25/2. Un chemin vers Dieu

Un chemin vers Dieu / 2

6. La vie de Dieu Trinité

«  (Le soir de Pâques), le Fils dit: ‘Recevez l’Esprit Saint’.  Lui même l’avait reçu de façon visible lors de son baptême, mais auparavant l’Esprit avait reçu le Fils pour le porter à sa Mère, au moment de la conception. En Dieu tout est don parfait, confiance, amour; chacune des trois personnes est ouverte aux autres. Et le Fils, qui s’est fait homme par dévouement et par amour, a fait connaître et a enseigné cette attitude divine; être en tout ouvert au Père, lui montrer tout ce qui se passe dans l’homme, non seulement pour que le Père le voie, mais pour qu’il y prenne part et partage ses sentiments. En raison de cette ouverture, le Père a pris part à la vie du Fils de telle manière que le Fils lui même a éprouvé cette participation et en a vécu. Le Père fait toujours écho au Fils et lui répond ; mais il lui répond de façon déterminante: ‘Non pas ma volonté mais la tienne!’ Dans cette détermination du Père, il y avait aussi l’ordre de la Passion »  (La confession, p. 63).

« Dans ce que le Père et le Fils possèdent , il n’y a rien qui soit exclusivement à l’un et non à l’autre. Ainsi en est il de ce qu’ils possèdent. En ce qu’ils sont, il y a des différences essentielles, pour autant que l’un est le Père, l’autre le Fils. C’est ce qu’ils sont de par leur nature et de manière irrévocable. Mais en ce qui concerne leurs biens, ils possèdent tous les deux tant la paternité que la filiation.  Ce mystère nous apparaît plus clairement dans le Fils que dans le Père. Le Fils possède aussi la paternité. Il possède, par rapport aux hommes, aussi bien les propriétés du Fils que celles du Père. Il se nomme Fils de l’homme, et il est cependant le Père des croyants qu’il appelle aussi ses petits enfants. De même vis-à-vis du Père, il possède, au moment de la séparation, des qualités paternelles : il se sépare de lui comme Fils, mais il emporte avec lui toute sa mission qui lui vient du Père et il l’administre, non en qualité de Fils subordonné, mais comme collaborateur indépendant et finalement comme responsable; parce qu’il accepte une mission, il devient en quelque sorte, le ‘préposé’ de celui qui l’a institué comme tel. Il doit exécuter ici-bas la mission du Père, entièrement pour le Père, parce que lui seul s’est fait homme, et non le Père.  Par suite de cet état de choses, le Père se charge du rôle du Fils : il laisse au Fils une liberté totale, il ne se mêle pas de ses affaires, ne surveille pas l’œuvre du Fils, comme on surveille les faits et gestes d’un mineur ; il le laisse agir comme un être pleinement responsable ; il ne s’érige pas en juge de l’œuvre rédemptrice du Fils. Il sait l’envergure de la tâche dont le Fils s’est chargé et que, pour l’accomplir vraiment, il faut qu’il la réalise précisément sans le Père, donc en étant séparé de lui.  Sachant cela et se retirant devant l’indépendance du Fils, il place le Fils au-dessus de lui. C’est ainsi qu’il assume le caractère filial » (Jean . Le discours d’adieu, t. II, p. 127-128).

Nous devrions toujours penser à la joie que chacune des trois personnes de la Trinité trouve en chacune des autres. Joie débordante, jaillissement perpétuel, joie qui ne cesse d’être neuve. Nous pouvons lire cette incessante nouveauté de l’être de Dieu dans la multiplicité des choses de ce monde créées par lui. Il n’a peut être créé les nuages que pour que nous ne pensions pas qu’il est lui-même éternellement rayon de soleil. Et chaque nuage à son tour est différent des autres ; au ciel il n’y a pas un ton uniforme. Et les nuages fécondent la terre : l’hiver comme neige, l’été comme orage ; la pluie également a ses particularités. C’est ainsi que la fécondité de Dieu est toujours neuve également.

Comment imaginer l’amour du Père pour le Fils ? Comment penser l’Esprit ? Il y a chez les hommes quelque chose de comparable . Non seulement le Père aime le Fils et l’Esprit séparément. Il aime aussi la relation d’amour du Fils et de l’Esprit ; et il en reçoit un fruit. Cette relation est importante pour le Père, elle l’enrichit, il l’aime et compte sur elle. Une mère qui a plusieurs enfants est enrichie à chaque naissance d’une relation nouvelle avec cet enfant, mais aussi par la relation du nouveau venu avec ses frères et sœurs. Dieu le Père trouve si infiniment parfaites sa relation avec le Fils et l’Esprit et leur relation réciproque que, pour en exprimer quelque chose, il a créé l’univers.

« En Dieu, tout est don parfait, confiance, amour » : il n’y a aucune humiliation pour le Fils si le Père le précède comme Père, et aucune humiliation pour l’Esprit de procéder du Père et du Fils. En Dieu, l’une des personnes peut recevoir la vérité d’une autre, bien que toujours aussi celle qui reçoit puisse partager avec celle qui donne: c’est une égale béatitude de donner ou d’échanger.

Au sein de la Trinité, chaque personne honore l’autre parce que chacune sait ce que c’est qu’être Dieu. Ce n’est pas seulement pour honorer le Père et l’Esprit, mais aussi par amour pour eux que le Fils s’est fait homme; ce faisant, c’est du sein de la Trinité qu’il a apporté à la nature humaine la loi de l’amour et qu’il en a vécu parfaitement le premier. Par son Incarnation, tous les hommes deviennent nos frères et, dans le commandement du Fils, nos frères bien-aimés. L’honneur qu’on manifeste à chacun et l’amour fraternel  proviennent de la vie trinitaire de Dieu.

Au sein de la Trinité, les personnes s’appellent mutuellement: « Seigneur, Seigneur! » (Mt 7,21). Les croyants sont invités à faire de même. Mais on ne peut tromper Dieu: il voit si celui qui l’appelle ainsi se donne et s’ouvre à lui dans son appel.

Le Père, le Fils et l’Esprit sont libres étant donné que, dans l’amour, ils font leur volonté qui consiste uniquement à faire toujours ce que veut l’autre. Car leur volonté trinitaire est toujours amour et on ne peut pas se la représenter en dehors de l’amour. Le Père, le Fils et l’Esprit sont dans la plus parfaite liberté parce qu’ils sont dans le plus parfait amour. On ne peut donc pas dire qu’ils sont dépendants les uns des autres. Pour s’exercer, la liberté humaine a besoin de se séparer des autres. Dans la liberté divine, à laquelle l’homme participe déjà un peu par la grâce, à laquelle il participera pleinement un jour s’il est fidèle, plus nous sommes proches l’un de l’autre, plus nous sommes libres. Entre humains, il y a une limite du privé qu’on ne peut transgresser, même dans l’amour. Vis-à-vis de Dieu, dans la grâce, il n’y a pas ces limites: notre liberté dans la grâce consiste en ce qu’il nous laisse nous approcher tellement de lui que nous pouvons avoir accès à la liberté qui le relie au Fils et à l’Esprit. Mais en Dieu la liberté ne fait qu’un avec l’amour, elle naît de la vérité de l’amour. La liberté pour l’homme est de pouvoir s’intégrer à la liberté de Dieu.

