34/2 L’Esprit Saint

 

34/2

L’Esprit Saint

dans l’oeuvre d’ Adrienne von Speyr

 

31. L’exigence de l’Esprit

La Mère a certes vu son Fils plus d’une fois pendant sa période apostolique. Mais rarement. Et il n’est pas question qu’elle lui ait présenté chacun des apôtres. Ce n’était pas sa tâche. Sa tâche était avant tout de prier pour le oui des disciples, pour leur intelligence, pour leur ouverture spirituelle. Pendant que le Fils prêchait, qui devait assurer la solitude contemplative dans la foi et la prière si ce n’est sa Mère ? Les trois années de prédication sont pour le Fils un « expériment » et il fait entrer sa Mère dans le même expériment. Non en lui faisant faire ce qu’une femme aussi simple aurait pu faire par son amour humain et pour s’occuper de l’extérieur. L’exigence de l’Esprit n’était pas qu’elle prépare pour son Fils des vêtements de rechange et diverses choses dans les différentes auberges où il passait au cours de ses déplacements. Ce n’était pas des petites actions de ce genre qui lui étaient demandées, mais la grande contemplation continuelle (NB 5, p. 187).

32. L’Esprit Saint et le temps

Si l’Esprit Saint est le témoin d’une vision qu’il procure, il est aussi le garant de l’état d’esprit de celui qui fait l’expérience de la vision et il lui donne l’ampleur qui correspond au dessein de la vision. Le mystique est certes déterminé par les circonstances de sa vie, par son âge, par ses expériences ; mais ce dont il a besoin pour correspondre à la vision en tant que croyant, il le reçoit de l’Esprit Saint. Celui-ci lui donne la joie, la tristesse, l’effroi, etc., qui correspondent à ce qui est vu, il lui donne en tout cas la possibilité de suivre de manière adéquate. Si, pour une raison ou pour une autre, des années plus tard la même vision lui est redonnée, l’Esprit veille à nouveau à ce qu’il corresponde ; il peut se faire que la manière dont il doit correspondre soit tellement identique à celle d’autrefois que tout ce qui se trouve entre deux – les expériences spirituelles, la maturation, l’âge, les modifications des circonstances extérieures – semble effacé. Le temps intermédiaire s’est tellement évanoui que l’expérience d’aujourd’hui coïncide avec celle qui a eu lieu dix ans plus tôt, la durée est réduite à une seconde et elle donne le sens de la nature de l’éternité. Bien sûr tout homme est habitué à ne pas lire le cours du temps uniquement sur le visage des autres, il le lit aussi dans ses expériences et dans les modifications de sa conscience ; son propre caractère éphémère est à vrai dire pour lui la mesure du temps qui passe. Il mesure le temps. Si cette mesure est perdue, il reconnaît la vanité du temps et la réalité de la permanence de Dieu. Cela lui donne une nouvelle espérance joyeuse de l’éternité parce qu’il lui est permis de recevoir les deux visions avec les mêmes impressions dégagées du temps ( NB 5, p. 202).

33. L’Esprit Saint et l’incarnation

Pour le miracle de l’incarnation du Fils, il est très difficile de dire qui a opéré le miracle. Le Père certainement. Le Fils coopérait, mais seulement en se mettant totalement à la disposition du Père, si bien que le Père put pour ainsi dire le remettre à la Mère, caché dans la semence. Celui qui à proprement parler était à l’œuvre, c’était l’Esprit Saint. Et la Mère coopère en laissant faire (NB 5, p. 227).

34. Une révélation rayonnante

Dieu aime tellement le monde qu’il veut toujours lui montrer de nouveaux visages de son amour. C’est pourquoi il mène inlassablement du centre à une périphérie pour enrichir le centre. Il le fait aussi tout au long des siècles chrétiens bien que tout soit déjà contenu dans la Bible. Tout y est, mais personne ne connaît toute la plénitude de l’Ecriture. Lourdes aussi y était contenu sans que quelqu’un ait pu s’en douter. La petite Thérèse aussi, qui nous montre son quotidien et sa petite voie et ouvre par là une vue nouvelle sur l’amour de Dieu. Le curé d’Ars aussi, qui nous montre comme pour la première fois ce qu’est la confession. Il la débarrasse du dégoût des chrétiens et en fait une révélation rayonnante de l’Esprit Saint. La puissance d’imagination de Dieu est constamment à l’œuvre pour arracher l’Église à son embourgeoisement (NB 5, p. 234).

35. L’Esprit Saint parle

Il y a bien des personnes qui un jour ou l’autre ont entendu ou vu quelque chose de Dieu ; mais elles ne sont pas en mesure d’aller plus loin. Elles en ont connaissance comme d’une curiosité en quelque sorte. Il y avait peut-être là-dessous une révélation importante. Mais la personne concernée ne s’est pas montrée suffisamment disponible. C’est très souvent la raison pour laquelle elle ne perce pas. Apprendre quelque chose de Dieu oblige à se donner soi-même. Si on apprend sans se donner totalement, la fécondité se perd. Il y a naturellement la fausse perception qui ne peut pas non plus percer. Il y a enfin ce que Dieu fait dans tous les cas, que nous entendions ou non : Dieu parle, l’Esprit parle, mais si celui à qui s’adresse la parole se ferme, il ne peut pas entendre justement. Non seulement Dieu cherche des personnes à qui parler, il y a, en plus du fait qu’il a été entendu, tout ce qu’il y a au-delà de sa parole. Beaucoup plus de personnes pourraient entendre si seulement elles le voulaient. C’est un préjugé de penser que très peu de personnes seulement pourraient entendre (NB 5, p. 242).

