33/2. Semences

 

Semences

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Lire saint Jean avec Adrienne von Speyr

 

120. Les inventions de l’amour

Dans la Passion, c’est le Père qui doit faire la volonté du Fils, car le Père a tout remis entre les mains du Fils, y compris la Passion… Le Père lui-même accepte difficilement l’abaissement du Fils dans son Incarnation et dans sa Passion. Il aurait pu atteindre le même résultat à moindres frais, il aurait pu témoigner autrement de son amour pour ses disciples et obtenir plus rapidement du Père l’oeuvre rédemptrice. Le fait d’aller si loin, de se présenter aux disciples comme leur serviteur, et face au Père comme un homme, est une invention de son amour suprême (Jn 13,3-5).

121. La force de l’amour

L’amour veut obéir; il ne voudrait faire que la volonté du bien-aimé sans être pris lui-même en considération. Et cela nullement par « abnégation », par « sanctification de soi », par « mortification » ou par un autre entraînement ascétique, mais par la simple nécessité de l’amour lui-même. Dans toute sa faiblesse, mais entièrement résolu, il s’offre : « Fais de moi ce que tu veux! » Ainsi est l’amour, prêt à tout, disposé à suivre à travers tout, que cela plaise ou non. Il n’a en tête que l’honneur et la gloire du bien-aimé. Il n’a pas d’égards pour lui-même. Il ne pense pas à ce qu’il abandonne et à quoi il renonce, il ne considère pas les difficultés de son entreprise, ni ce que les autres en disent. Il fait son chemin dans la force de l’amour qu’il a reçu (Jn 17,18).

122. Des hommes pleins de Dieu

L’œuvre du Fils : il veut « éduquer les hommes pour Dieu… Il veut ramener au Père non seulement des chrétiens, mais des hommes pleins de Dieu (Jn 17,19).

123. Ouvert à la joie

Abraham exulta, car il savait que, dans le Christ, Dieu continuerait de se révéler et de se dévoiler. Il s’est donc réjoui tout d’abord pour Dieu lui-même, parce qu’il aimait vraiment Dieu. Il se réjouissait également pour les hommes qui verraient cette révélation divine… Il ne savait d’ailleurs pas ce que serait l’avènement du Fils… Il savait que Dieu accomplirait ce qui était annoncé et c’est de cette façon qu’il se réjouissait pour Dieu. Il se réjouissait pour les hommes, car il savait qu’ils entreraient plus profondément et plus étroitement en alliance avec Dieu. Parce qu’il était un vrai croyant, il était ouvert à la joie du mystère dont il ne percevait pas lui-même le contenu. Il se réjouissait dans la vérité du mystère qui lui demeurait impénétrable, mystère dans lequel Dieu et l’homme se rencontreraient de manière inexplicable.

Il voyait ce jour dans la promesse. Il le vit également après sa mort, dans le Père. Car, étant un vrai croyant, Abraham aimait aussi et il était de ce fait sauvé par le Fils, même s’il ne l’était que dans le Fils promis. Après sa mort, il entre au ciel par le Fils; non pas déjà par le Fils incarné, mais pourtant par personne d’autre que la deuxième personne en Dieu. De ce point de vue aussi il a vu le jour du Seigneur et il s’est réjoui dans l’instant de son passage véritable et définitif de la mort au royaume du Fils, grâce à la rédemption (Jn 8,56).

124. Nous sommes en chemin

Toute grâce dans les âmes est une grâce du Père et du Fils et, à l’intérieur de celle-ci, communication du Saint-Esprit. Toute grâce est donc une grâce trinitaire. Et Dieu donne à chaque homme, à l’intérieur de cette grâce, sa voie personnelle propre et son accès à la Trinité. Non pas de telle manière qu’il pourrait, en tant qu’individu, se frayer lui-même un chemin vers la Trinité ou en prendre ce qui lui convient. Mais de telle manière que chacun reçoit de Dieu même sa propre voie personnelle. L’un recevra la voie de l’amour de Dieu en général, l’autre un amour particulier pour une personne divine, un troisième l’amour pour la Mère du Seigneur ou pour des saints qui lui servent de vivant accès auprès de Dieu. Chaque voie est toute personnelle, mais toutes conduisent à la Trinité. Ce n’est que dans l’au-delà que nous serons dans la Trinité, après la résurrection pour la vie éternelle, lorsque nous serons définitivement affranchis du péché. Maintenant nous sommes en chemin vers la Trinité, nous avons avec elle des points d’attache, nous sommes orientés vers elle. Car toutes nos voies sont des voies trinitaires (Jn 8,50).

125. Les chaînes du démon sont raccourcies

Un fruit de la rédemption que le Fils a déposé auprès du Père le vendredi saint, c’est le purgatoire. Il a son origine à la croix. Le Père se sert du fruit qui vient de la croix pour tempérer la justice divine par la miséricorde qui est toute nouvelle… De la croix s’allume un feu mélangé de justice et de miséricorde. Les puissance des enfers, de la mort et du mal sont comme repoussées par la venue du Seigneur jusqu’au fond de l’enfer, et les chaînes du démon sont raccourcies. Le purgatoire naît pour ainsi dire sous les pas du Seigneur; c’est lui qui, dans ce lieu de désolation, apporte la consolation, dans ce lieu glacé le feu, dans ce lieu où règne la justice la miséricorde… L’entrée du Fils dans cette région la transforme : il brise les portes des enfers et ouvre à ceux qui s’y trouvent l’accès du ciel (Jn 19,34).

126. Il n’a jamais rien caché au Père

Seul celui qui est dans la vérité connaît le Père. D’où la nécessité de la confession. Celui qui ne se confesse pas ne peut pas être dans la vérité et donc ne peut pas connaître Dieu. Seul le Fils n’a pas besoin de se confesser parce qu’il n’a jamais rien caché au Père, il n’y a jamais eu en lui d’opposition entre sa connaissance et sa vie… En lui, mission et vie ne font qu’un… Il est la Parole vivante du Père (Jn 8,54-55).

127. Repos

La vie éternelle n’est pas un repos mais bien éternelle vie (Jn 14,6).

128. Là où il n’y a plus d’espoir

A tout ce qui n’a pas de sens dans la vie, l’Esprit donne un sens infini et divin. Là où humainement il n’y a plus d’espoir. Et qu’est-ce qui serait plus désespérant que la tâche dont le Seigneur nous a chargés? Il est toujours là pour animer le rapport entre le Seigneur et nous. Rien pour nous n’est jamais du passé, tout reste toujours un avenir vivant. Tous les pourquoi, toutes les énigmes, sont résolus par l’Esprit Saint. Dans cette existence unique, tout peut être contenu. Cette étroite vie humaine peut être si riche que l’infini de Dieu y trouve sa place. C’est cela la consolation (Jn 14,16).

