Abbaye

33/4. Semences

 

 

33/4

Semences

Lire saint Jean avec Adrienne von Speyr

 

313. Trois paroles

1. Dans l’homme créé, le premier balbutiement est pur. C’est une parole qui est auprès de Dieu, avant que la concupiscence et l’égoïsme ne s’éveillent et ne ternissent le langage fondé en Dieu, avant qu’ils ne transforment sa pureté en mensonge; le balbutiement d’un enfant est un parler en Dieu et avec Dieu; c’est un amour immédiat.

2. La dernière parole de l’homme, son dernier soupir, dans lequel il s’abandonne et dépose son égoïsme et son mensonge pour retourner à Dieu, est à nouveau pur parce qu’il est exprimé en Dieu. C’est un retour à la première parole balbutiée par l’enfant. C’est à nouveau une parole d’amour immédiat. Ces deux paroles sont prononcées dans la faiblesse, dans l’impuissance face à l’amour de Dieu. L’enfant qui balbutie ne s’est pas encore découvert lui-même; le mourant, lui, s’est oublié.

3. Entre les deux se situe cette durée que nous appelons notre vie, au cours de laquelle l’homme s’éloigne de Dieu pour vivre sa propre vie, où il ne prononce plus sa parole en Dieu, mais tente de la dire lui-même. Cette parole est mensonge tant que nous nous l’attribuons comme si elle était notre oeuvre à nous… Nous nous chassons nous-mêmes du paradis, nous nous bannissons de notre vie avec Dieu. Nous ne voulons plus entendre la Parole de Dieu comme ce par quoi tout est créé et sans quoi rien n’existe. Le paradis n’est certes pas l’inconscience de l’enfant en tant que telle, et la conscience comme telle n’est pas un éloignement de Dieu. Le paradis, c’est la vie en Dieu, qui est possible aussi pour l’esprit conscient de soi (Jn 1,3).

314. Un langage sans paroles

Il y a un langage sans paroles de Dieu dans les événements du monde et de notre vie. Lorsque Dieu arrache à un être humain ce qu’il a de plus cher, il lui parle à travers cet événement. Celui-ci est une question ou une réponse qui l’interpelle… C’est l’amour qui rend capable d’interpréter la langage sans paroles de Dieu (Jn 1,1).

315. La formule magique

Beaucoup de demandes seront adressées au Père au nom du Fils, et le Fils ne les appuiera pas. Il n’appuiera aucune demande égoïste, se cachant sous le manteau du Fils. Il n’appuiera pas la demande de ces pécheurs qui, détournés de Dieu, se souviennent, il est vrai, de la possibilité de la prière, mais la pratiquent en dehors de la foi et de l’amour comme une formule magique (Jn 16,26).

316. La lumière brûlante
Tout pécheur est dans une certaine mesure en dehors de l’Eglise. Même s’il n’est pas excommunié, il est hors du centre de l’Eglise, où se trouve la parfaite pureté du Seigneur. Toute confession nous ramène au centre de l’Eglise. Pour les uns, c’est un retour de la lointaine périphérie, pour les autres c’est un retour d’un petit éloignement. Mais la distance n’a aucune importance au moment du retour. Il n’y a qu’une chose qui est importante, c’est qu’on sait qu’on était dehors et qu’on est à nouveau dedans, et que cela s’est fait par le Seigneur et par sa croix… Et le retour au centre de l’Eglise, est un retour au centre du Père, dans la lumière brûlante du Père (Jn 1,9).

317. Pardon

Le Seigneur ne veut pas qu’on se passe du ministère du prêtre investi du ministère du pardon des péchés et dispensateur de sa grâce… Il pardonne lorsque le prêtre pardonne. Il ne dit pas qu’il ne pardonnera pas aussi à d’autres qui ne se confessent pas. Mais lorsque le pardon est accordé par le prêtre, il l’est aussi par le Seigneur (Jn 20, 23).

318. Souffrance

Toute souffrance humaine peut être intégrée dans la Passion du Seigneur. Quelle que soit la souffrance qu’un homme peut endurer, quelle que soit la douleur qui l’accable, le Seigneur est prêt à tout assumer dans sa Passion et en faire profiter d’autres (Jn 17,2).

319. Mystère

Les saints sont plus proches que nous du mystère de Dieu (Jn 6,13).

320. La langue de l’Esprit

Le monde ne reçoit pas son témoignage. Parce que, pour le monde, Dieu apparaît comme la mort, comme la limite de sa vie propre. Le monde vit si peu dans l’Esprit qu’il nie tout ce qui est Esprit. Dans la langue de l’Esprit, la vie et la mort ont le sens opposé à celui qu’elles ont dans la langue de la chair. Dans la langue de la chair, tout va vers la mort, tandis que dans l’Esprit tout va vers la vie; parce que celui-là est descendu pour emmener toutes choses avec lui en haut (Jn 3,32).

321. On n’a pas le temps

Dès que le Seigneur commence à vivre en nous, nous n’avons plus de temps pour nous. Toute notre vie devient active parce qu’elle est utilisée pour le Seigneur… Chaque minute de notre vie est appelée à la coopération la plus vive, la plus intense (Jn 1,12).

322. Le centre

La foi est toujours ouverte à quelque chose au-delà d’elle. La foi n’a pas son centre en elle-même mais en Dieu (Jn 5,46-47).

323. Le bon vin

La prière de Marie à Cana : elle n’est pas exaucée, puis elle est exaucée… De même en est-il quand nous demandons à Dieu quelque chose de précis; qu’il nous l’accorde ou non, il nous accorde en tout cas toujours plus que ce que nous avions désiré. Ici, c’est le bon vin; plus tard, la surabondance de la multiplication des pains; plus tard, la pêche merveilleuse (Jn 2,1-12).

