32/1. L’année de la foi avec AvS

 

32/1

L’année de la foi

avec

Adrienne von Speyr

 

Introduction

Une année de la foi pour l’Eglise catholique commencera le 11 octobre 2012. A cette occasion, cette nouvelle fenêtre voudrait présenter un certain nombre de textes choisis du commentaire d’Adrienne von Speyr sur le credo (Mystique objective. Original : Objektive Mystik. 576 p. = NB 6. La traduction française de ce volume n’est pas encore parue). A vrai dire, ce n’est pas Adrienne qui a « composé » ce commentaire. Vers la fin de sa vie, elle disait encore qu’elle aurait aimé écrire une dogmatique. Si elle-même n’a pas réalisé ce souhait, elle a du moins « fourni d’importantes contributions à une telle œuvre » (Hans Urs von Balthasar, Adrienne von Speyr et sa mission théologique, p. 70-71).

Au cours de ses rencontres quasi quotidiennes avec Adrienne von Speyr pendant quelque vingt-sept ans, le P. Balthasar a recueilli en sténo un « nombre énorme » de pensées, de réflexions , de méditations, d’intuitions d’Adrienne von Speyr. Certains de ces fragments sont relativement courts, d’autres furent dictés en tant que traités suivis correspondant à une expérience qui pouvait s’étendre sur des jours et des semaines, comme par exemple le Traité du purgatoire – « l’étonnant Traité du purgatoire » (Dans Mystique objective. 76 pages. Un livre dans le livre!). « Si on le compare à celui de Catherine de Gênes, sa richesse dogmatique apparaît sensiblement plus grande ».

Beaucoup des fragments recueillis par le P. Balthasar ont trouvé leur place dans d’autres œuvres d’Adrienne von Speyr, en particulier dans les Oeuvres posthumes et surtout dans le Journal. C’est après la mort d’Adrienne – en 1967 – que le P. Balthasar a rassemblé un certain nombre de ces fragments en les classant dans le cadre des articles du symbole des apôtres pour en composer Mystique objective (Cf. NB 6, p. 15). Tous les thèmes théologiques abordés dans Mystique objective sont traités également dans les autres œuvres d’Adrienne von Speyr, et parfois de manière plus développée.

Ce que le P. Balthasar tient à souligner, c’est que les fragments présentés dans Mystique objective ne sont pas, au fond, de simples méditations sur la foi, ils reposent sur des « expériences vécues » qui concernent le contenu de la foi chrétienne. « Ils sont le résultat de réelles expériences mystiques ». Par exemple, « il fut donné à Adrienne, en raison de la mystique d’obéissance qui lui était propre, d’approcher sans doute de manière unique le mystère de la conscience divino-humaine du Fils sans pour autant qu’elle ait jamais prétendu en parler de manière adéquate ».

Divers articles du P. Balthasar ont aussi été rassemblés en plusieurs volumes sous le titre Skizzen zur Theologie : des études fragmentaires, des « esquisses », qui ne disent rien de complet, mais qui « saisissent quelque chose d’essentiel qui se perdrait dans la systématisation de la pensée ». C’est ce qu’écrivait le P. Balthasar dans l’avant-propos du tome I de ces Skizzen (p. 5). La même chose pourrait se dire de tous les fragments qui composent ce commentaire d’Adrienne sur le credo. Tels quels, ils peuvent toujours nourrir la foi ou la réveiller.

Patrick Catry

 

* * * * * * *

1. Jésus enfant

Le nouveau-né qui est dans les bras de sa mère (Jésus dans les bras de Marie) a une dignité humaine absolue, et il a droit à ce qu’on le soigne et qu’on s’occupe de lui. Quand sa mère le fait, qu’elle change ses langes et s’occupe de sa nourriture, l’enfant garde son honneur intact de laisser tout cela se faire. Cela va de soi, cela fait partie de la dignité de l’enfant de le recevoir. Quand plus tard il fait ses premiers pas et fait la conquête du monde qui l’entoure, cela aussi se fait avec la dignité qui marque l’événement tout entier, dans la simplicité et la justesse. C’est la même chose pour les premiers mots qu’il balbutie, l’élargissement de son monde par la parole. C’est une dignité toute simple qui correspond à la nature de l’enfant et au dessein de Dieu. Dans chaque progrès qu’il fait, il y a un éclat de sa dignité. Il reçoit et répond et il est content, il ne se sent pas humilié par ce qu’on lui réserve encore pour plus tard, mais il est encouragé par toute chose nouvelle qu’on lui donne. Il ne rumine pas des problèmes qui ne le concernent pas, ce qu’on lui offre aujourd’hui lui suffit, bien qu’il pressente que demain il y aura de nouvelles questions. De plus, c’est de bonne grâce qu’il fait ce qu’on attend de lui. (Toutes les références entre parenthèses sont à NB 6. Ici, p. 164-165).

2. L’atmosphère de Dieu

Depuis toujours ce qui m’a frappée, c’est qu’au ciel, à aucun instant, on ne peut oublier la présence de Dieu. L’essentiel n’est jamais qu’on voie la Mère de Dieu ou des anges ni même le Fils, ou qu’on parle avec quelqu’un ou qu’on regarde ce qu’il fait. Quelle que soit la scène, peuplée ou sans personne, on doit absolument penser à Dieu… Ce qui sur terre apparaît de manière si diverse est au ciel présence parfaite si bien qu’aucune pensée ne peut nous en détourner, quoi que ce soit qu’on perçoive, entende ou dise. On pourrait comparer cela à certaines adorations devant le saint sacrement exposé : tout est présence du Seigneur, on ne peut s’en détacher même si on ne peut décrire le mode de sa présence… C’est l’atmosphère de Dieu. C’est la foi vivante en tant que telle qui voit. C’est la gloire (Herrlichkeit), l’éclat (Glanz), la beauté de Dieu, quelque chose qui ravit et transporte, qui est aussi d’une infinie tendresse (65-66).

3. Marie et Joseph

Quand Marie a dit oui à Joseph, si elle lui avait demandé : « Comment sera notre mariage? » et si Joseph avait dû lui donner une réponse tout à fait sincère, il aurait dû au fond demander lui-même à Dieu : « Comment sera mon mariage avec Marie? » Mais lui, qui nourrit des espérances masculines, n’a pas posé à Dieu cette question; pour le moment, il reste quelque chose d’ouvert entre Dieu et lui. Joseph n’a pas répondu à la question que Marie ne lui a pas posée. Il n’aurait pas non plus été en mesure de lui répondre par lui-même sans empiéter sur les droits de Dieu. L’un et l’autre doivent laisser la question en suspens pour rester dans la pleine vérité de Dieu parce qu’il s’agit d’un mystère. Et parce que l’un et l’autre ignorent l’existence de ce mystère, ils n’en tiennent pas compte. Ils ne cherchent pas à scruter ce que Dieu s’est réservé, ils n’ont pas la curiosité d’Adam et Eve. Ils laissent faire Dieu (128).

4. L’Esprit Saint

L’Esprit Saint sait où l’homme doit regarder et aller pour être en Dieu et pour accomplir un nouveau pas vers Dieu en vérité. Un savoir qui n’exige aucun ravissement en Dieu, mais qui est influencé d’un point de vue purement humain et est en même temps influencé par Dieu. Un savoir qui se tient au point de rencontre de la nature et de la surnature et qui fait connaître clairement à l’homme comment il a à se conduire dans la grâce (391-392).

5. La vraie question

La vraie question : si nous supposons que Dieu fait toujours ce qui est juste, nous pouvons parvenir beaucoup plus facilement à la solution des questions que nous nous posons (35-36).

6. La communion des adultes

Quand nous recevons le Seigneur dans l’eucharistie, nous devons toujours garder devant les yeux de la foi les quarante jours (entre Pâques et Ascension). On peut très bien expliquer à un enfant : Tu vas recevoir le Seigneur dans ton coeur. Il y croit à sa première communion. – La foi de l’adulte a souvent pâli et la présence réelle du Seigneur lui paraît tout à fait irréelle. Il est tellement occupé par son acte d’accueil qu’il ne peut plus recevoir naïvement le Seigneur réel. Il se comporte avec raideur et beaucoup de formalité, il produit toutes sortes d’actes, mais pas celui de l’amour comme un enfant. Mais pour recevoir le Seigneur dans l’eucharistie, on doit s’exprimer comme un enfant. Ce n’est pas le miracle de la transsubstantiation qui est la grande affaire et le but de la messe, mais la réalité de l’amour présent du Seigneur. – Si une jeune fille aime le roi d’un amour véritable, l’amour vainc toute distance. Elle l’aime comme elle peut; le fait qu’il soit roi ne refroidit pas son amour; mais elle ne perd pas de vue qu’il est roi, elle intègre cet élément dans son amour. Par contre, si à une fille qui n’aime pas le roi on annonce qu’elle va recevoir sa visite, elle sera angoissée, se montrera formelle. Si le roi venait souvent, elle se ferait un rituel (301).

7. Jésus ressuscité

L’atmosphère des rencontres de Jésus ressuscité avec ses apôtres est incroyablement tendre, c’est tout la contraire d’une contrainte. Le Seigneur demande à Pierre : « M’aimes-tu? » Il ne lui demande pas : « Pourquoi m’as-tu trahi » (300).

8. Distance

Il y a dans le croyant une joie de la distance (qui le sépare de Dieu), une joie qui n’essaie pas de saisir quelque chose de plus de Dieu, qui n’essaie pas d’exiger, de désirer, mais qui se réjouit des choses telles qu’elles lui sont données (575).

9. Prière

Quand on prie, on sait que la plus grande part de la prière est un don de Dieu. Même quand on prie quelque chose d’aussi appris que le Notre Père, même quand on est convaincu d’avoir pris soi-même la décision de prier, qu’on se recueille personnellement dans sa chambre pour assumer les pensées et les dispositions du Fils. On reconnaît pourtant tout de suite que tout nous est donné. Toute parole que l’on dit signifie beaucoup plus qu’on ne le saura jamais; toute parole a une plénitude qu’on ne pourra jamais lui donner nous-mêmes; Dieu doit l’entendre d’une manière divine… Et même si l’on ne reçoit pas le don de voir la forme et le contenu que la prière revêt devant Dieu, on sait cependant que cette transformation a lieu et qu’elle est un pur don. La source d’où tout découle et dans laquelle tout est formé réside en Dieu, on le pressent (287).

10.Vie et mort

Naissance et mort des ordres religieux. Peut-être ont-ils remplis leur mission qui n’était que pour un temps. Peut-être Dieu leur redonnera-t-il vie, peut-être que leur esprit revivra plus tard dans un autre ordre sous une autre forme. Etc. (557).

11. Le Fils et la Trinité

Tout ce qui est visible dans le Fils est toujours l’expression de toute la Trinité. Dans le comportement du Fils, il faut toujours voir aussi le Père et l’Esprit. Il y a des moments où, dans le Seigneur, apparaît toute la divinité dans une unité, d’autres moments où c’est surtout son caractère de Fils qui ressort, d’autres où il s’efface en quelque sorte pour laisser le Père ou l’Esprit apparaître pleinement (551).

12. Le grand passage

Il peut certes se faire qu’on doive souffrir jusqu’à la fin et qu’on meure dans l’obscurcissement de la souffrance et qu’il ne soit aucunement question de ciel ouvert. Peu importe; car c’est Dieu qui détermine la manière dont il veut recevoir le mourant. Le sens de la foi n’est pas que j’aie une mort facile, mais que j’entre dans la mort comme un vivant, de la manière dont le Seigneur me l’accordera. Peut-être dans l’obscurité, la souffrance et l’angoisse et en n’y voyant plus rien. Mais peut-être aussi dans une dernière annonce de la Bonne Nouvelle : « Je vois le ciel ouvert » (284).