129. Il voudrait tout savoir

Thomas voudrait tout savoir, combien d’années de purgatoire il aura à faire. Il mesure tout avec ses pensées humaines. Il est incapable de s’imaginer un lieu qui échappe aux limites de l’espace et du temps (Jn 14,5).

130. Y a-t-il un non éternel?

« Celui qui croit en lui n’est pas jugé; celui qui ne croit pas est déjà jugé »… Il est déjà jugé. Ce qui ne veut pas dire que ce jugement est définitif, parce que l’amour du Seigneur est toujours plus grand que le refus de l’homme et c’est pourquoi il le rencontre toujours à nouveau et recommence. Le Seigneur invite toujours, son invitation ne connaît pas de limite, il ne connaît pas de non éternel (Jn 3,18).

131. Un feu qui brûle

Toute intelligence que le Seigneur donne à quelqu’un, toute vision qu’il peut accorder, n’est pas quelque chose en quoi on pourrait se reposer et séjourner; c’est toujours le point de départ d’un mouvement infini. Ce qui arrive dans la grâce est comme un feu qui brûle; il suffit d’une allumette pour mettre le feu; si on l’alimente, il peut brûler à l’infini parce que telle est la nature du feu. Un feu terrestre, on peut l’éteindre; mais le feu divin qui brûle dans la foi, parce qu’il contient la vie éternelle, on ne peut pas l’éteindre. Il est vrai qu’on peut apparemment étouffer la vie, on peut extérieurement bloquer ou détruire l’oeuvre de la foi, une mission peut mourir, un croyant peut être tué, emprisonné. Mais cela ne touche pas la vie éternelle qui vit dans la foi.Ce qui vit et brûle dans le Seigneur est vie éternelle, feu éternel qui ne cesse de brûler d’une manière vivante dans le Seigneur. Personne ne peut dire où ce feu continue à se propager souterrainement. Quand l’oeuvre de foi extérieure est détruite, le feu de cette foi est toujours à la disposition du Seigneur et il peut l’utiliser et le mettre là où il le juge bon. Ainsi le sang des martyrs est fécond d’une manière visible ou invisible; de même pour toute obéissance vraie. Mais l’homme n’est pas autorisé à abandonner son oeuvre extérieure à laquelle il est attelé parce qu’il n’en voit pas le fruit… C’est toujours l’heure du Seigneur (Jn 5,25).

132. Vivre sans consolateur?

Le Fils a fait l’expérience que l’homme ne peut vivre sans consolateur… Dès maintenant, alors qu’il n’est pas encore plongé dans la solitude extrême, il sait qu’il est impossible de vivre sur terre sans consolateur. Etre privé du consolateur est à ses yeux l’épreuve suprême qu’il devra supporter, quelque chose d’absolument inhumain. Mourir dans la foi est facile; mais mourir dans la déréliction est atroce. Jusqu’ici, sur son chemin terrestre, il avait toujours le Père à sa disposition, il demeurait en lui; et il voit que les hommes, eux aussi, ont besoin de quelque chose qui demeure en eux, qui les rende capables d’appartenir réellement à lui et au Père, d’accorder à eux deux plus d’espace, et cela ne peut être que l’Esprit Saint. C’est encore l’Esprit qui relie, qui opère la fusion, qui rétablit l’union entre Dieu et l’homme (Jn 14,16).

133. Provision

Le don d’une personne à une autre constitue toujours une provision de vie pour celle-ci : elle peut s’y épanouir, y trouver du courage, rendre sa vie plus joyeuse, plus légère (Jn 15,16).

134. La joie

Le Seigneur veut que nous vivions joyeux. Certes, il veut aussi que nous passions par la souffrance et les tribulations. Mais la direction fondamentale de notre christianisme indique la joie… L’état essentiel qui se renouvelle constamment doit être la joie : dans le mariage, dans l’amitié, dans les rapports avec les hommes dans l’Eglise (Jn 15,11).

135. Écrire

Quand ceux qui s’aiment s’écrivent, chacun peut parler de sa vie personnelle et de tout ce qui lui arrive, mais cela doit se faire dans l’amour, et non devenir un monologue sur son propre moi. Ce serait une parole morte qui ne serait pas vivante en celui qui la recevrait (Jn 1,3).

136. Pour après la mort

Peut-être ont-ils ménagé à Dieu une place qui, à leur avis, lui revient, une place sans portée pour après la mort… S’ils sont religieux, leurs fêtes, leur prière, chacune de leurs rencontres avec Dieu manquent totalement de vie… Pour eux, Dieu et la mort forment… la frontière éloignée de leur existence… Un jour, peut-être, pourtant quelque chose en eux peut être ébranlé : leur étroitesse, leur sensualité ont un pressentiment subit de l’insaisissable, de l’Esprit (Jn 18,6).

137. Les enfants ont le droit de poser toutes les questions

Le Père nous a permis, comme au Fils, de poser n’importe quelle question, parce qu’il n’a à redouter aucune question et que les enfants ont le droit de demander. A chacune de nos questions, le Père répond; mais beaucoup d’entre nous n’entendent pas la réponse, car ils ne sont pas en état de la saisir… Le silence même est déjà une réponse. Il se peut également que la réponse de Dieu ait une tout autre résonance que celle attendue par l’homme : elle est elle-même adéquate, mais c’est l’homme qui ne l’est pas… Le péché nous empêche de comprendre (Jn 1,15).

138. La nuit noire

Le samedi saint, le Père fait voir au Fils ce qu’il s’était réservé jusqu’alors : les ténèbres. Le Fils obtient de voir les ténèbres… Le Seigneur a voulu apprendre d’expérience ce qu’est la mort pré-chrétienne… Dans la mort du samedi saint, il ne voit plus le ciel comme son lieu et comme le lieu pour lequel il a libéré le pécheur. Dans le noir du Père, il voit le ciel comme ce qu’il souhaite pour le Père. Il ne peut plus souhaiter quelque chose pour lui dans la mort… Un fruit de la rédemption que le Fils a déposé auprès du Père le samedi saint, c’est le purgatoire (Jn 19,34).

