34/1 L’Esprit Saint

 

34/1

L’Esprit Saint

dans l’oeuvre d’ Adrienne von Speyr

 

Introduction

Toute l’oeuvre d’Adrienne von Speyr est remplie d’Esprit Saint. Le plus souvent sa présence est voilée comme en fait l’expérience le personnage de l’Ancien Testament : Dieu était là et il ne le savait pas. Des œuvres peuvent être remplies d’Esprit Saint sans qu’il soit nommé explicitement. Ce peut être tout un climat qui est rempli de lui, ce qui correspond bien à sa nature : présence et communion.

Adrienne von Speyr n’a jamais composé de traité de l’Esprit Saint. Elle n’a composé aucun traité. B. Bobrinskoy soupirait : « Que l’Esprit nous préserve des pneumatologues » (Communion du Saint-Esprit, p. 378). Adrienne von Speyr n’est pas pneumatologue. Mais, par la grâce de Dieu, elle portait sans doute l’Esprit, elle était pneumatophore. C’est goutte à goutte que l’Esprit Saint s’imprimait en elle, incidemment. Au gré des circonstances et des événements, au hasard de ce qu’elle disait ou faisait, au hasard de Dieu, des choses lui étaient données d’en haut.

L’Esprit Saint, c’est comme pour Dieu. On ne peut accéder à son mystère que par une multitude infinie d’approches. Tout en sachant que ce ne sera jamais tout à fait adéquat. On peut au moins commencer. « Plutôt que de se lamenter sur les ténèbres, allumer une lumière » (Proverbe sans doute chinois dans G. Siegwalt, Dieu est plus grand que Dieu, p. 248). Dieu ne se prive pas d’allumer des lumières, mais « notre regard peut manquer à la lumière » (G. Thibon). Si quelqu’un entreprenait un jour de dégager en deux-cents pages les thèmes majeurs des deux mille pages du commentaire d’Adrienne von Speyr sur l’évangile de saint Jean, il y a fort à parier que la moisson d’Esprit Saint qu’on y cueillerait se révélerait très parlante.

Au terme du colloque romain concernant Adrienne von Speyr, il revenait à Hans Urs von Balthasar de conclure. Il commençait comme ceci : « Je veux bien essayer de faire une conclusion. La ‘synthèse’ (promise dans le programme) me paraît chez Adrienne aussi impossible que si l’on voulait tenter une synthèse de la mer. J’ose même lancer un défi à quiconque tentera plus tard de coincer la pensée d’Adrienne dans un système quelconque : il se sentira toujours débordé » (La mission ecclésiale d’Adrienne von Speyr. Actes du colloque romain 27-29 septembre 1985, p. 187).

Les textes d’Adrienne proposés dans cette fenêtre n’essaient pas de faire une synthèse de la mer. Ils permettront tout au plus de se faire une certaine idée de la manière dont Adrienne comprenait l’Esprit Saint. D’autant plus que les extraits qui suivent n’ont été puisés que dans certaines de ses Œuvres posthumes qui n’ont pas encore été traduites en français.

Patrick Catry

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Pour les références, NB = Nachlassbände

« Les chemins de l’ Esprit pour  interpréter la Révélation demeurent toujours ouverts, sont sans cesse actualisés de manière neuve… Tout au long des siècles de l’histoire de l’Eglise, l’ Esprit Saint des charismes plonge sans cesse de nouveaux élus dans le contenu et les événements originels pour vivifier et approfondir par eux la foi de l’Eglise dans son ensemble »

(Hans Urs von Balthasar dans NB 5, p. 10-11)

 

1. Quand Marie prie

Quand Marie prie avec son enfant, elle se sert des mots qu’elle connaît, elle demande des choses qui lui semblent nécessaires, elle prie à la manière d’une vraie croyante; mais elle sait que le Fils, qui entend ses mots, les reprend et les transmet à Dieu d’une manière qui la dépasse. Non seulement parce que Dieu le Père et l’ Esprit Saint les reçoivent du Fils, mais parce que la prière du Fils lui-même, sa manière de parler avec le Père, lui demeure inaccessible; cela fait partie du mystère trinitaire (NB 5, p. 21).

2. Marie et l’ange

Marie donne son consentement à l’ange, elle dit oui de tout son corps et de toute son âme. Elle donne tout de suite tout son esprit et l’Esprit Saint, en la couvrant de son ombre, consommera le don qu’elle fait de son corps. Son don d’elle-même est consommé dans le fait qu’il est reçu (NB 5, p. 24).

3. Le oui de la Mère

En tant qu’homme, le Fils vit du oui de sa Mère, il est porté par lui et c’est par lui qu’il est mis au monde, c’est par lui qu’il est introduit dans le mystère de la vie humaine; toute sa vie durant, il disposera de ce oui dans la mesure où il en aura besoin, il laisse en même temps au Père et à l’ Esprit le soin d’en disposer comme ils le veulent (NB 5, p. 24).

4. Toi, suis-moi

Les efforts du mystique pour se tenir à la disposition de Dieu aussi purement qu’il est possible ont une grande importance… Dieu veut l’âme tout entière, sans conditions, dès le premier instant : « Toi, suis-moi »… Le meilleur exemple est celui de Marie auquel il est répondu par le fait que l’Esprit Saint prend possession d’elle totalement, en un rien de temps éternel, sans égard pour les lois humaines. Cette totalité produit alors des fruits selon les besoins de Dieu (et non selon les besoins de Marie). Marie suit les chemins uniques que Dieu a tracés pour elle (NB 5, p. 26).

