15/2. Lire St Paul avec A. von Speyr

Lire St Paul avec Adrienne von Speyr (suite)

150. Plus près du Seigneur

Que chacun, par l’humilité, estime les autres supérieurs à soi (Ph 2, 3).

C’est un fruit de l’amour, mais aussi de la foi et de l’espérance. De l’espérance, parce que chacun espère que l’autre se trouve plus près du Seigneur que lui-même, que l’autre est plus disposé à offrir au Seigneur sa voie, sa vie et tout ce qu’il possède.

151. La communion dans la sainteté et dans le péché

Et toi, Syzyge, vrai compagnon, je te demande de leur venir en aide, car elles m’ont assisté dans la lutte pour l’Evangile en même temps que Clément et mes autres collaborateurs dont les noms sont écrits au livre de vie (Ph 4, 3).

Dans la communion des saints, l’un porte le fardeau de l’autre, se sent responsable pour les péchés qu’il n’a pas commis, les expie aussi; il coopère par esprit d’expiation, mais de telle sorte que son oeuvre propre disparaît pour ainsi dire dans l’ensemble. La communion des saints porte la marque de la sainteté comme celle du péché.

152. Le pur miracle

Puis ce sont les miracles, puis le don de guérir, d’assister, de gouverner, les diversités de langues (1 Co 12, 28).

Eucharistie : le croyant ne peut communier que s’il croit à la parole du Seigneur : « Ceci est mon corps ». Il renonce à la comprendre avec sa raison naturelle. Le pur miracle s’introduit dans sa vie.

153. Conversation avec Dieu

Celui qui parle en langues ne parle pas aux hommes mais à Dieu; personne en effet ne le comprend : il dit en esprit des choses mystérieuses (1 Co 14, 2).

Celui qui parle en langues, après cela, suivant le commandement de l’amour, il doit essayer de rendre fécond pour tous sa conversation avec Dieu. Et le service apostolique de saint Paul ne souffre rien dans l’Église qui ne soit d’une manière ou d’une autre apostolique.

154. Celui qui pourrait croire

L’amour croit tout (1 Co 13, 7).

C’est une foi qui ne redoute pas de s’expliquer avec l’incroyance puisque, dans celui qui ne croit pas, elle reconnaît aussi celui qui pourrait croire.

155. En tout chrétien

Je n’entendais pas d’une manière absolue les impudiques de ce monde, ou bien les cupides et les rapaces, ou les idolâtres; car il vous faudrait alors sortir de ce monde (1 Co 5, 10).

Il y a en tout chrétien quelque chose qui n’aime pas le Seigneur.

156. Les envoyés

Devenez à l’envi mes imitateurs, frères, et fixez vos regards sur ceux qui se conduisent comme vous en avez en nous un exemple (Ph 3, 17).

Un exemple et un modèle qui est vivant sous leurs yeux et dont ils savent qu’ils ne doivent pas le garder pour eux seuls, mais qu’ils ont à le transmettre. Paul sait que sa mission provient de la mission du Seigneur, il sait tout aussi bien que d’autres envoyés sont là, qu’il n’est pas le premier apôtre, que les fonctions sont réparties, que chaque fonction a son importance. Le Seigneur reste le seul et unique exemple central… Autour de lui, tous ceux qu’il a institués pour qu’ils soutiennent l’Eglise, ne sont rien d’autre que des êtres transparents dont le Père exige qu’ils fassent briller sa lumière et qu’en même temps ils la lui renvoient en passant par eux, comme s’ils étaient inexistants… Ils captent sa lumière, mais ils ne doivent pas la retenir, ils la renvoient et ne doivent rien garder. Ils doivent constamment s’oublier dans le don… Le Seigneur les comble afin qu’ils deviennent des êtres qui comblent… Ils sont comme aveuglés par l’enseignement du Seigneur, ne peuvent jamais venir à bout de sa sagesse et ils doivent pourtant en les restituant paraître si sages que les hommes qui les entendent se sentent attirés…, fassent connaissance avec la vérité et osent risquer un oui… Ils doivent se présenter dans tout leur être de manière à ce que celui qui commence à croire reçoive le sentiment d’une sécurité, d’un refuge et d’une paix qui n’existent  pourtant pas pour eux, les envoyés.

157. La femme comparée au Fils dans son rapport avec le Père

Le chef de tout homme, c’est le Christ; le chef de la femme, c’est l’homme; et le chef du Christ, c’est Dieu (1 Co 11, 3).

En dehors du christianisme, la subordination de la femme n’est pas pour elle un honneur; mais dans le christianisme, elle est assimilée au Fils qui a pour chef le Père… Que l’homme soit le chef de la femme comporte une responsabilité qui a une certaine ressemblance avec la responsabilité du Père pour la mission expiatoire et rédemptrice du Fils. C’est une responsabilité sous forme d’expiation; de fait l’homme ne peut en aucun cas jouer au seigneur supérieur; en accablant la femme, il s’accable lui-même. C’est pourquoi le Christ, qui porte la croix, est son chef. Car l’ordre de la rédemption est un ordre expiatoire pour le Père comme pour le Fils.

158. La plénitude

Je vous ai donc transmis tout d’abord ce que j’avais moi-même reçu (1 Co 15, 3).

Dans la vivante tradition de l’Eglise se révèle chaque jour davantage quelque chose de la plénitude du Seigneur, jusqu’au dernier jour qui révélera toute sa plénitude.

159. On ne possède rien pour soi tout seul

Nous supportons tout pour ne créer aucun obstacle à l’Evangile du Christ (1 Co 9, 12).

Dans le corps, Dieu a donné à l’homme une occasion de se vaincre lui-même, mais en même temps une occasion pour le prochain de se dépasser. De même qu’on ne possède pas la doctrine pour soi tout seul mais toujours aussi pour les autres, de même notre propre corps n’impose pas seulement des devoirs à qui le porte mais aussi aux autres. Ainsi il n’y a rien dans la création de Dieu qui ne puisse faire l’objet d’un devoir chrétien.

160. Écriture et Tradition

Je vous ai donc transmis tout d’abord ce que j’ai moi-même reçu … (1 Co 15, 3).

Écriture et Tradition : le ministère de Paul consiste à vivifier l’Ecriture par la Tradition et à fortifier la Tradition par l’Écriture, à soumettre la Tradition à la norme de l’Ecriture.

161. Le Fils demeure continuellement au milieu de nous

Vous avez été lavés, vous avez été sanctifiés, vous avez été justifiés par le nom du Seigneur Jésus Christ (1 Co 6, 11).

Le Fils ne s’est pas donné seulement durant les trente années de sa vie; sa mort sur la croix fut la garantie qu’il demeurait continuellement parmi nous. Ce que le Fils était quand il vivait parmi nous, il le demeure. En mourant, il a livré sa chair et son sang et il a promis qu’il serait là quand deux ou trois seraient rassemblés en son nom. Si bien que nous le possédons ici-bas un peu comme le Père le possède au ciel. Chaque parole de l’Écriture sert à rendre son nom vivant, à expliquer sa vérité, son être, à montrer sa présence.

162. Il nous introduit dans sa communion

La coupe de bénédiction que nous bénissons n’est-elle pas communion au sang du Christ? Le pain que nous rompons n’est-il pas communion au corps du Christ (1 Co 10, 16)?

Le pain est communion au corps du Christ. Il signifie la même chose que le calice. Aussi réel qu’était ce pain sur la table, aussi réellement il devient le corps du Seigneur pour nous dans la bénédiction de l’Eglise… Dans l’acte même où le Seigneur se donne à l’Eglise, il s’unit à elle… Dans la fraction du pain, il nous introduit dans sa communion. Il y a donc deux choses dans l’eucharistie : une « descente » du Fils dans l’Église et un entraînement des croyants dans les mystères de l’être divin.

163. La distance du grand seigneur

Je me suis fait Juif avec les Juifs afin de gagner les Juifs (1 Co 9, 20-21).

Si, dans sa liberté, le Fils s’abaisse jusqu’à demeurer parmi nous en tant qu’homme, il ne le fait pas avec la distance du grand seigneur qui daigne passer quelque temps dans la pièce des domestiques pour témoigner sa bienveillance à ses serviteurs. Il se fait homme comme nous et il devient le meilleur et le parfait serviteur du père… C’est sur ce modèle que s’effectue l’imitation de Paul qui se fait Juif afin de gagner les Juifs.

164. Le plan de Dieu

Ceux que d’avance il a discernés, il les a aussi prédestinés à reproduire l’image de son Fils, afin qu’il soit l’aîné d’une multitude de frères (Ro 8, 29).

Dieu n’a pas créé le monde au hasard. Il a pour ce monde un plan éternel. Toutes les choses y ont leur place dans l’Esprit Saint. Et le monde ne peut échapper à son plan; il est maintenu par l’Esprit… Rien dans ce monde n’est laissé au hasard puisque le monde vit dans le plan de Dieu.

165. Nos limites ne sont rien pour lui

Le Seigneur Jésus Christ transformera notre corps de misère pour le conformer à son corps de gloire avec cette force qu’il a de pouvoir même se soumettre tout l’univers (Ep 3, 21).

Dieu, par sa force qui agit en nous, peut faire infiniment au-delà. Cette force est la puissance de l’amour du Fils, amour si puissant qu’il habite en nous et qu’il fait pour ainsi dire éclater nos limites de l’intérieur. Sa force, qui provient du Père, ne se laisse pas réduire en nous. Nos limites ne sont rien pour lui… L’infini de son amour triomphe partout de nos limites et, ainsi, il agit bien au-delà des possibilités de nos pensées et de nos désirs.

166. Dieu seul demeure

Car elle passe la figure de ce monde (1 Co 7, 31).

A la fin de la vie, le non-croyant s’attend seulement à une chute dans le vide… Car elle passe la figure de ce monde. Dieu seul demeure. Et nous demeurons en lui. Mais nous ne demeurerons pas dans le monde tel qu’il est aujourd’hui… Dans le temps éternel, Dieu donnera au monde humain une autre figure; son royaume ne sera pas comparable à notre royaume terrestre. Toute la réalité éphémère sera alors dépassée, seule comptera la réalité éternelle.

167. Tout est service dans la vie des envoyés

C’est donc lui, Timothée, que je compte vous envoyer dès que j’aurai vu clair dans mes affaires (Ph 2, 23).

Pour le moment, Paul, comme les Philippiens, se trouve dans un état d’attente, une attente qui vient du Seigneur et qui est destinée à l’Eglise, qui par conséquent est service, service comme toute contemplation, comme tout état de non-action est service dans la vie des envoyés qui savent que l’heure de l’action viendra, mais qui ne peuvent pas la déterminer eux-mêmes et qui ne restent pas oisifs avant cette heure : ils restent précisément dans l’attente et dans la prière que Dieu leur a donnée pour cadeau et pour charge.

168. Une communion de vie

Il est fidèle, le Dieu par qui vous avez été appelés à la communion de son Fils, Jésus Christ, notre Seigneur (1 Co 1, 9).

Les croyants ne sont pas seulement invités… à partager la vie du Fils, ils y sont exhortés, appelés… Le Père nous exhorte à partager sans cesse la vie du Fils… L’eucharistie, c’est son appel perpétuel à participer à la vie du Fils… Si Paul insiste tellement sur la communion de vie avec Jésus Christ, notre Seigneur,  c’est qu’il veut affermir notre foi sur la base de cette communion de vie et lui retirer la possibilité de devenir obscure et vague. Les apôtres ont vécu avec le Seigneur; il faut sans cesse renvoyer à cette communion extrêmement concrète qui se poursuit dans la vie de foi.

169. Communion des saints

On sème un corps psychique, il ressuscite un corps spirituel (1 Co 15, 44).

Les sévères exercices de pénitence corporelle d’un curé d’Ars peuvent profiter à l’esprit de ses pénitents.

170. Un mystère du Père

Si l’on prêche que le Christ est ressuscité des morts, comment certains parmi vous peuvent-ils dire qu’il n’y a pas de résurrection des morts (1 Co 15, 13)?

La résurrection est la révélation d’un mystère du Père, qu’il avait réservé depuis toujours pour la nature humaine et qu’il lui offre maintenant par le Fils. S’il n’y avait pas de résurrection des morts, le Père n’aurait pas ressuscité le Fils.

171. Le service du Seigneur

Je dis cela dans votre propre intérêt, non pour vous tendre un piège, mais vous porter à ce qui est digne et qui attache sans partage au Seigneur (1 Co 7, 35).

(Il se peut que le service du Seigneur demande des sacrifices). Comment se pourrait-il que le service de celui qui a sacrifié sa vie pour tous ne demande aucun sacrifice! Le Père lui-même a bien consenti… au sacrifice du Fils et de ceux qui le suivent… L’exigence… du Seigneur et de son service entraîne sans bruit l’homme dans le sacrifice.

172. La mort du Seigneur

Chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne (1 Co 11, 26).

