32 B. L’année de la foi avec AvS

 

 

32 B


L’année de la foi

 

avec

 

Adrienne von Speyr

 

II

 

 

61. Les liens de l’amour

Quand quelqu’un aime et que son amour est authentique, le critère peut en être que le lien dans l’amour est ressenti comme une liberté. Tout ce qui unit ceux qui aiment est si valable qu’aucun désir ne s’éveille après l’autre. Si la relation de ceux qui s’aiment, leur vie commune, leur comportement sont vus du dehors, avec les yeux de ceux qui n’aiment pas ou qui aiment autrement, tout paraît un manque de liberté, des liens, des limites. Si par contre celui qui les regarde a l’expérience d’un amour semblable, cette impression disparaît (25).

62. La proximité de Dieu

Plus un être humain est pur, plus il se trouve proche des anges. Avant de voir l’ange, Marie vivait dans une très grande proximité avec les anges, mais sans le remarquer. Elle n’a pas non plus en quelque sorte plus d’affinité pour un ange que pour un autre, mais elle a à vrai dire une intuition peu commune du monde angélique dans la mesure où il représente la proximité de Dieu. Dans sa prière et quand elle a des pensées qui viennent de Dieu, elle vit dans l’atmosphère des anges. Cette atmosphère n’est pas seulement caractérisée par l’absence de péché, elle est toute remplie de pureté rayonnante. Ce n’est pas seulement la proximité de Dieu qui caractérise Marie, c’est aussi le caractère propre de ce qui est angélique. Quand ensuite Marie arrive au ciel, elle donne – le terme « donner » est ici tout à fait indiqué – aux anges, en reconnaissance pour l’apparition et pour sa vie, quelque chose qu’elle a acquis en tant qu’être humain. Les anges ont apporté à sa vie sur terre une proximité de Dieu et une connaissance de Dieu, elle répond à cela en apportant aux anges une connaissance particulière de l’humain. Il y a derrière cela une expérience qui ne provient pas seulement du fait qu’elle est sans péché, mais aussi du fait de ses relations avec le Fils devenu homme; comme si tout le domaine humain – qui lui appartient bien sûr, le fait qu’elle a été préservée de la faute aussi bien que l’expérience terrestre qu’elle a de son Fils et l’expérience maternelle qu’elle a connue avec lui dans sa vie et ses souffrances – avait reçu une extension et une importance qui même pour les anges sont nouveaux et essentiels.  Et que la Mère introduise son expérience dans le monde angélique a des conséquences quand les hommes arrivent au ciel et sont introduits dans le monde céleste. Nous comprendrons plus rapidement, nous serons plus vite comme chez nous quand les anges nous expliqueront la vie céleste à la manière de la Mère et de ses relations aux personnes divines (43-44).

63. Le Je vous salue Marie

Dans la prière la plus simple, un Ave maria par exemple, le croyant se représente quelque chose; on connaît beaucoup d’images de la Mère de Dieu : avec l’enfant dans les bras, remplie de bonheur et de paix; on comprend qu’elle est bénie entre toutes les femmes, pleine de grâce. La grâce provient du ciel, elle est invisible et elle reçoit pourtant dans la prière une certaine expression visible. On peut se représenter et ne pas se représenter ce que veut dire être pleine de grâce, on peut se représenter et ne pas se représenter ce que veut dire tenir l’enfant Jésus dans ses bras. Le croyant réfléchit à tout cela et la prière n’a pas besoin alors d’un acte spécifique de l’intelligence; malgré ce qui est incompréhensible, c’est quelque chose de paisible et de beau, et même l’incompréhensible qui est là est exaltant, comblant, il fait participer à sa transcendance. L’Ave Maria quotidien, même répété d’innombrables fois, ne s’use jamais. Le mystère se rapproche; dans son caractère de mystère, il devient plus digne d’être aimé, il nous fait pressentir la plénitude de Dieu. Surtout son amour. La Mère et son enfant tissent dans cet amour; on sent comment il rayonne d’eux. Ils ne repoussent pas, au contraire ils attirent, ils partagent. Et le surnaturel dans la Mère et l’enfant fait que la prière qui les salue devient un salut surnaturel. Si cela n’était pas, cette prière nous dégoûterait depuis longtemps (60-61).

64. Le mouvement

Comme le Fils s’est fait homme pour témoigner du Père, ainsi l’Esprit agit dans l’Eglise pour témoigner du Fils. Tout ce qu’il touche, il l’entraîne vers le Fils, comme le Fils essayait de tout mettre en mouvement vers le Père (419).

65. Le comment

Tout croyant qui se sent la mission de mettre en lumière des aspects de la révélation divine devrait posséder des connaissances approfondies tout autant qu’un sens profond du mystère. On peut résoudre correctement certaines questions qui concernent la Bible ou l’Eglise ou la vie chrétienne : « C’est comme ça! » Mais derrière chaque « C’est comme ça », émergent d’innombrables Comment est ce « comme ça »? » Justement parce que le « comme ça » est clair, l’espace est libre pour le « comment? » La réponse  laisse place à la nouvelle question (27).

66. Les poissons dans l’eau

Le Fils ne peut pas se contenter de la seule nature adamique. Il ne peut pas non plus être seulement le Fils du Père qui aurait encore assumé la chair, en quelque sorte accessoirement. Il doit entrer en communion avec l’humanité déchue et, à partir d’elle, établir le contact avec le Père. Mais l’Esprit Saint est l’élément objectif qui le met constamment dans une juste relation avec le Père quel que soit son état : Dieu au ciel, homme adamique, homme dans le monde déchu. En tant que représentant de l’humanité déchue, le Fils est constamment préparé par l’Esprit à savoir que le Père est offensé. Il ne suffirait pas que le Fils n’ait que l’expérience humaine du péché, il doit en même temps savoir l’effet du péché sur Dieu. Ceci d’autant plus qu’il est venu pour glorifier le Père et faire sa volonté. On peut le dire comme ceci : l’Esprit Saint empêche que le Fils fasse tellement de l’affaire du Père sa propre affaire que l’œuvre de la rédemption perde son caractère trinitaire. Le Fils devenu homme n’est pas le représentant de la Trinité, ici-bas isolé et abandonné à lui-même. L’unité et la relation éternelles entre le Père, le Fils et l’Esprit sont maintenues par l’Esprit pour le Fils devenu homme. Si ce n’était pas le cas, il pourrait sembler que Créateur et créature, Dieu le Père et le Fils homme soient fusionnés  dans le Christ dans une unité qui finalement absorberait tout en soi, Dieu et la créature. Mais quand le Fils est envoyé, le Père reste justement celui qui envoie, et le lieu aussi où le Fils est envoyé, le monde, subsiste en tant que tel. Sans doute le Fils sert-il de médiateur entre Dieu et le monde, mais il n’absorbe pas les deux dans son unité de médiateur. Il est certes de même nature que le Père et de même nature que l’homme; mais ni le Père ni le prochain ne se perdent en lui. Et le Fils est certes la forme intelligible dans laquelle Dieu Trinité se donne à nous, mais la forme ne supprime le contenu qui s’exprime, la Trinité.

Le Fils peut aussi être comparé à des lunettes qui nous permettent de voir Dieu plus clairement : si la vision en tant que telle participe au divin, le contenu pourtant qui est vu ne disparaît pas dans la vision. Entre la « forme » et les « lunettes » il n’y a pas contradiction, car le Fils est Dieu : en tant que tel, il transmet aussi bien ce qu’on peut voir de Dieu que ce par quoi Dieu peut être vu. Mais d’autre part la « forme » n’est aussi que l’homme qui peut être vu et en qui Dieu se voile, et les « lunettes » sont cette vision de Dieu qui justement voit dans cette forme le caractère caché de Dieu et son incompréhensibilité. Sans cette compréhension, il n’y a pas d’accès au Père par le Fils en tant que « chemin » et « porte ».

Le Fils est donc en même temps moyen et but; moyen, afin que par lui nous arrivions au Père; but, en ce sens que nous ne trouvons pas le Père derrière lui mais en lui. La tension entre le fait d’être moyen et le fait d’être but, c’est l’Esprit Saint; ici il est le et. Le et entre le Fils et le Père, entre Dieu devenu homme et Dieu en soi, et de plus entre le caractère de moyen et le caractère de but dans le Fils lui-même. C’est l’Esprit qui nous procure la vision binoculaire. Dieu est devenu homme afin que Dieu ne nous apparaisse pas seulement superficiellement, mais en relief et en stéréoscopie. S’il en est ainsi, il ne faut jamais oublier que ce relief du Fils provient du fait qu’il est Dieu et qu’il est homme. C’est son unicité qui nous empêche de nous montrer familiers avec lui sans garder les distances parce que le Père serait soi-disant trop grand pour nous et que pour cela nous devrions nous en tenir au Fils. Il est tout aussi peu permis de nous attacher au Père comme à quelque chose de sûr et de solide tandis que pour le Fils  avec sa Passion tout resterait mouvant et  déconcertant.

Quand nous sommes perdus dans la contemplation de poissons dans l’eau, notre regard s’arrête à leurs formes et à leurs mouvements, et nous oublions qu’ils sont dans l’eau. Mais l’eau est indispensable pour qu’après tout ces formes subsistent. C’est ainsi que le Fils devenu homme existe et se meut dans l’Esprit Saint (176-177).