139. Le miracle principal

Les miracles : Le Seigneur aurait pu en faire beaucoup plus qu’il n’en a fait. Il aurait pu guérir tous les malades de la terre. Et ceux qui croient vraiment pourraient le faire aussi… Mais ils font l’oeuvre de Dieu plutôt en s’abstenant de faire des miracles qu’en en faisant. Ils sont pareils au Seigneur quant à son attitude réservée. L’essentiel concernant les miracles consiste dans cette réserve. Car le miracle principal de Dieu sur la terre, c’est la croix (Jn 14,12).

140. Dieu sort de son silence

Dans la révélation, Dieu sort de son silence et de son origine et se manifeste pour nous dans la parole. Mais il ne parle pas seulement de lui-même; qu’il soit compris et reçu par nous est l’oeuvre de l’Esprit Saint qui est la source de toute foi vivante. Toute la révélation de Dieu est donc trinitaire, et la Bonne Nouvelle ne parle de rien d’autre que de la Trinité. D’un bout à l’autre de l’Évangile, l’unique contenu de la parole de Dieu, c’est la Trinité, comme elle est aussi le contenu unique de la création (Jn 1,2).

141. Le bagage

« Il est venu chez lui et les siens ne l’ont pas accueilli »… Les siens sont finalement tous ceux à qui le Seigneur a quelque chose à donner… Le Père les a donnés au Fils avant même qu’ils aient décidé de l’accueillir ou non… Beaucoup d’entre eux savent qu’ils sont les siens, et d’autres le refusent. Tous ont ce don du Père dans le bagage de leur vie, mais beaucoup n’ont aucune idée de ce qu’ils portent avec eux… Les hommes pensent toujours qu’ils appartiennent à Dieu en raison de leur consentement. Mais en raison de la rédemption du Seigneur, on peut lui appartenir sans même le savoir. Ceux qui entouraient la croix ne savaient pas que, pour une toute petite part, ils étaient les siens. La plupart d’entre eux le refusaient. Et pourtant ils étaient déjà touchés par le Fils et lui appartenaient comme les siens… Ce qui est premier, c’est la prise de possession du Seigneur qui a eu lieu alors que nous étions encore pécheurs, car c’est lui qui nous a choisis, et non pas nous qui l’avons choisi (Jn 1,10-11).

142. L’étoffe

Les tièdes autour de Jésus, dans l’Eglise, dans les paroisses : il ne faut pas trop leur en demander. C’est déjà beau qu’ils n’aient pas renié. Ils n’ont pas l’étoffe pour faire des fanatiques ou des saints (Jn 7,31).

143. L’Esprit Saint

Jamais le Fils n’aurait réussi à imposer ses exigences aux hommes s’il n’y avait pas l’Esprit pour introduire ceux-ci dans la pensée et l’attitude du Fils… C’est l’Esprit qui transplante dans l’attitude du Christ. Et cela ne se fait pas par hasard. Car c’était déjà l’Esprit qui avait préparé la place dans la Mère du Seigneur pour la naissance du Fils. La Mère prononce son oui, elle le dit elle-même. Mais une fois qu’elle l’a prononcé, le Fils s’incarne en elle par l’Esprit Saint. Ainsi nous devons, nous aussi, prononcer notre oui à un moment donné; ensuite l’Esprit Saint fait grandir le Fils en nous… L’Esprit est la vivification permanente du Fils, il épanouit dans les âmes l’esprit du Fils (Jn 14,16).

144. Le centre

La vérité humaine a à servir la vérité divine. Quand le Père et le Fils paraissent, quand paraît l’amour du Père et du Fils, tous les systèmes humains sont sans importance. La vérité humaine nous est donnée pour rendre possible de servir la vérité divine. Le centre de la vérité divine, c’est l’amour. (Jn 8,32).

145. Les larrons

Les mourants qui se convertissent in extremis, l’Eglise n’a pas le droit de leur refuser les sacrements même après leur vie où ils ont vécu comme les larrons crucifiés avec le Seigneur, l’ont rejeté ou méconnu (Jn 19,18).

146. Le boulanger

Le Seigneur n’est pas venu dans le monde pour guérir les malades. Il ne remplace pas le médecin pas plus qu’il ne fait fonction de boulanger lors de la multiplication des pains. Il se sert de tout uniquement pour faire l’oeuvre de son Père et rendre visible sa grâce (Jn 9,3).

147. Le centre de gravité

Le monde sait que, dans cette création, il s’agit d’une nouvelle naissance, en Dieu, d’une transformation de soi en Dieu. Ce qu’il ne sait pas, c’est que, dans ce changement, il y aurait la joie la plus haute, une joie magnifique, sans doute une joie spirituelle, mais dans laquelle la chair ne serait pas vide. Le monde ne voit dans cette possibilité que le négatif, une mort, le renoncement à tout ce qu’il aime et à quoi il s’accroche. Il ne comprend comme son bien suprême et unique que ce qui le satisfait, lui fait plaisir, lui est agréable, il ne considère toutes choses que de son seul point de vue. Dans la nouvelle création, le centre de gravité, c’est Dieu… Le vrai bien est Dieu et il est la vraie joie. Mais le monde ne le veut pas. Le monde nouveau qu’apporte le Seigneur est Esprit dans lequel la chair aussi trouve sa place (Jn 1,10-11).

148. Présence du Seigneur

Certes, après la résurrection, le Seigneur est au ciel, mais il est autant auprès de tout homme et en tout homme qui croit en lui et qui l’aime. Désormais on ne peut plus le localiser, il a la liberté de se trouver simultanément à plusieurs endroits. Il est au ciel et il est auprès de nous sur terre. Et puisque lui, l’Incommensurable, est avec nous, créatures limitées, nous aussi nous sommes partout où le Seigneur se trouve, que nous le sachions ou non (Jn 14,3).

149. Désir

La vie chrétienne n’est pas pensable sans le désir de la proximité du Seigneur (Jn 11,54).

150. Solitude

Jésus sait que le plus insupportable pour un homme est la solitude. Et il dit aux siens que ne seront jamais seuls ceux qui cherchent à vivre selon la volonté du Père (Jn 8,29).

151. L’essence

Ce que ne peut être le chemin de la perfection selon le Fils. Non pas compter ses vertus, non pas vaincre ses passions, non pas avoir une vue certaine de l’endroit où l’on se trouve sur le chemin spirituel. Dans le « système » du Seigneur, dont l’essence est l’amour, il n’y a pas de vue d’ensemble; tout ici est infini, tout est relativisé par l’amour, rien ne se laisse déduire, en tout l’amour a le premier rang (Jn 5,43).

