Abbaye

33/1. Semences

 

 

Semences
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Lire saint Jean avec Adrienne von Speyr

 

Introduction

Adrienne von Speyr nous a laissé un commentaire de l’évangile de saint Jean en deux mille pages (quatre volumes pour l’original en allemand, devenus huit volumes en traduction française). Tout le monde n’a pas nécessairement sous la main cet ensemble. Beaucoup aussi peuvent se trouver perplexes devant une telle masse. Il y a des trésors pour la foi dans ces deux mille pages. Les « semences » ici proposées voudraient en offrir un certain nombre.

Un chroniqueur du Monde des livres (7 août 1987, p. 15) écrivait jadis : « Un homme qui parle avec justesse est un grand soulagement ». On a envie d’ajouter : c’est un grand soulagement aussi de trouver quelqu’un qui parle de Dieu avec justesse. L’avantage d’Adrienne von Speyr, si l’on peut dire, quand elle parle de Dieu, c’est que son commentaire lui a été en quelque sorte donné. La théologie de ces pages est mystique au sens fort, du moins par son origine.

C’est en mai 1944 qu’ont commencé pour elle des « introductions nocturnes » à l’évangile de Jean. Adrienne les dictait au Père Balthasar dans les jours qui suivaient. Ces « dictées » ont continué tout au long de l’année 1944. (Cf. Hans Urs von Balthasar, L’Institut Saint-Jean, p. 43; Adrienne von Speyr et sa mission théologique, p. 28-29. Pour le Journal de HUvB et AvS [N° 1102, mai 1944], c’est bien en 1944 qu’il faut situer ces dictées et non en 1943 comme le dit AvS et sa mission théologique).

« Il n’y a pas de mystique sans théologie et il n’y a pas de théologie sans mystique », disait V. Lossky. Et Grégoire Palamas : « La théologie n’est rien si elle n’est pas une initiation à la proximité brûlante de Dieu ». Pour Adrienne von Speyr, « tous les mystiques authentiques ont vu et expérimenté des choses qui sont chrétiennement centrales, s’appuient sur la Révélation, en font comprendre des aspects auxquels on fait peu ou pas attention et que, malgré tout ce qu’il y a en elles d’extraordinaire, sont toujours en harmonie avec l’ensemble. Ceux qui font ces expériences doivent essayer d’exprimer ces choses de telle manière qu’il en sorte quelque chose d’utile pour l’Eglise. Dans leur ensemble, elles ont pour fonction de vivifier la vérité supra-temporelle présente dans l’Eglise et de l’approfondir pour la foi » (Subjektive Mystik, p. 29).

Mais Adrienne ajoute : « Si sans cesse de l’extraordinaire, de l’inattendu et en quelque sorte du sensationnel était apporté à l’Eglise pour la stimuler, le danger pourrait se faire jour que le quotidien perde de son intérêt et que peu à peu il soit mésestimé. C’est pourquoi tous les mystiques feront l’expérience qu’à côté de l’extraordinaire ils sont toujours renvoyés, de multiples manières, à ce qu’ils connaissent depuis longtemps de la doctrine et de la vie chrétiennes pour justement le remplir aussi d’une nouvelle vie ». (Subjektive Mystik, p. 29).

Dans les « semences » ci-dessous, la mystique est voilée en ce qu’elle peut avoir d’extraordinaire. Ces semences sont des nourritures pour la foi. Mais Adrienne note aussi qu’il y a parfois des trésors destinés à toute l’Eglise et qui, au début, ne sont vivants que pour quelques-uns. (Cf. Objektive Mystik, p. 543).

Il serait souhaitable qu’on se mette un jour à faire ressortir les lignes maîtresses de cet imposant commentaire : essayer d’en offrir une certaine synthèse, organisée par exemple dans le cadre du credo comme l’a fait Hans Urs von Balthasar dans Objektive Mystik pour un certain nombre de textes d’Adrienne qui n’avaient pas trouvé leur place ailleurs. Cela faciliterait aussi son utilisation par la théologie et les études de spiritualité.

Pour ceux qui voudraient se lancer dans la lecture intégrale de ce commentaire, en voici le détail dans la traduction française :

1. Le Verbe se fait chair (Jn 1-5) en deux volumes.

2. Les controverses (Jn 6-12) en deux volumes.

3. Le discours d’adieu (Jn 13-17) en deux volumes.

4. Naissance de l’Eglise (Jn 18-21) en deux volumes.

Le plus facile serait de commencer par Le discours d’adieu et Naissance de l’Eglise.

 

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1. Le visible et l’invisible

Encore un peu de temps et vous ne me verrez plus, et puis encore un peu de temps et vous me verrez, parce que je vais au Père. Le Seigneur parle de sa mort. Il mourra et les siens ne le verront plus. Il ne dit pas qu’il les abandonnera… Il parle de sa mort comme si elle n’avait d’autre signification que de le rendre invisible pour eux… Le Seigneur insiste là-dessus parce que son invisibilité aura une telle portée pour tout ce qui suivra : invisible, il guidera les siens, les fera participer à son invisibilité, effacera même les frontières entre le visible et l’invisible (Jn 16,16).

2. Nuit et lumière

Le Seigneur n’est devenu pleinement lumière pour le monde que dans la nuit totale de la croix (Jn 9,5).

3. Un regard

Ce qu’un homme est en vérité, c’est le regard de Dieu sur lui qui en décide. Et grâce au Fils ce regard est un regard d’amour et non de justice (Jn 5,31).

4. L’instrument

Le saint est un instrument de la lumière du Seigneur et pas autre chose (Jn 5,35).

5. La douleur

La plus grande douleur qu’on puisse infliger au Père, c’est de tuer son Fils. Mais en mourant, le  Fils lui témoigne un amour si grand qu’il surpasse même cette douleur. Là où l’outrage que le monde fait à Dieu parvient à son comble, là aussi l’amour du Fils pour le Père, et donc aussi sa glorification du Père, atteignent également leur perfection. Là où le Père est atteint de la manière la plus sensible, le Fils lui enlève toute souffrance. Après que les hommes ont tué le Fils, le Père est devenu plus riche en amour; car sa création lui est rendue par le plus grand amour du Fils (Jn 18,32).

6. Lamentations

(Au sujet de la mission de chaque chrétien). Le Seigneur ne veut pas que nous nous occupions sans cesse de nos possibilités limitées : ‘Ah! Si j’étais moins pécheur! Si j’avais plus de talents, une meilleure santé!…’ Il faut tout simplement faire ce que nous pouvons sans déterminer jusqu’où nous irons (Jn 20,21).

7. Vivre

« Je suis le pain de vie » : le Seigneur n’a qu’une manière de se donner : emmener l’homme avec lui sur son chemin vers le Père… En disant qu’il est le pain de vie, il veut dire qu’aucune vie n’est possible qu’en lui (Jn 6,48).

8. Nous sommes des humains

Dieu ne nous devient accessible que s’il nous parle. Sinon nous n’avons aucun accès à lui. Ils est l’Incommensurable, qui nous dépasse tellement que non seulement nous ne pouvons le concevoir mais que nous ne pouvons pas être touchés par sa grandeur. Nous sommes des humains, nous vivons dans le fini, seul ce qui est fini peut nous interpeller. Rien en nous qui soit ouvert de plain pied sur l’infini. L’infini est ce que nous ne pouvons pas nous représenter, c’est pourquoi il ne nous dit rien. Il n’a aucune des propriétés que nous connaissons (Jn 1,1).

