34/3 L’Esprit Saint

 

 

34/3

L’Esprit Saint

dans l’oeuvre d’ Adrienne von Speyr

 

64. Un futur qui appartient à l’Esprit

Marie dit son oui sans que les conséquences puissent en être claires pour elle, elle le donne à un futur qui appartient à l’Esprit. Elle le donne au fond à la royauté du Fils. Dans un devenir que seul l’Esprit peut voir. Et quand, peu de temps après, dans le magnificat, elle sait qu’elle sera dite bienheureuse par toutes les générations, elle discerne ce qui va venir après, elle en a une intelligence qui est déjà si objective qu’elle peut l’exprimer. Son oui était dit dans la foi, avec l’élément subjectif nécessaire – c’est elle qui veut -, mais ce qu’elle dit plus tard provient d’un service totalement objectif. Le « fiat » est une parole personnelle d’humilité, la formule « ils me diront bienheureuse » est une parole d’humilité supra-personnelle dans laquelle déjà elle se tient si disponible qu’elle n’est plus considérée comme une personne, elle n’est plus que service; elle est déjà si remplie de l’Esprit qu’elle peut dire des choses qui dépassent absolument sa personne, sur mission qui provient de la vue d’ensemble de l’Esprit. Elle n’est plus maintenant qu’un aspect de cette mission; elle est insérée par son oui dans une responsabilité supérieure qui se trouve dans l’Esprit si bien qu’elle dit des choses qui appartiennent à l’Esprit. Ce qui va se passer dans les générations futures a déjà pour elle maintenant valeur absolue, valeur de fin des temps (NB 6, p. 194).

65. L’atmosphère de l’Esprit

Entre le Père, le Fils et l’Esprit, l’échange est parfait, et c’est l’Esprit qui fait qu’entre le Père et le Fils aucun des deux ne se pose la question : Est-ce que je t’aime comme tu m’aimes? Est-ce que tu m’aimes comme je t’aime? L’Esprit au contraire fait que les deux laissent à l’Esprit le soin de présenter cet amour, et même d’être cet amour. Ainsi, dans l’Esprit Saint, les « limites » de chacun ne le séparent pas de l’autre. Quand maintenant le Fils en tant que Ressuscité apparaît aux siens, comme expression de l’amour divin trinitaire, il s’en remet aussi à l’Esprit, en tant qu’il est l’Esprit d’amour, pour souffler où il veut. Cela donne aux apparitions du Seigneur leur transparence et à sa parole l’ampleur de la vie nouvelle qui fait transparaître partout l’Esprit. Pour ceux qui voient le Seigneur et en font l’expérience, une atmosphère nouvelle les entoure : il est maintenant spirituellement dans l’Esprit Saint. Le Seigneur aussi bien que celui qui le voit laissent à l’Esprit ce que leur rencontre a de spirituel, il est le paysage, l’atmosphère dans laquelle elle se déroule, davantage même, il est l’accomplissement lui-même. Quand le Seigneur dit une fois encore à Pierre : « Suis-moi », c’est dans l’atmosphère de l’Esprit qu’il attire le disciple. Avec une force presque sensible qui se communique aussi dans l’Esprit à l’intelligence de Pierre de sorte que toute résistance est vaincue par la volonté agissante du Seigneur. Tout cela dans l’atmosphère de la résurrection qui est si incroyablement tendre et qui n’a rien d’écrasant. Le Seigneur demande à Pierre : « M’aimes-tu? », il ne demande pas : « Pourquoi m’as-tu trahi? » (NB 6, p. 300).

66. L’Esprit sait où l’être humain doit aller pour être en Dieu

En tant que Dieu, l’Esprit Saint a depuis toujours une « expérience du monde » qui lui permet de pousser sur le bon chemin le Fils qui doit d’abord s’approprier cette expérience en tant qu’homme. Il porte pour ainsi dire en lui la place où Adam devait se trouver, ou la place d’Abel, le point idéal où la créature aurait dû persévérer en face du Père et du Fils. C’est aussi le point où se trouve Marie et où elle a le juste savoir au sujet de sa relation à Dieu et au terrestre. L’Esprit sait où l’être humain doit regarder et où il doit aller pour être en Dieu et pour faire comme il faut le pas suivant avec Dieu. Un savoir qui ne requiert pas un ravissement, qui ne requiert pas d’être dans l’Esprit, mais qui est simplement humain et qui est pourtant en même temps influencé par Dieu. Cela se trouve au point de rencontre de la nature et de la surnature, et cela donne à l’être humain de voir clairement comment il doit se conduire dans la grâce. Sous cette forme, l’Esprit est en même temps la garantie que l’homme vit dans la prière. Ce qui ne veut pas dire une « forme de piété » particulière, ni non plus la prière vocale, peut-être même pas la méditation. Est-ce que l’homme prie déjà en connaissance de cause, c’est une autre question, mais il est introduit dans la prière de Dieu (NB 6, p. 391-392).