5. La création

Avant de créer le monde, Dieu ne se révélait qu’au sein de la Trinité. La nature trinitaire de Dieu est si infinie et si parfaite qu’elle suffit essentiellement à Dieu Père, Fils et Esprit . Mais le Père, avec le Fils et avec l’ Esprit, décide en toute liberté de donner à leur éternel échange d’amour un nouveau mode d’expression… Dieu met maintenant en dehors de lui une création qui doit rester avec lui dans un échange constant…, une relation vivante et pleine d’attente… Le Père se dispose à agir, le Fils le seconde, l’ Esprit plane en créateur sur l’abîme (NB 5, p. 40).

6. L’Esprit Saint et le monde

Comment Dieu Père, Fils et Esprit se comportent eux-mêmes envers le monde, nous ne pouvons pas nous en faire une idée. En tant que croyants, nous pouvons croire aux mystères de Dieu et les tenir pour vrais. Mais Dieu, quand il le veut, peut donner très soudainement à l’homme une illumination sur la manière dont Dieu se comporte envers les hommes, et non seulement sur la manière dont l’homme vit pour Dieu… Dieu Trinité qui est sur le point de créer est encore tout à fait seul; aucun homme n’est là qui pourrait répondre à cet acte trinitaire : personne ne peut observer l’Esprit planant sur l’abîme, ni la présence du Fils et, encore moins, sa propre création par Dieu (NB 5, p. 41).

7. La lumière de l’Esprit

Dieu crée l’homme à son image, c’est-à-dire avec une multitude de possibilités fécondes. Adam peut nouer des relations avec le monde qui l’entoure, avec Eve, avec sa progéniture, avec Dieu lui-même. Il porte en lui la lumière de l’Esprit qui permet de nouer toutes ces relations et de les organiser (NB 5, p. 42).

8. La voix de l’Esprit

Le jour de la Pentecôte, Adrienne voit les différents prophètes et leur relation à la foi et à l’Esprit. Pour nombre d’entre eux, la parole de mission retentit soudainement; ils l’entendent avec leurs sens humains, comme une voix humaine, et c’est la voix de Dieu, de l’Esprit. C’est de la même manière qu’Élie aussi entend (NB 5, p. 58).

9. L’Esprit manifeste sa divinité

L’Esprit parle en Marie. L’Esprit par l’ange. Elle le voit et entend sa voix. Et c’est en esprit qu’elle doit répondre. Dans un esprit qui reconnaît les conséquences concrètes de ce que l’Esprit lui a dit. Il en résulte d’abord un engagement spirituel : qu’il me soit fait selon ta parole. Son esprit, son intelligence, tout son être se conforment à l’Esprit Saint. Son oui exprime cette disponibilité spirituelle. S’y trouve aussi incluse une disponibilité corporelle. Le corps aussi dit oui, par son esprit. Car son oui est si indivisible qu’il la saisit tout entière. Elle est comparable en cela aux prophètes qui sont prêts à reléguer au second plan leurs vues et leurs anciennes habitudes par amour pour la voix, afin de laisser le champ libre à l’exigence de l’Esprit. L’Esprit exige du prophète qu’il soumette son esprit, qu’il se donne à lui-même peu d’importance afin de permettre à Dieu d’être important, et ceci surtout dans une subordination des sens. Pour Marie, d’emblée c’est le tout qui doit être tenu prêt : l’esprit et le corps; elle reconnaît la priorité de la voix en donnant tout de suite tout ce qu’elle a, et elle n’a rien d’autre qu’elle-même, et rien d’autre ne lui est demandé que son existence en sa totalité. L’Esprit reconnaît ce don qu’elle fait d’elle-même en la prenant et en la couvrant de son ombre. Et il se produit tout ce qu’il y a de plus concret : l’enfant arrive en elle, c’est par elle qu’il croît, c’est elle qui le met au monde, au-delà des lois de la nature, puisqu’elle reste vierge. Parce que la parfaite fécondité se réalise en Marie par l’Esprit et qu’elle devient mère d’un être humain qui est Dieu, l’Esprit atteint, par un seul dialogue avec elle, le maximum du concret. Assez souvent, l’Esprit peut opérer une guérison, un miracle; mais ce n’est qu’une seule fois qu’il a manifesté sa divinité en couvrant un être humain de son ombre pour engendrer : le deuxième Adam prend naissance sur le modèle de la création du premier (NB 5, p. 61-62).

10. L’Esprit Créateur

La signification de l’Esprit dans la doctrine chrétienne est devenue par là évidente et, à l’avenir, il peut souffler où il veut : il doit toujours être reconnu comme Esprit concret et agissant. S’il opérait déjà chez les prophètes, c’était en vue de l’unique parole de Marie. Elle est encouragée à dire un oui unique : requis et reçu par l’Esprit, ce oui détermine l’Esprit à la couvrir de son ombre, il rend possible la venue du Sauveur, il ouvre la deuxième création. La création du monde par le Créateur à partir de rien fut le modèle de la création d’un homme par l’Esprit à partir de la parole de l’ange et de celle de Marie. En se servant d’un être humain créé – Marie – comme réceptacle pour l’enfant, l’Esprit répond au Père qui crée; il y a correspondance entre le caractère concret de la première création et le caractère concret de la création par l’Esprit (NB 5, p. 62).

11. La mystique dans l’Eglise

La mystique a ainsi dans l’Eglise une double place. D’une part elle est donnée à certains croyants un peu comme le Père a envoyé son Fils unique dans le monde et comme la doctrine chrétienne générale dépend totalement de ce Fils unique. Cela correspond ainsi au parcours du Fils : il sort du Père, vient dans le monde et retourne au Père à l’Ascension. D’autre part ce parcours ne se termine pas sans s’ouvrir sur un second circuit : l’envoi de l’Esprit sur l’Eglise en tant que tout. La Pentecôte et le miracle des langues sont sans aucun doute un événement mystique qui concerne toute l’Eglise : par lui, l’Eglise en tant que telle est reliée au ciel de manière nouvelle, elle est en quelque sorte habilitée, en tant que tout, à recevoir la mystique (ou l’inspiration de l’Esprit). A l’avenir donc celui qui reçoit une grâce mystique dans l’Eglise ne sera plus simplement quelqu’un d’isolé, car l’Eglise, en tant que tout, possède depuis la Pentecôte la faculté de recevoir ce genre de grâce (NB 5, p. 74).