La mort du Seigneur demeure purement et simplement incompréhensible; aucune intelligence ne peut l’appréhender puisqu’il s’agit de la rencontre entre la décision trinitaire de Dieu qui veut sauver le monde et la réalisation du Fils qui l’a sauvé…

173. La porte de la foi

On sème un corps psychique, il ressuscite un corps spirituel (1 Co 15, 44).

Le Fils ressuscité apparaît derrière des portes fermées, lui qui est maintenant la porte qui ouvre le temps et l’espace, qui relie le ciel et la terre. Pas seulement la porte de la foi, personne ne parvenant au Père que par lui, mais la porte comme réalité du passage de la croix à la résurrection, de l’existence naturelle à la vie en Dieu.

174. Témoignage

Ne donnez scandale ni aux Juifs, ni aux Grecs, ni à l’Eglise de Dieu (1 Co 10, 32).

Les chrétiens doivent toujours se souvenir que, par leur foi, ils font partie de l’Eglise et donc que c’est en tant que membres de l’Eglise qu’ils peuvent scandaliser le Juif, le païen et même celui qui a la même foi qu’eux; ils peuvent les scandaliser et, par là, faire du tort à l’Eglise.

175. La plénitude de l’Ancien Testament

Prenez garde qu’il ne se trouve quelqu’un pour vous réduire en esclavage par le vain leurre de la « philosophie », selon une tradition tout humaine, selon les éléments du monde, et non selon le Christ (Col 2, 8).

Le chrétien peut parcourir tout l’Ancien Testament et discerner partout comment le Seigneur l’a accompli et, à partir de cet accomplissement, reconnaître la plénitude qui se trouve dans l’ancienne Alliance.

176. Un service de révélation

L’Esprit scrute tout, jusqu’aux profondeurs divines (1 Co 2, 10).

L’Esprit est le révélateur permanent du Père et du Fils… L’Esprit a un service de révélation… L’Esprit est la liaison entre Dieu et les hommes… Il parle dans chaque parole que prononce le Fils… L’Esprit s’adresse à tout homme qui s’éveille à la compréhension dans la foi.

177. La prière de Paul

Je rends grâce à mon Dieu chaque fois que je fais mémoire de vous, en tout temps dans toutes mes prières pour vous tous, que je fais avec joie (Ph 1, 3-4).

Les Philippiens doivent saisir combien ils sont proches de Paul par la prière qu’il fait pour eux, et que cette prière possède en même temps la force de les rapprocher de Dieu. C’est donc une prière de demande efficace.

178. Dieu possède d’autres voies

La charité ne passe jamais. Les prophéties? Elles disparaîtront. Les langues? Elles se tairont. La science? Elle disparaîtra (1 Co 13, 8).

Dieu possède d’autres voies et d’autres choses que l’amour pour manifester sa présence, pour faire en sorte que les hommes se souviennent de lui et pour les conduire à lui. Il a mis tous les dons de l’Esprit à la disposition de l’humanité.

179. Présence du Seigneur vivant

Ensuite il est apparu à Jacques, puis à tous les apôtres (1 Co 15, 7).

L’Église reçoit en partage la présence du Seigneur vivant sous de multiples formes : elle a des membres qui ont connu le Seigneur sur terre, d’autres – comme les apôtres – qui l’ont vu après la résurrection, d’autres encore – comme Paul – qui l’ont vu après son ascension, et d’autres, enfin, qui le rencontrent dans l’Ecriture, la prière et les sacrements.

180. Les fruits du renoncement

Si un aliment doit causer la chute de mon frère, je me passerai de viande à tout jamais, afin de ne pas causer la chute de mon frère (1 Co 8, 13).

Il y a dans le sacrifice du Fils une surabondance qui n’est pas tout à fait accessible à la connaissance. Ce qu’il a engagé dans l’amour n’a pas de rapport visible avec ce qu’il en est advenu. Ceci marque aussi le sacrifice du chrétien. Les fruits du renoncement ne peuvent pas être saisis de manière rationnelle. Si pour le Seigneur déjà c’était le cas, le chrétien – qui ne peut absolument pas comparer son renoncement à la croix du Seigneur – doit en tout cas être prêt à renoncer à plus qu’à ce qui semble exigé de lui. En face du renoncement toujours plus grand du Christ, il essaiera de lui offrir un soupçon de plus de son propre renoncement.

181. Toute l’existence, un service

Quoi que vous puissiez dire ou faire, que ce soit toujours au nom du Seigneur Jésus, rendant par lui grâces au Dieu Père (Col 3, 17)!

Le chrétien ne peut se distancier d’aucune des expressions de sa vie; tout doit le révéler comme chrétien. Ce qu’il dit ou fait doit faire savoir qu’il est conscient que Dieu est présent : Dieu le Fils, Dieu le Père qui peut être atteint par le Fils. Le nom du Seigneur est la semence vivante qui croît dans l’action ou la parole. Les croyants vivent en lui de sorte que, si le Seigneur habite en eux, ils annoncent sa présence par toute leur existence. Leur existence appartient à leur service, de sorte qu’ils n’entrent pas au service du Christ à certaines heures tandis qu’ils en gardent d’autres pour eux et pour le monde, et les dernières de leur vie peut-être pour Dieu; ils sont simplement là au nom du Seigneur.

182. L’amour, sens de l’existence

Quand je distribuerais tous mes biens en aumônes, quand je livrerais mon corps aux flammes, si je n’ai pas la charité, cela ne me sert de rien (1 Co 13, 3).

Lorsque Dieu le Père envoie le Fils, lorsque le Fils accepte d’être envoyé, lorsque l’Esprit se met au service de sa mission, aucun d’eux ne cherche son propre intérêt; chacune des personnes agit dans l’optique de l’amour divin… Quoi que le Fils exige, il l’exige à partir de son amour… L’amour est le sens de l’existence. L’atmosphère dans laquelle Dieu a créé le monde, c’était celle de son amour… En ouvrant les yeux sur Dieu et sur le monde, Adam s’est trouvé aussitôt au coeur de cet amour… L’amour était aussi évident que la lumière du soleil qui descend du ciel pour se répandre sur la terre…

183. La pénitence du mariage chrétien

Il est bon pour l’homme de s’abstenir de la femme (1 Co 7, 1)..

Celui qui s’engage dans le mariage chrétien doit savoir qu’il assume peut-être une très lourde pénitence, plus dure encore peut-être que celle qu’assume celui qui devient prêtre. Les fêtes qui entourent la célébration du mariage et de l’ordination masquent plus qu’ils ne révèlent cet aspect des choses. Parce que les sacrements du Seigneur ne sont pas séparables de la croix. Nous recevons la communion, mais nous devrions penser au fait qu’après l’avoir instituée le Seigneur part vers la croix. Nous recevons l’absolution, mais après l’humiliation de l’aveu. Le baptême ne supprime pas toutes les conséquences de la concupiscence…L’onction des malades ne nous empêche pas de mourir.

184. Le Fils invite les hommes à aller avec lui

Je vais encore vous montrer une voie qui les dépasse toutes (1 Co 12, 31b).

De toute éternité Dieu le Père savait que le Fils était prêt à se donner totalement lui-même; l’incarnation n’aurait pas été nécessaire pour l’en convaincre… Il aurait suffi au Fils de dire une parole; pour le Père, elle aurait été chargée de toute la plénitude de la réalité. Si cependant il entreprend de vivre avec les hommes et de leur livrer les mystères de sa venue, c’est pour inviter les hommes à aller avec lui, donc à souffrir avec lui, à en faire des corédempteurs, car c’est par l’amour que le Fils veut sauver le monde. Vue de la sorte, l’incarnation du Fils révèle l’intention de Dieu de transformer en saints les hommes pécheurs.

185. Un ciel inaccessible

Il en est parmi vous qui ignorent tout de Dieu. Je le dis à votre honte (1 Co 15, 34).

… Se savoir lié de manière vivante à la vie éternelle par la résurrection du Christ… Le Seigneur ressuscité ne s’est pas évanoui dans un ciel inaccessible, il constitue toujours, en tant qu’ayant cheminé sur la terre, le pont efficace reliant le quotidien humain à Dieu. Il est près du Père comme il est près de nous.

186. Le renoncement de Dieu

Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas la charité, je ne suis qu’airain qui sonne ou cymbale qui retentit (1 Co 13,1).

Dieu ne renonce jamais à quelque chose que pour donner. Sur la croix, le Fils renonce à sa vie divino-humaine afin de nous y donner part.

187. Une vie pavée de nombreux obstacles

Ne savez-vous pas que, dans les courses du stade, tous courent, mais qu’un seul remporte le prix. Courez donc de manière à le remporter (1 Co 9, 24).

Les chrétiens voient combien leur vie est pavée de nombreux obstacles, combien il est difficile d’avancer vers Dieu sans se laisser distraire, de le trouver partout même dans leurs semblables. Et ils remarquent aussi cet autre aspect : si le Fils est vraiment devenu homme comme eux, il a également dû éprouver  leurs difficultés… Il est vrai qu’il ne connaissait pas le péché, ce qui pourrait laisser penser qu’ils abordent la course avec un gros handicap par rapport à lui. Mais, en échange, ils reçoivent toute l’aide du Seigneur, tous les allégements qu’il s’interdisait à lui-même et que Dieu Trinité accorde aux hommes grâce à la vie et à la mort du Fils.

188. Une plénitude

Quand le Christ sera manifesté, lui qui est votre vie, alors vous aussi vous serez manifestés avec lui pleins de gloire (Col 3, 4).

Le retour du Seigneur dans la gloire est un événement qui a beaucoup plus de sens que le croyant ne peut le savoir… Toutes les vies que nous connaissons sont vouées à la mort. Dans le Christ est la plénitude de la vie éternelle qu’il partage avec le Père et l’Esprit, et à laquelle il nous convie.

189. Une sûreté

J’espère du moins, dans le Seigneur Jésus, vous envoyer bientôt Timothée, afin d’être soulagé moi-même en obtenant de vos nouvelles (Ph 2, 19).

Le chrétien ne possède pas seulement une foi qui lui procure une sûreté pour tout ce qu’il fait, doit faire et peut faire, mais une foi qui signifie la source de tous ses autres sentiments et connaissances.

190. La racine de l’Ancien Testament

Tout cela n’est que l’ombre des choses à venir, mais la réalité, c’est le corps du Christ (Col 2, 17).

L’Ancien Testament vient du Père. D’où l’importance que les chrétiens le connaissent pour qu’ils apprennent quelque chose de la réalité du corps du Christ par son ombre, pour approfondir leur foi dans le Christ. Toutes les paroles du Seigneur ont leur racine dans l’Ancien Testament. L’Esprit que révèle le Fils et qui montre le Père est le même qui parlait dans les prophètes pour indiquer aussi bien la volonté du Père que la venue du Fils.

191. Les soucis de Dieu

N’entretenez aucun souci; mais en tout besoin recourez à l’oraison et à la prière, pénétrées d’action de grâces, pour présenter vos requêtes à Dieu (Ph 4, 6).

L’homme doit considérer sans souci tout ce qui fait son quotidien, ce qui concerne ses besoins : devenir libre intérieurement de tout ce qui est extérieur. Si libre qu’il peut s’en remettre à Dieu pour tout ce qui est sien, que ce ne sont plus ses requêtes, mais les requêtes qu’il a confiées à Dieu, que son quotidien n’est plus laissé à sa charge mais élevé dans une sphère qui appartient à Dieu… (C’est Dieu maintenant qui se soucie de nos requêtes… Et c’est à nous maintenant de nous faire du souci pour ce dont Dieu se soucie).

192. Un désir très fort

Dieu s’est plu à faire habiter dans le Christ toute la plénitude (Col 1, 19).

Le Père et l’Esprit ont un désir très fort de se communiquer au monde par le Fils.

193. La noblesse

Ne savez-vous pas que vos corps sont des membres du Christ (1 Co 6, 15)?

Nous sommes devenus des fonctions du corps du Seigneur : tout nous-même, ce que nous connaissons en nous et ce que nous ne connaissons pas. Et cependant comme durant toute notre vie nous sommes soumis à la tentation, toute notre vie nous avons à faire effort pour arriver à la pleine obéissance du membre (dans le corps), pour arriver à être dignes de la noblesse à laquelle il nous a été donné d’avoir part.

194. La paix

Au reste, si quelqu’un veut ergoter, tel n’est pas notre usage, ni celui des Eglises de Dieu (1 Co 11, 16).

Le Fils est venu dans le monde pour faire la volonté du Père et il s’adapte sans cesse à la forme de cette volonté. Il l’a fait au ciel de toute éternité, il le fait sur la terre et, ressuscité, il le fait à nouveau dans le ciel. Le Fils sacrifie à cette paix tout ce qui, dans sa volonté, pourrait se trouver différer de celle du Père. En recevant cette paix et non une autre, l’Eglise devient son Eglise; elle reprend ses habitudes et s’adapte donc à sa volonté de même que lui s’adapte à la volonté du Père. Il apporte avec lui une tradition de paix divine, une paix qu’il a vécue et expérimentée, une paix qui montre qu’elle peut exister parce qu’il l’a vécue dans le monde… Les pratiques de l’Eglise reflètent celles de Dieu.