152. Le tonnerre

L’homme ne sait jamais quand se passe l’essentiel. La femme ne sait pas quand elle conçoit. L’homme ne sait pas quand Dieu lui pardonne et quand il est comblé de grâce. Rien de ce qui est essentiel ne se laisse déterminer dans le temps. Et même quand le Père et le Fils livrent leurs mystères en se révélant, il y a cependant toujours encore des rencontres entre eux auxquelles les hommes n’ont pas accès. Le Père et le Fils gardent pour eux une dernière intimité dont les hommes ne voient pas l’éclair; tout au plus peuvent-ils déduire que quelque chose s’est passé quand ils entendent le grondement du tonnerre (Jn 11,41).

153. Nuire au Seigneur

Les Juifs qui condamnent Jésus à mort font exactement le contraire de ce qu’ils  veulent : être rachetés par lui. En faisant tout ce qui est en leur pouvoir pour nuire au Seigneur, ils se sauvent dans le Seigneur (Jn 18,28).

154. Attendre

La patience de celui qui dans la foi confie tout au Seigneur, Pierre ne la connaît pas. Dans sa présomption, Pierre pense probablement qu’être chrétien et insister sont la même chose. Il ne voit pas que c’est le Seigneur qui a la mesure en main et qu’il peut aussi faire attendre (Jn 13,37).

155. Substitution

Le Seigneur est tout à fait pur, ce qui lui permet de porter pleinement notre péché. Mais ce qu’il est et ce qu’il fait, il nous permet de l’imiter, encore que bien imparfaitement et de loin. Il y a dans la confession l’aveu de nos péchés précis et bien délimités. Mais il y a aussi la conscience que nous aurions été capables de bien d’autres  choses dont seule une grâce spéciale nous a préservés. D’autres peut-être n’ont pas reçu cette grâce spéciale, de sorte que celui qui en est bénéficiaire est obligé de s’engager en leur faveur. C’est là le début de toute substitution dans l’Eglise pour porter les fardeaux et expier (Jn 13,21).

156. Un germe d’amour

Pour pouvoir être touché par l’enseignement de Jésus, il faut déjà « porter » en soi un « germe d’amour » : c’est ce que Jésus explique au grand-prêtre (Jn 18,20).

157. Le Père reste abstrait

Il n’est pas juste que tant d’hommes ne voient et ne cherchent dans la communion que l’amour du Fils. Ou que tant d’ordres limitent au Fils leur piété particulière, leur adoration propre. Ils se tournent vers le Fils, mais non en même temps totalement vers le Père, ou bien vers le Père dans la mesure seulement où il est dans le Fils. Ils ne disent le Notre Père que parce que le Fils l’a dit. Ainsi le Père reste abstrait et peut-être à leurs yeux effrayant et inquiétant. Ils s’attachent fermement à tout ce qui est visible du Fils… Le Père reste comme quelqu’un à qui on n’aurait pas immédiatement affaire… Pas de chemin vers le Père qui ne passe par le Fils. Mais aucune réception du Fils non plus qui ne conduise immédiatement au Père (Jn 8,19).

158. Contemplation

(Contemplation, vie contemplative). Il peut y avoir de grandes grâces au début; et après, on vit de ces grâces reçues au début. Un autre peut recevoir ces grâces tout à fait à la fin. Un autre peut être sans participation vécue et avoir pour cela une grâce de persévérance (Jn 12,7).

159. Blessure

Lorsque le Seigneur ou un chrétien annoncent l’Évangile et ne sont pas acceptés, il leur reste de pouvoir se réfugier en Dieu dans la prière. Pour le nom du Père, ils souffrent de voir sa vérité méprisée; mais cette blessure finit par se fermer dans l’amour de Dieu (Jn 3,11).

160. Un chemin vivant

Tous ceux qui désormais ont affaire au Père ou au Fils ont affaire et au Père et au Fils. Tous doivent de quelque façon participer au mouvement de vie de la Trinité. Car le Père est celui qui a envoyé le Fils dans l’éternité et dans le temps, et d’accès vers le Père, il n’en est que par le Fils. Le Fils est le chemin vivant qui mène au Père, il occupe toute la largeur de ce chemin, si bien qu’à côté de lui il ne reste plus d’espace libre. Il est toute la grâce du Père à qui l’on n’accède que par lui (Jn5,23).

161. Tout seul

Le Seigneur s’avance : « Qui cherchez-vous? » Quand il s’agit de vie et de mort, aujourd’hui comme alors, le Seigneur s’avance. Il apparaît. Il n’a pas besoin de le faire au moyen de signes et de miracles. Il peut s’agir d’une présence invisible et pourtant efficace, au coeur de l’Eglise. Jamais, dans le danger, il n’abandonne ses disciples; il est le premier à s’y exposer. Et chaque fois qu’on veut toucher l’Eglise, on touche d’abord au Seigneur… Les disciples ne pourront jamais se vanter d’avoir été à ses côtés dans les moments décisifs. Ce sera toujours le Seigneur qui, tout seul, fera tout à leur place (Jn 18,4).

162. Elle n’y comprend rien

Au purgatoire, l’âme est plongée dans une souffrance à laquelle d’abord elle ne comprend rien, car ce n’est que peu à peu, à travers cette souffrance, qu’elle apprend à juger de la gravité de sa propre faute et en est purifiée. Le Seigneur, sur la croix, souffre pour tous les péchés d’autrui… Le Seigneur souffre ce « purgatoire » sur terre pour tous ceux qui, sans lui, auraient mérité l’enfer (Jn 16,26).

163. Le but

Le but de toute la rédemption c’est ceci : que nous soyons là où se trouve le Seigneur (Jn 14,3).

164. La charge

Dès la première rencontre de Jésus et de Pierre, Pierre est appelé le rocher, il reçoit la charge de l’Eglise. Il ne le sait pas encore, pas plus que les premiers disciples qui l’accompagnent. Mais dès cet instant la charge de l’Eglise pèse sur lui. La charge de l’Eglise pèse sur chaque chrétien. Mais cette charge trouve son expression hiérarchique dans le rocher. Elle pèse sur chacun tout entière parce que personne dans l’Eglise n’est superflu et personne ne peut repousser sur les autres chrétiens la charge de l’Eglise. Chacun a dans l’Eglise sa mission personnelle qui est la mission que le Seigneur lui impose… Toute mission du Seigneur est une mission d’amour. Le Seigneur lui-même n’a été envoyé que dans l’amour du Père, et sa mission fut une mission dans l’amour. Dans l’Eglise il ne peut exister aucune séparation entre hiérarchie et amour (Jn 1,40-42).