67. Entendre Dieu par l’entremise de l’Esprit

Nous avons déjà dit que l’Esprit avait une « expérience du monde » particulière. S’il n’y avait pas eu de péché, il aurait été le don permanent du Père aux hommes. Dans son Esprit, Dieu aurait gardé près de lui sa création et en elle chaque homme. Pour les hommes, l’Esprit aurait été ce qui en Dieu était le plus compréhensible. Comme Adam et Eve au paradis, ils auraient sans cesse entendu Dieu grâce à l’entremise de l’Esprit, ce qui aujourd’hui caractérise surtout les saints; leur marque distinctive aurait été d’être des récepteurs de l’Esprit. Le Fils offre surtout aux saints son obéissance, sa souffrance; l’Esprit leur offre les manières de penser du Fils, la disponibilité, l’exercice. De deux manières différentes, car un homme de bonne volonté peut d’abord chercher à imiter le Christ tout à fait de son propre mouvement, pour réaliser ce qu’il veut lui-même. Mais dans l’inquiétude qu’il éprouve de devoir chercher ce qui est chrétien, il peut quand même déjà y avoir aussi un souffle de l’Esprit, et l’œuvre de l’Esprit sera de façonner, à partir d’un esprit par trop humain, le véritable esprit du Christ. C’est à partir de ma disponibilité pour le Christ, que doit naître en moi la disponibilité du Christ. Chez les convertis, cela peut être comme un échec, comme une déception. La solution est peut-être d’attendre, de laisser faire, de devenir pure disponibilité, de retenir pour quelque temps l’activité du moi. Quand les deux disponibilités atteignent une relation voulue par Dieu, il y a alors – c’est surtout visible chez les saints – une répartition des tâches : l’un représentera davantage la médiation de l’Esprit, comme la grande Thérèse, l’autre davantage la médiation du Fils, comme la petite Thérèse; Ignace est peut-être le saint qui représente le mieux l’équilibre entre les deux médiations (NB 6, p. 393).

68. L’Esprit procède du Fils et il apporte le Fils au monde

L’Esprit est l’Autre en Dieu; il n’est jamais écarté de la relation Père – Fils mais, dans cette relation, il est libre de souffler où il veut, à l’intérieur et au-delà. Il sait ce que veut dire être « en » Dieu bien qu’on soit Dieu soi-même. Cette liberté de l’Esprit est visible aussi dans le fait que c’est lui qui apporte le Fils ici-bas. Ce qui est là extraordinaire c’est qu’il ne procède pas seulement du Père et qu’il apporte à la Mère la semence du Père, mais c’est aussi qu’il procède du Fils et que pourtant il apporte le Fils au monde. C’est une image parlante de la vie éternelle. Nous, dans le temps, nous devons être heureux d’être né de quelqu’un et d’engendrer. Dans la vie éternelle, le cercle peut se refermer sur l’origine. Car il faut penser à ceci : l’Esprit apporte à la Mère non seulement une semence humaine mais une semence divine (NB 6, p. 394).

69. Les bras de l’Esprit

Quand le Père envoie le Fils, il lui donne l’Esprit plus que jamais pour ce temps. Il unit les missions du Fils et de l’Esprit, mais on ne doit pas oublier que l’Esprit qui guide le Fils est l’Esprit du Père, c’est pourquoi il n’est pas possible du tout que le Père et le Fils deviennent étrangers l’un pour l’autre. Mais l’Esprit assume une responsabilité qui, pour tenir bon, requiert une prudence et une tendresse divines. Le Père met son Fils dans les bras de l’Esprit comme une mère met son enfant dans les bras d’une nourrice. L’Esprit est le premier christophore. Et parce que le Fils et sa mission sont inséparables, l’Esprit porte les deux. Déjà la semence qu’il apporte à la Mère contient les deux. La mission, on ne doit pas l’imaginer comme un ensemble de tâches différentes, mais comme un tout qui vient du Père et retourne au Père sans qu’on puisse la diviser. C’est cette mission que porte l’Esprit. Ce qui fait que les missions du Fils et de l’Esprit se mêlent, car il fait partie de la mission du Fils de se laisser porter par l’Esprit comme il fait partie de la mission de l’Esprit de porter celle du Fils. Le Père ne cesse d’envoyer les deux; de lui, nous ne savons rien de plus parce que personne ne l’a jamais vu. Ce sont le Fils et l’Esprit qui rendent le Père visible pour nous (NB 6, p. 402-403).

70. Échange des fonctions du Fils et de l’Esprit

Après Pâques, l’Esprit Saint est envoyé par le Fils, mais c’est l’Esprit qui, au temps de l’Avent, apporte au monde le Fils du Père. C’est la mère tout d’abord qui porte son enfant et l’allaite et lui donne de sa force et de sa substance; ensuite, plus tard, c’est elle qui est portée et guidée par son enfant. Dans cette réciprocité de la mère et de l’enfant, ce sont la force et la faiblesse humaines qui jouent un rôle, tandis que pour la réciprocité du Fils et de l’Esprit c’est l’amour divin seul qui décide. Dans l’échange des fonctions, c’est tantôt l’Esprit qui exprime au Fils son amour, tantôt le Fils qui exprime son amour à l’Esprit, tantôt il ressort que c’est le Fils qui se laisse faire, tantôt l’Esprit, tantôt c’est l’obéissance de l’un qui est visible, tantôt celle de l’autre (NB 6, p. 404).

71. L’abaissement de l’Esprit

L’Esprit souffle où il veut. Et il veut aller là où le Père et le Fils conjointement l’envoient. Et c’est directement, en spirant l’Esprit, qu’ils l’envoient. C’est en procédant du Père et du Fils que l’Esprit est envoyé. C’est en étant envoyé qu’il procède. Mais comme le Fils s’est abaissé et s’est en quelque sorte « diminué » pour devenir homme et pour accomplir en tant qu’homme (tout en étant Dieu en même temps) la volonté du Père, il y a pour l’Esprit un abaissement correspondant par lequel il cherche dans le Fils devenu homme la volonté du Père. Son abaissement réside dans le fait qu’il se laisse envoyer par le Fils devenu homme. Il ne croit pas devoir rester attaché à être envoyé par la divinité du Père et du Fils mais, par une sorte de renoncement, il se laisse en même temps envoyer par Dieu dans sa forme humaine. Quand il est ainsi envoyé, il exerce aussi son activité dans l’humiliation et le renoncement. Il souffle où il veut, mais maintenant cela dépend en partie des besoins du Fils. C’est une action intérieurement humble, effacée, toute au service du Fils (NB 6, p. 405).

