34/4 L’Esprit Saint

 

34/4

L’Esprit Saint

dans l’oeuvre d’ Adrienne von Speyr

 

90. L’Esprit Saint et le prêtre

Le Seigneur se tourne vers chacun avec le visage qui correspond à ses capacités; personne ne doit s’effrayer de ce que le Seigneur est si riche, chacun doit au contraire se tenir ouvert à tout avec un profond respect. Et quand il devient prêtre, il ne doit pas se limiter aux choses qui sont pour lui évidentes dans les formes ecclésiales. L’Eglise lui mettra bien des mots sur les lèvres : pour la messe, pour le bréviaire, pour l’administration des sacrements; il doit en dire d’autres que l’Esprit Saint lui inspire, qu’il invente exprès pour lui, et il ne doit pas s’y fermer. Il n’est pas seulement un serviteur de l’Eglise mais, par son don de lui-même à Dieu, par son consentement au service sacerdotal néotestamentaire, il est un serviteur personnel de Dieu. Il est tout autant obligé envers Dieu qu’envers l’Eglise. Il doit donc toujours maintenir en lui la joie dans la foi, l’espérance et l’amour pour recevoir l’Esprit avec une foi, une espérance et un amour vivants et être transparent à Dieu et aux hommes. Il doit avoir renoncé totalement à lui-même pour suivre vraiment le Fils sans partage, lui qui, dans son obéissance divino-humaine et sa prière incessante, s’est livré à Dieu et au monde. De même que le Fils a pris l’Esprit pour règle, il doit aussi accepter le Fils et l’Esprit comme règles de son existence; accomplissant ainsi la volonté du Père, il pourra transmettre intégralement aux croyants la parole et la bénédiction de Dieu (NB 6, p. 491-492).

91. L’Esprit Saint dans le sacrement du pardon

Dans le déroulement de la confession, le prêtre n’est pas là en tant que pécheur, mais en tant que chargé de ministère. Cependant il sait qu’il est pécheur. Cette pensée pourrait l’inciter, en écoutant la confession, à préparer son exhortation de telle manière qu’il utilise les mesures de sa propre expérience humaine, qu’il parle d’homme à homme comme quelqu’un de « compréhensif », au lieu de laisser parler l’Esprit… Dans le ministère, le discernement doit s’effectuer à partir de l’Esprit. Mais l’Esprit donne aussi au pécheur qui se confesse le discernement qui lui permet de se repentir. Pour l’administration des autres sacrements comme pour la confession, l’Esprit qui est dans celui qui administre le sacrement et l’Esprit qui est dans celui qui le reçoit doivent se rencontrer. Et de même que le prêtre reçoit l’Esprit non seulement comme personne mais aussi comme celui qui est chargé du ministère, de même le pénitent reçoit l’Esprit non seulement en tant qu’il est ce pécheur qui se repent, mais en même temps en tant que membre de l’Eglise. Il y a ici une correspondance entre l’Esprit du ministère et l’Esprit de l’appartenance à l’Eglise. Ces aspects de l’Esprit qui sont étroitement liés [506] ne font plus qu’un au moment de l’absolution, l’Esprit quadruple s’avère être un seul Esprit : l’unité de l’Esprit retourne au ciel en emportant le discernement du pécheur pardonné, le discernement du prêtre qui absout et l’absolution donnée par Dieu Trinité, mais de telle manière que l’Esprit laisse ses signes aussi bien dans celui qui a été absous que dans le prêtre. Il se peut que le prêtre et le pénitent ne pourront plus reconstruire exactement ce qui s’est passé, car le souffle de l’Esprit a emporté quelque chose et il a semé dans les deux quelque chose d’autre, quelque chose de nouveau, qui doit rester. Souvent le discernement est difficile pour le pénitent et pénible son chemin jusqu’au repentir. En raison de son ministère et de sa personne, le prêtre, par l’Esprit qui est en lui, est concerné plus ou moins par le pas qui est à faire. Il doit tirer profit pour lui-même du chemin que le pécheur parcourt. Un fruit qui correspond au fruit que l’absolution apporte au pénitent NB 6, p. 505-506).

