pas sans raison. Bien sûr , nous ne pouvons pas pénétrer les mystères de Dieu. Quand les gens s’éloignent de Dieu, se détournent de sa loi, que peuvent-ils récolter de bon ?… Il nous semble que le Christ n’est pas à nos côtés. Il nous aide invisiblement… Ne pensons pas que les cieux se taisent. Le regard de Dieu est fixé sur chaque âme, chaque destinée. Il nous attend. Il nous questionne. Il nous bénit et il nous sauve tous (Alexandre Men).

305 – Le combat – Jésus ne nous fait pas demander d’être délivrés du combat contre le mal, mais simplement de ne pas succomber à son emprise (Christian Chabanis).

306 – La nécessité – La foi ? Le chemin vers Dieu ? On ne va pas vers Dieu, c’est lui qui vient à nous. La foi ne m’a été donnée d’un coup. Il y a les souvenirs d’enfance, les drames de l’adolescence, la révolte, l’impossibilité de croire, la révolte… Et un jour un livre sur une table (un livre sur la foi, exactement celui qu’il fallait)…

Progressivement ce qui était plaqué s’intériorise, ce qui était superfluité devient nécessité. Dix ans pour se construire avec Dieu un rapport personnel, puis vingt ans pour approfondir et commencer à comprendre. Est-ce trop ? Pouvait-on faire plus vite ? Sincèrement, je ne le crois pas. De toute façon, ce n’est pas mon affaire (Pierre Chaunu).

307 – L’accomplissement – La foi s’occupe au fond du sort de l’homme. L’homme a besoin de savoir qu’il ne s’est pas fait lui-même (création). Il a besoin d’être révélé à lui-même (révélation). Il a besoin d’entrevoir que sa vie est arrimée à quelque chose qu’il ne sait pas encore (rédemption). L’homme est un être créé, révélé, sauvé. Un être en quête d’accomplissement (Adolphe Gesché).

308 – L’enfant – L’infini s’exprime dans les enfants plus librement qu’ailleurs. Comme ils sont des enfants, ils sont en prise directe avec Dieu… Ce n’est pas parce que l’on est un enfant que l’on ne porte pas l’infini en soi. On peut avoir trois ans et avoir tout compris de l’infini de la vie (Bertrand Vergely).

309 – La vie – Pâques commémore l’événement qui est la plus sublime affirmation de la vie. Pâques est le nom propre de l’espérance chrétienne. La résurrection est purement incroyable. Aucun homme n’est revenu de là-bas. Aucun, si ce n’est cet unique… Si Dieu est cet amour sans bornes qui a créé la vie, comment pourrais-je intellectuellement prétendre lui interdire la puissance de ressusciter les morts ? Je ne peux pas imaginer Dieu à la mesure de mon esprit fini. Qui accède à quelque chose de la lumière pascale sait que le meilleur de l’homme ne saurait demeurer au tombeau. Du moins il le désire (Guy Coq).

310 – Le pauvre bougre – Un des oncles de l’Abbé Laurentin, au terme d’une vie athée, se mit à entrer dans les églises pour y dire : « Mon Dieu, si vous existez, ayez pitié du pauvre bougre que je suis » (René Laurentin).

311 – Le malheur – Dieu a voulu un monde bon. Il est innocent du mal, mais pas indifférent à notre malheur (Jacques Loew).

312 – Le cœur – Le Christ est la plénitude de la révélation divine. Si vous ne pouvez pas l’admettre, je vous préviens tout de suite que je ne vais pas me lancer dans une controverse : la vérité du christianisme est si grande qu’elle ne se prouve pas, elle se découvre. Quand le christianisme se découvrira à vous, quand le Christ se mettra à parler à votre cœur, alors on n’aura pas besoin de vous prouver que rien ne peut remplacer la révélation chrétienne, tout est là : Dieu, le salut de l’homme, la voie du salut et la résurrection des morts. Le christianisme a englobé tout ce qui, d’une façon ou d’une autre, se trouve dispersé dans les autres religions, mais il a donné ce qu’elles n’avaient pas (Dimitri Doudko).

313 – Le bien – Qui a le cœur pur, demande Bonhoeffer ? C’est celui qui ne souille son cœur ni avec le mal qu’il commet ni avec le bien qu’il fait (François Varillon).