195. L’insouciance de l’Esprit

Il y a diversité de ministères, mais c’est le même Seigneur (1 Co 12, 5).

Il y a la création du Père qui a créé la diversité infinie des hommes. Il y a l’Esprit Saint qui n’a jamais été homme et qui dispense ses dons avec une certaine insouciance quand aux considérations pratiques de l’Eglise. C’est l’Église qui doit le prendre en considération! Le Fils qui s’est fait homme et le demeure, avec son expérience de l’humanité, adapte pour ainsi dire ses ministères aux hommes, il donne à ses ministères certaines limites qui correspondent à la réalité humaine de l’Église.

196. L’activité du Fils et de l’Esprit

Tous ont bu le même breuvage spirituel, ils buvaient en effet à un rocher spirituel qui les accompagnait, et ce rocher c’était le Christ (1 Co 10, 4).

L’incarnation du Fils n’a établi aucun changement dans la vie de Dieu Trinité. C’est le Père qui a créé mais, mystérieusement et d’une manière cachée, le Fils et l’Esprit y ont collaboré. L’acte par lequel le Fils s’est offert pour le salut du monde n’est que l’expression d’une attitude qui est constante chez lui. Il n’est pas vrai du tout que, dans l’Ancien Testament, le Père seul soit actif. L’activité du Fils est cachée pour les hommes, et également pour le peuple élu, mais elle est effective en toutes choses. L’Alliance qui est conclue inclut la promesse de la venue du Fils.

197. L’expression d’un amour

Ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes, et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes (1 Co 1, 25).

La croix est ce qui ne peut être compris comme sagesse de Dieu que par la foi, une inutilité qui est plus féconde que la plus grande fécondité du monde, elle apporte davantage de bénédiction que tout ce que les hommes peuvent essayer de faire de bien dans le monde, elle est l’expression d’un amour avec lequel l’amour humain le plus élevé ne peut rivaliser.

198. Combat quotidien

Ne vous y trompez pas : « Les mauvaises compagnies corrompent les bonnes moeurs » (1 Co 15, 33).

Sur la croix, le Fils nous a libérés de nos péchés et il nous en a donné pour preuve sa résurrection. Dans notre combat quotidien contre le mal, la résurrection nous donne une assurance de la victoire finale de Dieu qui nous fait participer à la victoire que nous ne pourrions pas arracher nous-mêmes.

199. Vers le Père

Celui qui s’unit au Seigneur n’est avec lui qu’un seul esprit (1 Co 6, 17).

Lorsqu’en ressuscitant le Fils nous emmène avec lui vers le Père, il nous fait pénétrer dans l’unité trinitaire et l’esprit qui existe de toute éternité. N’être qu’un seul esprit avec le Seigneur signifie donc participer, à travers lui, à son unité avec le Père et l’Esprit Saint.

200. Emmenés dans l’éternité

Gloire à ce Dieu, notre Père, dans les siècles des siècles! Amen (Ph 4, 20).

Dieu, notre Père, a créé un rapport avec nous en nous faisant naître. Par la vie du Fils, il a clarifié à nouveau ce rapport en nous rachetant et en nous emmenant dans l’éternité qui jusqu’ici n’appartenait qu’à lui en commun avec le Fils et l’Esprit.

201. Un coin

Nous ne cessons de prier pour vous et de demander à Dieu qu’il vous fasse parvenir à la pleine connaissance de sa volonté, en toute sagesse et intelligence spirituelle (Col 1, 9).

Ne plus avoir un coin en soi qui ne soit rempli de la volonté de Dieu.

202. La patrie de la foi

Nous sommes fous, nous, à cause du Christ; et vous, vous êtes prudents dans le Christ; nous sommes faibles, et vous, vous êtes forts; vous êtes à l’honneur, et nous dans le mépris (1 Co 4, 10).

Les uns possèdent la foi en dehors d’elle-même, dans un pays étranger où elle ne peut ni vivre ni agir. Les apôtres ont tout quitté pour habiter la patrie de la foi, où elle peut être source de vie.

203. Comprendre le pardon

Daigne le Dieu de notre Seigneur Jésus Christ, le Père de la gloire, vous donner un esprit de sagesse et de révélation qui vous le fasse vraiment connaître (Ep 1, 17)!

Les péchés ne sont pas seulement oubliés ou non imputés mais, ce qui est bien plus, ils sont remis, séparés de nous, enlevés de nous. Ils sont envoyés là où se trouve tout ce que Dieu ne veut pas et qu’il condamne, en enfer. C’est là leur lieu… Ce lieu est le témoin permanent de la rémission des péchés. En ce sens, l’enfer est très précisément un don de la grâce divine… L’enfer est le point de départ pour comprendre le pardon.

204. Une pure grâce

Celui qui plante et celui qui arrose ne font qu’un, mais chacun recevra son propre salaire à la mesure de son propre labeur (1 Co 3, 8).

L’appel à collaborer à l’œuvre du Fils est une pure grâce. Mais jamais un homme ne pourra mesurer ce qu’il a accompli de la mission qu’il a reçue… Paul cependant veut faire aussi comprendre que pour être un authentique serviteur de Dieu il y faut un engagement personnel et que l’annonce de la Parole de Dieu requiert de l’homme un effort.

205. La ruse de Dieu

Car la sagesse de ce monde est folie devant Dieu. Il est écrit en effet : « Celui qui prend les sages à leur propre astuce » (1 Co 3, 19).

Le coeur de la sagesse de Dieu et du Christ, c’est l’amour… En revanche, la sagesse du monde est un filet que le pécheur tisse astucieusement autour de lui… Mais la ruse de Dieu est plus grande que celle du pécheur… Dieu dispose de l’éternité. Au début le pécheur ne remarque peut-être pas du tout qu’il est pris. Quand le prisonnier en prendra-t-il conscience? Ceci demeure caché dans le dessein de Dieu… Un jour, Dieu peut déchirer le filet pour le combler de la vraie sagesse.

206. Le divin devient accessible

Le Christ Jésus est devenu pour nous, de par Dieu, sagesse, justice et sanctification, rédemption.

Par l’obéissance du Verbe fait chair, le Père permet à des choses divines de devenir humainement compréhensibles. Les qualités divines demeurent en Dieu ce qu’elles n’ont jamais cessé d’être mais, dans la chair du Christ, elles deviennent pour nous accessibles et imitables.

207. La connaissance du ciel

A raison même de la fermeté qu’a pris en vous le témoignage du Christ (1 Co 1, 6).

Le Verbe qui a pris chair est… le lien solide qui unit les hommes et le ciel. Son objectif, c’est de surmonter la distance qui sépare les deux et d’apporter sur la terre la connaissance du ciel… Le Christ est le centre en tant qu’incarnation accomplie de Dieu, en tant qu’homme véritable dans lequel la divinité n’a rien perdu de sa nature… Il veut que son enseignement devienne le centre en nous; il nous donne sa parole de telle manière qu’elle doit devenir centrale afin que… nous puissions rendre témoignage avec lui.

208. La satisfaction et la joie

Ne savez-vous pas que les injustes n’héritent point du royaume de Dieu? (1 Co 6, 9).

L’un des aspects essentiels du pécheur est de mesurer et de peser, de tout ramener à lui et de tout vouloir pour lui… Dieu a doté la nature humaine de besoins dont la satisfaction procure naturellement de la joie, et cette satisfaction est nécessaire à la vie. Mais elle vient de Dieu et conduit à Dieu; chrétiennement parlant, elle est subordonnée à la croix qui est la porte ouvrant sur la grâce du royaume et donc aussi sur la vraie joie éternelle.

209. Le monde lumineux du Fils

Il nous a arrachés à l’empire des ténèbres et nous a transférés dans le royaume de son Fils bien-aimé (Col 1, 13).

Si le Fils a démontré au Père que sa création était bonne, maintenant le Père démontre au Fils combien il aime son humanité rachetée : il ne veut pour elle que le lieu du Fils. Le monde créé tout entier est élevé dans le monde lumineux du Fils. Les créatures sont maintenant des êtres rachetés. Et les saints jouissent de l’héritage avec le Fils dans son royaume et sa lumière.

210. Une parole dont Dieu est le garant

Nul ne peut dire : « Jésus est Seigneur » que sous l’action de l’Esprit Saint (1 Co 12, 3).

Parce que le Fils est la Parole du Père, il y a, inhérente à la Parole, une vérité qui n’est pas seulement vraie en Dieu, qui n’est pas seulement vraie dans l’éternité, mais qui demeure vraie aussi dans le croyant… La vérité de la foi est la vérité divine en nous. Le croyant se remet lui-même à l’Esprit divin pour dire ce qui est juste. Et ce qu’il dit le dépasse lui-même. (Parler de la foi dans la foi, c’est dire une parole dont Dieu finalement est le garant, une parole à laquelle l’Esprit Saint donne sa plénitude).

211. Responsable

(Au jour du jugement) l’oeuvre de chacun deviendra manifeste, car il doit se révéler dans le feu et c’est ce feu qui éprouvera la qualité de l’oeuvre de chacun (1 Co 3, 13).

Dans le jugement de Dieu, la communion des saints est suspendue pour un instant : au moment de l’examen, on ne peut plus en appeler à l’oeuvre des autres, on ne peut plus se laisser porter par eux. Chacun se trouve là seul… et responsable de ce qu’il a fait. Cela ne veut pas dire que la prière pour les défunts n’a pas d’effets au purgatoire… Mais à l’instant de la révélation des œuvres de chacun, aucune prière ne peut changer ce qui est.

212. Résister à Dieu?

Ne murmurez pas, comme le firent certains d’entre eux; et ils périrent victimes de l’Exterminateur (1 Co 10, 10).

Le murmure fait ouvertement ressortir l’attitude de l’homme qui tente de résister à la volonté de Dieu. Quiconque le fait… ne sait pas ce qu’il dit, car Dieu est Dieu, sa volonté est suprême, c’est la volonté absolue, et qui lui résiste se fait du tort à lui-même. La volonté de l’homme ne peut se développer que si elle le fait à l’intérieur de la volonté de Dieu Trinité.

213. Paul va vers le Père

C’est pourquoi je fléchis les genoux en présence du Père (Ep 3, 14).

De même que le Fils va de la croix au Père, de même Paul va de son épreuve au Père pour lui rendre gloire en tout. Il n’y va pas seul, il y va avec le Fils, parce que le Fils le prend avec lui, parce qu’aucun croyant ne peut porter sa croix autrement que dans le Fils.

214. Aspirer au Seigneur

Nous tous qui sommes des « parfaits », c’est ainsi qu’il nous faut penser; et si, sur quelque point, vous pensez autrement, là encore Dieu vous éclairera (Ph 3, 15).

Sur la croix, le Seigneur a porté chacun de nos péchés comme s’ils étaient les siens… Sur la croix, il échange notre péché contre sa perfection, comme fruit de ses souffrances… Le Seigneur nous offre sa perfection afin que nous soyons à même, grâce à elle, d’aspirer à lui comme but.

215. La surabondance

Que le Père daigne, selon la richesse de sa gloire, vous armer de puissance par son Esprit pour que se fortifie en vous l’homme intérieur (Ep 3, 16).

Dans sa prison, Paul ne demande pas à Dieu pour lui-même d’être assez fort pour supporter ses souffrances. Il prie pour que ceux qui lui sont confiés deviennent forts. Il sait quelle est la richesse de Dieu. Et il le prie de les rendre forts selon la richesse de sa gloire, avec la surabondance qui est la manière propre à Dieu de donner.

216. L’enseignement du Seigneur

Tout cela, je le fais pour l’Évangile, afin d’avoir part à ses biens (1 Co 9, 23).

L’Evangile, c’est l’enseignement du Seigneur, mais il est cependant inséparable de sa personne… Le porteur de ce message, c’est Dieu le Fils dans l’unité avec le Père et l’Esprit… Lorsque Paul parle de l’Evangile, il sous-entend impérativement cette cohésion entre l’enseignement et l’incarnation de Dieu; l’enseignement est pour lui un aspect de la mission que le Père lui a donnée et qui est la révélation de Dieu Trinité dans le royaume des cieux… Et l’Evangile raconte contient également la vie de l’apôtre, ses forces et ses faiblesses, mais surtout sa fréquentation du Seigneur.

217. L’estime réciproque

Que chacun, par l’humilité, estime les autres supérieurs à soi (Ph 2, 3).

Le Seigneur nous a confiés tous les hommes pour frères… L’estime réciproque se passe dans le coeur, c’est un fruit de l’amour, mais aussi de la foi et de l’espérance. Cela se passe dans l’espérance puisque chacun espère que l’autre est plus proche que lui du Seigneur, qu’il est plus prêt à offrir au Seigneur… sa vie, tout ce qu’il possède.

