28/2. Le purgatoire

28/2

Adrienne von Speyr

Le purgatoire

8. La justice et l’amour (1945)

Le Fils voit le purgatoire comme l’unité de la justice et de l’amour…, comme conditionné aussi par la croix. A l’arrière-plan se trouve l’enfer qui n’est pas pénétré. Mais le Seigneur se trouve maintenant au milieu des deux extrêmes : d’un côté se trouve l’œuvre du pur amour, la croix, de l’autre côté l’œuvre de pure justice, l’enfer. Et il voit ce que le Père fait des deux, il voit la synthèse. Il y a ici une prévenance réciproque de la part du Père et de la part du Fils. La prévenance du Fils consiste en ce qu’il a déposé sa rédemption auprès du Père pour être initié au mystère du Père. Par sa souffrance sur la croix, il a en main la clef de la rédemption; en soi, il pourrait absoudre toutes les âmes tout de suite et tout simplement, et les conduire au ciel. Mais cela se ferait sans tenir compte du Père, cela ne se ferait donc pas dans l’unité de l’amour du Père ni à l’intérieur de sa mission. C’est pourquoi il doit se porter à la rencontre de la justice du Père. Le Père vient à la rencontre du Fils en ne lui montrant pas en premier lieu l’enfer nu, mais la synthèse de l’enfer et de la croix, donc l’effet de l’amour du Fils à l’intérieur de la pure justice. Avant la croix, il n’y avait que l’enfer définitif. Il n’y a de purgatoire que par l’acte rédempteur du Fils. Et le Père montre au Fils qu’il n’est pas sans être influencé par la rédemption, même si cette rédemption demeure provisoirement déposée auprès de lui, le Père (NB 3, p. 94-95). – C’est par le passage du Seigneur à travers l’enfer que découle la possibilité de la confession et du purgatoire (NB 3, p. 223).

9. Le refus du purgatoire (1945)

Le Fils est ensuite conduit plus profondément dans le lieu de purification. C’est le lieu qu’Adrienne a déjà vu auparavant, là où l’amour du Fils n’est pas encore reçu, où les âmes refusent encore d’entrer dans la flamme de l’amour purifiant. Tous les lieux et tous les états où l’amour du Seigneur n’est pas reçu correspondent à cette région du purgatoire. Adrienne voit ensuite une série de tableaux, « uniquement des scènes où l’amour du Seigneur est offert mais n’est pas reçu. » Elle voit par exemple un camp de concentration qui est justement « liquidé »: ni les bourreaux, ni les victimes n’acceptent le Seigneur. Elle voit par exemple « une conférence de la paix qui ne se soucie pas du Seigneur ». Etc. « Partout le Seigneur offre son amour, partout il rencontre le refus. Il tente d’intervenir auprès du Père pour les âmes qui refusent, mais dans la mesure où il se trouve à cet endroit du purgatoire, sa prière et son amour ne sont pas reçus. Il ne peut pas encore s’identifier avec une âme qui ne veut rien savoir de lui. Il est lié… Ici, dans la vision du samedi saint, sa mission de rédempteur est pour ainsi dire suspendue » (NB 3, p. 95).

10. La procédure du Père (1945)

Ce dixième tableau est sans doute le plus marquant de toute la série ici présentée. – Ceux qui se sont détournés, ceux qui ne veulent pas encore accueillir l’amour du Seigneur, le Fils doit les confier au Père ici en bas, il doit laisser s’accomplir en eux la procédure du Père.  Les âmes sont enfermées dans cet état. Elles ne souhaitent aucune aide et aucune prière de l’extérieur. Elles ne reconnaissent pas leur faute, elle ne sont pas prêtes à recevoir la pure grâce du pardon comme l’unique moyen de s’en sortir. Elles se targuent de leur propre justice, de leurs principes, de leur vie passée. Elles veulent expier leurs péchés selon un procédé qu’elles comprennent elles-mêmes.  Elles sont ainsi remises à la procédure du Père qui sait bien dans son mystère, comment, pour chaque âme, il a à combiner justice et miséricorde afin de les forcer et de les conduire à l’amour du Fils. Il mêle toujours déjà à sa justice une goutte de l’amour du Fils sans que l’âme le sache et le reconnaisse. Avec le temps, la procédure agira… – L’âme commence alors à souffrir en tous ses membres et à ressentir son incapacité à se tirer d’affaire elle-même, elle se voit forcée de renoncer à ses assurances. La cuirasse de morale pharisaïque dont elle s’était entourée lui devient insupportable. Elle comprend qu’elle n’en sortira pas toute seule, elle a besoin d’aide. Elle doit donc demander qu’on intercède pour elle. C’est alors que le Seigneur est libéré, lui qui était lié par son refus. C’est alors que sa prière pour l’âme devient efficace. Et elle qui jusqu’alors était prise dans les glaces se met en mouvement, aspire à l’amour, se dirige vers la sortie du purgatoire. C’est pendant que le pécheur désire l’amour et la pureté de manière toujours plus pressante qu’il se repent toujours plus de son péché, qu’il laisse la prière du Seigneur et de l’Église devenir en lui toujours plus efficace,  c’est alors que le changement décisif s’accomplit en lui. Dans la mesure où il reconnaît la gravité du péché, où il commence à voir l’étendue du monde du péché et de sa malice, il oublie les limites qui séparent sa propre faute de celle des autres. Il ne voit plus qu’une chose : l’offense infinie faite à Dieu par chaque péché. Il ne la reconnaît pas directement dans les autres (dans le purgatoire, on ne voit pas les autres), mais en jetant un regard en arrière sur son état, comment il était dans la vie et comment il était quand il est entré dans le lieu de la purification. C’est dans ce tableau de désolation qu’il reconnaît la nature du péché d’une manière générale. Il ne lui importe plus alors de savoir si lui-même ou un autre a commis le péché; il n’a donc plus non plus le souci de sa purification et de sa rédemption personnelles, il ne calcule plus le temps pour ainsi dire qu’il doit encore passer ici. Il est tellement possédé par la pensée de l’expiation et de l’aide à apporter aux autres qu’il serait prêt maintenant à rester avec joie dans le feu jusqu’à la fin du monde si seulement Dieu en était moins offensé. Tout le poids passe du moi à l’amour de Dieu et, par l’amour de Dieu, à l’amour du prochain. L’âme ne veut plus atteindre de buts personnels, elle ne veut plus être qu’un instrument de l’amour. A l’instant où cette pensée la remplit, elle est sauvée. Il lui est permis de prier avec le Seigneur et avec l’Église, sa prière commence à être efficace dans la communion des saints, et ceci est l’absolution définitive avec laquelle elle entre au ciel. Le purgatoire, c’est le moi; le ciel, c’est les autres. Le passage se fait dans l’amour du Seigneur. L’ordre de l’amour dans le monde et dans le purgatoire est comme inversé : sur terre, le grand commandement du Seigneur est de nous aimer les uns les autres. Par l’amour du prochain, l’amour de Dieu est garanti et établi toujours plus solidement. Le chemin décisif vers Dieu passe par l’amour du prochain. Dans le purgatoire, c’est inversé : le pécheur reconnaît d’abord l’offense faite à Dieu dont il est responsable, il arrive à l’amour du Christ et, à partir de cet amour, l’amour des hommes s’ouvre pour lui. A l’instant où il voit que l’amour du Seigneur est eucharistie, c’est-à-dire partage infini avec les frères, il est sauvé : il passe de l’état de confession dans le purgatoire à celui de communion qui est le ciel (NB 3, p. 96-97).

