15/1. Lire St Paul avec A. von Speyr

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Lire saint Paul avec Adrienne von Speyr

 

Adrienne von Speyr a commenté un certain nombre de textes de saint Paul.

Existent en traduction française : Première Épître de saint Paul aux Corinthiens (2 tomes), Épitre aux Éphésiens. Au service de la foi (Méditations sur l’Épître aux Philippiens).

Les commentaires de Romains 8 et de l’Épître aux Colossiens  n’ont pas encore été traduits.

A l’occasion de l’année saint Paul (28 juin 2008 – 29 juin 2009), le site de l’Abbaye se propose de donner des échantillons des commentaires d’Adrienne sur les écrits de saint Paul. Ces échantillons ont parfois été traduits directement sur l’original, ils ne s’astreignent pas toujours à une reproduction littérale. Qui veut en savoir plus pourra toujours se référer au texte édité lui-même.

Patrick Catry

 

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1. Le mystère

En me lisant, vous pouvez vous faire une idée de l’intelligence que j’ai du mystère du Christ (Ep 3, 4).

Dans l’Église, les hommes ont besoin d’appuis pour tenir bon; l’un de ces appuis, ce sont les révélations que Dieu accorde à ses élus. Paul sait qu’une grande part de son zèle, de son engagement, de sa persévérance dans la souffrance, il le doit à ses révélations. Par rapport à lui, la communauté est sur ce point défavorisée; elle doit recevoir indirectement de lui ce qu’il a reçu de Dieu directement et de première main. Elle doit donc être convaincue de l’authenticité et de la grandeur de ces révélations. La communauté doit savoir qu’il a pénétré beaucoup plus profondément qu’elle dans le mystère.

2. Le chemin

Je ne me flatte pas d’avoir déjà saisi; je dis seulement ceci : oubliant le chemin parcouru, je vais droit de l’avant, tendu de tout mon être, et je cours vers le but, en vue du prix que Dieu nous appelle à recevoir là-haut dans le Christ Jésus (Ph 3, 13-14).

Maintenant le Fils de Dieu s’est placé devant l’homme de sorte que celui-ci, même s’il tourne le dos à Dieu, est obligé d’aller vers lui. Le Fils de Dieu s’est mis à l’autre bout du chemin. Et ainsi le pécheur, même s’il ne le sait pas et ne le veut pas, peut aller à Dieu. Mystère du Fils. Non seulement il s’est fait homme, mais en plus il s’est mis sur le chemin de l’homme. Son incarnation ne veut pas dire qu’il erre quelque part sans but parmi les hommes mais que, conscient du but à atteindre, il s’est placé face à l’homme et face à chaque homme de sorte que, dans tous les cas, il est au bout du chemin. Il a utilisé sa qualité d’ubiquité divine dans l’incarnation pour être partout où mène un chemin humain. En demeurant parmi nous, il l’a fait à tel point que même ceux qui ne veulent pas, même ceux qui pensent s’être inconditionnellement éloignés et définitivement détournés, le rencontreront sur leur voie, c’est sûr, parce que justement il a choisi pour position l’endroit inattendu, renié, refusé.

3. Adam

Le premier homme, issu du sol, est terrestre, le second, lui, vient du ciel (1 Co 15, 47).

Le premier homme a dit non à Dieu, et tous les hommes après lui en ont fait plus ou moins autant. L’oeuvre du Fils, c’est d’apprendre aux hommes à dire oui à Dieu.

Et, sur la croix, le second Adam a chargé sur lui tout le poids de la terre et de tout le terrestre pour ramener au Père avec les hommes tout le monde des hommes.

4. Coopération

Ne vous laissez pas abattre par les épreuves que j’endure pour vous (Ep 3, 13).

Partager la croix du Seigneur pour les autres : Paul est le premier peut-être qui connaisse cette forme de coopération. Et il semble ne pas avoir conscience qu’il pourrait avoir des imitateurs sur ce point.

5. La volonté du Seigneur

Car je ne veux pas vous voir juste en passant : j’espère bien rester quelque temps chez vous, si le Seigneur le permet (1 Co 16, 7).

Dans son ministère et dans ses plans, Paul a des désirs (ici, de rester quelque temps à Corinthe), mais il les soumet au Seigneur. Il y a des choses que Paul voit d’avance, d’autres qui demeurent voilées : elle sont cachées dans la volonté du Seigneur. Cette incertitude que Paul aussi connaît en tant qu’apôtre est quelque chose de fécond que le Seigneur lui accorde.

Ce n’est pas parce qu’on travaille pour Dieu qu’on possède une certitude pour l’avenir, ou qu’on entreprend une oeuvre dont on sait exactement l’issue. Mais ce serait mal de s’abandonner à cette incertitude au point de renoncer à faire des plans et à tout remettre à l’instant présent.

6. Les soucis

C’est en lui qu’ont été créées toutes choses, dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles, … tout a été créé par lui et pour lui (Col 1, 16).

Nous n’avons plus besoin de nous faire de souci, de nous plaindre du non-sens de l’existence, de perdre courage. De chaque chose et de chaque relation, nous pouvons supposer : elle a été créée pour lui, le Fils; tout possède en lui sa vérité… Rien n’existe qui aurait son sens en dehors du Fils.

7. Les marionnettes

Votre vie est désormais cachée avec le Christ en Dieu (Col 3, 3).

Notre vie est cachée avec le Christ en Dieu : cela veut dire que moins encore que le Fils nous connaissons notre heure. Demain et tout notre avenir nous sont cachés parce qu’ils se trouvent  inclus dans le secret du Fils. Nous ne sommes pas des marionnettes aux mains d’un étranger. Nous sommes des vivants qui vivons de la vie du Seigneur, capables avec lui d’accomplir la volonté du Père.

Si la vie du Fils lui-même, qui était pleinement soumis à la volonté du Père, est demeurée cachée en Dieu, nous n’aurons pas la prétention de vouloir tout connaître de la nôtre. Rendre grâce seulement parce que notre vie a un sens dans le Christ qui est assis à la droite du Père.

8. L’homme

Et ne murmurez pas comme le firent certains d’entre eux; et ils périrent par l’Exterminateur (1 Co 10, 13).

L’homme n’est pas une créature abandonnée par Dieu dans l’existence, mais celui avec qui Dieu a contracté une alliance scellée définitivement en son Fils.

9. Le chemin

Que chacun continue de vivre dans la condition que lui a départie le Seigneur, tel que l’a trouvé l’appel de Dieu (1 Co 7, 17).

L’appel de Dieu apprend à chacun le chemin que le Seigneur a tracé pour lui… C’est un chemin qui conduit vers Dieu avec le Seigneur… Tous les chemins conduisent à Dieu, mais il en existe autant qu’il y a d’hommes. Et chacun doit parcourir son chemin, aller de l’avant sur la route qui lui est indiquée. Rien ne peut le dispenser de ce devoir…

Aucun ne peut se disculper en disant que pour lui ce chemin ne commencera que plus tard. Tous doivent marcher, immédiatement et constamment, avec le Fils vers le Père.

10. Des traces d’éternité

Nous n’avons pas reçu l’esprit du monde, mais l’Esprit qui vient de Dieu pour connaître les dons gracieux que Dieu nous a faits (1 Co 2, 12).

De même que l’Esprit procède continuellement de Dieu et jamais ne cesse d’en procéder, jamais non plus il n’a fini de prendre possession de l’homme. L’Esprit veut que l’homme se laisse toujours plus complètement diriger par lui. L’homme ne peut pas dire : « J’ai l’Esprit », mais tout au plus : « L’Esprit m’a touché, j’essaie de croire ». Parce que l’Esprit est éternel, ce qu’il a touché en l’homme porte des traces d’éternité.

11. Emploi du temps

C’est bien ainsi que je cours, moi, non à l’aventure; c’est ainsi que je fais du pugilat, sans frapper dans le vide (1 Co 9, 26).

Si le chrétien se trouve tout entier au service du Seigneur, il doit lui rendre compte aussi de tout l’emploi de son temps et de sa puissance de travail. L’important, pour le Seigneur, n’est pas qu’on ait fait quelque chose, mais qu’on ait accompli sa volonté.

12. Le don de Dieu

Pour ce qui est des dons spirituels, je ne veux pas vous voir dans l’ignorance (1 Co 12, 1).

L’obéissance de la foi consiste à vouloir recevoir le don de Dieu comme Dieu veut nous le donner.

13. Les conditions de Dieu

Alors que les Juifs demandent des signes et que les Grecs sont en quête de sagesse, nous proclamons, nous, un Christ crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les païens (1 Co 1, 22-23).

On ne peut jamais exiger de Dieu qu’il se révèle à nous de la manière qui nous plaît. On ne peut pas lui poser de conditions sur la manière dont il devrait se révéler à nous. C’est nous qui devons accepter les conditions de Dieu.

14. Le meilleur

Et voici ma prière : que votre charité, croissant toujours de plus en plus, s’épanche en cette vraie science et ce tact affiné qui vous donneront de discerner le meilleur et de vous rendre purs et sans reproche pour le Jour du Christ (Ph 1, 10).

Nul ne peut prétendre avoir pleinement atteint la connaissance de Dieu, et nul ne pourra jamais prétendre avoir égalé la pureté du Christ. Mais il sait que Dieu le rend capable de toujours choisir le meilleur.

15. L’appel

Que chacun demeure dans l’état où l’a trouvé l’appel de Dieu (1 Co 7, 20).

Dieu ne parle à aucun homme de la même manière qu’à un autre. Chacun est unique. Et chacun doit remercier Dieu de l’avoir créé tel qu’il est, de l’avoir conduit sur tel chemin particulier qui est son chemin à lui, de s’être adressé à lui de telle et telle manière. Chacun doit aimer être celui qu’il est depuis qu’il s’est tourné vers Dieu résolument.

16. La croix

Et puisque j’en suis aux observations, je n’ai pas à vous louer de ce que vos réunions vous font du mal et non du bien (1 Co 11, 17).

Les hommes ne cessent d’oublier combien tout dans l’Eglise doit se tenir sans cesse sous la croix et que c’est de là que tout doit se comprendre et se faire.

Mais la croix n’est pas quelque chose de sombre, elle est la grâce de la rédemption par le sacrifice d’amour du Seigneur. C’est par la pensée de la rédemption réalisée sur la croix que doivent être portées toutes les institutions de l’Eglise.

17. Les secrets du Seigneur

Tous sont-ils apôtres? Tous prophètes? Tous docteurs? Tous font-ils des miracles? Tous ont-ils le don de guérir? Tous parlent-ils en langues? Tous interprètent-ils? (1 Co 12, 29-30).

On ne pourra jamais scruter les ultimes secrets du Seigneur, mais ce qui nous a été révélé est si riche qu’on n’en fera jamais le tour.

18. Une révélation à Paul

Vous avez appris, je pense, comment Dieu m’a dispensé la grâce qu’il m’a confiée pour vous, m’accordant par révélation la connaissance du Mystère tel que je viens de l’exposer en peu de mots (Ep 3, 2-3).