218. La parole utile

De votre bouche ne doit sortir aucun mauvais propos, mais plutôt toute bonne parole capable d’édifier, quand il le faut, et de faire du bien à ceux qui l’entendent (Ep 4, 29).

Au centre de ce verset, il y a le silence. Car nous ne devons parler que si cela est nécessaire. S’il faut parler, cela ne pourra jamais être pour dire des paroles mauvaises, car de telles paroles ne sont jamais nécessaires. Tout ce qui est sans contenu et vide est également mauvais parce que cela n’atteint aucun but et ne justifie donc pas qu’on rompe le silence. Seule la bonne parole l’exige en souvenir de ce que le Seigneur est la Parole et donc que la parole qui nous est donnée lui appartient aussi et retourne à lui… Il nous faut tout autant taire une bonne parole superflue qu’une parole mauvaise.

219. La vérité vivante de Dieu

Si nous avons semé en vous les biens spirituels, est-ce chose extraordinaire que nous récoltions vos biens temporels (1 Co 9, 11)?

En tant qu’homme, le Fils nous montre que l’oeuvre du Père a pour lui une valeur infiniment plus élevée que toute son humanité qu’il offre en sacrifice pour cette oeuvre. L’apôtre est autorisé à pénétrer dans cette échelle de valeur, à la présenter et à l’annoncer aux croyants. A l’instar du Fils, il peut vivre de la volonté du Père comme d’une nourriture, il peut tout mettre de côté en vue du royaume de Dieu. Il peut réaliser une existence entièrement vécue grâce aux biens spirituels, à la vérité vivante de Dieu. Et ce qui lui est donné de pouvoir vivre, il peut le transmettre : ses auditeurs aussi peuvent bâtir leur existence sur les biens spirituels.

220. Communion des saints

Ne savez-vous pas qu’un peu de levain fait lever toute la pâte (1 Co 5, 6)?

L’Eglise est communion des saints et tous ont à porter le fardeau de tous… Il y a dans l’Eglise un mystère d’unité, ce qui fait que chacun est responsable de tous. Personne ne peut tendre pour lui-même à la perfection   sans se soucier aussi de la perfection des autres… Ainsi aucun membre ne peut se glorifier de sa santé alors qu’un autre est malade.

221. Le corps comme don du Père

Tout athlète se prive de tout; eux, c’est pour obtenir une couronne périssable, nous, une impérissable (1 Co 9, 25).

Dans le sacrifice du Fils, il n’y a aucun mépris du corps; au contraire, il voit dans le corps un don du Père qui lui permet de lui offrir quelque chose de sérieux dans l’amour. Il n’aime pas Dieu en faisant fi de son corps; ce serait de l’ingratitude. Il est reconnaissant pour la tension que le Créateur a mise dans l’être humain. Il fait partager à son corps son amour spirituel et il en fait un  instrument du don de lui-même au Père.

222. La confession

Célébrons donc la fête, non pas avec du vieux levain, ni un levain de malice et de perversité, mais avec des azymes de pureté et de vérité (1 Co 5, 8).

La confession fut instituée à Pâques, mais elle a été payée avant Pâques, sur la croix. Sa validité s’étend d’une fête à l’autre, de telle sorte que dans la deuxième apparaît ce qui était déjà réalisé dans la première. Durant les jours saints, la confession est née des souffrances du Seigneur. Le pénitent doit en quelque sorte parcourir à nouveau ces journées : entrer par les portes du sacrement qui a été institué à Pâques et remonter jusqu’à la croix… Nous n’avons pas besoin d’attendre Pâques pour nous confesser; chaque fois que nous le voulons, nous pouvons faire que se réalise dans notre vie la fête de la résurrection… Le péché est le contraire de Pâques, ce qui est totalement étranger au Seigneur.

223. Introduction dans le mystère de Dieu

Il nous a fait connaître le mystère de sa volonté, ce dessein bienveillant qu’il avait formé en lui par avance (Ep 1, 9).

La volonté de Dieu est mystère et elle le demeure. Dieu nous introduit dans ce mystère, mais non de telle manière qu’il cesserait purement et simplement d’être mystère. La révélation ne l’épuise pas; comme toujours en Dieu, le dévoilement d’une partie de son être est une ouverture sur des perspectives imprévisibles en d’autres directions. L’introduction dans le mystère de Dieu est en même temps un mystère d’intimité : exactement comme lorsqu’on est ensemble dans l’amour… On ne se pose  pas de questions l’un à l’autre, on ne se sonde pas réciproquement, on jouit simplement de ne faire qu’un, cela n’a pas besoin de s’exprimer, ni même peut-être d’être compris.

224. La paternité du Fils

Le Père de qui toute paternité, au ciel et sur terre, tire son nom (Ep 3, 15).

Ici-bas, l’Église est l’expression de la paternité céleste de Dieu le Père… Elle partage le propre du Fils de pouvoir considérer Dieu comme son Père, avec tous ceux qui, en elle, sont un seul corps dans la foi au Dieu Père, Fils et Esprit… En apportant le Père à son Eglise et en ramenant son Église au Père sur la croix, le Seigneur entre lui-même dans une relation paternelle avec elle et représente pour elle le Père… Et il donne à son Eglise d’avoir part à cette paternité.

225. Servir le Seigneur

L’homme qui n’est pas marié a souci des affaires du Seigneur, des moyens de plaire au Seigneur (1 Co 7, 32).

L’homme qui n’est pas marié possède une plus grande liberté et une plus grande ouverture au Seigneur. Il est libre d’avoir souci des affaires du Seigneur. Ces paroles montrent clairement que Paul rejette le célibat s’il est vécu pour d’autres raisons que celle du service du Seigneur. L’homme non marié, son souci est de pouvoir être agréable au Seigneur… Servir et plaire forment une unité. Aucun croyant ne peut organiser son service de telle sorte qu’il y trouve avant tout son plaisir et ne serve le Seigneur qu’en second lieu… Une vie stérile est impensable dans la foi. Chacun a une mission propre qui réside dans le Seigneur et qui est en mesure de combler sa vie.

226. L’homme et la femme

Le chef de tout homme, c’est le Christ; le chef de la femme, c’est l’homme; et le chef du Christ, c’est Dieu (1 Co 11, 3).

Dans l’Ancien Testament, le Fils était encore caché derrière le Père. C’est la relation du Fils incarné au Père céleste qui révèle les relations des personnes dans le ciel. La différence des personnes ne signifie aucunement un moindre degré d’être, en sorte que le Père serait un Dieu plus englobant que le Fils ou l’Esprit; mais, dans chaque personne, l’unique divinité parvient à sa plénitude parfaite même si le Fils est engendré par le Père et que l’Esprit émane de l’un et de l’autre. L’altérité des personnes ne signifie pas une infériorité dans l’être… Maintenant que cette vérité est révélée, l’énigme du rapport entre l’homme et la femme est résolue; dans l’image de la Trinité, les deux aspects peuvent coexister : égalité dans l’être et gradation hiérarchiquement ordonnée.

227. Une vérité vivante

Pour les prophètes, qu’il y en ait deux ou trois à parler, et que les autres jugent (1 Co 14, 29).

La volonté de Dieu est qu’en toute assemblée liturgique une nouvelle vérité vivante soit apportée du ciel à la vérité ecclésiale. Non en dépassant la vérité révélée, mais en montrant ses profondeurs.

228. Communion des saints

Déjà vous êtes rassasiés! Déjà  vous vous êtes enrichis! Sans nous, vous êtes devenus rois! Eh! Que ne l’êtes-vous, rois, pour que nous partagions nous aussi votre royauté (1 Co 4, 8).

Celui qui communie avec moi est mon frère dans le Seigneur; je ne vais pas me fermer à lui mais m’ouvrir à lui et partager avec lui ma vie et mon action. Je lui donnerai une place en mon intérieur dont il pourra faire aussi le sien… Et ce qu’il y a de meilleur en lui se trouve là où il règne avec le Seigneur parce que là, le Seigneur règne en lui. Et si le Seigneur règne en lui et que le frère ait part à ce que j’ai, il apporte aussi le Seigneur en moi, comme le maître dans ce qui lui appartient. Quand un chrétien se recommande à la prière d’un autre, il s’attend à être reçu par lui, à recevoir une place dans sa prière, à prier avec lui dans sa prière. Une telle présence avec lui fait partie de la nature de la communion des saints.

229. Le désir de l’Esprit

Aspirez aux dons supérieurs (1 Co 12, 31).

Quand Dieu révèle à l’homme la distance qui le sépare de lui, il éveille en l’homme un désir de Dieu, le désir de le voir et d’être libéré du péché. Les dons que le Seigneur a faits à l’Eglise et qui portent toujours la marque de l’Esprit Saint visent avant tout… à faire de l’Eglise un chemin vers Dieu… Les dons  spirituels suscitent le désir ardent de l’Esprit, le désir de le posséder pour pouvoir mieux lui correspondre.

230. La foi requiert toute la vie

Ce n’est pas pour vous confondre que j’écris cela; c’est pour vous reprendre comme mes enfants bien-aimés (1 Co 4, 14).

Paul s’est vu confier ces enfants par le Seigneur, avec pour seul objectif de les mener au Père dans l’Esprit du Seigneur. Le service de Paul ne doit pas être seulement celui d’un enseignant qui donne quelques heures de son temps et se consacre ensuite à autre chose, mais celui d’un père qui engage toute son existence pour ses enfants. Mais les Corinthiens doivent se rendre compte par là que la foi requiert toute leur vie. Le retour du Seigneur au Père n’a pu se faire qu’une fois sa mission accomplie, de même ils doivent comprendre que toute foi comporte quelque chose d’une mission, qui exige engagement et don de soi, si elle ne veut pas aboutir à un stérile jeu de l’esprit.

231. L’expérience de la conversion

Pour moi, j’ai reçu du Seigneur ce qu’à mon tour je vous ai transmis (1 Co 11, 23a).

Paul, qui ne fait pas partie des premiers apôtres, a reçu du Seigneur. Il ne s’étend pas ici sur la nature de ce qu’il a reçu, mais la chose elle-même est, pour lui, aussi sûre que ce qu’il a personnellement vécu, et peut-être encore plus sûre, puisqu’il l’a reçue pour la transmettre… Dans son expérience de conversion, Paul a été transformé une fois pour toutes; Saul, le persécuteur de la Parole, est devenu Paul, qui désormais la transmet, dans une mission qui lui est propre et qui est pourtant entièrement la mission de l’Eglise. Il est inséré dans l’Eglise et n’a droit à rien de personnel dans l’enseignement… Ce que Paul a vécu dans l’événement de sa conversion et tout ce qu’il a appris dans cet événement était déjà destiné aux autres. Il est dorénavant chargé de transmettre… Tout le reste est secondaire… Le Seigneur a donné à Paul, d’une manière originelle, le sens de la vérité chrétienne; il a déversé en lui une sorte de tradition globale… Ce que Paul possède d’une seconde source est de nouveau immergé dans la première. Il saisit chaque parole de la tradition dans une préconnaissance de la totalité de l’enseignement qui lui a été donnée par le Seigneur.

232. Les affaires du Seigneur

La femme sans mari, comme la jeune fille, a souci des affaires du Seigneur; elle cherche à être sainte de corps et d’esprit (1 Co 7, 34b).

Elle ne recherche pas sa sainteté comme un but en soi, car elle pense exclusivement aux affaires du Seigneur. Et c’est justement cette attitude – qui consiste à ne pas penser à soi – qui est la base de la sanctification par le Seigneur… Le Seigneur est saint parce qu’il est le Dieu éternel au ciel, mais aussi parce que, en tant qu’homme, il présente et incarne, de corps et d’esprit, la sainteté céleste… En contemplant la vie du Fils, nous comprenons qu’il est possible de vivre comme homme parmi les hommes tout en étant entièrement saint.

233. Parler dans le Seigneur

Je vous dis donc et vous adjure dans le Seigneur de ne plus vous conduire comme le font les païens (1 Co 4, 17).

Paul le dit. Il ne parle pas de son propre chef, mais dans le Seigneur. Et ce qu’il dit est encore renforcé par le fait qu’il l’atteste en même temps dans le Seigneur. Il tient beaucoup à ce que cette parole précisément soit acceptée par la communauté comme irrécusable. Chaque parole du croyant est irrécusable dans la mesure où elle est dite dans la foi, où elle surgit de l’unité de la foi, où elle est proférée dans l’unité que la foi établit entre le croyant et le Seigneur…

234. Le naturel des enfants

… oser nous approcher de Dieu en toute confiance par le chemin de la foi au Christ (Ep 3, 12).

Audace, spontanéité, ouverture naturelle : ces qualités de tous les enfants, le Seigneur nous en fait cadeau en nous faisant la grâce de devenir ses fils. Les enfants n’ont pas besoin de se demander longtemps s’ils sont les bienvenus; ils sont naïfs et spontanés parce qu’ils peuvent toujours s’approcher du père en toute confiance… La spontanéité et la confiance que le Fils a vis-à-vis du Père éternel en tant que Fils éternel, il nous en fait don pour nous prouver que, par lui et en lui, nous sommes devenus dé véritables enfants de Dieu.