9. Le mal

(Le vrai croyant). Etre séparé du Seigneur par le péché est le seul mal qui puisse désormais lui arriver (Jn 5,14).

10. L’Incommensurable

Après la résurrection, le Seigneur Jésus est au ciel, mais il est tout autant auprès de chaque homme et en chaque homme qui croit en lui et qui l’aime. Désormais on ne peut plus le localiser, il a la liberté de se trouver simultanément en plusieurs endroits. Il est  au ciel et il est auprès de nous sur terre. Et puisque lui, l’Incommensurable, est avec nous, créatures limitées, nous aussi nous sommes partout où le Seigneur se trouve, que nous le sachions ou non (Jn 14,3).

11. Frontières

Si quelqu’un croit au Fils, la frontière entre ce monde et l’au-delà est abolie (Jn 5,38).

12. Chemin

Dès l’instant où le Fils est dans le monde, son chemin est un chemin de retour vers le Père. Ce chemin est rectiligne même quand il passe à travers l’abandon subjectif le plus extrême. Subir d’être abandonné de Dieu ne s’appelle pas chrétiennement un éloignement de Dieu. Tout chemin dans l’Eglise est un chemin vers le Père et, par là, une entrée dans le royaume de Dieu (Jn 3,5).

13. Tout est en ordre

Celui qui dirait ou penserait qu’entre Dieu et lui tout est en ordre, celui-là ne saurait ni ce qu’est Dieu ni ce qu’est l’homme (Jn 17,8).

14. Servir Dieu

(Ils veulent mettre la main sur Jésus, mais ils ne le font pas encore parce que son heure n’est pas encore venue)… Ils se croient libres et ils croient rendre service à Dieu… Ils sont libres, mais ils rendent service à Dieu autrement qu’ils ne le croient. (Les hommes accomplissent le plan de Dieu sans le savoir) (Jn 7,30).

15. Le rêve de Judas

Le Seigneur, pour lui-même, ne cherche jamais la facilité. Son chemin est autre : c’est le chemin de la Passion, du renoncement, du sacrifice qui lui coûte. C’est un chemin douloureux, et en même temps insignifiant, un petit chemin. Non le chemin grandiose dont rêve Judas. Aussi le chemin des disciples doit-il être pareil à celui du Seigneur. Sans cesse ils doivent se laisser déranger et chasser de leurs enclos confortables et apprendre que ce sont les sacrifices qui confèrent à l’amour sa valeur. Si tout se passait selon le désir de Judas, le tout ne serait qu’un feu d’artifice. Il fascinerait, mais ne pourrait pas nous sauver. Il ne pourrait pas durer. Seuls le combat, le sacrifice, le renoncement donnent au chemin chrétien son caractère d’amour (Jn 14,22).

16. La nuit noire

Un sacrifice qui serait offert dans la pleine lumière ne serait pas un sacrifice chrétien. Marie à la croix est dans l’obscurité. Tandis que le Fils a perdu le contact avec le Père, elle perd la vue de la voie de son Fils. Renoncer à un bien pour un bien plus grand, ce n’est pas un sacrifice. Renoncer à un bien qu’on aime pour que Dieu reçoive ce qu’on souhaite pour soi, là il y a vrai sacrifice parce qu’on ne sait pas ce que Dieu fera de ce qu’on lui offre. Le sacrifice réside dans le fait qu’on renonce à savoir ce qui va arriver. La Mère et le Fils perdent ici, à la croix, dans leur sacrifice, la vue d’ensemble du sens de ce qui arrive. La justification humaine du sacrifice, une forme quelconque d’espérance est entièrement laissée à Dieu (Jn 19,26).

17. Un feu caché

Toute parole qui est dite en Dieu, que ce soit la parole de Dieu ou la parole de l’homme, est dite et demeure dite, et d’une manière si essentielle qu’elle peut rester inexprimée. Cela ne veut pas dire que Dieu ou l’homme demeure chacun en lui-même dans ce silence, ou que la conversation leur semblerait superflue parce que l’autre sait tout sans paroles. Au contraire, la parole est si profonde, si essentielle, que le seul fait d’être présent l’un à l’autre accomplit toute parole. La parole consciente, formulée, sentie, est superflue. Se regarder l’un l’autre est déjà une conversation. Quand un homme qui croit en Dieu et l’aime voit dans le monde tout ce qui est une manifestation de l’amour de Dieu, par exemple deux êtres qui s’aiment, ou quelque chose de beau, ou quelque chose de douloureux, tout ce qui manifeste l’amour de Dieu dans la création, cette vue est immédiatement une conversation. La vraie contemplation est le contraire du quiétisme. La vraie contemplation est toujours feu vivant, éclosion de vie éclatante, profession de foi. Elle est dans la création parole vivante de Dieu, qui brûle dans la substance de l’homme comme un feu caché. Si une fois Dieu a parlé, si une âme l’a entendu, le silence n’est plus jamais un silence vide, ni le seul écho de la parole, il est l’accueil de la parole, son accueil vivant et actif. Dans le silence, l’âme devient le sein de la parole. Ce silence est le présupposé de toute conversation et de toute poursuite du dialogue. Par le silence, l’homme qui a écouté est devenu autre. Même s’il n’a pas tout compris, la parole vit en lui, elle s’unit à lui comme une parole personnelle à une âme personnelle (Jn 1,3).

18. Le chemin

Tous ceux qui ont affaire au Père ou au Fils ont affaire et au Père et au Fils… (Il n’y a d’accès au Père que par le Fils)… Le Fils est le chemin vivant qui mène au Père, il occupe toute la largeur de ce chemin, si bien qu’à côté de lui il ne reste plus d’espace libre (Jn 5,23).

19. La mesure

Le Seigneur n’est pas venu pour réduire Dieu à la mesure humaine, mais pour dilater l’homme à la mesure de Dieu… Les apôtres devront se souvenir – quand leur chemin d’apôtre débouchera sur des ténèbres  – que leur chemin d’apôtre n’est autre que la paix du Seigneur, cette paix qui leur a été promise en même temps que l’Esprit Saint. (Jn 14,27).

20. Portes ouvertes

Le Seigneur ne veut pas participer à la fête elle-même. Mais il ne veut pas complètement négliger l’occasion de rencontrer au moins quelques personnes dans cette foule. Il monte donc en secret… car il ne veut pas se faire remarquer… Beaucoup montent à la fête en quête de quelque chose de plus profond que ce que l’ivresse de la fête leur apporte… En cela, l’apôtre du Seigneur doit aussi l’imiter : il faut qu’il pénètre là où il y a des portes ouvertes (Jn 7,10).

21. La volonté de l’aimé

Dans l’amour, celui qui aime se rallie naturellement à la volonté de l’aimé (Jn 7,28).

22. Le plus important

Il y a peu de temps, le plus important au monde pour Pierre, c’était son travail, sa patrie, sa vie au milieu des siens. Maintenant, le plus important pour lui, c’est l’amour du Seigneur pour lui et l’amour qu’il a pour le Seigneur. Dans la force de ce lien, il est prêt pour tout ce que le Seigneur veut. « Tu es celui par qui nous sommes prêts à accepter tout ce que Dieu a prévu pour nous. En toi, tout est saint, parce que tout vient de Dieu » (Jn 6,69).

23. Le contact vivant

Même ici-bas le Christ garde un contact vivant avec Dieu. Tout en lui, même ce qui semble le plus insignifiant dans sa vie quotidienne, a une relation avec sa vie céleste, est une expression de la vie de Dieu (Jn 3,32).