67. La grâce

Quand, dans la prière, je sens la grâce, quand je sais que je suis saisie par la surnature ou quand je reçois de Dieu une mission et que je m’y trouve parfois confirmée d’une manière qui reste inexplicable naturellement,  ou quand une conduite m’est tracée qui s’avère juste par la suite, quand une vérité m’est donnée à laquelle je n’avais jamais pensé jusque là, j’expérimente bien quelque chose de terrestre, mais quelque chose qui est conditionné par du céleste. Il se peut qu’un succès confirme la justesse de mon obéissance, mais ce n’est pas nécessaire, sans cela je peux aussi  être certaine de mon affaire. Peut-être que plus tard un mot de l’Ecriture sainte me montrera la vérité de ce que je fus amenée à faire. (Mais le directeur de conscience a ici sa place : le Fils fait tout en présence du Père, celui qui prie fait tout en présence de l’Eglise, l’envoyé fait tout en présence de son guide : et il peut suffire que celui-ci juge de la justesse d’une action). Je comprends que quelque chose se passe en moi par la grâce (dans quelle mesure je le « sens » est secondaire). La grâce « arrive » en moi. Je vois des résultats d’une conduite surnaturelle tantôt dans des événements et des hasards providentiels extérieurs, tantôt dans des connaissances, des clarifications : quelque chose tombe à point sans que je puisse m’en désigner comme la cause. Mes sens ne sont pas un obstacle fondamental à l’expérience de la grâce, ils peuvent être utilisés pour cela, mais la grâce peut aussi s’imposer sans eux.

Je ne peux pas préciser la « partie » du chemin de la grâce jusqu’à moi où se trouve sa plus grande efficacité. Peut-être que Dieu m’envoie davantage que ce que je reçois. Peut-être moins, parce qu’il a créé en moi une sorte de dépôt de grâce qui est activé par une petite impulsion. Il peut se faire qu’un cœur qui brûle dans la grâce demeure dans un feu latent et qu’une petite étincelle venant de Dieu suffit pour changer le tout en un feu flamboyant, insatiable. On voit tout d’un coup que des mots comme « peu » ou « beaucoup de grâce » n’ont aucun sens. Ce que Dieu fait et ce qui se passe en nous ne peut ni se mesurer ni se comparer. Mais le « dépôt » est cependant important : si dans la nature de quelqu’un qui prie il y a beaucoup de réalité surnaturelle qui est présente, vient un moment où la grâce l’emporte sur la nature, où la nature n’utilise plus la grâce pour celui-ci ou celui-là, mais où la nature devient une fonction de la surnature. Et quand cette prédominance de la surnature atteint le point déterminé par Dieu, alors, si Dieu le veut, les sens aussi  peuvent être touchés par la grâce de telle sorte que le monde céleste devient accessible, que soit franchie la limite de ce qu’on appelle la mystique  (62-63).

68. Le manteau

L’acte qui nous fait avouer notre péché appartient déjà au Royaume; du moins la confession exige-t-elle de l’âme une parfaite nudité, même si l’Eglise jette un manteau sur ce qui a été dit (514).

69. Eucharistie

Dans l’eucharistie, il y a d’abord comme un emprisonnement, une revendication corporelle. Le Seigneur tient fermement celui qui communie pour agir en lui. Il doit tenir bon en renonçant à disposer librement de lui-même. Il s’est approché librement de la communion, mais voilà l’instant où le Seigneur a besoin de lui. Une femme ne peut pas s’enfuir au cours de l’acte sexuel. Dans l’eucharistie, le corps du Seigneur a besoin du corps et aussi de l’âme de celui qui croit en lui : l’homme tout entier devient le toi du Seigneur (532).

70. Imaginer la Passion

 

 

 

Que le Fils ne puisse pas imaginer la croix rend la Passion nettement plus difficile. Car s’il pouvait l’imaginer, il pourrait aussi se représenter Pâques. Il n’y aurait plus alors de limite pour imaginer, mais la Passion serait alors limitée et c’en serait fait de l’indifférence du Fils. Ce qui est décisif, c’est que la Passion viendra quand, comment et où le Père en décidera. Ce qu’il veut, c’est ce que je préfère. Dans cette attente du Fils, il ne peut y avoir de sa part aucune impassibilité, mais une pleine vigilance pour tout ce qui est exigé. « Le troisième degré d’humilité » qui inclut le second : par le péché, le Père a souffert un outrage infini, donc le Fils doit préférer détourner cet outrage du Père et le prendre sur lui. Mais l’indifférence ne se trouve pas seulement dans le fait qu’il est prêt, qu’il s’offre, mais aussi dans le fait qu’il ne se permet rien lui-même, qu’en s’offrant il respecte le mystère du Père sans poser de questions (224).

71. Présence

Nous sommes invités aujourd’hui à vivre avec le Seigneur qui séjourne parmi nous. Nous participons en toute simplicité à la vie des contemporains du Seigneur : il nous est permis de goûter sa présence parmi nous (530).

72. Communion

Vu du dehors, il peut sembler étrange que l’Eglise catholique accorde tant d’importance aux péchés de la chair. L’une des raisons en est qu’il y a une vraie communion du corps du Seigneur avec notre corps, et qu’elle exige la parfaite pureté de notre corps, une totale disponibilité de ce corps pour lui… Le modèle est Marie dans la conception de son Fils. En elle s’accomplit la parfaite communion corporelle. Son corps répond exactement à l’attente du Fils, car ce corps est sans tache, sans péché, virginal. Le Fils, comme un fiancé, trouve tout prêt comme il le désire quand il entre chez sa fiancée, même les choses dont elle n’est pas expressément au courant et qu’elle ne se représente pas consciemment. Il semble presque accidentel que Marie soit vierge, de son point de vue à elle; il n’est peut-être pas très clair pour elle qu’il est très important qu’elle le soit (249).

73. Les mains du Père

Le Fils n’aurait aucunement mieux fait de se taire au jardin des oliviers; le Père a besoin de cette ouverture pour être en communion avec lui. La scène du jardin des oliviers se retourne à la croix où le Fils remet son âme entre les mains du Père (473-474).

74. L’Esprit Saint

Après Pâques, l’Esprit Saint est envoyé par le Fils. Mais pour l’Avent, c’est l’Esprit qui apporte le Fils au monde. Comme la mère tout d’abord porte son enfant et l’allaite et lui donne de sa force et de sa substance; ensuite, plus tard, elle est portée et guidée par son enfant. Dans cette réciprocité de la mère et de l’enfant, ce sont la force et la faiblesse humaines qui jouent un rôle, tandis que pour la réciprocité du Fils et de l’Esprit c’est l’amour divin seul qui décide. Dans l’échange des fonctions, c’est tantôt l’Esprit qui exprime au Fils son amour, tantôt le Fils qui exprime son amour à l’Esprit, tantôt il ressort que c’est le Fils qui se laisse faire, tantôt l’Esprit, tantôt c’est l’obéissance de l’un qui est visible, tantôt celle de l’autre. (404).

75. Les mots de Jésus

Jésus enfant grandit et dit ses premiers mots. Sa mère les lui apprend, mais la mesure de leur vérité se trouve en Dieu. Les mots que sa mère lui dit sont vrais. Mais chaque mot que le Fils reprend en tant que parole du Père contient une vérité plus grande parce que divine. Chaque mot subit une extension qui va jusqu’à la plénitude divine. Quand sa mère perçoit quelque chose de cette plénitude, elle mesure la distance qui sépare Dieu de l’homme, mais aussi que la vérité de la foi est toujours plus grande. Son expérience ressemble à ce qui arrive à un converti qui a une image toute faite de l’Eglise et des sacrements et de la foi et qui, avec cette image limitée, acquiesce quand même déjà en même temps à toute la vérité qui est pour lui encore totalement hors de sa portée. Tout à coup les couleurs se font beaucoup plus vives, les nuances beaucoup plus riches, chaque partie de la doctrine contient plus qu’il ne l’avait supposé. Les sacrements, il ne les connaissait d’abord que par ouï-dire; en les recevant, il fait l’expérience que leur substance n’est jamais épuisée.

Pour les mots du Fils qui grandit, il s’agit souvent des plus petites choses du quotidien, mais souvent aussi de choses plus profondes qui sortent de lui selon son âge et sa croissance spirituelle, qui sont exprimées jusqu’à ce que finalement soient mûrs les mots du discours sur la montagne et les paraboles et tout ce qu’il dit du Père et de son royaume céleste. Ce qu’il y a de toujours plus grand dans ses paroles, on pourrait en suivre la trace depuis ses premiers mots balbutiés jusqu’à sa dernière parole sur la croix qui est à nouveau balbutiée. Sa mère, qui a toujours vécu dans une parfaite disponibilité, y persévère; sa disponibilité n’a rien d’abstrait, elle n’est pas prête seulement pour un cas qui surviendrait éventuellement, elle est constamment  adaptée à ce qui est plus grand et qui s’annonce dans son Fils. Elle est exactement prête pour ce qui se présente. Et en le saisissant de toute son âme, elle n’est pas moins prête pour toute autre éventualité. Elle ne se réserve pas pour quelque chose qui viendra, que ce soit quelque chose qu’elle connaît ou quelque chose qui lui est voilé, elle s’engage toujours totalement : aussi bien dans l’instant présent que pour ce qui se présentera plus tard. Par là elle reçoit par le présent une expérience tout à fait  certaine : c’est la présence de quelque chose qui est au-delà du temps. Ce qui se passe pour elle  est compris dans la profondeur d’une Providence éternelle, cela ne peut pas  se détacher de ce qui était et de ce qui vient, cela s’insère dans l’obéissance indivisible qu’elle offre. Dans ses petites obligations domestiques, elle demeure la femme simple, et pourtant la parole de son Fils travaille en elle dans le calme. Cette parole grandit en elle comme un arbre. Elle se développe et lui fournit les contenus que son Fils y a mis, parce que les paroles aussi qu’il a apprises d’elle ou d’autres et dont il connaît la signification humaine, sont  élargies jusqu’à leur vrai sens en Dieu.