72. L’Esprit et le garçon de douze ans

A l’âge de douze ans, le Fils parle de la maison de son Père dans laquelle il doit demeurer. Il doit le faire, de lui-même et en même temps poussé par l’Esprit. Pour la première fois, on voit qu’il vit et se maintient dans une mission trinitaire. Le Père est dans le temple et il est celui qui doit l’avoir. Le Fils doit être auprès de lui, s’occuper des affaires de son Père : de sa glorification, de l’interprétation de ses paroles, etc. Il ne le doit pas seulement pour le Père mais aussi pour l’Esprit qui le pousse. L’Esprit pousse le garçon de douze ans comme quelqu’un qui est pleinement responsable. Car l’Esprit est toujours l’Esprit tout entier et indivisible de Dieu, l’homme peut le comprendre, mais sans que l’Esprit soit diminué. L’Esprit reconnaît comme Dieu le garçon de douze ans et il le pousse comme Dieu. Il ne tient pas compte qu’il s’agit d’un enfant. L’enfant n’a certes pas à remplir la mesure d’un adulte, mais il doit remplir sa mesure divine à laquelle il doit correspondre et qu’il doit découvrir. On voit par là que Dieu, qui est devenu homme, ne se dirige pas, en tant que Dieu, d’après ses parents humains, bien qu’ensuite il en revienne aux comportements et aux rapports humains, filiaux et familiaux de sa maison (NB 6, p. 406).

73. L’Esprit Saint est comme la règle du Fils ici-bas

Le Père laisse le Fils aller dans le monde comme le premier homme qui sera parfait. Il lui donne l’Esprit Saint comme règle pour ainsi dire sur son chemin. Parce qu’il est le Fils et parce qu’il est parfait, le Fils ne manque pas d’obéir au Père directement. Mais cette obéissance « sans intermédiaire » ne fait toujours qu’un avec la règle de l’Esprit qui lui a été donnée. Dans la perfection de Dieu, aucune espèce de divergence n’est possible entre la règle (de l’Esprit) et la volonté de Dieu (du Père). Nous voyons surtout l’obéissance directe et perpétuelle du Fils à l’égard du Père, mais cette obéissance inclut toujours l’obéissance à l’Esprit. Il est impossible que l’Esprit soit en lui un facteur de conflit et donc comme l’occasion de se détacher du Père, car l’Esprit est toujours pour lui un don parfait que le Père parfait offre à sa perfection de Fils. Et quand, après sa résurrection, il insufflera dans les siens son Esprit, ce sera en tant qu’Esprit de la règle parfaite qu’il a lui-même observée parfaitement. L’Esprit est la règle de Dieu le Père que le Fils observe. Il est également la règle du Fils, parce qu’il l’a observée parfaitement et qu’il l’a traduite dans sa vie (NB 6, p. 407-408).

74. La mission sans mesure du Fils et de l’Esprit

Le Fils qui, durant toute sa vie, se prépare par ses prières et ses sacrifices à la Passion totale qui arrive, sait vaguement qu’il est destiné au sacrifice pour le monde, même s’il ne veut pas en savoir le détail. Mais en priant avec l’Esprit et dans l’Esprit, il voit croître l’exigence. Au désert, il a vaincu la tentation, il s’est offert totalement au Père, mais il ne peut en tirer aucun apaisement, aucun soulagement, parce que l’Esprit le tient ouvert pour une exigence plus grande. En tant que Dieu, le Fils sait de quoi il s’agit. Mais, au Fils devenu homme, l’Esprit a la mission de présenter l’ensemble de manière neuve; c’est pourquoi il doit le préparer à une démesure. Non que le Christ limiterait son sacrifice et y opposerait des résistances, mais l’Esprit lui montre constamment que davantage est requis. Le même Esprit qui semblait avoir testé au ciel ce qui était possible, est vu ici-bas comme s’il dépassait sa propre mesure. Mais l’Esprit montre continuellement ce qui serait encore à faire. Il le fait avec une sorte d’humilité divine. D’une certaine manière, il ne se permet pas de décider lui-même ce qui peut être demandé au Fils, ce qui se trouvait dans l’accord céleste. Sans doute reste-t-il la mesure objective, mais il ne s’interpose pas; d’une part il renvoie au Père, d’autre part il laisse au Fils de décider librement. Si celui-ci disait : « Assez », il ne pourrait pas le contredire ou faire prévaloir son avis. Il ne fait qu’indiquer la grandeur du péché de l’humanité, la profondeur de l’offense faite au Père, il empêche qu’on en arrive à une conclusion prématurée. Il est ce qui est ouvert. Mais il ne montre pas au Fils toute la mesure de la Passion elle-même, car elle se trouve au ciel auprès du Père. Une mesure se trouve aussi dans le temps, et le temps se trouve auprès du Père. Il ne mesure pas du tout, il n’indique pas les trajets parcourus – maintenant les souffrances d’introduction sont bientôt finies, maintenant la moitié de la croix, etc. – mais, tout comme le Fils, il laisse au Père le soin de mesurer. Pour le Fils, l’Esprit est la mesure non de la quantité et de la durée des souffrances, mais de ce qui serait objectivement à faire pour le péché du point de vue du monde. Quand le Fils regarde la grandeur de l’offense faite au Père, il est prêt en toute liberté à supporter jusqu’au bout les souffrances que le Père a fixées. En regardant le Père, il s’engage à chaque fois à nouveau dans une nouvelle souffrance. Il persévère dans une disponibilité toujours plus grande étant donné qu’on ne lui montre pas la limite supérieure de ce qu’il doit atteindre. Le Fils comme l’Esprit accomplissent maintenant, dans la souffrance, leur mission sans mesure. C’est le Père qui doit mesurer et fixer. Le Fils reste ouvert à la souffrance, l’Esprit également en l’introduisant à la souffrance (NB 6, p. 409-410).