12. L’intelligence de l’Esprit Saint

L’homme ne pourra jamais évaluer ce que Dieu le Fils a laissé au ciel quand il est devenu homme, en quoi consistait son abaissement, à quoi il a renoncé. Mais de considérer les grâces mystiques qui ont été dispensées plus tard permet de découvrir des domaines toujours nouveaux, de saisir des points de vue nouveaux qui donnent un nouveau relief à ce qu’il y avait de sacrifice dans la vie du Christ. L’Eglise ne sombre pas, mais elle subit bien des dommages. La vie mystique est là pour y remédier : avec une plénitude qui correspond à la plénitude débordante des dons du Seigneur, avec une intelligence qui ne cesse d’être stimulée par l’intelligence de l’Esprit Saint. L’Eglise a besoin de nouvelles sources de vie et, parce qu’elle est là pour les hommes, elle reçoit du ciel cette vie non seulement d’une manière invisible et insaisissable, mais en même temps de telle sorte que les croyants peuvent voir quelque chose de son origine céleste. Car les chrétiens eux-mêmes doivent porter du fruit dans cette vie, s’offrir en sacrifice avec le Seigneur, coopérer aussi à ses miracles, ils doivent sentir que la force de Dieu les soutient, que des forces qui sortent d’eux entrent aussi dans l’Église afin qu’elle se révèle être vivante selon la mission qu’elle a reçue du Seigneur (NB 5, p. 74-75).

13. Le Thabor et l’Esprit Saint

L’essentiel sur le Thabor, c’est la transfiguration du Seigneur lui-même. Les prophètes ne constituent que l’arrière-plan, ils ne sont qu’un petit aperçu du domaine de la puissance du Seigneur et, dans sa transfiguration, il s’élève bien au-dessus de ce domaine. Lui qui est venu du ciel sur la terre, il élève maintenant les croyants de la terre au ciel par sa splendeur. Et l’événement unique, mystique, dont ils font ici l’expérience, ne doit plus les laisser en paix par la suite. – Tout mystique est captivé un certain temps par ce qu’il voit et entend de l’au-delà et, comme les apôtres, il veut rester dans les hauteurs. Mais s’il ne veut pas porter préjudice à sa mission mystique, il ne doit pas oublier que le Seigneur est le centre de toute vision chrétienne, que la sphère surnaturelle du Seigneur constitue le principal et que l’apparition des prophètes était peut-être surtout une concession à la compréhension limitée des disciples et du mystique. Tout ce qui apparaît à la lisière est fait pour renvoyer au centre, Jésus Christ, tout tableau est fait pour glorifier le Père par le Fils et pour assurer à l’Esprit Saint dans l’esprit du mystique une place nouvelle à partir de laquelle il veut vivifier la foi de l’ensemble de l’Eglise (NB 5, p. 85).

14. Le Fils remet son Esprit au Père

Le Fils veut sauver le monde et le ramener au Père. Et il veut prouver par là au Père que son amour est toujours plus grand. Pour sauver le monde, la croix est nécessaire. Pour prouver au Père son plus grand amour, il faut la nuit. Mais la nuit, c’est le désaccord entre la foi, l’amour et la compréhension. Ce désaccord a pour le Fils d’autres caractères que pour nous parce que sa relation au Père, on ne peut pas la caractériser adéquatement par le terme de « foi ». La nuit véritable a son origine dans le Fils. Pour le croyant, elle ne peut être qu’une nuit d’accompagnement, non une nuit autonome; c’est donc une nuit qui est immergée dans la nuit du Fils. – Par amour pour le Père, le Fils renonce à éprouver son amour. Il renonce en même temps à comprendre cette privation. Il la laisse se produire en lui, sans rien voir, sans la comprendre, sans sentir sa relation au Père. En rendant son Esprit au Père, il lui a remis tout ce qui le reliait à lui. Il n’est plus maintenant que l’objet d’une obéissance qui ne se connaît plus, qui ne peut même plus réfléchir parce que l’objet de la réflexion lui est retiré et que l’abandon est total. L’abandon ne s’explique pas seulement par l’absence du Père, mais tout autant par le défaut de tous les signes de son acceptation, et même de l’existence et du contenu de la volonté du Père. Il n’y a plus rien à quoi le Fils pourrait recourir pour s’y reconnaître dans sa souffrance. Il n’y a plus rien que l’obéissance dure et aveugle. L’aveuglement est total parce que ni le chemin, ni le Père, ni le fruit ne sont visibles. Cela n’a pas de sens de qualifier cette souffrance de sublime; on ne peut la décrire que comme la privation de toute possibilité de s’y reconnaître, de tout point d’appui, de toute compréhension et de toute logique spirituelle. Comme un acquiescement qui ne peut plus s’entendre lui-même, qui a été si bien donné une fois pour toutes que plus rien n’y fait penser. Ainsi le oui actuel ne peut pas non plus être rapporté au oui donné autrefois : « J’ai un jour dit oui et ceci en fait partie ». Le souvenir également a disparu dans la nuit. Comme si le Père devait refaire un monde de la rédemption à partir du chaos, et comme s’il ne le pouvait que parce que le Fils lui fournit pour cela les pierres à bâtir mais, dans sa nuit, il ne se doute pas qu’il prépare lui-même ces pierres à bâtir. Et ce n’est que lorsqu’il ne se doute vraiment plus de rien que les pierres à bâtir sont là et le Père pourra les utiliser pour la nouvelle construction. L’adaptation de la volonté du Fils à la volonté du Père est parfaitement objectivée et il n’est pas donné au Fils d’y comprendre quelque chose (NB 5, p. 91-92).