13. Le Christ enfant

(Incarnation. Pour une approche de la conscience de Jésus enfant. Dialogue avec Adrienne âgée de six ans). – (Que fais-tu?) Je m’amuse avec des animaux en bois. Ma grand-mère est assise sur un canapé et elle tricote. (Et à quoi penses-tu?) Au Bon Dieu. Ce ne sont pas des animaux de son étable. Mais ce sont quand même des animaux du Bon Dieu. J’ai aussi un cheval et un âne et un tas de moutons… (Et à quoi as-tu pensé maintenant?) Oh! Comment dire?… Je pense : la vache fait du lait. On doit prendre le lait. Un petit enfant ne peut pas le faire, c’est difficile. Alors j’appelle le pâtre. Et alors, quand il a pris le lait il me le donne et je le porte à l’hôpital. J’ai un vrai hôpital… pour les enfants. Et parce que la vache appartient au Bon Dieu, le lait aussi lui appartient. Je porte donc le lait du Bon Dieu aux enfants malades. Et ceux-ci disent : Oh qu’il est bon, ce lait (en français). Moi : C’est le lait du Bon Dieu. Les enfants disent alors : Raconte une histoire du Bon Dieu. Moi : Non, non, pas maintenant; quand je serai grande. (Que veux-tu faire plus tard?) Je veux être médecin. On devra tout donner. Il y a aussi les mères qui donnent du lait. Tu sais ça? Je voudrais… donner… à tous… – J’ai été malade et j’ai eu mal. Quand ça fait mal au corps, je peux le dire. (Et à l’âme?) Là aussi on a mal. Déjà maintenant. Quand on n’a rien à donner. A un pauvre ou à la bonne quand elle a du chagrin? Un jour, chez ma grand-mère, j’ai vu deux larmes. Et je n’avais rien à lui donner. Quand je pleure, papa me donne toujours quelque chose. Mais je ne pleure pas exprès, je suis trop grande. Alors j’ai dit à ma grand-mère : « Je te prête ta petite fille ». Elle : « J’aurais préféré que tu me la donnes ». Moi : « Ça, je ne peux pas, j’appartiens au Bon Dieu »; Je lui ai dit ça. Ma grand-mère m’a dit que j’appartiens quand même à papa et à maman. – Mais pourtant je ne leur suis que prêtée. (202-203).

14. Visions

(Les visions appartiennent aussi au monde de l’Esprit Saint). Celui qui a une vision peut voir en une seconde des mondes entiers, peut-être même plusieurs mondes à la fois, le ciel et l’enfer en un clin d’oeil (415). [Pour le familier de saint Benoît,cela évoque un épisode de sa vie].

15. Crainte et espérance

Dans la mesure où nous sommes pécheurs, nous craignons la mort; dans la mesure où nous sommes sauvés, nous l’espérons; dans la mesure où nous sommes les deux, crainte et espérance demeurent mêlés. L’amour parfait bannit la crainte chez celui qui est vraiment saint (247).

16. L’Esprit et la prière

Nous savons que sans l’Esprit Saint nous ne pouvons pas prier. Si nous sommes vrais et si nous prions vraiment, il nous donne le contenu de la prière : parole et sens et attitude en même temps. Il nous forme lui-même comme il a formé la personnalité du Fils lors de l’incarnation. Et c’est lui qui, dans la prière, nous présente au Père et au Fils, qui transforme notre esprit pour qu’il reçoive les traits que le Fils veut lui donner afin que le Père reconnaisse en nous le Fils (431).

17. Eteindre l’Esprit?

On ne peut comprendre l’Ecriture, dans sa dimension d’inspiration, que par la foi. D’où la nécessité absolue de la méditer dans la prière et de la fréquenter. Cela exige un effort parce que notre condition de pécheurs a la tendance effrayante à éteindre partout l’Esprit (551).

18. Comprendre

Nous comprenons – par son Esprit- ce que le Père nous donne à comprendre; mais l’Esprit ne nous donne à comprendre que si nous l’en prions (429).

19. Purification

Dieu seul sait quand il a suffisamment purifié un homme – par la confession et la pénitence (473) .

20. Entrer dans l’Eglise

Il est décisif qu’on entre dans l’Eglise avec humilité et non la tête haute. Qu’on n’ait pas l’impression de rendre service à l’Eglise. C’est l’Eglise qui nous rend service en nous accueillant. Vrai surtout pour les jeunes. Pour les personnes âgées, éviter ce qui pourrait paraître dur (471).

21. Le ciel

Le ciel est ainsi fait que chacun est à sa place si bien qu’il n’attire pas l’attention et qu’il n’est remarqué que si Dieu dirige son regard sur lui ou sur quelqu’un parce qu’il est question d’une mission particulière ou d’une fête particulière; et ensuite tout retourne dans l’inaperçu d’une manière toute naturelle et comme allant de soi. Il n’est pas de lieu où moins de pose soit possible qu’au ciel. Et quand il y a des « fêtes », la beauté et la dignité ne sont troublées par aucun genre de « pose ». Tout se déroule avec une dignité qui va tout à fait de soi et une dignité qui est en même temps parfaitement pure (573).

22. La foi

Habitant en nous, le Seigneur nous fait don de sa vue spirituelle des choses (284).

23. Le tiède

Plus un chrétien est saint, plus purement l’Esprit demeure en lui, et il peut le voir, le décrire, le transmettre d’autant plus clairement; tandis que le tiède fabrique un mélange confus d’Esprit et de moi (425).

24. Les contraintes de l’enfance

Tous les soins dont Marie entoure son enfant et également les besoins de l’enfant lui-même et tout ce qui arrive avec lui font partie de son silence et de sa prière et de ce qu’elle doit absolument accueillir en esprit. Car son esprit doit devenir capable, par l’Esprit Saint, de répondre aux questions que son enfant – comme tout autre enfant – lui posera afin que rien de sa mission divine ne soit gêné, que celle-ci au contraire fasse aussi l’expérience d’une exigence humaine. Peut-être que l’essentiel des trente années contemplatives du Fils se passe-t-il, durant ces premières années de l’enfance, dans le cœur de la Mère. Plus tard, quand le Fils est adulte et qu’il donne un enseignement et que sa Mère y est initiée, il est la Parole autonome qui peut accueillir aussi les questions de sa Mère et y répondre en toute liberté. Mais pour le moment, il est soumis aux contraintes de l’enfance; ce n’est pas une « nuit » ni une privation, parce que tout n’est qu’en devenir, et pourtant, en face du Père, c’est un renoncement à la pleine possession de sa force de Fils. Et sa Mère accompagne ce renoncement avec sa disponibilité (164).

25. De la confiance des enfants de Dieu

Le Fils invitera les croyants à rester comme des enfants devant le Père. Ils ne doivent pas constamment se poser des questions et souligner leur indignité, mais recevoir simplement et comme des enfants la conscience d’être des enfants de Dieu et y persévérer. Ils doivent se mouvoir avec naturel dans le monde de Dieu et ne pas mettre constamment des limites dans leur prière, parler de leur impuissance, de leur inclination au péché ou d’y penser. S’ils gardent aussi quelque part le sentiment de leur tendance au péché et donc de leur indignité, il leur est quand même permis de recevoir avec gratitude le don de leur dignité d’enfant devant Dieu. La dignité l’emporte; la pureté de la conversation avec Dieu, la force de la prière, peut-être aussi la force de la nuit et de la souffrance dans la prière peuvent être si convaincants que cela devient clairement une participation à la destinée de Jésus enfant. Même l’impuissance de celui qui est suspendu à la croix, son cri d’abandon ne laissent à aucun moment s’éveiller la pensée de l’indignité. Il meurt dans la dignité de celui qui appartient au Père, il souffre comme un homme qui porte tout au Père comme un enfant, sans trier constamment ce qui est à lui et ce qu’il doit donner, ce qu’il veut prendre sur lui et ce qu’il ne veut pas prendre; il rapporte la totalité de son être à la totalité du Père. Et quand un chrétien prie, il implore avec la dignité du mendiant qui n’a rien et qui a besoin de beaucoup; avec la dignité de l’enfant à qui il n’est pas donné de rendre quelque chose pour ce qu’il doit recevoir. Quand il adore, c’est avec la dignité de celui qui sait; et il ne pourrait pas le savoir si la grâce ne lui avait pas encore révélé que par elle tous les écarts et tous les accidents coupables sont dépassés (165).

26. Souffrance de Dieu?

Nous n’avons pas de mot pour dire la « souffrance » mystérieuse que notre péché cause à Dieu, si Dieu ne change pas, s’il est toujours bienheureux et ne peut être blessé par sa créature. Et cependant il serait inconcevable que Dieu demeure insensible à la faute et au malheur de ses propres créatures, lui qui est l’amour éternel (266).

27. Les deux possibilités

Il n’y a que deux possibilités : ou bien je fais ce que je veux (en accord avec l’Esprit ou contre lui), ou bien je fais ce que veut l’Esprit (en accord avec ce que je veux ou contre mon gré). Il n’y a pas de milieu ni de compromis possible. – Il peut arriver que je veuille le bien (parce que je ne suis pas si mauvais que je ne veuille que le mal). Naturellement, je le veux avec la grâce. Mais il peut se faire un jeu de l’Esprit qui me laisse d’abord faire le bien que je veux, quelque chose qui correspond à mon moi, à mes dons, à ma personnalité, à mon orientation, certes dans un cadre de vie chrétienne. Mais cette volonté qui est la mienne peut être soumise par l’Esprit à un examen (445).

28. La croix de l’Eglise

Il y a une certaine analogie entre l’Eglise et son Seigneur, entre l’Épouse et l’Époux. Elle doit être clouée à la croix avec des clous. Elle doit aussi apprendre à connaître la totale impuissance. Toute envie de critiquer le Seigneur qui la cloue ainsi solidement doit lui passer, et toute question pour lui demander pourquoi il doit en être ainsi doit être rentrée… Elle est entièrement dépouillée… Ce n’est pas elle qui va dire au Seigneur ce qu’il y a en elle; c’est le Seigneur qui va lui montrer ce qu’il peut tirer d’elle… La plus extrême humiliation : ce n’est qu’ainsi qu’elle trouve le plein contact avec la terre où elle vit, que tombent les murs de séparation; elle marche nu-pieds sur le sol dur et pierreux… L’Eglise est systématiquement éprouvée par le Seigneur. Mais selon un plan dont elle n’a pas une vue d’ensemble… L’humiliation est poussée jusqu’aux limites du doute… L’Eglise doit apprendre à nouveau le repentir (278-280).

29. Le partenaire

Aussi longtemps que la foi n’est qu’une sorte de devoir inculqué, il y a après la prière la satisfaction qui provient du sentiment naturel du devoir accompli. Mais aussitôt que Dieu a vraiment touché un croyant et que celui-ci a fait l’expérience que, dans la prière, il a vraiment affaire à Dieu, que Dieu s’adresse à lui personnellement, tout change. Dieu s’adresse à lui personnellement : cela veut dire qu’il sait que Dieu exige quelque chose de lui, ou bien qu’il comprend que Dieu se laisse appeler et qu’il vient à l’aide quand on a besoin de lui, ou bien qu’il comprend que Dieu possède des mystères remplis de joie et qu’il veut communiquer (574).

30. Le trésor de prière

Quand un chrétien offre quelque chose à Dieu et à son trésor de prière pour qu’il en fasse libre usage, il ne peut pas décemment revenir en arrière. Supposons qu’il ait beaucoup prié et médité et qu’il en ait remis le fruit à Dieu; si arrive un temps de détresse et que ce soit la nuit, il a besoin d’aide. Il ne peut pas dire à Dieu : Donne-moi maintenant un peu de ce que j’ai déposé auprès de toi. Ce serait mesquin. Car son intention était bien de mettre à la libre disposition de Dieu ce qui lui appartenait (47).

31. Le ciel

Au ciel, on est tellement lié à Dieu que notre propre désir de voir davantage de Dieu se limite au désir de ne voir que ce que Dieu nous montre (569).