Dans la Trinité, aucune des trois personnes ne désire devenir l’autre. Le Père ne désire pas devenir le Fils, ni le Fils le Père. Dans l’amour humain, l’homme ne désire pas non plus devenir la femme pas plus que la femme ne désire devenir l’homme. Plus ils sont unis, plus l’autre est un toi et non un moi. Il peut arriver, dans l’union, un point où personne ne sait plus où l’un commence et où l’autre finit; mais justement dans cette unité, le toi ne ressort que mieux. Et chacun a, dans l’amour, le droit de disposer de cette union.

Il y a en Dieu un échange d’amour où chacune des trois personnes voudrait être redevable à l’autre de ce qu’elle a en elle de plus caché, de plus intime, et où elle sait aussi qu’elle lui en est redevable: chacune est ce qu’elle est par le don de l’autre en elle, et ce mystère de l’amour est si profond et tellement en son centre qu’il serait absolument impossible de tracer ici des limites. Au contraire: les personnes et leur amour vivent de ce que, depuis toujours et pour toute l’éternité, ces frontières n’existent pas. Le Fils incarné ne verra jamais dans sa Passion son œuvre propre, qui serait délimitée vis-à-vis du Père et de l’Esprit, parce que dans sa Passion il ne fait que la volonté du Père, exactement comme il en fut déjà lors de l’œuvre de l’Incarnation elle-même; ici aussi le Père accomplit sa volonté quand le Fils l’accomplit.

Quand le Père s’apprête pour ainsi dire à créer le monde, il ne le fait pas seulement en accord avec le Fils et l’Esprit, mais dans un échange intime d’amour avec eux. En se manifestant comme Créateur, il a le Fils auprès de lui, puisqu’il exécute toutes choses en vue du Fils; de même il a l’Esprit auprès de lui puisque l’Esprit plane au-dessus des eaux de l’abîme. La croix est un écho de la création du monde: le Père et l’Esprit assistent l’Homme-Dieu sur la croix. La création est orientée ver le Fils, la croix est orientée vers le Père.

Dieu n’a pas créé le monde au hasard. Il a pour ce monde un plan éternel. Toutes les choses y ont leur place dans l’Esprit. Le monde ne peut échapper à ce plan; ce plan est maintenu par l’Esprit; il est vie du Dieu Trinité vivant. Rien dans ce monde n’est  laissé au hasard puisque le monde vit dans le plan de Dieu.

L’Incarnation du Fils n’a apporté aucun changement dans la vie de Dieu Trinité. C’est le Père qui a créé mais, mystérieusement et d’une manière cachée, le Fils et l’Esprit y ont collaboré. L’acte par lequel le Fils s’est offert pour le salut du monde n’est que l’expression d’une attitude qui est constante chez lui. Il n’est pas vrai du tout que dans l’ancienne Alliance le Père seul agit. L’activité cachée du Fils pour les hommes et pour le peuple élu s’y exerce aussi. L’ancienne Alliance cependant est le temps de la promesse et elle est ouverte sur le Fils.

L’Ancien Testament pourtant vient du Père et il est donc important que les chrétiens le connaissent pour apprendre quelque chose de la réalité du corps du Christ par son ombre, pour approfondir leur foi au Christ. Toutes les paroles du Seigneur ont leur racine dans l’Ancien Testament. L’Esprit que le Fils révèle et qui montre le Père est le même qui parlait dans les prophètes pour indiquer la volonté du Père et annoncer la venue du Fils.

Quand, dans l’Ecriture, nous pensons avoir compris quelque chose et que cela ne débouche pas sur la Trinité de Dieu, nous pouvons être sûrs que nous ne l’avons pas saisie d’une manière vivante. Nous ne comprendrons peut-être jamais comment l’Écriture est vivante; notre état de péché nous empêche de voir à quel point elle est remplie de vie. A chaque verset de l’Ecriture, nous devrions prier le Seigneur: « Montre-nous le Père ».

7. La mission du Fils

« C’est la volonté du Fils de devenir mission, et pour cela, il faut que le Père et l’Esprit l’envoient, donnent ainsi forme et contenu à sa mission. Le contenu, c’est que le Fils ramène le monde au Père par un acte non de violence, mais d’amour, et qu’il veut se sacrifier tout entier pour consommer cet acte d’amour… Le Père a choisi la forme « monde », c’était son idée, sa création. Le Fils l’assume pour la lui rapporter consommée » (Adrienne von Speyr et sa mission théologique, p. 132).

« En envoyant le Fils, le Père le confie pour le temps de sa mission plus que jamais à l’Esprit Saint. Il unit les missions du Fils et de l’Esprit, car il ne faut pas oublier que l’Esprit qui conduit le Fils est l’Esprit du Père, et qu’ainsi aucune sorte d’éloignement n’est possible entre le Père et le Fils… Le Père dépose son Fils dans les bras de l’Esprit comme une mère son enfant dans ceux d’une nourrice. L’Esprit est le premier christophore… Il appartient à la mission du Fils de se laisser porter par l’Esprit, à celle de l’Esprit de porter la mission du Fils. Le Père est constamment en train de les envoyer tous les deux; de lui nous ne savons rien de plus parce que personne ne l’a jamais vu. C’est dans le Fils et l’Esprit que nous voyons le Père » (Adrienne von Speyr et sa mission théologique, p. 133-134).

L’Incarnation se décide dans le dialogue du Père et du Fils. Le Père se laisse influencer par le Fils. Quand le Fils présente au Père le projet de la Rédemption, le Père l’accepte. Devenu homme, le Fils veut toujours connaître et faire davantage la volonté du Père. Il dispose de lui-même comme d’un instrument qu’il met entre les mains du Père. Il nous montre la voie de l’abandon au Père et il nous invite à en faire autant. En tant qu’homme également, il a de l’influence sur le Père pour que le Père permette l’œuvre de la croix.

Quand le Père permet et veut l’Incarnation, il montre que chacune des personnes divines se met au service de cette nouvelle révélation de l’amour. La Trinité est ouverte et expliquée pour nous. Cette sorte de « désintégration » de l’amour se trouve au service de notre intégration dans l’amour. Et notre prochain doit sentir que l’amour que nous avons pour lui découle de l’amour de Dieu, et Dieu doit savoir que, quand nous l’aimons, nous aimons aussi notre prochain.

Par amour pour nous, le Père a renoncé à son Fils au ciel. Il a assumé la séparation qui était incluse dans l’envoi du Fils dans le monde. Qui aime veut que celui qu’il aime fasse l’expérience de l’amour. C’est pourquoi Dieu, qui nous aime, veut que nous soyons accessibles à son amour et il fait tout pour que son amour nous soit sensible. Le Père envoie le Fils et en même temps il lui permet de venir. Notre vie dans l’amour n’est pensable que nourrie par la vie du Fils. Son amour nous touchera comme amour compréhensible. L’amour donne tout ce qu’il a. Et ce que le Fils a, c’est le Père . Et ainsi le Fils, en se laissant envoyer, nous apporte l’amour du Père.