36. Les paroles de l’Esprit sont si grandes

Il y a aussi toutes les personnes qui, dans le cadre d’une révélation qu’elles ont entendue, ne veulent pas continuer… Dieu parle, mais je suis si occupée à parler moi-même, à prendre part à la conversation, à couper la parole, que je n’écoute plus, que j’entends tout au plus quelques mots qui manquent alors de cohérence. Et si par la suite j’essaie de reconstruire ce que Dieu a dit, cela sonne faux, en mettant les choses au mieux. Ou bien on ne laisse pas à Dieu le temps de parler, on lui coupe la parole, on sait mieux que lui comment il doit terminer ses phrases. Il y a dans la mystique toutes les inconvenances que peuvent avoir les hommes dans leurs dialogues. Il peut se faire que l’Esprit ait parlé et qu’à ce moment-là je n’étais pas capable de comprendre totalement ce qu’il a dit. Comprendre veut toujours dire aussi traduire. Si une traduction n’a pas lieu par ma faute, parce que actuellement je ne veux pas, l’Esprit ne va pas répéter la même révélation. Je ne peux pas dire à Dieu : « Ecoute, ce que tu as dit tout à l’heure est peut-être quand même plus intelligent que je ne l’avais pensé tout d’abord, répète-le encore une fois, je t’en prie ». Mais il peut aussi se faire que les paroles de l’Esprit sont si grandes que je ne suis pas en mesure de les enregistrer convenablement malgré toute ma bonne volonté. Je ne trouve pas de forme pour les rendre. Je suis incertaine ; les pierres qui me sont présentées paraissent trop grosses pour être insérées dans la mosaïque actuelle. Il m’est permis alors de demander qu’on me renseigne. Je pourrais demander que la révélation soit développée; mais ce serait le cas le plus rare. Il serait plus normal qu’on essaie d’insérer ce qu’on a compris, ou qu’on sache dans une certaine mesure que ce doit être juste. Et l’on fera alors comme l’enfant qui regarde son maître pour voir si ce qu’on dit est encore toujours juste. Pour cela, on doit bien sûr persévérer totalement et imperturbablement dans la prière et y traduire petit à petit. La certitude qu’on traduit correctement est toujours une certitude de prière (NB 5, p. 243).

37. L’Esprit souffle partout

La Mère de Dieu : Oh ! Elle est pur don d’elle-même. Elle ne s’est servi de son corps que pour être don d’elle-même, afin que le Fils expérimente dans son Église-épouse le don de soi parfait et afin que tous les saints deviennent saints par elle. Elle ne connaît pas de « degrés dans le don de soi », pas de limites, pas de repos dans le don d’elle-même, ni la nuit, ni le jour, ni dans la tranquillité, ni dans l’espace. Elle est de plus en plus entraînée au centre de Dieu avec toutes les fibres de son corps. Et là où le souffle de l’Esprit va dans tous les sens – toujours exactement là où il veut, et pourtant justement partout -, elle peut offrir dans toutes les directions son sein qui, par l’Esprit, est rempli du lait du Fils. De ce centre de Dieu, elle peut allaiter tous ceux qui ont soif. Et que ce soit la Mère ou que ce soit l’Église qui offre son lait, c’est la même chose. Parce que c’est par le Fils que les deux sont devenues épouses. Par la virginité de sa Mère, le Fils est entré en elle comme un véritable époux et il lui a donné ainsi le lait dont elle put le nourrir. Et pour l’Église, c’est la même chose. Mais là où pour Marie, c’est le Fils qui est là, pour l’Église c’est le ministère qui est là d’une manière particulière. Le ministère reçoit le lait de l’Église pour le distribuer. Que Dieu bénisse le ministère (NB 5, p. 267).

38. Humilité de l’Esprit

De même que le Fils sur la croix renonce à savoir qu’il est Dieu et qu’il ne souffre que comme homme, il y a de même chez le porteur de la semence du Père, l’Esprit Saint, un renoncement correspondant quand, sur mission du Père, il ne veut plus se sentir que comme porteur de la semence et qu’il s’abaisse au rôle de féconder la Mère, non seulement jusqu’à devenir homme comme le Fils dans son incarnation et son humanité, mais jusqu’à n’être que le spermatozoïde d’un homme. Et ceci bien que l’Esprit soit Dieu et qu’il porte Dieu sur mission de Dieu. Il abandonne donc totalement sa divinité pour remplir sa mission divine afin que la glorification du Père par le Fils soit parfaite et qu’ainsi la Mère également participe à la rédemption du monde par le Fils. Il est comme réduit à n’être qu’une fonction, ce qui inclut qu’il renonce à son être propre jusqu’à l’ignorer. L’Esprit d’amour n’est plus que le porteur de l’amour, il en est tellement le pur porteur qu’il n’est comme pas touché par ce qu’il porte, il l’insère dans la Mère comme un tout venant de Dieu le Père. Comme si rien n’en adhérait à lui, comme s’il ne pouvait rien détourner de cet amour pour le faire entrer dans son être propre. Et comme s’il ne voulait rien non plus y ajouter de propre, pour le laisser tel que le veut celui qui a donné l’ordre, le Père (NB 5, p. 281-282).