15. L’Esprit, témoin de la Passion

C’est de la souffrance surhumaine du Fils sur la croix que jaillit une étincelle sur ceux qui sont choisis pour l’accompagner dans la nuit. C’est à son abandon que ne cesse de s’allumer la souffrance de la nuit mystique. Pour celui qui passe par ce genre de souffrance, elle sera incompréhensible; il ne saura plus non plus (ce qu’il sait en dehors de la souffrance) qu’elle est un don de Dieu et donc qu’elle signifie grâce et fécondité. Au moment de la souffrance, cette compréhension fait défaut, tout comme le Père était absent à la croix. – Que l’abandon sur la croix ne cesse d’être partagé à travers les millénaires est un signe que le Fils ressuscité est vivant. Ce que l’eucharistie est pour toute l’Église après Pâques, la mystique l’est aussi à sa manière : elle est le témoignage du Ressuscité pour l’actualité perpétuelle de sa croix. Plus exactement : ce que, durant la Passion, l’Esprit Saint a recueilli dans son témoignage divin, il le partage dans la mystique ecclésiale comme son témoignage au sujet de la rédemption (NB 5, p. 106).

16. L’Esprit christophore

Par la mort et la nuit du Seigneur, une vie nouvelle est offerte à la mystique : une vie chrétienne et ecclésiale qui doit se nourrir aussi de l’eucharistie sans qu’elle soit limitée à l’eucharistie comme lieu de rencontre. Ce qui se passe au contraire, c’est que le Seigneur crée de nouvelles rencontres avec lui à partir de l’eucharistie comme centre. De même qu’il se trouve en même temps d’une manière déconcertante dans toutes les églises où la communion est distribuée, où même l’hostie consacrée est conservée, de même il demeure aussi en toute âme où il lui plaît de demeurer. L’Esprit qui souffle où il veut peut le porter partout où il désire se trouver tout comme l’Esprit l’a porté dans le sein de sa Mère (NB 5, p. 135-136).

17. L’Esprit Saint et le baptême

Dieu est libre de se communiquer aussi de manière mystique à un humain avant qu’il ait reçu le baptême. C’est ainsi que Paul entend la voix et voit la lumière, et il n’est baptisé qu’après; dans les Actes des apôtres, d’autres reçoivent l’Esprit Saint comme le signe qu’ils doivent être baptisés. La mystique appelle le baptême. Normalement personne ne peut rester mystique à la longue sans désirer le baptême, sans savoir qu’il doit le recevoir. Le contact avec le Seigneur en tant que source première de la grâce s’effectue dans le baptême (NB 5, p. 139).

18. Voir la descente de l’Esprit

Une vision mystique de l’événement du baptême n’est jamais aussi concrète qu’une vision concernant l’eucharistie ou la confession. L’éclair de l’origine demeure inaccessible et, en tout baptême, l’événement par lequel on est plongé dans la nouvelle naissance où l’on naît de Dieu demeure le mystère le plus profond entre Dieu et l’âme. Lors d’un baptême, un mystique pourrait sans doute voir certaines images de ce qu’est être baptisé, par exemple la descente de l’Esprit et sa réception dans l’âme de l’enfant ; mais les images restent à la périphérie; ce qui est premier, et qui provient du mystère qui se passe entre le Fils et le Père, est donné par le Seigneur dans le mystère… Le baptême reste la condition de toute la mystique chrétienne dans l’Eglise mais, dans le baptême lui-même, ce qui est mystique demeure latent (NB 5, p. 141).

19. Une force explosive

Jusqu’au mont des oliviers, le Fils était un homme au milieu de nous et la grande chose pour les disciples était qu’il leur était permis de saisir le mystère que Dieu était devenu homme, qu’il était au milieu d’eux, qu’il opérait pour eux des miracles, qu’il apportait par sa vie et sa prédication la plénitude de la doctrine chrétienne, que, par sa prière, il portait devant le Père la vie humaine transformée… Puis vinrent les « trois jours » de la Passion : les souffrances, la mort et la résurrection en furent compréhensibles; ce qui était incompréhensible, c’est ce qui se cachait en profondeur là-derrière. Après la résurrection, la doctrine chrétienne est chargée de cet incompréhensible et elle en est comme obscurcie. Et pourtant elle en est aussi éclairée parce que l’amour a acquis des dimensions nouvelles : la médiation du Fils pour les hommes est devenue accessible et de suivre le Christ fait partie maintenant d’une plénitude qu’une vie n’arrive pas à épuiser. Par le passage à travers la nuit, toutes les vérités de la doctrine chrétienne, avant comme après la Passion, sont si chargées de mystère divin que la foi précédente ne suffit plus ; elle doit être adaptée au nouvel état de la vérité ; elle n’a plus le droit de continuer à tendre de la périphérie vers le centre, elle doit être enracinée au centre lui-même. L’ancienne forme du dialogue entre les disciples et le Seigneur est dépassée parce que la vérité nouvelle renferme de telles profondeurs et aussi de telles exigences qu’il n’y a qu’un oui inconditionnel qui peut suffire. Et parce que le chrétien n’en est pas capable tout seul, le Seigneur promet l’Esprit Saint. Quand il descend sur les disciples, ils le ressentent comme un tourbillon qui transforme tout, qui les dote jusque dans leur corps de nouvelles capacités de foi. Sa force explosive les ouvre non seulement vers l’extérieur pour l’apostolat, mais également vers l’intérieur, il descend jusqu’au fondement du mystère du baptême pour s’y enfoncer lui-même. Le caractère incompréhensible du fait sacramentel d’être mort et ressuscité avec le Seigneur est si bien transformé par l’Esprit – par le sacrement de la confirmation – qu’il devient désormais le bien personnel du croyant. Ce bien, catalysé par la descente de l’Esprit, avait son modèle depuis toujours dans la mission du Fils, mais il ne pouvait pas être communiqué tout de suite parce que la vie du Christ au milieu de nous n’était pas un simple symbole mais une histoire authentique : il devait être mis au monde, vivre, souffrir, descendre aux enfers et également être réellement réveillé par le Père d’entre les morts : c’est alors seulement qu’était arrivé le temps pour l’Esprit de venir jusqu’à nous (NB 5, p. 142-143).