235. Il attire leurs cœurs vers le Père

Que le Christ habite en vos cœurs par la foi (Ep 3, 17).

Le Seigneur s’est habitué comme homme à habiter des demeures, il a pour ainsi dire pris au ciel l’habitude de continuer à habiter sur terre… Il habite maintenant chez les hommes dans l’Esprit. Et le lieu où il habite, c’est leur coeur. En y habitant, le Seigneur leur facilite la persévérance dans la foi. C’est pourquoi Paul prie pour que le Seigneur habite chez les siens. Il faut qu’ils sachent que le Seigneur demeure en eux sur la terre, même après son retour auprès du Père… Demeurant en eux, il leur ouvre le ciel puisqu’il ne quitte pas le ciel en demeurant en eux… Il attire leurs cœurs vers le Père.

236. Des mystères cachés

Mettre en pleine lumière la dispensation du Mystère : il a été tenu caché depuis les siècles en Dieu, le Créateur de toutes choses (Ep 3, 9).

Depuis toujours Dieu a en lui des mystères cachés; alors même qu’il se révélait, il y avait à côté de sa révélation ce qu’il ne révélait pas, qu’on s’en doutât ou non. Tout ce qu’on pouvait dire, c’est qu’il y a certainement en Dieu des mystères cachés, qui ne sont pas en contradiction avec les mystères révélés, parce qu’en Dieu il n’y a pas de contradiction. La tâche de Paul est de projeter sur les mystères cachés en Dieu depuis toujours la lumière d’une révélation, lumière qui est donnée par Dieu lui-même pour éclairer son mystère.

237. L’ancienne Alliance

Ces faits se sont produits pour nous servir d’exemples (1 Co 10, 6).

Toute l’ancienne Alliance est pour les chrétiens un livre vivant à méditer dans lequel ils doivent sans cesse apprendre à connaître les relations de Dieu aux hommes et celles des hommes à Dieu. L’exigence est toujours la même pour l’essentiel : foi, fidélité, don de soi à la parole de Dieu qui nous guide.

238. Toute rencontre véritable

Les réconcilier avec Dieu, tous deux en un seul Corps, par la croix : en sa personne il a tué la haine (Ep 2, 16).

Toute rencontre véritable entre croyants n’est plus possible que dans le Christ. Pour les croyants, les rapports d’homme à homme, de groupe à groupe, ne peuvent plus avoir de valeur qu’à l’intérieur de la foi. Ce qui tendrait à éluder la foi, ce qui essaierait d’avoir de la consistance en dehors d’elle, ne pourrait pas vivre. Tout ce qui concerne le croyant concerne le Seigneur, passe par lui et se trouve en lui.

239. L’intelligence de la foi

Considérez l’Israël selon la chair. Ceux qui mangent les victimes ne sont-ils pas en communion avec l’autel (1 Co 10, 18)?

Les Corinthiens doivent réaliser leur foi d’une manière aussi pleine et vivante que possible. Ils ne doivent pas seulement la vivre, … mais comprendre, aussi profondément que possible, ce qui a été vécu. L’intelligence de la foi doit  les aider une fois encore à surmonter le doute et la tiédeur.

240. La chair d’un homme qui est Dieu

C’est lui qui est notre paix, lui qui des deux n’a fait qu’un peuple, détruisant la barrière qui les séparait, supprimant en sa chair la haine (Ep 2, 14b-15).

La chair du Seigneur est la chair d’un homme qui est en même temps Dieu. Et ainsi, elle est chair et plus que chair : expression de l’esprit divin… L’Esprit de Dieu Trinité lui donne la vie en permanence. Et quand il retourne au Père, il ne laisse pas sur la terre une chair morte, il reprend avec lui au ciel sa chair vivante, pour en faire depuis le ciel un instrument permanent de salut.

241. Une communauté

L’Esprit Saint qui constitue les arrhes de notre héritage et prépare la rédemption du peuple que Dieu s’est acquis pour la louange de sa gloire (Ep 1, 14).

Il y a à présent une communauté en marche vers la rédemption. En tant que rachetés, nous ne sommes pas seuls; nous appartenons à la foule de ceux que Dieu s’est acquis… Le salut de chacun est lié au salut de tous les autres… En laissant le Fils s’incarner pour la rédemption des hommes, Dieu le Père lui-même a formé la communauté de tous ceux qui doivent être rachetés par le Fils.

242. La valeur du temps

Tirer bon parti de la période présente, car nos temps sont mauvais (Ep 5, 16).

Tout temps est relation avec l’éternité et, même si seule l’éternité a de la valeur, Dieu a cependant attribué à chaque instant une valeur précise du point de vue de l’éternité. Et le chrétien… doit en quelque sorte lutter avec le temps, donner à ses actions autant de poids qu’en a le temps; il restera néanmoins toujours au-dessous de la valeur du temps… Or les jours s’écoulent sans que les hommes leur donnent cette plénitude voulue par Dieu…

243. Un vide inimaginable

Rappelez-vous qu’en ce temps-là vous étiez sans Christ, exclus de la cité d’Israël, étrangers aux alliances de la Promesse, n’ayant ni espérance ni Dieu en ce monde (Ep 2, 12).

Paul leur décrit sans ménagements leur état d’autrefois pour leur montrer plus clairement la grandeur de la grâce nouvelle. Ils ne doivent pas perdre de vue… le vide presque inimaginable de leur existence d’alors… S’ils ne connaissaient pas le nombre de leurs jours, ils savaient pourtant qu’ils étaient comptés et ce que, dans le meilleur des cas, ils pouvaient encore attendre d’une vie terrestre… Ils étaient prisonniers de leur condition temporelle, il leur était interdit de trouver du repos en dehors de cette vie… Ils étaient… dans un monde qui semblait fermé de toutes parts… Ils ignoraient tout d’un monde avec lequel Dieu infini serait en relation.

244. L’infini

Ainsi vous recevrez la force de comprendre, avec tous les saints, ce qu’est la Largeur, la Longueur, la Hauteur et la Profondeur (Ep 3, 18).

Paul ouvre cet espace de Dieu en parlant de quatre dimensions et en demandant qu’on soit introduit dans toutes les quatre… Paul sait que ses nouveaux chrétiens ont soif de connaissances et il leur ouvre tous les espaces. Ils doivent apprendre à connaître Dieu dans l’infini de son amour. Mais ils ne doivent pas se contenter d’une représentation vague et superficielle, ils doivent continuer à chercher avec persévérance, à élargir leur connaissance d’espace en espace, de dimension en dimension… Il ne peut s’agir de rien d’autre que d’offrir la perspective de tendre progressivement vers l’infini.

245. La croix

Dans la pensée que je ne viendrais pas chez vous, certains se sont gonflés d’orgueil. Mais je vous arriverai bientôt, s’il plaît au Seigneur, et je jugerai alors non des paroles de ces gonflés d’orgueil, mais de leur puissance (1 Co 4, 18-19).

Au début de l’épître, Paul soulignait que tout son enseignement provenait de la croix, qu’il expliquait l’oeuvre du Seigneur à partir de la croix, que sans la croix tout le christianisme demeure incompréhensible.

246. Le Père nous entraîne

Vous connaîtrez l’amour du Christ qui surpasse toute connaissance, et vous entrerez par votre plénitude dans toute la plénitude de Dieu (Ep 3, 19).

Toute la prière que Paul a faite devant le Père depuis le moment où il s’est agenouillé… s’achève en une apothéose d’amour. La rapidité avec laquelle le Père nous entraîne dans sa plénitude quand nous nous agenouillons pour le prier échappe pour ainsi dire à toute notion de temps. En un instant intemporel, notre savoir et nos projets sont assumés par Dieu qui nous donne d’avoir accès à son éternité.

247. Une unité plus forte avec le Seigneur

En vous écrivant dans ma lettre de ne pas avoir de relations avec des impudiques (1 Co 5, 9)…

Dans la conception de Paul, ce qui est supprimé, retranché, est toujours enlevé en vue d’une unité et d’une cohésion plus fortes avec le Seigneur. Le Fils est mort sur la croix pour que son unité avec le Père et l’Esprit s’ouvre aux hommes et que ceux-ci y soient inclus.

248. La maison de Dieu

Vous n’êtes plus des étrangers ni des hôtes; vous êtes concitoyens des saints, vous êtes de la maison de Dieu (Ep 2, 19).

Ils font partie de la maison de Dieu non seulement en ce sens qu’ils ont besoin d’appartenir à la maison de Dieu pour se sentir chez eux, pour avoir la certitude que par le Fils ils ont acquis, par grâce, la permission d’être là, mais aussi en ce sens que la maison de Dieu a besoin d’eux. Le fait qu’ils fassent partie de la maison de Dieu répond à une double nécessité : une nécessité qui se trouvait en eux, une autre qui se trouvait en Dieu qui a envoyé son Fils pour qu’il lui ramène le monde et chaque créature en particulier.

249. Le maître de l’Église

(Le Christ), Tête pour l’Eglise laquelle est son corps, la plénitude de celui qui est rempli, tout en tout (Ep 1, 23).

Le Seigneur est maître de son Église de la même manière qu’un homme est maître de son corps… Mais s’il en est du Seigneur et de son Église comme de l’esprit et du corps, alors ils ne sont qu’un… C’est l’Église maintenant qui nous montre et nous donne le Seigneur… L’eucharistie est offerte à l’Église par le Seigneur, offerte par l’Eglise à ses membres pour l’édification du corps du Christ par le corps du Christ… Le Seigneur a en quelque sorte besoin de l’Église pour révéler sa plénitude, pour l’apporter à tous les hommes et, en ce sens, il est lui aussi rempli par l’Église…

250. La plénitude de sa grâce

Il a voulu par là démontrer dans les siècles à venir l’extraordinaire richesse de sa grâce, par sa bonté pour nous dans le Christ Jésus (Ep 2, 7).

Dans les siècles à venir, il y aura toujours des pécheurs, des hommes qui ne trouvent pas la voie qui mène au Seigneur et que le Père aime pourtant du même amour dont il aime le Fils et ceux qui sont déjà convertis. A eux tous le Seigneur veut montrer la plénitude de sa grâce… Les hommes qui viendront plus tard n’ont pas le droit de penser que la grâce de Dieu faiblit, qu’ils sont moins favorisés que les contemporains du Seigneur ou que ceux qui ont vécu immédiatement après lui.

251. Connaître le Seigneur

Mais vous, ce n’est pas ainsi que vous avez appris le Christ (Ep 4, 20).

Paul… sait que les siens ont appris à connaître le Seigneur… Le païen domine ce qu’il a appris parce qu’il en fait une fonction de lui-même. Le chrétien se trouve en dessous et à l’intérieur de ce qu’il a appris… Il sait que ce qu’il a appris est plus grand que lui et il est reconnaissant de ce que cela le dépasse et l’entoure. Et il ne veut pas que ce qu’il a appris lui serve, il veut être au service de ce qu’il a appris. Chez les païens, tout tend à enrichir leur propre personne, tout ce qu’ils apprennent est mis au service de leur plaisir et de leur satisfaction. Cela peut aller de pair avec beaucoup d’éthique et de pensée religieuse, il n’empêche que leur pensée ultime est celle de leur propre bien-être. La pensée ultime du chrétien par contre est le service du Seigneur.

252. Complicité

Ma conscience ne me reproche rien, mais je n’en suis pas justifié pour autant (1 Co 4, 4).

Sur la croix, le Seigneur porte la faute de tous; c’est par la croix que le pécheur doit prendre plus nettement conscience de sa complicité à toute faute. Il la reconnaît au moment où le Seigneur l’invite à prendre sa croix et à le suivre… Ce n’est qu’à partir de la croix que l’on comprend les saints qui se sentent complices de tous les péchés… La solidarité dans la faute ne peut être pressentie qu’à partir de la croix où un seul porte la faute de tous.

253. Un chemin de vie

Nous sommes son ouvrage, créés dans le Christ Jésus en vue des bonnes oeuvres que Dieu a préparées d’avance pour que nous les pratiquions (Ep 2, 10).

Auparavant, immergés dans nos transgressions et nos péchés, nous nous éloignions de Dieu. Maintenant, plongés dans nos oeuvres bonnes, nous marchons de nouveau vers lui. Et si Dieu manifeste un tel soin à préparer par avance ces oeuvres, c’est une preuve qu’elles sont absolument nécessaires et que nous ne pouvons lui témoigner autrement notre obéissance de foi qu’en faisant précisément dans la foi et l’obéissance ce qu’il attend de nous… Et Dieu les a assignées à chacun personnellement en préparant par avance le chemin de vie de chacun.