314 – Le tricot – Une chrétienne orthodoxe se plaignait un jour de ne pas savoir prier. Un évêque lui a dit : Eh bien, tricotez ! Asseyez-vous devant une icône du Christ et tricotez. Elle a ainsi appris à prier, simplement en se mettant en présence du Seigneur, en retrouvant une certaine intimité avec lui, d’une façon tout à fait naturelle. Si on aime vraiment le Seigneur, on fait tout en sa présence (Cyrille Argenti).

315 – Le voyage – La vie terrestre est un moment de la destinée totale de l’être humain, et cette destinée continue au-delà de ce que nous appelons la mort. Il y a tout un immense voyage spirituel vers ce Dieu dont l’Apocalypse nous dit qu’il essuiera toute larme de nos yeux (Olivier Clément).

316 – Le retour – L’histoire sainte n’est rien d’autre que l’histoire de l’humanité dans son retour sinueux vers Dieu (François Varillon).

317 – Le loto – « On ira tous au paradis ». Beaucoup se rassurent à bon compte… Triste ciel où on aboutirait sans le vouloir et même sans le savoir. Dieu loto suprême où tout le monde gagne, qui ne coûte pas cher et ne rapporte rien. Certes on peut devenir saint en quelques instants. A preuve le bon larron. Mais j’aurai toujours à choisir un Amour qui pardonne. Le purgatoire, c’est le creuset du parfait amour pour tous. On n’entre pas chez Dieu les mains dans les poches. A Moïse il est prescrit : Enlève tes sandales parce que le lieu où tu te trouves est une terre sainte. Si Dieu n’était que miséricorde, ce ne serait pas juste. Si Dieu n’était que justice, ce serait écrasant. Le purgatoire, c’est l’invention du mélange de la justice et de la miséricorde (Alain Bandelier).

318 – L’interrogation – La foi n’est pas évidente habituellement, elle peut le devenir. L’homme est un être de recherche. Mais même s’il va jusqu’aux limites de son âme, il n’y rencontre pas Dieu à visage découvert. L’homme est une « pièce en quête d’auteur », s’interrogeant sur son origine et sa destinée. C’est cette interrogation sur lui-même qui l’a conduit à écouter la voix qui lui venait d’en haut (Marcel Neusch).

319 – Le temps – Pourquoi prier ? Pour rien, tout simplement parce que Dieu est Dieu. J’exerce cette gratuité en coupant le courant de l’activité humaine et en offrant du temps, le temps qui est ce qu’il y a de plus foncier dans l’existence humaine (François Varillon).

320 – Les particules – Dieu : non seulement il existe, mais il nous entoure, il nous enveloppe et il nous traverse, comme nous les sommes sans cesse à notre insu par quantité de rayons et même de particules qui ne nous sont pas moins insaisissables (André Frossard).

321 – Les vieillards – En face de l’évangile, ce n’est pas d’être peu nombreux qui est grave, c’est d’être immobile ou de marcher comme des vieillards (Madeleine Delbrel).

322 – Le rock – Un chanteur de rock, mort à la fin de l’année 1991, un Anglais, disait : « La seule chose dont nous avons tous besoin, c’est une relation d’amour durable ». Pourtant aucune relation humaine ne peut nous combler. Et aucune non plus n’est durable pour toujours. Il nous manquera toujours quelque chose. La raison en est que nous avons été créés pour vivre en relation avec Dieu. Jésus a dit : « Je suis le chemin ». Lui seul peut nous introduire dans cette relation avec Dieu qui continue dans l’éternité. Une fois que nous avons fait l’expérience de cette relation avec Dieu, le sens et le but de notre vie deviendront clairs. Désormais nous comprenons pourquoi nous avons été créés (Nicky Gumble).

323 – L’orphelinLes sociologues qui analysent les comportements et les valeurs des Français depuis vingt ans constatent ceci : toutes leurs conditions d’existence se sont améliorées, et pourtant les Français sont de plus en plus frustrés et inquiets. Pourquoi ? Les réponses sont multiples peut-être. Mais il y en a une qui dit ceci : On commence à comprendre que l’une des racines de nos difficultés de vivre est l’oubli d’une des composantes essentielles de l’être humain : l’âme. Le déclin de la religion entraîne une souffrance psychique inédite. On vit très bien sans religion, mais on vit avec des difficultés nouvelles. L’individu se remet mal de la disparition du religieux. Il se retrouve orphelin, sans vraies références pour se construire. En refusant Dieu, l’athéisme contemporain compromet les chances de l’homme. Il s’interdit une certaine idée de l’homme qui le veut plus grand que sa condition mortelle. L’être humain n’est pas capable de tout résoudre par lui-même (Monique Hébrard).