165. De l’espace

Personne n’arrive à la foi par la seule discussion bien que la foi puisse très bien se défendre selon la raison. Mais le christianisme est plus riche que toute raison, si riche qu’il ne peut être pris par aucun argument. Les adversaires de Jésus ne connaissent que la raison et son opportunité, ils n’ont aucun espace en eux pour le Seigneur et la foi en lui (Jn 19,15).

166. L’infini

Toutes les paroles du Seigneur sont empreintes d’une atmosphère de prière et d’adoration. Derrière chaque mot, il y a une prière au Père. Chacune de ses paroles est une parole divine : par chacune Dieu parle, en chacune il parle à Dieu et chacune lui dit Dieu. C’est pourquoi toutes ses paroles sont infinies et d’une double infinitude : le sens apparemment limité de la parole humaine s’ouvre sur l’infini de la divinité du Fils, et celle-ci s’ouvre encore une fois sur l’infini de la divinité du Père (Jn 7,14).

167. Obstacle

Toute impureté de l’âme fait obstacle à la foi… La foi, c’est d’admettre qu’entre le ciel et la terre une relation est possible. Ce n’est plus ce ciel fermé, avec un Dieu trônant au loin, inaccessible… Le ciel n’est plus ce qui est bien au-dessus de nous, il est ce qui est ouvert, à notre portée et qu’on peut atteindre (Jn 1, 50-51).

168. Invention

L’obéissance n’est pas une invention de l’Eglise, elle est ordonnée et vécue par le Seigneur lui-même… Si le Seigneur ne s’était pas fait obéissant jusqu’à la mort sur la croix, l’obéissance du chrétien n’aurait effectivement aucun sens. Mais puisque le Seigneur a suivi ce chemin, la vie chrétienne n’a pas de sens en dehors de cette obéissance…Le fondement ultime de l’obéissance est l’amour : car le modèle de toute obéissance est la relation entre le Père et le Fils. Tout ce que le Père ordonne est amour, même quand c’est dur; tout ce en quoi le Fils obéit est amour, même si, dans la nuit de la Passion, il ne comprend plus le sens du commandement… L’obéissance d’amour du Fils envers le Père est donc la norme de tout ordre et de toute obéissance humaine : on n’a le droit d’ordonner et d’obéir que dans l’amour. Il peut arriver que l’ordre ne soit pas donné dans l’amour; cependant si l’on obéit quand même dans l’amour, l’obéissance n’ira pas à sa perte… Le Seigneur s’en porte garant (Jn 15,14).

169. De la conscience du Christ

(En devenant homme, le Fils s’est séparé volontairement du Père)… Et la séparation est si complète que, dans son humanité, il ne se souvient même plus de l’avoir prévue lui-même en tant que Dieu (Jn 7,29).

170. Des secrets

L’Esprit Saint prend toujours ses points de départ là où personne ne les attend ni ne les devine, et ainsi, sans être lui-même agité, il agite tout. Rarement un sermon agira par les moyens que le prédicateur juge efficaces, rarement une éducation chrétienne réussira par ce que l’éducateur considère comme particulièrement réussi. L’Esprit garde ses secrets, et sa grâce n’est pas transparente pour nous (Jn 15,27).

171. Royaumes

Grâce au miracle suprême de la résurrection des morts, le royaume même de la mort se trouvera inclus dans le royaume d’amour du Fils (Jn 5,21).

172. La nuit

La nuit du Fils : il n’illumine plus du tout ceux qui le condamnent, et lui-même ne voit plus du tout le sens de sa vie (Jn 19,16).

173. Arguments

Celui qui demeure dans le Seigneur, malgré tous les arguments contraires et bien qu’il reconnaisse que, dans l’Eglise, beaucoup de choses pourraient être différentes et meilleures que ce qu’elles sont, celui qui demeure en lui sait que c’est une grâce de pouvoir y demeurer et qu’il serait prétentieux de vouloir tout juger et comprendre (Jn 15,7).

174. Nourriture

« J’ai une nourriture que vous ne connaissez pas ». Nourriture totalement cachée dans son mystère. Invisible pour les hommes parce qu’elle ne se laisse deviner par aucune manifestation extérieure. Il en parle pour la première fois et il leur en parle comme de quelque chose qu’il ne connaissent pas. Elle contient quelque chose de caché qui se trouve dans ses rapports avec son Père… Mais les hommes ne connaissent pas cette relation. Ils pensent toujours que, s’il est réellement sorti du Père, il n’en a rien emporté de plus que des souvenirs, peut-être encore la possibilité de prier. Ils se représentent sa prière un peu comme la leur, simplement plus parfaite, plus fréquente, plus intense. Ils ne peuvent pas s’imaginer que même en son séjour sur terre parmi eux il demeure dans le Père… C’est là sa vraie nature : demeurer dans le Père et, en demeurant en lui invisiblement, être nourri par lui. Sans cette nourriture, il devrait cesser aussitôt de vivre. Elle est pour lui d’une nécessité si élémentaire qu’il n’en parle pas. Pas plus que les hommes ne parlent de leurs besoins corporels, qu’on suppose mais dont on ne parle pas; de même le Seigneur a des besoins spirituels qui appartiennent à sa nature mais il ne peut en parler davantage parce qu’ils sont des secrets de l’intimité divine. Une mère ne rappelle pas toujours à son fils devenu adulte qu’elle l’a nourri de son lait. De même le Fils ne dit pas que le Père a un souci constant de sa nourriture (Jn 4,32).

175. Un amour libéré

Marie-Madeleine au tombeau de Jésus le matin de Pâques. Par sa conversion elle a été si totalement libérée d’elle-même qu’elle n’est plus qu’un espace pour l’amour. Le repentir chrétien n’est pas le regret stérile d’un fait passé. Le sens du repentir chrétien est totalement et exclusivement dans l’amour libéré (Jn 20,1).

176. L’amour

L’amour ne veut que l’amour, il n’exige pas l’amour mutuel (Jn 21,5).

177. Participer

La foi, en tant qu’insertion dans la vie trinitaire, n’est au fond jamais un fait qu’on puisse considérer comme achevé, clos; elle est toujours communiquée par l’évangile qui vit de la vie du Seigneur… Croire veut dire être décidé à participer au mouvement trinitaire (Jn 20,31).