254. Le Père attendait aussi  la venue du Fils

Quand donc et être corruptible aura revêtu l’incorruptibilité et que cet être mortel aura revêtu l’immortalité, alors s’accomplira la parole de l’Ecriture : « La mort a été engloutie dans la victoire » (1 Co 15, 54).

(Le Seigneur Jésus accomplit toute l’Ecriture)… la parole de l’Ecriture qui renvoie à lui et qu’il est en même temps lui-même… Il entre avec exactitude en chaque parole et accomplit chaque promesse… Il vit soigneusement son quotidien, mais aussi sa croix et sa résurrection, dans l’optique de la Parole… C’est un accueil dans l’amour. Et le fait qu’il prenne au sérieux les paroles de l’ancienne Alliance est un signe de son amour pour le Père, comme si ces paroles sortaient de la bouche du Père. Mais le fait que ces paroles du Père soient là est aussi un signe de l’amour du Père envers lui : dans l’ancienne Alliance, le Père a lui-même attendu la venue du Fils et il l’a préparée par la Loi et les prophètes.

255. Vivre dans la sécurité de Dieu

Vous avez bien fait de prendre part à mon épreuve (Ph 4, 14).

Paul vit dans la sécurité de Dieu, c’est sûr. Malgré tout, les Philippiens doivent participer à sa détresse extérieure, et leur participation contribue à sa sécurité… Les Philippiens se soucient de Paul, ils le considèrent comme confié à eux, ils font ce qu’ils peuvent pour soulager son sort, ils contribuent à la sécurité de Paul en Dieu, ils l’aident à aimer davantage… Et ce faisant, ils peuvent parvenir eux-mêmes, grâce à lui, à une plus grande proximité de Dieu.

256. Une proximité

Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous (Ro 8, 31)?

Que Dieu soit avec nous signifie… une proximité de relation qui crée la foi, la fortifie, la nourrit, est pour elle la source et l’embouchure… Dieu est pour nous, sa présence est garantie. Dieu dit oui à la conduite que nous adoptons, Dieu soutient de son amour nos efforts, Dieu prend parti pour nous, Dieu se décide pour nous, Dieu jette quelque chose de son éternité, de son infinité et de sa toute-puissance dans notre plateau de balance. Dieu nous fait une promesse depuis toujours et cette promesse fait que nous vivions dans la confiance et que cette affirmation nous prémunit contre celui qui pourrait être contre nous. Et la voie chrétienne, et l’Eglise, et toute la vie dans la voie font partie de ce que Paul désigne par ce « Dieu est avec nous ».

257. Les difficultés

Je dis cela dans votre propre intérêt, non pour vous tendre un piège, mais vous porter à ce qui est digne et qui attache sans partage au Seigneur (1 Co 7, 35).

Les exigences du Seigneur ne sont aucunement un piège, mais elles ne sont jamais satisfaites d’un seul coup. Même si quelqu’un choisit le chemin et l’imitation directe du Seigneur (dans le célibat consacré), les difficultés ne lui sont pas épargnées. Il se peut que ce soit précisément celui qui a choisi de ne pas se marier qui ait à faire face aux difficultés les plus grandes.

258. La vie commune

Maris, aimez vos femmes, et ne leur montrez point d’humeur (Col 3, 19).

Maris et femmes ont à trouver dans l’amour qui vient de Dieu la solution des problèmes qui naissent de la vie commune.

259. Ce que Dieu aime

Vous donc, les élus de Dieu, ses saints et ses bien-aimés, revêtez des sentiments de tendre compassion… (Col 3, 12).

Se revêtir de ce que Dieu aime : compassion, bienveillance, humilité, douceur, patience.

260. Tout m’est permis

« Tout m’est permis », mais tout n’est pas profitable (1 Co 6, 12).

« Tout m’est permis »… Le Fils est celui à qui tout est permis parce qu’il trouve son tout dans la volonté du Père. Et ce tout… inclut sa crucifixion, sa mort sur la croix, sa descente aux enfers. Et il est encadré par sa naissance virginale, la résurrection et l’ascension.

261. La force vivante de la résurrection du Fils

On sème un corps psychique, il ressuscite un corps spirituel (1 Co 15, 44).

Si le Fils nous invite à marcher à sa suite, ce n’est pas simplement pour que nous ayons une foi théorique en la résurrection – passée pour lui, future pour nous -, mais pour que nous entrions nous-mêmes dans la force vivante et présente de sa résurrection. Le Fils nous a déjà pris avec lui en tant qu’invités. Nous ne sommes pas chrétiens comme des individus isolés, perdus, dispersés en grand nombre à travers tous les âges, mais en tant que communauté d’Église… L’Église est un corps naturel dans le monde, le Fils ressuscité est le corps spirituel dans le ciel,  qui seul porte et explique l’Église. Et le corps du Seigneur n’est pas ressuscité pour lui seul mais pour nous tous.

262. Ceux que touche la Parole de Dieu

Qu’ai-je à faire de juger ceux du dehors? N’est-ce pas ceux du dedans que vous jugez, vous (1 Co 5, 12)?

L’amour du Fils a présenté au Père les croyants comme ses frères, il en a fait des hommes aimants et les a conduits dans l’unité d’amour avec le Père et l’Esprit. Les non-croyants s’y sont refusés… Mais puisque les hommes, même croyants, peuvent rester pécheurs, Paul doit s’acquitter en permanence de son ministère de discernement parmi les croyants. Il a pour tâche de transformer les croyants tièdes en croyants zélés…, d’arracher plus d’hommes au péché pour les disposer à l’amour… Mais tant que le monde subsistera, les deux camps  demeureront: d’un côté ceux que touche la Parole de Dieu, de l’autre ceux qu’elle ne touche pas.

263. La naissance

Si la femme a été tirée de l’homme, l’homme à son tour naît par la femme, et tout vient de Dieu (1 Co 11, 12).

Un homme ne naît pas sans la coopération de Dieu; ce n’est pas un événement purement naturel, mais un acte du Créateur qui n’agit jamais autrement que dans le plan d’ensemble qu’il a en vue pour le monde. Et ce plan a pour but l’incarnation rédemptrice du Fils… Chaque naissance, peut-on dire, met en cause une libre décision de Dieu qui se tient pour responsable de sa créature ,et de cette responsabilité de Dieu découle toute la responsabilité de l’homme vis-à-vis de Dieu.

264. L’action de l’Esprit

Vous vous êtes lavés, vous avez été sanctifiés, vous avez été justifiés par le nom du Seigneur Jésus Christ et par l’Esprit de notre Dieu (1 Co 6, 11).

Le Fils est toujours accompagné et conduit par l’Esprit, et l’Esprit se montre actif en lui. Visiblement quand il a couvert la Mère de son ombre et quand il est descendu sur lui au baptême; et après que le Fils l’eut rendu au Père sur la croix, il l’envoie à nouveau visiblement sur l’Eglise à la Pentecôte. L’Esprit a ainsi intérieurement part à tout ce qu’entreprend le Fils pour notre salut. Surtout quand le Fils nous rachète par son sacrifice, par son sang et par sa descente aux enfers, afin que nous soyons rendus aptes au royaume des cieux, il le fait conduit par l’Esprit Saint. Toute présence, toute action du Fils montre en même temps la présence et l’action de l’Esprit. On ne  peut pas dire que l’Esprit continue ce que le Fils a commencé. Le commencement et la suite sont une unique action des deux. Il n’y a pas de grâce qui ne proviendrait tout à la fois du Père, du Fils et de l’Esprit, pas d’activité divine qui ne soit le fait des trois personnes ensemble.

265. Ne pas penser qu’à soi

Dès qu’on est à table, chacun, sans attendre, prend son propre repas, et l’un a faim, tandis que l’autre est ivre (1 Co 11, 21).

Il fait partie de la nature de la foi catholique que personne ne doit penser à soi seulement, mais aussi au Seigneur, et ceci non seulement dans la prière explicite, mais aussi dans l’attitude de foi quotidienne… (Lors de l’eucharistie), ce que chacun apporte de soucis et de demandes personnelles, il doit d’abord le remettre au Seigneur… et le Seigneur le redonne ensuite à chacun comme cela convient à un membre de l’Église.

266. Le partage

J’espère, dans le Seigneur Jésus, vous envoyer bientôt Timothée, afin d’être soulagé moi-même en obtenant de vos nouvelles (Ph 2, 19).

(Tous les sentiments se partagent dans l’Eglise et dans la foi. Paul est conforté par la foi de ses communautés) : Celui qui aime est aimé; celui qui fortifie est fortifié; celui qui travaille le fait en collaboration avec d’autres.

267. L’espérance

… Ceux qui ont par avance espéré dans le Christ (Ep 1, 12).

Celui qui espère renonce au droit d’examiner et de déterminer tout ce qui va arriver. Il est prêt par avance à répondre sans réserve à ce qui vient… Cette espérance est tellement ancrée dans le Seigneur qu’elle n’a rien de commun avec les espoirs purement terrestres, qui peuvent être déçus, par exemple pour un malade l’espoir de guérir, qui est totalement centré sur l’homme. L’espérance dans le Seigneur a son centre dans le Seigneur, c’est un mouvement qui détourne du moi, qui s’élève vers Dieu, dont Dieu est devenu le centre de gravité… Le oui au moment de se marier ou d’entrer dans l’état religieux : celui qui s’y engage est loin de voir tout ce à quoi il s’oblige, toutes les conséquences que pourra  avoir son assentiment.

268. Le désir de l’Esprit

Aspirez aux dons supérieurs … (1 Co 12, 31).

Lorsque Dieu dévoile à l’homme la distance qui le sépare de lui, il éveille en l’homme un ardent désir d’accéder à lui, de le voir après la délivrance du péché. Les dons que le Seigneur a faits à son Eglise et qui portent tous la marque de l’Esprit Saint… cherchent avant tout à faire de l’Eglise un chemin vers Dieu… Les dons spirituels suscitent le désir ardent de l’Esprit Saint, le désir de le posséder pour mieux lui correspondre.

269. Restaurer la relation à Dieu

Vous avez été bel et bien achetés (1 Co 7, 23)!

Le Fils se fait homme pour réajuster le rapport des hommes à Dieu… Racheter signifie restaurer le rapport à Dieu, renouveler la relation avec lui… De même que personne ne peut s’opposer à l’acte de création du Père, personne ne peut s’opposer au fait que le Fils l’a racheté sur la croix.

270. Glorification de soi

Qu’aucune chair n’aille se glorifier devant Dieu (1 Co 1, 29).

(Pour Adrienne von Speyr, il n’y a que deux états de vie valables devant Dieu : on se marie ou se consacre à Dieu. Il n’y a pas de troisième état). Tout chrétien qui, au sens du troisième état de vie, a refusé d’abandonner sa chair pour garder sa vie, pour l’organiser comme il l’entend et la diriger à son gré, se glorifierait dans sa propre chair. Une attitude spirituelle de vieille fille est nécessairement glorification de soi. Il ne viendrait pas à l’esprit d’une femme mariée et d’une vierge consacrée de se glorifier dans leur corps. Toutes deux savent qu’il appartient à l’homme et à Dieu.

271. Une vue sur l’invisible

La foi, l’espérance et la charité demeurent toutes les trois, mais la plus grande d’entre elles, c’est la charité (1 Co 13, 13).

Grâce à l’espérance, la foi obtient une vue sur l’invisible, une certitude – même là où l’homme ne peut plus apporter de preuves -, l’assurance d’être guidé, qui va si loin qu’elle peut s’apparenter, chez le chrétien, à la certitude ultime du Fils qui sait, en dépit de la déréliction dans la nuit de sa mort, qu’il meurt néanmoins devant le Père.

272. Laisser mûrir le temps

…pour réaliser (ce dessein bienveillant) quand les temps seraient accomplis (Ep 1, 10).

Quand Dieu ne se sert pas de voies extraordinaires pour communiquer directement à quelqu’un sa volonté, nous ne connaissons à vrai dire ses plans que lorsqu’ils sont réalisés, lorsque nous pouvons les considérer après coup comme quelque chose de relativement terminé. C’est donc une règle générale que nous devons toujours laisser mûrir le temps pour comprendre le dessein de Dieu.

273. La porte

On sème un corps psychique, il ressuscite un corps spirituel (1 Co 15, 44).

Le Ressuscité apparaît à travers les portes fermées, lui qui est maintenant la porte qui ouvre le temps et l’espace, qui est l’intermédiaire entre le ciel et la terre. Porte non seulement de la foi, puisque personne ne va au Père que par lui, mais porte aussi en tant que réalité du passage de la croix à la résurrection, de l’existence naturelle à la vie en Dieu.

274. Le service

Quoi que vous puissiez dire ou faire, que ce soit toujours au nom du Seigneur Jésus (Col 3, 17).