Et quand maintenant nous aussi nous disons les mots de l’évangile ou des prières de l’Eglise ou de nos propres prières, nous devons apprendre de Marie à rester dans une disponibilité ouverte vis-à-vis du mot chrétien. Par le mot donné, cette disponibilité peut devenir chaque fois, ici et maintenant, un fait de réception et  d’acquisition, et par là la réalisation d’une nouvelle vérité plus grande, d’une foi vécue plus profondément. Chaque mot chrétien exige de nous une réponse, et chaque réponse doit se justifier elle-même : elle ne peut pas être une réponse des lèvres ou de mots appris, elle doit être une réponse comme service ainsi que l’exige l’urgence de la vérité chrétienne. Qu’un incroyant dise n’importe quel mot, c’est une chose; qu’un croyant utilise le même mot, c’est autre chose, car le croyant est obligé d’accorder sa place à Dieu dans la plus petite chose qu’il dit. S’il néglige de le faire, il s’éloigne de la vérité, il laisse la parole se réduire et il l’utilise finalement comme le fait le non croyant, dans une négation pratique de Dieu, dans un rejet de sa foi et de sa responsabilité existentielle.

Les mots que Marie apprend à son Fils sont bien des mots de la foi, et donc bien des mots de vérité. Mais comme tous les mots chrétiens, ils ne se raidissent pas, ils doivent devenir une vérité plus grande, par Dieu ils doivent faire découvrir en eux  une vérité à laquelle  au début on ne pensait pas du tout. Marie non plus ne savait pas tout ce qu’il y avait dans ses mots. Que ceux-ci reçoivent dans la bouche du Fils un sens plus grand, elle l’accepte sans protester et elle laisse ce sens devenir en elle un fait. Le fruit, elle le remet entre les mains du Fils, à sa disposition. Le mot est ainsi un cadeau qui va et vient et il produit son fruit comme la vérité toujours plus grande (19-21).

76. Les anges s’adaptent

L’apparence des anges varie selon les transformations et la maturation des hommes. Ils ont pour ainsi dire une expérience qui est toujours un peu en avance sur l’expérience de l’homme qui est guidé par eux. Et cela, bien que leur expérience soit toujours non partagée;  mais il y a une adaptation de l’ange à chaque état de l’être humain. Un peu comme le visage d’un adulte se modifie quand il parle avec un enfant ou aussi quand un enfant plus âgé parle avec un plus jeune : celui-ci trouve cela infiniment avisé et cela peut lui apprendre beaucoup. Quand l’homme désespère de comprendre quelque chose de Dieu, l’ange explique, il précède de quelques pas. Cette adaptation est aussi une affaire de confiance : l’ange apparaît de manière à inspirer à l’homme le plus de confiance possible. Le toujours-plus de Dieu est représenté chez l’ange par un quelque chose en plus.          

Les anges constituent comme une sorte d’atmosphère entre le ciel et la terre, entre l’Esprit Saint absolu et notre condition d’êtres limités. Cette atmosphère  n’est pas une « couche intermédiaire », mais toujours une médiation. Les anges servent d’intermédiaires de Dieu à l’homme et de l’homme à Dieu, et il est impossible d’exclure leurs missions (45).

77. La Trinité

Quand un chrétien reçoit des grâces sans paroles ou qu’il voit d’autres en recevoir de semblables, il sait alors qu’elles proviennent de Dieu Trinité, mais non de tel ou tel côté du triangle. Si aucune explication particulière s’ensuit, les trois personnes y ont part dans leur réciprocité; il faudrait un avertissement ou un signe pour lui indiquer que l’une des personnes divines s’est adressée à lui d’une manière particulière. En Dieu, on ne peut pas préciser l’origine de la grâce s’il ne le fait pas savoir explicitement (96).

78. Parler de corédemption?

Quand le Fils, en tant qu’homme, souffre sur la croix, il offre aux hommes la possibilité non seulement d’être pardonnés par sa Passion mais, quand ils commencent à brûler eux-mêmes aussi, il leur offre la possibilité d’y ajouter quelque chose de leur souffrance. Sur la croix, Dieu ne veut pas augmenter la distance entre lui et les pécheurs; ce serait le cas si lui seulement pouvait souffrir pour nous, et si nous aussi nous ne pouvions souffrir que pour nous, si l’effet de sa Passion était pour lui-même seulement extérieur et si l’effet de notre souffrance était pour nous-mêmes seulement intérieur. Mais dans le feu de la croix prennent naissance bien des mystères de solidarité : le trésor de l’Eglise, la libre utilisation par Dieu de toute vraie prière chrétienne, tout l’excédent qui s’amasse dans l’Eglise, toutes les actions et toutes les souffrances en « compensation ». L’effet le plus déterminant de la souffrance de la croix est qu’elle obtient pour l’homme la grâce de souffrir avec le Seigneur dans son sens et, par là, de se libérer de son constant repli sur soi pour apprendre, en souffrant, à regarder Dieu et ses désirs.

A vrai dire, si le Seigneur s’est sacrifié pour tous sans compter, on ne peut alors offrir ses propres souffrances à Dieu que dans le même esprit d’un don de soi qui ne calcule pas. Sur la croix, le Fils donne au Père toute sa souffrance; pour lui-même, elle est « perdue ». Si le terme de « corédemption » doit avoir quelque part un sens, ce ne peut être en tout cas qu’en donnant à Dieu « à fonds perdu » tout ce qu’on a (266-267) .

79. Le monde majeur

Auparavant, le monde était mineur. Par le Fils et en lui, il est devenu majeur. Et ainsi l’Esprit est en mesure de donner à chacun de ceux qui le reçoivent cette expérience du monde majeur (414).

80. Elle ne s’irrite pas

Celui qui se confesse se sait protégé et accompagné par la Mère; chaque confession est comme une nouvelle présence de la croix, et donc aussi de la Mère souffrant avec son Fils; elle ne s’irrite pas contre les pécheurs, mais en répond pour eux avec son Fils (518).

81. Humiliation?

Mystère trinitaire… Ce n’est pas une humiliation pour le Fils que le Père le précède en tant que Père, et ce n’est pas une humiliation pour l’Esprit de procéder du Père et du Fils. Ni que l’un puisse recevoir de l’autre la vérité, bien que toujours aussi celui qui reçoit peut la communiquer à celui qui donne. Et ainsi cela contribue  à la plus grande gloire de Dieu de recevoir la vérité et c’est un bonheur également grand de la donner ou de l’échanger (68).

82. C’est l’Esprit qui vit en moi

Elle doit enfanter le Messie. Mais elle n’est pas à la hauteur. Malgré sa transparence et sa disponibilité. Cela ne lui est possible qu’associée à l’Esprit. Elle ne doit pas pouvoir en arriver à penser qu’elle est capable de quelque chose que Dieu seul peut faire. Quand elle est couverte par l’Esprit, c’est la « petitesse de la servante » qui doit ressortir. Et à vrai dire de manière frappante, comme si était ici anticipé l’instant où le Fils ne voudra plus la connaître. « Qu’est-ce que ma divinité a à faire avec ton humanité? Qu’y a-t-il entre toi et moi? Qui sont ma mère et mes frères? » Au début, on est disponible à tout, dans une disponibilité active, totale. Puis celle-ci est tellement accaparée par l’Esprit que son caractère actif disparaît pour ainsi dire. Cela devient toujours davantage une disponibilité de l’Esprit dans la Mère.  » Ce n’est plus moi qui vis, c’est l’Esprit qui vit en moi ». Cette conscience provoque en elle une sorte d’effroi.  Au début, c’était : J’irai avec toi aussi loin que tu veux. Et maintenant : Ô Dieu, même si je voulais dire non,  je ne le pourrais plus parce que l’Esprit en moi est maintenant plus fort que moi (122).

83. La dignité de la reine

Récemment j’ai vu Marie quand elle était enceinte; les mots de sa prière étaient presque pauvres, mais son attitude était celle de la reine du ciel, avec la dignité de celle qui attend… Incroyable dignité de la femme enceinte. Dieu fait irruption dans notre indignité pour nous apprendre à vivre en l’attendant et nous donner ainsi une dignité. En s’abaissant à devenir celui qui est attendu dans le sein de sa Mère, le Fils a donné à  l’humanité une qualité nouvelle qui se trouve en toute attente dont Dieu s’est réservé l’accomplissement et qui peut être alors appelée le fruit de la prière. Car Marie attend ce qui est déjà en elle; tous ceux qui espèrent chrétiennement attendent ce qui est déjà en eux : la Parole de Dieu qui se fait homme, qui s’accomplit selon sa propre promesse (119).