178. Un amour blessé

Les sacrements du baptême et de l’eucharistie reçoivent leur fécondité, leur surabondance de grâce, du mystère de la blessure du côté. Comme sacrements, ils sont séparés, c’est pourquoi l’eau et le sang en jaillissent séparément. Mais leur source est commune : c’est l’amour blessé du Seigneur (Jn 19,34).

179. Le meilleur

Dans l’amour, le meilleur c’est toujours le désir de l’autre (Jn 21,16).

180. La hiérarchie des valeurs

Comme le Père est placé avant le Fils sans qu’il y ait là une gradation en Dieu, ainsi y a-t-il dans l’Eglise une priorité du sacerdoce par rapport au laïcat, sans que par là une hiérarchie des valeurs soit suggérée (Jn 17,8).

181. Toute grâce est un début

« L’heure vient, et elle est déjà là, où les morts entendront la voix du Fils de Dieu; et ceux qui l’entendront vivront ». L’heure vient et elle est déjà là. A l’instant où le Seigneur apparaît dans le monde, tout ce qui va venir est déjà là. Dans l’hostie, l’heure vient, mais elle est déjà là. La transsubstantiation vient, mais celui qui vient est déjà là. L’heure vient en dehors de la foi, car une hostie consacrée ne semble pas différente dune hostie non consacrée. Dans la foi, tout ce qui est promis est déjà présent. Car le Seigneur qui était au commencement auprès de Dieu fait de tout ce qui commence et commencera un achèvement. Commencement et achèvement sont un. Ce qui pour nous est un essai de commencement, le Seigneur le voit achevé. Et en tout ce qu’il achève, nous, nous voyons un commencement. En tout mouvement que nous faisons, en toute respiration, en chaque pas de l’homme, le Seigneur voit un mouvement vers lui et vers le Père. Et nous voyons en toute alliance qu’il scelle, en tout miracle qu’il opère, le début de quelque chose de plus grand encore. Chaque grâce qu’il nous manifeste est un début et une ouverture à une grâce plus grande qu’il ne nous est pas nécessaire de comprendre, mais à laquelle nous devons rester ouverts, de sorte que la grâce reçue est en nous le germe d’une grâce nouvelle à recevoir. Chaque grâce que le Seigneur nous donne est un commencement absolu. La communion d’aujourd’hui prépare celle de demain. L’ouverture qui s’opère en chaque grâce est absolue (Jn 5,25).

182. Optimisme

Si les chrétiens n’étaient plus conscients qu’ils ont à lutter contre le diable, leur christianisme tomberait dans un optimisme superficiel; une exaltation étourdie prendrait la place du sérieux de l’amour (Jn 13,2).

183. Le choix

Un sacrifice offert dans la pleine clarté de ce que l’on fait ne serait pas un sacrifice chrétien. Si quelqu’un renonce à un moindre bien pour obtenir un bien supérieur qu’il connaît et dont il sait la portée, ce n’est pas un sacrifice, mais un choix entre deux biens dont l’un semble plus important que l’autre (Jn 19,26).

184. La femme adultère

Jésus : « Je ne juge personne »… Il l’a prouvé dans le cas de la femme adultère… Le jugement du Seigneur consiste dans le fait qu’il couvre le péché et, par là, il convertit le pécheur qui, confronté avec ses ténèbres, s’aperçoit de l’amour du Seigneur dans la lumière. Voilà pourquoi le Seigneur n’a pas besoin de punir le pécheur comme un tribunal humain doit le faire; son jugement consiste bien plutôt dans l’unité de la révélation du péché et de la révélation de l’amour. Et lors même que le converti demeure pécheur, petit, faible, qu’il rechute souvent, il est converti, il est orienté vers le Seigneur pour toute une vie. « Moi, je ne juge personne », cela veut dire : « J’aime » (Jn 8,16).

185. La nuit totale

« Que votre coeur ne se trouble pas ». Cette nuit la plus sombre qui environne les apôtres, ils doivent la comprendre aussi comme une oeuvre de Dieu, son oeuvre la plus rayonnante… « Que votre coeur ne se trouble pas ». Le Fils leur dit ces choses maintenant pour les consolider dans leur foi parce que, quand il sera englouti par la nuit totale, il ne pourra plus leur dire ces choses (du haut de la croix)… Il ignore en ce moment combien de force il lui restera encore sur la croix pour les encourager et pour consolider leur foi en lui (Jn 14,1).

186.Tout est en ordre

Celui qui  penserait ou dirait qu’entre Dieu et lui tout est en ordre, celui-là ne saurait ni ce qu’est Dieu ni ce qu’est l’homme (Jn 17,8).

187. L’eucharistie et Marie

Le mystère de l’eucharistie est un mystère de la virginité. C’est la raison pour laquelle le prêtre, qui participe à ce mystère, y est tellement associé que, pour lui, l’état de virginité s’impose. Comment le prêtre, qui a une part si active à l’engendrement eucharistique du Seigneur, pourrait-il en même temps engendrer des enfants en ce monde! Son rapport avec le Seigneur à la sainte messe ressemble à la monogamie la plus stricte. D’autant plus que le rapport du prêtre avec le Seigneur est illuminé par la Mère qui, vierge, a donné naissance à son Fils vierge. Elle se tient de façon invisible derrière le prêtre lorsqu’il prononce les paroles de la consécration (Jn 19,27).

188. Examen

Celui qui frappe à la porte de l’Eglise ou d’un ordre religieux. Comme l’amour ne vit plus absolument dans l’Eglise ni dans les ordres religieux, le postulant ne peut plus être reçu sas examen et l’on n’est pas sûr a priori qu’il est bien envoyé par le Père (Jn 6,37).

189. La tristesse en pleurant

Le Seigneur ne veut pas seulement notre simplicité, mais aussi notre multiplicité et notre plénitude. Il ne veut pas des chrétiens qui le soient par dépit du monde, mais par leur disponibilité à toute tâche. Les déceptions du monde doivent ouvrir et sensibiliser les chrétiens à un service différencié. Ils ne vivent pas dans leurs souvenirs mais tournés vers le Seigneur et vers ses ordres toujours nouveaux. Et lorsqu’on exige d’eux un réel renoncement, ils ne se mettent pas stoïquement au-dessus de la souffrance. Ils savent vivre la tristesse en pleurant et ne privent pas l’Esprit Saint de la possibilité de les consoler. Et ils n’acceptent pas la consolation pour eux-mêmes, mais pour être enrichis en vue de la dispenser à leurs frères (Jn 16,7).