24. Les nuits de la trahison

L’Eglise doit apprendre que c’est son devoir de viser immédiatement plus haut que toutes les nuits de la trahison et de lever les yeux vers la lumière de la gloire de Dieu (Jn 13,32).

25. La grâce de l’origine

Quand une fois le Seigneur est intervenu dans la vie d’un homme, quand une fois il s’est fait proche, quand une fois il s’est révélé à lui, il peut venir par la suite des moments qui paraissent extérieurement si différents que rien ne semble rappeler cette révélation; mais le Seigneur revient et l’homme doit et peut se souvenir de cet instant de l’origine. Progrès ne veut pas dire contempler le Seigneur de points de vue toujours nouveaux. Le progrès du Fils ne consiste pas pour lui à faire une fois quelque chose puis à l’abandonner; son progrès consiste en ceci : dans tous les événements et dans toute la marche du temps, il est et demeure le Fils unique du Père (Jn 4,46).

26. Le diable est malin

(Jésus se rend au jardin des oliviers avec ses disciples). Chaque fois peut être la première et chaque fois aussi peut être la dernière… Judas connaissait le lieu. Le méchant connaît souvent beaucoup mieux ce qui est chrétien que le chrétien lui-même… Le diable, c’est l’image inversée de l’Esprit Saint en Dieu. Il est malin. Et cependant le diable ne connaît les desseins de Dieu que de l’extérieur (Jn 18,2).

27. Mourir mille fois

« Si tu avais été là, mon frère Lazare ne serait pas mort ». On ne peut pas mourir là où le Seigneur est présent. Mourir en l’absence du Seigneur, comme le Seigneur en l’absence du Père : on peut mourir mille fois de cette mort. C’est ainsi que s’accomplit la Rédemption (Jn 11,21-22).

28. Le sourire

Quelqu’un pourrait avoir apporté à la messe toute sa vie de tous les jours; telle qu’elle est, il ose à peine s’approcher de la table du Seigneur. A toutes ces hésitations, le Seigneur met un terme en donnant sa paix. C’est comme un sourire du Seigneur qui surmonte toutes les différences et établit l’égalité, comme s’il disait : « Tout est bien ainsi; le reste, nous nous en occuperons ensemble ». C’est l’humilité du Seigneur qui ne veut pas humilier (Jn 20,19).

29. Une parole d’amour

Le péché : tout regard qui se détourne du Père, toute parole qui n’est pas une parole d’amour (Jn 19,17).

30. Le Père ne refuse pas la proposition du Fils

Le Père non plus ne s’est pas refusé au Fils lorsque celui-ci lui a demandé la permission d’opérer la rédemption. Et le Père l’a livré à sa propre décision. Il aurait pu dire non. Il aurait pu trouver que le Fils en demandait trop. Mais il a, humainement parlant, renoncé à certains droits de sa paternité et de son amour pour le Fils, pour permettre au Fils l’ultime abandon. Dieu nous a créés à son image, et le Fils voudrait réveiller en nous cette image. Du fait que le Père n’a pas refusé, le Fils nous donne la possibilité de ne pas refuser… Souvent les gens font des manières quand ils reçoivent un cadeau et disent : ‘C’est trop!’ Ils montrent par là qu’ils mettent leur capacité d’évaluer au-dessus de l’amour qu’on leur témoigne. Il peut arriver certes qu’objectivement un cadeau dépasse les possibilités de celui qui le donne. Mais s’il veut vraiment l’offrir par amour, alors la raison qui met des limites perd son droit de mesurer. Ainsi lorsque le Fils lui fait sa proposition, le Père ne dit pas : ‘C’est trop!’. Il renonce pour ainsi dire à son droit de juger et contrôler, et abandonne toute la mesure du jugement au Fils… Le Fils fera en quelque sorte défaut au Père pendant son séjour sur la terre; et plus il lui manquera, plus le Père mesurera combien son amour pour le Fils et l’amour du Fils pour lui sont grands. Car le Père aussi a besoin du Fils et ne peut pas être sans lui. Peut-être le Père aurait-il eu d’autres proposition, d’autres idées au sujet de la rédemption, qui n’auraient pas rendu nécessaire la déréliction de la croix. Mais il ne les exprime pas, il s’en remet au Fils. Dans l’amour, le meilleur c’est toujours le désir de l’autre (Jn 21,16).

31. Etre dans la vérité

Seul celui qui est dans la vérité connaît le Père. D’où la nécessité de la confession. Celui qui ne confesse pas son péché ne peut être dans la vérité, et donc il ne peut connaître Dieu (Jn 8,54-55).

32. Etre pris par la parole de Dieu

Si l’homme entend la parole de Dieu, il sera pris par la parole de Dieu quand il se donnera à elle. Pour vivre dans la parole, il meurt en lui-même. C’est ce que les Juifs ne veulent à aucun prix (Jn 18,31).

33. Vivifier les liens

Pendant le séjour du Fils ici-bas, l’Esprit Saint vivifie les liens entre le Fils et les hommes, entre le Fils et Dieu (Jn 19,20).

34.Transmettre la grâce

Toute grâce du Seigneur doit être transmise sur-le-champ (Jn 1,40-42).

35. La cour du grand-prêtre

Pierre et Jean veulent suivre le Seigneur dans la cour du grand-prêtre. Mais ils n’ont pas été appelés à le suivre maintenant. Ils suivent leurs vues humaines pour aider le Christ. Ils se fourvoient. Symboles de tous les errements qui ne sont pas obéissance à Dieu (Jn 18,15).

36. Amour caché

La mission invisible d’un homme est toujours proportionnelle à l’amour, même quand la mission visible paraît secondaire et extrêmement petite. Un amour parfait peut rester dans l’Eglise totalement caché, il agira cependant parfaitement. Jean est aux débuts de l’Eglise celui en qui l’amour et la mission coïncident (Jn 20,2).

37. Deux êtres qui s’aiment

L’amour de deux êtres est un symbole de Dieu; de même une chose belle ou douloureuse ou quoi que ce soit qui révèle l’amour de Dieu dans la création (Jn 1,3).

38. Le balbutiement de l’enfant

Dans l’homme créé, la parole de l’origine est pure, le premier balbutiement du petit enfant est pur; c’est une parole qui est auprès de Dieu… avant que la concupiscence et l’égoïsme ne s’éveillent… et ne transforment sa pureté en mensonge… Et la dernière parole de l’homme – son dernier soupir, dans lequel il s’abandonne et dépose son égoïsme et son mensonge pour retourner à Dieu – est à nouveau pure parce qu’il s’exprime en Dieu. C’est un retour à la première parole balbutiée par l’enfant… Ces deux paroles sont prononcées dans la faiblesse, dans l’impuissance, face à l’amour de Dieu (Jn 1,3).

39. Percevoir la grâce

Dans la vie des croyants, il y a dans la grâce toute une sphère surnaturelle qui n’est perceptible et assimilable que par ceux qui ont déjà la foi ou qui cherchent du moins à l’avoir (Jn 18,21).

40. On ne sait pas tout

Ensemble (Jésus et ses disciples), ils forment le modèle (l’archétype) d’une véritable communauté chrétienne où l’on fait bien des choses et où chacun reste en paix, même s’il ne sait pas tout au sujet des autres (Jn 18,1).

41. De dimanche en dimanche

Comme le Seigneur vient du Père et va vers le Père, ainsi le chrétien chemine-t-il à travers la semaine agitée, de dimanche en dimanche. Celui-ci doit être réellement un jour du Père, un jour de repos et de contemplation; car comme le corps a besoin de son repos, de même l’esprit en a besoin, en Dieu… (Mais tout repos en Dieu est un passage à un mouvement nouveau) (Jn 16,5).