39. L’Esprit Saint et le commandement de l’amour

Dans l’événement de l’incarnation, il y a une solidarité de l’Esprit avec le Fils. Si on connaît l’incarnation du Fils, il n’est pas difficile d’en déduire aussi le renoncement de l’Esprit Saint. Si on compare l’incarnation du Fils à une infirmité, l’ami ou la famille y prend sa part, ils sont concernés, ils compatissent. On renonce à bien des choses quand un membre de la famille est malade. L’incarnation du Fils ne diminue pas sa gloire, elle la fait ressortir au contraire, parce qu’il y renonce pour pouvoir la faire mieux rayonner. Mais il serait absurde de penser que le Père et l’Esprit veulent garder pour eux leur gloire alors que le Fils y renonce lui-même. Il n’y a certes qu’une seule gloire divine qui est commune aux trois. Si déjà, entre humains, il y a dans l’amour une solidarité qui ressort particulièrement quand l’un souffre, il serait étrange que l’auteur des commandements de l’amour ne les observe pas lui-même. Et comment, sans renoncement, l’Esprit devrait-il couvrir la Mère de son ombre? Le but et le résultat de son acte divin ne se trouvent pas en lui-même, mais dans le Fils. Et quand l’Esprit dépose la semence du Fils dans le sein de la Mère, son acte divin devient un acte humain (dans son résultat), bien que tout l’événement de l’incarnation reste une action divine des trois personnes divines (NB 5, p. 282-283).

40. L’Esprit Saint et l’absence de consolation

En devenant une pure fonction, l’Esprit devient l’archétype de l’orant chrétien dans l’absence de consolation. Il ne fait que transmettre ; l’origine est la volonté du Père, le résultat le Fils incarné, il ne reste pour l’Esprit qu’une mission anonyme. En couvrant la Mère de son ombre, en descendant en elle, il lui apprend la possibilité qu’il a lui-même d’une prière sans consolation ; s’étant fait purement malléable, il forme la Mère de telle manière qu’elle aussi puisse devenir totalement malléable. Elle est la première qui expérimente, par l’Esprit qui la forme, la prière dans l’absence de consolation. Mais elle est aussi la première qu’il prend dans son action et la première qui donne sa marque à la fécondité de l’authentique prière sans consolation. La première que l’Esprit forme, c’est la Mère, parce que son âme est toute obéissante, qu’elle n’offre aucune résistance à la grâce et qu’elle est ainsi capable de renoncer à toute satisfaction personnelle, dans une prière de pure transmission (NB 5, p. 283).

41. Laisser opérer en soi l’Esprit de Dieu

Le chrétien est de bonne volonté en quelque sorte, il voudrait correspondre à la volonté de Dieu. Quand il s’agit seulement d’action, ce n’est pas très difficile ; ses efforts et ses connaissances chrétiennes portés par la grâce lui montrent le chemin dans une certaine mesure. Mais quand il s’agit de se laisser faire purement et simplement, il en sait beaucoup moins. Ici ses efforts chrétiens ne peuvent plus lui servir de boussole. Il est très difficile de laisser opérer en soi l’Esprit absolu de Dieu, sans avoir voix au chapitre, sans réagir personnellement, sans exprimer ni désir ni préférence. Il faut qu’il y ait dans son propre esprit un don de soi absolu parce que maintenant, dans l’union intime entre l’Esprit de Dieu et celui de l’homme, toute l’action se trouve du côté de l’Esprit de Dieu. Une nudité de l’âme est requise qui ne peut pas être plus totale. Toute intervention doit être permise à l’Esprit. Mais c’est un don de l’Esprit aux chrétiens et, pour préciser, un don que l’Esprit a trouvé en Marie quand il l’a couverte de son ombre. Et parce que Marie est aussi un être humain, le chrétien, dans la communion de la grâce, a une sorte de droit à avoir part au don qu’elle a fait d’elle-même. Le chrétien rencontre l’Esprit en tant que celui-ci est cet être unique et il a part pour cela à l’expérience de l’Esprit lorsqu’il a couvert Marie de son ombre ou bien, ce qui revient au même, il a part à l’expérience de la Mère quand l’Esprit l’a couverte de son ombre. Le chrétien rencontre donc l’Esprit avec un certain acompte qu’il a reçu de Marie. Certes il n’en sait rien. L’absence de consolation est et reste absence de consolation. Qu’il ait part à l’expérience de la Mère ne donne au chrétien ni certitude ni consolation. On pourrait presque dire – pour le dire de manière frappante – que c’est le contraire qui est vrai parce que cette cette participation a pour effet que son humilité soit plus grande et donc qu’il s’abandonne plus totalement. Il se trouve pour ainsi dire devant un Dieu plus inconnu, plus silencieux (NB 5, p. 284).

42. Résister à l’Esprit

L’amour que le Christ nous fait connaître est accompagné du souffle de l’Esprit qui procède du Père et du Fils et anime leurs relations, mais qui veut aussi façonner notre relation au Fils; il nous ouvre l’amour du Fils, nous le révèle, nous l’explique. Celui qui regarde le Christ n’a peut-être de lui au début qu’un aspect qui l’intéresse, auquel il s’accroche, mais qu’ensuite il abandonne parce qu’il néglige d’accompagner le Christ dans son ascension vers l’éternel et l’infini. Il n’a donc pas su du tout à qui au fond il avait à faire, il n’a pas voulu admettre l’ouverture que le Fils voulait être vers la vie éternelle. Mais s’il ne résiste pas à l’Esprit, il accompagne le Christ et se laisse introduire dans l’éternel. Alors des espaces et des temps lui sont ouverts qui ne sont jamais accessibles au non croyant : des espaces et des temps qui ne sont pas terrestres mais éternels (NB 6, p. 25).