Le Père permet au Fils de se donner au monde afin d’ éveiller en chaque homme l’amour de Dieu. En donnant au Fils cette « permission », il renonce en quelque sorte au Fils et l’offre eucharistiquement. Derrière le sacrifice du Fils, il y a donc le don d’amour du Père qui est la source de l’Eucharistie. Au sein de la Trinité, ce que désire le Fils, c’est de se faire envoyer par le Père pour racheter le monde. Et le Père consent tellement au désir du Fils qu’il lui fait dépasser à l’infini les limites d’une vie humaine en inventant l’Eucharistie. Le Fils « réclame » la durée d’une vie humaine, et le Père lui donne la durée du monde. Par l’Eucharistie, la vie terrestre du Fils acquiert pour ainsi dire un mode d’existence divin qui échappe au temps.

Le Fils est toujours accompagné et conduit par l’Esprit. Visiblement, quand il a couvert la Mère de son ombre et qu’il est descendu sur lui au baptême ; visiblement aussi quand le Fils l’envoie à nouveau sur l’Eglise à la Pentecôte après l’avoir rendu au Père sur la croix. Ainsi l’Esprit participe intérieurement à tout ce qu’entreprend le Fils pour notre salut. Quand le Fils nous rachète par son sacrifice, par son sang et par sa descente aux enfers, afin de nous rendre aptes au royaume des cieux, il le fait conduit par l’Esprit Saint. Toute présence, toute action du Fils montre en même temps la présence et l’action de l’Esprit. On ne peut pas dire que l’Esprit continue ce que le Fils a commencé. Le commencement et la suite sont une unique action des deux. Il n’y a pas de grâce qui ne provienne tout à la fois du Père, du Fils et de l’Esprit, pas d’activité divine qui ne soit le fait des trois personnes ensemble, comme si chacune des trois personnes voulait éveiller en nous la capacité d’être ouverts et accessibles aux trois.

Un amour absolu unit le Père et l’Esprit au Fils. Dans cet amour, le Père et le Fils se tiennent à la disposition de l’Esprit pour qu’il rende possible qu’ils soient connus par le monde. Dans cet amour, le Père et l’Esprit se tiennent à la disposition du Fils pour qu’il ramène le monde à Dieu. Dans cet amour, l’Esprit et le Fils désirent du Père qu’il les envoie tous deux en une mission spéciale pour porter aux hommes l’amour réciproque des trois personnes comme l’expression la plus intime de l’amour du Père, et cela d’une manière si durable que l’homme demeure en Dieu comme Dieu demeure ne lui.

Le Père et le Fils s’obéissaient mutuellement parce que chacun accomplissait la volonté de l’autre. Quand le Fils fut envoyé par le Père dans le monde et devint l’un des nôtres, le Père a comme perdu son pouvoir sur le Fils, de même que nous, dès que nous avons dit une parole, nous perdons notre pouvoir sur elle. La Parole de Dieu se trouve maintenant dans le monde; parmi nous, elle dépend de nous, elle nous est livrée.

Est-ce que le Fils préfère sortir du Père ou retourner au Père ? On comprendrait mieux qu’il préfère retourner au Père. En fait, et c’est à peine compréhensible, il aime autant sortir du Père que retourner à lui. Parce que le seul critère de ses préférences, c’est le désir du Père sur lui. Infiniment plus que nous ne le pressentons, tout notre agir chrétien et toute notre passivité chrétienne proviennent de la Trinité.  »Aime ton prochain comme toi-même »  est finalement fondé dans l’amour trinitaire; le Fils aime le Père de cette manière et , par cet amour qu’il a pour le Père, il s’aime lui-même.

Le Père ressemble à un homme riche qui voudrait tout donner à son Fils bien-aimé, mais son Fils lui a amené dans sa maison un tas de mendiants qu’il faut vêtir et nourrir. Et finalement le Père a permis au Fils d’amener chez lui tous ces pauvres qu’il a ramassés n’importe où. Et le Père doit donc maintenant partager ce qu’il voulait donner à son Fils. Le monde qu’il a créé a une ressemblance avec le Fils qu’il a engendré et le Fils est attaché au monde même quand celui-ci s’est détourné du Père. Les mendiants ont causé beaucoup de dommages dans la maison, et le Fils veut lui même tout remettre en état. La situation est très complexe et le Père doit en tenir compte.

Dans la Révélation, Dieu sort de son silence et de son origine, il se manifeste pour nous dans la parole. Mais il ne parle pas seulement de lui-même; qu’il soit compris et reçu par nous est l’œuvre de l’Esprit Saint qui est la source de toute union vivante. Toute la révélation de Dieu est donc trinitaire, et la Bonne Nouvelle ne parle de rien d’autre que de Dieu Trinité. D’un bout à l’autre de l’Evangile, l’unique contenu de la Parole de Dieu, c’est la Trinité, tout comme elle est l’unique contenu de la création.

Toute parole du Fils est trinitaire, même si cela ne se voit pas de prime abord: il dit la parole du Père et il parle dans l’Esprit Saint. Suivre le Seigneur selon les conseils évangéliques, c’est adopter une forme de vie trinitaire. Les trois conseils sont la forme de la vie du Fils; les suivre, c’est avoir part avec lui à la vie de Dieu.

Mais quiconque aussi vit dans la foi est constamment, quoi qu’il fasse (prière ou action concrète dans le monde), dans le courant de vie trinitaire. Tous nos chemins sont des chemins trinitaires. Prier, c’est toujours aussi avoir affaire à la Trinité tout entière. A cause de l’unité de l’être de Dieu, il est impossible qu’une personne divine reste jamais en retrait par rapport à une autre . Chacune des trois personnes participe tellement à toutes les œuvres de Dieu qu’il nous est permis de nous savoir toujours entourés du mystère des trois personnes. Et plus un être humain est pur, plus purement il fera l’expérience qu’il peut prier Dieu comme le plus proche des proches.

Quand un chrétien reçoit des grâces sans explication ou qu’il voit d’autres chrétiens en recevoir de semblables, il sait qu’elles viennent de Dieu Trinité, mais sans pouvoir préciser le côté du triangle trinitaire d’où elles viennent. Quand aucune explication n’est donnée, ce sont les trois personnes qui agissent; il faudrait une indication ou un signe pour qu’il sache qu’une des personnes s’est adressée à lui.

Chaque homme porte en lui un schéma de la vie trinitaire, sa manière propre de participer à ce mystère. Chez l’un, c’est la vie du Fils; chez l’autre, l’amour particulier pour le Père; chez un autre encore, la compréhension des dons du Saint Esprit. Mais toujours le particulier débouche dans le trinitaire qui inclut tout.

Marie est, pour tous les croyants, un modèle de la manière dont on peut parler avec le Père et le Fils dans l’Esprit Saint sans souligner les différences qui nous séparent de la vie de Dieu. Quand nous prions vraiment le Christ, nous prions dans l’espace de Dieu trine et un, et la réponse nous vient de Dieu Trinité tout entier. Cela nous incite à nous souvenir toujours dans notre prière de la présence trinitaire dans l’unité.