32. L’inondation

Pour comprendre quelque chose au divin, il faut toujours la grâce, et celle-ci requiert toujours du croyant un renoncement à lui-même : renoncement à ratiociner, à chipoter et à tout savoir mieux que tout le monde… « La grâce inonde, c’est sa nature »… Elle répand sa lumière comme le soleil. L’homme devrait renoncer à un équilibre, à un dialogue entre lui et Dieu comme entre deux partenaires; il devrait ne plus être qu’accueil, avec les bras ouverts, des bras qui cependant n’arrivent jamais à tout saisir parce que la lumière coule à flots partout et demeure insaisissable et qu’elle est beaucoup plus que ce qu’un individu peut recevoir. Comme si on tenait un petit récipient sous un puissant jet d’eau; le récipient ne peut jamais être rempli parce que le jet est trop fort (520).

33. La semence

Lors de l’incarnation, l’Esprit est porteur de la semence du Père… Il l’est pour toujours dans le monde… Il est souvent une semence qui tombe d’abord sur un sol pierreux, qui ne peut pas lever, à laquelle on ne prête pas attention. Personne ne sait si en ce lieu, derrière cette parole ou cet acte, n’est pas cachée une semence de Dieu… L’Esprit entraîne toujours avec lui le Père et le Fils (425-426).

34. Les pécheurs et les autres

Au ciel, tous sont dans l’état d’une parfaite absolution. Avec cette absolution, Dieu a effacé tout ce qui n’était pas clair, il aboli aussi toutes les différences qui peuvent exister entre les pécheurs d’autrefois et ceux qui n’ont pas péché (573).

35. Bavardage

L’Eglise ne doit pas vouloir savoir ce que le Seigneur accomplit en elle, sauf dans la mesure où le Seigneur lui-même le veut. Beaucoup de mystères en elle n’appartiennent qu’au Seigneur, par exemple beaucoup de ce qui concerne les saints. Aucune discrétion n’est plus grande que celle du Seigneur, et il voudrait que son Eglise aussi soit discrète. Malheureusement elle ne l’est souvent pas, il y a en elle beaucoup de bavardage (467).

36. La flamme

Nous comprenons ce que Dieu le Père nous donne à comprendre par son Esprit; mais l’Esprit ne nous donne l’intelligence que si nous l’en prions. Sa grâce est accomplissement de quelque chose qui est déjà là, et illumination d’un présent obscur… Quand nous prions l’Esprit, nous ne sommes pas contraints, et cependant nous y sommes incités par l’Esprit. Il est comme un soufflet qui pousse nos flammes dans une certaine direction et il devient flamme lui-même (429).

37. La meurtrière

Qui se donne à Dieu totalement ne tombe pas dans le vide. Il se tient à l’exemple du Seigneur, à son invitation à le suivre; et dans cette invitation le Seigneur dévoile en même temps ce qu’il a de propre. Qui le voit, voit le Père, et la vision se fait dans l’Esprit Saint. Il n’est pas facile de se représenter que Dieu est devenu totalement homme; mais plus difficile encore de se rappeler constamment que cet homme est le Fils du Père, la deuxième personne de la Trinité, que celui qui veut le suivre regarde vers l’infini comme par une meurtrière qui ouvre sur l’infini. Ainsi il peut promettre joyeusement au Fils de le suivre, mais il voit aussi que bien des choses encore demeurent mystérieuses. S’il veut se mettre authentiquement à la suite du Christ, il n’a pas le droit de s’en tenir à ce qu’il a compris, il ne doit pas seulement vivre pour ce qu’il a saisi, il doit suivre le Christ tout entier. Il peut certes avoir une préférence pour des mystères particuliers, ceux par exemple par lesquels il a perçu l’appel. Mais le Seigneur s’adresse à chacun avec le visage qui correspond à ses possibilités de perception; personne ne doit s’effrayer de ce que le Seigneur soit si riche, chacun doit au contraire se tenir ouvert à tout, avec respect (491).

38.Le temps éternel

Le temps qui s’écoule est une invention de Dieu, lui-même est dans l’éternité. Le temps est mesuré avec les mesures de l’homme et de sa vie : le monde ne cesse de durer le temps d’une génération, jusqu’au moment où le Fils de Dieu assume la durée d’une vie, emprunte au temps des hommes trente-trois années pour les vivre. Mais parce qu’il les a empruntées au temps des hommes, il les rend aux hommes avec son temps à lui, qui est un temps indivisible, éternel. Le terme du temps terrestre de Jésus, c’est sa mort mais, en mourant, le Fils infléchit la ligne du temps dans le cercle de l’éternité, de sorte que désormais l’homme qui est dans le temps a part à la vie éternelle. En tant que croyants, nous vivons notre temps avec la conscience du temps éternel et nous devons orienter tous nos actes vers le temps éternel dont nous avons eu connaissance par la résurrection du Fils (69).

39. Le Seigneur devenu éternel

Quand l’homme pèche, il peut en quelque sorte incurver le temps pour l’éloigner de Dieu, en direction d’une autre fin qu’il doit endurer comme punition. Quand le Fils vient pour porter tout péché, il le porte sans doute là où est le péché, il va jusqu’au lieu où se fait entendre le cri : « Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné? », le lieu de la mort et de la fin. Mais quand il meurt dans l’ultime impuissance et l’ultime obscurité, il retourne tout le cours du temps : de la perdition il ramène à Dieu. Ceux qui l’aiment, qui sont présents quand il meurt sur la croix et qui apprennent sa résurrection, ne remarquent pas tout d’abord ce qui s’est passé dans le secret : qu’ils ne respirent plus le même air, qu’ils ne sont plus dans le même temps terrestre. C’est seulement par lui qu’ils sont introduits dans le temps retourné, parce que c’est lui qui fait entrer, et seulement par sa joie. Pour eux, il est Jésus qu’ils connaissent et aiment; mais qu’il soit le Ressuscité, l’Eternel, et celui qui les entraîne avec lui dans la vie éternelle, cela ne leur est communiqué que par lui. Si déjà toute rencontre avec lui dans le temps terrestre apportait quelque chose de plus grand, d’inespéré, d’incalculable, combien plus leur apporte la rencontre avec le Seigneur devenu éternel. Mais leur amour pour lui leur permet de l’accompagner (69).

40. Les portes fermées

C’est comme quand on rencontre un ami au cours d’une promenade et que, par amour pour lui, on change de direction et qu’on l’accompagne là où il allait; de même aussi en rencontrant le Ressuscité nous changeons l’orientation de notre temps et nous allons avec lui vers la vie éternelle sans savoir exactement à l’avance ce qu’est cette vie éternelle. – Le Ressuscité arrive les portes fermées. Nous voyons que son espace est devenu autre. Jusqu’à présent on savait seulement que le tombeau était ouvert, qu’on le rencontrait ça et là. Maintenant on remarque que son corps, son lieu, ses déplacements ne sont plus soumis aux lois de notre monde, et pas davantage son temps : non seulement son temps est devenu autre, mais lui, il a changé de condition par rapport à notre temps. Auparavant nous aurions pu fermer nos portes pour nous protéger de lui, maintenant nous ne le pouvons plus, il entre dans notre espace, il fait irruption dans notre temps avec son temps à lui. Dieu a maintenant libre accès à notre existence; il n’y a plus de souci à avoir : notre fin lui appartient (70).

41. Les récepteurs de l’Esprit

S’il n’y avait pas eu de péché, l’Esprit aurait été le don permanent du Père aux hommes. Le Père aurait gardé auprès de lui dans son Esprit sa création et tous les hommes qui en font partie. L’Esprit aurait été pour les hommes ce qui était saisissable en Dieu. Ils seraient restés, comme Adam et Eve au paradis, dans une perception continuelle de Dieu, que communique l’Esprit. C’est ce qui aujourd’hui distingue les saints. Le signe distinctif des hommes en général aurait été qu’ils soient les récepteurs de l’Esprit (393).

42. Possession

Quand l’Eglise présente au chrétien le Corps du Seigneur et qu’elle lui dit que ceci est le Corps du Seigneur et que le chrétien le confirme, l’Eglise et le chrétien ont part au don de soi du Seigneur. Le chrétien sait dans la foi que le Corps du Seigneur prend fortement possession de son corps… Bien des grâces du baptême ne reçoivent leur visibilité que dans l’eucharistie (532).

43. Recherche

Je ne chercherais pas le Seigneur s’il ne m’avait pas trouvé (364).

44. Inspiration

Jean trouve son inspiration sur la poitrine du Seigneur. Il reçoit dans l’amour immédiat même ce que le Seigneur ne lui communique pas avec des mots. Qui appuie la tête sur la poitrine de celui qu’il aime n’éprouve pas seulement un amour qu’il connaît déjà, mais se déverse alors en lui une foule de sentiments et d’intuitions et peut-être atteint-il et devine-t-il le plus intime de la conscience de l’être aimé. Quand Jean repose la tête sur la poitrine du Seigneur, celui-ci est rempli de la grandeur du Père; quelque chose en dérive jusqu’à Jean, c’est cela qui l’inspire. Il voit quelque chose qui doit être inconditionnellement juste parce que l’amour du Seigneur le lui donne justement maintenant. Et ça n’a aucune importance qu’il n’écrira son évangile que bien plus tard, car le Seigneur a emporté Jean dans une certaine intemporalité, et Jean pense toujours à la grandeur du Père même cinquante ans plus tard. La plénitude de l’instant d’inspiration est si grande chez Jean qu’elle déborde sur tous les temps et qu’il peut toujours la ressaisir dans son origine parce qu’il a vu la Parole de vie, qu’il l’a entendue, qu’il l’a touchée. Ce qui finalement sera couché par écrit n’est qu’un petit morceau de ce qui lui a été donné. « Tous les livres du monde ne pourraient le contenir »… Sur la poitrine du Seigneur, Jean se livre à l’amour du Seigneur. Il ne veut pas profiter, il n’accapare pas, il ne cherche pas à saisir l’inspiration. Il prend ce qui lui est donné et se laisse envahir par l’amour, et l’amour peut prendre la forme de l’inspiration. Jean a en ceci quelque chose de féminin : il attend du Seigneur toute plénitude, sans jamais rien exiger (459-460).

45. La prière, c’est de l’amour

Celui qui prie par amour ne le fera pas par calcul, c’est pourquoi aussi il ne demandera jamais une expérience mystique; il prie parce qu’il aime Dieu et qu’il voudrait faire la volonté de Dieu et être auprès de Dieu. C’est l’amour qui ouvre la visibilité du monde de l’amour et qui offre à celui qui prie certaines certitudes dans les choses de l’amour. La question de savoir dans quelle mesure les sens sont concernés par cette expérience de la réalité de l’amour reste secondaire. Ce qui est sûr, c’est que les limites de la terre et du ciel sont ici fluctuantes. – On peut établir une limite entre le purgatoire et le ciel. Le purgatoire doit venir à bout du non amour; c’est pourquoi, au début, de rigoureuses limites sont tracées entre le purgatoire et le ciel. Mais plus l’amour s’impose lors de la purification, plus imprécises se font les limites : la lumière du ciel rayonne d’avance dans l’obscurité de l’état de purification (63-64).

46. Purgatoire et béatitude

Au purgatoire, quand les âmes souffrent pour être purifiées, vient un moment où elles ne souhaitent plus aucun changement, et c’est alors justement l’instant où arrive le changement et que la souffrance débouche sur la béatitude (563).

47. L’expression de l’amour

Dieu nous aime plus que nous ne pouvons l’imaginer. Et nous devrions l’aimer davantage que nous ne le faisons… Il a souffert infiniment plus que nous ne pouvons l’imaginer. La souffrance sur la croix est l’expression de l’amour qu’il y a en Dieu… Dieu a choisi cette expression pour nous montrer le mystère de son amour; pour pouvoir se révéler, l’amour souffre (329).