43. Ce n’est pas une humiliation pour l’Esprit de procéder du Père et du Fils

Vous m’avez transmis la connaissance d’un saint, cela veut dire qu’au ciel le terme est replacé dans sa parfaite signification. C’est une communication authentique qui est reçue avec joie dans l’amour. Dans votre parole je reconnais la vérité du Seigneur et en fin de compte une participation à la vie éternelle de Dieu Trinité. Moi aussi j’aurais pu connaître la première ou en même temps que vous, et j’aurais pu vous avoir fait la communication, ou bien nous nous la serions partagée l’un à l’autre : nous aurions alors reconnu mutuellement que notre parole était vraie. Toutes les nuances sont possibles, parce que la vie éternelle n’est jamais monotone et parce que la parole est toujours valable. Tout ce mystère est très proche du mystère trinitaire. Ce n’est pas une humiliation pour le Fils que le Père le précède en tant que Père, et ce n’est pas une humiliation pour l’Esprit de procéder du Père et du Fils. Ni que l’un puisse recevoir de l’autre la vérité, bien que toujours aussi celui qui reçoit peut la communiquer à celui qui donne. Et ainsi cela contribue à la plus grande gloire de Dieu de recevoir la vérité et c’est un bonheur également grand de la donner ou de l’échanger (NB 6, p. 68).

44. Au ciel, l’Esprit d’amour

Les différences entre le ciel et la terre vont beaucoup plus loin que les relations de temps et d’espace, ils concernent surtout l’amour. L’Esprit d’amour souffle partout si bien qu’on ne peut pas lui échapper; c’est l’Esprit de l’amour divin, un amour supérieur devant lequel la créature s’étonne sans cesse et qui stimule tous ses actes et toutes ses pensées. Ce que veut dire « voir Dieu » est compris plutôt dans le sens qu’au ciel l’amour vous inonde et vous touche si fort , vous accompagne et vous remplit tellement, que tout est entrepris et réalisé par lui, et que chaque sens est entraîné par lui. Au ciel, tous sont porteurs d’amour. Ils le portent comme une possession, mais une possession qui est destinée à être échangée, comme un prêt et un don définitif tout à la fois, continuellement partagé sans jamais être diminué du fait du partage (NB 6, p. 72).

45. Ce qui est le plus mystérieux

Pour penser l’Esprit également, nous avons comme point de départ notre propre esprit créé, qui est ce qui est le plus mystérieux, le plus inconcevable que nous connaissions dans le monde. Nous savons que son origine doit se trouver en Dieu parce qu’il dépasse toutes les choses créées et qu’il est orienté vers Dieu. Il est en même temps ce qui est le plus caché et ce qui est le plus évident, ce qui se connaît lui-même et qui pourtant aussi ne se connaît pas, ce qui reflète ce qu’il y a de plus personnel dans le prochain et à quoi nous le reconnaissons, et ce qui cependant nous en demeure toujours encore voilé. Si nous pensons à l’Esprit de Jésus, qui rayonne de lui, son Esprit sur lequel on ne peut se méprendre et qui est pourtant incompréhensible, nous commençons alors à regarder en direction de l’Esprit Saint et, parce que l’Esprit du Fils nous met toujours sur le chemin du Père, nous pressentons que l’Esprit des deux ne fait qu’un (NB 6, p. 79).

46. Entre le Père et le Fils

De toute éternité le Père engendre le Fils, et l’Esprit procède des deux : l’ordre des processions coexiste avec l’éternité. Selon l’ordre, on peut supposer le moment où les volontés du Père et du Fils s’accordent pour faire procéder l’Esprit. Mais il y a aussi le moment où le Père et l’Esprit acceptent de laisser le Fils devenir homme. Dans le premier exemple, où la procession de l’Esprit est basée sur les propriétés personnelles de Père et de Fils, on peut voir quelque chose de ce qui dans le second exemple, qui est une action ad extra, est appelé appropriation, étant donné que lorsque l’Esprit couvrit la Vierge de son ombre l’acte de création du Père dans le monde est prolongée et le résultat en est l’incarnation du Fils qui se laisse devenir homme. Les actions des personnes divines ad extra sont certes communes, mais elles sont opérées par une personne avec l’accompagnement des autres, et le caractère de l’action manifeste le caractère de la personne qui agit. Comme les personnes en Dieu se distinguent par leur opposition à l’intérieur de l’unité de nature, on peut reconnaître, dans une action déterminée du Dieu unique, une seule personne même si elle n’agit pas indépendamment des autres. La création comme telle renvoie clairement au Père, justement parce qu’il est Père, bien qu’elle soit, bien entendu, l’œuvre de Dieu Trinité tout entier. Et on peut comparer le monde et le Fils parce qu’ils sont issus tous deux du Père. Et on peut reconnaître le propre du Fils à partir de la nature créée du monde. Et parce que le Père et le Fils sont présents dans l’acte de la création, l’Esprit Saint y collabore aussi, par son souffle. Il souffle où il veut, mais toujours entre le Père et le Fils. D’où vient qu’en suivant les traces de l’Esprit, on rencontrera toujours le Père et le Fils (NB 6, p. 81).

47. L’Esprit et le Père dans l’incarnation du Fils

Le Fils veut devenir homme pour être ici-bas aussi le Fils du Père, comme les autres hommes sont ses enfants. Cette volonté est en rapport intime avec sa propriété de Fils et la révèle. L’Esprit collabore à l’œuvre du Père et du Fils en couvrant la Vierge de son ombre; il est ici nettement en évidence, ce qui montre sa liberté et sa responsabilité, et cependant il reste pleinement uni au Père et au Fils. Il se substitue d’une certaine manière au Père dans ce nouvel engendrement du Fils (NB 6, p. 82).