Paul a donc eu connaissance de ce mystère d’une manière qui lui était réservée personnellement : par révélation. Il ne décrit pas la manière dont les choses se sont passées, il lui suffit de dire qu’il y a eu révélation, il garde pour lui tout ce qu’elle a de propre…

Il ne décrit pas la révélation qu’il a reçue, ce qui permettrait à la communauté de vérifier, de porter un jugement sur le caractère de cette révélation ou de la comparer à d’autres révélations. Il doit lui suffire de savoir que Paul est en relation avec Dieu et que Dieu lui communique des lumières…

Et Paul ne se contente pas de répéter des choses connues, il apporte du nouveau qui d’ailleurs n’est pas en contradiction avec ces choses connues…

Il a reçu de Dieu cette révélation et il la transmet de la manière qui lui semble adéquate sans rapporter les circonstances dans lesquelles Dieu lui a parlé, sans préciser ce qui a pu lui être dit sur la manière de transmettre cette révélation, sans distinguer ce qui le concernait, lui seul et sa mission, et ce qui doit être annoncé à tous.

19. L’expérience de l’amour

La charité est longanime; la charité est serviable; elle n’est pas envieuse; la charité ne fanfaronne pas, ne se rengorge pas (1 Co 13, 4).

Sans l’expérience de l’amour, nous n’aurions aucune possibilité de pressentir quelque chose de la vie de Dieu. Dieu est amour. Mais il n’est pas un amour fermé en lui-même, inaccessible, mais un amour qui se répand, qui est si inventif qu’il crée des milliers de manières de voir et d’accéder à lui  pour être vu, compris, assimilé. L’apôtre en énumère quelques-unes.

20. La faiblesse et la force

On sème de l’ignominie, il ressuscite de la gloire; on sème de la faiblesse,  il ressuscite de la force (1 Co 15, 43).

Le Christ : cloué sur la croix, sans espace, sans temps, sans liberté, accompagné seulement de la pensée qui a fait toute sa vie : porter le péché du monde. Il n’est plus capable du moindre geste de défense, il ne lui est plus possible que de laisser faire ce que le Père veut et ce que les hommes veulent. Le Christ est mort dans la faiblesse pour ressusciter dans la force de Dieu.

21. Les frères

Saluez chacun des saints dans le Christ Jésus. Les frères qui sont avec moi vous saluent (Ph 4, 21).

Par la foi, le croyant est plongé dans l’atmosphère de Dieu, entouré par elle, pénétré par elle; de la sorte chaque croyant est saint pour l’autre. Saint parce qu’il reçoit la grâce de Dieu et vit en elle… Dieu ne souligne pas les distances, au contraire… Le Seigneur est ce qui est commun à tous les croyants. Et tout salut qu’un croyant envoie à un autre ressemble à une prière, c’est-à-dire qu’il a des conséquences dans le Seigneur parce qu’il provient du Seigneur.

22. L’éternité

La foi, l’espérance et la charité demeurent toutes les trois, mais la plus grande d’entre elles, c’est la charité (1 Co 13, 13).

En se faisant homme, le Fils a rempli toute l’espérance de l’ancienne Alliance. Il vint pour être le signe que Dieu peut vivre parmi nous, comme nous, nous pourrons vivre avec lui dans l’éternité.

23. La Trinité

Grâces soient à Dieu qui nous donne la victoire par notre Seigneur Jésus Christ (1 Co 15, 57)!

Dieu sait que, pour les hommes, il n’est pas toujours facile d’avoir les trois personnes également vivantes devant les yeux.

24. La connaissance de Dieu

Prêcher l’Evangile n’est pas pour moi un titre de gloire; c’est une nécessité qui m’incombe. Oui, malheur à moi si je ne prêchais pas l’Evangile (1 Co 9, 16)!

La foi n’est pas quelque chose de statique mais quelque chose où doit grandir la connaissance de Dieu.

25. Sécurité

Que celui qui se flatte d’être debout prenne garde de tomber (1 Co 10, 12).

La sécurité de notre activité réside en Dieu. Nous ne pouvons pas nous porter garants de nous-mêmes. Nous sommes pécheurs et les occasions de chutes son nombreuses… Un chrétien ne peut tenir bon qu’en Dieu, qu’en ce que Dieu lui donne, dans la grâce. Mais même celui qui est tenu par la grâce demeure créature et peut tomber. Cette pensée ne rend pas le croyant faible, mais fort… C’est la prière, la possibilité que le monde de Dieu s’empare tellement de nous que nous vivions plus en lui qu’en nous-mêmes…

Prendre garde à ne pas tomber ne consiste pas à éviter anxieusement le moindre souffle de la tentation et la moindre petite poussière de faute, c’est bien plutôt la décision généreuse de se précipiter la tête la première dans la prière.

26. Des outils valables

Quelqu’un était-il circoncis lors de son appel? qu’il ne se fasse pas de prépuce. L’appel l’a-t-il trouvé incirconcis? qu’il ne se fasse pas circoncire (1 Co 7, 18).

Dieu accepte les chrétiens tels qu’ils sont, il se contente de ce qu’ils apportent et, malgré tout, il fait d’eux des outils valables.

27. Eucharistie

Dès qu’on est à table en effet, chacun, sans attendre, prend son propre repas, et l’un a faim, tandis que l’autre est ivre (1 Co 11, 21).

L’Eglise est une compagnie du Seigneur. Il ne veut pas une Eglise d’isolés. Il fait célébrer son repas par une communauté. Il a choisi, pour se donner, la forme du don de l’eucharistie qui, en tant que nourriture, correspond à nos besoins physiques et, dans la mesure où l’homme vit en compagnie, il mange volontiers en compagnie.

28. La joie

Enfin, mes frères, réjouissez-vous dans le Seigneur (Ph 3, 1).

La joie que Paul réclame ici, c’est la joie qu’il connaît; pas seulement la joie d’avoir la foi, mais la joie due à la présence du Seigneur, une joie tout à fait concrète que le Seigneur offre à tous ceux qui savent qu’il est présent.

29. L’Esprit souffle où il veut

En retour mon Dieu comblera tous vos besoins selon sa richesse, avec magnificence, dans le Christ Jésus (Ph 4, 19).

L’Esprit est le médiateur de l’amour trinitaire. L’Esprit souffle où il veut, c’est-à-dire où le Père et le Fils le veulent avec lui. Le Père, c’est le Créateur qui a fait le monde. Le Fils, c’est le Sauveur qui s’est fait homme et est mort sur la croix.

30. L’amour

L’amour ne fanfaronne pas, ne s’enfle pas d’orgueil (1 Co 13, 4).

Il est tellement la possession de Dieu qu’il n’a pas besoin de se soucier, de revenir sur lui-même, d’attirer l’attention sur lui.

31. Le Père

Si c’est pour cette vie seulement que nous avons mis notre espoir dans le Christ, nous sommes les plus malheureux de tous les hommes (1 Co 15, 19).

Mission du Fils : durant toute son existence en ce monde, il n’a voulu qu’une chose : sauver le monde et le ramener au Père. Dans sa contemplation et son action, dans sa prédication et sa souffrance, il n’a fait que renvoyer au Père comme à celui qu’on ne peut rencontrer que dans la vie éternelle. C’est ainsi qu’il était la porte.

32. Travailler dans le Seigneur

Ainsi donc, mes frères bien-aimés, montrez-vous fermes, inébranlables, toujours en progrès dans l’oeuvre du Seigneur, sachant que votre labeur n’est pas vain dans le Seigneur (1 Co 15, 58).

Le mot « en vain » ne peut pas venir sur des lèvres chrétiennes parce que tout participe à la mission du Seigneur, est fécond… Le mot « en vain » n’a pas de place dans l’enseignement du Seigneur… Nous ne pouvons pas être sélectifs dans notre travail, nous devons suivre l’appel du Seigneur, le suivre là où il veut nous appeler et nous mettre là où il a besoin de nous. Et le travail peut être de peu d’apparence, il participe à toute l’oeuvre du Fils, qui est faite avec le Père et l’Esprit Saint par un amour éternel qui a son efficacité absolue, victorieuse.

33. Se donner de la peine

A votre tour, rangez-vous sous de tels hommes, et sous quiconque travaille et peine avec eux (1 Co  16, 16).

Celui qui se donne de la peine dans l’Église puise sa force dans la peine que le Seigneur un jour s’est donnée.

34.

35. Le couple

La femme ne dispose pas de son corps, mais le mari. Pareillement le mari ne dispose pas de son corps, mais la femme (1 Co 7, 4).

Mariage : chacun des deux époux devrait reconnaître en l’autre quelque chose qui désire Dieu, chacun devrait supposer dans l’autre un désir spirituel qui ne provient d’aucun des deux partenaires mais de Dieu, et concrètement de la volonté de Dieu qui dispose de leurs relations conjugales.

36. Le diable

… les fautes et les péchés dans lesquels vous avez vécu jadis, selon le cours de ce monde, selon le Prince de l’empire de l’air, cet Esprit qui poursuit son oeuvre en ceux qui résistent (Ep 2, 1-2).

Des saints ont été sensibles, jusqu’en en être mal à l’aise, à la puanteur du diable, du péché.

37. Le temple de Dieu

Le temple de Dieu est sacré, et ce temple, c’est vous (1 Co 3, 17).

Le temple est saint parce qu’il appartient à Dieu… Dieu transmet à la maison ses qualités.  Il adapte la maison à son être. Si nous savons que nous sommes le temple de Dieu, alors nous savons aussi qu’il nous donne de sa sainteté.

Il l’exige de nous parce qu’il nous la donne… Il est impossible de rencontrer Dieu dans un lieu qui ne soit pas saint… Personne ne peut dire de soi : mon lieu est saint. Ou bien : je peux rendre saint ce lieu. Mais chacun doit savoir que Dieu veut demeurer dans un lieu saint.

38. Eucharistie

… ramener toutes choses sous un seul Chef, le Christ… (Ep 1, 10).

Eucharistie : le Fils s’introduit en nous. Capable de cela, il est aussi capable du mouvement inverse : nous faire pénétrer en lui par l’eucharistie.

39. Les mystères de Dieu

Comme il est écrit, nous annonçons « ce que l’oeil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas monté au coeur de l’homme, tout ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment » (1 Co 2, 9).

Nous sommes loin de connaître tous les mystères de Dieu. Il y a des choses que Dieu nous prépare mais qui ne nous sont pas accessibles maintenant parce qu’il veut exiger de nous la foi et il veut révéler son mystère à notre foi.

Ce n’est qu’en nous donnant à lui que nous apprendrons les projets qu’il a pour nous, ce qu’il a l’intention de nous donner. Mais dans la foi nous comprenons que ce mystère de Dieu est un mystère d’amour : amour de Dieu pour l’homme et amour divin du Fils pour le Père, mystère que par amour pour le Père et pour nous il révèle sur la croix.

40. La nuit

Puisse-t-il illuminer les yeux de votre coeur pour vous faire voir quelle espérance vous ouvre son appel, quels trésors de gloire renferme son héritage parmi les saints (Ep 1, 18).

Qu’il existe une nuit intérieure, Paul n’y pense pas pour ses fidèles. S’il pouvait la prévoir, il dirait que c’est lui, l’apôtre, qui devrait l’assumer. Que la nuit de l’âme puisse être ce qu’il y a de plus fécond dans une vie chrétienne, que ce serait appauvrir une vie que de lui retirer la nuit, Paul n’a pas encore eu l’occasion d’y penser.

41. La rencontre du Ressuscité

Ensuite il est apparu à plus de cinq cents frères à la fois – la plupart d’entre eux vivent encore et quelques-uns sont morts (1 Co 15,6).