48. Créer un espace

Ce qui en nous est vide ne peut plus être rempli de décombres humains, cela doit rester libre et ouvert pour le Seigneur qui peut le remplir selon son bon plaisir avec ce qui lui appartient. Toute prière, toute contemplation est faite pour créer un espace pour sa présence, et cet espace, nous le sommes nous-mêmes en nous effaçant. Ainsi toute mort, spirituelle ou corporelle, reçoit son sens dans la résurrection du Seigneur en nous. Toute mort est une fin pour que le Seigneur puisse commencer (282).

49. Liberté

Avec chaque pécheur, le Seigneur va son propre chemin pour le délivrer de lui-même et l’introduire dans la liberté de Dieu et du ciel (314).

50. Incarnation : Jésus enfant

Quand il est enfant, le Seigneur fait l’expérience de la présence de sa propre humanité, d’autrui, du Père. Il y a aussi la découverte du Père dans son propre être d’homme. Quand, pour la première fois, l’enfant peut toucher son pied et jouer avec lui, il s’étonne que le Père ait pensé à faire du pied un jouet pour les enfants. Ses propres possibilités rapprochent le Fils du Père. – Les autres aussi sont une partie de ce don de la création du Père. Sans penser maintenant à son heure, le Seigneur peut voir en eux les créatures du Père, dans l’expérience d’un corps à corps. Plus tard la distance s’accroît parce que le péché apparaît plus nettement, en ce qu’ils ont fait aussi de leurs corps. Enfant, il a une image du monde enfantine, la confiance des petits, des purs, de ceux qui n’ont pas encore connu de désillusions. Ses premières désillusions ressemblent plutôt à des malheurs, à des accidents. Il connaît le péché en tant que Dieu; quand il est enfant, garçon, adolescent, il ne doit apprendre à le connaître que pour pouvoir assumer d’expérience sur la croix la somme du péché du monde, car c’est comme homme qu’il doit souffrir et non comme Dieu. Mais il a édicté le commandement de l’amour pas seulement pour les autres, mais d’abord pour lui. Une chose est d’aller dans le monde en tant que Dieu pour ramener au Père les hommes qu’ils aiment, autre chose en tant qu’homme (qui est certes Dieu) d’apprendre à aimer les hommes bien qu’ils lui fassent sentir de plus en plus leur état de pécheurs. Mais il laisse de côté son savoir divin pour les rencontrer d’abord avec une confiance d’enfant, et après il est déçu dans sa confiance, il devient la victime des méchants. Il s’opère en lui une transformation : quand s’accroît sa désillusion, sa confiance s’adresse toujours plus directement à Dieu, il aime les hommes en Dieu, il les regarde du point de vue de Dieu, sinon il ne pourrait pas assumer la croix en toute confiance. Il la reçoit avec la confiance dans le Père que cette souffrance rachète réellement le monde. Sa confiance en Dieu compense infiniment sa méfiance à l’égard des pécheurs que lui a apportée la connaissance du monde. Lui aussi est seul quand il est enfant, il a ses proches à qui il peut se confier comme un enfant; les autres, il les voit d’abord à travers sa propre pureté, mais qui lui montre chaque fois où se trouve ce qui est impur. – Plus tard, il fera toujours plus l’expérience que son prochain qui lui fait du mal, l’afflige certes, mais il augmente par là son amour pour le Père; il doit aimer d’autant plus le Père qu’il a créé aussi cet homme (213).

51. La conduite de Dieu

Le principal défaut de la plupart des monastères contemplatifs… Ils veulent tellement tout régler eux-mêmes qu’ils ont perdu le sens de se laisser diriger par Dieu. C’est vrai surtout là où il n’y a pas de vraie direction. La vie régulière s’occupe alors de conventions extérieures : règlement journalier, exercices de pénitence, silence, etc. Elle s’occupe aussi de l’attente de grâces de prière précises qui doivent être désirées selon un plan prévu d’avance. Une vraie direction devrait créer un espace pour ce qu’on n’a pas choisi soi-même, pour l’imprévu, pour l’involontaire, mais qui sera reçu avec un consentement plus profond, parce qu’il signifie contemplation d’un pur laisser agir divin une fois qu’on a abandonné tout ce qu’on avait de propre. Beaucoup s’installent dans leur sacrifice total, s’en nourrissent, élèvent leurs prétentions et leurs droits devant Dieu et lui prescrivent les voies sur lesquelles il doit les conduire (223-224).

52. La peur de la mort

Devant ce qui apporte la mort – un camp de concentration, la bombe atomique – l’homme a peur; mais sa foi peut être plus forte que son angoisse : il peut aller volontairement dans un camp s’il y voit pour lui une mission chrétienne. Dans la mesure où nous sommes pécheurs, nous craignons la mort; dans la mesure où nous sommes sauvés, nous l’espérons; dans la mesure où nous sommes les deux, la peur et l’espérance restent mêlées. L’amour parfait bannit la crainte chez celui qui est vraiment saint. Mais si le saint veut porter avec le Fils ou bien si cela fait partie de sa mission, l’angoisse est ajoutée à sa foi (248).

53. L’ascèse du Fils

Le Fils ici-bas garde la vision constante du Père… Mais il existe des variations dans cette vision qui vont jusqu’à la totale absence de vision, très loin de ce que signifiait la vision au ciel ou au paradis. Pour Adam, au paradis, la vision dépendait totalement du bon vouloir du Père : il se révélait à l’heure qui lui plaisait. Au ciel, la vision est ininterrompue, elle n’est pas liée à des événements comme dans le paradis terrestre. Au Fils devenu homme est confiée aussi, à l’intérieur de sa vision « éternelle », la possibilité de la vision « paradisiaque » marquée par des événements. Par le Père, la vision est à la disposition du Fils, il peut décider quand il veut s’en servir. Mais il s’en sert selon les besoins de sa mission et non selon son amour personnel. Comme, en tant qu’homme, il veut montrer au Père que sa création était bonne, il assume aussi la possibilité paradisiaque sans vouloir être avantagé par rapport à Adam. – Quelle que soit la manière dont le Fils utilise son instrument, il ne se regarde pas lui-même, il regarde soit les hommes et leurs besoins, soit le Père; car il peut aussi appeler le Père pour qu’il lui donne une nouvelle preuve de la grandeur de son amour paternel. Dans la manière dont le Fils se sert de sa vision se trouve une grande part de son ascèse. Elle ne se trouve pas essentiellement dans ses jeûnes et ses veilles, ni dans le fait qu’il se laisse frapper au visage, mais dans le fait qu’il se trouve près de la source et n’y puise pas. Librement, par amour pour nous, il renonce à jouir du Père (200).

54. L’école de l’Esprit Saint

Le pécheur est comme un élève aux capacités très limitées, que le professeur doit à tout prix pousser jusqu’à l’examen; il doit s’adapter à ses connaissances, matière après matière, puisqu’on ne peut pas adapter l’examen. C’est tout l’effort de l’Esprit Saint dans l’oeuvre du salut. Mais tout cela se fait avec une grande tendresse, comme un professeur ne peut le faire chaque jour devant la stupidité et les insuffisances de son élève. L’Esprit nous a pris à son école et il a la patience de nous conduire jusqu’au Père (561).

55. Des voies ouvertes

Celui qui aime voudrait constamment parler et se taire avec celui qu’il aime et le faire participer à tout. L’homme Jésus Christ que nous aimons et auquel nous participons est en même temps la Parole du Père, et l’unité de son humanité avec le fait qu’il est la Parole ouvre des possibilités infinies : pour lui-même vis-à-vis de Dieu et des hommes, pour nous à qui il ouvre une inconcevable richesse de points de vue qui sont tous pleins de sens pour l’amour et sont toujours un nouveau stimulant. Tout ce que contient de sens la Parole du Père éternel nous est fondamentalement offert dans cette humanité, tout l’humain que nous pensons connaître par nous-mêmes reçoit dans le fait que le Fils est la Parole un sens nouveau, infini… – Dans la prière, la méditation, l’amour du prochain, partout des voies sont ouvertes qui nous conduisent dans le paysage plus grand du Fils. Nous pouvons nous donner parce qu’il s’est donné à nous et que, dans ce don de lui-même, il nous conduit au Père. Il est tellement accès au Père que chaque pensée qui va vers lui parvient par lui jusqu’au Père… – Mais l’amour que le Père nous donne dans son Fils est si grand qu’il embrasse non seulement les joies mais aussi les souffrances de l’amour. Toutes les privations, toutes les souffrances, toutes les difficultés recevront ainsi un double visage si elles sont vues dans le Seigneur : du fait qu’il nous les offre, elles sont « Parole » et par là expression de l’amour et elles doivent être reçues avec reconnaissance; elles ramènent alors à Dieu par la Parole et augmentent la joie. Mais parce que les dons de Dieu sont vrais et sérieux, la souffrance offerte n’est pas un jeu d’enfant, elle rapproche l’être humain du Fils souffrant et ici il n’est pas garanti qu’elle débouchera toujours sur une joie ressentie. Mais, dans le sérieux de la souffrance, l’être humain apprendra à connaître, avec une profondeur toute nouvelle, le Fils qui est homme et Parole; c’est Dieu lui-même qui a préparé cette profondeur et elle est insondable. Dans celui qui souffre, elle devient une parabole vécue de ce qu’est l’homme qui est la Parole, et une souffrance de ce genre est voulue par lui tout autant que permise… – Mais le Père garde la libre disposition d’une parole de ce genre qui lui arrive : il peut changer une prière de souffrance en une prière d’amour et de joie, il peut aussi faire à nouveau d’une prière de joie une prière de détresse, et d’une prière à la limite du désespoir une prière de parfaite confiance. Car la foi remise au Christ, qui est homme et Parole, subit toutes les possibilités d’extension au-delà du cadre de ce qui est purement humain (23-24).

56. Jésus devant la croix

Le Seigneur sait qu’il devra monter sur la croix. Et il commence à réfléchir à ce qu’il pourrait faire avec ses membres au service du Père s’il n’était pas cloué sur la croix. Il pourrait étendre les bras pour recevoir les enfants, les embrasser et les bénir pour les mettre en confiance. Avec ses pieds, il pourrait traverser beaucoup de lieux pour parler du Père. Il pourrait offrir sa poitrine et son cœur à beaucoup pour qu’ils s’y reposent et y reprennent des forces, comme Jean. Sa bouche et sa langue seraient assez puissantes pour interpréter la parole du Père, tout son corps serait prêt à assumer et à exécuter toutes les missions du Père. Il a à peine commencé. Est-ce que le Père n’a pas voulu qu’il rassemble tout pour lui ramener la totalité du fruit? Et voilà que la croix menace de tout ruiner. La pensée de laisser sa mission inachevée l’effraie (244).

57. La bombe

Dans le temps qui précède la Passion, le Christ a deux choses sous les yeux : le monde tel qu’il le voit comme Homme-Dieu, et le monde tel qu’il le voit comme Dieu dans le ciel. Ici-bas, il possède la vision du Père de telle manière que, si cela ne dépendait que de lui, il pourrait en faire usage à tout instant. Mais il doit avant tout tenir compte de sa mission. Se pose alors de façon aiguë la question : de quel côté l’action serait la plus forte? Il voit très précisément que sa mort est devenue inéluctable, qu’il n’avance plus avec les hommes s’il ne meurt pas pour eux. Il reconnaît la nécessité de cette mort contre laquelle sa nature se hérisse. Son activité d’homme à homme ne pouvait être qu’un travail préparatoire; la croix tombera sur ce travail comme une bombe. Ce n’est que si elle éclate que les rachetés pourront collaborer à son oeuvre. Mais il reste une alternative difficile, car il ne peut pas avoir les deux choses en même temps : par exemple, faut-il ne rien dire à Pierre (alors il le reniera sûrement), ou faut-il tenir compte du reniement pour instituer vraiment Pierre dans son ministère par la résurrection (241)?