48. L’Esprit Saint accompagne le Fils devenu homme

Le Père envoie l’Esprit Saint afin que le Fils ne soit pas seul, ni comme Dieu ni comme homme. Quand le Fils devient homme, il a ainsi l’Esprit auprès de lui, non seulement en tant qu’il est Dieu, mais aussi en tant qu’il est homme. En tant qu’homme il vit sous le signe de l’Esprit Saint que le Père a fait descendre sur lui. Quand le Fils dépose sa forme de Dieu auprès du Père pour être d’autant plus homme, il vit néanmoins dans la divinité de l’Esprit Saint qui lui a été envoyée et avec elle. Et il voit en lui les effets de cet Esprit. Naturellement il n’a aucune sorte d’inclination au péché, c’est pourquoi il éprouve ce que peut éprouver de l’Esprit Saint un homme sans péché. Et il reçoit par la pureté de l’Esprit une opposition encore plus forte au péché. Mais il a reçu l’Esprit avant tout pour être accompagné par Dieu (NB 6, p. 85).

49. L’impulsion de l’Esprit

Il pourrait paraître étrange que le Père envoie le Fils et l’Esprit dans la même œuvre. Une raison en est que l’Esprit doit être prodigué dans l’humanité afin que le Christ homme reconnaisse le Père dans son prochain : dans la forme de l’Esprit sortant du Père. Il y a ainsi toutes sortes d’aspects de l’Esprit dans l’œuvre de la rédemption. L’Esprit couvre la Mère de son ombre et fait que le Fils devienne homme; comme porteur de la semence, il est le représentant du Père. Il est également le représentant du Père dans le Fils qui agit : en tant que rappel, conduite, soutien, consolation. Il l’est également dans le prochain du Fils en devenant en eux à sa place l’image et le représentant du Père. Nulle part l’Esprit n’agit seul, mais il accomplit la mission du Père pour rendre possible la mission du Fils à tout point de vue. Par l’Esprit qui lui est donné, l’homme pécheur reçoit une impulsion pour se détourner du péché… C’est l’Esprit qui découvre le péché dans le pécheur, lui donne un nom, l’éclaire. L’Esprit que le Père nous envoie à nous pécheurs crée une sorte de facilité pour commencer à aimer le Fils. C’est par l’Esprit que le Fils – mais aussi le pécheur – découvre le péché. Le pécheur abandonnera son péché quand l’impulsion de l’Esprit sera en lui plus puissante que l’impulsion du péché. Une impulsion à l’amour est nécessaire en l’homme si la force de l’amour divin dans le Fils doit pouvoir l’emporter sur celle du péché. Tout péché est contre l’amour; quand l’homme s’en aperçoit et qu’en même temps il veut l’amour, il peut être libéré du mal. Et c’est l’Esprit qui crée en lui cette impulsion (NB 6, p. 85-86).

50. Le mouvement éternel du Fils et de l’Esprit

Le Fils vient du Père et va au Père; l’Esprit accomplit un mouvement inverse. On peut le dire comme ceci : le Père envoie le Fils et il attend son retour; il attend l’Esprit pour l’envoyer à nouveau. On pourrait penser à deux mouvements circulaires marchant en sens contraire dans lesquels le Fils et l’Esprit se rencontrent tantôt dans le Père et tantôt en dehors du Père. On pourrait essayer de se représenter encore une autre sorte de rencontre : le Fils s’efforçant justement d’entrer dans l’obscur du Père et l’Esprit sortant justement de l’obscur du Père. Mais ce n’est pas ici qu’ils se rencontrent. Ils ne se rencontrent que dans le monde d’un côté et dans la vie éternelle du Père de l’autre. Dans le Père, ils se rencontrent éternellement sans que leur mouvement dans le Père en arriverait à un état immobile. Car la vie tripersonnelle est mouvement éternel parce que le Père lui-même est dans le mouvement éternel d’engendrement et de procession; jamais le Père ne se repose en lui-même; en tant qu’amour, le Père se communique éternellement. Et du même mouvement du Père sort aussi sa création. Et de même que le Fils et l’Esprit sont dans un mouvement éternel qui sort du Père et retourne au Père, de même le Père veut introduire sa création dans ce mouvement trinitaire et, en envoyant son Fils et l’Esprit, il ouvre au monde ce mouvement éternel. Chaque jour où, en tant que chrétien, je ne grandis pas vers Dieu est pour moi un jour de mort; mais je peux grandir parce que Dieu se communique à moi chaque jour de manière trinitaire (NB 6, p. 87).

51. Le Père aime l’Esprit

Nous avons une idée de l’amour du Père pour le Fils, car nous connaissons entre humains quelque chose de comparable et nous pouvons en quelque sorte exhausser nos expériences à l’infini. Et quand nous essayons de penser l’Esprit tant bien que mal, nous voyons que le Père non seulement aime la personne de l’Esprit comme celle du Fils, mais aussi qu’il aime la relation d’amour entre le Fils et l’Esprit, et qu’il reçoit un fruit de cette relation d’amour : elle est importante pour le Père, elle l’enrichit, il l’aime et compte sur elle. De même une mère qui a plusieurs enfants est enrichie par chaque nouvel enfant, non seulement par sa nouvelle relation à l’enfant, mais aussi par la relation du nouvel enfant avec ses frères et sœurs, et par la relation de chacun d’eux avec les autres. Par cette image, il pourrait même sembler qu’on pourrait saisir plus facilement les relations des trois personnes divines que la relation d’une mère à ses dix enfants. Cette impression se dissipe quand on prend en considération le fait que Dieu le Père trouve si infiniment parfaites ses relations au Fils et à l’Esprit et les relations du Fils et de l’Esprit que, pour en exprimer quelque chose, il crée l’univers (NB 6, p. 90).