324. La ligne de crête

L’homme est sur une ligne de crête; d’un côté l’abîme de son origine, de son moi, de son péché; de l’autre, l’abîme de Dieu, la foi totale. Il a peur de tomber dans l’abîme de Dieu. C’est pourquoi il regarde si volontiers en arrière sur lui-même… Pour pouvoir marcher en chrétien sur la crête, il faut qu’il soit toujours prêt à se précipiter dans les bras de Dieu, à n’avoir que la foi devant les yeux (Jn 17,6).

325. Dieu n’a pas besoin de nos explications

La prière n’est pas avant tout une parole que l’homme adresse à Dieu, mais un don que Dieu nous fait à nous, les hommes, en son Verbe. Dieu nous donne la prière, ce n’est pas nous qui la lui donnons… La parole de l’homme n’est donc auprès de Dieu… que si l’homme dit à Dieu ce que celui-ci veut entendre de lui. Dieu ne veut pas entendre une parole inventée par l’homme, il ne veut pas que l’homme s’énonce lui-même. L’homme ne devrait pas croire que Dieu dépend de sa personne et qu’il a besoin d’explications à son sujet. Dieu ne veut entendre que la réponse à sa propre parole. Il est vrai que toute la personne de l’homme  peut être contenue dans cette réponse, il doit en être ainsi, mais cette personne n’intéresse Dieu que dans la mesure où elle est tout entière réponse à sa  parole (Jn 1,3).

326. Les abus

(Le Seigneur) permet le culte de sa royauté et de son coeur, bien qu’il sache qu’on va en abuser… Ce ne sont pas les abus possibles qui sont déplorables dans l’Eglise, mais avant tout l’orgueil spirituel se croyant supérieur à de tels abus. Aux vrais chrétiens il revient de mettre en évidence le vrai sens des signes de l’Eglise (de toutes choses dans l’Eglise) (Jn 19,23).

327. Canonisations

Un saint préférera de beaucoup ne pas être canonisé; mais par amour de l’Eglise, qui fonde tout sur l’amour du Seigneur, il se réglera sur cette mesure de l’Eglise et sur sa décision (Jn 20,6-7).

328. Présence

L’Esprit Saint est le fluide invisible omniprésent, qui traverse tout et unit tout. Étant communication et don de Dieu au monde, il est en nous ce qui reçoit ce don de Dieu. En lui, nous sommes ouverts à Dieu, nous professons et confessons Dieu; de même qu’il est l’objet que Dieu nous donne, il est en nous le sujet qui l’accueille… Il est entre Dieu et nous l’invisible médiation qui nous transmet par l’intensité de sa présence dans la foi l’expérience de l’union suprême comme amour. Par cette présence invisible entre le Père et le Fils, comme entre Dieu et le monde, il est vie véritable et réalisation de l’amour (Jn 1,6-8).

329. Nécessité

Le Christ est dans le Père : cela ne le limite pas d’être dans le Père, c’est une nécessité fondée dans leur amour mutuel (Jn 14,20).

330. L’inconscient

L’Esprit veille sur tout l’inconscient de l’âme et le met au service de l’intention divine… Il sait même faire jaillir de n’importe quelle situation humainement insoluble – par exemple un mariage stérile – une source nouvelle, quelque chose qui en Dieu trouve son sens et sa vitalité (Jn 14,16).

331. L’événement

Les hommes croyaient frapper le Seigneur afin de s’en débarrasser à jamais; mais en le frappant, ils déclenchèrent tout l’événement de la rédemption (Jn 15,20).

332. L’aveugle

La foi. C’est comme un aveugle qui se promène. Il sait que le paysage est là, il sent les rayons du soleil. Bien qu’il ne voie rien, il sait. Pour le moment, il a la mission de vivre là, mais de passer dans l’au-delà (Jn 18,36).

333. L’ardente lumière

Toute la création de Dieu, que nous considérons comme l’expression de sa puissance, n’est pour lui qu’un détail minuscule à travers lequel il veut nous faire comprendre ce qu’il est. Au ciel, cette ébauche sera élargie, nous verrons ce qu’est son royaume et finalement ce qu’il est lui-même; mais cette vision, elle aussi, ne sera jamais exhaustive et continuera de s’accroître dans une marche sans fin. Pourtant il ne sera pas humiliant de comprendre toujours plus de choses de lui parce que son être même est l’éternel toujours-plus et que, par cette connaissance, nous deviendrons de plus en plus capables de nous laisser combler par la surabondance de son ardente lumière (Jn 1,4).

334. Marie

Marie. C’est le Père qui l’a choisie et prédestinée, le Fils a passé par elle, mais l’Esprit repose constamment sur elle… Elle ne cesse de vivre en Dieu… Dans l’Esprit, elle devient la compagne de  son Fils qui accomplit tout ce qu’il fait dans l’Esprit et par l’Esprit (Jn 2,1-12).

335. Le Fils sait

L’Esprit est envoyé par le Fils d’auprès du Père parce que le Fils sait que l’Esprit est disposé à se faire envoyer (Jn 15,26).

336. Nicodème

Nos péchés ont lié le corps du Seigneur. Nicodème l’a fait symboliquement pour le corps mort du Seigneur, sans le savoir (Jn 19,39-40).

337. La gloire

Le signe spécifique du chemin du Seigneur, c’est qu’on ne le choisit pas soi-même… Une personne pourrait avoir l’idée de rester vierge, de mener une vie de pénitence et de fonder un oeuvre ecclésiale. Mais si son idée n’était pas fondée sur un appel du Seigneur, tout se référerait à sa propre personne et ne servirait qu’à sa propre gloire (Jn 15,16).

338. Indulgence

Nous pouvons et nous devons souvent être indulgents envers les autres, voire même envers nous-mêmes, excuser les fautes et les couvrir, montrer la direction fondamentale de la vie chrétienne vers Dieu et ne vouloir que le bien (Jn 8,44).