La vie et la mort du croyant sont marquées par la rencontre du Ressuscité. Et les cinq cents frères qui ont vu le Christ après Pierre et les douze ont tout autant que Pierre et les douze à s’engager de leur mieux selon leurs capacités. Les chrétiens l’oublient facilement.

42. La parole du croyant

Que votre langage soit toujours aimable, plein d’à-propos, avec l’art de répondre à chacun comme il faut (Col 4, 6).

La parole est une partie essentielle de la mission de Paul; la même chose vaut pour tous les chrétiens. La parole leur est confiée comme un devoir. Ils ne peuvent pas représenter une Eglise du silence et d’ignorance, ils doivent pouvoir parler. Et une parole qui s’appuie sur la Parole qui est le Seigneur, qui est pleine de sa grâce et de son amabilité, une parole qui est agréable à entendre et qui fait apparaître la foi non comme la conduite solitaire d’un individu mais comme le lien avec la parole de Dieu.

La parole du croyant appartient au Seigneur qui est la Parole; elle est un don qui vient du Seigneur; le croyant ne s’est aucunement emparé d’une parole dont il pourrait disposer selon son bon plaisir, à laquelle il pourrait imprimer le cachet de sa personnalité. Il reçoit la parole en même temps que la grâce, dans l’acte du don que Dieu lui fait.

43. Marie

Que les femmes se taisent dans les assemblées (1 Co 14, 34).

Les femmes doivent se taire dans les assemblées. Ce qui ne veut pas dire qu’elles n’ont pas de révélations et qu’elles sont incapables de prophétiser, que l’Esprit les visite moins. Cependant elles doivent se taire comme Marie s’est toujours tue dans l’Église. Et personne, en voyant Marie, ne voudra dire qu’elle occupe dans l’Église une place de second rang.

44. Communion des saints

Et toi, de ton côté, Syzyge, vrai « compagnon », je te demande de leur venir en aide : car elles m’ont assisté dans la lutte pour l’Évangile, en même temps que Clément et mes autres collaborateurs, dont les noms sont inscrits au livre de vie (Ph 4, 3).

… l’authentique communion des saints, dans laquelle l’un porte le fardeau de l’autre, se sent responsable des péchés qu’il n’a pas commis, expie lui aussi… La communauté porte la marque de la sainteté tout comme celle du péché.

45. Le Christ

…Ramener toutes choses sous un seul Chef, le Christ, les êtres célestes comme les terrestres (Ep 1, 10).

L’unique caractéristique absolue des choses est maintenant qu’elles sont dans le Christ. La distance entre le ciel et la terre est devenue secondaire.

46. La mort

Ne nous livrons pas à la fornication, comme le firent certains d’entre eux; et il en tomba vingt-trois mille en un jour (1 Co 10, 8).

Par la mort du Christ sur la croix, la mort a reçu pour les croyants un nouveau visage.

47. Le fondement

Nul ne peut poser d’autre fondement que celui qui s’y trouve, à savoir Jésus Christ (1 Co 3, 11).

Paul a des certitudes. Il est donné à la Parole et elle a transformé son existence. Et en se donnant à elle, il reçoit de la Parole la manière dont il a à se donner dans le sens de la Parole. Il ne voit pas l’ensemble du dessein de Dieu. Il ne sait pas le projet de Dieu sur chaque croyant de Corinthe. Il ne sait pas si la parole qu’il leur porte contient le germe de missions qui continueront la sienne et la dépasseront à maints égards, ou si elles seront tellement différentes de la sienne qu’elles ne présenteront aucun accord visible avec la sienne. Mais il sait une chose avec certitude, c’est qu’il doit mettre Jésus Christ comme fondement.

48. Exproprié

Je ne cesse de rendre grâces à votre sujet pour la grâce de Dieu qui vous a été donnée dans le Christ Jésus (1 Co 1, 4).

Le prêtre est un exproprié. Il reçoit et il distribue. Même là où il reçoit en tant qu’individu il ne lui est pas permis de détourner son attention de l’utilisation de ses dons pour les distribuer. Car c’est un exproprié. Paul ne connaît pas dans sa prière et dans son action de grâce une sphère qui serait exclusivement privée; quand il prie, il est tout autant en service que lorsqu’il prêche.

49. Mûrir

Pour nous, notre cité se trouve dans les cieux, d’où nous attendons ardemment, comme sauveur, le Seigneur Jésus Christ (Ph 3, 20).

Le Seigneur qui nous rachète voudrait que nous comprenions que ce monde présent est juste là pour nous rendre mûrs pour son monde à lui… Nous savons que le ciel ne nous oublie pas, qu’il s’occupe de nous, que le Fils, après son retour au Père, vit en se préparant sans cesse à nous accueillir… Maintenant, tout ce qui fiat notre vie participe à son cheminement (d’autrefois) qui venait du Père et allait vers le Père.

50. L’amour

La charité est longanime; la charité est serviable; elle n’est pas envieuse; la charité ne fanfaronne pas, ne se rengorge pas (1 Co 13, 4).

L’amour est aimable (en Dieu, en l’homme). L’amour ne calcule pas avant de se donner, il n’aime pas pour des motifs préexistants et indépendants de lui. Il est pur jusqu’au fond de lui-même et il est toujours le même. En tant que tel, il assume celui vers qui il se tourne, il l’abrite en lui et lui ménage une place. Ainsi l’homme et le monde sont à l’abri en Dieu. Et l’homme expérimente cette bonté pour qu’il assume aussi l’homme, pour que sa patience avec l’homme soit réellement aussi celle de l’amour. Pour que le temps qu’il lui consacre soit un temps de sécurité dans lequel le prochain se retrouve lui-même et, par la force de la bonté qui lui est manifestée, il recommence à vivre.

51. Être touché par la Parole de Dieu

Qu’ai-je à faire de juger ceux du dehors? N’est-ce pas ceux du dedans que vous jugez, vous (1 Co 5, 12)?

Tant que le monde subsiste, il y a deux sortes d’hommes : ceux que touche la Parole de Dieu et ceux que n’atteint pas la Parole de Dieu. Plus il y a dans les coeurs d’espace pour le Christ, plus s’élargit la distance entre la lumière et les ténèbres.

52. Une vie plus haute

Le corps n’est pas pour la fornication; il est pour le Seigneur, et le Seigneur est pour le corps (1 Co 6, 13).

A nous, les hommes, Dieu promet une vie plus haute, divine. Il nous l’a promise pour l’éternité. Cette vie supérieure n’aura plus besoin du fondement de l’ordre naturel qui est le nôtre aujourd’hui. L’échafaudage de la nature, le lien de l’homme à un corps rempli de besoins est une préparation à la surnature, un exercice préparatoire à la surnature. L’homme terrestre demeure un chercheur de Dieu et il s’exerce ainsi à trouver, il s’exerce à la proximité et à la vision.

53. Dieu se révèle

C’est à nous que Dieu l’a révélé par l’Esprit; l’Esprit en effet scrute tout, jusqu’aux profondeurs divines (1 Co 2, 10).

Dieu révèle. Il se révèle lui-même et tout ce qui se trouve en lui et près de lui : la vie éternelle, le Fils, le ciel. L’acte de révélation de Dieu est intimement lié à sa création : il a créé les hommes afin qu’ils reçoivent une révélation.

54. Prophètes

Il en est que Dieu a établis dans l’Eglise, premièrement comme apôtres, deuxièmement comme prophètes (1 Co 12, 28).

Les prophètes du Nouveau Testament ont un accès particulier à la vérité divine et ils savent comment présenter dans le temps tout ce qu’il y a d’intemporel dans l’éternité, parfois aussi ils savent annoncer à l’avance des événements parce qu’ils ont eu part à la vision éternelle de Dieu et non en raison de leur propre intuition ou de leur propre induction. Ils sont comme un récipient que le Seigneur remplit et ils doivent transmettre ce qu’ils ont reçu selon les indications de Dieu.

55. Jugement dernier

Ne savez-vous pas que les saints jugeront le monde? Et si c’est par vous que le monde doit être jugé, êtes-vous indignes de prononcer sur des riens (1 Co 6, 2)?

Le Fils a jugé le monde sur la croix en lui donnant sa justice et son amour débordants qui ne retenaient rien pour lui, mais en se jetant tout entier sur le plateau de la balance… Sur la croix, le Fils fut jugé à notre place.

Au dernier jour il sera notre juge. Ce jugement du Christ ne doit pas cesser de mettre de l’ordre dans la vie du chrétien par la confession et toutes ses formes quotidiennes : l’exhortation fraternelle, l’examen de conscience, l’accusation de soi volontaire. Par là on s’ouvre à l’amour. Le jugement dernier aura le caractère d’une confession…

Le Père a donné la totale absolution au monde sur la croix. Et à la fin du monde elle sera dévoilée en son essence. Croix, confession et jugement sont intimement liés même si jusqu’à la fin on ne peut percer totalement leur unité.

56. La bonne place

… afin que leurs coeurs en soient stimulés et qu’étroitement rapprochés dans l’amour, ils parviennent au plein épanouissement de l’intelligence qui leur fera pénétrer le mystère de Dieu (Col 2, 2).

Ne pas revendiquer d’autre place que celle qui nous a été départie par l’amour.

57. Le chemin de Damas

Purifiez-vous du vieux levain pour être une pâte nouvelle, puisque vous êtes des azymes. Car notre pâque, le Christ a été immolée (1 Co 5, 7).

Quand Paul est renversé sur le chemin de Damas, c’est un événement mystique aux conséquences incalculables. C’est la plus haute mystique parce que non seulement il a rencontré le Seigneur de manière immédiate, mais parce que la volonté de Dieu s’est emparée de la sienne, l’a marquée pour tout l’avenir et parce que tout ce que Paul sera et fera par la suite découle de cet événement.

Mais c’était en même temps le simple commencement de sa vie de foi parce que la foi vivante est obéissance à la vérité et à la volonté de Dieu.

58. Les besoins des hommes

En retour, mon Dieu comblera tous vos besoins selon sa richesse, avec magnificence, dans le Christ Jésus (Ph 4, 19).

Dieu le Créateur connaît les besoins des hommes et, lors de la création, les a pris en compte et s’en est occupé… Et le Fils est venu dans le monde pécheur et il a fait connaissance à sa manière des besoins des hommes. Aucun de ces besoins n’est étranger à Dieu. Et Dieu veut les apaiser, veut s’en inquiéter, veut donner aux hommes ce dont ils ont besoin. Mais il veut leur donner à sa manière : dans la plénitude du ciel, dans la plénitude de la foi, de la magnificence de son amour.

59. Le temps qui passe

Cela leur arrivait pour servir d’exemple, et a été écrit pour notre instruction à nous qui touchons à la fin des temps (1 Co 10, 11).

De chaque heure qui passe, les chrétiens peuvent faire une heure de Dieu; s’ils le font, ils vivent plus dans l’éternité que dans le temps. Le temps n’est plus alors un système clos; la frontière qui le sépare de l’éternité peut être franchie au milieu du temps d’ici-bas.

60. La mine de sacrifiés

Vous avez été bel et bien achetés. Glorifiez donc Dieu dans votre corps (1 Co 6, 20).

Les chrétiens sont des gens dont le but de la vie est de glorifier Dieu Trinité dans leur corps, et cela non avec une mine de sacrifiés mais avec la mine de gens qui sont remplis de reconnaissance.

61. L’homme spirituel

L’homme spirituel au contraire juge de tout et ne relève lui-même du jugement de personne (1 Co 2, 15).