58. Les deux prières du Fils

Quand le Seigneur a prié pour Jean avant la Passion – car il priait pour chacun des siens en particulier -, sa prière est allée au Père; celui-ci l’a reçue et il en a utilisé quelque chose pour Jean. Pas tout, car le Fils, en devenant homme, a adopté la loi de l’humanité, qui est une communauté indissoluble. Les hommes doivent toujours prier dans le cadre de la volonté du Père qui peut disposer librement de la prière pour le bien de tous. Si le Christ est l’Époux, quand le Père l’exauce, il pense toujours à l’Épouse, et pour elle il garde une sorte de provisions en provenance de la prière de l’Époux. Par contre quand, dans le ciel, on prie le Seigneur lui-même ou l’un ou l’autre saint, l’intention de la prière et son effet se suivent beaucoup plus directement, car ici celui qui prie a déjà une vue d’ensemble de ce qui plaît à Dieu, il prie dans le cadre de la volonté divine, c’est pourquoi sa prière a beaucoup plus de droit à être exaucée. La prière du Seigneur se trouve donc dans la même tension entre ciel et terre : par sa prière céleste, il exige du Père ce qu’il sait lui plaire; ici-bas, pour que son don au Père soit plus complet et pour que lui-même nous soit plus semblable, il veut prier sans tout savoir et remettre au Père sa volonté comme le fruit de sa prière. – Mais de plus, il y a ici-bas un effet direct sur les autres hommes, qui peut être plus grand qu’une action à partir du ciel. Quand, par exemple, le Seigneur parle avec Jean au lieu de prier pour lui, il entre dans la manière humaine de voir, il parle dans le cadre des conditions humaines, il dit à Jean, à partir d’une certaine connaissance humaine, le nécessaire dont un homme a besoin, ce dont lui aussi, le Fils de l’homme, a besoin. Dans une conversation terrestre, un seul mot peut suffire, tandis que du ciel on pourrait s’enrouer à crier et le sourd ici-bas n’entendrait pourtant rien. – L’alternative doit être vécue par le Seigneur dans la prière au commencement de la Passion de telle sorte que d’un côté ou de l’autre – quel que soit le choix qui sera fait – la perte sera visible (241).

59. Familiarités

Le Christ veut nous introduire dans le mystère de la Trinité de Dieu. « Qui me voit voit le Père » et « Personne ne va au Père sans passer par moi ». Certes le divin s’est tellement approché de nous dans le Fils de l’homme que nous sommes enclins à oublier la divinité du Fils au sein de la Trinité. Maintes formes de notre prière sont presque des familiarités bien souvent, elles ne regardent pas la majesté divine infinie mais un produit de notre imagination et de nos pieux désirs. Nous avons l’habitude de dire sans y penser : « Je ne suis qu’un rien dans ta main, tu es tout », ou bien : « Parce que je veux tout ce que tu veux, tu veux tout ce que je veux ». Ces derniers temps, dans mes lectures, je ne cessais de tomber sur ce genre de choses énervantes qui jouent avec le don de soi, qui semblent très élevées, mais en réalité tout est réduit à ma mesure. Avec cette manière de mettre le Seigneur dans tous nos projets et tous nos actes, de mettre en relation nos petits ennuis avec sa croix, nous réduisons le Seigneur à notre format humain et nous ne cessons de nous éloigner du véritable esprit du don de soi (116).

60. Justesse

Il est certes difficile de mettre en relation quotidien et Trinité. Et pourtant le Christ lui-même a vécu dans l’ouverture constante au Père et à l’Esprit, et il nous a laissé sa vie pour que nous l’imitions. La solution se trouve dans le vrai renoncement à nous-mêmes qui ne réfléchit pas à tous nos propres actes et ne nous les renvoie pas (soi-disant au Seigneur) comme un miroir. Le Christ et sa Mère supportent les humiliations pour ce qu’elles sont. Ils les reçoivent dans l’obéissance telles qu’elles doivent être vécues. Sans les minimiser ni les majorer, ni avec enthousiasme, ni dans l’agitation; ils laissent aux choses de la vie quotidienne le sens que Dieu leur donne. Ce n’est qu’alors que le quotidien peut être vécu en Dieu, que dans les plus petites choses peut-être sera perçu Dieu Trinité, mais tel qu’il est, non tel que je me le façonne. Il se peut que bien des événements de la vie quotidienne doivent être reçus simplement comme ils s’offrent, sans pieuses déformations qui veulent à tout prix, de manière artificielle, les mettre en relation avec le Seigneur. Seul ce qui est abordé « de manière juste » peut procurer une juste relation à Dieu. Ce n’est pas facile (116-117).

61. Les liens de l’amour

Quand quelqu’un aime et que son amour est authentique, le critère peut en être que le lien dans l’amour est ressenti comme une liberté. Tout ce qui unit ceux qui aiment est si valable qu’aucun désir ne s’éveille après l’autre. Si la relation de ceux qui s’aiment, leur vie commune, leur comportement sont vus du dehors, avec les yeux de ceux qui n’aiment pas ou qui aiment autrement, tout paraît un manque de liberté, des liens, des limites. Si par contre celui qui les regarde a l’expérience d’un amour semblable, cette impression disparaît (25).

62. La proximité de Dieu

Plus un être humain est pur, plus il se trouve proche des anges. Avant de voir l’ange, Marie vivait dans une très grande proximité avec les anges, mais sans le remarquer. Elle n’a pas non plus en quelque sorte plus d’affinité pour un ange que pour un autre, mais elle a à vrai dire une intuition peu commune du monde angélique dans la mesure où il représente la proximité de Dieu. Dans sa prière et quand elle a des pensées qui viennent de Dieu, elle vit dans l’atmosphère des anges. Cette atmosphère n’est pas seulement caractérisée par l’absence de péché, elle est toute remplie de pureté rayonnante. Ce n’est pas seulement la proximité de Dieu qui caractérise Marie, c’est aussi le caractère propre de ce qui est angélique. Quand ensuite Marie arrive au ciel, elle donne – le terme « donner » est ici tout à fait indiqué – aux anges, en reconnaissance pour l’apparition et pour sa vie, quelque chose qu’elle a acquis en tant qu’être humain. Les anges ont apporté à sa vie sur terre une proximité de Dieu et une connaissance de Dieu, elle répond à cela en apportant aux anges une connaissance particulière de l’humain. Il y a derrière cela une expérience qui ne provient pas seulement du fait qu’elle est sans péché, mais aussi du fait de ses relations avec le Fils devenu homme; comme si tout le domaine humain – qui lui appartient bien sûr, le fait qu’elle a été préservée de la faute aussi bien que l’expérience terrestre qu’elle a de son Fils et l’expérience maternelle qu’elle a connue avec lui dans sa vie et ses souffrances – avait reçu une extension et une importance qui même pour les anges sont nouveaux et essentiels. Et que la Mère introduise son expérience dans le monde angélique a des conséquences quand les hommes arrivent au ciel et sont introduits dans le monde céleste. Nous comprendrons plus rapidement, nous serons plus vite comme chez nous quand les anges nous expliqueront la vie céleste à la manière de la Mère et de ses relations aux personnes divines (43-44).

63. Le Je vous salue Marie

Dans la prière la plus simple, un Ave maria par exemple, le croyant se représente quelque chose; on connaît beaucoup d’images de la Mère de Dieu : avec l’enfant dans les bras, remplie de bonheur et de paix; on comprend qu’elle est bénie entre toutes les femmes, pleine de grâce. La grâce provient du ciel, elle est invisible et elle reçoit pourtant dans la prière une certaine expression visible. On peut se représenter et ne pas se représenter ce que veut dire être pleine de grâce, on peut se représenter et ne pas se représenter ce que veut dire tenir l’enfant Jésus dans ses bras. Le croyant réfléchit à tout cela et la prière n’a pas besoin alors d’un acte spécifique de l’intelligence; malgré ce qui est incompréhensible, c’est quelque chose de paisible et de beau, et même l’incompréhensible qui est là est exaltant, comblant, il fait participer à sa transcendance. L’Ave Maria quotidien, même répété d’innombrables fois, ne s’use jamais. Le mystère se rapproche; dans son caractère de mystère, il devient plus digne d’être aimé, il nous fait pressentir la plénitude de Dieu. Surtout son amour. La Mère et son enfant tissent dans cet amour; on sent comment il rayonne d’eux. Ils ne repoussent pas, au contraire ils attirent, ils partagent. Et le surnaturel dans la Mère et l’enfant fait que la prière qui les salue devient un salut surnaturel. Si cela n’était pas, cette prière nous dégoûterait depuis longtemps (60-61).

64. Le mouvement

Comme le Fils s’est fait homme pour témoigner du Père, ainsi l’Esprit agit dans l’Eglise pour témoigner du Fils. Tout ce qu’il touche, il l’entraîne vers le Fils, comme le Fils essayait de tout mettre en mouvement vers le Père (419).

65. Le comment

Tout croyant qui se sent la mission de mettre en lumière des aspects de la révélation divine devrait posséder des connaissances approfondies tout autant qu’un sens profond du mystère. On peut résoudre correctement certaines questions qui concernent la Bible ou l’Eglise ou la vie chrétienne : « C’est comme ça! » Mais derrière chaque « C’est comme ça », émergent d’innombrables Comment est ce « comme ça »? » Justement parce que le « comme ça » est clair, l’espace est libre pour le « comment? » La réponse laisse place à la nouvelle question (27).

66.Les poissons dans l’eau

Le Fils ne peut pas se contenter de la seule nature adamique. Il ne peut pas non plus être seulement le Fils du Père qui aurait encore assumé la chair, en quelque sorte accessoirement. Il doit entrer en communion avec l’humanité déchue et, à partir d’elle, établir le contact avec le Père. Mais l’Esprit Saint est l’élément objectif qui le met constamment dans une juste relation avec le Père quel que soit son état : Dieu au ciel, homme adamique, homme dans le monde déchu. En tant que représentant de l’humanité déchue, le Fils est constamment préparé par l’Esprit à savoir que le Père est offensé. Il ne suffirait pas que le Fils n’ait que l’expérience humaine du péché, il doit en même temps savoir l’effet du péché sur Dieu. Ceci d’autant plus qu’il est venu pour glorifier le Père et faire sa volonté. On peut le dire comme ceci : l’Esprit Saint empêche que le Fils fasse tellement de l’affaire du Père sa propre affaire que l’œuvre de la rédemption perde son caractère trinitaire. Le Fils devenu homme n’est pas le représentant de la Trinité, ici-bas isolé et abandonné à lui-même. L’unité et la relation éternelles entre le Père, le Fils et l’Esprit sont maintenues par l’Esprit pour le Fils devenu homme. Si ce n’était pas le cas, il pourrait sembler que Créateur et créature, Dieu le Père et le Fils homme soient fusionnés dans le Christ dans une unité qui finalement absorberait tout en soi, Dieu et la créature. Mais quand le Fils est envoyé, le Père reste justement celui qui envoie, et le lieu aussi où le Fils est envoyé, le monde, subsiste en tant que tel. Sans doute le Fils sert-il de médiateur entre Dieu et le monde, mais il n’absorbe pas les deux dans son unité de médiateur. Il est certes de même nature que le Père et de même nature que l’homme; mais ni le Père ni le prochain ne se perdent en lui. Et le Fils est certes la forme intelligible dans laquelle Dieu Trinité se donne à nous, mais la forme ne supprime le contenu qui s’exprime, la Trinité. – Le Fils peut aussi être comparé à des lunettes qui nous permettent de voir Dieu plus clairement : si la vision en tant que telle participe au divin, le contenu pourtant qui est vu ne disparaît pas dans la vision. Entre la « forme » et les « lunettes » il n’y a pas contradiction, car le Fils est Dieu : en tant que tel, il transmet aussi bien ce qu’on peut voir de Dieu que ce par quoi Dieu peut être vu. Mais d’autre part la « forme » n’est aussi que l’homme qui peut être vu et en qui Dieu se voile, et les « lunettes » sont cette vision de Dieu qui justement voit dans cette forme le caractère caché de Dieu et son incompréhensibilité. Sans cette compréhension, il n’y a pas d’accès au Père par le Fils en tant que « chemin » et « porte ». – Le Fils est donc en même temps moyen et but; moyen, afin que par lui nous arrivions au Père; but, en ce sens que nous ne trouvons pas le Père derrière lui mais en lui. La tension entre le fait d’être moyen et le fait d’être but, c’est l’Esprit Saint; ici il est le et. Le et entre le Fils et le Père, entre Dieu devenu homme et Dieu en soi, et de plus entre le caractère de moyen et le caractère de but dans le Fils lui-même. C’est l’Esprit qui nous procure la vision binoculaire. Dieu est devenu homme afin que Dieu ne nous apparaisse pas seulement superficiellement, mais en relief et en stéréoscopie. S’il en est ainsi, il ne faut jamais oublier que ce relief du Fils provient du fait qu’il est Dieu et qu’il est homme. C’est son unicité qui nous empêche de nous montrer familiers avec lui sans garder les distances parce que le Père serait soi-disant trop grand pour nous et que pour cela nous devrions nous en tenir au Fils. Il est tout aussi peu permis de nous attacher au Père comme à quelque chose de sûr et de solide tandis que pour le Fils avec sa Passion tout resterait mouvant et déconcertant. – Quand nous sommes perdus dans la contemplation de poissons dans l’eau, notre regard s’arrête à leurs formes et à leurs mouvements, et nous oublions qu’ils sont dans l’eau. Mais l’eau est indispensable pour qu’après tout ces formes subsistent. C’est ainsi que le Fils devenu homme existe et se meut dans l’Esprit Saint (176-177).