Le chrétien ne peut prendre ses distances vis-à-vis d’aucune des expressions de sa vie; tout doit le révéler comme chrétien. Ce qu’il dit ou fait doit faire savoir qu’il est conscient que Dieu est présent : Dieu le Fils, Dieu le Père qui peut être atteint par le Fils… Les croyants vivent en lui de sorte que, si le Seigneur habite en eux, ils annoncent sa présence par toute leur existence… Leur existence appartient au service, de sorte qu’ils n’entrent pas au service du Christ à certaines heures tandis qu’ils en garderaient d’autres pour eux et pour le monde… Ils sont simplement là au nom du Seigneur.

275. Les tâches

Vous avez appris, je pense, comment Dieu m’a dispensé la grâce qu’il m’a confiée pour vous (Ep 3, 2).

Quand Dieu confie des tâches aux siens, il s’attend à ce qu’ils les mettent en oeuvre selon leur intelligence et leur manière propre.

276. L’Esprit de Dieu

Nul ne connaît les secrets de Dieu sinon l’Esprit de Dieu (1 Co 2, 11).

Dans la foi, Dieu donne à l’homme un monde qui n’a pas les limites de son esprit humain. Il lui donne le monde divin… Dieu ne le lui donne pas comme un monde étranger, mais avec l’Esprit divin qui a pour mission de le lui révéler. Personne ne connaît Dieu aussi bien que l’Esprit de Dieu… Il connaît également tout ce qui concerne Dieu : les intentions du Père, tout ce qu’il prévoit, met en oeuvre et réalise… Mais l’Esprit voit aussi les oppositions que les hommes dressent contre le Père et il les subit comme un obstacle à son oeuvre de réalisation.

277. La grâce

C’est par grâce qu’il vous a été donné non seulement de croire au Christ, mais encore de souffrir pour lui (Ph 1, 29).

La grâce est la forme sous laquelle Dieu donne son amour aux hommes pour les attirer à lui… En péchant, l’homme a prouvé qu’il peut se fermer à Dieu et rejeter son amour… Alors Dieu inventa la grâce, la preuve de son affection pour sa créature… La grâce donne à l’homme la capacité d’accepter comme il se doit l’amour, la foi et l’espérance… Le Fils a racheté le monde par sa souffrance… pour redonner à l’humanité qui s’éloignait la vérité de Dieu Trinité.

278. L’absolution du monde

Ne savez-vous pas que les saints jugeront le monde (1 Co 6, 2)?

Le Fils a jugé le monde sur la croix… en se jetant lui-même tout entier dans la balance de la justice… En croyant et en aimant, nous nous tenons quelque part au pied de la croix… Sur la croix, le Fils fut jugé à notre place; au jugement dernier, il sera notre juge… (Dans la vie quotidienne aujourd’hui), le jugement du Christ doit constamment remettre de l’ordre dans la vie des chrétiens… Sur la croix, le Père donne l’absolution totale au monde. (Sur la croix, le Seigneur a confessé tous les péchés des pécheurs au Père à la place des pécheurs : « confession substituante »).

279. Labeur et salaire

Celui qui plante et celui qui arrose ne font qu’un, mais chacun recevra son propre salaire à la mesure de son propre labeur (1 Co 3, 8).

Même le Fils, en tant que Rédempteur du monde, a reçu du Père son salaire; et le Fils invite dans ce rapport ceux qui le suivent. Tout comme l’appel à coopérer est pure grâce, de même il existe une relation interne entre labeur et salaire. L’homme n’a pas besoin de la percer; il ne perce pas non plus la relation qui unit les souffrances du Fils unique à la rédemption de toute l’humanité. Il suffit que Dieu la pénètre dans sa logique intérieure. Mais un homme ne pourra jamais mesurer ce qu’il a accompli dans la mission qui lui était donnée, et même s’il reçoit le salaire, il ne pourra jamais évaluer aucun rapport entre labeur et salaire.

280. Un lieu où Dieu répand sa grâce

A l’Église de Dieu établie à Corinthe, à ceux qui ont été sanctifiés, appelés à être saints avec tous ceux qui en quelque lieu que ce soit invoquent le nom de Jésus Christ notre Seigneur (1 Co 1, 2).

L’Église est partout. Il n’y a pas de lieu qui soit plus près d’elle qu’un autre, chaque lieu pouvant être choisi par Dieu en vue de répandre pleinement sa grâce… (De chaque lieu, ceux qui invoquent le Seigneur Jésus peuvent faire un lieu saint). Dans sa liberté, Dieu peut également procéder à l’inverse : tout d’abord consacrer le lieu et y faire ensuite venir ses saints, dans un espace ecclésial ou dans un lieu de pèlerinage.

281. Ce qui nous empêche d’aller vers le Père

Grâces soient rendues à Dieu qui nous donne la victoire par notre Seigneur Jésus Christ (1 Co 15, 57)!

Tout ce contre quoi nous avons à lutter en tant que chrétiens, c’est le péché sous toutes ses formes. Et le péché dans son lien étroit avec la mort. Par le Fils, nous surmontons à la fois le péché et la mort, c’est-à-dire tout ce qui nous empêche d’aller vers le Père. C’est le Fils qui les a surmontés, mais pour nous. De sorte que par lui nous devenons vainqueurs, que par lui nous apprenons à répondre aux intentions du Père.

282. La Passion

Aucune tentation ne vous est survenue qui passât la mesure humaine (1 Co 10, 13).

Le Seigneur sur la croix peut, par sa grâce, nous donner à porter quelque chose de son expérience. La communion entre lui et nous passe à travers tout. Finalement il a été tenté lui-même comme nous; il a expérimenté le rapport de force entre la tentation et la résistance. Mais sa tentation était le prélude et l’introduction à sa Passion.

283. Le petit oui de l’homme

Par là vous menez le même combat que vous m’avez vu soutenir et  que, vous le savez, je soutiens encore (Ph 1, 30).

Tout ce qui fait le destin humain et chrétien est préformé dans le Fils… La foi, le oui au Seigneur est un acte qui insère l’homme dans l’être du Seigneur, un acte qui accepte tout de lui, à la manière du Seigneur. Chaque petit oui de l’homme est pris dans le grand oui du Seigneur qu’il a prononcé dans son fiat sur la croix, mais aussi dans le fiat mihi de la Mère.

284. La mort, don de Dieu

Tout est à vous; mais vous êtes au Christ, et le Christ est à Dieu (1 Co 3, 20-23).

Dans leur sagesse terrestre, les Corinthiens organisaient d’une manière quelconque leur vie temporellement limitée; mais elle se heurtait à la mort,  cette mort qui était tout à la fois la limite de leur vie, de leur puissance et de leur sagesse. Dans la foi, ils possèdent la vie et la mort. Ils peuvent vivre et mourir dans la même foi. Et la mort n’est plus l’interruption de leur existence, mais la re-création de leur vie en Dieu. Elle est le don de Dieu au même titre que la vie terrestre… C’est la lumière de la foi qui répand la vérité de Dieu sur toute chose.

285. Ce qu’il y a de plus caché dans la sagesse de Dieu

Ce dont nous parlons, c’est d’une sagesse de Dieu, mystérieuse, demeurée cachée, celle que dès avant les siècles Dieu a par avance destinée pour notre gloire (1 Co 2, 7).

La croix, c’est la folie de Dieu. C’est ce qu’il y a de plus caché dans sa sagesse. Et ce mystère est si central dans le ministère de saint Paul qu’il ne parle de rien d’autre maintenant. D’autres prédicateurs, avant Paul ou en même temps que lui, peuvent avoir annoncé la révélation du Christ autrement et comme l’Esprit le leur montrait, sans mettre la folie de la croix au centre de la même manière que Paul. Mais Paul a été conduit en ce centre et c’est de là qu’il doit partir pour sa prédication.

286. Le service de l’Évangile

Tout cela, je le fais pour l’Évangile, afin d’avoir part à ses biens (1 Co 9, 23).

L’enseignement que donne le Christ est un aspect de la mission que le Père lui a donnée et qui est la révélation de Dieu Trinité dans le royaume des cieux.  En faisant tout et en endurant tout pour l’Évangile, en se mettant entièrement à son service, Paul en reçoit sa part… Arrivés à un certain niveau, les hommes dont parle l’Évangile font tout autant partie de l’Évangile que le Seigneur lui-même… En partie le message est adressé aux hommes, en partie les hommes sont eux-mêmes une part de ce message.

287. « Vous êtes au Christ »

Tout est à vous, mais vous êtes au Christ, et le Christ est à Dieu (1 Co 3, 23).

« Vous êtes au Christ ». Ils sont à lui par le baptême, ils sont à lui par la foi, mais aussi par leur mission. Dans leur mission de foi se trouve la confirmation qu’ils sont au Seigneur… Ils sont à lui par sa vie offerte et par la foi qu’il leur donne en même temps que sa vie. Ils sont à lui parce qu’il les rachète dans ce don de sa vie et qu’il vit en eux en les rachetant, parce qu’ils les porte en prenant sur lui tous leurs péchés, parce qu’il rassemble sur la croix tout ce qui est à eux, afin que tout cela ait désormais sa place en lui. Cette transformation s’accomplit sur la croix : ce qui est à eux devient à lui.

288. S’adapter à Dieu

Si quelqu’un détruit le temple de Dieu, celui-là, Dieu le détruira. Car le temple de Dieu est sacré, et ce temple, c’est vous (1 Co 3, 17).

Nous n’aurions jamais la force ni la capacité de nous adapter à Dieu si lui-même, en se révélant, ne nous adaptait à lui.

289. La gloire de Dieu

Gloire à Dieu, notre Père, dans les siècles des siècles. Amen (Ph 4, 20).

La lettre (de saint Paul aux Philippiens) doit servir à la gloire de Dieu, être employée par lui à cet effet. Elle est comme un faible témoignage d’un croyant qui balbutie et qui est conscient en permanence de son incapacité, qui mesure la distance entre lui et sa mission, et sait que seule la grâce peut tout réparer. Et donc la gloire est maintenant donnée à Dieu seul… Elle est à lui depuis toujours, il la possède en tant que Dieu éternel.

290. Un acte tout à fait quotidien

Le Seigneur Jésus, la nuit où il fut livré, prit du pain… (1 Co 11, 23).

Il pose apparemment un acte tout à fait quotidien, mais par sa parole il y introduit tout le mystère de Dieu. Il le fait après avoir rendu grâce, après avoir établi de manière visible sa relation au Père… Aux yeux de ses disciples, le Seigneur demeure le même, tout comme le pain garde le même aspect, et pourtant le pain est devenu le corps du Christ… Sa parole a accompli la transformation et la foi des apôtres doit l’accepter… Cela reste, de la part du Seigneur, une exigence absolue d’obéissance… La dernière chose que l’homme peut dire en s’approchant, c’est : « Seigneur, je ne suis pas digne »… Une force divine est présente dans le pain… Le Seigneur nous livre son corps, à nous en tant que croyants et non en tant que pécheurs… L’eucharistie ne cesse d’amener l’homme vers le Seigneur présent, qui agit de manière vivante. Personne ne percera jamais ce mystère mais, dans la foi, chacun est invité à y participer.

291. Il peut toujours rentrer à la maison

Je sais me priver comme je sais être à l’aise… (Ph 4, 12).

Paul a appris à avoir avec sa propre vie un rapport qui dépend complètement de la vie du Seigneur. Il vit dans le Seigneur, le Seigneur vit en lui. En cela réside le caractère immuable de son existence. Et c’est à partir de ce point de vue qu’il peut organiser sa vie. Il peut vivre aussi bien dans l’abondance que dans le dénuement… (Le point stable, c’est le Seigneur)… Lui qui a sa demeure dans le Seigneur, il peut toujours rentrer à la maison… Dans tous les cas, c’est la mission qui compte parce qu’elle vient du Seigneur.

292. Un seul est le Seigneur

Serait-ce Paul qui a été crucifié pour vous (1 Co 1, 13)?

C’est le Christ qui est mort sur la croix, et non pas Paul. Les autres sont ses serviteurs et ses apôtres, mais il n’y en a qu’un qui est leur Seigneur et maître. Il est l’essence de l’enseignement qu’il leur apporte… L’apôtre peut le représenter et annoncer son enseignement, mais il ne doit jamais oublier qu’un seul est le Seigneur, la Parole et l’enseignement.

293. La bénédiction sur le calice

La coupe de bénédiction que nous bénissons n’est-elle pas communion au sang du Christ (1 Co 10, 16)?

La bénédiction de l’apôtre ou du prêtre est essentiellement l’expression de la foi dans le Seigneur, obéissance à sa parole, et cette  foi rencontre immédiatement le Seigneur dans le calice qui appartient au Seigneur. La bénédiction également que nous disons dans la foi sur le calice est bénédiction du Seigneur, commandée par lui, efficace par lui, même s’il utilise son serviteur pour la bénir.

294. S’ouvrir à l’éternel

L’homme qui n’est pas marié a souci des affaires du Seigneur, des moyens de plaire au Seigneur (1 Co 7, 32).