84. Heureux de rencontrer Dieu

Pour Adam avant le péché, la relation à Dieu le Père était quelque chose de tout à fait évident, même si ce n’était pas formulé. Bien qu’il y eût dans cette relation beaucoup de surnaturel, Adam, qui avait encore le don de discernement, devait néanmoins la considérer comme quelque chose de « naturel », de donné, comme faisant partie de son existence telle que Dieu la voulait. Que Dieu se promène dans le paradis quand et comme il lui plaît ne faisait aucun problème pour Adam qui était tout à la fois rempli d’attente et sans attente. Rempli d’attente, parce que l’homme sans péché était toujours heureux de rencontrer Dieu à nouveau, et cependant il ne prétendait pas avoir droit à une nouvelle rencontre du fait d’une rencontre précédente. Sans attente, parce que tout ce qui était, tel que c’était, était bon et que l’homme ne portait pas de jugement sur la proximité ou l’éloignement de Dieu. Entre-temps Adam s’occupait de choses qui faisaient partie de la bonne création de Dieu, avec des  pensées qui ne l’éloignaient pas de Dieu. Si bien que les allées et venues de Dieu prenaient dans la vie d’Adam une place « naturelle ». Avec le péché d’Adam, ce naturel prit fin. Adam préféra sa volonté à la volonté de Dieu, il essaya de se construire lui-même un monde dans lequel il  donnerait satisfaction à ses désirs et à ses appétits sans que Dieu y mette le nez. Il essaya donc de se cacher. La manière pour Caïn de se cacher s’exprimera de manière encore plus forte. Avant la chute, Dieu n’avait pas besoin de montrer sa force; maintenant, il la montre comme étant la force capable de faire paraître au grand jour l’homme qui se cache. Et pour que le pécheur puisse reconnaître cette force, il ne doit pas oublier totalement comment c’était avant la chute; le « naturel » de la présence de Dieu autrefois doit lui être gravée dans la mémoire. C’est pourquoi Dieu lui donne la foi : une relation de l’homme à Dieu, entretenue par Dieu, façonnée par Dieu quant à sa forme et quant à son contenu (186-187).

85. Un homme peut être bon

Avant l’incarnation, chaque personne divine éprouve ce qu’il y a d’offensant dans le péché avant tout dans les autres personnes; et le  Fils devient homme avant tout pour expier l’offense faite au Père et à l’Esprit. En tant qu’homme, il montrera au Père qu’un homme peut être bon, que le mal ne provient donc pas du Créateur et il détournera du Père les traits du péché en les dirigeant sur lui à la croix (110).

86. Mon enfant est ton enfant

Sans le Fils, le Père ne serait pas Père. Toutes les personnes se déterminent mutuellement. Et le Père tient tellement à ces dispositions que, dans l’éternité, il ne cesse d’engendrer le Fils et il tient tellement aussi à l’échange d’amour dans l’Esprit Saint qu’éternellement il fait souffler l’Esprit où il veut, il le fait être éternellement Esprit d’amour entre le Fils et lui. Quand un homme fait un enfant à sa femme, il pose un acte qui voudra dire dans l’éternité : mon enfant est ton enfant. Si cette disposition a tant de force entre humains, elle sera en Dieu encore incroyablement plus forte (104).

87. Chaque instant

L’acte de la rédemption sur la croix possède intérieurement une actualité perpétuelle, sa résurrection tout autant; à partir de ces deux faits, on peut deviner la vie éternelle qui est cachée dans toutes les situations de la vie du Christ. Peu importe que l’éternel se voile ou se dévoile davantage dans une action particulière; Dieu agit toujours pour que ce soit le mieux pour notre salut. Un peu comme il en est pour les amoureux : peu importe qu’ils soient habillés ou déshabillés, à moitié ou totalement, l’amour n’est pas moindre dans un cas que dans l’autre. Ainsi en est-il des relations du Seigneur avec ses disciples croyants… Chaque instant est orienté directement vers la vie éternelle (99-100).

88. Les mendiants

Le Père ressemble à un homme riche qui voudrait tout donner à son fils bien-aimé, mais son fils lui a amené à la maison un tas de mendiants qu’il faut habiller et nourrir. Et finalement le Père lui-même a accordé au Fils la permission de lui amener à la maison tous les pauvres qu’il ramasse un peu partout. C’est ainsi que le Père doit maintenant répartir. Il a engendré ce Fils, il lui a donné de quoi vivre, ses « principes ». Mais le monde qu’il a créé a une ressemblance avec le Fils qu’il a engendré, et le Fils est attaché à ce monde même après qu’il s’est éloigné du Père. Les mendiants ont causé beaucoup de dommages dans la maison et le Fils veut se charger lui-même de tout remettre en état. Cela crée une situation très complexe que le Père ne doit pas perdre de vue; et en tenant compte de tout, pas seulement du Fils… La relation du Fils au Père inclut la relation du pécheur à Dieu. Sur la croix,  les péchés doivent être effacés devant Dieu. Mais tous les croyants aussi, avec leurs peurs et leurs difficultés, sont inclus dans l’œuvre de la rédemption (268).

89. La semence

L’Esprit, semence de Dieu dans le monde (425-426).

90. L’eucharistie du Père

Marie reçoit le Fils dans son sein comme l’eucharistie du Père, comme le pain du Père… Puis le Fils donne son corps dans l’eucharistie. La pensée du Père que le Fils se fasse chair était si belle que le Fils ne sait rien laisser de meilleur derrière lui que l’eucharistie qui a son origine dans l’incarnation en tant qu’eucharistie du Père (529-530).

91. Le mouvement

Car la vie tripersonnelle de Dieu est mouvement éternel parce que le Père lui-même est dans le mouvement éternel d’engendrement et de procession; jamais le Père ne se repose en lui-même, en tant qu’amour le Père se communique éternellement. Et du même mouvement du Père sort aussi sa création. Et de même que le Fils et l’Esprit sont dans un mouvement éternel qui sort du Père et retourne au Père, de même le Père veut introduire sa création dans ce mouvement trinitaire et, en envoyant son Fils et l’Esprit, il ouvre au monde ce mouvement éternel. Chaque jour où, en tant que chrétien, je ne grandis pas vers Dieu est pour moi un jour de mort; mais je peux grandir parce que Dieu se communique à moi chaque jour de manière trinitaire (87).

92. Comme l’artiste qui signe son tableau

Tant que le Fils est dans sa mission terrestre, il témoigne du Père et de l’Esprit. Dans la résurrection il témoigne en même temps de lui-même. Comme un artiste qui signe son tableau, comme un acteur qui, après la pièce, se présente devant le rideau. Le Fils peut le faire à la fin, après qu’il a livré tout ce qu’il avait : il a déposé sa divinité dans les souffrances, il a rendu l’Esprit au Père, il s’est défait de son humanité dans la mort. En ressuscitant, il montre que tout cela était une œuvre de Dieu, qu’il l’a fait en tant que Dieu infini qui est en même temps l’homme accompli. Dans la résurrection, le Père et l’Esprit ne sont pas seulement actifs mais, comme le Fils, ils reçoivent aussi : ils reçoivent dans leur sein comme une communion l’Homme-Dieu accompli : c’est le don de soi eucharistique du Fils incarné à la divinité. Il apporte sa chair et son sang dans l’échange trinitaire. Parce que le Fils s’est défait de tout et qu’à la fin il n’a plus rien, il peut donner son tout à tous : au monde comme à Dieu lui-même (95).

93. Le Fils confie au Père ses « talents »

Quand le Fils, durant sa Passion, dépose auprès du Père tout ce qui peut le réconforter, cela se trouve alors réellement auprès du Père. Mais ce qui est déposé n’a pas une existence isolée, indépendante, cela fait partie de l’ensemble de sa mission comme un aspect qui, maintenant justement, pour que la mission soit complète, doit être incompréhensible. En tant que dépôt, cela appartient aussi au Père et est à sa disposition, et le Père a le droit  de le changer. Ce qui est déposé n’est pas un dépôt figé, cela doit occuper une fonction dans l’ensemble de la mission. Cela profitera à l’humanité parce que, par amour pour elle, le Fils renonce à tout sur la croix. Ce sont les « talents » que le Père lui a donnés comme au bon serviteur et qui doivent rapporter. Ils portent du fruit pour le Père bien que, sur la croix, le Fils ne sache pas ce qu’ils deviennent, car il les a donnés sans condition. Il ne les a pas déposés pour en disposer quand même encore plus tard (47).

94. La semence de l’inspiration

Toute inspiration qui vient de Dieu oblige à une réponse adéquate dans notre vie. La raison pour laquelle Mélanie s’est tellement écartée de sa première mission tient au fait qu’elle n’était pas disposée à adopter l’attitude exigée par l’inspiration. Il y a une direction qui est donnée par l’inspiration comme il y a pour le Christ une sorte de direction par les prophéties. A Mélanie, et à bien d’autres qui lui ressemblent, fut refusée la fécondité parce qu’ils n’offrirent pas le sol qu’il fallait pour la semence de l’inspiration déposée en eux. Et de même que l’enfant que porte une femme enceinte modifie ses formes aux yeux de celles qui ne sont pas enceintes, ainsi les prophéties et les inspirations modifient la forme de vie du Seigneur et de ses inspirés aux yeux de ceux qui ne sont pas inspirés. Mais cette modification n’a rien de négatif, elle est une forme d’accomplissement : fécondité physique ou spirituelle. Si une femme enceinte se fait remarquer dans la compagnie de femmes qui ne sont pas enceintes, c’est par un plus dont elle est seule à bénéficier. Comme le signe qu’elle a mis tout son corps au service du fruit en devenir. De même l’accomplissement dans la vie du Christ des prophéties qu’il assume est le signe qu’il apportera au monde un fruit vivant (172).

95. L’erreur fatale

La grande et fatale erreur de l’Eglise aujourd’hui est de penser qu’on peut enfermer l’Esprit Saint et pour ainsi dire l’emprisonner. Tous les chrétiens sont fécondés un jour ou l’autre par l’Esprit Saint, mais il ne leur est pas permis de se replier sur ce fruit. L’Esprit a des modes de fécondation que nous ne connaissons pas. Ce qui est sûr, c’est que ses fruits mûrissent pour la vie éternelle, c’est pourquoi ici-bas on ne peut jamais les connaître définitivement (162).