67. La grâce

Quand, dans la prière, je sens la grâce, quand je sais que je suis saisie par la surnature ou quand je reçois de Dieu une mission et que je m’y trouve parfois confirmée d’une manière qui reste inexplicable naturellement, ou quand une conduite m’est tracée qui s’avère juste par la suite, quand une vérité m’est donnée à laquelle je n’avais jamais pensé jusque là, j’expérimente bien quelque chose de terrestre, mais quelque chose qui est conditionné par du céleste. Il se peut qu’un succès confirme la justesse de mon obéissance, mais ce n’est pas nécessaire, sans cela je peux aussi être certaine de mon affaire. Peut-être que plus tard un mot de l’Ecriture sainte me montrera la vérité de ce que je fus amenée à faire. (Mais le directeur de conscience a ici sa place : le Fils fait tout en présence du Père, celui qui prie fait tout en présence de l’Eglise, l’envoyé fait tout en présence de son guide : et il peut suffire que celui-ci juge de la justesse d’une action). Je comprends que quelque chose se passe en moi par la grâce (dans quelle mesure je le « sens » est secondaire). La grâce « arrive » en moi. Je vois des résultats d’une conduite surnaturelle tantôt dans des événements et des hasards providentiels extérieurs, tantôt dans des connaissances, des clarifications : quelque chose tombe à point sans que je puisse m’en désigner comme la cause. Mes sens ne sont pas un obstacle fondamental à l’expérience de la grâce, ils peuvent être utilisés pour cela, mais la grâce peut aussi s’imposer sans eux. – Je ne peux pas préciser la « partie » du chemin de la grâce jusqu’à moi où se trouve sa plus grande efficacité. Peut-être que Dieu m’envoie davantage que ce que je reçois. Peut-être moins, parce qu’il a créé en moi une sorte de dépôt de grâce qui est activé par une petite impulsion. Il peut se faire qu’un cœur qui brûle dans la grâce demeure dans un feu latent et qu’une petite étincelle venant de Dieu suffit pour changer le tout en un feu flamboyant, insatiable. On voit tout d’un coup que des mots comme « peu » ou « beaucoup de grâce » n’ont aucun sens. Ce que Dieu fait et ce qui se passe en nous ne peut ni se mesurer ni se comparer. Mais le « dépôt » est cependant important : si dans la nature de quelqu’un qui prie il y a beaucoup de réalité surnaturelle qui est présente, vient un moment où la grâce l’emporte sur la nature, où la nature n’utilise plus la grâce pour celui-ci ou celui-là, mais où la nature devient une fonction de la surnature. Et quand cette prédominance de la surnature atteint le point déterminé par Dieu, alors, si Dieu le veut, les sens aussi peuvent être touchés par la grâce de telle sorte que le monde céleste devient accessible, que soit franchie la limite de ce qu’on appelle la mystique (62-63).

68. Le manteau

L’acte qui nous fait avouer notre péché appartient déjà au Royaume; du moins la confession exige-t-elle de l’âme une parfaite nudité, même si l’Eglise jette un manteau sur ce qui a été dit (514).

69. Eucharistie

Dans l’eucharistie, il y a d’abord comme un emprisonnement, une revendication corporelle. Le Seigneur tient fermement celui qui communie pour agir en lui. Il doit tenir bon en renonçant à disposer librement de lui-même. Il s’est approché librement de la communion, mais voilà l’instant où le Seigneur a besoin de lui. Une femme ne peut pas s’enfuir au cours de l’acte sexuel. Dans l’eucharistie, le corps du Seigneur a besoin du corps et aussi de l’âme de celui qui croit en lui : l’homme tout entier devient le toi du Seigneur (532).

70. Imaginer la Passion

Que le Fils ne puisse pas imaginer la croix rend la Passion nettement plus difficile. Car s’il pouvait l’imaginer, il pourrait aussi se représenter Pâques. Il n’y aurait plus alors de limite pour imaginer, mais la Passion serait alors limitée et c’en serait fait de l’indifférence du Fils. Ce qui est décisif, c’est que la Passion viendra quand, comment et où le Père en décidera. Ce qu’il veut, c’est ce que je préfère. Dans cette attente du Fils, il ne peut y avoir de sa part aucune impassibilité, mais une pleine vigilance pour tout ce qui est exigé. « Le troisième degré d’humilité » qui inclut le second : par le péché, le Père a souffert un outrage infini, donc le Fils doit préférer détourner cet outrage du Père et le prendre sur lui. Mais l’indifférence ne se trouve pas seulement dans le fait qu’il est prêt, qu’il s’offre, mais aussi dans le fait qu’il ne se permet rien lui-même, qu’en s’offrant il respecte le mystère du Père sans poser de questions (224).

71. Présence

Nous sommes invités aujourd’hui à vivre avec le Seigneur qui séjourne parmi nous. Nous participons en toute simplicité à la vie des contemporains du Seigneur : il nous est permis de goûter sa présence parmi nous (530).

72. Communion

Vu du dehors, il peut sembler étrange que l’Eglise catholique accorde tant d’importance aux péchés de la chair. L’une des raisons en est qu’il y a une vraie communion du corps du Seigneur avec notre corps, et qu’elle exige la parfaite pureté de notre corps, une totale disponibilité de ce corps pour lui… Le modèle est Marie dans la conception de son Fils. En elle s’accomplit la parfaite communion corporelle. Son corps répond exactement à l’attente du Fils, car ce corps est sans tache, sans péché, virginal. Le Fils, comme un fiancé, trouve tout prêt comme il le désire quand il entre chez sa fiancée, même les choses dont elle n’est pas expressément au courant et qu’elle ne se représente pas consciemment. Il semble presque accidentel que Marie soit vierge, de son point de vue à elle; il n’est peut-être pas très clair pour elle qu’il est très important qu’elle le soit (249).

73. Les mains du Père

Le Fils n’aurait aucunement mieux fait de se taire au jardin des oliviers; le Père a besoin de cette ouverture pour être en communion avec lui. La scène du jardin des oliviers se retourne à la croix où le Fils remet son âme entre les mains du Père (473-474).

74. L’Esprit Saint

Après Pâques, l’Esprit Saint est envoyé par le Fils. Mais pour l’Avent, c’est l’Esprit qui apporte le Fils au monde. Comme la mère tout d’abord porte son enfant et l’allaite et lui donne de sa force et de sa substance; ensuite, plus tard, elle est portée et guidée par son enfant. Dans cette réciprocité de la mère et de l’enfant, ce sont la force et la faiblesse humaines qui jouent un rôle, tandis que pour la réciprocité du Fils et de l’Esprit c’est l’amour divin seul qui décide. Dans l’échange des fonctions, c’est tantôt l’Esprit qui exprime au Fils son amour, tantôt le Fils qui exprime son amour à l’Esprit, tantôt il ressort que c’est le Fils qui se laisse faire, tantôt l’Esprit, tantôt c’est l’obéissance de l’un qui est visible, tantôt celle de l’autre. (404).

75. Les mots de Jésus

Jésus enfant grandit et dit ses premiers mots. Sa mère les lui apprend, mais la mesure de leur vérité se trouve en Dieu. Les mots que sa mère lui dit sont vrais. Mais chaque mot que le Fils reprend en tant que parole du Père contient une vérité plus grande parce que divine. Chaque mot subit une extension qui va jusqu’à la plénitude divine. Quand sa mère perçoit quelque chose de cette plénitude, elle mesure la distance qui sépare Dieu de l’homme, mais aussi que la vérité de la foi est toujours plus grande. Son expérience ressemble à ce qui arrive à un converti qui a une image toute faite de l’Eglise et des sacrements et de la foi et qui, avec cette image limitée, acquiesce quand même déjà en même temps à toute la vérité qui est pour lui encore totalement hors de sa portée. Tout à coup les couleurs se font beaucoup plus vives, les nuances beaucoup plus riches, chaque partie de la doctrine contient plus qu’il ne l’avait supposé. Les sacrements, il ne les connaissait d’abord que par ouï-dire; en les recevant, il fait l’expérience que leur substance n’est jamais épuisée. – Pour les mots du Fils qui grandit, il s’agit souvent des plus petites choses du quotidien, mais souvent aussi de choses plus profondes qui sortent de lui selon son âge et sa croissance spirituelle, qui sont exprimées jusqu’à ce que finalement soient mûrs les mots du discours sur la montagne et les paraboles et tout ce qu’il dit du Père et de son royaume céleste. Ce qu’il y a de toujours plus grand dans ses paroles, on pourrait en suivre la trace depuis ses premiers mots balbutiés jusqu’à sa dernière parole sur la croix qui est à nouveau balbutiée. Sa mère, qui a toujours vécu dans une parfaite disponibilité, y persévère; sa disponibilité n’a rien d’abstrait, elle n’est pas prête seulement pour un cas qui surviendrait éventuellement, elle est constamment adaptée à ce qui est plus grand et qui s’annonce dans son Fils. Elle est exactement prête pour ce qui se présente. Et en le saisissant de toute son âme, elle n’est pas moins prête pour toute autre éventualité. Elle ne se réserve pas pour quelque chose qui viendra, que ce soit quelque chose qu’elle connaît ou quelque chose qui lui est voilé, elle s’engage toujours totalement : aussi bien dans l’instant présent que pour ce qui se présentera plus tard. Par là elle reçoit par le présent une expérience tout à fait certaine : c’est la présence de quelque chose qui est au-delà du temps. Ce qui se passe pour elle est compris dans la profondeur d’une Providence éternelle, cela ne peut pas se détacher de ce qui était et de ce qui vient, cela s’insère dans l’obéissance indivisible qu’elle offre. Dans ses petites obligations domestiques, elle demeure la femme simple, et pourtant la parole de son Fils travaille en elle dans le calme. Cette parole grandit en elle comme un arbre. Elle se développe et lui fournit les contenus que son Fils y a mis, parce que les paroles aussi qu’il a apprises d’elle ou d’autres et dont il connaît la signification humaine, sont élargies jusqu’à leur vrai sens en Dieu. – Et quand maintenant nous aussi nous disons les mots de l’évangile ou des prières de l’Eglise ou de nos propres prières, nous devons apprendre de Marie à rester dans une disponibilité ouverte vis-à-vis du mot chrétien. Par le mot donné, cette disponibilité peut devenir chaque fois, ici et maintenant, un fait de réception et d’acquisition, et par là la réalisation d’une nouvelle vérité plus grande, d’une foi vécue plus profondément. Chaque mot chrétien exige de nous une réponse, et chaque réponse doit se justifier elle-même : elle ne peut pas être une réponse des lèvres ou de mots appris, elle doit être une réponse comme service ainsi que l’exige l’urgence de la vérité chrétienne. Qu’un incroyant dise n’importe quel mot, c’est une chose; qu’un croyant utilise le même mot, c’est autre chose, car le croyant est obligé d’accorder sa place à Dieu dans la plus petite chose qu’il dit. S’il néglige de le faire, il s’éloigne de la vérité, il laisse la parole se réduire et il l’utilise finalement comme le fait le non croyant, dans une négation pratique de Dieu, dans un rejet de sa foi et de sa responsabilité existentielle. – Les mots que Marie apprend à son Fils sont bien des mots de la foi, et donc bien des mots de vérité. Mais comme tous les mots chrétiens, ils ne se raidissent pas, ils doivent devenir une vérité plus grande, par Dieu ils doivent faire découvrir en eux une vérité à laquelle au début on ne pensait pas du tout. Marie non plus ne savait pas tout ce qu’il y avait dans ses mots. Que ceux-ci reçoivent dans la bouche du Fils un sens plus grand, elle l’accepte sans protester et elle laisse ce sens devenir en elle un fait. Le fruit, elle le remet entre les mains du Fils, à sa disposition. Le mot est ainsi un cadeau qui va et vient et il produit son fruit comme la vérité toujours plus grande (19-21).