75. La courtoisie de l’Esprit.

La conscience chrétienne est toujours aussi en moi l’Esprit qui oriente. Quelque chose qui a en moi la faculté de juger, je l’ai remis à l’Esprit Saint. Par le baptême et la confirmation surtout l’Esprit s’est emparé de ma direction intérieure. Dans le don de Dieu qui nous est fait, l’Esprit est ce qui est le plus vivant comme il l’est aussi en Dieu. Il l’est parce qu’il s’occupe de cette direction vivante. On peut s’habituer à ne plus regarder l’Esprit d’une manière tout à fait pure, on descend, et le signe en est qu’on trouve à redire à de plus en plus de choses : « Pourquoi? » On ne cesse alors de réduire toujours plus la part de l’Esprit jusqu’à ce qu’on ait faussé en soi l’instrument d’orientation. Dans la conscience, l’Esprit oriente de concert avec l’homme. Je dois être docile et disponible si je veux entendre l’Esprit. L’Esprit oriente sans doute, mais avec moi, en incluant le don que je fais de moi-même. Je consens à lui être associé et il réalise cette association dans son orientation. Les « inspirations » de l’Esprit aussi ont lieu dans ce genre d’association, dans une union de « mérite et de grâce ». Mon mérite vis-à-vis de l’Esprit est ma disponibilité. Il y a sans doute des inspirations qui arrivent à l’improviste comme la voix à l’entrée de Damas. Mais d’habitude, il y a une courtoisie de l’Esprit. Il ne hurle pas à mes oreilles, il parle si je suis à l’écoute. Naturellement l’Esprit demande toujours plus parce que, dans ses inspirations aussi, il est le Dieu toujours plus grand. Et c’est par suite du péché originel que l’homme ne lui correspond pas totalement. Celui qui ne commet pas de péché (comme un Louis de Gonzague) a l’oreille fine pour entendre la voix de l’Esprit; mais lui aussi a l’impression que l’exigence le dépasse. Pour Marie, qui n’a pas le péché originel, elle n’a ni l’impression qu’elle correspond ni qu’elle ne correspond pas. « Voici la servante » ne s’oppose pas à « Ils me diront bienheureuse » : elle comprend les deux paroles dans l’Esprit (NB 6, p. 413).

76. Sous le souffle de l’Esprit, du nouveau est possible

Une fois que Marie est devenue enceinte corporellement, elle n’a pas mis fin à son oui. Elle est prête à aller aussi loin que Dieu le veut; sa mission la conduira beaucoup plus loin qu’elle pouvait l’imaginer. L’Eglise n’a pas davantage le droit de se contenter de ce qu’elle a déjà atteint, de prendre ses conciles et ses définitions pour un point final. Pour l’Esprit qui conduit l’Eglise, ils sont des occasions d’ouvrir du nouveau plutôt que d’enclore le passé. L’Esprit qui a couvert Marie de son ombre, corporellement et spirituellement, crée et trouve en elle des fonctions, toutes sortes de points de départ pour de nouvelle missions. Sous le souffle de l’Esprit, du nouveau est possible : sa relation à Elisabeth, aux voisins, aux apôtres, à Jean, etc. Déjà dans sa grossesse il y a quantité de situations significatives. Ici aussi Marie est l’archétype de l’Eglise. Il va de soi qu’à partir de sa seule fonction d’être l’Epouse du Seigneur des milliers de ministères et de tâches divers peuvent se réaliser, des milliers de situations et de relations au monde dont les unes se répètent, dont les autres renaissent au cours des âges; mais toutes sont animées par l’Esprit, et même modelées par lui. Mais il n’est pas nécessaire que quelque chose d’unique qui a pu exister dans le souffle de l’Esprit soit « éternisé » par des définitions et d’autres principes. Cela irait aussi autrement. Pour Marie, il en fut autrement. Il suffit que l’Esprit découvre des aspects et crée des relations qu’il peut rendre féconds.Ils n’ont pas besoin non plus d’être fixés, ce qui peut-être empêcherait d’autres relations futures de s’installer. S’il y avait dans l’Eglise plus de disponibilité à l’Esprit Saint, on pourrait éviter beaucoup d’immobilisations (NB 6, p. 423-424).

77. Les coups de trompette de l’Esprit

Que l’Esprit couvre Marie de son ombre et que le Fils vienne au monde par elle est un événement éclatant. D’habitude, l’action de l’Esprit dans le domaine de l’Eglise est quelque chose d’incroyablement caché. Mais il y a toujours deux éléments : un authentique travail dans le secret et puis, de temps en temps, une intervention soudaine du ciel, qui tombe comme un éclair. Dans le silence de ses années de jeune fille, Marie a été préparée par l’Esprit Saint qui n’est jamais un Esprit de sommeil. Marie était éveillée. L’Eglise aussi doit être éveillée, prête pour les coups de trompette de l’Esprit. On peut aussi en entendre quelque chose dans un demi sommeil, mais alors sans savoir exactement ce qui se passe. On ne pourra pas tirer les conséquences de ce qu’a dit l’Esprit. « Il y a eu un coup de tonnerre », dit le peuple quand le Père parle à Jésus; c’est ce que dit aussi une Eglise qui dort ou somnole quand l’Esprit lui parle. Et quand, après la parole, le silence revient, le somnolent se glisse sous les couvertures et pense : il n’y a sans doute rien eu (NB 6, p. 424).