A l’homme spirituel le Père donne la grâce d’être chez lui dans le monde de Dieu. Par l’Esprit, il est continuellement en contact avec l’Esprit de Dieu. Il reste en contact avec l’Esprit de Dieu afin de rester en contact avec le Père. C’est l’Esprit qui compte pour lui, et il reconnaît lui-même la justification de son existence dans un service que lui montre l’Esprit et qu’il accomplit spirituellement dans l’Esprit. L’Esprit le transforme en homme spirituel.

62. La sagesse de Dieu

Et nous en parlons non pas en un langage enseigné par l’humaine sagesse, mais en un langage enseigné par l’Esprit, exprimant en termes d’esprit des réalités d’esprit (1 Co 2, 13).

La volonté de Dieu est de montrer toujours davantage de sa sagesse au croyant.

63. Le terrible dans la mort du Christ

Ne nous livrons pas à la fornication, comme le firent certains d’entre eux; et il en tomba vingt-trois mille en un seul jour (1 Co 10, 8).

Le terrible dans la mort du Christ, c’est l’abandon du Père. Il ne sent plus la relation au Père, par laquelle il est le Fils. Son être éternel lui est voilé et retiré… Pour lui, c’est le début de sa descente aux enfers, qui est la descente de la rédemption et ne fait qu’un avec la croix; et la descente aux enfers est à son tour le prélude de la résurrection du royaume des morts, qu’il regagne pour la vie éternelle par sa descente.

64. Témérité

Et la plupart des frères, enhardis dans le Seigneur du fait même de ces chaînes, redoublent d’une belle audace à proclamer sans crainte la parole (Ph 1, 14).

Annoncer la Parole avec la témérité de ceux qui ont à leur disposition la force de Dieu.

65. Un chemin vers Dieu

Aspirez aux dons supérieurs (1 Co 12, 31a).

Les dons que le Seigneur a faits à l’Eglise et qui portent la marque de l’Esprit Saint ne veulent pas organiser une corporation terrestre, statique, mais ils veulent faire de l’Eglise un chemin vers Dieu qu’emprunteront ceux qui aspirent à lui et qui forment en même temps la communauté ecclésiale.

66. L’Ancien Testament

Et maintenant, frères, supposons que je vienne chez vous et vous parle en langues, en quoi vous serai-je utile, si ma parole ne vous apporte ni révélation, ni science, ni prophétie, ni enseignement (1 Co 14,6)?

Tout l’Ancien Testament est comme un parler en langues qui ne reçoit son sens que lorsque le Fils devient pour nous le prophète parfait qui nous donne à la fois la révélation du Père et sa connaissance.

67. Les fenêtres

La foi, l’espérance et la charité demeurent toutes les trois, mais la plus grande d’entre elles, c’est la charité (1 Co 13, 13).

Les dons de l’Esprit, comme aussi la foi et l’espérance, sont des ouvertures, des fenêtres de la maison de Dieu, par lesquelles quelque chose de l’amour éternel, de sa lumière, de sa chaleur, pénètre dans notre temps… Les chemins de l’homme sont multiples, et les êtres humains sont multiples : mais tous sont capables de comprendre quelque chose du sens de l’amour de Dieu.

68. Être rempli de l’Esprit

Cherchez dans l’Esprit votre plénitude (Ep 5, 18).

Etre rempli de l’Esprit signifie toujours renoncer à ses propres projets… pour être amené par l’Esprit à obéir à Dieu Trinité, Père, Fils et Esprit.

69. Les secrets de Dieu

Nul ne connaît les secrets de Dieu sinon l’Esprit de Dieu (1 Co 2, 11).

Si l’Esprit assume la fonction de nous révéler le Père, nous devons aller à sa rencontre en rendant notre esprit libre pour accueillir son message, tout comme Marie s’est libérée d’elle-même, de ses jugements et de ses préférences, des barrières imposées à l’homme en général et à la femme en particulier, pour aider l’Esprit à réaliser le possible qu’il lui montrait… La tâche de notre esprit dans la foi, c’est d’accueillir l’Esprit de Dieu au fur et à mesure de sa révélation… Personne ne peut dire d’avance jusqu’où l’Esprit peut aller avec un homme.

70. Tout tremblant

Je me suis présenté à vous faible, craintif et tout tremblant (1 Co 2, 3).

Paul doit dire cela aux Corinthiens afin que, au cas où ils auraient à assumer un ministère et ressentaient de la crainte, ils sachent qu’il n’en a pas été autrement pour l’apôtre.

71. La semence

Ce que tu sèmes ne reprend vie s’il ne meurt (1 Co 15, 36).

Celui qui sème voudrait bien que sa semence ne passe pas par la mort pour resurgir vivante. L’homme qui sème est obligé de s’abandonner à une espérance en ce qu’il ne maîtrise pas; il ne pense pas volontiers à son obéissance qui doit être comme une mort devant Dieu, il ne pense pas non plus volontiers à la mort du Christ, par laquelle seule se produit la résurrection. Et la vie éternelle, c’est pour la créature l’autorisation de vivre en Dieu par la résurrection qui demeure une grâce de Dieu.

72. La prédication de l’Évangile

Oui, libre à l’égard de tous, je me suis fait l’esclave de tous, afin d’en gagner le plus grand nombre (1 Co 9, 19).

Paul met les hommes en relation avec Dieu à travers la prédication de l’Evangile.

73. Obéir à un plus grand

Le Christ est-il divisé? Serait-ce Paul qui a été crucifié pour vous? Ou bien serait-ce au nom de Paul que vous avez été baptisés (1 Co 1, 13)?

Jamais les sacrements ne doivent conduire à l’homme qui les administre, mais toujours au Seigneur qui les accomplit en vérité, dans la réalité de Dieu, par un homme à son service. On voit là qu’il est la tête et nous les membres. Que, dans notre action quotidienne, nous ne faisons qu’obéir à un plus grand, au Dieu unique qui nous conduit, nous indique ce qui est à faire, nous donne aussi la grâce de l’accomplir, mais qui demeure celui qui agit vraiment, celui qui est vraiment.

74. Faire plaisir

Que personne ne cherche son propre intérêt, mais celui d’autrui (1 Co 10, 24).

Le Fils a vécu chacun des instants de sa vie dans sa mission pour faire plaisir au Père et nous faire plaisir à nous-mêmes. A aucun instant de sa vie, le Fils n’a cherché son intérêt. Le Fils réalise totalement l’exigence de saint Paul… De toute éternité, au ciel, le Fils a connu d’expérience que le Père et l’Esprit ne cherchent pas leur intérêt… Absolu désintéressement du Père, du Fils et de l’Esprit dans la création et la rédemption.

75. Chaque personne

L’Esprit scrute tout, jusqu’aux profondeurs divines (1 Co 2, 10).

L’Esprit scrute tout jusqu’aux profondeurs de Dieu, mais il possède aussi une connaissance exacte de l’homme. Il connaît Dieu si bien qu’il trouve en Dieu une réponse totale non seulement à la question générale de l’humanité, mais aussi à chaque question particulière de chaque personne, ce qui rend évident que l’Esprit possède aussi une connaissance exacte de chaque personne.

76. La vraie communion

Si nous nous examinions nous-mêmes, nous ne serions pas jugés (1 Co 11, 31).

Quand nous recevons le corps du Seigneur, nous lui accordons un nouveau droit de disposer de notre apostolat et de notre vie… Par la vraie communion, nous avons une plus grande participation aux choses que nous ne contrôlons pas nous-mêmes et dont nous ne disposons pas. Ce qui appartient au Seigneur prend de plus en plus de poids… Nous ne savons pas la forme que prendra la nouvelle grâce, quelle forme d’exigence elle peut prendre.

77. La sagesse de Dieu

Nous en parlons non pas en un langage enseigné par l’humaine sagesse, mais en un langage enseigné par l’Esprit (1 Co 2, 13).

Les mots de l’Esprit demeurent en nous sans écho si nous sommes prisonniers de la sagesse humaine. La sagesse de l’Esprit influe sur les envoyés de telle sorte qu’ils deviennent de plus en plus conscients de leur mission et qu’ils ne disent plus leur parole d’eux-mêmes, mais de l’Esprit qui agit en eux. Par le ministère de l’Esprit, ils sont introduits au ministère de la Parole, ils deviennent porteurs de la Parole. Leurs paroles sont maintenant adaptées à la sagesse de Dieu, elles en émanent, elles la portent…

Celui qui a reçu l’Esprit pourra distinguer dans ce qu’il entend ce qui provient de la sagesse humaine et ce qui provient de la sagesse divine.

La mission de Paul est de comprendre et d’annoncer; il ne doit rien garder pour lui, mais recevoir de telle sorte que ce qu’il a reçu reçoive la forme de ce qui est annonçable.

78. Le chagrin

Aussi je m’empresse de vous le renvoyer, afin que sa vue vous remette en joie (Ph 2, 28).

La nouvelle du Seigneur est une bonne nouvelle même si elle implique la croix. Et sa mort signifie pour tous vie nouvelle et éternelle. Et puisque, chrétiennement, la mort signifie la vie, le chagrin peut bien aussi signifier la joie.

79. La détente

Ne devenez pas idolâtres comme certains d’entre eux, dont il est écrit : »Le peuple s’assit pour manger et boire, puis ils se levèrent pour s’amuser » (1 Co 10, 7).

Les sacrements de Jésus Christ n’ont pas été institués pour faciliter la vie terrestre; et ce n’est pas pour se procurer des avantages qu’on est membre de l’Eglise. Quand le Fils ici-bas jouit des dons du Père et qu’il reçoit tout ce que le Père lui donne, c’est pour mieux accomplir sa volonté, dans un amour qui a des incidences sans fin pour le Père et pour les hommes.

Tout repas et toute détente du Fils sont pour lui une part de son service et de sa gratitude, sont accompagnés de sa prière et ont des incidences, en ce sens qu’il prend soin de son corps pour être à nouveau prêt à rencontrer Dieu.

80. L’envoyé

Il faut qu’au nom du Seigneur Jésus nous nous assemblions, vous et mon esprit, avec la puissance de notre Seigneur Jésus, et que cet individu soit livré à Satan pour la perte de sa chair, afin que l’esprit soit sauvé au Jour du Seigneur (1 Co 5, 4-5).

En tant qu’envoyé, l’apôtre n’est jamais seul, il n’est jamais séparé de celui qui l’envoie et laissé à lui-même. Aussi longtemps que vit une mission, le Seigneur est lié à son disciple de manière si vivante que celui-ci peut parler et agir au nom du Seigneur, l’appeler dans la prière avec la certitude de recevoir une réponse. S’il appelle, Dieu répond. Paul fait ici usage de ce droit de l’envoyé.

81. Toucher nos limites

L’Esprit vient au secours de notre faiblesse car nous ne savons que demander pour prier comme il faut (Ro 8, 26).

Comprendre que nous ne pouvons prier comme il faut que poussés par l’Esprit, que nous ne pouvons souffrir autrement qu’en souffrant avec le Fils. Partout où nous touchons nos limites et notre insuffisance, nous remettre au Fils et à l’Esprit qui les transformeront en leurs demandes qui sont écoutées et reçues par le Père.

82. Dieu se laisse approcher

« Tout m’est permis »; mais tout n’est pas profitable (1 Co 6, 12).

Dans ce « tout m’est permis » apparaît clairement combien Dieu se laisse approcher par l’homme qui le sert.