339. Mouvement

Quand le Fils quitte le Père, cela implique qu’il retournera auprès de lui. De même maintenant, quand il quitte les hommes, son départ contient la promesse de son retour. Il est toujours en train de partir et de revenir… Auparavant il est parti du Père pour retourner à lui en passant par le monde; maintenant, il va du monde au Père pour revenir du Père au monde. Son être alors nous demeure difficilement accessible et nous ne le comprendrons jamais. Mais le mouvement du Fils quittant le Père et retournant à lui est le mouvement essentiel; c’est à l’intérieur de ce mouvement que se réalise le mouvement qui le mène du monde au Père, et il revient au monde dans l’eucharistie (Jn 14,28).

340. Mouvement

La vie tout entière doit être un mouvement inlassable de l’homme vers Dieu (Jn 19,5).

341. N’ayez pas peur

« N’ayez pas peur, c’est moi : c’est moi qui ai la responsabilité (Jn 6,20).

342. Le mystère d’amour entre les parents

Bien des choses dans la mission du Seigneur, sont incompréhensibles : le fait qu’il a pitié des hommes tout en exigeant trop d’eux pour ainsi dire, qu’il daigne avoir des disciples et des successeurs, et bien d’autres choses encore dans sa vie… (Bien des choses surtout sont incompréhensibles vers la fin de sa vie). Bien des choses dans cette fin se jouent uniquement entre le Père et le Fils et ne nous sont pas accessibles comme ce qui précède. Tout l’évangile débouche sur cette fin inexplicable, sur cette apothéose d’amour. Ce mystère d’amour entre le Père et le Fils, qui à ce moment domine tout, ressemble en quelque sorte au mystère des parents. Bien que les enfants vivent dans l’espace de l’amour parental, ils n’en aperçoivent pas tout, ils ne participent pas à ce qui fait l’intimité des parents. Ils savent peut-être qu’il y a des choses auxquelles ils n’ont pas accès, quoique ces choses ne diminuent nullement l’amour des parents à leur égard. Car ils vivent de cet amour mutuel des parents, et pas seulement de l’amour distinct du père ou de la mère pour l’enfant. Nous aussi, nous vivons à la manière des enfants dans ce mystère entre le Père et le Fils, sans vraiment le connaître. Mais ce n’est pas parce que nous en sommes privés que nous ne le connaissons pas, mais parce que nous ne sommes pas encore mûrs pour le comprendre. Plus tard, les enfants devenus adultes devineront quelque chose des secrets de leurs parents; et nous aussi, nous progressons dans la connaissance de l’amour de Dieu (Jn 13,1).

343. Prisonnier

Le Seigneur se livre aux mains des pécheurs. Ils se croient libres et ils le croient prisonnier. C’est lui qui va par là les libérer eux-mêmes (Jn 18,12).

344. L’Esprit Saint

Que Dieu puisse et veuille se révéler au monde suppose une unité vivante de Dieu et du monde, ayant son fondement dans l’unité vivante de l’Esprit entre le Père et le Fils. Par sa révélation, Dieu sort de son silence… et se manifeste dans le Verbe. Et que non seulement il parle à partir de lui-même mais qu’il soit encore compris et accueilli par nous, cela relève de l’Esprit Saint, qui est la source de toute union vivante (Jn 1,2).

345. Communion

Pour celui qui a reçu l’eucharistie, le Seigneur demeure accessible même en dehors de la réception visible de l’hostie : l’union avec le Seigneur ne se limite pas à la communion distribuée par le prêtre, elle s’étend au-delà d’elle-même : le rassasiement qu’elle procure suscite en même temps la soif d’une autre communion, d’une communion continuelle. Et cette soif d’amour est la vie des chrétiens en Dieu, le don de la vie éternelle que nous a apporté ce pain venu du ciel. De même que quelqu’un a la foi même quand il ne récite pas le credo, de même continue-t-on à vivre en communion avec le Seigneur même lorsqu’on n’a pas réellement en soi l’hostie sacramentelle. Comme il existe un état de foi, il y a aussi un état de communion (Jn 6,32-33).

346. Le pardon

Le Seigneur pardonne lorsque le prêtre pardonne. Il ne dit pas qu’il ne pardonnera pas aussi à d’autres qu’à ceux qui se confessent. Mais lorsque le pardon est accordé par le prêtre, il l’est aussi par le Seigneur. Le prêtre donne l’absolution au nom du Seigneur (Jn 20,23).

347. Un langage sans paroles

Dieu nous parle de deux manières. Il y a une parole de Dieu sans voix dans les événements de ce monde et de notre vie. Quand Dieu prend à un homme ce qu’il aime le plus, il lui parle dans un événement… Mais l’homme n’accepte pas cette parole silencieuse, il veut toujours des explications, il se comporte ainsi parce qu’il n’a pas l’amour qui lui permettrait de comprendre le langage muet de Dieu… Aussi Dieu s’est séparé de sa Parole et l’a envoyée dans le monde et a fait don aux hommes de sa Parole exprimée (Jn 1,1).

348. Le fils du patron

Le Seigneur Jésus est comme le fils d’un patron qui s’offre pour vivre avec les pauvres ouvriers de son père, pour expérimenter si l’on peut vraiment vivre avec ce salaire, si l’on peut vraiment vivre avec ces conditions de travail. Il laisse auprès de son Père son héritage – si bien que, sur la croix on ne sait plus du tout s’il en possède un -, il renonce à sa divinité, il ne prend avec lui que ce nous possédons par la grâce : la foi, l’amour, l’espérance; il vit dans les mêmes conditions que nous.  Et il apporte la preuve qu’on peut vivre une parfaite vie chrétienne dans ce monde avec ses limites, ses obscurités et sa mort. Il nous montre que, dans l’horizon fermé de cette existence, on peut mener une vie parfaitement ouverte sur Dieu, une vie qui attend tout de Dieu seul… Il vit notre vie temporelle dans le Père. Par là, il est le parfait chrétien, comme tel il a habité parmi nous (Jn 1,14).