96. Paradis et résurrection

Adam vivait dans le paradis comme dans une sorte de noviciat pour la vie dans le ciel; il n’aurait pas quitté le paradis par une mort réelle. Il y aurait eu une transformation instantanée… Au commencement, le Créateur ne séjournait pas seulement au ciel (« de manière permanente ») mais aussi sur terre (« se promenant  de temps en temps »)… peut-être aussi à la manière dont le Fils, après la résurrection, non seulement séjourne auprès du Père, il apparaît aussi de temps à autre à ses disciples (51).

97. L’irruption de la grâce

Les différents « exercices » spirituels du chrétien – prier, méditer, faire pénitence, lire, etc. – n’ont tous leur sens que pour l’instant de l’union immédiate et simple avec le Seigneur. Mais la vision vient quand elle veut… Pour la plupart des chrétiens, cette vision s’appelle : bonheur de la proximité, certitude de la mission, participation dans la foi à la vision de Marie et à celle du Fils. La certitude de la foi est quelque chose de si beau que, si on nous invitait à choisir entre elle et la vision, on ne saurait pas ce qu’il faudrait choisir. Pour tous les chrétiens, c’est la même expérience soudaine : tout d’un coup le Seigneur est là. Du passé au présent il n’y a pas de chemin visible. C’est  l’irruption de la pure grâce (160).

98.  Etre Epouse

L’Eglise en tant qu’Epouse n’a pas le droit d’imposer à l’Epoux la manière dont il doit s’y prendre avec elle. Si intime que puisse être la relation, il n’est pas permis qu’elle devienne telle que l’Epoux soit modelé par l’Epouse. Les droits qui sont accordés à l’Epouse ne peuvent pas toucher au pouvoir de l’Epoux : c’est lui qui décide. Il a le droit d’être devant Dieu le Père tel que le Père le veut sans que l’Epouse intervienne. Il doit dépendre directement de Dieu. Quand l’Epouse comprend cela, elle a peur (276).

99. Une mère qui a plusieurs enfants

Nous avons une idée de l’amour du Père pour le Fils, car nous connaissons entre humains quelque chose de comparable et nous pouvons en quelque sorte exhausser nos expériences à l’infini. Et quand nous essayons de penser l’Esprit tant bien que mal, nous voyons que le Père non seulement aime la personne de l’Esprit comme celle du Fils, mais aussi qu’il aime la relation d’amour entre le Fils et l’Esprit et qu’il reçoit un fruit de cette relation d’amour : elle est importante pour le Père, elle l’enrichit, il l’aime et compte sur elle. De même une mère qui a plusieurs enfants est enrichie par chaque nouvel enfant, non seulement par sa nouvelle relation à l’enfant, mais aussi par la relation du nouvel enfant avec ses frères et sœurs, et par la relation de chacun d’eux avec les autres. Par cette image, il pourrait même sembler qu’on pourrait saisir plus facilement les relations des trois personnes divines que la relation d’une mère à ses dix enfants. Cette impression se dissipe quand on prend en considération le fait que Dieu le Père trouve si infiniment parfaites ses relations au Fils et à l’Esprit et les relations du Fils et de l’Esprit que, pour en exprimer quelque chose, il crée l’univers (90).

100. L’allumette

Chaque œuvre de Dieu Trinité est faite en commun, mais de telle manière que c’est une personne qui agit et que les deux autres accompagnent et collaborent. Le Père est le Créateur du monde parce que l’acte du Créateur correspond à l’acte d’engendrer. De même qu’il engendre le Fils, il crée le monde. Ce que fait une personne correspond chaque fois à la volonté trinitaire. Celui qui aime cherche à adapter le plus possible sa volonté à celle de l’être aimé.  Il a le désir de faire exactement ce que l’autre décide. Si celui-ci cherche des yeux un objet, celui qui aime se lève pour aller le chercher et le lui donner, et celui-ci va recevoir l’objet  comme enrichi par celui qui aime et il va préférer le dessein de celui qui aime au sien propre. Il préférera prendre l’allumette qu’on lui tend même si au même instant lui-même en aurait trouvé une. Dès que tu intègres ton dessein dans le mien, je préfère ton dessein au mien. Les personnes divines restent distinguées, mais les actes de leur volonté s’ouvrent les uns aux autres et s’habitent mutuellement.

De toute éternité le Père engendre le Fils, et l’Esprit procède des deux : l’ordre des processions coexiste avec l’éternité. Selon l’ordre, on peut supposer le moment où les volontés du Père et du Fils s’accordent pour faire procéder l’Esprit. Mais il y a aussi le moment où le Père et l’Esprit acceptent de laisser le Fils devenir homme.  Dans le premier exemple, où la procession de l’Esprit est basée sur les propriétés personnelles de Père et de Fils, on peut voir quelque chose de ce qui dans le second exemple, qui est une action ad extra, est appelé appropriation, étant donné que lorsque l’Esprit couvrit la Vierge de son ombre l’acte de création du Père dans le monde est prolongée et le résultat en est l’incarnation du Fils qui se laisse devenir homme (80-81).

101. Recevoir une semence de Dieu

Les œuvres de l’Esprit sont immenses. Dans une communauté, dans une ville, etc., des milliers de vie se côtoient, partout il y a des approches, à des niveaux très divers, partout on peut reconnaître quelque chose de l’Esprit  et pourtant on ne peut le fixer nulle part; dans un ordre qui nous semble un pur désordre, il conduit tout le monde au Seigneur. Tous ceux qui ont reçu en eux une semence de Dieu sont touchés par l’Esprit des manières les plus variées, ils sont en chemin vers l’amour trinitaire. Bien que nous soyons chair, malgré notre esprit rebelle, nous avons reçu l’Esprit qui conduit à l’unité. Toutes les langues que nous ne comprenons pas nous deviennent compréhensibles dans l’Esprit. Nous ne comprenons rien tant que nous ne voyons l’autre que comme un étranger; Dieu par contre, par l’Esprit Saint, voit en nous les frères de son Fils. Et par le Fils et l’Esprit le monde est en mouvement vers le mouvement éternel de Dieu. En mettant en relation réciproque sa vie trinitaire et le monde, Dieu a créé un « perpetuum mobile » qui ne s’arrêtera jamais…

Le rôle de l’Esprit chez les hommes est varié pour la raison aussi  que tous ne lui demandent pas également autant. Il y a des saints chez lesquels l’Esprit développe surtout l’amour pour le Fils (la petite Thérèse), d’autres à qui il inspire des points de vue et des œuvres spirituels (Ignace). Il y a l’intelligence qui refuse absolument l’Esprit. Une intelligence tout aussi grande peut s’ouvrir à lui et lui laisser tout l’espace. La disposition naturelle, au cas où elle s’ouvre, est toujours le point de départ de l’action de l’Esprit (93).

102. Apprendre à parler

Pour apprendre un petit enfant à parler, on commence avec des mots très simples. D’autres mots que l’enfant emploie, il les a simplement pris à ses parents sans en comprendre le sens. Et sa mère veillera à ce que l’enfant ne dise pas ensuite des syllabes dépourvues de signification, mais qu’il emploie les mots dans leur juste sens. Le Fils apprend la langue des hommes pour leur montrer ce que signifie au fond leur langue. Ce que signifient les mots en vérité, c’est-à-dire quelle vérité ils ont en Dieu. Il y avait certes déjà la langue de l’ancienne Alliance, mais le Fils lui donne un sens plus plein. Un enfant peut ainsi apprendre comment se dit « amour » en russe, et il peut décliner le mot. Mais il ne sait pas encore ce qu’est l’amour en vérité : il ne l’apprendra que plus tard, longtemps après avoir connu le mot. C’est ainsi que les notions de l’ancienne Alliance reçoivent dans le Nouveau leur sens plus profond (158).

103. Le baiser

La nouveauté incessante de l’instant est essentielle pour toute vie chrétienne. Toute communion devrait être comme si elle était la première. Chaque personne que le chrétien rencontre devrait être comme si elle était l’unique. Chaque minute de la vie du Fils doit être immédiatement tournée vers le Père; elle ne doit être affaiblie par aucun souvenir ni par aucune comparaison.

Si nous étions totalement purs, Dieu lui-même ne cesserait d’opérer « l’oubli »  en prenant en lui ce qui a été fait et en nous plaçant dans une situation tout à fait nouvelle. Nos « expériences » dans le monde déchu ne permettent pas de recevoir en plénitude ce qui ne cesse d’arriver. Celui qui par avance connaît exactement le goût d’un baiser peut pour ainsi dire le goûter déjà par lui-même, il n’a pas besoin ou guère besoin pour cela du partenaire. Il est en mesure de formuler la réponse du toi même sans exprimer le toi. Dans l’amour vrai par contre, Dieu donne un oubli qui ne cesse de faire attendre le toi et, chaque fois, c’est comme la première fois. Un tel oubli n’a rien d’insensé, il ne fait pas oublier en même temps l’amour et la personne de l’aimé (136).

104. Parlementer

Toute l’éducation de l’Eglise par le Seigneur qui l’éprouve doit la conduire au-delà de son entêtement. Ni dans la contemplation, ni dans la confession, elle ne doit plus présenter et imposer ses propres désirs et ses propres projets. Elle doit se remettre entre ses mains et se laisser transformer… S’assurer que l’Eglise, dans ses croyants, parle sérieusement quand elle se dit prête à tout se laisser prendre… Le Seigneur pourrait en avoir un jour assez d’être payé en monnaie de singe, il pourrait finalement vouloir mettre en harmonie la parole de l’Epoux et celle de l’Epouse. De temps en temps, des explications brutales sont nécessaires pour que l’Epouse se rende compte de ce que  les paroles du Seigneur veulent dire vraiment. Et qu’on n’est pas en mesure de parlementer avec le Seigneur. Car les droits du Seigneur sont des droits divins, intouchables (280).