324 – Babel – La tour de Babel. Un midrash célèbre explique ainsi le châtiment porté par Dieu contre les bâtisseurs de la tour : pendant la construction, un homme tombe un jour d’un échafaudage et se tue ; les constructeurs, obsédés par le désir d’achever rapidement le monument qui doit faire leur célébrité, prennent à peine garde à cette mort : ils se bornent à faire enlever le corps sans interrompre le travail. En revanche, quelques jours plus tard, un pan de mur s’écroule ; les entrepreneurs se lamentent, pensent aux heures de travail perdues, à leur prix de revient. Un pan de mur qui s’écroule compte beaucoup plus pour eux qu’un ouvrier qui se tue : c’est l’une des raisons pour lesquelles Dieu se décide à les punir (Robert Aron).

325 – La liberté – Avec la liberté que Dieu nous donne, nous pouvons nous décider même contre Dieu (Sœur Emmanuel à Medjugorje).

326 – Le consentement – Dieu veut nous accueillir avec amour, ce qui suppose que d’abord nous l’accueillions en consentant librement à ce qu’il veut (François Varillon).

327 – La mémoire – L’homme devant Dieu. Nous ne sommes pas orphelins dans la prison indéfinie du monde, Dieu est la source d’une vie plus forte que la mort. Le néant n’existe pas. Notre vérité d’homme, dès ici-bas, c’est la résurrection. Mission de l’Église : rendre aux hommes la mémoire de l’éternité (Olivier Clément).

328 – La question – Quand un enfant se sait aimé de Dieu, il ne se pose pas de question inutile (Patrice de la Tour du Pin).

329 – L’archange – Je suis créé pour faire ou pour être ce pour quoi nul autre que moi n’est créé. J’ai une place dans le dessein de Dieu, dans le monde de Dieu, qui n’est celle d’aucun autre. Riche ou pauvre, estimé ou méprisé des hommes, Dieu me connaît et m’appelle par mon nom. Dieu m’a créé pour lui rendre un service défini, il m’a confié une œuvre qu’il n’a confiée à aucun autre. De quelque manière, je suis nécessaire à Dieu pour ses desseins, aussi nécessaire à ma place qu’un archange à la sienne. J’ai une part à ce grand œuvre ; je suis un anneau de la chaîne, un lien d’union avec d’autres. Il ne m’a pas créé pour rien. C’est pourquoi je me confierai à lui quoi qu’il en soit ; où que j’aille, je ne serai jamais perdu, ni rejeté par Dieu (Newman).

330 – Les philosophes – Ils sont philosophes, les enfants. « Où étais-je quand je n’étais pas encore en vie ? » Que répondre ? Tu étais déjà dans la pensée de Dieu (Bernard Sesboüé).

331 – Le vide – Il y a des gens qui disent se passer très bien de l’idée de Dieu. Dieu n’existe pas. On n’y peut rien. Vivre du mieux qu’on peut. En attendant la mort, c’est-à-dire le néant. Il y en a aussi que l’absence de Dieu trouble : les satisfactions que je cherchais pour combler une vie, un vide, une nostalgie, ont réussi parfois, mais si peu , à masquer le malaise existentiel. Elles m’ont distrait mais ne peuvent plus le faire. Les douleurs, chagrins, échecs m’ont toujours semblé plus vrais que les rencontres ou le plaisir. J’ai toujours essayé de vivrejavascript:;, mais je suis toujours passé à côté de la vie. Je crois que c’est ce que ressentent la plupart des hommes (Ionesco).

332 – Les chemins – Jésus, Dieu incarné, Dieu fait homme, triomphe de la mort et nous ouvre par sa résurrection les chemins d’une vie mêlée d’éternité, dès maintenant et pour toujours (Olivier Clément).

333 – La fleur – La foi n’est pas une fleur plantée une fois pour toutes : il faut l’arroser, la cultiver (Christine Boutin).