8. Le Père

«  Le Père non plus ne s’est pas refusé au Fils, lorsque celui-ci lui a demandé la permission d’opérer la rédemption. Et le Père l’a livré à sa propre décision. Il aurait pu dire non. Il aurait pu trouver que le Fils en demandait trop. Mais il a, humainement parlant, renoncé à certains droits de sa paternité et de son amour pour le Fils, pour permettre au Fils l’ultime abandon. Et Dieu nous a créés à son image, et le Fils voudrait réveiller en nous cette image. Du fait que le Père n’a pas refusé, le Fils nous donne la possibilité de ne pas refuser …

Souvent les gens font des manières quand ils reçoivent un cadeau et disent: ‘C’est trop!’. Ils montrent par là qu’ils mettent leur capacité d’évaluer au-dessus de l’amour qu’on leur a témoigné. Il peut arriver certes qu’objectivement un cadeau dépasse les possibilités de celui qui le donne. Mais s’il veut vraiment l’offrir par amour, alors la raison qui met des limites perd son droit de mesurer. Ainsi lorsque le Fils fait sa proposition, le Père ne dit pas: ‘C’est trop! Il renonce pour ainsi dire à son droit de juger et contrôler, et abandonne toute la mesure au jugement du Fils…

Le Fils fera en quelque sorte défaut au Père, pendant son séjour sur la terre; et plus il lui manquera, plus le Père mesurera combien son amour pour le Fils et l’amour du Fils pour lui sont grands. Car le Père aussi a besoin du Fils et ne peut pas être sans lui. Peut-être le Père aurait-il eu d’autres propositions, d’autres idées au sujet de la rédemption, qui n’auraient pas rendu nécessaire la déréliction de la croix. Mais il ne les exprime pas, il s’en remet au Fils. Dans l’amour, le meilleur c’est toujours le désir de l’autre » (Jean. Naissance de l’Eglise, t. II, p. 126-127).

Au cours de sa vie terrestre, le Seigneur ne parle que rarement de la vision du Père qu’il a. Il essaie de rendre accessible aux autres sa béatitude. Il nous indique par là qu’il ne faut pas toujours essayer de saisir le Père. Il nous faut faire ce qui est à faire pour les autres et laisser au Père la possibilité de nous saisir.

Il y a chez le croyant une joie dans la distance qui le sépare de Dieu, une joie qui n’essaie pas de saisir quelque chose de plus de Dieu, qui n’essaie pas d’exiger, de désirer, mais qui se réjouit des choses telles qu’elles lui sont données.

Tout ce qui demeure invisible, le croyant sait que le Père le voit pour lui. Le Père aime le monde; il ne veut pour lui d’autre lieu que le monde lumineux du Fils.

L’homme ne sait jamais quand se passe l’essentiel. La femme ne sait pas quand elle conçoit. L’homme ne sait pas quand Dieu lui pardonne et quand il est comblé de grâce. Rien de ce qui est essentiel ne se laisse déterminer dans le temps. Et même quand le Père et le Fils livrent leurs mystères en se révélant, il y a cependant toujours encore entre eux des rencontres auxquelles les hommes n’ont pas accès. Le Père et le Fils gardent pour eux une dernière intimité dont les hommes ne voient pas l’éclair; tout au plus peuvent-ils déduire que quelque chose s’est passé quand ils entendent le grondement du tonnerre (cf. Jn 11,41).

Dans la mission du Seigneur, bien des choses sont incompréhensibles: le fait qu’il a pitié des hommes et qu’en même temps il exige pour ainsi dire trop d’eux, le fait qu’il veuille avoir des disciples et des successeurs, et bien d’autres choses encore dans sa vie, et surtout vers la fin de sa vie. Beaucoup de choses, dans cette fin, se jouent uniquement entre le Père et le Fils, et ne nous sont pas accessibles comme ce qui précède. Tout l’Evangile débouche sur cette fin inexplicable, sur cette apothéose de l’amour. Ce mystère d’amour entre le Père et le Fils, qui à ce moment domine tout, ressemble en quelle que sorte au mystère des parents. Bien que les enfants vivent dans l’espace de l’amour parental, ils n’en aperçoivent pas tout, ne participent pas à tout ce qui fait l’intimité des parents. Ils savent peut-être qu’il y a des choses auxquelles ils n’ont pas accès, bien que ces choses ne diminuent en rien l’amour des parents à leur égard. Car ils vivent dans cet amour mutuel des parents, et pas seulement dans l’amour distinct du père ou de la mère pour leur enfant. Nous aussi, nous vivons à la manière des enfants dans ce mystère entre le Père et le Fils, sans vraiment le connaître. Mais ce n’est pas parce qu’on  nous en prive que nous ne le connaissons pas; tout simplement nous ne sommes pas encore mûrs pour le comprendre. Plus tard, devenus adultes, les enfants devineront quelque chose des secrets de leurs parents; et nous aussi nous progressons dans la connaissance de Dieu.

Il y a connivence entre le Père et le Fils. Il ne faut pas penser que le Fils cherche à se faire des adeptes. C’est le Père qui attire les hommes au Fils. Quand on va au Fils, c’est en raison d’un désir que le Père a mis en nous. Le Fils reçoit tous les hommes que le Père lui donne parce que tous viennent du Père et sont un don du Père au Fils.

Nous avons à suivre le Fils. Et celui-ci nous renvoie au silence de la prière et de l’adoration. Il nous faut prier le Père de bien vouloir insérer notre existence dans celle de son Fils, notre existence présente dans son existence omniprésente, notre faible disponibilité dans la force de la sienne, notre obéissance actuelle de chrétiens dans son obéissance divino-humaine incessante, afin que nous ayons part dans la foi à son indicible mystère d’obéissance. Que Dieu modèle notre imitation selon son bon plaisir et selon ce qu’il a décidé pour nous. Que Dieu fasse de notre oui une imitation du oui parfait de son Fils.

Dans l’ancienne Alliance, il y avait comme un lieu précis en face du Père; dans la nouvelle, on ne se trouve plus en face du Père, mais entre le Père et le Fils. Un lieu dont on ne voit pas la fin, un lieu dont nous savons seulement qu’il est le lieu de l’amour du Fils pour le Père et du Père pour le Fils. La communion d’amour entre le Père et le Fils embrasse tout ce que Dieu nous donne et tout ce que nous devons lui donner pour que la vie et la mission du Fils soient accomplies. Le Fils nous a introduits dans le tourbillon de la communion divine ainsi que le Père le lui a permis. Ceci a pour conséquence que le Père ne sera plus jamais seul avec le Fils parce que nous faisons partie de leur communion. Leur intimité n’en est pas rompue; seulement nous y sommes invités dans la mesure où nous sommes nous-mêmes aimants et où nous laissons s’accomplir en nous l’amour du Fils et ses sentiments intimes. Si nous nous trouvons au milieu de l’amour du Père et du Fils, nous sommes en mesure d’y répondre.

Dieu est amour; l’amour constitue l’être du Père, du Fils et de l’Esprit. Non pas un être fermé sur lui-même, en opposition à nous, mais communication essentielle et insertion de tous les hommes en lui. Nous sommes introduits dans l’amour du Fils, et le Père ne peut faire autrement que de nous voir inclus dans le Fils, inclus dans son amour pour le Fils, comme des êtres aimés du Fils.

Le Père nous a fait don du Fils, et le Fils nous a fait don du Père. Quand des parents reçoivent un enfant, le père peut faire don de l’enfant à la mère et la mère peut faire don de l’enfant au père; mais cela seulement parce qu’ils se sont d’abord donnés l’un à l’autre et parce que par là ils se sont donné l’enfant l’un à l’autre.