76. Les anges s’adaptent

L’apparence des anges varie selon les transformations et la maturation des hommes. Ils ont pour ainsi dire une expérience qui est toujours un peu en avance sur l’expérience de l’homme qui est guidé par eux. Et cela, bien que leur expérience soit toujours non partagée; mais il y a une adaptation de l’ange à chaque état de l’être humain. Un peu comme le visage d’un adulte se modifie quand il parle avec un enfant ou aussi quand un enfant plus âgé parle avec un plus jeune : celui-ci trouve cela infiniment avisé et cela peut lui apprendre beaucoup. Quand l’homme désespère de comprendre quelque chose de Dieu, l’ange explique, il précède de quelques pas. Cette adaptation est aussi une affaire de confiance : l’ange apparaît de manière à inspirer à l’homme le plus de confiance possible. Le toujours-plus de Dieu est représenté chez l’ange par un quelque chose en plus. – Les anges constituent comme une sorte d’atmosphère entre le ciel et la terre, entre l’Esprit Saint absolu et notre condition d’êtres limités. Cette atmosphère n’est pas une « couche intermédiaire », mais toujours une médiation. Les anges servent d’intermédiaires de Dieu à l’homme et de l’homme à Dieu, et il est impossible d’exclure leurs missions (45).

77. La Trinité

Quand un chrétien reçoit des grâces sans paroles ou qu’il voit d’autres en recevoir de semblables, il sait alors qu’elles proviennent de Dieu Trinité, mais non de tel ou tel côté du triangle. Si aucune explication particulière s’ensuit, les trois personnes y ont part dans leur réciprocité; il faudrait un avertissement ou un signe pour lui indiquer que l’une des personnes divines s’est adressée à lui d’une manière particulière. En Dieu, on ne peut pas préciser l’origine de la grâce s’il ne le fait pas savoir explicitement (96).

78. Parler de corédemption?

Quand le Fils, en tant qu’homme, souffre sur la croix, il offre aux hommes la possibilité non seulement d’être pardonnés par sa Passion mais, quand ils commencent à brûler eux-mêmes aussi, il leur offre la possibilité d’y ajouter quelque chose de leur souffrance. Sur la croix, Dieu ne veut pas augmenter la distance entre lui et les pécheurs; ce serait le cas si lui seulement pouvait souffrir pour nous, et si nous aussi nous ne pouvions souffrir que pour nous, si l’effet de sa Passion était pour lui-même seulement extérieur et si l’effet de notre souffrance était pour nous-mêmes seulement intérieur. Mais dans le feu de la croix prennent naissance bien des mystères de solidarité : le trésor de l’Eglise, la libre utilisation par Dieu de toute vraie prière chrétienne, tout l’excédent qui s’amasse dans l’Eglise, toutes les actions et toutes les souffrances en « compensation ». L’effet le plus déterminant de la souffrance de la croix est qu’elle obtient pour l’homme la grâce de souffrir avec le Seigneur dans son sens et, par là, de se libérer de son constant repli sur soi pour apprendre, en souffrant, à regarder Dieu et ses désirs. – A vrai dire, si le Seigneur s’est sacrifié pour tous sans compter, on ne peut alors offrir ses propres souffrances à Dieu que dans le même esprit d’un don de soi qui ne calcule pas. Sur la croix, le Fils donne au Père toute sa souffrance; pour lui-même, elle est « perdue ». Si le terme de « corédemption » doit avoir quelque part un sens, ce ne peut être en tout cas qu’en donnant à Dieu « à fonds perdu » tout ce qu’on a (266-267) .

79.Le monde majeur

Auparavant, le monde était mineur. Par le Fils et en lui, il est devenu majeur. Et ainsi l’Esprit est en mesure de donner à chacun de ceux qui le reçoivent cette expérience du monde majeur (414).

80. Elle ne s’irrite pas

Celui qui se confesse se sait protégé et accompagné par la Mère; chaque confession est comme une nouvelle présence de la croix, et donc aussi de la Mère souffrant avec son Fils; elle ne s’irrite pas contre les pécheurs, mais en répond pour eux avec son Fils (518).

81. Humiliation?

Mystère trinitaire… Ce n’est pas une humiliation pour le Fils que le Père le précède en tant que Père, et ce n’est pas une humiliation pour l’Esprit de procéder du Père et du Fils. Ni que l’un puisse recevoir de l’autre la vérité, bien que toujours aussi celui qui reçoit peut la communiquer à celui qui donne. Et ainsi cela contribue à la plus grande gloire de Dieu de recevoir la vérité et c’est un bonheur également grand de la donner ou de l’échanger (68).

82. C’est l’Esprit qui vit en moi

Elle doit enfanter le Messie. Mais elle n’est pas à la hauteur. Malgré sa transparence et sa disponibilité. Cela ne lui est possible qu’associée à l’Esprit. Elle ne doit pas pouvoir en arriver à penser qu’elle est capable de quelque chose que Dieu seul peut faire. Quand elle est couverte par l’Esprit, c’est la « petitesse de la servante » qui doit ressortir. Et à vrai dire de manière frappante, comme si était ici anticipé l’instant où le Fils ne voudra plus la connaître. « Qu’est-ce que ma divinité a à faire avec ton humanité? Qu’y a-t-il entre toi et moi? Qui sont ma mère et mes frères? » Au début, on est disponible à tout, dans une disponibilité active, totale. Puis celle-ci est tellement accaparée par l’Esprit que son caractère actif disparaît pour ainsi dire. Cela devient toujours davantage une disponibilité de l’Esprit dans la Mère.  » Ce n’est plus moi qui vis, c’est l’Esprit qui vit en moi ». Cette conscience provoque en elle une sorte d’effroi. Au début, c’était : J’irai avec toi aussi loin que tu veux. Et maintenant : Ô Dieu, même si je voulais dire non, je ne le pourrais plus parce que l’Esprit en moi est maintenant plus fort que moi (122).

83. La dignité de la reine

Récemment j’ai vu Marie quand elle était enceinte; les mots de sa prière étaient presque pauvres, mais son attitude était celle de la reine du ciel, avec la dignité de celle qui attend… Incroyable dignité de la femme enceinte. Dieu fait irruption dans notre indignité pour nous apprendre à vivre en l’attendant et nous donner ainsi une dignité. En s’abaissant à devenir celui qui est attendu dans le sein de sa Mère, le Fils a donné à l’humanité une qualité nouvelle qui se trouve en toute attente dont Dieu s’est réservé l’accomplissement et qui peut être alors appelée le fruit de la prière. Car Marie attend ce qui est déjà en elle; tous ceux qui espèrent chrétiennement attendent ce qui est déjà en eux : la Parole de Dieu qui se fait homme, qui s’accomplit selon sa propre promesse (119).

84. Heureux de rencontrer Dieu

Pour Adam avant le péché, la relation à Dieu le Père était quelque chose de tout à fait évident, même si ce n’était pas formulé. Bien qu’il y eût dans cette relation beaucoup de surnaturel, Adam, qui avait encore le don de discernement, devait néanmoins la considérer comme quelque chose de « naturel », de donné, comme faisant partie de son existence telle que Dieu la voulait. Que Dieu se promène dans le paradis quand et comme il lui plaît ne faisait aucun problème pour Adam qui était tout à la fois rempli d’attente et sans attente. Rempli d’attente, parce que l’homme sans péché était toujours heureux de rencontrer Dieu à nouveau, et cependant il ne prétendait pas avoir droit à une nouvelle rencontre du fait d’une rencontre précédente. Sans attente, parce que tout ce qui était, tel que c’était, était bon et que l’homme ne portait pas de jugement sur la proximité ou l’éloignement de Dieu. Entre-temps Adam s’occupait de choses qui faisaient partie de la bonne création de Dieu, avec des pensées qui ne l’éloignaient pas de Dieu. Si bien que les allées et venues de Dieu prenaient dans la vie d’Adam une place « naturelle ». Avec le péché d’Adam, ce naturel prit fin. Adam préféra sa volonté à la volonté de Dieu, il essaya de se construire lui-même un monde dans lequel il donnerait satisfaction à ses désirs et à ses appétits sans que Dieu y mette le nez. Il essaya donc de se cacher. La manière pour Caïn de se cacher s’exprimera de manière encore plus forte. Avant la chute, Dieu n’avait pas besoin de montrer sa force; maintenant, il la montre comme étant la force capable de faire paraître au grand jour l’homme qui se cache. Et pour que le pécheur puisse reconnaître cette force, il ne doit pas oublier totalement comment c’était avant la chute; le « naturel » de la présence de Dieu autrefois doit lui être gravée dans la mémoire. C’est pourquoi Dieu lui donne la foi : une relation de l’homme à Dieu, entretenue par Dieu, façonnée par Dieu quant à sa forme et quant à son contenu (186-187).

85. Un homme peut être bon

Avant l’incarnation, chaque personne divine éprouve ce qu’il y a d’offensant dans le péché avant tout dans les autres personnes; et le Fils devient homme avant tout pour expier l’offense faite au Père et à l’Esprit. En tant qu’homme, il montrera au Père qu’un homme peut être bon, que le mal ne provient donc pas du Créateur et il détournera du Père les traits du péché en les dirigeant sur lui à la croix (110).

86. Mon enfant est ton enfant

Sans le Fils, le Père ne serait pas Père. Toutes les personnes se déterminent mutuellement. Et le Père tient tellement à ces dispositions que, dans l’éternité, il ne cesse d’engendrer le Fils et il tient tellement aussi à l’échange d’amour dans l’Esprit Saint qu’éternellement il fait souffler l’Esprit où il veut, il le fait être éternellement Esprit d’amour entre le Fils et lui. Quand un homme fait un enfant à sa femme, il pose un acte qui voudra dire dans l’éternité : mon enfant est ton enfant. Si cette disposition a tant de force entre humains, elle sera en Dieu encore incroyablement plus forte (104).

87. Chaque instant

L’acte de la rédemption sur la croix possède intérieurement une actualité perpétuelle, sa résurrection tout autant; à partir de ces deux faits, on peut deviner la vie éternelle qui est cachée dans toutes les situations de la vie du Christ. Peu importe que l’éternel se voile ou se dévoile davantage dans une action particulière; Dieu agit toujours pour que ce soit le mieux pour notre salut. Un peu comme il en est pour les amoureux : peu importe qu’ils soient habillés ou déshabillés, à moitié ou totalement, l’amour n’est pas moindre dans un cas que dans l’autre. Ainsi en est-il des relations du Seigneur avec ses disciples croyants… Chaque instant est orienté directement vers la vie éternelle (99-100).