20. Esprit Saint et confirmation

La confirmation a certaines conditions qui sont basées en tout cas sur la résurrection. De même que le Fils devait mourir pour être ressuscité, de même le croyant doit être baptisé pour recevoir la confirmation. Le temps qui sépare le baptême de la confirmation correspond en quelque sorte au temps qui sépare la Passion du Seigneur de sa résurrection. Sur la croix, il a rendu au Père l’Esprit, son Esprit, l’Esprit Saint. Il est mort en en étant dépouillé, sans rien garder du Père, il devait déjà être privé de tout le reste pour rendre encore son Esprit ; la mort ne l’a pas frappé à un moment où il ne s’y était pas encore préparé activement; elle ne le trouva pas possédant encore quelque chose, elle vint comme la conclusion interne de la Passion, quand le Fils fut dépouillé de tout, jusqu’au plus intime, et même de son Esprit. Et quand il ressuscite, le Père, avec sa présence, lui rend aussi l’Esprit, il lui rend aussi la présence des hommes et celle de sa mission qui est devenue maintenant accomplissement pur et parfait de toutes les promesses du Père. – De même, la confirmation est aussi le sacrement de l’achèvement. Ce qui a été donné et promis au baptême est achevé, est touché et transformé par le centre, est nouveau. Tout ce qui, dans l’âme du croyant, était encore caché ou ne se faisait connaître qu’avec hésitation, est maintenant là en plénitude pour être utilisé consciemment et d’une manière responsable. Le chrétien devient libre pour l’apostolat, pour suivre le Christ, pour le sérieux de la vie de foi. Cette liberté est basée sur le fait que le Fils a été touché puissamment par le Père lors de la résurrection et elle s’achève par l’envoi de l’Esprit Saint. L’Esprit qui descend sur l’Église, confirme le croyant et l’élève au-dessus de son état antérieur, est le même qui fut le témoin de la résurrection, celui-là même qui a opéré le parfait échange d’amour entre le Père et le Fils dans l’événement de la résurrection. Il a accueilli l’ultime obéissance du Fils comme abandon, également le fait qu’il s’est laissé ressusciter, et il l’a conduit au Père pour donner au Fils la grâce d’être ressuscité par le Père (NB 5, p. 143-144).

21. L’Esprit et la mystique

La rencontre de l’Esprit Saint avec les apôtres le jour de la Pentecôte ne peut pas être comprise autrement que comme une rencontre mystique. Ils sont ivres, hors d’eux-mêmes, en extase. Quand Dieu crée un homme, on peut d’une certaine manière prévoir à quoi ressemblera le résultat : il présentera les caractéristiques de tout homme. Quand l’Esprit du Créateur rencontre le croyant, on ne peut pas prévoir ce qui en sortira. Pour la saine raison humaine, la Pentecôte est un spectacle de désordre, d’aliénation, de trouble dans l’homme : ce n’est pas l’homme lui-même qui le provoque et rien de naturel ne peut le causer, il est un signe d’une invasion du divin, le signe que l’Esprit de Dieu souffle en l’homme où il veut et qu’il transforme tout ce qui est habituel. Les limites de l’esprit humain sont supprimées, les disciples parlent des langues qu’ils n’ont jamais apprises, ils parlent même plusieurs langues en même temps sans les avoir étudiées. C’est ici, dans l’accès à quelque chose d’inaccessible, dans ce qu’il est impossible d’obtenir même si on le voulait, que se trouve un point essentiel de la mystique. Ce dépassement des limites sans qu’on l’ait voulu soi-même et sans s’y être exercé caractérise tout le domaine de la mystique. La manière dont Dieu conduit alors peut rendre inutile tout degré apparemment nécessaire, le rend de fait réellement inutile. Les apôtres sont des croyants qui tout d’un coup, d’un ciel serein, reçoivent un cadeau qui les comble, dont Dieu seul est l’origine. Ils ne reçoivent pas ce don selon leurs mérites ou leurs efforts, mais sans conditions. Ce n’est pas non plus leur personnalité propre qui fait l’expérience d’un complément ou d’une surélévation, tout l’accent est mis sur l’intervention de Dieu… Et la transformation qui se produit dans l’apôtre n’est pas seulement perceptible pour lui, il la remarque aussi chez les autres, et il reconnaît que leur transformation est causée par l’Esprit (NB 5, p. 144-145).