42. Rien qu’un enfant

(La mort) : Le Fils nous présente au Père, et lui se tient derrière nous. De nous, il désire en ce moment que nous soyons pareils à lui dans les bras de sa mère : rien qu’un enfant et confiance absolue. Que nous ne soyons que ce que nous sommes : des enfants de Dieu qui, par la grâce du Fils, retournent chez le Père, sans aucune angoisse, ni devant cette reddition, ni devant la mort, ni devant l’amour. Tout ce que l’on ferait encore dans l’angoisse et le souci de notre salut ne ferait que nous détourner du Seigneur. Consentir à être remis par lui au Père (Jn 14,6).

43. Jésus qui frémit

Jésus frémit devant la participation des autres à sa Passion (par suite de la mort de Lazare) avant même que lui-même n’entre dans la nuit de la Passion (Jn 11,33).

44. Un seul soupir

La prière n’est pas avant tout une parole de l’homme à Dieu, mais un cadeau que Dieu nous a fait à nous, les hommes, dans sa parole. C’est Dieu qui nous donne la prière, ce n’est pas nous qui la lui donnons… La parole de l’homme est auprès de Dieu quand cette parole correspond à la parole de Dieu, quand il dit à Dieu ce que Dieu veut entendre de lui. Dieu ne veut pas entendre une parole inventée par l’homme lui-même, il ne veut pas que l’homme se raconte lui-même. L’homme ne doit pas croire que Dieu est centré sur sa personne et qu’il a besoin de renseignements à son sujet. Ce que Dieu veut entendre, c’est simplement la réponse à sa propre parole… Jamais la parole de l’homme n’ouvre l’oreille de Dieu. Il nous trouve avant que nous le cherchions, il nous entend avant que nous lui parlions… Un seul soupir peut avoir plus de valeur aux oreilles de Dieu que de longues années des plus belles prières (Jn 1,3).

45. Un cadeau

En tout homme qui vient à lui, le Seigneur Jésus reconnaît un envoyé du Père et, plus encore, quelqu’un que le Père lui confie, un cadeau personnel de son Père (Jn 6,37).

46. Rencontre

Chaque personne qu’il rencontre, le prêtre doit l’ouvrir à Dieu (Jn 17,8).

47. Voir clair

Plus un homme est proche du Seigneur, plus aussi il est capable lui aussi de voir clair dans l’âme des autres (Jn 1,47-48).

48. Posséder

Plus le disciple transmet ce qu’il possède, plus il possédera. On ne possède que ce qu’on prodigue (Jn 14,9).

49. Comme un aveugle qui tâte les murs

Au croyant, le Fils donne la grâce de disposer de sa présence aussi souvent qu’il a besoin de lui et veut venir à lui. Toutefois, il ne le fait qu’à condition que lui aussi puisse aller trouver celui qui l’appelle dans la foi, aussi souvent qu’il a besoin de lui et qu’il veut aller à lui. Le Seigneur ne serait pas là pour quelqu’un qui voudrait le recevoir sans croire. Il n’est pas nécessaire d’avoir une foi qui voit pour recevoir le Seigneur, il suffit d’avoir une foi qui cherche et qui tâtonne. Même une telle foi trouvera le Seigneur dans la communion, comme un aveugle tâte les murs d’une chambre jusqu’à ce qu’il ait trouvé ce qu’il cherche (Jn 17,23).

50. Liberté

Un homme qui vit enfermé dans la plus petite cellule pour l’amour de Dieu peut s’expliquer comme libre et considérer comme non libres les autres qui se meuvent dehors dans une liberté apparente; car sa liberté est de faire la volonté de Dieu exactement à cette place-là, tandis que l’apparente absence de limites dont jouissent les autres n’est peut-être que servitude (Jn 8,32).

51. Des chemins

Conformément à l’infinie diversité des hommes, Dieu leur offre des chemins innombrables conduisant à la foi. La foi est indivisible, mais le nombre des chemins qui y mènent est infini (Jn 19,36).

52. Bon sens

L’ordre du Seigneur ne doit pas se discuter même s’il paraît manquer de sens (Jn 11,39).

53. Une vie ouverte à Dieu

Nous n’avons pu comprendre l’union du Fils avec le Père que par la séparation du Fils d’avec le Père dans la chair. Il nous a mis humainement sous les yeux ce que veut dire pour Dieu mener une vie sur terre… Il est comme le fils d’un riche employeur qui s’offrirait à habiter avec les pauvres ouvriers de son père afin de vérifier si, avec ce salaire et dans ces conditions de vie, on peut réellement joindre les deux bouts. Il vit chez nous dans les mêmes conditions que celles où nous devons vivre. Et il fournit la preuve que l’on est capable de mener une vie chrétienne parfaite en ce monde-ci, avec toutes ses limites, ses obscurités, sa mort. Il nous montre que, dans le cercle fermé de cette existence on peut vivre une vie parfaitement ouverte à Dieu, une vie où l’on attend tout de Dieu seul. Il accueille toute son existence comme un don de la Trinité… Il est le chrétien parfait (Jn 1,14).

54. La seule chose qui compte

La vie du chrétien est destinée à être un combat où victoires et défaites sont possibles; mais les victoires ne comptent pas parce qu’il faut les attribuer à la grâce du Seigneur, et les défaites non plus, parce qu’il ne cesse de les effacer et de les compenser. La seule chose qui compte, c’est la volonté de combattre selon l’esprit du Seigneur (Jn 17,15).

55. Le témoignage? Quel témoignage?

Dieu attend un témoignage de tout homme. Mais quel témoignage? Le seul témoignage vrai est celui du Seigneur. Nous, nous essayons de témoigner comme lui. Mais nous ne sommes jamais vrais que pour des secondes. Lui, il est le miroir parfait du Père. En nous, le miroir brille de temps en temps. Nous nous éloignons de la vie de la vérité par le péché. Le plus parfait témoignage pour l’amour du Père, le Fils l’est dans la mort et l’abandon (Jn 5,3).

56. Sortir du tombeau

L’obéissance de Lazare sortant du tombeau. Il fait ce que nous faisons tous quand nous obéissons : il laisse la force de la parole de Dieu être plus forte en lui que lui-même et, dans cette force, il sort du tombeau (Jn 11,44).

57. Toutes les portes sont ouvertes

« Il nous a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu »… Désormais toutes les portes sont ouvertes. Le pouvoir de forcer Dieu à nous reconnaître comme son enfant… Le pouvoir d’exiger de Dieu, de nous présenter devant Dieu avec la liberté des enfants et d’exiger l’héritage. Il y a des choses que dès à présent nous pouvons exiger de Dieu catégoriquement. Nous pouvons exiger qu’il nous transforme, nous pécheurs, en enfants. Nous pouvons exiger qu’il nous donne son Esprit. Nous pouvons exiger que nous puissions accomplir sa volonté. Nous pouvons exiger que nous vivions en son Fils. Nous pouvons exiger que tout contribue à notre bien. Nous pouvons exiger la vie éternelle. Naturellement, nous ne pouvons pas exiger de Dieu des choses qui demeurent toujours en sa liberté : qu’il nous appelle au sacerdoce, qu’il nous donne tel ou tel charisme particulier dans l’Eglise. Mais nous pouvons exiger son amour et, dans le cadre de cet amour, il ne peut rien nous refuser (Jn 1,12).

58. Etre une personne

Dieu nous traite comme des personnes et il nous permet de le traiter comme une personne (Jn 3,31).