334 – Le pardon – Aucune relation humaine, même l’amour et l’amitié, ne dure sans le pardon. Les êtres humains se cherchent à tâtons, se rencontrent et se blessent. Le pardon est nécessaire à tous les niveaux (Jean-Claude Barreau).

335 – Le branchementCroire, c’est se connecter avec Dieu. Dieu est tel qu’il ne peut être atteint que par la foi. La foi est un don de Dieu. Les incroyants utilisent la formule pour s’excuser de ne pas avoir la foi. Peut-être même, plus ou moins consciemment, pour accuser Dieu ne pas la leur avoir donnée… Par la foi, nous acceptons de nous brancher sur Dieu… Dieu ne nous demande rien. Il attend de nous que nous acceptions ce qu’il nous donne, ce qu’il veut nous donner : la vie éternelle (Rémi Brague).

336 – La mission – Le christianisme, selon la mission reçue de Jésus, veut faire de touts les nations des disciples, de telle sorte qu’il n’y ait plus qu’un seul peuple de Dieu et un seul Seigneur (Cardinal Lustiger).

337 – La nuit – Croire, c’est passer de la nuit à la certitude (Patrick Kéchichian).

338 – Les toilettes – Gandhi faisait le travail d’un intouchable en nettoyant les toilettes tous les jours (Jean Vanier).

339 – L’abandon – L’amour ne peut être un oui total que si une personne s’ouvre à l’autre dans l’abandon (Édith Stein).

340 – La victoire – La Bonne Nouvelle ? Celle de la victoire du Christ sur la mort (Timothy Radcliffe).

341 – L’amont et l’aval – L’Ecriture est la norme et la source de la foi. L’Ecriture du Nouveau Testament ne saurait être dissociée de son contexte : l’amont (la tradition vétérotestamentaire), l’aval (la lecture faire par la tradition patristique et toute l’Église). Mais « l’Écriture sans l’Esprit n’est rien » (Angelus Silesius et des auteurs récents).

342 – Les confidences – A mesure que les hommes approchent de leur fin, il leur en coûte moins de faire des confidences (Newman).

343 – Les éprouvés – Le prêtre doit être un homme de souffrance pour pouvoir aider ceux qui sont éprouvés (Mgr Georges Khodr).

344 – La leçon – Faire la leçon aux gens, c’est leur manquer de respect. Il ne faut jamais faire la leçon aux gens, sauf aux enfants bien sûr, mais là il s’agit de la pédagogie (François Varillon).

345 – Le pardon – Prière du Christ en croix : Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. Ce n’est pas un pardon que Jésus accorde, mais une prière adressée au Père. Cette parole résonne à travers les siècles. Jusqu’à la fin des temps elle est la parole de réconciliation suprême avec le Père, l’intercession filiale pour ce monde que Dieu a tant aimé (Jn 3,16). C’est le point culminant de l’offrande par Jésus de sa propre vie, qui implique et inclut cette demande que Dieu pardonne aux hommes.

Cette prière de Jésus sur la croix embrasse tous les temps et tout l’espace, du commencement jusqu’à la fin des temps. Nous sommes tous concernés par cette prière de pardon que le Christ adresse au Père, car nous sommes tous solidaires de ses bourreaux. Le moindre refus de Dieu nous rend solidaires de ceux qui l’ont crucifié. Le Christ ne déclare pas de lui-même : « Je vous pardonne », il se réfère à plus haut que lui : Mon Père est plus grand que moi. C’est au Père qu’il s’adresse avant la Passion : Je supplierai le Père et il enverra l’Esprit qui vous parlera de moi (Jn 14,16 ; 15,26). Au Golgotha, Jésus continue à supplier le Père de pardonner aux hommes. Ce pardon du Père descend sur le monde, car c’est le Père qui est blessé. Le Père n’est pas insensible devant la passion, la souffrance, la déchéance de l’humanité qui s’éloigne de lui à une vitesse infinie. Le Père souffre d’une blessure d’amour et le point culminant de sa souffrance, c’est la mort du Fils qu’il envoie dans le monde, ce monde qu’il « a tant aimé ». Le signe du pardon de Dieu sera, jusqu’à la fin des temps, le don de l’Esprit Saint (Boris Bobrinskoy).