22. Pentecôte et vendredi saint

C’est à la Pentecôte que la mystique aussi a son point de départ pour la suite des temps. D’autres phénomènes certes apparaîtront, mais on peut cependant les faire tous remonter à l’Esprit lors de la confirmation originelle. Et si Dieu offre à l’Église son Esprit de Pentecôte avec une telle abondance et que chacune des personnes présentes apparaît comme un réceptacle parfaitement adapté, l’Église possède à partir de là non seulement un trésor d’expérience mystique mais également un trésor de vérification et de discernement mystiques des esprits : l’Esprit reconnaît l’Esprit, et le discernement des esprits a désormais sa forme définitive, même si ce discernement était déjà présent auparavant d’une certaine manière parce qu’un apôtre reconnaissait un autre apôtre et qu’un croyant était tout près de l’autre. Le discernement ne consiste plus maintenant à évaluer selon certaines règles, c’est un souffle de l’Esprit qui enveloppe celui qui examine comme celui qui est examiné. La première fois que l’Église a été saisie mystiquement, elle l’a été d’emblée d’une double manière : elle en a fait elle-même l’expérience et elle a connu d’expérience l’expérience des autres ; c’est ainsi qu’apparaît sa fécondité : plus personne n’a besoin de s’évaluer lui-même ni non plus d’avoir de l’ambition. Les disciples ne font qu’un avec Dieu, mais ils reconnaissent aussi que leur frère ne fait qu’un avec Dieu. Ils n’ont pas besoin de garder jalousement leur propre expérience ni d’envier celle d’un autre étant donné qu’ils ont été placés ensemble sous le souffle de l’Esprit. Il y a ici un parallèle avec la communion puisque chacun de ceux qui la reçoivent sait qu’il participe aux autres communiants. Le parallèle va encore plus loin : il s’étend à toute la prière des croyants dans l’Église : chacun a part à la prière des autres, mais il donne aussi à la prière des autres quelque chose de sa propre prière. Plus personne n’est isolé. Cela n’empêche pas que, plus tard, la plupart des mystiques feront leurs expériences dans une profonde solitude, peut-être dans l’abandon, car on ne doit pas penser non plus la Pentecôte sans le vendredi saint. C’est en partant de la Pentecôte que l’expérience mystique montre de manière nouvelle son sens dans l’Église – son sens pour l’individu et pour tous – sans perdre la dimension du vendredi saint. C’est une fête à laquelle on n’arrive que par les épreuves supportées en suivant le Christ au temps de sa Passion ; on ne peut pas supprimer ses conditions. Plus l’expérience de la Pentecôte est pleine, plus aussi sa condition doit avoir été remplie profondément, plus le temps de la Passion doit avoir été vécu à fond. Marie et Jean ressentiront leur joie mystique dans l’Esprit de la confirmation d’autant plus candidement et d’autant plus pleinement qu’ils ont participé plus profondément aussi à la croix du Seigneur (NB 5, p. 145-146).

23. L’Esprit et l’enfant

On peut exprimer des généralités sur Dieu Trinité : le Père est la vérité, le Fils est la vérité, l’Esprit est la vérité. Tout semble alors déboucher sur l’uniformité, on ne perçoit pas dans quelle mesure justement le Père est la vérité, etc. Ce n’est que par l’incarnation que se différencient pour nous le Fils et l’Esprit, et le Père alors se détache aussi d’eux. Maintenant se pose la question : Comment Dieu se différencie-t-il pour lui-même? Est-ce que les personnes doivent se référer éternellement à leurs relations d’origine – le Fils engendré par le Père, l’Esprit procédant des deux – pour se distinguer les unes des autres ? Ou bien l’incarnation du Fils par exemple fut-elle pour le Père et l’Esprit une occasion bienvenue de se distinguer enfin plus nettement du Fils ? Il serait ridicule de dire ce genre de choses ! Il y a par exemple la liberté de l’Esprit de souffler où il veut. A cette liberté est associé un facteur d’indépendance et par là de « surprise » qui est le propre de l’Esprit ; on pourrait le comparer à la spontanéité de l’enfant qui, par ses trouvailles – cocasses ou sérieuses – procure continuellement à ses parents diversion et joie. En Dieu, la Trinité des personnes, qui différencie toujours profondément la Trinité tout entière, est une occasion toujours nouvelle de distinction et d’union et, en conséquence aussi, un appel à nous, les créatures, à prendre part à ce double mouvement éternel. Non seulement en ce qui concerne notre idée de Dieu, mais aussi pour nous-mêmes, afin que nous ne restions pas définitivement figés sur des positions, qu’elles soient spirituelles, chrétiennes ou catholiques. Ce n’est pas une invitation à cultiver les paradoxes et les extrémismes, mais bien à se mouvoir dans la « sphère » de la vérité éternelle entre le centre et la périphérie, à ne cesser de sortir de la plénitude infinie pour entrer dans la richesse de nouvelles permutations telles qu’elles sont toutes possibles à l’intérieur de la plénitude. Le centre non plus n’est pas le lieu où tout mouvement a cessé ; il est le lieu d’où provient tout mouvement et vers lequel il ne cesse de revenir (NB 5, p. 151).