(L’œuvre de la foi, c’est) d’ouvrir l’aujourd’hui sur l’éternel, de le soumettre à lui et d’expérimenter ainsi que Dieu porte tous nos soucis, que dans toute difficulté l’homme n’est pas abandonné… Celui qui est vierge porte du fruit pour le Seigneur… Une vie stérile est impensable dans la foi. Chacun a une mission propre… qui est en mesure de combler sa vie.

295. Le choix de Dieu

Ce que l’on méprise, ce qui n’est pas, voilà ce que Dieu a choisi pour réduire à rien ce qui est (1 Co 1, 28).

Dieu a choisi une fois pour toutes ce que les hommes ne choisissent pas : la croix… La croix révèle Dieu d’une manière nouvelle et définitive… Il ne peut y avoir pour l’homme de décision plus comblante que celle qui pénètre dans la décision du Seigneur pour y avoir part : avoir part à ce qu’il a choisi qui est vil, méprisable, rien, et qui se trouve en totale opposition à ce que les hommes estiment digne d’être poursuivi.

296. La croix dans la vie conjugale

Il est bon pour l’homme de s’abstenir de la femme (1 Co 7, 1).

Celui qui contracte un mariage chrétien doit savoir qu’il devra, le cas échéant, supporter une pénitence extrême, encore plus dure peut-être que pour celui qui reçoit l’ordination sacerdotale. Peut-être que les fêtes célébrées au début – à l’occasion de ces deux consécrations – masquent plus qu’elles ne révèlent l’essence de l’état de vie choisi… Les sacrements sont indissociables de la croix.

297. Les sacrements et la croix

Il est bon pour l’homme de s’abstenir de la femme (1 Co 7, 1).

Les sacrements du Seigneur sont indissociables de la croix. Nous recevons la communion, mais nous devrions penser au fait qu’après l’avoir instituée le Seigneur part vers la croix. Nous recevons l’absolution, mais après l’humiliation de l’aveu. Dans la confirmation se trouve la douleur de la distance entre notre esprit et l’Esprit Saint. Le baptême n’efface pas toutes les conséquences de la convoitise. L’extrême-onction ne nous empêche pas de mourir.

298. La richesse de Dieu

Qu’il daigne, selon la richesse de sa gloire, vous armer de puissance par son Esprit pour que se fortifie en vous l’homme intérieur (Ep 3, 16).

Dans sa prison, Paul ne demande pas à Dieu pour lui-même d’être assez fort pour supporter ses souffrances. Il prie pour que ceux qui lui sont confiés deviennent forts. Il sait quelle est la richesse de Dieu. Et il le prie de les rendre forts selon la richesse de sa gloire, avec la surabondance qui est la manière propre à Dieu de donner.

299. La porte du mystère central

Ramener toutes choses sous un seul Chef, le Christ, les êtres célestes comme les terrestres. (Ep 1, 10).

Les années terrestres du Seigneur ont été pour nous la porte par laquelle nous avons été introduits dans le mystère central de l’amour entre le Père et le Fils… Durant ce temps où il était visible, nous avons pu reconnaître dans la foi qu’il se trouve avec le Père dans un continuel échange d’amour et d’être, que toute sa personne ne s’explique que par cet échange… Et ce que le Fils nous a présenté du plan et du dessein du Père durant son séjour sur la terre n’était en définitive qu’une brève esquisse de ce qui, de toute éternité et pour toute l’éternité, se passe au ciel entre le Père et le Fils, et de ce à quoi Dieu veut nous introduire par la création et l’incarnation du Fils.

300. Le Père confie au Fils la rédemption du monde

Quand l’un de vous a un différend avec un autre, ose-t-il bien aller en justice devant les injustes et non devant les saints (1 Co 6, 1)?

La croix, c’est le jugement porté par Dieu sur le péché. Le péché lui paraît si répréhensible que pour en débarrasser l’homme il va jusqu’à donner la vie de son Fils unique. En même temps il montre combien son Fils est sacré pour lui du fait qu’il lui confie la rédemption du monde.

301. Fécondité

Vous menez le même combat que vous m’avez vu soutenir et que, vous le savez, je soutiens encore (Ph 1, 30).

Tout croyant doit avoir part à la vie du Seigneur, non pour lui tout seul, mais pour qu’il mette à la disposition de tous la fécondité de son combat chrétien avec la fécondité du Seigneur dans l’unité voulue par Dieu.

302. L’Esprit qui révèle le Père

Nul ne connaît les secrets de Dieu sinon l’Esprit de Dieu (1 Co 2, 11).

Si nous voulons connaître Dieu, nous devons soumettre notre esprit à l’Esprit Saint… Si l’Esprit assume la fonction qui consiste à nous révéler le Père, nous devons aller à sa rencontre en rendant notre esprit libre pour accueillir son message… Comme Marie : dans son oui, elle oublie tout ce qu’elle sait… pour se tenir entièrement ouverte aux seules possibilités de l’Esprit divin.

303. Enfants de Dieu

L’Esprit vient au secours de notre faiblesse car nous ne savons que demander pour prier comme il faut; mais l’Esprit lui-même intercède pour nous en  des gémissements ineffables (Ro 8, 26).

En tant qu’enfants de Dieu, nous pouvons demander à Dieu de nous conduire comme des enfants de Dieu.

304. La bonne manière

Pour être, à la louange de sa gloire, ceux qui ont par avance espéré dans le Christ (Ep 1, 12).

Sans doute cherchons-nous, nous aussi, à glorifier le Père; mais comme nous connaissons à peine la manière de le faire, nous louons la manière parfaite dont le Fils le glorifie et qui est sûrement la bonne, tout comme nous prions un saint d’appuyer nos requêtes auprès de Dieu; bien que nous essayions nous-mêmes de prier, nous avons confiance qu’il sait mieux que nous comment le faire et qu’il présentera notre prière de la bonne manière.

305. Celui qui aime n’a pas besoin d’envier

L’amour n’est pas envieux (1 Co 13, 4).

Il ne se lance pas dans la querelle… Il ne convoite pas la propriété d’autrui. C’est que tout l’espace de Dieu est en lui et qu’il n’a pas seulement l’éternité comme temps, mais aussi l’infini comme espace et patrie. En lui, tout homme peut se sentir à l’aise et en sûreté parce qu’il participe au tout de Dieu et n’a pas besoin d’envier la part des autres… Il n’envie pas à son frère ce que celui-ci possède parce qu’il reconnaît dans ce que l’autre possède ce que Dieu et la bonté de Dieu lui ont personnellement offert.

306. La clef du ciel

Soyez assidus à la prière; qu’elle vous tienne vigilants, dans l’action de grâce (Col 4, 2).

La prière, c’est la clef du ciel, c’est l’essentiel qui doit être entretenu assidûment. Les destinataires de la lettre de Paul doivent fréquenter la prière comme un joyau, veiller sur elle, et cela dans l’action de grâce. Toute leur âme doit se tourner vers elle, tout leur être. Paul le dit en termes sobres; ce qu’il dit de la prière figure parmi bien d’autres choses. Et pourtant les croyants doivent l’entendre comme essentielle. La prière n’est pas quelque chose qui arrive en plus… C’est quelque chose qui requiert toute l’attention éveillée de leur esprit si bien que les orants doivent surveiller leur vigilance pour y satisfaire, ils doivent vaincre leur fatigue, leur tendance à se livrer à d’autres occupations,  vaincre leur tiédeur pour prier de manière vraiment éveillée et en même temps de manière vigilante, avec toute la force de leurs pensées et de leur foi.

307. L’humilité du Fils

Que chacun, par l’humilité, estime les autres supérieurs à soi (Ph 2, 3).

Si le Fils vient dans le monde et remplit toute sa mission, il la remplit dans l’extrême obéissance au Père,… une obéissance qui est… considérée comme le plus grand bien, qui attribue toute gloire au Père et la refuse pour lui-même. L’attitude du Christ envers le Père est une attitude d’humilité. En toutes choses, il estime le Père plus que lui-même; en toutes choses, il cherche le Père… Pour lui, rien n’a de valeur que ce qui vient du Père.

308. Un chemin implacable

Il s’anéantit lui-même, prenant condition d’esclave, et devenant semblable aux hommes (Ph 2, 7).

Le Fils se dépouille de la plénitude de Dieu et entre dans le néant de l’homme; il ne change pas seulement de lieu, de temps, mais de forme aussi… Il ne veut pas se distinguer de nous. Il ne se transforme pas en surhomme… Si le Fils laisse aussi inconditionnellement derrière lui sa condition divine pour devenir homme, cela signifie également pour nous, dans notre chemin vers Dieu, que ce chemin est implacable, qu’il nous est interdit de nous arrêter à des degrés intermédiaires quelconques que nous pourrions nous aménager pour garder la vue vers le bas et vers le haut.

309. L’eucharistie, repas en commun

Le repas du Seigneur : dès qu’on est à table, chacun, sans attendre, prend son propre repas, et l’un a faim, tandis que l’autre est ivre (1 Co 11, 21).

Par l’incarnation, le Fils devient l’un des nôtres… Il accepte nos moeurs. Il vient à notre rencontre comme il peut… Mais s’il prend chair humaine, c’est pour y révéler l’Esprit divin. Il nous montre à quoi devrait ressembler une vie humaine selon l’Esprit de Dieu… Et il choisit… la forme du sacrifice eucharistique qui, en tant que nourriture, s’adapte à nos besoins corporels dans la mesure où l’homme vit en société et prend volontiers ses repas en commun. L’Eglise est une société du Seigneur. Le Seigneur ne veut pas d’une Eglise de solitaires. Il fait célébrer son repas en commun. Il apporte au milieu de nous la dignité de sa divinité.

310. Une lumière reçue de la vie éternelle

La foi, l’espérance et la charité… (1 Co 13, 13).

Dieu a enfoui les dons spirituels dans le temps… Ils apparaissent soudainement ici et là, selon un plan qu’on ne saurait vérifier. Sans cesse sont apparus des prophètes ou des hommes qui faisaient des miracles et guérissaient; et ils savaient eux-mêmes qu’ils occupaient une place particulière dans l’Eglise, une place qui consistait à vivifier et à éveiller l’attention… En prophétisant, ils découvraient combien peu dans l’Église on s’élevait vers Dieu… La lumière qu’ils recevaient de la vie éternelle sous forme d’un charisme était justement un signe pour l’obscurité de ce monde. Dieu a répandu ces missions à travers tous les siècles selon une loi que lui seul connaissait… Sa souveraine volonté n’a de compte à rendre à aucun esprit humain.

311. La souffrance du croyant

Ne vous laissez pas abattre par les épreuves que j’endure pour vous; elles sont votre gloire (Ep 3, 13).

Ils ne doivent pas perdre courage à la pensée que l’apôtre leur a été enlevé et qu’il ne pourra plus leur venir en aide parce que ses épreuves sont trop grandes. A vrai dire, les épreuves d’un envoyé ne devraient jamais être pour les croyants une occasion de se décourager. Elles font partie de la croix du Seigneur… La communauté doit se souvenir que quelqu’un souffre pour elle et elle fera l’expérience que la souffrance d’un croyant devient la gloire de beaucoup… La mission de saint Paul réside aussi dans le fait qu’il supporte chrétiennement son épreuve.

312. La clef du royaume qui vient

Vous avez été justifiés par le nom du Seigneur Jésus Christ et par l’Esprit de notre Dieu (1 Co 6, 11).

Dans chacun des commandements, Dieu a donné une image de son royaume. Chacun d’eux traduit sa volonté de voir les hommes se conformer dès à présent à son royaume qui vient, de leur mettre en quelque sorte entre les mains la clef et le mode d’emploi. Dans l’esprit des commandements, il a montré comment son propre Esprit voudrait façonner et modeler les hommes.

313. Les signes de l’amour

La foi, l’espérance et la charité (1 Co 13, 13).

En retournant vers le Père, le Fils laisse en héritage à l’Eglise, de manière vivante, la plénitude de son amour : dans l’Écriture, dans les sacrements, dans tous les dons de l’Esprit Saint. Son Église existe pour être le lieu où il rend visibles les signes de son amour.

314. Le désir de Dieu

Dieu s’est plu à faire habiter en lui toute la Plénitude (Col 1, 19).

Le Père et l’Esprit désirent beaucoup se communiquer au monde par le Fils.

315. Le combat du Fils sur la croix

Aucune tentation ne vous est survenue qui passât la mesure humaine (1 Co 10, 13).

L’échange qu’opère avec nous le Fils sur la croix demeure finalement un mystère de foi. Nous comprenons que, dans sa volonté de salut, il engage un combat contre le pouvoir du péché et que ce combat doit consister à créer une force opposée et une puissance supérieure. Mais qu’un homme puisse combattre pour tous les hommes – et dans une certaine mesure contre tous – est déjà un mystère; c’est un mystère plus grand encore que sa force divine soit libérée pour le monde dans la mesure où sa force humaine est consumée . Le fait de déposer  sa force divine auprès du Père pendant sa Passion crée une transformation et, en raison de ce don qu’il fait au Père, le Père fait surgir le don à l’humanité : un don que le Père offre au Fils en retour.

 

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