83. Enchaîné au Seigneur Jésus

Moi, Paul, prisonnier du Christ Jésus à cause vous, païens (Ep 3, 1).

« Moi, Paul, prisonnier du Christ Jésus » : celui qui se donne totalement au Seigneur vit avec lui comme s’il était enchaîné par lui. Vivre dans la volonté du Seigneur exige un abandon de tous les instants. C’est pourquoi il est naturel que Paul se considère comme prisonnier du Christ par sa mission. (Mais l’enchaînement est comme réciproque). Bien sûr le Seigneur est libre de faire ce qu’il veut. Mais si Paul est enchaîné au Seigneur, s’il ne le lâche plus, le Seigneur finit par paraître enchaîné également à Paul. Si Paul se trouve réellement entre les murs d’une prison au moment où il écrit, le Seigneur la partage aussi avec lui.

84. Le charismatique

Ton action de grâces, certes, est excellente, mais l’autre n’en est pas édifié (1 Co 14, 17).

Le charismatique, celui qui parle en langues, appartient à l’Eglise et celle-ci a le droit d’en attendre du fruit. Son apostolat commence dans sa prière la plus solitaire et non seulement quand il est revenu à une parole intelligible par tous. Même quand il est dans l’Esprit il appartient à l’Église et à ses frères.

85. Relation à Dieu

Vous avez été bel et bien achetés! Ne vous rendez pas esclaves des hommes (1 Co 7, 23).

La rédemption signifie le rétablissement de la relation à Dieu, quelque chose qui se rapproche très fort de la création, mais qui provient maintenant de la croix. De même que personne ne peut s’opposer à l’acte créateur du Père, personne ne peut s’opposer au fait que le Fils l’a racheté sur la croix. Personne ne peut contempler la croix et douter que le Seigneur ait souffert aussi pour lui.

86. On ne peut pas mettre Dieu dans l’embarras

Ce dont nous parlons, c’est d’une sagesse de Dieu, mystérieuse, demeurée cachée, celle que dès avant les siècles Dieu a par avance destinée pour notre gloire (1 Co 2, 7).

Dieu a pris soin de nous avant que nous soyons. Et par conséquent, étant ce que nous sommes, nous ne pouvons pas mettre Dieu dans l’embarras : ni Lui, ni sa sagesse… Rien de ce qui se passe dans le monde ne peut l’étonner ni le désarçonner.

87. Prier pour ceux qui ne veulent pas prier

C’est pour l’œuvre du Christ qu’Epaphrodite a failli mourir, ayant risqué sa vie pour vous suppléer dans le service que vous ne pouviez me rendre (Ph 2, 30).

On peut prier pour ceux qui ne veulent pas prier, offrir pour ceux qui ne veulent pas offrir. C’est l’essence de la substitution telle qu’on la connaît dans la répartition et le remplacement naturel dans le travail; mais le chrétien qui dit travail dit prière, le chrétien qui dit expiation dit toute forme d’offrande et de dévouement.

88. Pas chacun pour soi

Par là vous menez le même combat que vous m’avez vu soutenir et que, vous le savez, je soutiens encore (Ph 1, 30).

Chaque croyant doit avoir part à la vie du Seigneur, pas seulement séparément, chacun pour soi, mais pour mettre à la disposition de tous la fécondité de son combat chrétien.

89. Remercier Dieu pour tout

Quoi que vous puissiez dire ou faire, que ce soit toujours au nom du Seigneur Jésus, rendant par lui grâces au Dieu Père (Col 3, 17).

On n’a pas le droit de remercier pour certaines choses dans notre vie et pas pour d’autres… L’action de grâce provient de l’amour. Elle nous rend si proches de Dieu que nous recevons alors de lui un nouvel amour qui rend possible notre vie chrétienne.

90. L’Ancien Testament, chemin vers le Fils

Cela leur arrivait pour servir d’exemple, et a été écrit pour notre instruction à nous qui touchons à la fin des temps (1 Co 10, 11).

Le temps de l’ancienne Alliance est toujours actuel. L’Ancien Testament est pour les chrétiens un miroir dans lequel ils doivent regarder. Les juifs sont leurs frères dans l’alliance avec le Seigneur; le temps qui les sépare est finalement court. Et Dieu, dans son alliance, est toujours Dieu; même s’il y a beaucoup de chemins pour arriver à lui, son être ne change pas. La révélation parfaite de cet être sera le Fils, c’est justement pour cela que toutes les voies anciennes sont tournées vers lui et portent sa trace. Si bien qu’on peut emprunter ces voies pour marcher vers lui.

91. L’Esprit Saint

Ne savez-vous pas que votre corps est un temple du Saint Esprit, qui est en vous et que vous tenez de Dieu (1 Co 6, 19)?

L’Esprit Saint opère l’existence eucharistique du corps du Christ dans l’Eglise comme au début il a opéré l’incarnation dans le sein de Marie qui, en tant que Mère virginale, devient le modèle et le sein de l’Église, à qui le Fils se donne d’une manière nuptiale dans le mystère eucharistique.

92. La mission du chrétien

« Ne prends pas, ne goûte pas, ne touche pas » (Col 2,21).

Le chrétien comprend sa mission dans le monde comme une fonction de la mission du Fils.

93. La poussée de l’Esprit

Tous ceux qu’anime l’Esprit de Dieu sont fils de Dieu (Ro 8, 14).

L’Esprit pousse; il pousse si fortement que celui qui est poussé lui est livré dans la foi de sorte qu’à partir de ce moment il ne peut plus être poussé par quelqu’un d’autre. De l’Esprit, il apprend à oublier toujours plus ce qui lui est personnel et à vivre dans le divin. Il se tient comme un disciple, comme un mercenaire, au service de l’Esprit.

L’Esprit souffle où il veut, et celui qui est poussé par l’Esprit doit laisser à l’Esprit la possibilité de le faire souffler avec lui où le veut l’Esprit. Il ne comprend pas lui-même le plan et l’action de l’Esprit. Il ne peut que laisser faire. Toute nouvelle animation de l’Esprit est éclatement d’une nouvelle vie, mais garanti par la vie elle-même qui est l’Esprit…

L’Esprit pousse et souffle et accomplit tout ce qui s’appelle vie dans le croyant et il n’y a ni éloignement de Dieu ni action de l’homme qui ne soit pas inclus dans ce souffle. Même quand s’accroissent les difficultés et que sa présence est moins perceptible, Dieu demeure proche… Dieu reste présent et reconnaissable en tout effort. Le fait d’être fils du Père fonde la poussée de l’Esprit… Solitude, doute, lassitude, fatigue, impuissance et souffrance : tout est inclus dans la poussée de l’Esprit : signes et marques que tout est en ordre sur le chemin.

94. La grâce

Je sais me priver comme je sais être à l’aise. En tout temps et de toutes manières, je me suis initié à la satiété comme à la faim, à l’abondance comme au dénuement (Ph 4, 12).

La grâce du Seigneur demeure grâce là aussi où elle impose épreuve et privation.

95. L’accompagnateur du Fils

L’Esprit scrute tout, jusqu’aux profondeurs divines (1 Co 2, 10).

L’Esprit accompagne le Fils en toutes ses expériences divino-humaines et le révèle. Il parle en toute parole qu’exprime le Fils, il opère en tout miracle du Fils. Il est tellement l’accompagnateur du Fils, y compris sur la croix, que celui-ci le rend explicitement entre les mains du Père pour expérimenter le plus total délaissement dans la mort.

96. La bonne manière

… Ceux qui ont par avance espéré dans le Christ (Ep 1, 12).

Nous demandons aux saints de soutenir nos requêtes auprès de Dieu parce que nous avons confiance qu’ils savent mieux que nous la bonne manière de présenter à Dieu notre prière.

97. Désirer le don de prophétie

Recherchez la charité; aspirez aussi aux dons spirituels, surtout celui de prophétie (1 Co 14, 1).

Aspirer aux dons de l’Esprit surtout à celui de prophétie, c’est être enfants de l’Esprit, lui être ouvert, obéissant, disponible, perméable, transparent dans toute sa vie et tout son être. Ils doivent passer leur vie terrestre de telle manière qu’elle ne les empêche pas d’acquérir une intelligence des choses du ciel selon que Dieu veut la leur communiquer. Cette obéissance de toute la vie est le présupposé essentiel du don de prophétie et c’est pourquoi il est à rechercher avec ardeur. Désirer le don de prophétie, c’est tendre à une attitude de pur service, à un renoncement fondamental à soi-même et à toute installation.

98. Participation à l’échange trinitaire

Les Églises d’Asie vous saluent… Tous les frères vous saluent. Saluez-vous les uns les autres par un saint baiser (1 Co 16, 19-20).

Par l’Ascension, le Fils est retourné en Dieu et il demeure cependant avec le monde – avec chaque personne comme avec l’Église – dans un échange stimulant qui a pour but la participation de tous à l’échange trinitaire.

99. Les soucis

Tout a été créé par Lui et pour Lui (Col 1, 16).

Nous n’avons plus besoin de nous faire de souci, de nous plaindre du non-sens de l’existence, de perdre courage : de chaque chose et de chaque relation nous pouvons supposer qu’elle a été créée pour lui, le Fils. Tout possède en lui sa vérité… Rien n’existe qui aurait son sens en dehors du Fils.

100. La nuit

Puisse-t-il illuminer les yeux de votre coeur pour vous faire voir quelle espérance vous ouvre son appel, quels trésors de gloire renferme son héritage parmi les saints (Ep 1, 18).

La nuit intérieure, saint Paul n’y songe pas pour les croyants. S’il pouvait la prévoir, il dirait que c’est lui, l’apôtre, qui devrait assumer cette nuit. Que la nuit de l’âme puisse être ce qu’il y a de plus fécond dans une vie chrétienne, que ce serait appauvrir une vie que de lui retirer la nuit, Paul n’a pas encore eu l’occasion d’y penser.

101. Le meneur mystérieux

Ni celui qui plante n’est quelque chose, ni celui qui arrose, mais celui qui donne la croissance, Dieu (1 Co 3, 7).

L’existence et l’action de l’Esprit de Dieu demeurent toujours un secret. Dieu révèle ce que ses serviteurs doivent comprendre pour accomplir leur service mais, même quand il se dévoile, Dieu demeure le meneur mystérieux qui fait croître mystérieusement ce que ses ouvriers ont planté et arrosé. L’apôtre sait quelque chose de toute parole qu’il annonce. Il n’agit pas comme un aveugle et sans rien comprendre. Ce qu’il a à faire, l’Esprit le lui montre, il en fait l’expérience dans l’Esprit. Mais son intelligence n’est en rien à la hauteur de l’infini du mystère de Dieu.

102. Tenter Dieu

Ne tentez pas le Seigneur, comme le firent certains d’entre eux; et ils périrent victimes des serpents (1 Co 10, 9).

Tenter le Seigneur, c’est quand les croyants veulent aller leur propre chemin et cherchent à amener le Seigneur à vouloir autre chose que ce qu’il veut… Le Fils, qui était Dieu, a vécu parmi nous et nous savons comment il a prié; lui qui était Dieu n’a pas voulu faire sa volonté mais uniquement celle du Père. Pour nous qui avons un tel modèle sous les yeux, il devrait nous être plus facile de ne pas tenter Dieu.