190. Sexualité

Le Seigneur sait que le problème des pulsions est proche de la croix… Partout où le Seigneur exige le renoncement, son amour est particulièrement proche (Jn 17,2).

191. Chacun a son chemin

Chaque homme suit le Seigneur sur un autre chemin et chacun reçoit aussi de lui une mission différente. Sa parole est si vaste et si grande qu’elle embrasse la vie et l’activité de tous, tout en laissant subsister la personnalité et l’individualité de chacun (Jn 13,19).

192. Un cadeau

Le prochain est avant tout un cadeau que Dieu nous fait, pourvu de dons mystérieux et incalculables, de promesses et d’exigences divines, et chargé de nous rapprocher de Dieu (Jn 7,5).

193. La nuit

De même que la résurrection du Seigneur ne s’est produite qu’après le grand abîme de sa mort et de sa descente aux enfers, de même son apparition actuelle aux sens spiritualisés des chrétiens se produit comme une résurrection après une petite mort personnelle… Ce qui est essentiel, c’est que cette nuit est toujours la nuit du Seigneur et non une nuit qui appartient à l’homme (Jn 20,19).

194. Le désir

Ne pas penser que le Fils cherche à se faire des adeptes. C’est le Père qui attire les hommes au Fils. Quand on vient au Fils, c’est que le Père a mis en nous le désir d’aller vers le Fils (Jn 6,44).

195. Communion

Toute communion éveille le désir d’une autre communion. Toute communion est communion avec toute la vie du Christ. Tous ses mystères y sont contenus cachés (Jn 6,26).

196. Le choix

La vie au couvent n’est ni plus précieuse ni plus facile que la vie au dehors; les tentations sont autres, peut-être plus graves, car au couvent, toute chose apparemment minime a beaucoup de poids. L’état de vie que doit choisir le chrétien n’est pas affaire de goût ni d’évaluation de ses propres forces, mais il dépend uniquement de l’appel du Seigneur qui détermine le choix (Jn 17,15).

197. Le chemin

« Je suis le chemin… » Pas un chemin, mais le chemin. L’unique chemin, il n’y en a pas d’autre… Le chemin qui part du Père et retourne au Père… Jusque dans le détail, tout est ébauché de ce chemin : en vivant, il accomplit le programme du Père et il est impossible que quoi que ce soit de ce chemin lui soit épargné. Même dans la Passion, rien ne peut être abrégé ni évité… Et sur ce chemin, il peut emmener tous les autres avec lui… Il est le chemin pour tous. Pourtant c’est une grâce pour tous de pouvoir y marcher. Lui-même suit son chemin par amour, lui aussi voit comme une grâce de pouvoir parcourir le chemin du Père… Si on le choisit pour chemin, il faut lui confier aussi le contrôle de ce chemin (Jn 14,6).

198. Transparence

L’union du Père et du Fils : comme dans l’amour parfait du mariage : transparence parfaite. Commander et obéir? Cela disparaît dans l’amour. Par l’Esprit Saint… (Jn 17,10).

199. Amour et connaissance

Plus il y a d’amour, plus il y a de connaissance. Or, du fait que le Seigneur possède l’amour parfait, il possède aussi la connaissance parfaite… La grâce que les brebis reçoivent par l’amour du Seigneur est si débordante qu’elles en acquièrent une étonnante sûreté de jugement. Elles ont reconnu le Seigneur, et rien ne saurait les ébranler dans cette connaissance… Le Seigneur sait que sa petite brebis lui appartient, non seulement parce que lui-même la connaît en l’aimant, mais tout autant parce que l’âme qui lui appartient le connaît en l’aimant par la grâce qui lui est infuse (Jn 10,14).

200. Le récipient

Nous pouvons essayer d’écouter les paroles du Seigneur de deux manières. Ou bien selon la capacité de notre intelligence…, ou bien nous essayons de les comprendre telles que le Seigneur les a  prononcées : alors nous lui tendons notre récipient limité pour qu’il y verse son contenu infini… Nous ne comprenons la portée infinie de sa parole que grâce à ce qui est présent de lui-même en nous. C’est cela que nous devrions faire, mais c’est justement ce que nous ne faisons pas (Jn 14,6).

201. L’incompréhensible de Dieu

Le Seigneur ouvre progressivement les siens à l’incompréhensible de Dieu. Puis vient un moment où ils ne suivent plus. Cela va trop lentement et cela va trop vite : ils voudraient saisir eux-mêmes (Jn 6,61).

202. Recherche

« Vous me cherchez », répond Jésus à ceux qui l’ont retrouvé de l’autre côté du lac après la multiplication des pains (Jn 6,6). Ils cherchent le Seigneur bien qu’ils soient devant lui et l’aient trouvé. Un côté de son être sera toujours l’objet d’une recherche, même si on l’a déjà trouvé… Qui cherche devra chercher éternellement. Celui qui reconnaît le Seigneur devra le chercher comme le « Toujours-plus-grand ». Celui qui commence à le chercher se trouve pris dans un mouvement qui, en ce monde, ne cessera plus, parce que c’est le mouvement vers Dieu; de ce fait, il reste ouvert et s’ouvrira toujours plus aux possibilités divines toujours plus grandes. Ce mouvement est plus intarissable et plus vivant que le mouvement perpétuel, car non seulement il se nourrit lui-même, mais il s’accroît toujours davantage, engendre un mouvement toujours nouveau, toujours plus intense. La recherche ne s’arrête pas quand on a trouvé, mais toute découverte devient le point de départ d’une nouvelle recherche. Le Seigneur est constamment l’objet d’une recherche; à peine est-il né que les bergers le cherchent, et les mages avec l’étoile, et Madeleine jusque dans la mort et le tombeau (Jn 6,26).

203. Chemins

Tous nos chemins sont des chemins trinitaires (Jn 8,50).

204. Le découvert

Il est impossible de mener une vraie vie en Dieu si tout n’est pas à découvert devant Dieu (Jn 8,54-55).

205. L’un des nôtres

L’humanité de Jésus, les sentiments de Jésus vis-à-vis du Père : comme tous les hommes, sans aucun privilège. Il est l’un des nôtres et il dit au Père : ‘Seigneur, pardonne-nous, car nous ne savons pas ce que nous faisons’… Il se chargera de leur séparation de Dieu et de la nuit où ils vivent inconsciemment, il devra l’endurer en pleine conscience (Jn 8,1).