349. Offrir sa vie

Si quelqu’un offre sa vie pour ses frères… Dieu est invité et autorisé alors à disposer librement de la vie de cet homme et aussi de sa mort, avant tout de sa mort intérieure dont Dieu détermine la forme. Dieu peut alors lui enlever même ses biens spirituels innés auxquels il est attaché. Il se peut qu’il ait un caractère joyeux et que Dieu lui donne affliction et solitude, il se peut qu’il soit gâté intellectuellement et que Dieu lui enlève ses relations raffinées en l’envoyant par exemple comme missionnaire dans des pays où ses talents intellectuels ne peuvent guère s’épanouir. A la suite d’une telle offre, Dieu oblige volontiers l’homme à faire ce qu’il n’aime pas faire. Il accepte ce sacrifice qui consiste à donner sa vie pour ses frères, en substitution… Presque toujours il exigera ce que nous n’attendons pas et nous ne saurons jamais pourquoi il exige précisément cela de nous. Car la substitution implique toujours l’imprévu, signe caractéristique de tout sacrifice total (Jn 15,14).

350. Pharisien

Les pharisiens : ils sont remplis de l’amour d’eux-mêmes (Jn 9,39).

351. Le petit et le grand

Tout ce qui est petit dans la vie du chrétien a part à ce qui est grand… Jésus accomplit une petite prophétie (s’asseoir sur le petit d’une ânesse); par là il réalise quelque chose de grand : la volonté du Père (Jn 12,14-15).

352. Une fois mais pas deux

Le Seigneur a appelé une fois, il n’appellera pas une seconde fois. Qui l’a une fois rencontré sûrement ne peut pas le quitter, car il se peut très bien que la première rencontre demeure aussi la dernière et que l’appel ne retentisse pas une deuxième fois (Jn 6,66).

353. Elle a tous les droits

La foi chez l’homme a droit d’asile; si elle n’est pas accueillie, elle dépérit forcément… Elle veut être accueillie comme ayant et exigeant aussitôt tous les droits, car c’est l’âme tout entière qu’elle veut conduire à Dieu (Jn 18,34).

354. Les bien-aimés de Dieu

Ceux qui viennent au confessionnal sont déjà les bien-aimés de Dieu, les enfants du Père et les frères du Seigneur : dans leur repentir, ils ont un pressentiment de l’amour… La confession consiste avant tout dans le fait qu’on est lavé par le Seigneur et, seulement en second lieu, qu’on s’accuse de ses péchés… La confession dans l’Eglise ne doit pas être publique. La seule chose publique, c’est que chacun sait de l’autre que lui aussi doit se confesser… Et ceci encore est l’image du purgatoire où, avant d’être admis au banquet céleste, on fait l’aveu ultime et définitif de ses fautes… La confession doit aussi amener le chrétien à se mettre totalement à la disposition du Seigneur… Qui vient de se confesser aime plus qu’avant, se montre plus disposé à aimer, non seulement le Seigneur mais aussi son prochain (Jn 13,3-5).

355. Les besoins de Dieu

Pour recevoir Dieu, il faut être prêt à faire place à Dieu, que que soit ce qu’il peut être, faire ou demander. On ne voit presque jamais au début ce que Dieu sera pour quelqu’un. Pour recevoir Dieu, il faut essayer de ne pas se refuser, et une confiance aveugle… Si Dieu prend réellement tout à un homme, ce serait sûrement parce qu’il a besoin de tout. Recevoir Dieu, c’est se donner soi-même à Dieu, même si notre don consiste dans un abandon de nos ténèbres à sa lumière… Etre disposé à se laisser traverser à fond par sa lumière, à correspondre toujours plus aux dons comme aux exigences de l’amour de Dieu. Le regret de l’homme de ne pouvoir offrir à Dieu que le peu qu’il est capable de faire pour le moment correspond assez souvent à l’orgueil qui s’imagine être fait pour quelque chose de meilleur. Mais ce n’est pas la capacité personnelle d’accueil qui est la mesure de la mission, ni non plus la somme de ce qui en nous serait susceptible d’être utilisé et transformé. La mesure est uniquement le besoin de Dieu. S’offrir toujours plus dans l’humilité aux nécessités de Dieu n’est pas interdit à l’homme (Jn 1,10-11).

356. Les outrages et l’amour

Le but de la rédemption, c’est ceci : que nous soyons là où se trouve le Seigneur, que le Seigneur ait accompli ce qu’il a promis au Père, c’est-à-dire lui rapporter du monde davantage d’amour qu’il n’en a reçu d’outrages (Jn 14,3).

357. Les fruits

Dans le Seigneur, il n’y a pas de stérilité. Même dans un mariage sans enfants, le corps ne demeure pas stérile; s’étant mis au service du Seigneur, celui-ci lui indiquera d’autres possibilités de porter du fruit. Il y a le fruit du mariage et il y a le fruit de la continence (Jn 15,16).

358. L’acte suprême

Abraham a, pour la première fois ici-bas, compris l’amour de Dieu, en accomplissant par amour l’acte suprême de livrer ce qu’il possédait de plus cher ici-bas à l’amour de l’au-delà. Le Père consomme ce sacrifice en immolant et en livrant ici-bas ce qu’il a de plus cher dans l’au-delà (Jn 5,27).