78. Le saint ne chasse pas l’Esprit

Tout chrétien qui a reçu les sacrements possède l’Esprit Saint s’il ne le chasse pas par le péché. Le saint ne chasse pas l’Esprit. Et il a la possibilité de l’extrapoler comme une règle. Il ne lui parvient pas comme une vague impulsion, un vague effort en son for intérieur, mais comme une exigence claire, non équivoque. Le chrétien ordinaire se plaindra : « Naturellement, je devrais prier davantage, commettre moins de péchés, mais je ne le pourrai certainement pas. Je comprends que je devrais faire des efforts ». Par contre, celui qui est motivé lit dans l’Esprit une claire exigence. Il ne « devrait » pas, il « doit ». Et l’amélioration de la vie comporte des points précis qu’il peut observer. Qu’il sache si exactement ce que Dieu lui demande, cela provient de l’Esprit qu’il s’est donné comme règle (NB 6, p. 424).

79. L’Esprit, semence de Dieu dans le monde

Pour l’incarnation, l’Esprit est le porteur de la semence du Père. Il reçoit ainsi la propriété générale d’être dans le monde la semence de Dieu, de rendre Dieu présent. Humainement parlant, c’est pour ainsi dire une manière de rattraper le « désavantage » d’être en Dieu celui qui vient en dernier. Dieu est toujours majeur, bien sûr, et pourtant il peut nous sembler que l’Esprit reçoit, à l’occasion de l’incarnation du Fils, une nouvelle forme de majorité divine. C’est-à-dire qu’il peut désormais venir en n’importe quel lieu du monde comme une semence de Dieu, comme prémisse de Dieu. Il est souvent comme une semence qui tombe d’abord sur un sol pierreux, qui ne peut pas lever, à laquelle on ne fait pas attention. Personne ne sait qu’en cet endroit, derrière ce mot ou cet acte est cachée une semence de Dieu. Un jour arrive quelqu’un qui remue un peu le sol, qui arrose ce qui était sec, et maintenant, sans changer de place, la semence peut lever et pousser. Maintenant la vie trinitaire s’éveille aussi là, l’Esprit semble attirer derrière lui le Père et le Fils. Il apparaît comme celui qui engendre et celui qui rend visible (le mystère), comme autrefois il a apporté le Fils à Marie et l’a rendu visible. Et en rendant visibles le Père et le Fils de manière nouvelle, il se fait connaître lui-même comme Esprit divin. De même que le Fils, durant sa vie, s’est employé à glorifier le Père jusqu’à l’instant où il a dit : « Père, l’heure est venue, glorifie ton Fils » – il scellait par là le fondement de la nouvelle Alliance : la glorification réciproque du Père et du Fils -, de même quand l’Esprit est éveillé le premier, il attire après lui le Père et le Fils : en renvoyant aux deux, il est rendu visible par les deux (NB 6, p. 426).

80. Que peut-on dire de l’Esprit?

Pour prier l’Esprit Saint, on doit toujours le faire avec une certaine disponibilité. La grâce du Fils peut saisir quelqu’un d’une manière inattendue, comme Paul à Damas. La grâce de l’Esprit Saint par contre reste une réponse. C’est dans le sens de l’Esprit Saint et en son nom que le Seigneur dit : Priez et vous recevrez, etc. Quand la foi est donnée soudainement à un non croyant, c’est davantage l’œuvre de Dieu Trinité au nom du Fils incarné. L’Esprit par contre – en ce qui le distingue du Père et du Fils – est toujours celui qui comble, celui qui éclaire quelque chose qui est déjà commencé. Parler du Fils ne nous est pas difficile parce que nous l’avons vu en tant qu’incarné et que nous connaissons ses paroles et son amour. Mais que peut-on dire de l’Esprit? Nous pouvons tenter une comparaison : nous, les hommes, nous sommes corps, âme et esprit, et nous voyons en quelque sorte notre esprit comme issu de notre existence corps et âme. Et il s’avère que l’Esprit Saint aussi est quelqu’un qui ne cesse de procéder, qu’il provient d’une source qui est Dieu. Sans un corps animé par une âme, nous n’aurions pas un esprit dans le monde; l’Esprit divin non plus n’existerait pas sans sa source – même s’il n’y a entre les deux relations qu’une vague ressemblance. Il y a comme un jeu entre notre corps doté d’une âme et notre esprit. Peut-être que le Père aussi joue un peu avec le Fils et l’Esprit Saint. Avec le Fils, en le prenant si bien au sérieux que, sur la croix, il se dérobe à sa vue. Et avec l’Esprit (qui est liberté) aussi, de telle manière qu’il le fait sortir sans cesse de lui, comme s’il le tenait par là dans une dépendance. Le jeu consiste justement dans le fait que cette dépendance est pour l’Esprit parfaite liberté (NB 6, p. 428).