346 – La soif – Dieu se donne aux hommes selon leur soif : à certains, qui ne peuvent boire davantage, il ne donne qu’une goutte, mais il aimerait donner des ondes entières afin que les chrétiens puissent à leur tout désaltérer le monde (dans Paul Evdokimov).

347 – Le leurre – La foi paraît chose étrange, difficile, insaisissable, quelquefois scandaleuse, voire ridicule à ceux qui se tiennent dehors. Et il arrive que la foi s’impose comme l’évidence, la seule évidence, la seule cohérence. Ce qui est absurde, ce n’est pas la foi, mais le monde sans la foi. Il y a une vérité unique pour tous ceux qui ont reçu de Dieu la certitude de la toute-puissante volonté salvatrice de Dieu qui s’est fait connaître sous les traits du Christ mort et ressuscité. Le contraire de la foi, c’est la volonté de l’homme d’être autonome, de ne dépendre de personnes au-dessus de lui, c’est le péché d’Adam, le péché d’origine. Mais l’autonomie est un leurre. Plus encore qu’une faute, elle est est une erreur. L’homme n’est pas un dieu dans le cosmos, il devient une conscience de plus en plus douloureuse de soi-même sous le regard absurde de la mort (Pierre Chaunu).

348 – Le pain – Un critique s’était gaussé de Claudel en lui disant qu’il avait retrouvé dans cette conversion « la jolie foi » de son enfance. Réponse de Claudel : Si l’incroyant qu’il était, poussé par la grâce de Dieu, se décide à faire le pas décisif, ce n’est pas parce que la foi est jolie (quel mot!), c’est parce qu’il ne peut pas plus s’en passer que de pain (Paul Claudel).

349 – Le secret – A l’injonction d’aimer Dieu, le chrétien répond essentiellement par l’acte de foi : Je crois en Dieu, le Père tout-puissant, Créateur du ciel et de la terre. Cette confession de foi représente pour l’homme un acte d’amour suprême envers Dieu, du moins si cette parole est prononcée comme une conversion à l’amour de Dieu ainsi qu’elle l’est dans la bouche d’un converti qui en a payé le prix existentiel. Une longue histoire de l’humanité à la recherche du secret de la vie et du bonheur s’achève dans cette parole. C’est dire à chaque fois qu’on veut persévérer dans l’alliance de vie avec Dieu. C’est une déclaration de foi, mais aussi d’amour de Dieu. Mais le terme amour, on le sent trop chargé de sentimentalité, et on préférera l’éviter. Dire de toute sa conscience éveillée : Je crois en Dieu, le Père, ça inclut bien l’amour (Antoine Vergote).

350 – Le désirSi tu as le simple désir de connaître Dieu, tu as déjà la foi (Saint Augustin).

351 – Le savoir – Si tu rencontres quelqu’un qui te dit : « Je sais que Dieu n’existe pas », ce n’est pas un athée, c’est un imbécile qui prend son incroyance pour un savoir (André Comte-Sponville dans Bertrand Vergely).

352 – Les doutes – Ce n’est pas notre foi qui crée Dieu, et ce ne sont pas nos doutes qui pourraient le rejeter dans le néant (Frère Roger).

353 – L’inattendu – L’exemple le plus frappant de l’inattendu de Dieu dans le Nouveau Testament, c’est ce qui se passe en Marie quand elle ne comprend pas que son Fils décide de rester dans le temple. Elle a tout imaginé sauf ce qui est arrivé, et ce qui arrive fait partie des manières d’agir de Dieu auxquelles on ne s’habitue jamais. Dieu qui est surprenant même pour Marie, la créature la plus préparée à le comprendre (Cardinal Martini).

354 – Les efforts – On ne peut pas réduire le Christ à n’être qu’un doux prophète qui répète indéfiniment et uniquement avec la bouche : « Aimez-vous les uns les autres ». Il y a des efforts à faire pour que la croix du Christ ne soit pas mise à l’ombre (François Varillon).

355 – La carcasse – Le plus grand tournant d’une vie (et il arrive aussi qu’on ne le prenne jamais), c’est l’instant où l’on se persuade enfin, malgré les protestations de la carcasse, que le pire n’est pas de mourir, mais de devenir infidèle à ce qu’on a connu de plus haut ; pour les chrétiens, c’est le Christ (Gilbert Cesbron).

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23/04/2018. A suivre.

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