105. Une courte journée

…. Mise en garde : « Fais attention, l’infini est la négation de tout ce que tu es! » On sait que, pendant la courte journée de notre vie, on ne le comprendra pas; mais déjà le fait de ne pas comprendre est, dans la prière, ouverture, disponibilité, acquiescement. On peut cependant réfléchir encore : que veut dire disponibilité, don de soi, foi? Que représente le simple oui d’un homme à son Dieu? La réponse sera : ce sont de pures ébauches que Dieu accueille et que seul il peut compléter, façonner, auxquelles lui seul peut donner un visage (60).

106. Comme il vous plaira

Devant la mort… être dans un état de pur abandon, comme pour une naissance, sans lutter, sans programme, sans résistance, dans une ouverture totale : « Comme il vous plaira ». Pour notre naissance, on ne nous a pas posé la question; on n’avait pas voix au chapitre. Cette attitude devrait faire de toute la vie terrestre une initiation à la vie éternelle.

Dans la faiblesse de la mort il y a une passivité qui se distingue un peu de l’indifférence; c’est un désintérêt. Dans l’indifférence, on est  engagé dans ce qui a été décidé. Dans le désintérêt, la liquidation est si totale qu’on ne peut plus que se remettre à ce qui arrive. Pour le Seigneur, le temps avant la naissance est une expérience préliminaire à la croix qui est en marche sans qu’on puisse l’arrêter (152).

107.  Prière du matin

(Dialogue avec Adrienne âgée de quinze ans). - (Comment fais-tu ta prière du matin?) On ne la commence jamais. J’ai toujours l’impression qu’on la continue. Un peu comme si j’avais dormi avec des amies dans la même chambre, elles se sont réveillées avant moi et elles ont commencé à parler ensemble de choses que je connais aussi. Je me suis réveillée plus tard et je les entends parler ensemble d’une manière tout à fait ordinaire, tout de suite je peux me mêler à la conversation : « Oui, je pense aussi comme ça… » Je suis tout de suite dans la course. C’est à peu près la même chose aussi pour la prière. On est dedans. (Et que dis-tu alors?) J’écoute d’abord un petit moment (214).

108. Les anges

 

La plupart du temps on s’imagine les anges comme des êtres totalement achevés, terminés. Mais ils vivent – dans le ciel également – entre deux pôles : Dieu Trinité et le monde des humains qui les appelle et qui vit sous leur protection. Il n’y a ainsi pour les anges, jusque dans leur substance et leur nature les plus profondes, aucune possibilité de se reposer parce qu’ils se trouvent comme au carrefour entre Dieu et le monde, donc au fond là où se trouve le Christ. Depuis l’éternité ils sont prêts à l’accompagner dans son incarnation. Pour pouvoir le faire, ils sont gratifiés par Dieu Trinité d’une indifférence qui leur est donnée avec leur nature : ils vivent dans une vision de Dieu qui les garde et les nourrit et leur indique en même temps leurs missions. Ce n’est pas en regardant la vie des hommes qu’ils savent où ils doivent intervenir, c’est en Dieu qu’ils voient ce qu’ils peuvent faire pour les hommes. C’est dans les yeux de Dieu qu’ils lisent ses désirs pour se consacrer ensuite aux hommes (41).

109. La bénédiction va à tous

 

Quand dans une église, quelque part, un prêtre se prépare à distribuer la communion et quand il montre d’abord l’hostie, c’est certes à ceux qui assistent à la messe et certainement aussi à ceux qui, aujourd’hui, pour une bonne raison, sont empêchés de communier et qui pourtant tiennent leur âme prête pour une communion spirituelle. Mais il la montre aussi à ceux qui n’avaient pas l’intention de communier plus souvent qu’à Pâques et à ceux qui, par un reste de conscience de la tradition, veulent encore se compter comme étant dans l’Eglise bien qu’ils ne pratiquent plus, et à ceux qui sont incroyants et se tiennent dehors, et l’un d’eux par hasard, peut-être attiré par la beauté de l’édifice, est entré dans l’espace de l’Eglise.

Doit-on dire que le premier groupe et le second peut-être soient les seuls qui soient atteints par le geste de bénédiction de l’Eglise? Dans l’intention du Seigneur, la bénédiction va à tous, et de plus elle doit être reçue par ceux qui croient vraiment et par eux aussi transmise aux autres. En tout cas, la bénédiction a une force sociale qui veut atteindre tout le monde, également ceux qui ne se sentent pas concernés, les absents au-delà des murs et des frontières, peut-être aussi ceux qui ne sont pas  encore nés et ceux qui sont morts depuis longtemps. La bénédiction du sacrement n’est pas liée au temps pas plus qu’à un espace. Quand Dieu le Père créa Adam, il pensait en lui au monde entier. Et ce n’est que le second Adam qui cherche vraiment à ramener à la maison le monde entier (499-500).

110. Le Fils s’est compliqué la tâche

Le Fils ne peut pas empêcher que l’un des douze le trahisse et qu’une partie seulement de ses auditeurs croient en lui. Il ne peut pas empêcher qu’il y en ait beaucoup pour qui il serait mieux de ne pas avoir entendu sa parole. Mais personne ne peut l’empêcher de persévérer dans l’attitude de l’obéissance parfaite, au plus intime de la volonté du Père. Pour lui en tant qu’homme, il doit y avoir des limites à ce qu’il peut faire parce que Dieu Trinité a accordé une certaine latitude à la liberté de l’homme et au diable. Lui-même en tant que Dieu s’est compliqué la tâche en tant qu’homme, et cela aussi en ne faisant qu’un avec la volonté du Père et de l’Esprit. Sa toute-puissance est si grande qu’en tant que Dieu il peut se limiter lui-même en tant qu’homme (174).

111. Marie aurait pu pécher

En soi, Marie aurait pu pécher (comme Adam). Elle se trouve entre Adam qui a péché et le Christ qui ne peut pas pécher. Ce qui les unit, tous les trois, c’est une certaine relation au péché. C’est à cause des péchés de tous les enfants d’Adam que le Fils est devenu homme : pour montrer au Père que la création est bonne, qu’on peut vivre sans péché dans la nature d’Adam. Adam a souillé par le péché la distance entre lui et Dieu, le Christ la purifie par la rédemption en y vivant l’amour trinitaire. De même que la distance entre Dieu et la créature devient par Adam un éloignement de Dieu, la même distance devient par le Christ une proximité de Dieu. L’expérience du péché qu’il trouve là reçoit le sens d’une expérience de l’amour : elle est traduite dans le Fils, par son obéissance, en une possibilité d’être au plus près de Dieu également dans l’expérience de l’éloignement de Dieu. Mais cette expérience, Marie la transmet au Fils : elle se trouve à l’endroit où se trouvait Adam, mais là où Adam s’est détourné, elle est restée tournée. De même que le Fils expérimente en Adam la possibilité du péché, de même il expérimente en Marie la possibilité de ne pas pécher. Il y a un instant où la situation d’Adam et de Marie est la même : l’instant avant qu’Adam prenne la pomme et l’instant avant que Marie donne son oui à l’ange (180).

112.  Que signifie devenir totalement homme quand on est Dieu?

Ce qui se passe pour le Fils ici-bas, c’est que jamais il ne se permettra de vouloir voir Dieu par lui-même autrement ou plus que ce que Dieu veut. La prière au mont des oliviers nous donne une indication sur les possibilités infiniment variées des relations du Père au Fils et de la volonté du Fils de s’adapter à toutes… Que le Fils ait la vision ou ne l’ait pas, cela fait partie des fonctions de son obéissance de mission, cela veut dire que ce n’est pas le Fils lui-même qui décide  de voir le Père… Par l’obéissance aveugle qui existe dans l’Eglise, Dieu donne à ses saints d’avoir part à cette disposition d’esprit . Pour bien la comprendre, il faut prêter attention à deux aspects de l’obéissance du Fils. Le Fils n’est pas si « fanatiquement » obéissant que, pour cette raison, il ne verrait plus le Père; il ne s’anéantit pas dans son obéissance, il regarde toujours la volonté du Père pour obéir. C’est ici que se trouve aussi le deuxième aspect : le Père est si puissant qu’il peut exiger et obtenir du Fils qu’il arrive à ne plus le voir. C’est la gloire du Fils qu’il le fasse et que, par son obéissance, il manifeste la puissance du Père (194)… On ne doit pas oublier que le Fils est totalement homme, que pour lui, qu’il soit Dieu ne signifie jamais une facilité (196).

113. L’Esprit Saint et le Fils devenu homme

L’Esprit Saint témoigne au Fils que Dieu est le Père qui l’engendre éternellement et lui l’éternellement engendré, le bien-aimé et l’envoyé. La tâche principale de l’Esprit pour le Fils se trouve là où se rencontrent les natures divine et humaine; il rend en quelque sorte supportable pour l’homme d’être Dieu et pour Dieu d’être homme. Supportable justement en confirmant : « Oui, tu es Dieu; oui, tu es homme! » Ceci est tout proche de l’événement de l’incarnation lui-même quand l’Esprit apporte à la Mère la semence divine et au Fils la sagesse de sa Mère. Et ceci sans engager l’un et l’autre dans une relation où ils perdraient leur spontanéité; la nouvelle relation les comble tous deux en toute liberté  (181-182).