81. L’Esprit et la foi

L’Esprit Saint en Dieu participe totalement, bien sûr, à l’omniscience de Dieu. Devant le monde, il personnifie le savoir de Dieu, la connaissance de Dieu et l’amour dans une unité indissoluble parce que, en Dieu, l’amour n’est jamais sans la connaissance, ni la connaissance sans l’amour. Et quand cet Esprit se communique à nous d’une certaine manière, cette forme de connaissance et d’amour reçoit pour nous la forme de la foi si bien que, par lui, nous apprenons à croire ce qu’il connaît et aime. Pour nous, cela signifie avant tout que nous nous laissions prendre par l’Esprit; tout ce que nous connaissons et aimons, nous le mettons à la disposition de l’Esprit de telle sorte que nous le retrouvions dans la foi sous une forme qui correspond à sa connaissance et à son amour. Si nous faisons cela sérieusement, nous n’en serions plus à tâtonner longtemps dans notre foi, ni à chercher le véritable amour, mais nous nous soumettrions à l’Esprit dans une sorte de prière habituelle et d’offre globale pour nous laisser illuminer et transformer par ce qui lui appartient. Notre foi resterait la foi bien sûr, parce qu’elle ne saisit jamais totalement le divin, mais elle serait en tout point une foi authentique parce que, en raison de sa soumission, elle aurait été remise à la vérité de l’Esprit. Et d’une étape de la foi à l’autre, nous saurions certes que nous sommes dans la vérité parce que l’Esprit témoigne de lui-même et que, par cette soumission, nous ne nous éloignons en rien de ce que le Seigneur révèle à son Epouse, l’Eglise, et de ce qu’il signifie pour elle (NB 6, p. 433).

82. Etre conduit par l’Esprit

Par le baptême, l’homme devient capable de percevoir l’Esprit. Mais pour qu’il soit aussi conduit par l’Esprit, deux choses sont nécessaires. La première est qu’il désire ardemment l’Esprit, qu’il le veuille réellement. La deuxième, qu’il cherche à le connaître. Dès le baptême, les germes de ces deux efforts sont déjà semés. Plus tard, en toute rencontre de l’Esprit, un nouveau germe sera implanté; l’homme est comme un champ qui a besoin de beaucoup de graines pour que les semences poussent. Les germes s’entraident secrètement. Nous avons dit plus haut que le Fils crée différents accès tandis que l’Esprit se donne comme un tout. Mais pour arriver à ce tout, il y a encore une fois différents modes d’action de l’Esprit destinés à nous y introduire. A l’école, je peux avoir entendu dire quelque chose sur la vérité chrétienne, plus tard un prêtre me dit ceci, un autre cela. Et quand on a été suffisamment stimulé, l’étincelle peut jaillir. Pour pouvoir lever, un germe attend le suivant et aussi celui qui vient après. Il y a dans notre esprit humain une certaine ressemblance avec l’Esprit divin (y compris dans l’incroyance); c’est pourquoi, avant d’intervenir, l’Esprit Saint s’assure pour ainsi dire que nous ne le confondions pas avec notre propre esprit. Sinon nous risquerions de penser, à toute idée qui nous vient, que nous avons compris et, avec notre pouvoir d’imagination, nous construirions un tout fictif qui ne tiendrait pas. Nous ne devons pas disposer nous-mêmes des germes de l’Esprit Saint; ils doivent certes lever mais, pour le moment, ils ne nous sont confiés que pour les garder. Il revient à l’Esprit de les faire se développer. Il s’en réserve le soin comme aussi lui appartiennent les réserves qu’il dépose en nous. Et quand quelque chose lève réellement, nous reconnaissons alors la force de l’Esprit et nous sommes plus disposés à nous laisser conduire par lui. On a souvent besoin de faire l’expérience de sa propre impuissance; nous connaissons certes les différentes vérités, mais nous ne sommes pas en mesure d’en tirer profit. Elles sont les points de garantie de l’Esprit en nous, ses points d’ancrage. Au début, c’est déjà quelque chose que nous reconnaissions qu’ils lui appartiennent NB 6, p. 434-435).

83. L’Esprit Saint et les hautes mathématiques

Nous n’avons pas le droit de penser que l’Esprit nous guide si nos chemins ne sont pas tracés dans l’Ecriture. Si on veut rapprocher un enfant du Seigneur, on lui racontera des histoires tirées de l’Évangile et on en éclairera sa vie. Il était indocile, on lui montre à quel point Jésus enfant était docile; et parce qu’un enfant aime aimer et être aimé, il cherchera à ne pas faire de la peine à Jésus enfant. L’adulte qui le guide doit en quelque sorte être animé par l’Esprit pour savoir comment le lui présenter. Pour l’enfant, l’Esprit reste caché derrière le Christ enfant. Par la manière de se conduire du Christ enfant, il apprend à connaître ce qui est bien et qui appartient au Christ enfant. C’est ainsi que, grâce à son éducateur, l’enfant est conduit aussi bien par le Seigneur que par l’Esprit Saint. Mais quand l’Esprit requiert pour lui celui qui devient adulte, il y aura alors de vastes domaines où on ne peut plus prendre aussi concrètement l’exemple du Christ; les vérités deviennent « plus abstraites », et maintenant c’est l’Esprit avant tout qui conduit. Un étudiant chrétien qui voudrait devenir médecin a sans doute dans le Christ un certain modèle, mais il en a une certaine « idée » qui est formée et contrôlée par l’Esprit. Pas simplement dans le prolongement du Christ. Il y a des transformations et de nouveaux domaines et de nouvelles formes dans lesquels l’Esprit se présente comme dans une certaine visibilité. Quand un chrétien désire avoir l’esprit d’enfance, il peut sans doute considérer Jésus enfant et l’attitude du Fils vis-à-vis du Père; mais il doit aussi s’adresser en même temps à l’Esprit de connaissance qui n’est jamais totalement compréhensible. Et on ne doit pas penser qu’on ne peut s’adresser à l’Esprit que lorsqu’il s’agit de « hautes mathématiques »; il aide également à assumer le quotidien dans un sens chrétien (NB 6, p. 435-436).