59. Porter le péché des autres

Non seulement le confesseur porte le péché de  son pénitent, mais aussi le pénitent celui du confesseur (Jn 20,26).

60. Fécondité

Un homme qui veut servir Dieu totalement, qui veut lui offrir toute sa vie pour qu’il en dispose librement, il ne lui est pas possible de diriger son regard vers le Seigneur par-delà une créature, il doit le regarder directement, sans intermédiaire. Qui a le souci d’une famille, celle-ci se trouve d’une certaine manière entre lui et le Seigneur; il doit contempler le Seigneur à travers les siens… Fécondité humaine : possibilité infinie qui ne se réalise qu’en très peu de cas… Fécondité virginale : son fruit est en vérité incalculable. Dans le don au Seigneur, toute limite disparaît parce que le Seigneur se donne lui-même infiniment au Père infini… La fécondité spirituelle dans le Seigneur et sa Mère est toujours surabondance, toujours plus riche que ce qu’on peut imaginer. Et donc personne, s’il sait quelque chose de la grâce, ne se permettra de se désigner comme le père spirituel d’un autre chrétien. La fécondité dans le Seigneur s’ignore elle-même : elle ne sait pas à qui elle donne la vie (Jn 19,27).

61. Ne pas se ménager

Le service que le Fils rend au Père par l’oeuvre de la rédemption exige qu’il ne soit pas ménagé. Ni le Père ne doit ménager le Fils, ni le Fils se laisser ménager par le Père. L’absence de tout ménagement dans ce service atteindra son point culminant sur la croix (Jn 15,2).

62. Désarçonner

Naître de Dieu, être né de Dieu, ça désarçonne tout d’abord (Jn 1,13).

63. Objections

Quand le Seigneur décide, Pierre n’a pas à faire d’objections, si bien intentionnées soient-elles… La vraie humilité qui tend à s’abandonner tout entier… L’humilité véritable et le vrai abandon ne font qu’un. La seule chose qui importe dans la vie d’un humble, c’est ce qui appartient à Dieu et aux autres… L’humilité pleinement vécue ne fait qu’un avec l’abandon (Jn 13,8).

64. Une réponse incomplète

Le Seigneur ne connaît qu’un manière de s’offrir et de se donner : emmener l’homme  avec lui sur son chemin vers le Père… Nous pouvons communier quotidiennement et rencontrer chaque fois le Seigneur selon notre capacité du moment… Quand le Seigneur dit : « Je suis le pain de vie », il nous promet ainsi une participation réelle à sa vie, à son cheminement vers le Père… Son désir de nous et de notre présence devant lui est total et indivisible. Seule notre réponse demeure incomplète et partagée.  Mais puisqu’il nous interpelle sans cesse, il nous offre la grâce de répéter notre réponse partielle, de la répéter aussi souvent qu’il le faudra, jusqu’à ce qu’enfin, par sa grâce et dans sa grâce, lui-même puisse discerner l’ébauche d’un véritable oui (Jn 6,48).

65. Vie éternelle

La vie du Ressuscité sur terre (pendant les quarante jours entre Pâques et l’Ascension) est une image et une illustration de ce que sera notre propre vie éternelle (Jn 20,27).

66. Un mur ou une ouverture

Pas de christianisme possible qui s’arrêterait au Christ. Celui-ci n’est jamais un mur ni un terme, mais toujours une ouverture et une voie d’accès à l’amour du Père (Jn 3,33).

67. Un amour protégé

Tout amour, même l’amour terrestre et corporel, peut être une vraie joie s’il ne se referme pas égoïstement, mais s’ouvre à Dieu. Si celui qui aime sait que son amour s’ouvre sur l’éternité, il sait aussi que le temps ne peut pas le miner; il confie son amour à Dieu pour que Dieu le garde selon son bon plaisir et en fasse ce qu’il veut. Il sait alors que son amour est protégé par Dieu. Qu’il s’agisse d’un amour entre mère et enfant, entre frères et sœurs, entre amis, entre mari et femme, ou de l’amour du prochain en général, toute forme d’amour peut devenir joie parfaite si elle a sa racine et sa fleur en Dieu. Sans doute la mort du bien-aimé peut-elle y mettre un terme sur la terre, mais la vraie joie n’est pas arrêtée pour autant, car celui qui aime sait que le bien-aimé a rejoint Dieu et se trouve dans la joie du Seigneur. Ainsi le survivant se réjouit-il de la joie du bien-aimé (Jn 15,11).

68. Les subalternes

Le Seigneur Jésus ne ressemble pas à ces autorités qui, pour faire sentir leur pouvoir, passent par-dessus la tête de leurs subalternes (Jn 3,22-24).

69. Faire le bien?

L’Esprit Saint nous donne le désir de la foi avant même que la foi, l’amour et l’aspect du Seigneur aient ouvert notre coeur… Sans l’Esprit Saint, tout ce que les hommes accomplissent de bien les conduirait inévitablement à l’idolâtrie de soi. Mais l’Esprit Saint intervient et en fait une inquiétude pour Dieu (Jn 20,29).

70. La foi

La foi ne peut naître brusquement… Il faut une inquiétude prolongée pour l’enflammer définitivement (Jn 8,1).

71. Se compromettre

La prière du chrétien pour lui et pour les autres, et la prière du Fils pour chaque chrétien. C’est un mystère de l’humilité du Fils qu’il ne craigne pas d’entrer en chacun de nous pour le présenter au Père, bien qu’il se compromette ainsi avec tant de déficiences (Jn 17,9).

72. Liberté chérie

Le Seigneur ne veut jamais nous contraindre, mais il nous laisse la liberté de prendre tous les bons chemins. Il ouvre les trésors de Dieu et nous laisse le choix. Même au ciel, chacun aura ses prédilections. Ainsi nous sommes libres de nous laisser conduire plutôt par l’Esprit vers le Fils ou par le Fils vers l’Esprit (Jn 20,29).

73. Tout homme a une mission

Tout homme a une mission : le prêtre qui exhorte et le mendiant qui demande un verre d’eau. Cela vaut dans toute rencontre entre les hommes, jusque dans la plus petite. Parole du prêtre, exemple du laïc : tous, ils nous sensibilisent à l’amour. Chacune est un moyen par lequel le Seigneur nous attire à lui, et il nous attire à lui pour nous envoyer vers d’autres (Jn 13,20).

74. Action et contemplation

Danger dans la contemplation que peu à peu on se cherche soi-même au lieu de chercher le Seigneur. Parce que le contemplatif ne voit jamais comment sa contemplation est utilisée, il court le danger de perdre de vue peu à peu son urgence… Le fruit de la contemplation appartient à Dieu seul; à vue humaine, elle est abandonnée… Il y a des gens actifs qui sont appelés par Dieu à la contemplation, et des gens qui voudraient vivre une vie contemplative qui sont appelés par Dieu à une vie active… La vie active correspond au chemin du Fils quittant le Père pour aller dans le monde; la contemplation correspond à son retour vers le Père et à sa permanence dans le Père (Jn 11,5).

75. Croire

La seule chose que peut faire un homme pour montrer qu’il accepte le don du Seigneur et qu’il sait d’où il vient, c’est de faire ce qu’ont fait les serviteurs aux noces de Cana : croire et par là glorifier la magnificence du Seigneur (Jn 2,1-12).