C’est pourquoi nous avons un vrai pouvoir sur la volonté du Père. A condition que nous soyons vraiment dans le Fils et dans l’obéissance du Fils. Car dans la Trinité, chacun fait la volonté de l’autre; et en faisant la volonté de l’autre, il fait également la sienne. Celui qui, par le Fils, participe à cet amour détaché de soi qui existe en Dieu, peut décider Dieu parce qu’il est totalement déterminé par Dieu. Il vit dans la prière du Fils.

Quand le Fils accomplit sa mission sur terre, le Père veut comme se laisser étonner par le Fils. Le Fils incarné fait plus que ce que le Père demande, mais qu’il le fasse provient une fois encore d’un don du Père. L’obéissance dans la vie religieuse est une obéissance « inter pares »: c’est une image de la vie trinitaire. Finalement le Père aussi est obéissant au Fils quand il le laisse aller à la croix.

Le Père veut ce que veut le Fils parce qu’il a accepté toute la volonté du Fils sur la croix et l’a reconnue comme sienne. Même si le Père n’avait pas l’usage de l’incroyable offre d’amour du Fils, il l’accepterait quand même par amour pour le Fils parce que c’est l’amour qui le lui offre. Et il ne ferait pas comme s’il ne pouvait pas s’en servir parce que entre le Père et le Fils, il n’y a aucun « comme si » et parce que le Père veut montrer au Fils qu’il ne voit pas en son offre une simple surabondance; il voit en elle l’expression de l’amour le plus authentique et le plus précieux.

Dans la Passion du Fils, c’est le Père qui doit faire la volonté du Fils; car, comme tout le reste, il a aussi remis la Passion entre les mains du Fils. Le Père accepte difficilement l’abaissement du Fils dans son Incarnation et dans sa Passion. Le Fils aurait pu atteindre le même résultat à moindres frais, il aurait pu témoigner autrement de son amour  pour ses disciples et obtenir du Père plus rapidement l’œuvre rédemptrice.

Le Père pourrait épargner la croix au Fils. Mais c’est comme si c’était lui qui disait maintenant au Fils: « Que ta volonté soit faite, non la mienne ». Il y a une impuissance volontaire du Père devant la volonté du Fils. Quand le Fils prie, le Père et l’Esprit y participent; au Mont des oliviers, ils participent à la prière angoissée du Fils.

Le Père voit bien que sur la croix le Fils souffre beaucoup plus qu’il est nécessaire. Mais le Fils le veut ainsi parce qu’il est dans la lumière de l’amour du Père et dans la souffrance de l’obscurité du Père. C’est pourquoi, pour le Fils, il n’y a pas là d’excès. Il voit le « plus grand » du Père, qui le stimule à faire encore plus dans l’amour. Ainsi tout s’équilibre. Ce qui, aux yeux des autres, paraît superflu, est pour lui plutôt trop peu.

La plus grande douleur qu’on puisse infliger au Père, c’est de tuer son Fils. Mais, en mourant, le Fils lui témoigne un amour si grand qu’il surpasse même cette douleur. Là où l’outrage que le monde fait à Dieu parvient à son comble, là aussi l’amour du Fils pour le Père, et donc aussi sa glorification du Père, atteignent leur perfection. Là où le Père est atteint de la manière la plus sensible, le Fils lui enlève toute souffrance. Après que les hommes ont tué le Fils, le Père est devenu plus riche en amour; car sa  création lui est rendue par le plus grand amour du Fils.

A la croix, le Père est séparé du Fils, abandonné par le Fils. Quand le Fils est abandonné par le Père, personne ne doit penser que le Père ne soit pas aussi abandonné par le Fils. Car quand le Fils perd l’accès au Père, il est impossible que le Père possède encore l’accès au Fils. Le Père aussi est abandonné à la croix et séparé du Fils séparé. Il en est ainsi parce que l’amour est une unité et que, dans l’amour, il est impossible que l’un soit touché sans que l’autre le soit aussi.

Nous n’avons ni concept, ni mot pour la « souffrance » mystérieuse que notre péché cause à Dieu, si Dieu ne change pas, qu’il est toujours bienheureux et ne peut être blessé par sa créature. Et cependant il serait inconcevable que Dieu demeure insensible à la faute et au malheur de ses propres créatures, lui qui est l’amour éternel.

Et cependant le Père ne doit pas ménager le Fils, ni le Fils se laisser ménager par le Père. Le point culminant du service du Fils sera la croix. Le Fils est heureux parce qu’il sait que le Père ne le ménagera pas, ne le traitera pas comme un faible qu’il juge incapable de souffrir. Le Fils ira le plus loin possible et il rapportera ainsi au Père tout l’amour possible du monde.

La croix, c’est le drame pour le Fils; c’est le drame aussi pour le Père. Le Père aime son Fils. Il voit ce que le Fils souffre. Il a su depuis toujours que cette heure arriverait; quand enfin elle est là, il l’éprouve dans toute sa réalité. Il  ne peut pas se révéler au Fils parce que, s’il le faisait, il diminuerait sa propre confiance en son Fils. Il doit accorder à l’amour du Fils ce dernier témoignage, cette ultime épreuve, de le livrer à la séparation totale d’avec lui. C’est de cette manière que le Père partage la souffrance de la croix.  Ce renoncement de Dieu à se manifester est la source de toute souffrance chrétienne car, dans ce renoncement, se manifeste l’amour suprême du Père. C’est pourquoi, dans la vie chrétienne, à l’exemple du Père, il faut laisser au prochain le droit de souffrir malgré tout l’amour qu’on lui porte. Il n’est pas permis de lui épargner toute souffrance par amour. Si le Père intervenait dans la Passion du Fils, il mettrait des limites à son amour; sa compassion témoignerait d’une méfiance à l’égard de l’amour du Fils.

Puis vient la résurrection … La résurrection de Jésus est sans doute la plus mystérieuse des œuvres de Dieu, à la fois œuvre du Père et du Fils. Le Fils se laisse ressusciter par le Père, mais il est tellement lié à sa volonté qu’il s’éveille aussi lui-même dans le Père à cette résurrection. Et en le réveillant, le Père lui rend tout ce que le Fils avait déposé auprès de lui. Personne plus que le Père ne se réjouit de ce que le Fils soit ressuscité de la mort pour l’éternelle vie. Joie humaine de la rencontre. Au temps de la Passion, l’amour entre le Père et le Fils n’a subi aucun dommage, mais il ne pouvait plus être goûté en sa plénitude. A l’Ascension,  l’amour rayonne d’un éclat nouveau et divin. C’est la plus grande joie du revoir : Dieu est à nouveau en Dieu, le Fils dans le Père et dans l’Esprit. Les relations entre le Père et le Fils n’ont pas été troublées par la Passion. L’angoisse elle-même fut un acte d’amour, de renoncement, aussi grand qu’un renoncement peut l’être. Maintenant il n’est plus nécessaire de renoncer à rien. Tout est transparent, parfaitement. Il y a une fête de Dieu Trinité dans le ciel. La parabole du fils perdu n’est pas loin: il a porté le péché du monde, il a souffert la faim sur la croix. Il revient au Père avec le plus grand don que le Père pouvait attendre de lui. Son don ne fait qu’un avec son retour; en l’embrassant, lui, le Fils, le Père reçoit tout ce que le Fils lui rapporte. Les souvenirs que quelqu’un rapporte de voyage servent à compléter sa présence. Il apporte au Père avec lui le monde sauvé, au Créateur le monde recréé, le monde qui porte désormais la marque du Fils.