52. Toute l’humanité entre le Fils et l’Esprit

Quand le Christ arrive (dans le monde), il institue l’Eglise et, par elle, il introduit dans le monde le jeu des forces : Père – Fils – Esprit – Eglise. Sur la croix, il a vaincu le mal du monde en son fondement et d’une manière universelle, il a ainsi la possibilité d’inclure tous les hommes dans sa relation d’amour avec l’Eglise : les croyants et ceux qui ne connaissent rien de lui, également ceux qui le combattent, tous sont inclus d’emblée. Mais, à aucun moment, le Fils n’accueille l’Eglise (et par elle, le monde) dans une relation exclusive avec lui, il l’accueille tout de suite dans la pluralité de ses relations avec le Père et avec l’Esprit. Et à la Pentecôte, il envoie l’Esprit sur l’Eglise afin que l’Eglise (et en elle, le monde) soit désormais aux yeux du Père à l’intérieur de la relation d’amour du Fils et de l’Esprit, de l’Esprit et du Fils. Le Père n’a plus besoin maintenant de voir son monde « extra muros », il est inclus dans la relation d’amour entre le Fils et l’Esprit et il participe à l’amour trinitaire. Et ce n’est pas seulement le monde comme un tout qui y participe, c’est chaque être humain individuellement, de sorte que se font jour une infinité de facettes de l’amour et que chaque acte d’amour est recueilli dans le trésor d’amour du Père (NB 6, p. 91).

53. Le « pur désordre » de l’Esprit

Les œuvres de l’Esprit sont immenses. Dans une communauté, dans une ville, etc., des milliers de vie se côtoient, partout il y a des approches, à des niveaux très divers, partout on peut reconnaître quelque chose de l’Esprit et pourtant on ne peut le fixer nulle part; dans un ordre qui nous semble un pur désordre, il conduit tout le monde au Seigneur. Tous ceux qui ont reçu en eux une semence de Dieu sont touchés par l’Esprit des manières les plus variées, ils sont en chemin vers l’amour trinitaire. Bien que nous soyons chair, malgré notre esprit rebelle, nous avons reçu l’Esprit qui conduit à l’unité. Toutes les langues que nous ne comprenons pas nous deviennent compréhensibles dans l’Esprit. Nous ne comprenons rien tant que nous ne voyons l’autre que comme un étranger; Dieu par contre, par l’Esprit Saint, voit en nous les frères de son Fils. Et par le Fils et l’Esprit le monde est en mouvement vers le mouvement éternel de Dieu. En mettant en relation réciproque sa vie trinitaire et le monde, Dieu a créé un mouvement perpétuel qui ne s’arrêtera jamais (NB 6, 93).

54. S’ouvrir à l’Esprit

Le rôle de l’Esprit chez les hommes est varié pour la raison aussi que tous ne lui demandent pas également autant. Il y a des saints chez qui l’Esprit développe surtout l’amour pour le Fils (la petite Thérèse), d’autres à qui il inspire des points de vue et des œuvres spirituels (Ignace). Il y a l’intelligence qui refuse absolument l’Esprit. Une intelligence tout aussi grande peut s’ouvrir à lui et lui laisser tout l’espace. La disposition naturelle, au cas où elle s’ouvre, est toujours le point de départ de l’action de l’Esprit (NB 6, p.93).

55. Comprendre l’Esprit

La compréhension  de l’Esprit n’est possible que dans l’amour du Fils : cet amour est le miroir dans lequel on comprend ce qui est juste et ce qui est mauvais. Le manque de compréhension est dans le domaine chrétien un manque d’amour parce que le Fils et l’Esprit se rencontrent sans arrêt dans le chrétien pour engendrer et féconder, de même que sans arrêt ils sortent du Père. C’est ainsi que la Trinité vit en chaque baptisé; l’Esprit le ramène au Père par le Fils. Et comme le Père a en lui le Fils et l’Esprit, de même le pécheur converti est visité par le Fils et l’Esprit. Mais le Fils qui voit dans le pécheur et dans le baptisé l’Esprit sous une certaine forme, voit aussi le même Esprit dans le Père; l’Esprit est ainsi pour le Fils l’exigence d’assumer la mission de conduire l’homme au Père. Cette double habitation de l’Esprit divin, dans le Père et dans les hommes, est pour le Fils comme un parallèle ou un reflet de sa propre divino-humanité; le Fils voit en l’homme une recherche de Dieu qui n’a pas encore abouti, il voit en Dieu la recherche de l’homme. Lui, le Fils, connaît la réponse des deux côtés, puisqu’il réalise par amour l’unité Dieu-homme. Mais pour cela il a besoin à nouveau de l’Esprit, pas tellement comme le sien, mais comme l’Esprit qui demeure en Dieu et dans les hommes (NB 6, p. 94).

56. Un Esprit d’amour éternellement entre le Père et le Fils

L’amour du Père est précis en ce sens qu’il engendre le Fils, et l’amour des deux est précis en ce sens que l’Esprit procède d’eux. L’amour de Dieu crée son toi, c’est pourquoi il fait partie de la nature de tout amour d’être créateur. Et si nous, en tant qu’hommes, nous ne pouvons pas nous créer réciproquement, nous devons quand même participer au devenir de l’être aimé, aider à le former, non selon la loi du moi, mais selon la loi objective de l’amour. Et cette loi agit en retour sur celui qui forme. Ainsi le Père divin reçoit aussi de l’Esprit Saint la forme d’amour qu’il a désirée pour lui-même afin d’être le Père du Fils. Pendant que le Fils commence à être et que des deux naît l’Esprit, le Fils et l’Esprit font que le Père est Père. Sans le Fils, le Père ne serait pas Père. Toutes les personnes se déterminent mutuellement. Et le Père tient tellement à ces dispositions que, dans l’éternité, il ne cesse d’engendrer le Fils et il tient tellement aussi à l’échange d’amour dans l’Esprit Saint qu’éternellement il fait souffler l’Esprit où il veut, il le fait être éternellement Esprit d’amour entre lui et le Fils (NB 6, p. 104).