24. L’Esprit Saint et les saints

Certains types de saints sont totalement marqués par l’Esprit ; leur sainteté provient de ce qui relève de l’Esprit, ils ont des illuminations de l’Esprit. En tant que chrétiens, ils ont peut-être bien du mal à aimer leur prochain. Augustin, Xxxx. L’Esprit les travaille, ils sont obligés de s’occuper constamment des questions de l’Esprit. Tout ce qu’ils formulent doit contribuer à aider les hommes à saisir l’Esprit. Un Esprit qui naturellement est l’Esprit chrétien mais, pour eux, on l’explique mieux dans l’Esprit que dans la vie. Il est difficile pour eux de voir dans leur prochain les frères du Seigneur ; ils les voient plutôt comme ceux qui n’honorent pas suffisamment l’Esprit. Leur perfection consiste en ce qu’ils cherchent à saisir l’Esprit aussi purement que possible. Bernard est un mélange: il connaît des périodes où c’est le Fils qui prédomine, puis c’est à nouveau l’Esprit. Grégoire de Nazianze est marqué par l’Esprit, mais pas autant qu’Augustin et Xxxx, ses efforts pour s’entendre avec son prochain relèvent du Fils. Ce qui en lui relève du Père, c’est son sens de l’inaccessible ; en tous ses efforts et en toutes ses recherches, il est toujours conscient que le Père est toujours plus grand, et cela veut dire pour lui toujours plus insaisissable. A. le voit sous une lampe allumée. Il est assis là avec son travail, il écrit et la lampe est là pour l’éclairer ; elle le réchauffe aussi ; près d’elle, il fait plus chaud que dans le reste de la pièce ; il sait que s’il mettait la main sur la lampe, il serait brûlé. Il a un jour essayé effectivement de le faire et il a vraiment été brûlé. Il sait aussi qu’il serait plus conscient de la force du feu s’il mettait par exemple le feu à son parchemin ou à ses vêtements ou à autre chose qu’il peut évaluer dans une certaine mesure. Brûler fait mal et on pourrait se laisser brûler encore plus. On ne connaît pas ce plus, mais on sait qu’il existe dans le prolongement de ce qu’on connaît. C’est dans le fait qu’il connaît ce prolongement que réside sa manière de saisir l’Esprit. Et quand il imagine ce que sa lampe pourrait signifier pour un pauvre qui a froid ou pour un prisonnier dans son sombre cachot, il voit alors le Fils derrière elle. Et il comprend qu’un chrétien peut transmettre l’Esprit aussi bien que le Fils. Mais s’il n’avait pas besoin de sa lampe parce qu’il fait jour et que la lumière et la chaleur viennent du soleil, l’origine de la clarté et de la chaleur de sa lampe serait révélée par la lumière du soleil ; le soleil serait alors pour Grégoire l’image du Père, accessible dans son rayonnement et sa chaleur, et cependant absolument inaccessible encore parce qu’aucun homme ne peut s’approcher du soleil.- Abraham appartient totalement au Père, comme beaucoup de croyants de l’ancienne Alliance. Il y a chez Abraham une obéissance qui est comme intuitive et qui descend directement du Père. Dans la nouvelle Alliance, il y a une tendance à oublier un peu le Père à cause du Fils qui pourtant ne voudrait être que passage pour aller au Père. Chez les saints aussi, il y a souvent quelque chose qui provient de cette tendance ecclésiale. Origène est fortement marqué par le Père et par l’Esprit. Le Père est pour lui le feu insaisissable et dévorant, ou bien il ressemble à une musique lointaine dont on saisit quelques mesures qui nous saisissent et nous fascinent, mais dont l’ensemble nous reste inaccessible. L’Esprit est pour lui comme une autre musique qui lui rappelle d’une certaine manière cette première musique lointaine, comme un déjà-vu (en français) ; il est en mesure reproduire un mouvement de la musique de l’Esprit alors qu’il ne se hasarderait pas à reproduire un mouvement de celle du Père (NB 5, p. 158-159).

25. L’Esprit Saint et Thérèse

La petite Thérèse… est d’abord marquée par le Christ. Plus tard, son humilité est davantage marquée par l’Esprit. Quand elle ne veut plus être qu’un « jouet », elle se trouve éminemment sous l’influence de l’Esprit. Elle est clairement sous l’influence du Père quand, pour elle, le monde entier devient important comme champ de la mission et qu’elle veut tout rendre à Dieu (NB 5, p. 160).

26. L’Esprit Saint et Anselme

Anselme est situé entre le Père et l’Esprit. Il connaît les courants de la vie trinitaire, il se laisse éclairer par le mystère trinitaire. Il en est revêtu et il arrive en quelque sorte à l’endroit de l’échange entre le Père et l’Esprit et là, il est en même temps plus proche du Fils qu’auparavant. L’Esprit lui montre alors différentes choses mais, au-delà, il voit toujours l’inconcevable, il comprend que cet inconcevable est clair dans l’échange entre l’Esprit et le Père, mais que pour lui cela concerne davantage le Père que l’Esprit. Comme s’il comprenait un nombre et qu’il sût aussi comment on opère avec lui, mais qu’il ne fût pas capable d’en extraire la racine carrée. La racine serait le Père. Il ne peut la comprendre que s’il la trouve multipliée dans l’Esprit et dans le Fils. Bien des racines carrées sont faciles à extraire et sont des nombres entiers, cependant c’est rare et, au-delà de celles qui sont faciles à extraire, nous ne devrions pas oublier les autres. Vis-à-vis de l’Église, Anselme cherche soigneusement à ne pas oublier l’impénétrabilité des racines. Sa pensée était osée, mais il s’est laissé envoyer dans l’obéissance là où l’Esprit le guidait (NB 5, p. 161).

27. L’Esprit Saint et Hildegarde

Hildegarde se trouve tout près du Père et elle est mise en mouvement par le Père. Et elle est mise en mouvement tantôt vers l’Esprit, tantôt vers le Fils. Mais c’est du Père que vient le fait qu’elle est en mouvement. Quand elle expose ses visions, elle est mise en mouvement vers l’Esprit. Le Fils est plus visible dans son don d’elle-même. Le Fils vit en elle et parce qu’elle est donnée par le Fils, le Père peut la faire tournoyer par ses visions. Elle a moins de visions quand elle a des actions peu importantes, il y a comme des pauses ; ce sont les périodes où le Père la met en mouvement vers le Fils afin qu’elle se repose. Mais l’atmosphère de ses visions est du domaine du Père. Si certains font l’expérience de l’Esprit comme d’une flamme, elle fait l’expérience du Père comme d’un « courant d’air ». Le « souffle du Père » est pour elle plus sensible que celui de l’Esprit. Ce qu’elle voit, ce dont elle fait l’expérience, ce dont elle subit l’emprise, est si abondant que, même si elle avait vécu encore aujourd’hui, elle n’aurait pas fini de le décrire. On lui retire pour ainsi dire le pinceau des mains. Même dans les visions qu’elle décrit d’une manière globale, elle ne rend toujours qu’une petite partie de ce dont elle a fait l’expérience. Elle est totalement poursuivie par ses visions (NB 5, p. 161).