84. Marie, porteuse de l’Esprit

Dans la voix que les prophètes ont perçue, l’Esprit ne pouvait être saisi que par l’Esprit lui-même. Le prophète devait déjà être rempli de l’Esprit pour comprendre la voix de l’Esprit. L’Esprit des prophètes était ce qui lui permettait de se rendre présent en eux. Dans l’ancienne Alliance, sa présence se limitait à ceux en qui il était; c’est en eux qu’il agissait. Quelque chose de nouveau est arrivé dans l’acte par lequel il couvrit Marie de son ombre. Elle avait certainement déjà en elle l’Esprit Saint qu’elle reçut. Mais l’acte par lequel l’incarnation du Fils fut posée, posait aussi une présence pour tous ceux qui n’avaient pas l’Esprit Saint. L’existence du Fils fut dans le monde des hommes un fait indéniable, concret, permanent. Elle est saisie correctement par ceux qui ont l’Esprit, mais l’existence d’un homme du nom de Jésus ne peut pas non plus être niée par les autres. L’Esprit a posé ici un acte qui peut être compris pas uniquement par l’Esprit. Et quand ensuite le Fils incarné crée son Epouse, l’Eglise, il lui donne la même qualité que possédait Marie en tant qu’épouse de l’Esprit quand elle se laissa couvrir de son ombre : elle était porteuse de l’Esprit. L’Eglise porte l’Esprit de manière féconde comme Marie l’avait reçu de manière féconde (NB 6, p. 441-442).

85. L’Esprit Saint est cette source

Si nous sommes unis à Dieu dans l’amour et si nous reconnaissons l’Esprit d’amour dans l’Esprit Saint qui nous est donné, il va de soi que cet Esprit doit agir en nous selon ce qu’il est dans le ciel. Pour que cet Esprit demeure en nous, nous n’avons pas le droit de le dépouiller de ses qualités pour mettre les nôtres à leur place. Nous devons lui être si bien disponibles que, malgré nos défaillances, il puisse agir par nous d’une manière tant soit peu reconnaissable. Il doit rester l’Esprit d’amour. Mais l’amour céleste de Dieu est un amour qui est mû et qui met en mouvement. Un amour de communication, qui donne et qui prend aussi, et qui est inséparable de la vérité et de la doctrine de Dieu. L’amour que Dieu nous donne n’est pas différent de celui par lequel il s’offre dans la vie trinitaire. Il est donc aussi communication de sa vérité, c’est un amour qui donne et qui prend en communiquant la vérité; tout cela en Dieu ne fait qu’un et nous attire dans son unité. C’est de cet amour proviennent la nature, la force et la vérité de l’apostolat. Quand la vérité de Dieu est devenue si évidente pour un chrétien qu’elle définit sa vie, elle façonne avant tout son amour : pour Dieu, pour les commandements de Dieu, pour le prochain. Celui qui vit dans la vérité de Dieu est conduit de lui-même à l’amour effectif. En mettant l’amour en œuvre, il essaie d’imiter le Fils incarné. L’apostolat est un fleuve qui coule de lui-même à partir de la source de l’amour. Et parce que l’Esprit Saint est cette source, tout apostolat chrétien vivra d’emblée des dons de l’Esprit : les dons qui concernent la communication et les dons qui favorisent le recueillement et la croissance dans l’amour. Et parce que l’amour de Dieu sur la croix s’est fait connaître comme un amour qui se répand jusqu’à la folie et que nous savons que l’amour de Dieu dans l’Esprit a les mêmes propriétés, l’apôtre ne peut rien garder pour lui, il doit tout prodiguer. L’apostolat provient de l’amour, son organisation doit provenir des dons de l’Esprit (NB 6, p. 443-444).

86. L’examen de l’Esprit

Il n’y a que deux possibilités : ou bien je fais ce que moi, je veux (en accord avec l’Esprit ou contre lui), ou bien je fais ce que l’Esprit veut (en accord avec moi ou contre moi). Il n’y a là ni milieu ni compromis. A l’occasion, je peux vouloir le bien (car je ne suis pas si mauvais que je ne veuille que le mal). Naturellement avec la grâce. Mais ce peut être un jeu de l’Esprit de me laisser d’abord faire le bien que je veux, ce qui me correspond, ce qui correspond à mes talents, à ma personnalité, à mon orientation. Certes dans le cadre de ce qui est chrétien. Mais cette volonté qui est la mienne peut être ensuite soumise par l’Esprit à un examen. Je dois demander à Dieu : est-ce que ce que je fais se trouve au centre de ta volonté sur moi? Et Dieu peut répondre : oui, c’est une affaire valable. Exactement comme si je te l’avais imposée d’emblée comme une pure mission de mon Esprit. Mais, à la place du bien que je fais avec une si bonne intention, Dieu peut aussi me charger de son bien à lui, qui provient purement de l’Esprit Saint. Les deux formes, aussi bien l’une que l’autre, peuvent correspondre tout à fait à la volonté de Dieu si ma bonne volonté se soumet volontairement à l’examen de l’Esprit. Dans la bonne volonté, il ne peut y avoir de demi-mesure parce qu’elle débouche toujours sur une mission à laquelle l’homme obéit. Et si cette soumission à la tâche imposée est sincère, elle sera finalement soumission à l’Esprit de Dieu (NB 6, p. 445).