57. Aimer l’Esprit Saint

Le Fils est ici-bas l’envoyé de Dieu Trinité. Dans son amour, il apporte aussi celui du Père et de l’Esprit, et il le partage également à ceux qui croient en lui de sorte que non seulement ils sont rendus capables, par le Fils, d’aimer avec lui le Père et l’Esprit, mais que le Père et l’Esprit leur donnent, dans l’amour du Fils, leur propre amour. Il y a donc dans notre amour du prochain non seulement quelque chose du Fils mais aussi quelque chose du Père et de l’Esprit. Ce qui est de l’Esprit dans notre amour, c’est notre volonté que notre prochain soit inclus dans la foi de l’Eglise, dans le baptême, dans toute cette norme que l’Esprit a façonnée pour tous les temps : la vie du Seigneur (NB 6, p. 114).

58. L’Esprit qui apporte à Marie le Fils et la croix

Marie voit d’abord l’Esprit comme une exigence; l’ange l’a représenté pour elle, mais désormais il sera continuellement dans sa vie. Elle devra être toujours prête pour l’Esprit, comme la femme est toujours prête pour la venue de son mari. On n’en a jamais fini avec l’Esprit. Celui qui s’est un jour confessé se déclare prêt à toujours se confesser encore. L’Esprit qui exige maintenant de Marie une disponibilité totale, ne cessera de se manifester. Et parmi les nombreux contacts qui sont liés à la venue de l’Esprit, elle ne sait pas non plus comment et quand elle est couverte de son ombre. Mais elle comprend l’exigence d’une disponibilité totale jusqu’au recoin le plus secret de son corps. Elle doit être mise à contribution et elle doit aussi aimer Dieu le Père, le Fils et l’Esprit sans aucune restriction. Elle veut aussi être totalement docile. Là où pourrait se faire jour la tentation de résister ou de se fermer, elle voit de nouvelles occasions d’aimer. Pas plus qu’une femme enceinte ne peut se dérober à sa grossesse, Marie ne veut pas se dérober aux exigences croissantes, toujours plus grandes. Elle reconnaît cette croissance des exigences au fait qu’elle ne comprend pas et au signe de la souffrance qui se dessine en elle. Elle sait très bien qu’avec l’enfant la croix grandit en elle, et elle acquiesce d’avance à cette croix. Son oui consiste avant tout dans le fait qu’elle continue à s’abandonner sans limites : l’action en elle de l’Esprit qui lui apporte le Fils et la croix. Elle ne cesse de tout remettre au Père. Car c’est bien de sa part que l’ange est venu (NB 6, p. 119).

59. Ce n’est plus moi qui vis, c’est l’Esprit qui vit en moi

Elle doit enfanter le Messie. Mais elle n’est pas à la hauteur. Malgré sa transparence et sa disponibilité. Cela ne lui est possible qu’associée à l’Esprit. Elle ne doit pas pouvoir en arriver à penser qu’elle est capable de quelque chose que Dieu seul peut faire. Quand elle est couverte par l’Esprit, c’est la « petitesse de la servante » qui doit ressortir. Et à vrai dire de manière frappante, comme si était ici anticipé l’instant où le Fils ne voudra plus la connaître. « Qu’est-ce que ma divinité a à faire avec ton humanité? Qu’y a-t-il entre toi et moi? Qui sont ma Mère et mes frères? » Au début on est disponible à tout, dans une disponibilité active, totale. Puis celle-ci est tellement accaparée par l’Esprit que son caractère actif disparaît pour ainsi dire. Cela devient toujours davantage une disponibilité de l’Esprit dans la Mère. « Ce n’est plus moi qui vis, c’est l’Esprit qui vit en moi ». Cette conscience provoque en elle une sorte d’effroi. Au début, c’était : J’irai avec toi aussi loin que tu veux. Et maintenant : Ô Dieu, même si je voulais dire non, je ne le pourrais plus parce que l’Esprit en moi est maintenant plus fort que moi (NB 6, p. 122).

60. Interroger l’Esprit

L’accueil de l’enfant change la relation de Marie à l’Esprit Saint. Par la présence du Fils en elle, l’Esprit devient une réalité. Auparavant elle aimait Dieu sans faire de distinctions et elle avait en elle une disponibilité qui était comme un espace vide. Cet espace, l’Esprit s’en est emparé pour être lui-même en elle. Et avec cet Esprit, qui est en elle et en même temps au ciel, elle donne son oui. Et parce qu’elle est un être humain, femme et mère, sa relation à l’Esprit reçoit une nuance particulière d’amour. Quand une femme porte l’enfant de son mari, il va de soi pour elle qu’elle l’élèvera selon son idée à lui, elle ne cessera de lui poser des questions, de s’adapter à ses désirs et elle modifiera bien des choses. Car certains de ces désirs ne concernent pas seulement l’enfant mais aussi la femme. C’est de cette manière que Marie ne cesse d’interroger l’Esprit Saint quand il s’agit de l’éducation de l’enfant. Elle cherchera l’Esprit d’une manière précise et elle recevra en retour une manière précise de l’aimer. Cet amour ne sera pas sans rapport avec l’amour du Père et du Fils, mais il ne coïncidera pas simplement avec lui. De consulter l’Esprit lui donne une direction objective pour l’amour et en même temps une certitude objective du chemin. Si l’enfant lui était laissé à elle seule, la responsabilité serait à peine supportable. Pour elle, l’humain en lui serait surélevé, mais le divin serait comme délaissé. En tant que Dieu, ce dont il a besoin de sa part, elle doit se le laisser continuellement donner par l’Esprit, et même de plus en plus (NB 6, p. 125).