76. Remercier

(Pierre avait gagné la rive à la nage pour retrouver plus vite Jésus). Les autres arrivent après avec la barque. Entre temps il y a eu une certaine séparation entre Jésus et Pierre sur la rive et les autres dans la barque, mais ils savaient que c’était leur mission à eux… Le filet : ils ne voient pas encore bien ce qu’il y  dedans. Mais il contient exactement ce que le Seigneur voulait leur donner, et ils en sont reconnaissants. Il faudrait toujours remercier le Seigneur avant même d’avoir vu le résultat de notre apostolat… On doit de temps en temps savoir qu’on est sur le bon chemin… Mais pas question de s’arrêter longtemps auprès du Seigneur : il nous renvoie à la mission (Jn 21,8).

77. L’incompréhensible

Le chemin du retour au Père du Seigneur Jésus restera toujours quelque chose qui échappe à la compréhension des apôtres, quelque chose qui les dépasse totalement, même s’ils le voient monter au ciel. Il leur rendra visible l’incompréhensible de Dieu, mais de cet incompréhensible même il ne parle pas (Jn 6,62).

78. Disponibilité

La vocation sacerdotale ou religieuse n’est pas avant tout sacrifice et renoncement mais disponibilité joyeuse vis-à-vis de Dieu (Jn 16,21).

79. Le destin

Bien des choses, dans le destin des individus, resteront toujours obscures et ne ne s’expliqueront que dans l’au-delà. Sur chaque chemin conduisant un homme d’une manière plus personnelle auprès du Seigneur, il y a de ces mystères et des obscurités qui ne s’éclairciront que plus tard, en route ou à l’arrivée… Il a rencontré le Seigneur : ce grand fait unique est clair. Mais ce qui résultera de cette rencontre n’est pas clair du tout et ne se dévoilera que par étapes (Jn 13,7).

80. Renoncement et fécondité

Tout renoncement (surtout les trois vœux de religion) débouche sur la croix, s’enracine dans la croix, et donc débouche sur une fécondité. De notre renoncement à un bien terrestre, le Seigneur fait un oui à sa vérité (Jn 19,27).

81. Le larron

Tout ce qu’on sait du larron qui insultait le Seigneur sur la croix à côté de lui, c’est que le Seigneur est mort aussi pour lui (Jn 19,18).

82. Jésus qui porte le péché

Sur la croix, Jésus ne voit plus que le péché. C’est ce qui le prive de la vision du Père. Il assume ce péché, non comme un péché étranger, mais comme le sien propre… Et c’est chargé de ce péché comme le sien propre qu’il va vers le Père. Cet événement terrible finit auprès du Père; au moment même de l’absolution, l’âme obscurcie resplendit dans la grâce et dans la miséricorde de Dieu. Elle brille tout à coup dans la lumière, comme le Fils, à la fin de son chemin, sera soudain glorifié par la gloire du Père, lorsqu’il aura vaincu par sa mort le péché du monde (Jn 17,14).

83. Parole vivante

Dans la mesure où le chrétien laisse vivre en lui le Verbe de Dieu, toute parole du chrétien est parole vivante auprès de Dieu et déposée en lui (Jn 1,37).

84. Tout est achevé

Tout est achevé. Il a donné au Père tout ce qu’il avait pour recevoir des hommes tout ce qu’ils ont : la pleine mesure de leur péché. Tout est achevé pour le Fils comme pour le Père. Il remet au Père l’Esprit sans rien voir. Il voit qu’il a accompli sa mission, mais il ne voit pas qu’elle est accomplie dans l’amour et qu’elle est reçue dans l’amour du Père, car tout son amour est encore en dépôt chez le Père, confiée au Père, il ne l’a plus en lui-même (Jn 19,30).

85. Le Père ne peut pas empêcher le Fils de souffrir

Le Père aime son Fils. Il voit ce que le Fils souffre. Il a su depuis toujours que cette heure arriverait, mais maintenant il l’éprouve dans toute sa réalité. Il ne peut pas se révéler au Fils parce que, s’il le faisait, il diminuerait sa propre confiance en son Fils. Il doit accorder à l’amour du Fils ce dernier témoignage, cette ultime épreuve, de le livrer à la séparation totale d’avec lui. Ceci est l’état dans lequel le Père partage la souffrance de la croix. Ce renoncement de Dieu à se manifester est la source de toute souffrance chrétienne. Car dans ce renoncement se manifeste l’amour suprême du Père. Si la Passion n’avait de rapport qu’avec le Fils et aucun avec le Père, le Père ne serait pas concerné par elle, alors il n’y aurait pas de souffrance chrétienne possible, et le chrétien serait même obligé d’empêcher la souffrance de toutes ses forces. Mais dans la vie chrétienne, à l’exemple du Père, il faut laisser au prochain le droit de souffrir, malgré tout l’amour qu’on lui porte. Il n’est pas permis de lui épargner la souffrance par amour… Si le Père intervenait, il mettrait des limites à son amour; sa compassion paternelle témoignerait d’une méfiance à l’égard de l’amour du Fils; il jugerait cet amour en pensant qu’il n’est pas capable de se montrer infini dans la Passion (Jn 16,20).

86. Dieu n’a pas besoin d’explications

La prière n’est pas avant tout une parole que l’homme adresse à Dieu, mais un don que Dieu nous fait… C’est Dieu qui nous donne la prière, ce n’est pas nous qui la lui donnons… La parole de l’homme n’est donc auprès de Dieu que si… sa parole correspond à celle de Dieu, si l’homme dit à Dieu ce que celui-ci veut entendre de lui. Dieu ne veut pas entendre une parole inventée par l’homme, il ne veut pas que l’homme s’énonce lui-même. L’homme ne devrait pas croire que Dieu dépend de sa personne et qu’il a besoin d’explications à son sujet. Dieu ne veut entendre que la réponse à sa propre parole. Il est vrai que toute la personnalité de l’homme peut être contenue dans cette réponse, il doit en être ainsi, mais toute cette personne n’intéresse Dieu que dans la mesure où elle est tout entière réponse à sa parole (Jn 1,3).

87. Perfection?

La perfection, c’est-à-dire la conformité avec les vues de Dieu, ne se trouve que dans l’abandon confiant à Dieu dans l’amour (Jn 5,44).

88. La façade

Le péché consiste à ne pas vouloir apprendre sa vérité de Dieu, ni la lui confier, mais à vouloir la posséder pour soi-même… Le pécheur : son péché ne consiste en rien d’autre que dans le désir de ne pas se voir tel qu’il est. Le pécheur, pour ce qui est de façade, est toujours prêt à témoigner de tout ce qu’on voudra. Mais de son être le plus intime et le plus profond, il ne veut rien dévoiler (Jn 5,31).

89. L’inconcevable

« La volonté de mon Père est que quiconque voit le Fils et croit en lui ait la vie éternelle ». La volonté du Père, c’est-à-dire l’amour du Père… Tout l’amour du Père et toute la mission du Fils se réduisent à ceci : que, par le Fils, les croyants participent à la gloire éternelle du Père… La promesse inconcevable d’avoir part à la vie éternelle est faite à tous (Jn 6,40).

90. Penser le ciel

Le purgatoire est un état de solitude dans lequel l’âme s’occupe d’elle-même et de sa relation avec Dieu. Mais dès que l’âme arrive au ciel, une relation vivante s’établit entre elle et toutes les autres âmes, qu’elles se trouvent au ciel, sur terre ou au purgatoire… Les hommes au ciel, deviennent capables de se comprendre même dans les facettes de leur être qui leur étaient restées incompréhensibles sur la terre… Le ciel est pur mouvement vers Dieu… A présent, je suis tel que Dieu m’a pensé à l’origine; non plus prisonnier de la matrice du temps, mais né à la liberté de la vie éternelle (Jn 16,21).