9. Le Verbe s’est fait chair

«  Pour les Juifs, la plus haute valeur, c’est la crainte de Dieu, qui tient à distance. On peut se dire peut-être enfant de Dieu, mais se donner comme son fils ne peut être que blasphème. Tout en le regardant comme tout-puissant, ils tiennent Dieu en quelque sorte pour impuissant, parce qu’ils ne lui accordent pas la seule chose dont tout le monde est capable : avoir un fils.

Ainsi les déclarations du Seigneur sur lui-même ne peuvent être, à leurs yeux, interprétés que comme pur orgueil. Ils ne veulent rien savoir de la possibilité d’une unité humano-divine dans le Seigneur. Comme il parle en tant qu’homme, ils se croient autorisés à le juger d’un point de vue purement humain.

Le caractère divin de son être, qui transparaît dans son humanité, ne peut être pour eux que l’expression de sa présomption. Ils connaissent Dieu. Il a créé le monde. Il est ce qu’il y a de plus sublime. Si Dieu avait un Fils (ce qui est impossible), il serait plus impossible encore qu’il lui permît de s’abaisser jusqu’à la bassesse de la nature humaine. Il aurait dû, sans conteste, le lui interdire » (Jean. Naissance de l’Eglise, t. I, p. 90).

Pour les Juifs, seul un Dieu lointain peut être le vrai Dieu. Même pour le chrétien d’aujourd’hui il n’est pas facile de ne pas redevenir Juif de cette manière-là. Dans l’Ancien Testament, le Fils était encore caché derrière le Père. C’est la relation du Fils incarné au Père céleste qui révèle les relations des personnes dans le ciel. Dieu est ce qu’il y a de plus sublime. Mais la différence des personnes au sein de la Trinité ne signifie aucunement un moindre degré d’être.

En se faisant homme, le Fils a rempli toute l’espérance de l’ancienne Alliance. Il est venu pour  être le signe que Dieu peut vivre parmi nous comme nous-mêmes nous pouvons vivre avec lui dans l’éternité.

Il n’est pas facile pour le Fils de devenir homme. Ce qui lui rend la tâche plus facile, c’est qu’il comprend tout comme volonté du Père, qu’il voit tout de ce point de vue. En tant que Dieu, il n’a pas de vœu plus ardent que de devenir homme comme le Père l’attend de lui.

Le Fils de Dieu est sorti de l’éternité pour entrer dans notre temps éphémère. Mais pour le temps de son séjour sur la terre, il a déposé sa puissance auprès du Père. La quintessence de ce que le Fils doit annoncer, c’est lui-même, mais comment le dire? Et s’annonçant lui-même, il annonce aussi le Père et l’Esprit.

Le Fils devient homme avant tout pour effacer l’offense faite au Père et à l’Esprit. Devenu homme, il montrera au Père qu’un homme peut être bon, et il détournera du Père les traits du péché en les faisant se diriger sur lui quand il sera sur la croix.

Le Verbe se fait chair : il reçoit son corps comme une chose merveilleuse qui lui servira à gagner les hommes pour le ciel. La pensée ne lui vient pas que ce corps n’est pas adapté aux mesures de son esprit. Il offre au Père son corps et également son âme qu’il a reçue de lui. Mais pour le moment, c’est le corps qui lui fait, pour ainsi dire, le plus d’impression.

Avec son corps il expérimente aussi la sainteté du corps de sa Mère : un corps qui prie, une Mère qui prie, une Mère qui sans cesse aussi le porte au Père.  Son corps grandit aujourd’hui comme hier et demain, d’une manière à peine perceptible, selon les lois du devenir humain telles qu’elles furent établies par le Père. Il s’y adapte, il ne les fait pas éclater, il fait sien le temps des hommes. Il reçoit tout de la main du Père et fait jaillir sans cesse son étonnement en action de grâce.

Jésus n’a pas été un enfant prodige. Marie a dû certainement l’éduquer comme doit l’être tout enfant. Elle lui a appris à parler et à marcher, elle a dû laver ses langes. Il serait faux  de penser que, tout enfant, il a eu déjà pleine conscience de sa divinité et de sa mission. Ceci ne lui est advenu que lorsqu’il en a eu besoin, peut-être à douze ans dans le Temple, et puis sans doute toujours plus souvent quand il a eu dix-huit ou vingt ans. Il était éveillé autant qu’un homme peut l’être, mais sa jeunesse a consisté à être purement et simplement un enfant.

Le Fils s’est fait homme sans renier sa divinité. Mais il n’a pas cru devoir y rester attaché, il la déposa auprès du Père et il vécut résolument une vie d’homme sans se plaindre continuellement qu’au ciel c’était plus beau et plus confortable que sur terre.

Il y a des choses, dans la vie du Seigneur, que Dieu seul peut connaître, et celui qui a part à la mémoire de Dieu. Quand il rédigeait son évangile, Jean, lui aussi, ignorait beaucoup de choses qui lui ont été montrées après coup, au ciel, dans la vision de la mémoire de Dieu.

Si nous ne faisons pas attention, un danger nous guette: ne voir en Jésus que l’homme et considérer comme quelque chose d’abstrait et d’irréel sa connaissance du Père et son existence dans l’Esprit. Il importe donc de garder une contemplation trinitaire du Fils. Il est pour nous la lumière trinitaire. Pas plus que le prêtre ne perd son caractère de prêtre quand il n’exerce pas son ministère, le Christ ne peut se couper de la Trinité. A aucun moment on ne peut faire abstraction de la Trinité quand il s’agit du Fils.

Il est comme le fils d’un patron qui s’offre pour vivre avec les plus pauvres des ouvriers de son père, pour expérimenter si l’on peut vraiment vivre avec ce salaire, avec ces conditions de travail. Il laisse auprès de son père son héritage – si bien qu’à la croix il ne sait plus du tout s’il en possède encore un –, il renonce à sa divinité, il ne prend avec lui que ce que nous possédons par la grâce: la foi, l’amour, l’espérance; il vit dans les mêmes conditions que nous. Et il apporte la preuve qu’on peut vivre une vie chrétienne parfaite en ce monde avec toutes ses limites, ses obscurités, la mort. Il nous montre que, dans l’horizon fermé de cette existence, on peut mener une vie parfaitement ouverte à Dieu, une vie qui attend tout de Dieu seul. Il vit notre vie temporelle dans le Père. Par là, il est le plus parfait chrétien. Comme tel il a habité parmi nous.

Tout ce qui est en lui dans sa vie d’ici-bas, même le plus insignifiant du quotidien, a un rapport avec sa vie céleste, est une expression de la vie de Dieu. Le Fils a ouvert notre temps sur sa vision du Père. Il n’a pas utilisé un autre temps que le nôtre. Et cependant à aucun moment il ne perd le contact avec le Père. Toute heure qui sonne a sa signification d’éternité. Non dans le sens du « Memento mori », mais comme une invitation à avoir part dès maintenant à l’éternel. Le Fils est venu dans notre temps pour que nous vivions dans son temps à lui.