11. Purgatoire et Trinité (1945)

Nous avons besoin de la connaissance de l’enfer et du purgatoire tout autant que du mystère de la croix et de la Passion pour pouvoir développer la vie chrétienne dans un sens trinitaire. Nous sommes accueillis de manière trinitaire dans la nouvelle Alliance, ce qui signifie pour nous l’obligation d’y grandir aussi de manière trinitaire. Et si cette croissance ne doit pas être interrompue, si elle ne doit pas se dessécher avant l’heure, nous devons connaître par le Père, par le Fils et par l’Esprit Saint aussi bien ce qui est dans le ciel que ce qui est déposé en enfer (NB 3, p. 114).

12. Le temps au purgatoire (1947)

Plus on avance dans l’enfer, plus on a d’enfer devant soi. C’est le contraste le plus fort avec le toujours-maintenant dans le ciel. En enfer, c’est au fond comme ceci : à chaque seconde que je vis en lui, les années que j’ai encore à y rester se multiplient. Naturellement ce n’est qu’une image humaine pour cet état. Au purgatoire, il y a peut-être la possibilité de deviner que ça avance. En enfer, la situation est toujours plus désespérée (NB 3, p. 174).

13. Purgatoire et Passion (1949)

Notre purgatoire « se trouve en relation très étroite avec le châtiment historique de la Passion du Fils ». (Le châtiment étant la réponse de la justice de Dieu au péché de l’homme. Le Christ, en tant que Fils de Dieu, vient de l’éternité pour prendre, dans le temps, nos péchés sur lui comme châtiment)… « Nous ne savons rien de la durée de notre purgatoire »… « Le Fils n’a pas besoin de souffrir pour sa Mère, qui n’a pas de péché, elle n’a pas besoin de passer par le purgatoire » (NB 3, p. 197-198). La croix apparaît comme une image du purgatoire dont la purification « passive » ne devient possible que par la passivité des souffrances de la croix (NB 3, p. 212-213).

14. Participer à la Passion (1949)

Étant orientée vers le Fils, Marie veut ce qu’il veut, elle se tient à la disposition de sa volonté de porter le châtiment des hommes. A partir de là on peut dire, en élargissant, que quiconque est de bonne volonté et est d’accord pour participer au châtiment de tous durant sa vie peut y avoir part de telle sorte que le Fils par grâce, lui en offre quelque chose pour le temps de sa vie terrestre. Celui qui va toujours à la rencontre du Seigneur de telle sorte qu’il est prêt à participer par grâce à la Passion du Seigneur, le Seigneur aussi vient à sa rencontre sur ce plan : cela donnera déjà dans le ciel un sens à sa fécondité, son purgatoire sera écourté (NB 3, p. 198).

15. Brûlure du péché et feu de vie (1949)

Les clous de la croix ouvrent la chair du Fils… La souffrance est double. Il y a la pénétration des clous et il y a la chair qui cède et qui saigne. Avec les clous, c’est le péché qui pénètre, et la chair qui saigne, c’est la réponse que donne le Seigneur. Il y a dans les clous la brûlure du péché, et le sang c’est le signe du feu de vie du Seigneur. Le baptême de feu qu’il apporte, c’est son sang. L’enfer et le purgatoire sont ici très proches l’un de l’autre (NB 3, p. 212).

 

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Voilà donc quelques approches du mystère du purgatoire telles qu’on peut les trouver disséminées au tome 3 des Œuvres posthumes d’Adrienne von Speyr. Newman comprenait le purgatoire comme un lieu où « grandir dans les choses saintes ». Adrienne von Speyr précise un peu comment peut se faire cette croissance. Le Père Balthasar a une grande estime pour le Traité du purgatoire d’Adrienne von Speyr; les quelques approches du purgatoire indiquées ci-dessus peuvent servir d’introduction à ce traité et en donner un avant-goût.

Patrick Catry

 

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