91. La force du diable

C’est une qualité fondamentale du diable de s’adapter. Si l’homme est tiède, Satan est également tiède; mais si l’homme commence à s’intéresser à Dieu, alors le diable aussi s’éveille et commence à s’intéresser à cet homme. Le tiède est plus près de Satan que celui qui s’est réveillé. Pour le tiède, il n’a pas besoin de s’agiter, il a le temps d’attendre, il est sûr de sa propriété. Mais si le bien s’éveille en l’homme, le mal aussi devient actif… Sans Satan, le Seigneur ne serait pas sur la terre… La plus grande efficacité du diable se déploie là où l’on ne croit pas en lui : chez les tièdes et les blasés. Celui qui ne croit pas en Dieu ne croit pas non plus au diable; et ainsi la lutte s’avère inutile. La force du diable, c’est sa faculté d’adaptation, de compromis (Jn 14,30).

92. Chacun est unique devant Dieu

La même prédication qu’entendent des milliers de personnes est accueillie par chacune dans le silence de manière différente et unique (Jn 1,3).

93.  Le pays de cocagne

Avoir tout en abondance auprès du Seigneur. Cela ne veut pas dire qu’on obtiendra tout selon ses souhaits, qu’on va entrer dans un pays de cocagne, qu’on pourra cueillir la grâce de Dieu dans des bénédictions extérieures et dans le bien-être de sa vie. La nourriture du Seigneur reste une nourriture objective; subjectivement elle peut ouvent donner l’impression de manque et de faim. Mais ce manque et cette faim sont eux aussi plénitude dans le Seigneur (Jn 10,9).

94. Le mourant

Tout sacrement oriente l’homme vers Dieu… Le mourant n’est plus capable de disposer de lui-même… Il se met à l’absolue disposition de Dieu… Le mourant n’a plus qu’à répéter (après Jésus) : « Entre tes mains, Père, je remets mon esprit »… Toute mort en Dieu est fécondité (Jn 1,9).

95. Saisir Dieu?

Nous sommes et nous demeurons pour la vie de Dieu des êtres non nécessaires. Mais le fait même que nous soyons superflus nous amène à comprendre sa surabondance. Quand nous nous oublions nous-mêmes…, nous rencontrons sa grâce. Dans la grâce, le problème du moi n’existe plus, ni non plus le problème de saisir Dieu. Dieu ne veut pas que nous cherchions à le détailler et à le saisir comme on le fait d’un objet terrestre. Il ne nous montre de lui que ce qui nous comble, nous unifie, nous clarifie : sa grâce. Et aussi longtemps que l’homme est content de ce que Dieu lui donne de sa vie, il vit en Dieu et de Dieu, et tout est dans l’ordre. Il est alors comme celui qui aime : il est heureux si, chaque jour, celle qu’il aime lui fait don d’une heure et qui, après cela, ne se demande pas ce qu’elle peut bien faire aux autres heures. Ce n’est que lorsque l’homme commence à calculer et à soupeser ce que Dieu lui donne qu’il cherche à saisir et à dépasser la vie qu’il a en Dieu pour atteindre le secret de la vie éternelle. C’est alors qu’il s’éloigne, malheureux, de la vie (Jn 1,4).

96. Marie

Marie. Il est juste que les chrétiens apprennent à méditer sous sa conduite et méditent dans le rosaire sa propre contemplation… La Mère est présente et active partout où l’homme doit être initié à la nature intime et cachée du Fils… Pour que le Seigneur pût accomplir son oeuvre de rédemption, il devait être conçu par un être humain qui accepterait d’être sa mère. Elle s’est sacrifiée entièrement pour lui afin de rendre possible son sacrifice. Ainsi était-elle pour le Fils la voie vers l’existence terrestre, tandis que, pour nous, elle devient la voie exemplaire de l’accueil du Seigneur… Puisqu’elle a été la première à s’ouvrir à Dieu, elle peut nous initier à son secret et nous emmener sur son chemin. La Mère est ouverte au Fils et aux hommes; ainsi elle peut être la médiatrice entre le Fils et nous… A elle non plus, il n’est pas donné de saisir totalement le mystère du Fils. Pour elle aussi, le Fils demeure un mystère, un enrichissement infini. Mais elle est intégrée dans son mystère, elle y participe… La mesure de la participation, de la pénétration, de la vision, du dévoilement, c’est le Seigneur qui la détient entièrement, même pour la Mère. Dans la contemplation, l’homme remet toute disposition à Dieu Sécheresse et déréliction sont des états d’âme de la contemplation, essentiels à celle-ci. La Mère, elle aussi, y est introduite toujours plus intensément, jusqu’à la contemplation de la nuit totale du Fils sur la croix, dans sa nuit totale à elle (Jn 14,13-14).

97. La nuit

« Là où je suis, là aussi sera mon serviteur ». Il y a des moments où le serviteur le saura exactement. Il y aura d’autres moments, dans l’obscurité, où il ne le verra plus. Il prendra avec lui dans la nuit cette parole mystérieuse du Seigneur (Jn 12,26).

98. Un état de communion

Pour celui qui a reçu le Seigneur dans l’eucharistie, le Seigneur demeure accessible même en dehors de la réception visible de l’hostie : l’union avec le Seigneur ne se limite pas à la communion distribuée par le prêtre, elle s’étend au-delà d’elle-même; le rassasiement qu’elle procure suscite en même temps la soif d’une autre communion, d’une communion continuelle. Et cette soif d’amour est la vie des chrétiens en Dieu, le don de la vie éternelle que nous a apporté ce pain venu du ciel. De même que quelqu’un a la foi même quand il ne récite pas le credo, ainsi continue-t-on à vivre en communion avec le Seigneur même lorsqu’on n’a pas réellement en soi l’hostie sacramentelle. De même qu’il existe un état de foi, il y a aussi un état de communion (Jn 6,32-33).

99. Se pencher

« Celui-ci, se penchant alors vers la poitrine de Jésus, lui dit : Seigneur, qui est-ce? » La vraie prière dans l’Eglise, est ce geste de se pencher amoureusement vers le Seigneur. Le catholique ne prie ni debout, ni assis, mais penché vers le Seigneur. Il peut le faire parce qu’il repose déjà sur la poitrine de Jésus (Jn 13,25).

100. Rien d’autre à faire

Le contemplatif n’a rien d’autre à faire qu’à être prêt à recevoir du Seigneur ce que celui-ci veut lui donner (Jn 11,29).

101. Des secrets

Un amour véritable est toujours nu devant l’aimé, même s’il ne lui dit pas tout et garde devant lui ses secrets (Jn 1,5).

102. L’enfant maltraité

Quand Jésus est flagellé, il est sans consolation parce qu’à présent il ne voit absolument pas à quoi son sacrifice pourrait servir. La divinité en lui s’est tellement voilée qu’il ne souffre plus que dans son humanité… Il est comme un enfant qu’on maltraite et qui ne peut absolument pas s’imaginer pourquoi cela lui arrive… Il porte son sacrifice comme Dieu le lui donne : dans la désolation. Jamais un chrétien, lors d’un sacrifice, ne devrait spéculer sur son poids, ses limites ou son mérite. Il doit l’offrir sans vouloir éprouver la consolation que ce sacrifice a été accepté (Jn 19,1).