114. Les miracles du Christ et le miracle majeur

Les miracles divins ne sont limités ni à un lieu, ni à une époque. Mais le Dieu incarné lie ses miracles à sa présence humaine. Les miracles du Père, le Fils les laisse se produire par lui. Tant que le Fils est ici-bas, le Père n’opérera de miracles nulle part ailleurs que là où se trouve le Fils. C’est nouveau. Dans l’ancienne Alliance les miracles se produisaient n’importe où dans le pays des Juifs; ils n’étaient liés qu’à la foi en Dieu. Maintenant ils ne proviennent que du Messie qui est issu de ce peuple. Ceux qui doutent, ceux qui cherchent ne peuvent les attendre que là où est le Fils. Mais le Fils aussi est dans la foi : c’est en son nom que les apôtres opèrent des guérisons et chassent les esprits mauvais. De sorte que cela va déjà plus loin que la présence physique du Seigneur. Le premier miracle qu’il opère – à titre d’essai pour ainsi dire -, il l’opère par amour pour sa Mère : lors de sa rencontre avec Elisabeth. Là on ne peut guère dire qui opère le miracle. Dieu, naturellement, mais est-ce Dieu dans la Mère comme signe de la vérité du Fils, ou Dieu dans le Fils pour sa Mère? Ce premier miracle remplit déjà deux conditions essentielles des futurs miracles du Fils : la présence physique du Fils et la foi  de sa Mère en lui; c’est pourquoi c’est peut-être un miracle de sa présence aussi bien qu’un miracle de la foi de Marie.

Le Fils, qui connaît le lien des miracles à son incarnation,  laisse au Père le soin d’opérer ses miracles. A vrai dire, le Père les limite là où le Fils vit : physiquement ou bien dans la foi des disciples; mais, pour opérer des miracles, le Fils se lie totalement à la volonté du Père. Il les opère dans sa mission, et sa mission le limite dans l’espace et dans le temps. Par exemple, il ne donnera pas miraculeusement du pain à un peuple qui a faim et qui est loin de lui, il en donnera à des hommes pour qui il est visiblement présent. Pour le moment, les apôtres aussi sont liés à lui. Par la foi, mais aussi par les limites de leur vie commune elle-même. Quand ils sont envoyés, ils ne s’éloignent pas de lui plus que d’une journée de voyage.

Pour opérer des miracles, la seule question qui se pose pour le Fils, c’est uniquement celle de la volonté du Père. Non sa propre volonté en tant que Dieu. Cette volonté divine qui est la sienne, il n’en est pas question maintenant; en tant qu’homme il veut vivre directement de la volonté du Père. Comme si un amoureux pour l’amour de la bien-aimée voulait renoncer à ses goûts personnels pour considérer et apprécier toutes choses avec les yeux de sa bien-aimée. De même, le Fils ne tient pas compte maintenant de ses propres possibilités divines pour se régler en tant qu’homme uniquement sur la volonté du Père – une possibilité qu’il n’avait pas auparavant.

La réception des miracles est double : il y a les croyants qui y voient l’expression de la puissance de Dieu, et il y a les non croyants qui, par l’expérience certaine de quelque chose d’étonnant, sont introduits dans quelque chose de plus grand. Les premiers sont fortifiés dans la foi, les seconds sont acheminés vers la foi. Il y a aussi ceux qui refusent : ils sont témoins d’un miracle ou ils en ont entendu parler et, a priori, sans discussion, ils l’expliquent d’une manière naturelle ou comme un hasard. Les miracles contribuent ainsi à la division des esprits.

Le Fils évite soigneusement d’opérer un miracle pour se sauver lui-même. Il force pour ainsi dire par là le Père à une objectivité qui, en Dieu, est un équivalent de la croix. En abandonnant les miracles à la puissance du Père ou en se servant de la puissance miraculeuse du Père pour opérer des miracles qui font partie de sa mission, le Fils s’exclut lui-même afin qu’on ne tienne pas compte de lui en tant qu’homme.

Par ailleurs, il n’opère pas non plus de miracle pour lequel on pourrait se demander : est-ce réellement un miracle ou n’est-ce qu’un heureux concours de circonstances?… S’il voulait opérer un miracle par sa propre puissance (ce dont il est capable, bien sûr), il recourrait en tant qu’homme à sa divinité; mais bien qu’il reste Dieu tout en étant homme, il veut maintenant déposer auprès du Père ses puissances divines. Sinon il serait une espèce « d’homme miracle », un surhomme ou un « saint » pour l’amour de moi.

Mais pour les saints thaumaturges authentiques, il y a justement ceci qu’ils sont en croissance; le Fils par contre n’est pas en croissance, il est. S’il opérait maintenant lui-même ses propres miracles, son être serait à ces moments-là pour ainsi dire mi-homme et mi-Dieu. Sur le Thabor, il serait plus Dieu qu’homme, sur la croix plus homme que Dieu. C’est cette apparence qu’il  veut éviter. Une fois pour toutes, il est qui il est : le Fils du Père, il est devenu homme et, par son être, il renvoie à l’amour du Père. Le miracle majeur qu’il nous apporte est celui de l’amour et de la foi : par sa venue, l’amour et la foi peuvent devenir des miracles manifestes pour la rencontre de l’homme avec le ciel. Ses miracles matériels ne sont ainsi que des coups d’oeil rapides dans le ciel, peut-être pour que nous puissions voir quelque chose plus facilement. Ou bien aussi pour que ceux qui viendront après, ceux qui cherchent, ceux qui doutent ne cessent d’être confrontés à l’absolu de Dieu. Si nous étions comme la Mère, la rencontre avec le Fils nous suffirait totalement comme pour elle a suffi sa rencontre avec l’ange. Ce n’est que parce que nous sommes pécheurs que nous avons besoin de preuves si manifestes (225-227).

115. Approches du mystère de Dieu

Si nous partons de la Trinité des personnes, un accès nous est donné parce que le Fils – et lui seulement – a été homme parmi nous et parce que nous comprenons les relations entre les humains. Néanmoins nous ne pouvons jamais comprendre totalement notre prochain. Ici il en est du spirituel comme du matériel : une part de la personne avec laquelle nous parlons est tournée vers nous, une autre pas. Il nous est difficile de dire dans quelle mesure nous pouvons comprendre une personne, en tout cas notre compréhension reste limitée. Quoi que nous comprenions, la certitude reste en nous qu’il y a beaucoup de choses que nous n’avons pas comprises et que l’ultime mystère de la liberté de l’autre nous demeure caché. A combien plus forte raison cela vaut-il pour Dieu. Si nous regardons le Fils comme notre prochain, ce qui est voilé en lui reste beaucoup plus grand que ce qui est dévoilé; si nous le regardons comme Dieu, tout ce qu’on peut concevoir de lui est encore beaucoup moins à la hauteur.

Mais quand nous rencontrons le Fils dans la foi vivante, nous renonçons vite à le comprendre totalement, d’autant plus volontiers que ce qu’il nous montre de lui est si comblant que nous sommes plus qu’occupés et plus qu’heureux avec ce qu’il nous a donné. Dans ces présents du Fils, nous ne voyons Dieu le Père et Dieu l’Esprit que dans leurs effets. Mais si nous pensons à la plénitude qui nous est donnée dans le Fils, nous sommes au fond reconnaissants de ne pas voir le Père. Ce que sa vision a de stupéfiant devrait faire voler notre esprit en éclats. Et pourtant nous savons par le Fils que plus nous le regardons, mieux nous sommes préparés à rencontrer le Père. Non que nous progressions par nous-mêmes en allant d’une chose comprise à la suivante, mais c’est la grâce de la méditation qui nous rapproche. Et ceci, c’est le Fils et son Esprit Saint qui l’opèrent en nous et, finalement, c’est aussi le Père lui-même agissant dans les deux.

Pour nous approcher du Père dans la foi, nous devons partir de la Parole de Dieu : Parole de l’Ancien Testament qui parvient à son sommet dans le Fils. Et de même que nous devons considérer les paroles de l’Ancien Testament comme agrandies, dilatées, dépassées par le Fils, de même toutes les paroles humaines du Fils sont ouvertes sur l’infiniment plus grand de Dieu. Le Fils renvoie au Père. Nous avons les concepts humains de paternité et de filiation, mais nous ne pouvons les employer que comme des indices du mystère de Dieu. Le Fils lui-même désire cette application, il veut nous mettre sur le chemin du Père. Ses paroles (ses actes, et ses miracles, et sa passion, et sa résurrection, il faut les comprendre ici aussi comme des paroles et des affirmations) ont toute leur valeur en tant qu’orientées vers le Père. Si, en suivant ses paroles, nous empruntons le chemin qu’il est, nous sommes sur le bon chemin. Quand et comment nous atteindrons le but, et ce que nous allons rencontrer en cours de route nous demeure caché. Il ne sert à rien de poser des questions, chaque jour nous le montrera.

Pour penser l’Esprit également nous avons comme point de départ notre propre esprit créé, qui est ce qui est le plus mystérieux, le plus inconcevable que nous connaissions dans le monde. Nous savons que son origine doit se trouver en Dieu parce qu’il dépasse toutes les choses créées et qu’il est orienté vers Dieu. Il est en même temps ce qui est le plus caché et ce qui est le plus évident, ce qui se connaît lui-même et qui pourtant aussi ne se connaît pas, ce qui reflète ce qu’il y a de plus personnel dans le prochain et à quoi nous le reconnaissons, et ce qui cependant nous en demeure toujours encore voilé. Si nous pensons à l’Esprit de Jésus, qui rayonne de lui, son Esprit sur lequel on ne peut se méprendre et qui est pourtant incompréhensible, nous commençons alors à regarder en direction de l’Esprit Saint et, parce que l’Esprit du Fils nous met toujours sur le chemin du Père, nous pressentons que l’Esprit des deux ne fait qu’un.