359. L’antichambre

Puisque nous arrivons dans l’au-delà avec bien des choses qui sont encore terrestres et qui déplaisent à Dieu, il y a le feu du purgatoire. Tout doit y brûler de ce qui en nous ne correspond pas à la grâce du Seigneur : notre disposition foncière pour le péché, toutes ces suites de notre état de pécheur sur la terre. En nous préparant une demeure chez le Père, le Seigneur nous prépare aussi une antichambre où, une fois entrés, nous pouvons nous purifier. Ici, il faut se défaire de tout égoïsme : aussi bien de l’égoïsme qui s’occupe de son propre péché (car il faudrait ne nous occuper que de l’amour de Dieu et du prochain) que de l’égoïsme qui considère les fautes du prochain au lieu de le regarder à la lumière de l’amour du Seigneur… Celui qui se trouve en état de purification ne s’aperçoit ni du prochain, ni de ses fautes, il n’est occupé que de Dieu et de lui-même. Il n’apercevra à nouveau le frère qu’au moment où lui-même sera si totalement purifié par l’amour du Seigneur qu’il deviendra capable de le regarder avec les yeux du Seigneur. C’est alors qu’il sera capable de supporter le prochain sans envie ni critique, dans sa demeure qui diffère de la sienne, de comprendre la diversité des voies du Seigneur et de les admettre par amour, de se réjouir du caractère différencié des demeures auprès du Père (Jn 14,2).

360. Échec et réussite

Ni l’échec ni la réussite de l’homme n’amènent le Seigneur à réduire ses exigences. Rien dans la vie des chrétiens n’est mesuré par le Seigneur selon les critères de la réussite ou de l’échec humains. On ne reçoit pas, parce qu’on a échoué, une tâche moindre, ni une plus importante parce qu’on a réussi; dans les deux cas, seul le « toujours plus » est proposé (Jn 14,10).

361. Une lumière

Celui qui a une fois prié et qui a donc été par là une fois dans la vérité, a en lui un germe de vérité qui est indestructible, une lumière – si petite et si oubliée soit-elle – qui est inextinguible. La prière appartient à la vérité (Jn 18,38).

362. L’infini

Toute mission (de chaque chrétien) va toujours plus loin, s’ouvre toujours sur l’infini, ne reste jamais en panne (sauf par le refus). Il fait partie de l’essence de l’amour de se répandre… Toutes les vocations sont possibles; l’important est que le Seigneur puisse disposer le plus largement possible de quelqu’un… Chaque parole que nous adressons à quelqu’un doit être en même temps une prière à Dieu, est en même temps une prière à Dieu (Jn 21,11-12).

363. Oui ou non

Il est toujours donné à l’homme la possibilité de dire oui ou non, selon son bon plaisir, à l’offre de Dieu, même quand Dieu n’a prévu pour lui qu’une possibilité (Jn 6,67).

364. S’ouvrir à Dieu

S’ouvrir à Dieu et ne pas trop penser au diable et à notre combat contre lui : ce serait encore une manière de se mettre au centre, au lieu d’y mettre Dieu. C’est pourquoi : être souvent indulgent pour les autres, et même pour soi-même, pardonner les fautes, ne pas les voir, vouloir ne voir que le bien et ne vouloir que renvoyer à la direction fondamentale de la vie chrétienne vers Dieu (Jn 8,44).

365. Touchés ou saisis

(A la messe, le Christ et les croyants ne se séparent pas des non croyants). Car le Seigneur et les croyants prient en commun pour les croyants et les non croyants. Les croyants sont ceux qui, de quelque façon, sont déjà saisis par l’amour. Quant aux non croyants, leurs attitudes présentent des nuances et des gradations infinies, jusqu’à ceux qui se ferment totalement devant le Seigneur. La plupart d’entre eux sont des ignorants, des individus qui n’ont pas encore été touchés par la vérité et par l’unité (Jn 17,23).

366. Intimité

C’est dans le Seigneur que nous trouvons la réalité la plus intime du prochain… Nous comporter à l’égard de tout homme de telle sorte que, dans le Christ, il parvienne au Père (Jn 5,27).

367. Voir le mal

Plus un homme est proche du Seigneur, plus il est capable de voir à travers les autres. Il y a aussi des hommes qui, par naïve méconnaissance du mal, ne voient pas le mensonge des autres hommes. Il y a des chrétiens naïfs qui supposent, dans leur bonne foi, qu’il n’y a que du bien chez les autres. Ils ne sont pas aptes pour l’action… Seule la connaissance qui voit le mal avec amour donne un droit à l’action, sans perdre pour autant le droit à la contemplation (Jn 1,47-48).

368. Une mort déconcertante

La mort du Seigneur… Aux yeux des non croyants qui sont là, cette mort semble sans couleurs. Le Seigneur aurait pu choisir une mort sublime pour contenter notre appétit de sublimité. Il ne l’a pas fait. Il a couvert sa grandeur du manteau des choses habituelles, légèrement abjectes : une mort déconcertante (Jn 19,18).

369. Parler de Dieu

Parler de Dieu n’est possible que dans l’amour et l’ouverture réciproques, dans la gratitude mutuelle de pouvoir donner et recevoir. Hors de l’amour, il n’existe pas de vraie théologie (Jn 3,11).

370. Chercher l’amour

On ne peut pas être aimé du Seigneur sans recevoir de lui une grâce, grâce qui est si réelle, quand même elle serait cachée, qu’elle ne peut échapper entièrement aux yeux d’un frère dans la foi. Si une personne nous est étrangère, mais que nous savons que le Seigneur l’aime, et si nous-mêmes prétendons aimer le Seigneur, alors cette personne ne peut pas nous rester indifférente : nous chercherons en elle l’amour du Seigneur (Jn 15,12).

371. Une parole muette

Toutes les paroles du Fils sont en figure sauf quand il est devenu parole muette sur la croix. La naissance du Christ au fond, c’est sa mort : nu et dépouillé devant Dieu comme l’est l’homme à sa naissance et à sa mort (Jn 16,25).