88. Les mendiants

Le Père ressemble à un homme riche qui voudrait tout donner à son fils bien-aimé, mais son fils lui a amené à la maison un tas de mendiants qu’il faut habiller et nourrir. Et finalement le Père lui-même a accordé au Fils la permission de lui amener à la maison tous les pauvres qu’il ramasse un peu partout. C’est ainsi que le Père doit maintenant répartir. Il a engendré ce Fils, il lui a donné de quoi vivre, ses « principes ». Mais le monde qu’il a créé a une ressemblance avec le Fils qu’il a engendré, et le Fils est attaché à ce monde même après qu’il s’est éloigné du Père. Les mendiants ont causé beaucoup de dommages dans la maison et le Fils veut se charger lui-même de tout remettre en état. Cela crée une situation très complexe que le Père ne doit pas perdre de vue; et en tenant compte de tout, pas seulement du Fils… La relation du Fils au Père inclut la relation du pécheur à Dieu. Sur la croix, les péchés doivent être effacés devant Dieu. Mais tous les croyants aussi, avec leurs peurs et leurs difficultés, sont inclus dans l’œuvre de la rédemption (268).

89. La semence

L’Esprit, semence de Dieu dans le monde (425-426).

90. L’eucharistie du Père

Marie reçoit le Fils dans son sein comme l’eucharistie du Père, comme le pain du Père… Puis le Fils donne son corps dans l’eucharistie. La pensée du Père que le Fils se fasse chair était si belle que le Fils ne sait rien laisser de meilleur derrière lui que l’eucharistie qui a son origine dans l’incarnation en tant qu’eucharistie du Père (529-530).

91. Le mouvement

Car la vie tripersonnelle de Dieu est mouvement éternel parce que le Père lui-même est dans le mouvement éternel d’engendrement et de procession; jamais le Père ne se repose en lui-même, en tant qu’amour le Père se communique éternellement. Et du même mouvement du Père sort aussi sa création. Et de même que le Fils et l’Esprit sont dans un mouvement éternel qui sort du Père et retourne au Père, de même le Père veut introduire sa création dans ce mouvement trinitaire et, en envoyant son Fils et l’Esprit, il ouvre au monde ce mouvement éternel. Chaque jour où, en tant que chrétien, je ne grandis pas vers Dieu est pour moi un jour de mort; mais je peux grandir parce que Dieu se communique à moi chaque jour de manière trinitaire (87).

92. Comme l’artiste qui signe son tableau

Tant que le Fils est dans sa mission terrestre, il témoigne du Père et de l’Esprit. Dans la résurrection il témoigne en même temps de lui-même. Comme un artiste qui signe son tableau, comme un acteur qui, après la pièce, se présente devant le rideau. Le Fils peut le faire à la fin, après qu’il a livré tout ce qu’il avait : il a déposé sa divinité dans les souffrances, il a rendu l’Esprit au Père, il s’est défait de son humanité dans la mort. En ressuscitant, il montre que tout cela était une œuvre de Dieu, qu’il l’a fait en tant que Dieu infini qui est en même temps l’homme accompli. Dans la résurrection, le Père et l’Esprit ne sont pas seulement actifs mais, comme le Fils, ils reçoivent aussi : ils reçoivent dans leur sein comme une communion l’Homme-Dieu accompli : c’est le don de soi eucharistique du Fils incarné à la divinité. Il apporte sa chair et son sang dans l’échange trinitaire. Parce que le Fils s’est défait de tout et qu’à la fin il n’a plus rien, il peut donner son tout à tous : au monde comme à Dieu lui-même (95).

93. Le Fils confie au Père ses « talents »

Quand le Fils, durant sa Passion, dépose auprès du Père tout ce qui peut le réconforter, cela se trouve alors réellement auprès du Père. Mais ce qui est déposé n’a pas une existence isolée, indépendante, cela fait partie de l’ensemble de sa mission comme un aspect qui, maintenant justement, pour que la mission soit complète, doit être incompréhensible. En tant que dépôt, cela appartient aussi au Père et est à sa disposition, et le Père a le droit de le changer. Ce qui est déposé n’est pas un dépôt figé, cela doit occuper une fonction dans l’ensemble de la mission. Cela profitera à l’humanité parce que, par amour pour elle, le Fils renonce à tout sur la croix. Ce sont les « talents » que le Père lui a donnés comme au bon serviteur et qui doivent rapporter. Ils portent du fruit pour le Père bien que, sur la croix, le Fils ne sache pas ce qu’ils deviennent, car il les a donnés sans condition. Il ne les a pas déposés pour en disposer quand même encore plus tard (47).

94. La semence de l’inspiration

Toute inspiration qui vient de Dieu oblige à une réponse adéquate dans notre vie. La raison pour laquelle Mélanie s’est tellement écartée de sa première mission tient au fait qu’elle n’était pas disposée à adopter l’attitude exigée par l’inspiration. Il y a une direction qui est donnée par l’inspiration comme il y a pour le Christ une sorte de direction par les prophéties. A Mélanie, et à bien d’autres qui lui ressemblent, fut refusée la fécondité parce qu’ils n’offrirent pas le sol qu’il fallait pour la semence de l’inspiration déposée en eux. Et de même que l’enfant que porte une femme enceinte modifie ses formes aux yeux de celles qui ne sont pas enceintes, ainsi les prophéties et les inspirations modifient la forme de vie du Seigneur et de ses inspirés aux yeux de ceux qui ne sont pas inspirés. Mais cette modification n’a rien de négatif, elle est une forme d’accomplissement : fécondité physique ou spirituelle. Si une femme enceinte se fait remarquer dans la compagnie de femmes qui ne sont pas enceintes, c’est par un plus dont elle est seule à bénéficier. Comme le signe qu’elle a mis tout son corps au service du fruit en devenir. De même l’accomplissement dans la vie du Christ des prophéties qu’il assume est le signe qu’il apportera au monde un fruit vivant (172).

95. L’erreur fatale

La grande et fatale erreur de l’Eglise aujourd’hui est de penser qu’on peut enfermer l’Esprit Saint et pour ainsi dire l’emprisonner. Tous les chrétiens sont fécondés un jour ou l’autre par l’Esprit Saint, mais il ne leur est pas permis de se replier sur ce fruit. L’Esprit a des modes de fécondation que nous ne connaissons pas. Ce qui est sûr, c’est que ses fruits mûrissent pour la vie éternelle, c’est pourquoi ici-bas on ne peut jamais les connaître définitivement (162).

96. Paradis et résurrection

Adam vivait dans le paradis comme dans une sorte de noviciat pour la vie dans le ciel; il n’aurait pas quitté le paradis par une mort réelle. Il y aurait eu une transformation instantanée… Au commencement, le Créateur ne séjournait pas seulement au ciel (« de manière permanente ») mais aussi sur terre (« se promenant de temps en temps »)… peut-être aussi à la manière dont le Fils, après la résurrection, non seulement séjourne auprès du Père, il apparaît aussi de temps à autre à ses disciples (51).

97. L’irruption de la grâce

Les différents « exercices » spirituels du chrétien – prier, méditer, faire pénitence, lire, etc. – n’ont tous leur sens que pour l’instant de l’union immédiate et simple avec le Seigneur. Mais la vision vient quand elle veut… Pour la plupart des chrétiens, cette vision s’appelle : bonheur de la proximité, certitude de la mission, participation dans la foi à la vision de Marie et à celle du Fils. La certitude de la foi est quelque chose de si beau que, si on nous invitait à choisir entre elle et la vision, on ne saurait pas ce qu’il faudrait choisir. Pour tous les chrétiens, c’est la même expérience soudaine : tout d’un coup le Seigneur est là. Du passé au présent il n’y a pas de chemin visible. C’est l’irruption de la pure grâce (160).

98. Etre Epouse

L’Eglise en tant qu’Epouse n’a pas le droit d’imposer à l’Epoux la manière dont il doit s’y prendre avec elle. Si intime que puisse être la relation, il n’est pas permis qu’elle devienne telle que l’Epoux soit modelé par l’Epouse. Les droits qui sont accordés à l’Epouse ne peuvent pas toucher au pouvoir de l’Epoux : c’est lui qui décide. Il a le droit d’être devant Dieu le Père tel que le Père le veut sans que l’Epouse intervienne. Il doit dépendre directement de Dieu. Quand l’Epouse comprend cela, elle a peur (276).

99. Une mère qui a plusieurs enfants

Nous avons une idée de l’amour du Père pour le Fils, car nous connaissons entre humains quelque chose de comparable et nous pouvons en quelque sorte exhausser nos expériences à l’infini. Et quand nous essayons de penser l’Esprit tant bien que mal, nous voyons que le Père non seulement aime la personne de l’Esprit comme celle du Fils, mais aussi qu’il aime la relation d’amour entre le Fils et l’Esprit et qu’il reçoit un fruit de cette relation d’amour : elle est importante pour le Père, elle l’enrichit, il l’aime et compte sur elle. De même une mère qui a plusieurs enfants est enrichie par chaque nouvel enfant, non seulement par sa nouvelle relation à l’enfant, mais aussi par la relation du nouvel enfant avec ses frères et sœurs, et par la relation de chacun d’eux avec les autres. Par cette image, il pourrait même sembler qu’on pourrait saisir plus facilement les relations des trois personnes divines que la relation d’une mère à ses dix enfants. Cette impression se dissipe quand on prend en considération le fait que Dieu le Père trouve si infiniment parfaites ses relations au Fils et à l’Esprit et les relations du Fils et de l’Esprit que, pour en exprimer quelque chose, il crée l’univers (90).

100. L’allumette

Chaque œuvre de Dieu Trinité est faite en commun, mais de telle manière que c’est une personne qui agit et que les deux autres accompagnent et collaborent. Le Père est le Créateur du monde parce que l’acte du Créateur correspond à l’acte d’engendrer. De même qu’il engendre le Fils, il crée le monde. Ce que fait une personne correspond chaque fois à la volonté trinitaire. Celui qui aime cherche à adapter le plus possible sa volonté à celle de l’être aimé. Il a le désir de faire exactement ce que l’autre décide. Si celui-ci cherche des yeux un objet, celui qui aime se lève pour aller le chercher et le lui donner, et celui-ci va recevoir l’objet comme enrichi par celui qui aime et il va préférer le dessein de celui qui aime au sien propre. Il préférera prendre l’allumette qu’on lui tend même si au même instant lui-même en aurait trouvé une. Dès que tu intègres ton dessein dans le mien, je préfère ton dessein au mien. Les personnes divines restent distinguées, mais les actes de leur volonté s’ouvrent les uns aux autres et s’habitent mutuellement. – De toute éternité le Père engendre le Fils, et l’Esprit procède des deux : l’ordre des processions coexiste avec l’éternité. Selon l’ordre, on peut supposer le moment où les volontés du Père et du Fils s’accordent pour faire procéder l’Esprit. Mais il y a aussi le moment où le Père et l’Esprit acceptent de laisser le Fils devenir homme. Dans le premier exemple, où la procession de l’Esprit est basée sur les propriétés personnelles de Père et de Fils, on peut voir quelque chose de ce qui dans le second exemple, qui est une action ad extra, est appelé appropriation, étant donné que lorsque l’Esprit couvrit la Vierge de son ombre l’acte de création du Père dans le monde est prolongée et le résultat en est l’incarnation du Fils qui se laisse devenir homme (80-81).

La suite en 32/2.

Hôtellerie
Vous souhaitez faire une pause spirituelle ?

Hôtellerie de l'Abbaye

Spiritualité
Découvrez les richesses de la foi avec d'autres croyants.

Spiritualité

Paroisse
Célébrez les mystères de la foi avec d'autres croyants.

Wisques - Paroisse


LiensMentions légales | création site web arsitéo