103. Le mystère suprême

Le purgatoire est le domaine réservé du Père, le seul mystère que le Père n’avait pas déjà livré au Fils fait homme, car il lui a confié le monde entier pour qu’il soit son royaume, à l’exception des ténèbres… Dans le purgatoire, il voit le péché séparé des pécheurs. Et le fait d’isoler ce péché des pécheurs fut l’œuvre de la croix… Le purgatoire est en somme le résultat de son passage par les enfers. Il pénètre dans le mystère suprême du Père qui a créé le monde : le mystère, c’est qu’au démon avait été laissé le pouvoir de séduire l’humanité (Jn 19,35).

104. L’aliénation

Quand quelqu’un passe de l’incroyance à la foi, ou d’une foi tiède (qui n’existe qu’à la périphérie de l’existence) à une foi totale qui devient le centre de toute la vie, il passe par une phase d’aliénation. Lorsque sa vie sera devenue une vie de foi, quand l’Esprit du Seigneur aura tout pénétré, alors seulement il pourra fêter une résurrection dans le Seigneur (Jn 17,7).

105. Pilate et les femmes

Jésus devant Pilate. Ceux qui n’osent pas s’engager parce que le christianisme est amour vivant et qu’il demande qu’on se livre. Pilate : comme les femmes qui refusent de se marier tant qu’elles sont capables d’avoir des enfants. Elles se donneraient peut-être, mais les suites, l’enfant, elles ne le souhaitent pas (Jn 19,19).

106.  Satan et l’amour

Là où est l’amour chrétien, Satan n’est pas loin, car il fait ses meilleures prises là où le véritable amour faiblit, se refroidit, se laisse manipuler imperceptiblement pour devenir quelque chose qui porte encore le nom d’amour mais n’est réalité que l’opposé de l’amour : le plaisir égoïste (Jn 13,2).

107. La Parole de Dieu

« Celui qui est de Dieu écoute volontiers la Parole de Dieu ». C’est la parole de sa patrie, la parole de ses origines. Elle a un son tout particulier, dont on se souvient quand on l’entend à nouveau, auquel on aspire à l’étranger, peut-être sans savoir ce qu’il veut nous dire et nous promettre. Mais on entendra toujours cette Parole dans la conviction que ce qu’elle nous dit est bon et obligatoire (Jn 8,46).

108. Avoir des enfants

De même que les prêtres et les religieuses seraient capables d’avoir des enfants comme les autres hommes et n’en ont pas parce qu’ils ont renoncé à cette fonction, de même tous les croyants possèdent les sens (qui permettent de voir les choses de l’au-delà), mais leur fécondité demeure auprès du Seigneur. Lui seul décide de leur utilisation (Jn 20,19).

109. Citoyen

Dieu a offert à ses créatures la possibilité merveilleuse de demeurer sur terre en étant citoyens du ciel, de vivre en dehors de Dieu et pourtant en lui (Jn 8,23).

110. La foi

Il n’y a qu’une oeuvre de Dieu : la foi. Tout le reste découlera de cette oeuvre (Jn 6,29).

111. Un signe d’amour

Dans l’eucharistie, qui représente l’extrême de l’amour, chaque hostie a la même valeur. Elle contient le même amour pour l’homme, que celui-ci soit plus ou moins digne, plus ou moins bon ou mauvais, qu’au moment de communier il aime ou il n’aime pas… L’amour de Dieu nous atteint tous, quelles que soient nos dispositions. Et après nous avoir ainsi touchés, il admet comme un signe d’amour l’action de grâce de chacun, si différente soit-elle humainement parlant. En cela il révèle le Père qui fait lever le soleil sur les justes et les méchants (Jn 1,18).

112. Un complément

Le Christ enseigne ses disciples puis les baptise. Un complément d’enseignement viendra après. Ils pourront toujours l’interroger. Mais ce qu’ils ne savent pas, et ce qui sera ajouté de manière débordante à leur intelligence, est qu’ils deviendront témoins de la Passion : cette réalité la plus haute de toutes les réalités chrétiennes les élargira et les enseignera avec plus de profondeur que tout autre enseignement (Jn 4,1-3).

113. Ce qu’on ne sait pas

Garder le commandement du Seigneur, surtout celui de l’amour, c’est l’aimer, lui, même si on ne le sait pas (Jn 14,21).

114. Le don de Dieu

Si tu connaissais le don de Dieu… Tu es un don de Dieu. Je suis le don de Dieu. Tu es mon prochain depuis toujours. Tu ne le savais pas. Si tu avais su, tu m’aurais demandé ce que j’ai à donner : l’eau vive qui vient du Père. L’eau que je donne, c’est la mienne, c’est mon sang, c’est l’Esprit, c’est le don du Père qui conduit au fleuve de la foi qui débouche dans la mer de la vie éternelle (Jn 4,10).

115. Une tentative humoristique

De loin il pourrait sembler que le Seigneur n’était pas vraiment un homme, qu’il ne connaissait pas réellement la vie humaine, puisqu’il n’a pas connu le mariage. Mais le fait qu’en tout temps d’innombrables personnes ont choisi la forme de vie de la virginité, à cause même de l’amour pour le Seigneur, montre que la possibilité existe réellement pour l’homme de renoncer ua mariage par amour pour Dieu, non par faiblesse ou incapacité de vivre, et que cette possibilité peut jaillir uniquement d’une grâce première du Seigneur et de son propre amour. Et la virginité n’a rien d’inhumain, rien d’excentrique ou de morose; ce n’est pas une vie sublimée qui méprise la chair. Bien plus, celui qui se donne est si faible qu’il n’a rien de mieux à offrir que cette petite chose insignifiante, sans proportion avec le sacrifice du Seigneur. La virginité est une tentative presque humoristique (tant la disproportion est grande) de mettre ses pas dans les pas du Seigneur (Jn 19,27).

116. Faiblesse
Le Seigneur ne se sert jamais de notre péché pour nous délivrer de notre péché. Mais il peut se servir de notre faiblesse, quelque chose qui ne soit pas pur égoïsme (Jn 6,1-2).

117. Témoin

Le témoin prédestiné reçoit de Dieu une mission précise, directe et personnelle. Et une partie de celle-ci consiste déjà à mener l’existence du témoin particulier qui met toute sa vie personnelle au service de son témoignage. Il s’engage devant Dieu à se sacrifier sans partage à sa mission. Et il le fait avant même d’en connaître l’objet. Il doit plutôt, jour après jour, se montrer attentif, car il se peut toujours que subitement et sans raison apparente, cet objet varie, suive un cours différent, se transforme peut-être en son contraire. Même au cours de sa réalisation, le véritable contenu de la mission échappe au témoin, et il en a encore moins le contrôle. Il doit constamment être prêt à tout. Il n’a aucun repos dans la mission, car celle-ci jaillit du plus vivant en Dieu (Jn 1,6-8).

118. Tout un art

Le Dieu que servent ceux qui condamnent Jésus à mort et le Dieu que le Seigneur apporte sont totalement étrangers. Il y a tout un art de passer à côté de Dieu tout en pensant bien le servir. Toute morale qui se fait son propre but et exclut la foi crucifie le Seigneur. Morale close… Les grands-prêtres exigent sa mort. Ce qu’ils ne comprennent pas doit disparaître. Je ne reconnais que les mesures de Dieu que je porte en moi. Si Dieu avait envoyé le Messie, je l’aurais aussitôt reconnu. Je connais si bien mon Dieu que je le reconnais en toutes ses formes. Si celui qui est là était le Fils de Dieu, je l’aurais sûrement reconnu comme tel : il aurait les caractéristiques que mon Dieu a en moi (Jn 19,15).

119. L’âne

La gloire du Seigneur était dans l’abaissement (s’asseoir sur un âne) : les apôtres n’ont pu le reconnaître qu’à la lumière de la glorification (Jn 12,16).

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