372. La Parole infinie

Depuis que le Christ a apporté la vérité, depuis que la Parole infinie de Dieu est devenue chair, il n’y a plus de vérité finie, il n’y a plus de vérité partielle, mais toute parole isolée de Dieu contient maintenant la Parole infinie tout entière. Tout ce qui semble être une partie contient en vérité la plénitude. Aussi désormais est-il sans importance que le Seigneur tienne des discours longs ou brefs, ou même qu’il parle ou qu’il se taise, ou que nous en comprenions peu ou beaucoup de ce qu’il dit. Tout cela n’est pas si important. Car la Parole de Dieu est chair et demeure parmi nous. La Parole infinie de l’amour a retenti en vérité. L’amour est désormais l’unique parole au monde, et tout autre parole, toute autre sentence, tout autre sens ne sont qu’une expression et une enveloppe de cette unique Parole. Toute parole finie (limitée) donne à entendre la Parole infinie de l’amour (Jn 1,17).

373. La foi

La chose la plus haute qu’on puisse offrir à quelqu’un, c’est de lui transmettre la foi (Jn 10,17).

374. Construire

… Construire pour les hommes, à partir de leur vie quotidienne, un chemin qui mène à l’éternité (Jn 4,35-38).

375. La voie

Dieu donne à chaque homme sa voie personnelle propre et son accès à la Trinité… L’un recevra la voie de l’amour de Dieu en général, l’autre un amour particulier pour une personne divine, un troisième l’amour pour la Mère du Seigneur ou pour des saints qui lui servent de vivant accès auprès de Dieu. Chaque voie est toute personnelle, mais toutes conduisent à la Trinité (Jn 8,50).

376. Convictions

Les Juifs refusent le mystère de la naissance de Jésus : cela les obligerait à sortir du cercle de leurs convictions (J  6,42).

377. Marie

Il est plus facile peut-être de s’approcher de Marie. Mais là où est Marie, son Fils aussi est déjà là, et elle nous le montre. Personne ne vient au Fils sans y être conduit par le Père. Personne ne vient à la Mère sans qu’elle montre le Fils (Jn 21,25).

378. Vie éternelle

La vie éternelle ne commence pas seulement après la mort; elle commence dès à présent dans la foi, l’amour et l’espérance (Jn 6n47).

379. Allaitement

Ce n’est pas contraire au respect si une mère, comme il est d’usage en certaines contrées, allaite son enfant à l’église, car Marie aussi a allaité son Fils durant la prière (Jn 20,30).

380. Une aventure insensée

Nous avons reçu une invitation si pressante à faire ce chemin (vers le Père avec le Christ, qu’en fin de compte il importe peu que nous disions oui ou non, car nous sommes obligés de nous y engager, ni plus ni moins. Comme si le Seigneur montrait une montagne très haute et annoncerait qu’il monterait là-haut et que tous, nous irions avec lui. Il ne demande pas qui en a envie ou non, qui espère réussir et qui désespère de jamais y arriver. La seule chose qu’il nous laisse entendre, c’est qu’il n’aura point de cesse que tout le monde soit arrivé là-haut : les bons alpinistes aussi bien que les boiteux et les malades incapables de faire trois pas, ceux qui aussitôt sont prêts à marcher avec lui que ceux qui d’emblée estiment qu’une telle exigence ne les regarde pas. Par la témérité apparente du Seigneur et son insouciance, tous se voient entraînés dans une aventure qui semble insensée, dirigés vers une hauteur à laquelle un homme raisonnable n’aurait jamais osé songer, où normalement il ne pourrait même pas respirer. Et c’est précisément cette chose excessive qui est à présent l’exigence absolue adressée à chacun (Jn 14,28).

381. Contemplation

La prière, c’est ce que l’homme offre à Dieu. La contemplation est ce que Dieu montre à l’homme (Jn 19,41).

382. Non

Celui qui est coupé de Dieu parce que, sur un point précis, une ou plusieurs fois dans sa vie, il a dit non à Dieu, peut-être jusqu’à sa mort, alors qu’extérieurement il participe à tout ce que l’Eglise lui demande, mais intérieurement, dans la grande question essentielle que Dieu lui a posée, il a échoué (Jn 15,6).

383. Le Père

« Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné? » Si le Fils est abandonné du Père, que nul ne songe que le Père, lui aussi, ne soit pas abandonné du Fils. Car si le Fils ne peut plus atteindre le Père, il est impossible que le Père puisse encore atteindre le Fils. Le Père aussi est abandonné à la croix et séparé de son Fils. Il en est ainsi parce que l’amour est une unité et que, dans l’amour, il est impossible que l’un soit frappé sans que l’autre le soit aussi (Jn 8,18).

384. Eucharistie

Le Seigneur a souligné une fois pour toutes que le Père est en lui, que celui qui le connaît aussi le Père, et cela avant tout dans l’eucharistie (Jn 8,19).

385. S’offrir à Dieu

Une personne pourrait par exemple s’offrir à Dieu sans partage avec toutes ses possibilités : ses biens, ses talents, ses amis, etc., et en attendre du Seigneur une certaine récompense, comme la « sagesse » ou la constance dans la foi et l’amour. Elle s’est imaginé une sorte de justice entre elle et Dieu. Mais il se peut que Dieu ne veuille pas d’un tel pacte et qu’il la laisse plutôt dans l’inquiétude, l’aridité, l’obscurité et l’angoisse. Pourtant cette personne doit savoir, bien que cette justice qu’elle s’est imaginée, ne se réalise pas, qu’une justice bien supérieure s’accomplit entre elle et Dieu; elle qui croyait donner se trouve devant Dieu les mains vides et, quoiqu’elle ne voie point les dons de Dieu, elle n’en reste pas moins comblée au-delà de toute mesure. Dans la justice telle que Dieu la conçoit, elle n’a jamais le droit d’attendre quelque chose de précis, parce que tous les dons de Dieu, tant ceux qu’il donne que ceux qu’il réclame, sont indéfinissables et indéterminables. Dieu veut l’offre parfaite, sans condition et sans clause, et il y choisit ce dont il a besoin. Et de son côté il donne tout, c’est-à-dire exactement ce qui est dans son intention. Et il donne tout comme il veut le donner, c’est-à-dire justement pas comme l’homme l’attend, parce que l’attente de l’homme est toujours conditionnée par la nature humaine, par son péché et ses limites. L’attente de l’homme devrait consister à n’attendre rien de précis. S’il aime vraiment Dieu, il attend tout de lui, même s’il ne voit rien (Jn 16,10).