61. Face-à-face avec l’Esprit Saint

En couvrant Marie de son ombre, l’Esprit lui apporte le Fils vivant. Mais il la place aussi devant lui, l’Esprit, dans un face-à-face que Dieu prévoyait comme une conséquence de son oui. Ce face-à-face est absolument voulu par Dieu, et par Marie également parce qu’elle veut tout ce que Dieu veut. Dans ce face-à-face avec l’Esprit Saint, elle perçoit une partie de son oui et, dans sa prière, elle expérimente le fruit de ce oui comme une présence de l’Esprit Saint, et à vrai dire comme quelque chose de tout à fait nouveau. Elle n’a plus besoin de chercher Dieu dans une sorte de prière active, elle y est introduite par la présence de l’Esprit. Ce qu’il y a de nouveau en elle provient de cette présence et n’est cependant à elle que secondairement puisque c’est le Fils qui a établi en elle sa demeure, qu’il a fait d’elle celle qui le porte et qu’il l’utilise comme bon lui semble. Le point de départ de sa prière et de son offrande d’elle-même se trouve ailleurs qu’autrefois : il se trouve en Dieu qui est devenu présent en elle par son oui. Elle est devenu temple, porteuse, housse : de l’Esprit qui porte le Fils, et du Fils qui, apporté par l’Esprit, naîtra d’elle (NB 6, p. 126).

62. Enfermer l’Esprit Saint?

Marie et Joseph pourraient dire qu’ils ont reçu la tâche de mettre au monde cet enfant et de l’élever – une tâche à laquelle on peut suffire – et qu’ils n’auraient pas besoin d’être ouverts encore à autre chose. Quand le Fils sera grand, il devra voir par lui-même comment remplir sa mission divine. Ce serait une manière arbitraire de fermer. Ils seraient alors tournés vers l’enfant d’une manière qui n’inclurait pas qu’ils soient tournés vers le Père. Ils auraient un attachement au Fils et ils oublieraient l’attachement à Dieu Trinité. Il nous est permis d’être centrés sur l’enfant, mais toujours en écoutant Dieu. L’Esprit Saint tourne autour de l’ensemble. Comme il a ouvert physiquement la Mère pour la grossesse, il l’ouvre constamment en totalité à l’ensemble de sa tâche. La grande et fatale erreur de l’Eglise aujourd’hui est de penser qu’on peut enfermer l’Esprit Saint et pour ainsi dire l’emprisonner. Tous les chrétiens sont fécondés un jour ou l’autre par l’Esprit Saint, mais il ne leur est pas permis de se replier sur ce fruit. L’Esprit a des modes de fécondation que nous ne connaissons pas. Ce qui est sûr, c’est que ses fruits mûrissent pour la vie éternelle, c’est pourquoi ici-bas on ne peut jamais les connaître définitivement (NB 6, p. 162).

63. L’Esprit, gérant d’un mystère

L’Esprit Saint est concerné en tant que témoin. Il témoigne au Fils que Dieu est le Père qui l’engendre éternellement et lui l’éternellement engendré, le bien-aimé et l’envoyé. La tâche principale de l’Esprit pour le Fils se trouve là où se rencontrent les natures divine et humaine; il rend en quelque sorte supportable pour l’homme d’être Dieu et pour Dieu d’être homme. Supportable justement en confirmant : Oui, tu es Dieu; oui, tu es homme! Ceci est tout proche de l’événement de l’incarnation elle-même quand l’Esprit apporte à la Mère la semence divine et au Fils la sagesse de sa Mère. Et ceci sans engager l’un et l’autre dans une relation où ils perdraient leur spontanéité; la nouvelle relation les comble tous deux en toute liberté. L’action de l’Esprit est tout aussi engagée dans l’amour d’un homme et d’une femme. L’union sexuelle passée, la séparation n’est pas un problème inquiétant, ceux qui s’aiment restent l’un près de l’autre en esprit, le physique n’était que l’expression du spirituel. L’esprit d’amour, d’obéissance, de mission élève dans sa sphère les éventuelles difficultés : quand la séparation corporelle est effective , l’union spirituelle est encore plus forte. On peut revenir, avec cet exemple, aux relations entre le Père et le Fils devenu homme : en tant que Dieu il ne fait qu’un avec le Père, en tant qu’homme il est séparé de lui, et l’Esprit l’aide, malgré la distance, à être dans le Père par l’Esprit. Mais il aide aussi Dieu le Fils à supporter les limites partout sensibles de l’humanité qu’il a établies lui-même. Par son incarnation, le Fils n’est pas déchiré, il possède sa parfaite unité dans l’Esprit Saint; c’est à lui que le Fils a transmis le soin de son unité. De même que le Fils sur la croix a déposé sa divinité auprès du Père, ainsi il a confié à l’Esprit, pour la durée de sa vie terrestre, son unité divino-humaine. Quand l’Esprit porte la semence du Père dans le sein de la Mère, il devient le gérant d’un mystère. Il en assume la responsabilité : aussi bien de faire que le Père devient celui qui envoie et que le Fils devient l’envoyé. Le Père envoie le Fils dans le monde, mais de telle manière qu’il transmet cette mission à l’Esprit qui la concrétise. Et ce rôle assumé un jour, l’Esprit ne s’en dessaisit plus : il apporte aussi concrètement dans la vie terrestre du Fils le fait qu’il reste homme. Il se tient derrière le Fils comme celui qui rend possible sa mission, mais en même temps comme celui qui l’exige : la mission que l’Esprit rend possible au Fils doit être accomplie (NB 6, p. 182) .

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