87. Une obéissance à l’Esprit

Il y a un souffle de l’Esprit Saint qui demeure pour l’essentiel inchangé à travers toutes les époques de la révélation. On le reconnaît toujours là où quelqu’un sort de sa voie et cherche à obéir directement. Ce qu’il fait est humainement incompréhensible mais, par Dieu, il est conscient d’une mission qui vient de Dieu. Abraham quitte son pays et, en offrant son fils en sacrifice, il anticipe le geste de Dieu qui viendra plus tard; Moïse cherche à entendre et à obéir : contre toute raison humaine, il conduit son peuple à travers le désert; les prophètes disent des paroles contraires à toute sagesse; les apôtres abandonnent leur métier et jouent tout sur l’unique carte du Seigneur; une Jeanne d’Arc obéit à ses voix et fait ce qu’aucune jeune fille ne ferait; une Bernadette, qui ne sait ni lire ni écrire, cesse de parler comme les autres enfants et ne dit plus que la seule chose qui est sa mission; le curé d’Ars au confessionnal entend même les choses qu’on ne lui dit pas et il ose se prononcer à leur sujet. C’est toujours une obéissance au-delà de ce que chacun peut comprendre par lui-même. C’est cela l’unité de l’inspiration (NB 6, p. 453).

88. L’Esprit Saint et l’évangéliste

Si on ne comprend pas, comment trouver ce qu’il faut faire? Ou bien si l’on doit dire ou écrire quelque chose, comment trouver la juste expression? Il faut pour cela non seulement le don de soi-même à l’Esprit dans l’obéissance, mais tout autant la réception obéissante de l’Esprit dans son propre esprit. Ce processus est ce qu’il y a de plus simple parce que l’obéissance est toujours un acte simple et, en même temps, elle est ce qui est le plus différencié parce que l’esprit tout entier du prophète ou de l’écrivain, leur esprit personnel, libre et raisonnable doit s’engager de manière responsable dans cette obéissance. Un évangéliste par exemple doit écrire « son » évangile et pour cela utiliser de manière critique tout ce qu’il a appris du Seigneur lui-même ou des apôtres ou par la tradition; mais il doit en même temps ouvrir à l’Esprit Saint toutes ses facultés qui sont restreintes et limitées, car « son évangile » doit devenir « l’Evangile », il doit contenir tout l’enseignement de Dieu fait homme, donc beaucoup plus que ce qu’un homme peut comprendre avec toutes ses connaissances et toutes ses études. A. voit un évangéliste écrire sous l’inspiration. Il a son plan, il suit un fil conducteur, il a sous les yeux une certaine image du Seigneur, il met en ordre tout ce qu’il a appris par lui ou sur lui. Il a une forme et il a les matériaux. Que des deux il en sorte quelque chose de valable, c’est l’Esprit Saint qui l’obtient… L’hagiographe est conduit par l’Esprit. Si, par la suite, il relit ce qu’il a écrit, il reconnaîtra certes son plan, c’est donc bien ce qu’il avait l’intention de faire; dans son travail d’écriture, il savait sans doute ce qu’il écrivait, mais il est étonné quand même parce qu’il y a dans l’œuvre achevée beaucoup plus que ce qu’il aurait pu faire lui-même (NB 6, p. 454).

89. L’Esprit Saint et l’oeuvre d’art

Pour nous, l’image du Père devient vivante surtout dans l’Ancien Testament ou par les paroles du Fils. Le Fils, nous le voyons d’abord comme celui qui est devenu homme, dans toutes les situations de sa vie et de sa mort, partout où il apparaît comme Homme-Dieu. Mais cette rencontre justement, c’est l’Esprit Saint qui nous la ménage; nous devons être animés par lui pour saisir au moins quelque chose de ce que Dieu peut être comme homme et l’homme comme Dieu. Nous remarquons aussi alors à quel point nous avons besoin de lui pour pressentir quelque chose du Père et finalement aussi pour que l’Esprit lui-même devienne pour nous une réalité. Ce n’est que par lui que nous arrivons à lui. Il est difficile de le décrire et de dire quelque chose de lui parce qu’il est capable du plus petit comme du plus grand. C’est pourquoi il se peut qu’on ne puisse le saisir nulle part ailleurs aussi bien que dans les œuvres d’art. Il présuppose en nous un certain sens pour que nous arrivions à son sens. C’est justement cela qui est le plus frappant dans l’art : un tableau, un chant, une cathédrale signifient une unité de sens dans laquelle doit entrer celui qui contemple une œuvre d’art. Et s’il a fallu des siècles peut-être pour construire une cathédrale, si les mains ont changé, si le plan primitif a été abandonné, un espace pourtant est resté ouvert pour l’Esprit dans la vénération et la prière, et ceci expressément compte tenu de l’unité de l’œuvre : afin que la prière ici ne cesse pas, que la foi demeure vivante, que l’amour de Dieu pour l’Eglise et l’amour de l’Eglise pour Dieu continuent à brûler dans son œuvre d’art, de même que l’amour que le Père allume dans sa créature continue à brûler grâce à la présence de l’Esprit Saint (NB 6, p. 464).

Hôtellerie
Vous souhaitez faire une pause spirituelle ?

Hôtellerie de l'Abbaye

Spiritualité
Découvrez les richesses de la foi avec d'autres croyants.

Spiritualité

Paroisse
Célébrez les mystères de la foi avec d'autres croyants.

Wisques - Paroisse


LiensMentions légales | création site web arsitéo