386. Intercession

Le Seigneur ne se tient devant le Père que dans une attitude d’intercession pour tous ceux qui lui sont confiés. S’il remet son âme au Père, il remet toujours aussi celle de ses frères (Jn 8,2).

387. Le péché

Le péché consiste à ne pas vouloir apprendre sa vérité de Dieu, ni la lui confier, mais à vouloir la posséder pour soi-même… Le péché ne consiste en rien d’autre que dans le désir de ne pas se voir tel qu’on est (Jn 5,30).

388. Etre actif dans le purgatoire

Au sein de la passivité du purgatoire, le pécheur ne peut pas ne pas participer : lui-même doit se montrer, se tenir dans le « feu », se presser au-devant de l’amour (Jn 8,16).

389. Le cultuel

Culte du Sacré-Cœur et du Christ-Roi : on peut aussi dans l’Eglise laisser ce qui est vivant se durcir dans le cultuel (Jn 19,21).

390. Des chemins impraticables

Dieu peut atteindre son but par tous les chemins, même par ceux qui nous semblent impossibles et impraticables (Jn 6n8-9).

391. Pureté

La purification a lieu quand quelqu’un s’abandonne à ce que le Seigneur exige de lui, même s’il ne le comprend pas (Jn 15,3).

392. Suicide

La raison de l’interdit catégorique de l’Eglise concernant le suicide : nul désespoir ne peut être plus profond que la lassitude du Seigneur sur la croix. Entre la foi et le suicide, il existe une contradiction irréductible (Jn 13,36).

393. Proche ou lointain

On n’a pas à se demander si le Seigneur est proche ou lointain (dans la prière, dans la méditation) parce que « là où je suis, là aussi sera mon serviteur » (Jn 12,26).

394. Le geste d’amour

Le geste d’amour humain, tel que le Seigneur l’envisage, est toujours un début d’amour divin, même s’il agit en dehors de l’Eglise; il s’adresse toujours à un Seigneur que l’on pressent mais qu’on n’a pas encore rencontré (Jn 1,22-23).

395. La vérité de l’homme

Ce qu’un homme est en vérité, c’est le regard de Dieu sur lui qui en décide et qui, grâce au Fils, est un regard d’amour et non de justice (Jn 5,31).

396. La joie

Le Seigneur veut que nous vivions dans la joie. Il veut sans doute aussi que nous passions par la souffrance et la tribulation. Mais le sens fondamental de notre christianisme est qu’il est orienté vers la joie. Il faudrait que les chrétiens ressemblent à des balles que l’on peut presser et enfoncer, mais qui reprennent toujours d’elles-mêmes leur forme sphérique. L’état fondamental qui se reconstitue sans cesse, ce doit être la joie. Dans le mariage et dans l’amitié, dans les relations humaines et dans l’Eglise, partout, le chrétien vit dans la joie, sans exubérance comme sans jalousie, dans une joie qui respecte la joie des autres, dans la joie chrétienne (Jn 15,11).

397. Hiérarchie des valeurs

Comme le Père est placé avant le Fils sans qu’il y ait par là une gradation en Dieu, ainsi  y a-t-il dans l’Eglise une priorité du sacerdoce par rapport au laïcat sans que par là soit suggéré une hiérarchie des valeurs (Jn 17,8).

398. Marie et Jean

Marie et Jean : le Seigneur n’a pas demandé leur accord pour les unir comme mère et fils. Étant vierges tous les deux, ils appartiennent au Seigneur qui dispose d’eux à sa guise (Jn 19,27).

399. Amour

Dans l’amour, le meilleur est toujours ce que l’autre désire (Jn 21,16).

400. Etre content

« Quel signe nous donnes-tu (pour avoir le droit de chasser les vendeurs du temple)? … Une foi qui n’est bâtie que sur une vision n’est pas une foi. La foi ne s’épanouit jamais sur un calcul. La foi peut naître sans doute d’un miracle, mais personne n’a le droit de faire dépendre sa foi d’un tel signe… De même qu’aucune grâce ne nous donne le droit d’exiger d’autres grâces… Etre content de ce que Dieu nous donne (Jn 2,19).

401. Le choix de Dieu

Tout chrétien doit, à un moment donné, se demander à quel état de vie il est appelé; chacun devrait se mettre une fois à la disposition de Dieu… et se décider d’après le choix de Dieu (Jn 15,14).

402. Semence

Chaque oui à Dieu dépose en l’homme une semence (Jn 6,5).

403. Les enfants ont le droit de poser toutes les questions

Il n’y a aucune question du monde dont la réponse ne serait pas cachée depuis longtemps dans le Père… Toutes les réponses se trouvent auprès du Père, et le Père nous a permis, comme au Fils, toutes les questions parce qu’il n’a à craindre aucune question et parce que les enfants ont le droit de poser des questions. Le Père répond à chacune de nos questions, mais beaucoup d’entre nous n’entendent pas la réponse parce qu’ils ne sont pas dans la situation exigée pour saisir la réponse. Je puis demander à Dieu ce que je veux; parce qu’il m’a donné la possibilité et la force de l’interroger, il s’est obligé aussi à me répondre. Mais sa réponse peut être incomprise et interprétée comme non proférée et inexistante parce que l’homme ne l’entend pas. Le silence lui-même est aussi une réponse. Il se peut aussi que la réponse de Dieu fait entendre quelque chose que l’homme n’attendait pas du tout. La réponse est adéquate, c’est l’homme qui ne l’est pas. Et nous cherchons faussement une explication parce que nous ne sommes pas en mesure de saisir immédiatement la parole prononcée. Le péché nous empêche de comprendre (Jn 1,15).