103. Le Jour du Seigneur

Il faut qu’au nom du Seigneur Jésus nous nous assemblions, vous et mon esprit, avec la puissance de notre Seigneur Jésus, et que cet individu soit livré à Satan pour la perte de sa chair, afin que l’esprit soit sauvé au Jour du Seigneur (1 Co 5, 4-5).

Le salut s’opère au plus tard au jugement dernier, mais il peut avoir lieu déjà avant, un jour qui devient alors pour l’intéressé le Jour du Seigneur. Car le Seigneur est libre de choisir son Jour quand il le veut et comme il le veut.

104. Une communion concrète

Il est fidèle, le Dieu par qui vous avez été appelés à la communion de son Fils, Jésus Christ, notre Seigneur (1 Co 1, 9).

Les apôtres ont vécu avec le Seigneur; il faut toujours revenir à cette communion éminemment concrète qui se poursuit dans le vie de foi. Même la perspective de son retour au Père ne peut pas l’affaiblir. Saint Paul tient absolument à ce que l’image du Seigneur qui était sur terre soit gardée vivante dans l’Eglise.

105. Une ouverture

Pour moi, certes, la vie c’est le Christ et mourir représente un gain (Ph 1, 21).

L’infini de Dieu Trinité est mis à la disposition de la vie finie de l’homme… Et quand la mort survient dans cette vie chrétienne, elle est un gain parce qu’elle ne signifie plus un terme mais un accès, une ouverture, une porte, parce qu’elle dévoile l’inespéré, jusque-là caché, comme quelque chose de visible, qui comble.

106. La récompense

Quelle est donc ma récompense? C’est, dans ma prédication, d’offrir gratuitement l’Evangile, en renonçant au droit que me confère l’Évangile (1 Co 9, 18).

Le Christ a souffert jusqu’à la mort sans voir le fruit de sa Passion, et même sans sentir la présence du Père, se croyant à tort abandonné du Père, dans une solitude qui n’a plus rien d’un échange, d’une réponse, d’une participation.

107. La faim de Dieu

Nos pères ont tous mangés le même aliment spirituel (1 Co 10, 3).

Au regard de Dieu, il n’y a qu’une seule alliance avec l’humanité, à différents stades : l’alliance en marche vers le Christ, l’alliance à partir du Christ. Avant le Christ et après le Christ, il s’agit essentiellement de la même chose : du besoin, de la faim, du désir qu’a l’homme de Dieu, dans la foi en lui, dans l’action de grâce du fait qu’il s’est penché sur l’humanité pour une alliance éternelle.

108. La source

Je puis tout en Celui qui me rend fort (Phil 4, 13).

Paul est au bord d’une source inépuisable qui est à sa disposition, à laquelle il peut sans cesse puiser pour rencontrer ce que le Seigneur lui envoie.

109. Le travail de Dieu

Nous sommes les coopérateurs de Dieu; vous êtes le champ de Dieu, l’édifice de Dieu (1 Co 3, 9).

L’oeuvre de transformation que l’Esprit a à opérer dans les hommes est aussi prodigieuse que l’oeuvre de création du Père et l’oeuvre de rédemption du Fils. Le travail terrestre du Fils n’était pas pour Dieu une exception, un bref intermède dans son repos éternel. Il fut pour nous les hommes l’apparition incompréhensible de l’éternelle activité de Dieu, il s’insère dans son travail éternel. Dieu aura encore beaucoup de travail jusqu’à ce que tous les hommes soient devenus croyants et que tous les croyants soient devenus des hommes spirituels.

110. Rapprocher les siens de Dieu

Je lui rends ce témoignage (à Epaphras) qu’il prend beaucoup de peine pour vous, ainsi que pour ceux de Laodicée et pour ceux de Hiérapolis (Col 4, 13).

Celui qui prie a le pouvoir de rapprocher les siens de Dieu, de recommander pour la vie éternelle ceux qui lui sont confiés même déjà durant leur vie présente de sorte que quelque chose de cette vie terrestre s’introduit dans la vie éternelle, est mis sous une protection divine… Ceux qui sont concernés par cette prière n’ont pas besoin de le savoir pour le moment, mais le fruit de cette prière quand même sera là.

111. Renoncement

Je n’ai usé, moi, d’aucun de ces droits, et je n’écris pas cela pour en profiter à mon tour (1 Co 9, 15).

Tout renoncement chrétien est un renoncement pour un bien plus grand. On ne nie pas le terrestre, ni la sexualité, ni la nourriture, ni la boisson, ni ce que Dieu permet selon un juste usage. Mais l’amour du Christ est le bien suprême et celui qui aime est reconnaissant quand il a quelque chose à offrir. On reconnaît la véritable ascèse au fait que les droits des autres ne sont pas réduits et qu’on ne leur envie pas l’usage qu’ils en font. Il se peut que Dieu ne leur demande pas les mêmes renoncements.

112. La mission

Prêcher l’Evangile en effet n’est pas pour moi un titre de gloire; c’est une nécessité qui m’incombe. Oui, malheur à moi si je ne prêchais pas l’Evangile (1 Co 9, 16)!

Il se peut que quelqu’un voie à peu près sa mission mais non comment la remplir. Les moyens et les voies se trouvent encore cachés dans la foi pour le moment, et il doit grandir dans la foi pour que les chemins de sa mission deviennent clairs.

113. Comprendre la croix

Ne savez-vous pas que nous jugerons les anges? A plus forte raison les affaires de cette vie (1 Co 6, 3)!

Nous ne comprendrons jamais vraiment ici-bas ce que le Fils de Dieu a accompli sur la croix.

114. Les trésors

Que nul ne se glorifie dans les hommes; car tout est à vous, soit Paul, soit Apollos, soit Céphas, soit le monde, soit la vie, soit la mort, soit le présent, soit l’avenir. Tout est à vous; mais vous êtes au Christ, et le Christ est à Dieu (1 Co 3, 21-23).

Dans leur sagesse terrestre, les Corinthiens organisaient d’une manière ou d’une autre leur vie temporellement limitée; mais elle se heurtait à la mort, cette mort qui était tout à la fois la frontière de leur vie, de leur puissance et de leur sagesse.

Dans la foi, ils possèdent la vie et la mort. Ils peuvent vivre et mourir dans la même foi. Et la mort n’est plus l’interruption de leur existence, mais la recréation de leur vie en Dieu. Elle est le don de Dieu au même titre que la vie terrestre…

Et l’éternité aussi, comme temps de Dieu, appartient au croyant… C’est la lumière de la foi qui répandra la vérité de Dieu sur toute chose… Les choses d’ici-bas, Dieu vit et habite en elles pour les donner aux hommes comme signe de sa présence… Dans son éternité, Dieu possède toutes ces choses (y compris les choses à venir  : celles auxquelles il a déjà pensé ou auxquelles il n’a jamais pensé)… Les croyants ne sont pas exclus de ces trésors. Dieu a fait tomber les barrières de leur finitude et il compte sur les croyants pour qu’ils deviennent co-possesseurs de ses biens éternels. Tout est à vous.

115. Dieu peut parler

Il est écrit dans la Loi : « C’est par des hommes d’une autre langue et par les lèvres d’étrangers que je parlerai à ce peuple, et même alors ils ne m’écouteront pas », dit le Seigneur (1 Co 14, 21).

Dieu peut parler dans l’Eglise par un priant en une « langue » qui n’est pas comprise par l’Eglise de son temps, une « langue » qu’elle ne veut pas recevoir et qu’elle n’est pas non plus sans doute en mesure de recevoir.

116. Le temps du deuil

Il a été mis au tombeau, il est ressuscité le troisième jour selon les Ecritures (1 Co 15, 4).

Résurrection du Christ après trois jours dans la mort : le temps des larmes n’est pas sauté. Ceux qui l’aiment doivent expérimenter combien sérieuse et totale est cette mort. Et le temps du deuil est, sans qu’ils le sachent, déjà préparation de leur âme pour la joie de la résurrection… La grâce de la rédemption dont Dieu le Père fait don au monde en ressuscitant le Fils ne peut être pour le monde que le miracle parfait que personne ne pouvait attendre.

117. Le don de la vie

Enfants et donc héritiers; héritiers de Dieu et cohéritiers du Christ, puisque nous souffrons avec lui pour être aussi glorifiés avec lui Ro 8, 17).

L’héritage promis aux enfants de Dieu est d’abord caché en Dieu. Mais, par l’Esprit, il est communiqué à ceux qui possèdent la foi, non pour les bercer dans une fausse sécurité qui les dispenserait de tout effort, mais pour qu’ils saisissent la grandeur de leur foi et du don de la vie. Participer à tout ce qui est au Fils conduit naturellement plus loin : à ce que nous soyons aussi glorifiés avec lui.

118. Un mouvement irrévocable

Dieu, qui a ressuscité le Seigneur, nous ressuscitera, nous aussi, par sa puissance (1 Co 6, 14).

Quand le Père ressuscite le Fils, il a pour objectif de nous ressusciter aussi. Le sens de l’existence humaine doit finalement être entièrement considéré à partir de la résurrection… A travers la résurrection, les limites de notre existence tombent… En nous appuyant sur la liberté que Dieu nous a donnée, nous pouvons nous adonner à l’illusion de disposer de toute l’existence de notre être… Dans l’Ancien Testament, il n’était pas certain que Dieu utiliserait sa puissance pour aller rechercher l’homme qui sombrait dans l’impuissance de la mort. C’est seulement le Fils venu du Père qui, en ressuscitant, a déclenché un mouvement irrévocable de retour vers le Père, un mouvement qui nous condamne directement à la résurrection.

119. Recevoir une clarté

Vous pouvez tous prophétiser à tour de rôle, afin que tous soient instruits et tous encouragés (1 Co 14, 31).

Paul voit en chacun de ceux qui viennent à la liturgie quelqu’un qui possède un droit à être fortifié dans son âme, un droit à emporter chez lui quelque chose qui concerne ce qui l’occupe, quelque chose qui l’aide, qui lui procure clarté sur des questions qui concernent Dieu.

120. La Mère de Dieu

Si la femme a été tirée de l’homme, l’homme à son tour naît par la femme, et tout vient de Dieu (1 Co 11, 12).

Marie a mis au monde le Fils de l’homme au nom de toutes les femmes. Elle a porté le Fils dans son corps, mais son corps était consentant par la foi. Et quand le Fils devint homme par elle, ce fut autant par sa foi que par son corps. Son corps et son âme : elle met tout au service. Le Fils s’abaisse à devenir un homme comme tous les autres et à vivre comme tous dans le sein de sa mère; mais en s’abaissant il l’élève à être la Mère de Dieu.

121. Apporter sa quote-part

Si c’est dans des vues humaines que j’ai livré combat contre des bêtes à Ephèse, que m’en revient-il? Si les morts ne ressuscitent pas, mangeons et buvons, car demain nous mourrons (1 Co 15, 32).

Dieu donne au monde la grâce de la vie éternelle comme fruit de la mort et de la résurrection de son Fils. Et cependant les hommes doivent apporter leur quote-part qui est reprise par le Seigneur et gérée par lui comme il l’entend.

122. Pauvreté fondamentale

Aussi ne manquez-vous d’aucun don de la grâce, dans l’attente où vous êtes de la Révélation de notre Seigneur Jésus Christ (1 Co 1, 7).