206. La comédie

Le danger qui menace toute religion : n’être plus qu’une dépouille morte et une auto-adoration de l’homme. Même dans l’Eglise on peut en arriver au point qu’intérieurement toute la vie religieuse d’un chrétien soit étouffée, écrasée, vidée par l’absence totale d’engagement et que cette absence soit comblée par des lois fausses qu’on invente soi-même… C’est une sorte de religion de comédie où rien n’a plus d’importance que la jouissance de son propre mouvement. Tout ce qui était vraiment religieux est remplacé par un élément temporel (Jn 16,2).

207. Discrétion

L’Esprit Saint : un amour qui ne prend pas forme humaine. Rôle effacé qui renonce à toute manifestation extérieure et à tout témoignage visible d’amour afin de n’être qu’abandon et service (Jn 16,11).

208. Une grâce est offerte

Dans la décision de faire baptiser chrétiennement un enfant, et donc aussi de l’élever chrétiennement, une grâce est offerte dont les parents, la plupart du temps, n’ont pas conscience, mais qui ne fait qu’un avec la grâce baptismale de leur enfant (Jn 1,9).

209. Impénétrable

Le diable : le mystère de son refus est plus impénétrable à l’homme que le mystère de Dieu (Jn 8,44).

210. Fécondité

Seul peut être fécond celui dont la relation à Dieu, à la vie éternelle, est vraie (Jn 17,3).

211. Judas

Jésus savait depuis le début qui le trahirait. Il ne reçoit pas seulement ceux qui, à vue humaine, se développeront bien, mais aussi ceux qui, dès le début, paraissent difficiles, même sans espérance (Jn 6,64).

212. Désespoir

Le désespoir serait une tristesse non assumée dans l’amour, une tristesse comme un but en soi et donc sans place pour l’espérance. Ce ne serait pas une tristesse chrétienne, car celle-ci est toujours une tristesse limitée à l’intérieur d’un amour et d’une espérance sans limites. Le fini, c’est la tristesse, l’infini, c’est l’amour, si bien qu’il n’y a plus d’espace pour le désespoir (Jn 16,6).

213. L’unique

Il a donné sa vie pour chacune de ses brebis; il l’aurait fait aussi si moi précisément j’avais été l’unique brebis du troupeau qui se serait perdue par le péché (Jn 10,15).

214. La nuit

Il y a la nuit des pécheurs, de ceux qui ont repoussé la lumière… Mais il y a aussi ceux pour qui le Seigneur a choisi la nuit de la foi : après avoir connu la lumière, ils pensent l’avoir tout à fait perdue, et cependant ils sont dans la main du Père qui leur donne part à la nuit du Fils, expiatrice du péché du monde (Jn 11,10).

215. Renoncements

Comme le Fils, par amour pour le Père, a renoncé à sa vie, ainsi le Père, par amour pour le monde, a renoncé au Fils (Jn 8,26).

216. Un Dieu lointain

Pour les Juifs, la plus haute valeur, c’est la crainte de Dieu, qui tient à distance. On peut se dire peut-être enfant de Dieu, mais se donner comme son fils ne peut être que blasphème. Tout en le regardant comme tout-puissant, ils tiennent Dieu en quelque sorte pour impuissant, parce qu’ils ne lui accordent pas la seule chose dont tout le monde est capable : avoir un fils. Ainsi les déclarations du Seigneur sur lui-même ne peuvent être interprétées, à leurs yeux, que par un pur orgueil. Ils ne veulent rien savoir de la possibilité d’une unité humano-divine dans le Seigneur… Le caractère divin de son être, qui transparaît dans son humanité, ne peut être pour eux que l’expression de sa présomption. Ils connaissent Dieu. Il a créé le monde. Il est ce qu’il y a de plus sublime. Si Dieu avait un fils (ce qui est impossible), il serait plus impossible encore qu’il lui permît de s’abaisser jusqu’à la bassesse de la nature humaine. Il aurait dû, sans conteste, le lui interdire… Seul un Dieu lointain peut être le vrai Dieu (Jn 19,7).

217. Etre accueillant

L’Eglise a besoin d’être soumise à un temps d’épreuve pour devenir accueillante à ce que le Seigneur veut lui donner par sa Passion (à lui) (Jn 18,15).

218. Petites âmes et petits péchés

(Il faut peu de choses pour tout gâter dans une vocation et pour faire d’un vrai mystique un faux mystique : une inclination imperceptible au début vers son propre moi…) C’est presque un miracle que ceux qui ont été marqués par Dieu n’aient pas une fin dévoyée. C’est une loi constante dans l’Eglise : il y a en elle de petites âmes avec de petits péchés et de petites grâces, et de grandes âmes mais avec le danger de péchés d’autant plus grands. Plus un homme est conduit par Dieu, plus il reçoit de lumière, plus graves en deviennent ses fautes… Et en même temps il est protégé par une grâce particulière… Aucun de ceux qui sont conduits par Dieu ne peut savoir où il en est. Tout son intérêt doit être que son service de rendre témoignage soit irréprochable (Jn 9,17).

219. Présence

Apprendre que l’absence du Seigneur est toujours aussi une présence (Jn 6,22).

220. Il n’a pas besoin de savoir

Le disciple ne sait pas à quoi il sera utilisé. Il n’a pas besoin de le savoir. Il se tient prêt. Il ne sait même pas qu’il est déjà utilisé. Il n’a pas besoin de le savoir, car la décision qui le concerne est aux mains du Seigneur. Et cependant il ne sera pas utilisé comme un instrument mort mais comme un homme. La réponse n’attend pas que l’homme perce les plans de Dieu, mais qu’il soit prêt, qu’il se laisse utiliser aveuglément par Dieu comme un instrument aveugle. Le Seigneur sait déjà ce qu’il va faire (Jn 6,6).

220. Prendre et donner

(Chaque eucharistie), chaque communion individuelle est une tentative de recevoir en nous le Seigneur, de nous approcher de lui, de prendre ce qu’il nous donne et de donner ce qu’il nous prendre (Jn 6,58).

221. La chose primordiale

Ce qui distingue la foi chrétienne d’un autre enrichissement de connaissance et de savoir, c’est qu’elle est vivante et se développe jusqu’à ce qu’elle soit devenue la chose primordiale de l’homme et que l’homme lui-même soit devenu secondaire… Etre libéré de soi afin de vivre pour l’amour (Jn 17,6).

222. Souffrances

Par chacun de nos péchés, nous augmentons personnellement les souffrances du Seigneur (Jn 18,24).

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