28. Prière dans l’Esprit Saint

Parce que le Fils est devenu homme, on est tenté de s’adresser surtout à lui dans la prière comme si, du fait de son expérience du monde, il était plus à même de nous comprendre. Et quand arrive la fête de l’Esprit, il semble un peu pénible de devoir maintenant s’occuper surtout de lui, de lui confier notre prière. Mais dès qu’on le fait, on remarque que la difficulté qu’on redoutait n’existe pas. La prière est seulement devenue autre parce qu’on se sait maintenant enveloppé par l’Esprit. En s’approchant de lui, on se sent comme dorloté et protégé en lui. Il sait d’emblée ce qu’il faut dire dans la prière, pourquoi on le prie et, par son omniscience, il nous rend la prière facile. Mais cette prière à l’Esprit Saint a une particularité : plus que d’habitude on pressent la grandeur et l’immensité de Dieu ; on sait que ce qui nous est personnel et qu’on apporte trouve un écho, mais sur un plan qui se trouve très haut et qui inclut déjà les solutions, qui les connaît et les possède. Ce sont peut-être ainsi des questions plus éloignées surtout qu’on présente à l’Esprit, plus pressenties qu’exprimables; c’est une autre sorte de méditation, de dialogue, de demande et d’action de grâce. L’action de grâce est élevée à un niveau supérieur; on a l’impression d’apporter des vases vides et l’Esprit les remplit. On n’est pas en mesure d’observer le processus, mais il se fait. Les vases remplis, l’Esprit les prend avec lui et il les porte au Père et au Fils. Il joue le rôle de l’intermédiaire mystérieux qui nous enlève ce qui nous appartient. La question de savoir ce qu’il en fait ne se pose pas. Il se charge de la prière avec tout ce qui la rend plus difficile, plus incompréhensible, peut-être aussi plus problématique et, à la place, il nous offre l’assurance d’un échange vivant en Dieu Trinité (NB 5, p. 166-167).

29. L’Esprit Saint, mémoire de Dieu

Ce qui est plus important, c’est qu’en toute expérience surnaturelle (mystique) l’Esprit Saint est là comme témoin. Cette fonction correspond à sa situation dans la Trinité. Cela veut dire plus qu’une présence de l’Esprit, qui va de soi, quand se produit quelque chose de spirituel : cela indique son attitude particulière de témoignage vis-à-vis du Père et du Fils. Par l’Esprit, il y a au ciel une image absolument fidèle de ce qui se déroule « ici-bas » (ou bien partout où peut se produire une expérience mystique). Cette image de l’événement qui est présent dans l’Esprit n’est pas mise de côté quelque part où elle n’a pas de signification, ni non plus là où elle n’est plus vivante que dans ses effets ultérieurs; aux yeux de Dieu, l’image conserve sa présence pour qu’elle soit utilisée plus tard avec toute la fraîcheur de ce qu’elle a d’unique. Elle peut être reproduite ici-bas des siècles plus tard sans qu’il soit besoin d’en rassembler un à un tous les éléments. C’est ainsi que l’Esprit Saint montre à l’apôtre Jean des images qui étaient en partie identiques ou semblables à celles qu’avaient vues les prophètes qui l’avaient précédé dans l’ancienne Alliance. Dieu peut certes combiner quelque chose de nouveau et il n’utilisera guère deux fois la même image dans les mêmes buts. Mais, pour renforcer la certitude d’un voyant, il peut très bien tout à coup faire renaître tout à fait en relief, dans un but déterminé par lui, une image dont le voyant s’imaginait qu’elle avait disparu depuis longtemps et ne vivait plus que dans sa mémoire (NB 5, p. 176-177).

30. L’Esprit Saint et Lourdes

De ce point de vue, le rôle de l’Esprit Saint est triple : il confirme dans le ciel, il confirme le voyant individuel, il confirme l’Église. Et il fait comprendre les desseins qui étaient liés à l’image. Si par exemple, à Lourdes, dès la première apparition, Marie a déjà sa pleine réalité – Bernadette a vu la dame, elle a parlé avec elle, elle a entendu sa voix, la dame s’est présentée – , Bernadette ne sait pas tout d’abord à quoi cela peut être utile, quelle est la signification de l’ensemble. Elle répète le nom qui est pour elle incompréhensible, mais elle ne sait pas – à part la joie qui lui est donnée – la portée de l’apparition, ni ce qu’elle doit en faire. Et quand elle raconte ce qu’elle a vu, c’est en vertu d’une mission qui n’est pas claire du tout pour elle. Et quand la source jaillit, les témoins aussi se trouvent devant un prodige dont il ne connaissent pas encore la fécondité. L’Esprit Saint connaît le pourquoi et le développement futur, et il en rend compte à Dieu en quelque sorte de la même manière qu’il a rendu compte au Père du dialogue de l’ange avec Marie et qu’il l’a couverte de son ombre. Mais à ceux qui assistent au prodige de Lourdes, il donne une certitude qui est fondée en grande partie sur sa propre certitude. Quand arrivent des miracles de guérison, ceux qui sont guéris savent – et l’Église le sait avec eux – que ces miracles sont comme des paraboles du miracle d’une foi renouvelée : pour ceux qui sont présents, pour leurs proches et, par leurs effets, dans toute l’Église. Et c’est l’Esprit Saint qui distribue et gère l’ensemble (NB 5, p. 177).

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