Tant que le Seigneur n’est pas venu (de sa seconde venue, glorieuse), nous vivons dans un état de pauvreté fondamentale, mais celle-ci porte déjà en elle des signes de la plénitude débordante qui vient… Nous, qui n’avons pas encore vu Dieu, nous vivons de lui parce que lui nous voit, et dans l’espérance de le voir un jour comme il nous voit.

123. Élever le niveau

Celui qui parle en langue s’édifie lui-même, celui qui prophétise édifie l’assemblée (1 Co 14, 4).

Le prophète est l’un de ceux qui ont la mission d’élever le niveau de l’Eglise, non par sa propre force, mais par la force de la prophétie.

124. La faiblesse et la force

Le membres du corps que nous tenons pour les plus faibles sont nécessaires (1 Co 12, 22).

Le Fils est descendu jusqu’à l’extrême faiblesse de la croix pour libérer le monde de la faiblesse du péché… Extrême faiblesse du Fils dans laquelle il s’est senti abandonné par le Père et séparé du ciel. Il n’existe aucune oeuvre qui, dans sa force, soit comparable à l’oeuvre de sa faiblesse sur la croix… Dans l’Eglise aussi, il plaît au Seigneur de voir dans ses membres les plus faibles des membres nécessaires.

125. Les dimensions de la vie éternelle

Alors aussi ceux qui sont morts dans le Christ ont péri (1 Co 15, 18).

Mourir dans le Christ, c’est s’abandonner à lui pour qu’il nous juge avec tout ce que nous lui apporteront de notre vie pour qu’il l’ouvre à la démesure des dimensions de la vie éternelle. Renoncer à toutes ses lois personnelles et à toutes les lois de la terre pour se livrer définitivement à la loi de Dieu.

126. Ce qu’il y a de plus sacré

Quand l’un d’entre vous a un différend avec un autre, ose-t-il bien aller en justice devant les injustes, et non devant les saints (1 Co 6, 1)?

Le Fils est, pour le Père, ce qu’il y a de plus sacré à ses yeux, au point qu’il lui confie la rédemption du monde.

127. Le tout de Dieu

Car imparfaite est notre science, imparfaite aussi notre prophétie (1 Co 13, 9).

Dieu ne peut pas, pour le moment, déployer devant nous l’ensemble de ses plans, ni découvrir la totale intelligence de son être et du nôtre, ni toutes les relations entre le ciel et la terre. Il tient tout cela en réserve. A cause de notre péché, nous ne pourrions pas faire le tour de sa totalité. Même à ceux que Dieu choisit spécialement pour prophétiser et posséder la connaissance, il ne peut pas livrer le tout parce que, même quand il révèle des vérités de son ciel, les hommes, tant qu’ils sont ici-bas, ne peuvent pas encore vivre pleinement dans le ciel.

128. Eucharistie

La coupe de bénédiction que nous bénissons n’est-elle pas communion au sang du Christ (1 Co 10, 16)?

Dans la coupe de bénédiction, nous sommes les invités du Fils par l’intermédiaire du prêtre qui bénit.  Dans cette bénédiction, la communion est sans cesse renouvelée afin que la vie temporelle des croyants se nourrisse constamment de manière vivante de la vie éternelle. C’est la communion au sang versé sur la croix, mais elle est donc aussi communion avec toute la vie du Fils qu’il a reçue et vécue entièrement dans la mission reçue du Père; communion avec cette mission elle-même, telle qu’elle est au ciel, et donc aussi communion avec la décision de Dieu Trinité. Et ce, sous une forme visible, liturgique,que l’homme utilise pour pouvoir entrer dans la communion invisible.

129. Des paroles de miséricorde

Quand donc cet être corruptible aura revêtu l’incorruptibilité et que cet être mortel aura revêtu l’immortalité, alors s’accomplira la parole de l’Ecriture : « La mort a été engloutie dans la victoire » (1 Co 15, 54).

Toutes les paroles du Père (= l’Ancien Testament), que souvent nous comprenons comme des paroles de menace, le Fils devient homme parmi nous pour les accomplir de telle sorte que nous puissions les comprendre comme des paroles de miséricorde.

130. La grâce

Mais vous vous êtes lavés, mais vous avez été sanctifiés, mais vous avez été justifiés par le nom du Seigneur Jésus Christ et par l’Esprit de notre Dieu (1 Co 6, 11).

On ne peut pas dire que l’Esprit continue ce que le Fils a commencé… Il n’existe pas de grâce qui ne provienne conjointement du Père, du Fils et de l’Esprit.

131. Le prophète dans l’Église

Celui qui prophétise au contraire parle aux hommes; il édifie, exhorte, console (1 Co 14, 3).

Ce que l’Esprit communique à celui qui prophétise est destiné à ses frères… Dieu confie à celui qui prophétise des choses mystérieuses dont il sait qu’elles ne doivent pas rester cachées plus longtemps. Mais sa tâche consiste à transposer dans la langue et les concepts des hommes ce qui lui est montré de la vie céleste, pour le rendre accessible à la terre… Il peut vivre des choses très précises qui doivent également être dites de façon précise. Mais il vit surtout ce qui est difficile à traduire, quelque chose de la sollicitude de Dieu pour les hommes, de son désir de manifester aux hommes sa présence afin qu’à nouveau ils s’en réjouissent. Les prophéties sont toujours destinées à l’Eglise universelle et ont pour but d’aplanir le chemin des croyants vers Dieu, de leur mettre en main quelque chose de vérifiable qui les comble d’une certitude nouvelle… C’est ainsi que la parole du prophète apporte un réconfort parce que Dieu leur montre que l’éternité est toujours soucieuse de se pencher sur le temps et qu’elle est toujours prête à le pénétrer… Le prophète est choisi pour montrer dans le monde de nouveaux aspects de l’être divin éternel.

132. Devenir homme quand on est Dieu

Il s’anéantit lui-même, prenant condition d’esclave, et devenant semblable aux hommes (Ph 2, 7).

D’un côté, il y a la condition divine dans ce qu’elle a de sublime et d’invisible, que le Fils ne possède et ne vit cependant pas replié sur lui-même, mais comme étant le monde du Père et de l’Esprit dans l’éternité; de l’autre côté, il y a la condition humaine, avec la distance créée par le Père, la bassesse qui a causé le péché, l’inanité due au refus de connaître Dieu.

Et le Fils se dépouille de la plénitude de Dieu et entre dans le néant de l’homme; il ne change pas seulement de lieu, de temps, mais de forme aussi. Il devient semblable à un homme. Il se montre parmi nous comme l’un de nous; il ne veut pas se distinguer de nous. Il ne se transforme pas en surhomme, en un être qui dès l’abord sort tellement de l’ordinaire que les autres sont forcés de le placer très haut, de sentir la distance qui les sépare de lui, de lever les yeux vers lui. Il ne se ménage pas de facilités, il ne descend pas pour un instant seulement, pour aussitôt après quitter l’inanité du monde et se retirer dans le ciel, il vient pour la durée de toute une vie, dans la pauvreté et le secret, et même dans un dénuement tel que personne ne pourrait regarder son sort avec envie, personne ne pourrait souhaiter prendre ce chemin de vie. C’est la vie d’un pauvre parmi les pauvres et les riches. La vie d’un simple au sein d’un monde compliqué…

133. Les saints

A l’Église de Dieu établie à Corinthe, à ceux qui ont été sanctifiés dans le Christ Jésus, appelés à être saints… (1 Co 1, 2).

Aucun saint ne sait qu’il est saint.

134. La descente en enfer

« Il est monté », qu’est-ce à dire, sinon qu’il est aussi descendu, dans les régions inférieures de la terre (Ep 4, 9).

En s’incarnant, le Seigneur n’a pas seulement pris sur lui le fardeau des péchés qui ont été commis durant le temps de sa vie terrestre, il a assumé le fardeau de tous les péchés. C’est pourquoi son incarnation était aussi nécessairement lié au fait qu’il s’est rendu dans le lieu où tous les péchés du monde, passés et futurs, sont rassemblés, au fait qu’il est descendu dans les régions inférieures de la terre, où la présence de Dieu Trinité est non seulement niée, mais comme rendue impossible… C’est là qu’il assuma les derniers fardeaux, ce qui devait rendre enfin possible son retour vers le Père, comme si sa montée dépendait de sa descente, comme s’il lui avait été impossible de retourner au ciel avant d’être descendu en enfer. En expliquant que la descente était la condition nécessaire de la montée, Paul montre que le Seigneur n’a cessé d’avoir pour but cette descente en enfer, qu’il a passé toute sa vie dans la perspective et avec la prescience de cette descente. Et chaque fois qu’il pensait au Père et à son retour auprès de lui, il voyait que cette réunion ne se réaliserait que par la descente en enfer. Car ce n’est qu’ainsi qu’il pourrait donner à l’oeuvre de la rédemption sa totale expansion.

135. La voie d’accès à Dieu

Car c’est bien par la grâce que vous êtes sauvés, moyennant la foi. Ce salut ne vient pas de vous, il est un don de Dieu (Ep 2, 8).

Personne n’a la possibilité d’aller à Dieu que si Dieu la lui donne… Pour reconnaître en vérité les dons de Dieu, il faut les posséder, c’est-à-dire avoir la grâce et la foi… Dieu a l’habitude de commencer toujours par y mettre du sien là où il propose d’agir… Réduits à nos propres moyens, nous ne serions jamais sauvés, c’est-à-dire que jamais nous ne trouverions l’authentique voie d’accès à Dieu. En nous faisant le don de la foi, Dieu crée entre lui et nous cette voie d’accès… Il est clair que celui qui n’a pas la foi et ne l’a pas goûtée ne peut savoir ce qu’elle est… pas plus qu’on ne peut connaître la saveur d’un fruit qu’on n’a jamais goûté.

136. Ce qui est bon pour l’homme

Ce qui dans le monde est sans naissance et ce que l’on méprise, voilà ce que Dieu a choisi; ce qui n’est pas, pour réduire à rien ce qui est (1 Co 1, 28).

Depuis toujours Dieu a choisi ce qui est bon pour l’homme, ce qui lui convient, ce qui le lie à lui, alors que l’homme n’a cessé de choisir ce qui est contraire à Dieu. Toute l’ancienne Alliance peut être considérée sous ce signe. Pour finir, Dieu choisit une fois pour toutes ce que les hommes ne choisissent pas : la croix. La croix est purement et simplement le choix de Dieu… Par la croix, Dieu choisit ce qui dans le monde est sans naissance, le dénuement, le mépris, la raillerie, la déréliction. Finalement, et au milieu de tout cela, il choisit la mort… A l’avenir, tout ce qui aura une valeur la recevra dans la lumière de ce choix de Dieu : la croix. Et donc aussi la joie puisque Dieu nous enlève le plus amer de la souffrance…

137. Être dans la main de Dieu

Telle est l’attente de mon ardent espoir : rien ne me confondra, je garderai au contraire toute mon assurance et, cette fois-ci comme toujours, le Christ sera glorifié dans mon corps, soit que je vive, soit que je meure (Ep 1, 20).

Si Paul attend toutes choses du Seigneur, il sait donc aussi qu’il recevra toutes choses en réponse, que sa croissance dans le Christ se déroule selon un plan défini par Dieu, qui ne laisse aucune place à la déception ou à la contrevérité. Il est tellement instrument qu’il est sûr d’être dans la main de Dieu; comme lui-même ne décide plus rien, rien de mal ne peut lui arriver quand Dieu décide;  rien ne pourra lui faire honte puisqu’il ne s’appartient plus, mais qu’il est chose de Dieu. Il se sait inclus dans la providence de Dieu, dans l’Esprit Saint, dans le plan du Christ obéissant au Père, il sait qu’en tous points sa mission a été voulue par Dieu si bien que, quoi qu’il arrive, la mission… non seulement sera sauvée, mais qu’elle ne peut être en aucune façon troublée ou contrecarrée. Il a sur ce point une totale certitude qui s’explique uniquement par la mission.