404. La langue maternelle

« Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même ». Par ces paroles, le Seigneur indique une fois de plus son union totale avec le Père… Du moment que le Père habite en lui, il ne peut jamais agir comme s’il était seul. Il tient toujours compte du Père : il est en lui, il lui obéit, il lui appartient. Lorsqu’il parle, c’est toujours en accord avec le Père, plus encore, il est mandaté par le Père. Certes il n’est pas question que toute parole doive d’abord être pesée avec le Père. Mais il vit dans la mission du Père, c’est elle qui l’accompagne et détermine tout ce qu’il fait et dit. Il parle le langage du Père, comme les hommes parlent leur langue maternelle… Il a renoncé à parler son propre langage personnel. Toute sa vie, il l’a remise si totalement entre les mains du Père qu’il ne voit aucune possibilité de dire et de faire autre chose que ce que dit et fait le Père (Jn 14,10).

405. Devant ou derrière

Le péché : mieux l’avoir derrière soi (on peut alors se repentir) que devant soi : on a encore l’intention de le commettre (Jn 17,12).

406. Dieu impuissant

Tout en regardant Dieu comme tout-puissant, les juifs le tiennent en quelque sorte pour impuissant, parce qu’ils ne lui accordent pas la seule chose dont tout le monde est capable : avoir un  fils. Pour eux, il mérite la mort, parce qu’il s’est dit Fils de Dieu… Et même si Dieu avait un Fils (ce qui est impossible), il serait plus impossible encore qu’il lui permît de s’abaisser jusqu’à la bassesse de la nature humaine. Il aurait dû, sans conteste, le lui interdire… Pour eux, seul un Dieu lointain peut être le vrai Dieu (Jn 19,7).

407. La chose primordiale

Ce qui distingue la foi chrétienne d’un autre enrichissement de connaissance et de savoir, c’est qu’elle est vivante et se développe jusqu’à devenir la chose primordiale de l’homme et que l’homme lui-même soit devenu secondaire (Jn 17,6).

408. L’éveil du désir

L’Esprit Saint est d’abord quelque chose qui remplit l’homme et l’incite à chercher Dieu. Il est ce qui éveille le désir de Dieu et donne donc aussi la joie liée à ce désir, la joie en Dieu, le plaisir d’aller vers Dieu, l’aspiration à être ouvert à Dieu. Il est consolation en ce sens qu’il est éveil de tous les sens spirituels. Et toutes les beautés du monde peuvent éveiller en  nous cette envie de Dieu, rendre vivante en nous la question de Dieu… (Jn 3,8).

409. L’amitié

L’apôtre Jean forme un pont entre nous et le Fils par son amour totalement humain et amical pour le Seigneur. On ne doit pas mépriser l’amitié authentiquement humaine comme chemin vers Dieu, ni mettre d’opposition entre l’amour des amis et l’amour du prochain. Car puisque nous sommes des hommes et que nous sommes placés dans un cadre humain, notre amour chrétien s’étend aussi à l’amitié… (Jn 1,18).

410. Mesurer la foi des autres?

On ne peut pas juger de l’intensité de la foi des autres. Avant tout il ne faut pas la faire dépendre des manifestations extérieures de piété. Ce n’est pas parce qu’un chrétien reçoit peu souvent les sacrements que sa foi aussi soit refroidie. Il peut y avoir des chrétiens qui vivent profondément de la foi sans aller souvent à l’église, simplement parce qu’ils la connaissent peu. Et à l’inverse la foi est souvent menacée par la fréquentation habituelle de l’église parce qu’elle se sent par là trop assurée (Jn 10,28).

411. Un demi-oui

Quand on a commencé par dire à Dieu un demi-oui, un oui encore fort égoïste, Dieu s’installe dans notre demi-oui pour le transformer (si nous l’acceptons) en un oui complet. Un oui humain n’est jamais un oui complet. Dieu s’arrange pour en faire un oui complet. Cette pensée ne doit pas nous conduire à nous reposer dans la tiédeur, mais peut nous consoler réciproquement au sujet des autres. Le Seigneur achèvera en eux ce qu’ils n’ont pas commencé d’une manière tout à fait excellente. C’est pourquoi un homme qui ne cherche encore le Seigneur qu’avec la moitié de son coeur ne doit pas recevoir tout de suite toute la lumière sur toutes les exigences, sur toute la sévérité du christianisme (Jn 1,12).

412. L’important

Celui qui vit dans la lumière ne cherche qu’à s’effacer devant le Seigneur. Celui qui vit dans la nuit cherche à se rendre lui-même aussi important que possible (Jn 13,30).

413. L’inconnu

Les apôtres doivent recevoir l’Esprit. Le Seigneur ne leur demande pas leur avis. Et l’Esprit leur est encore plus mystérieux, plus inconnu que le Fils (Jn 20,22).

414. L’infini de Dieu

Qu’est-ce que c’est être chrétien? S’ouvrir à l’infini de Dieu, s’ouvrir à Dieu dans la mort… Jésus couronné d’épines et couvert du manteau de pourpre. « Voici l’homme ». On le montre risible, ridicule : sa mission de roi, c’est l’échec total s’il avait été un roi terrestre. Sa royauté à lui ouvre les hommes à l’infini de Dieu (Jn 19,5).

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