Le Fils a vécu chacun des instants de sa vie dans sa mission pour faire plaisir au Père et à nous, les hommes. A aucun instant de sa vie le Fils n’a cherché son intérêt. Le Fils seul réalise totalement l’exigence de saint Paul: « Que nul ne cherche son propre intérêt, mais celui d’autrui » (1 Co 10,24). De toute éternité, au ciel, le Fils a connu d’expérience que le Père et l’Esprit ne cherchent pas leur intérêt.

Tout repas et toute détente du Fils sont pour lui une part de son service et de sa gratitude; ils sont accompagnés de sa prière. Il prend soin du corps pour être à nouveau prêt à rencontrer Dieu. Quand le Fils ici-bas jouit des dons du Père et qu’il reçoit tout ce que le Père lui donne, c’est pour mieux accomplir sa volonté.

Quand le Fils est envoyé par le Père pour se faire homme parmi les hommes, il garde la vision du Père, qui est peut-être avant tout une connaissance. Quand il s’abandonne au Père dans le plaisir de l’adoration, il pense plus au Père qu’à lui-même. Mais le plaisir que prend le Père à l’hommage du Fils demeure pour le Fils l’inconnu, tout comme dans le mariage le mari ignore comment sa femme le reçoit et tout comme la femme ignore ce qui se passe dans le mari au moment de l’acte. Si tu me donnes de la joie sans en ressentir toi-même, la joie cesse bientôt pour moi. L’amour en Dieu n’est pas une aumône; l’amour ne peut être qu’une joie commune. L’amour comme aumône est une suite du péché; au paradis, il n’y a pas de pauvreté.

Le Fils est toujours en liaison avec le Père, il le voit. Par cette vision, il est fixé comme homme dans la zone du Père de sorte qu’il la saisit partout, mais que, bien plus encore, il est saisi par elle. Quand il prie, même dans le plus extrême abandon, même dans le cri de la mort, il sait qu’il se trouve dans la zone du Père, peu importe qu’il perçoive ou non la réponse du Père. Dans une amitié, la relation fondamentale peut être toujours la même, mais on peut la saisir de manière différente; il en est de même pour le Père et le Fils devenu homme.

Le Fils ne peut pas faire autrement qu’aimer le Père, il sort du Père pour nous montrer comment on l’aime. Le Fils nous  fait don de son attitude vis-à-vis du Père: spontanéité et confiance. Rien ne peut lui arriver qui le rende étranger au Père ou aux hommes. Les disciples courent toujours le danger de ne pas faire ce que le Père attend d’eux; le Fils ne connaît pas ce danger. Le Fils n’est que service du Père. Tout, pour lui, est conversation avec le Père.

La mission du Fils est de révéler le Père et sa propre relation au Père. Il est le seul qui comprenne la langue du Père et la langue des hommes. C’est pourquoi il pouvait faire comprendre aux hommes la langue du Père. Toutes les paroles du Fils sont des paroles du Père. Il parle le langage du Père comme les hommes parlent leur langue maternelle. Toute sa vie, il l’a si totalement remise entre les mains du Père qu’il ne voit pas la possibilité de dire et de faire autre chose que ce que dit et fait le Père.

« Nous demandons à Dieu de nous donner quelque chose de l’esprit filial du Fils de sorte que nous soyons de plus en plus convaincus de l’urgence de ses désirs; qu’il veuille bien faire grandir notre disponibilité et notre abandon pour que nous essayions d’accomplir tous ses désirs, non par nos propres forces, mais avec sa grâce » (Sur Mc, 12, 4-5a).

10. Le retour au Père

«  Le Seigneur, pour lui-même, ne cherche jamais la facilité. Son chemin est autre: c’est le chemin de la Passion, du renoncement, du sacrifice qui lui coûte. C’est un chemin douloureux et en même temps insignifiant, un petit chemin. Non le chemin grandiose dont rêve Judas. Aussi le chemin des disciples doit-il être pareil à celui du Seigneur. Sans cesse ils doivent se laisser déranger et chasser de leurs enclos confortables et apprendre que ce sont les sacrifices qui confèrent à l’amour sa valeur. Si tout se passait selon le désir de Judas, le tout ne serait qu’un feu d’artifice. Il fascinerait, mais ne pourrait pas nous sauver.  Il ne pourrait pas durer. Seuls le combat, le sacrifice, le renoncement donnent au chemin chrétien son caractère d’amour » (Jean, Le discours d’adieu, t. I, p. 178-179).

Dès l’instant où le Fils est dans le monde, son chemin est un retour vers le Père. Ce chemin est rectiligne même quand il passe à travers l’abandon subjectif le plus extrême. Subir d’être abandonné de Dieu ne s’appelle pas, en langage chrétien, un éloignement de Dieu. Tout chemin dans l’Eglise est un chemin vers le Père et, par là, une entrée dans le Royaume de Dieu.

Si Jésus est notre chemin et notre vie, on ne peut certainement pas le connaître réellement si on ne participe pas un peu à ses souffrances. La paix rayonne du Seigneur, mais il porte aussi en lui l’angoisse que tous ne peuvent avoir part à sa paix, l’angoisse que tant de mal arrive, qu’il y ait tant de déformations dues au péché.

La croix, c’est la folie de Dieu. C’est ce qu’il y a de plus caché dans sa sagesse. Et ce mystère est si central pour saint Paul qu’il ne parle de rien d’autres en certaines de ses lettres.

Le Fils est descendu jusqu’à l’extrême faiblesse de la croix pour libérer le monde de la faiblesse du péché. En son extrême faiblesse, le Fils s’est senti abandonné par le Père et séparé du ciel. Il n’existe aucune œuvre dont la force soit comparable à l’œuvre de sa faiblesse sur la croix. Dans l’Eglise aussi, il plaît au Seigneur de voir dans ses membres les plus faibles ceux qui sont les plus nécessaires.

Le Seigneur pense à tout ce qu’il pourrait faire s’il n’était pas cloué en croix. Il pourrait ouvrir ses bras pour y recevoir les enfants, les embrasser, les bénir, leur donner confiance. Avec ses pieds, il pourrait aller partout annoncer ce qui concerne le Père. Il pourrait offrir son cœur et sa poitrine à beaucoup pour qu’ils y trouvent repos et réconfort comme Jean. Sa bouche et sa langue pourraient expliquer la parole du Père, son corps tout entier serait disponible pour accomplir toutes les missions du Père. Il vient à peine de commencer. La croix maintenant risque de tout anéantir. La pensée de laisser son œuvre inachevée l’effraie.

Il n’a pas réussi à conduire les hommes à Dieu, personne ne veut, l’Incarnation n’a pas de sens. Il se sait l’Elu de Dieu; c’est pourquoi quand les hommes le rejettent, il sait aussi, douloureusement, qu’ils rejettent Dieu. Il est venu pour glorifier le Père, et il expérimente maintenant que, par sa venue, le Père en lui est rejeté. Et cependant il sait combien il est précieux pour le Père:  il est l’Elu du Père qui a fait de lui une pierre vivante.