138. Faire plaisir à Dieu

Soit donc que vous mangiez, soit que vous buviez, et quoi que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu (1 Co 10, 31).

Chaque fois que nous voulons sérieusement faire plaisir à Dieu, nous sommes capables de le faire. Et Dieu ne fait pas seulement que recevoir cette joie, il en a besoin dans sa vie trinitaire en tant qu’il crée, rachète et accomplit. Si Dieu s’était contenté de sa joie céleste, il n’aurait pas créé le monde et le Fils n’aurait pas eu besoin de s’incarner. En se faisant homme, le Fils a montré ce qu’un homme pouvait faire pour Dieu. Et, en montant au ciel, il nous a de nouveau prouvé combien Dieu était proche de l’homme.

139. Le seul souci du Fils

Lui, de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu (Ph  2, 6).

La condition divine que le Fils a dans le ciel, il ne veut pas la posséder jalousement, comme une chose qui lui appartient, qui lui échoit, qu’il exploite pour lui-même. Il est le Fils et il reniera jamais sa qualité de Fils… Il est de toute éternité auprès du Père et l’Esprit, qui est l’amour, souffle entre eux, et toute séparation, tout affaiblissement, tout changement sont impensables. Et cependant ce n’est pas au fait qu’il est Dieu que le Fils attache de la valeur. Plus importante que pour lui est l’obéissance au Père, le triple accord de l’amour entre Père, Fils et Esprit… Une obéissance qui est si forte qu’elle ne fait valoir les intérêts propres que s’ils peuvent aussi contenir les intérêts du Père et de l’Esprit… Le seul souci du Fils sera de donner une expression à son amour sous toutes les formes de l’obéissance. Mais il voit le contraire de cette obéissance dans la désobéissance des hommes. Et il choisit cet acte des hommes qui se détournent du Père comme point de départ d’une nouvelle forme de son obéissance d’amour, en offrant au Père de devenir obéissant jusqu’à la mort sur la croix… Il ne considère pas sa condition divine comme une proie sur laquelle il devrait se reposer, à laquelle il devrait se cramponner, mais comme quelque chose qu’il peut délaisser pour manifester son amour toujours plus grand du Père.

140. L’eucharistie transforme quelque chose en nous

Afin qu’aucune chair n’aille se glorifier devant Dieu (1 Co 1, 29).

Par l’incarnation du Fils, la chair a reçu une nouvelle dignité… Lorsque le Fils fait don de sa chair dans l’eucharistie, il déverse également en nous ce qui constitue l’essentiel de sa nature charnelle face au Père. C’est pourquoi aucune chair ne peut plus se glorifier devant Dieu. De même que quelque chose change dans la chair d’une vierge lorsqu’elle est fécondée par un homme, puisque l’ensemble de son être n’est plus vierge et qu’elle ne peut plus se glorifier de sa chair mais de celle de l’homme, de la même manière l’eucharistie transforme quelque chose en nous, de telle sorte que nous ne pouvons plus nous glorifier que dans le Fils du Père et non plus en nous-mêmes… Il ne viendrait pas à l’esprit d’une femme mariée et d’une vierge de se glorifier de leur corps. Toutes deux savent qu’il appartient à l’homme et à Dieu.

141. Dieu fait un autre choix

Ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre les sages; ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre la force (1 Co 1, 27).

Ce qui est confondant, c’est que Dieu fait un autre choix que celui que les sages auraient fait nécessairement. C’est aussi le fait qu’il leur montre à quel point le choix qu’ils ont fait est futile pour lui, à quel point leur jugement le touche peu… Mais il confond surtout les puissants afin que, subitement, ceux-ci ne voient plus ce qui correspond à leur puissance, puisque Dieu ne s’est pas servi d’eux, mais du faible, de l’impuissant.

142. La grâce du Seigneur Jésus

La grâce du Seigneur Jésus Christ soit avec votre esprit (Ph 4, 23).

La grâce est ce que chaque homme qui prie peut sans cesse faire descendre en suppliant… Tout homme qui prie expérimente la grâce de la Parole du Seigneur qui lui est adressée. C’est une grâce que le Fils se soit incarné, c’est une grâce qu’il soit devenu pour nous Parole du Père, c’est une grâce qu’il se soit révélé dans l’Evangile, c’est une grâce qu’il ait institué l’Eglise, c’est une grâce qu’il ait racheté tout homme. La grâce est la forme de son amour pour les hommes… Venant du Père et allant au Père, le Fils donne sa grâce au monde. Il fait tout par amour pour le Père et en même temps par amour pour le monde… La grâce du Seigneur, c’est qu’il ne se détourne jamais du monde mais que, dans un amour éternel, il répond à toute prière et guide chaque coeur, il remplit toute foi, il éveille tout amour, il justifie toute espérance. Et… cette grâce infinie du Seigneur doit être avec l’esprit des croyants, habiter leur esprit, l’animer, le combler, les mettre en contact constant avec l’Esprit Saint du Père et du Fils et de l’Esprit…

143. Apprendre à penser à la manière de Dieu

Pourquoi ne pas souffrir plutôt l’injustice? Pourquoi ne pas vous laisser plutôt dépouiller? Mais non, c’est vous qui pratiquez l’injustice et dépouillez les autres; et ce sont des frères (1 Co 6, 7-8).

Celui qui n’est pas disposé à endurer passivement une injustice par amour pour le Seigneur, ira presque nécessairement et insensiblement jusqu’à commettre à son tour l’injustice. Car celui qui veut absolument faire valoir son droit ne sera jamais en mesure de remettre entièrement son opinion au Seigneur… Celui qui n’est pas disposé à renoncer à quelque chose qui lui revient, conservera certainement aussi des choses qui ne lui reviennent pas… L’amour de Dieu ne peut agir là où l’homme se préoccupe de lui-même et de ses prétendus droits… Le Fils, en tant qu’homme, nous apprend à penser à la manière de Dieu et de l’Esprit…

144. Souffrir

C’est par sa faveur qu’il vous a été donné, non pas seulement de croire au Christ, mais encore de souffrir pour lui (Ph 1, 29).

La grâce est la forme sous laquelle Dieu donne son amour aux hommes pour les attirer à lui… La vie trinitaire de Dieu dans les cieux serait restée repliée sur elle-même si Dieu n’avait pas créé le monde. Mais en péchant, l’homme a prouvé qu’il peut se fermer à Dieu et rejeter son amour… Alors Dieu inventa la grâce : la preuve de son affection pour la créature, jaillissant à jamais de la source éternelle, infinie, de son amour… Le Fils a racheté le monde par sa souffrance… Maintenant il est permis aux croyants de souffrir sous toutes les formes que Dieu donne… Il est donc bon que l’homme souffre, mais il n’est pas bon pour lui de souffrir replié sur lui-même, d’une manière inventée par lui. Il doit souffrir d’une manière totalement contenue dans la manière de souffrir du Seigneur… Le Fils aime tellement les hommes qu’il les fait entrer sans cesse dans la circulation de son amour qui passe par sa souffrance…

145. Le chrétien n’a pas le droit de soupirer

Que la paix du Christ règne dans vos coeurs… Enfin vivez dans l’action de grâces (Col 3, 15)!

La paix unit un membre à l’autre… La paix se trouve en toute vertu, en tout élan vers la vertu, en toute prière, en toute décision de vie; même là où le coeur doit être inquiet, même là où il hésite, où les difficultés s’accumulent, la paix est cependant toujours la marque de l’authenticité. Car elle vient du Seigneur et elle est sa paix qui est au-dessus de toute autre paix. Elle n’a rien à faire avec la tiédeur… car elle caractérise avant tout l’attitude du Fils vis-à-vis du Père,  du Fils qui part de la paix du Père pour accomplir sa mission, qui va sur le chemin de la croix dans la paix avec le Père, qui meurt dans la paix avec lui, qui  ressuscite dans la paix… Et c’est  exactement cette paix qui doit vivre dans le coeur des croyants…Le Seigneur est venu pour nous apporter sa paix… La paix est quelque chose d’essentiel, elle doit régner. Elle a une place suréminente… Et quand le chrétien regarde sa mission dans sa relation naturelle avec les affaires du monde, il n’a pas le droit de soupirer, ni de comparer sa faiblesse à la démesure du fardeau de sa tâche… Il doit être dans l’action de grâces, comme l’est un chrétien après avoir communié, quand il a reçu le corps du Seigneur.

146. Recevoir la foi comme une semence de Dieu

Si le Christ n’est pas ressuscité, votre foi est vaine; vous êtes encore dans vos péchés (1 Co 15, 17).

La foi, on peut la comparer à la conception de la Mère de Dieu qui a reçu en elle la semence de Dieu par l’Esprit Saint : cette semence vit et veut vivre de Marie. Et la Mère doit se consacrer physiquement et spirituellement à la vie qui se développe en elle. Elle se met à sa disposition telle qu’elle est, sans réserve. D’une manière semblable, nous devons recevoir la foi et la laisser agir en nous comme une vraie semence de Dieu, lui ouvrir tout l’espace qu’elle veut occuper.

147. Un coin du voile

Le mystère tel que je viens de l’exposer en peu de mots (Ep 3, 3).

Il aurait donc pu écrire plus longuement. Mais cette fois encore, il ne livre pas la raison pour laquelle il ne l’a pas fait. Il ne lève un coin du voile que pour tenir l’autre d’autant plus hermétiquement baissé. Mais le peu qu’il offre est important et la communauté doit s’en aviser : ce qu’elle apprend de lui, ce n’est pas son avis personnel, mais une révélation. Ce n’est cependant qu’une esquisse du tout qui est certainement plus grand que ce qu’elle en apprend. Elle ne peut pourtant pas se procurer ailleurs le complément justement parce que c’est une révélation.

148. Aimer celui qui n’est pas juste

La charité ne se réjouit pas de l’injustice, mais elle met sa joie dans la vérité (1 Co 13, 6).

Plus l’amour est fort, plus affirmé sera son sens de ce qui n’est pas  juste. Le plus grand amour peut certes aimer davantage celui qui est injuste, mais pas ce qui le rend injuste.

149. Le Fils choisit lui-même le chemin de la croix

Il s’humilia plus encore, obéissant jusqu’à la mort, et à la mort sur une croix (Ph 2, 8)!

Il s’abaisse, il change sa condition divine pour la condition d’esclave, mais il le fait de lui-même, il choisit lui-même ce chemin, il décide, prend la résolution, ne se fait pas pousser. Lui qui est Dieu a, face au Père, la certitude que son amour pour le Père est assez grand pour supporter même cela : … l’échange du ciel parfait contre le monde pécheur… Il échange sa liberté divine contre la sujétion humaine, sa vie dans la béatitude contre la mort sur la croix… Aussi vraie est sa vie dans le ciel, aussi vraie… est sa mort sur une croix. Et toute cette vérité a été décidée dans l’obéissance au Père qui le laisse s’abaisser… Le Père répond à l’obéissance du Fils en la prenant tout à fait au sérieux.

La suite en 15/2

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