Et ainsi en partant de la connaissance vécue de chacune des personnes divines nous ne cessons de revenir à la connaissance de la Trinité, à sa vie intime, à la comparaison du credo : « lumière née de la lumière », et le regard sur l’égalité de nature des personnes nous rappelle Dieu tout entier avec l’atmosphère de grâce qui émane de lui.

Il y a des réflexions spéculatives sur le contenu de la foi, mais celles-ci atteignent vite leurs limites si elles ne sont pas poursuivies dans la prière. Viennent les moments où la prière corrige une question, et alors elle contient aussi déjà la vraie réponse. La joie peut alors nous inonder soudainement pour le fait que nous sommes des humains, limités dans nos possibilités, mais de telle sorte que nos limites ne cessent de nous rendre attentifs à l’infini, à l’illimité, à l’éternel et qu’il nous est donné d’avoir au-dessus de nous dans l’éternité le Dieu toujours plus grand. Notre prière devient alors un Te Deum, un étonnement reconnaissant qui débouche sur l’adoration (78-80).

116. La nourriture

Nous prenons de la nourriture pour garder notre corps en vie. On ne sait pas ce que devient la nourriture que nous avons mangée, elle favorise invisiblement la vie de notre corps. De même pour l’âme, il y a des choses qui la nourrissent invisiblement. Par exemple les sacrements, par exemple la Parole de Dieu et toute parole ou tout écrit qui nourrit l’âme, le coeur et l’esprit (496).

117. Laisser faire Dieu

Qui a rencontré vraiment le Dieu vivant a désappris, dans l’objectivité de Dieu, à souhaiter quelque chose pour lui-même; ou bien s’il le fait, ce qu’il demande a un rapport étroit avec sa mission… Il s’oublie lui-même, il laisse faire Dieu (574).

118. Comme un ruisseau dans la forêt

Au ciel, tout ce qui est perçu, tout ce qui est dit, est contenu dans le fait que Dieu attire tout à lui. Et pourtant il reste quelque chose qu’il ne serait pas juste d’appeler désir mais qui, au sein de la vision de Dieu, est un cheminement joyeux vers lui. Nous aimons et nous sommes aimés, et l’échange d’amour est mouvement vers Dieu : on est toujours arrivé au but tout en demeurant en mouvement. Comme un ruisseau dans la forêt : on est charmé par sa présence et on peut en même temps le longer; c’est tout aussi beau qu’il soit ici comme il était là et qu’il continue à couler; tout ne fait qu’un. Rien que le mouvement de l’eau, qui fait partie de sa nature, nous charme, mais aussi que nous puissions nous déplacer avec lui. Que le ruisseau coule continuellement est aussi une surprise toujours nouvelle, car de l’eau nouvelle coule toujours dans le même ruisseau. De même au ciel il y a l’éternelle surprise que Dieu nous appelle constamment et que nous nous trouvions constamment devant lui dans la réponse. Et parce que ceci est un état, on ne peut pas dire que celui qui est au ciel depuis longtemps et se trouve en chemin vers Dieu soit plus joyeux et plus comblé que celui qui vient d’arriver ou que celui qui, arrivant de la terre, a le droit de venir pour ainsi dire en visite pour un moment (74-75).

119. Prière dans le ciel

Au ciel, on ne fait pas soi-même sa prière, on est pris dans la prière (c’est la première chose qu’on remarque). Qu’on soit ainsi pris est si directement  un don du ciel que le mieux qu’on peut faire, c’est de comparer cela à une authentique contemplation donnée par Dieu; seulement la force de ceux qui prient avec nous et l’atmosphère de la prière sont si denses et si sensibles qu’on ne peut pas se défendre de l’impression que quelque chose de ce genre n’est pas possible sur terre! Ici-bas, dans des heures de grâce particulières, nous pouvons prier de telle sorte que nous sentons la présence du Seigneur dans son Esprit Saint, que nous sommes emportés dans une réalité ecclésiale de la prière qui efface tout ce qui est personnel pour faire place uniquement à la voix de Dieu et de son Eglise. Mais au ciel, c’est la voix de Dieu et de son ciel. Ce qui ici-bas se présente et s’impose constamment à celui qui prie comme tâche de l’Eglise, a au ciel un tout autre visage : on est adapté à la volonté de Dieu. D’une manière parfaite et en même temps si bienheureuse que les désirs et les demandes de celui qui prie sont totalement transformés. Le visage de Dieu est comme dévoilé dans sa voix, dans sa volonté et dans sa direction. Ici-bas, dans la prière, certaines voies sont visibles qu’on peut emprunter, peut-être aussi n’y a-t-il que des sentiers étroits. Mais il y a un chemin et il y a une conscience qui d’une manière ou d’une autre prend ce chemin. Au ciel – pour parler comme la Bible – il y a comme une sorte de forêt vierge; les voies sont invisibles et pourtant on se déplace au milieu d’une haute végétation avec une totale liberté; on peut découvrir là un rossignol caché, ici dans l’ombre profonde, une fleur. Pourtant cette marche dans cette densité ne s’effectue pas avec l’illusion que ce n’est pas difficile ou qu’on se déplace comme dans un conte; c’est Dieu qui nous montre ce qui est caché et nous conduit dans ce but, mais il le fait avec l’accompagnement du ciel tout entier. Et ce qui pourrait paraître un obstacle recèle seulement un surcroît de beauté, mais une fois encore il ne s’agit pas d’une beauté qui ne ferait que nous accabler et nous terrasser ou qu’il serait difficile d’atteindre. La joie du découvreur est une joie parfaite sans peine ni fatigue. On est surpris d’une découverte à l’autre; en fin de compte on ne se réjouit pas seulement parce que tant de gens se réjouissent avec nous, parce que la joie de tous est sensible, non seulement d’une manière personnelle et subjective, mais on se réjouit dans un sens qui est donné et qui dépasse de loin ce qui est personnel et conduit chaque fois au centre du mystère de Dieu.

Il y a l’adoration, l’ouverture totale de l’âme devant Dieu et l’amour pour lui au-delà de toute mesure, et dans l’amour on se laisse remplir par Dieu. Il y a aussi la prière d’intercession. Mais celle-ci aussi est nouvelle parce qu’elle est toujours offerte par les mains de Dieu. Ainsi le sacrifice devient allégresse, la demande devient action de grâce. Il règne une parfaite harmonie de la prière telle qu’on peut la vivre peut-être ici-bas pour quelques secondes : quand par exemple on prie dans une église et qu’on est si directement touché par la grâce qu’on s’imagine éprouver de manière sensible sa répartition sur tous ceux qui sont présents ou sur ceux qu’on a recommandés ou sur des gens qui nous sont totalement inconnus. Ici-bas, cela peut durer un instant, mais au ciel on connaît objectivement cette répartition, on est en plein dedans et elle tombe bien d’une manière infaillible.a durée de la prière du ciel ne peut jamais être  déterminée. Ici-bas on peut dire : à tel moment j’ai prié tandis qu’à un autre mes pensées ne s’occupaient  pas de Dieu. Au ciel c’est tout différent : même si on s’occupait là de quelque chose d’autre, tout porterait quand même si fort la marque et le signe de la prière que toute séparation serait impossible. Je ne crois pas qu’on puisse comparer l’état dans le ciel à l’état d’Adam avant le péché. Dans le ciel, l’état est beaucoup plus ample et plus élevé. La rédemption par le Christ apporte à l’homme quelque chose de totalement nouveau. Le Père se laisse bouleverser par l’amour du Fils, par l’inouï, ce qui veut dire ici : il a racheté le monde sur la croix. Le caractère démesuré ce que le Fils a fait et son accueil par le Père, ce débordement de l’amour réciproque dans l’Esprit Saint, est d’une telle plénitude  que toute prière en est portée et soulevée, reçoit son sens ultime et apporte constamment à celui qui prie de nouvelles expériences qui, malgré leur éternité, ne cessent d’être uniques. Il n’y a pas de répétition. Il n’y a pas non plus quelque chose comme un désoeuvrement dans le fait qu’on ne serait que spectateur. Rien de l’abondance du ciel n’est jamais superflu. Ce qui est plus grand au-dessus de nous reste toujours plus grand, et la proximité de Dieu en nous et sa présence demeurent en tout cas toujours une proximité intime, une présence immédiate (75-77).

120. Eucharistie et incarnation

Il y a dans l’incarnation une promesse de l’eucharistie, la promesse que Dieu demeure au milieu de nous. (L’Esprit est garant de cette promesse). Il y a dans l’eucharistie une confirmation de l’incarnation. Tout l’évangile paraît ainsi tendu entre incarnation et eucharistie. Qui lit aujourd’hui l’Évangile avec foi se trouve lui-même tendu entre les deux (incarnation et eucharistie). En recevant la parole, il comprend qu’il a reçu quelque chose de l’incarnation, et il ne comprendrait pas l’incarnation si l’eucharistie ne lui avait pas été donnée. En tant que chrétien, il a une conscience concrète que l’eucharistie lui a transmise  et qui l’introduit dans la compréhension de l’incarnation. S’il n’y avait pas eu l’incarnation, je ne serais pas devenu le frère du Christ, il manquerait à ma vie une qualité particulière. Si je recevais l’eucharistie sans croire à l’incarnation, ma réception serait tout à fait incomplète, car il me manquerait l’essence qui est fournie par l’incarnation, ma communion ne serait plus rencontre de l’eucharistie et de l’incarnation en moi, elle resterait sans fondement (529).

 

(La suite en 32 C. L’année de la foi avec AvS)

 

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