Le Dieu que le Seigneur apporte et celui que servent ceux qui condamnent Jésus sont totalement étrangers l’un à l’autre. Il y a tout un art de passer à côté de Dieu en pensant bien le servir. Les grands-prêtres exigent sa mort. Ce qu’ils ne comprennent pas doit disparaître. Je ne reconnais que les mesures de Dieu que je porte en moi. Si Dieu avait envoyé le Messie, je l’aurais aussitôt reconnu. Je connais si bien mon Dieu que je le reconnais en tous ses aspects. Si celui qui est là était le Fils de Dieu, je l’aurais sûrement reconnu comme tel: il aurait les caractéristiques que mon Dieu a en moi.

« Non pas ma volonté, mais la tienne ». Toujours la volonté de Dieu dépasse celle de l’homme à l’infini, la volonté de l’homme ne pourra jamais comprendre pleinement la volonté de Dieu, il y a un écart infranchissable entre nature et surnature. Le Fils connaît l’angoisse pour que le chrétien ne s’effraie pas au cas où il trouverait qu’on lui en demande trop, au cas où il serait tenté de se décourager devant le manque apparent du sens de la foi chez les hommes et devant l’impuissance du christianisme.

A Gethsémani, le Fils a sa volonté. Il ne la dresse pas contre le Père. Il demeure responsable du salut et des apôtres qui dorment. Il suffirait qu’il exprime le désir de sauver le monde non de cette manière-là mais autrement. Il pourrait demander au Père quelque chose que le Père lui donnerait volontiers: douze légions d’anges et plus. Ce serait une autre forme d’obéissance, plus facile en tout cas. Mais le Seigneur ne pense pas à exprimer une demande de ce genre. Il est important que les apôtres connaissent la puissance du Fils auprès du Père et son libre renoncement à cette puissance.

La Passion du Fils est comme une nouvelle création par le Père. Le Fils arrive dans une nuit informe et il se laisse reformer par le Père. De sa nudité et de son absence de forme, le Père tirera vie et forme. Le Fils donne son corps et son être tout entier au Père qui peut en former ce qu’il veut, comme à partir d’une matière première.

Le Fils ne peut se représenter ce que sera la croix: cette  ignorance est assurément un accroissement de sa souffrance. Dans sa Passion, Jésus renonce à son omniscience. Le Fils ignore ce que sera la croix. C’est cela qui est décisif : la souffrance viendra au moment et au lieu  où le Père le voudra, de la manière dont le Père le voudra. « Ce qu’il veut, c’est cela que j’aime le plus ». Dans cette attente, le Fils est totalement vigilant. Le Père a subi par le péché un mépris infini, le Fils doit préférer enlever du Père ce mépris et le prendre sur soi. Alors le Fils est prêt, il ne prend rien de lui-même pour lui-même, il s’offre en respectant le secret du Père, sans poser de questions.

Le Père crée la vie. Tout ce que Dieu a créé est bon. Le mal vient après, il est le contraire de la vie, il est la mort. Le Fils devient homme; il quitte le ciel mais reste Dieu tout en étant sur terre. Sa vie éternelle ne peut être touchée par le mal. Mais quand il subit la mort humaine, il s’introduit si profondément dans le mal qu’il souffre la mort même du méchant. Il finit comme peut finir l’homme le plus méchant qui soit, et cela par la force du mal sur terre. Il fait aussi l’expérience d’être abandonné de Dieu: sous ce rapport aussi,  il souffre la mort du méchant.

Sur la croix, le Seigneur pourrait retourner le mot de saint Paul, et dire: « Ce n’est plus moi qui vis, ce sont les pécheurs qui vivent en moi ». Sur la croix, le Père est voilé pour le Fils. Quand le Père se voile, c’est un service qu’il rend au Fils. Le Père laisse le Fils souffrir injustement pour nous le donner en exemple: on peut souffrir injustement.

La croix est le signe de la plus haute bénédiction prononcée par le Fils sur le monde. Les Juifs exigent son sacrifice comme expiation pour ses péchés, et ils ne remarquent pas que l’expiation est pour eux. Quand le Fils est dans la nuit, il n’est plus du tout lumière pour ceux qui le condamnent, et lui-même ne voit plus du tout le sens de sa vie.

Sur la croix, Jésus ne voit plus que le péché. C’est ce qui le prive de la vision du Père. Il assume ce péché non comme un péché qui lui serait étranger mais comme le sien propre. Chargé de ce péché qui est comme le sien, il va vers le Père. Cet événement terrible finit auprès du Père. Au terme de son chemin, le Fils sera soudain glorifié par la gloire du Père quand il aura vaincu par sa mort le péché du monde.

Le Fils souffre de la soif: il a soif du Père qu’il a perdu. Etre privé d’un amour qu’on n’a pas connu n’est pas difficile; mais être séparé d’un amour dont on vivait depuis l’éternité, d’un amour qui fait toute la substance de son être propre, c’est mortel. Le Fils a perdu sa lumière, il est dans l’obscurité du péché, et le plus pénible, c’est que cela lui est tout à fait étranger; ce n’est pas comme nous. Cependant plus le Fils souffre, plus le Père participe intérieurement à son œuvre et à sa souffrance.

Ce qui est absolument inconcevable est qu’il ne voit plus le Père, que le Père utilise l’occasion de son abandon  par les hommes pour disparaître lui aussi. Dans la foi il y a une réponse à toute souffrance: ce que Dieu fait est ce qui peut arriver à l’homme de meilleur. De la souffrance surhumaine du Fils jaillit une étincelle sur tous les chrétiens qui l’accompagnent dans la nuit. La souffrance est toujours incompréhensible pour celui qui la traverse: il ne sait plus alors qu’elle est un don de Dieu et qu’elle signifie donc grâce et fécondité. Mais au moment de la souffrance, cette vue de l’intelligence fait défaut, comme le Père est absent à la croix.

Le Christ a souffert sur la croix jusqu’à la mort sans voir le fruit de sa Passion et même sans plus sentir la présence du Père, se croyant à tort abandonné de lui, dans une solitude qui n’a plus rien d’un échange, d’une réponse, d’une participation.

L’obéissance est une forme facile de l’amour aussi longtemps que l’amour est comblé et récompensé. Le Fils veut sauver le monde et le ramener au Père. Pour sauver le monde et montrer au Père son immense amour, il a besoin de la croix, il a besoin de la nuit. Par amour pour le Père, le Fils renonce à sentir son amour, il renonce à comprendre la privation. Il n’y a plus qu’une obéissance dure et aveugle. Ce n’est plus qu’un oui inaudible qui ne peut même plus s’appuyer sur le oui d’autrefois. Dans la nuit, le souvenir aussi s’est évanoui, comme si le Père devait rassembler le monde sauvé à partir du chaos.

Le Fils n’a pas voulu vivre sa croix tout seul; il y a invité sa Mère, Jean, Marie-Madeleine, d’autres femmes, de même qu’au Mont des oliviers, il a pris avec lui ses disciples. Le Fils considère qu’il peut faire partager aux autres sa mission. Il la laisse ouverte pour que les croyants puissent y puiser. Il est dur d’être homme et de souffrir; il est infiniment plus dur encore d’être Dieu et de souffrir comme homme. Tout chrétien peut offrir quelque chose au Seigneur  pour qu’il ne soit pas si seul.

La suite en 25/3.


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