92. L’Esprit Saint et l’eucharistie

Dans l’eucharistie, l’Esprit Saint a une double fonction : il donne au corps du Fils sa qualité particulière et à celui qui communie la certitude de la foi et de l’espérance. Le Fils a dans l’Esprit un garant et un témoin de son existence eucharistique, également pour celui qui reçoit la communion. Mais pour que l’Esprit puisse certifier la vérité, le Fils doit la réaliser. Comme quelqu’un qui promet quelque chose à un autre et qui est ensuite obligé de le faire par amour pour lui. Pour celui qui communie, c’est l’Esprit qui parfait en lui l’acte de foi en l’eucharistie. Il y a là un mystère. Le Fils dit : Ceci est mon corps; ce corps va agir en toi si tu le reçois. Mais entre la parole du Fils et son effet, il reste dans le croyant comme un petit écart que l’Esprit remplit (NB 6, p. 528).

93. Le besoin effrayant d’éteindre l’Esprit

Tous les Ordres (religieux) qui reposent sur la parole de l’Évangile et sur la règle de l’Esprit, doivent voir aussi que l’Esprit peut souffler dans les « espaces » de la Parole. Sinon ils courraient le danger de faire de leur règle un modèle simplifié. La plupart du temps, les fondateurs connaissent le souffle de l’Esprit et, en pensant à l’avenir, ils essaient de lui réserver de la place. Mais ceux qui viennent après eux deviennent esclaves de la raideur de la lettre et se contentent à nouveau d’une ligne là où devrait s’ouvrir un cercle. Le Fils parle toujours au Père et aux hommes dans le sens et dans la plénitude de l’Esprit, et quand nous répétons ses paroles – le Notre Père par exemple – nous les disons parfois dans l’Esprit, mais très souvent seulement selon la lettre : nous réduisons tout un édifice à un seul point. De là découle la nécessité absolue de la méditation dans la prière et dans toutes nos relations avec la Parole de l’Écriture sainte : elle ne peut être comprise dans la foi qu’avec sa dimension d’inspiration. Cela requiert un effort parce que notre condition de pécheurs éprouve le besoin effrayant d’éteindre partout l’Esprit (NB 6, p. 550-551).

94. L’Esprit n’envoie pas, il est toujours envoyé

Les missions sont toujours en contact avec les unes avec les autres. C’est déjà ce que montre la mission unique, divine et chrétienne, du Fils qui sort du Père (pour le Père on ne peut pas parler de mission, mais il envoie). Après avoir achevé sa mission, le Fils qui est envoyé envoie l’Esprit qui se laisse envoyer par le Fils comme il s’est laissé envoyer par le Père, avant tout pour accompagner la mission du Fils. On ne peut saisir l’Esprit qu’en contemplant la qualité qui lui est propre : se laisser envoyer. Pour le Fils, la mission est passive et active: il se laisse envoyer et il envoie. Le Père ne fait qu’envoyer. La mission passive du Fils débouche sur son envoi actif de l’Esprit. Ces deux genres de mission sont visibles aussi dans le fait que le Fils vient du Père pour retourner à lui. Son envoi actif de l’Esprit correspond à son retour au Père. L’Esprit est seulement envoyé : par le Père et le Fils (NB 6, p. 569).

95. L’Esprit Saint qui donne cette atmosphère d’ouverture aux autres

(Adrienne raconte ce qu’elle a vécu dans le ciel). Quand on arrive au ciel et qu’on découvre la vie céleste, on voit clairement que c’est le Fils incarné qui est au centre; c’est à lui que se réfère toute l’atmosphère d’amour. Cette atmosphère et son mouvement font penser de loin aux choses qu’on a vécues sur terre. Quand on était enfant, on se sentait poussé par exemple à donner tout ce qu’on avait, à un autre enfant peut-être. Et on savait alors très bien que, derrière cet enfant étranger, c’était le monde entier qui était visé. Cet enfant avait une relation mystérieuse avec d’autres enfants, avec d’autres personnes, finalement avec le Seigneur et avec le Père du ciel. Et si maintenant on donnait « tout » à cet enfant, ou si on lui donnait simplement quelque chose, même si c’était peu, mais avec l’intention de se séparer de ce qu’on aimait le plus, alors soudain on avait part à une atmosphère générale d’ouverture aux autres. Et il allait de soi pour ainsi dire que cette atmosphère atteignait le Père; il y avait le commandement du Seigneur qu’on devait donner ses biens, par lui, avec lui, dans un mouvement vers le Père, le Père qui reste rempli de mystère. Quand on vit alors ces choses dans le ciel, on pense tout d’abord qu’il s’agit presque de participer à un jeu qu’on ne comprend pas, il est seulement demandé qu’on soit là et qu’on joue avec les autres. La question n’est pas du tout soulevée de savoir comment je peux être comme eux. La réponse est donnée à l’instant où on est là et où on participe. On comprend alors que c’est l’Esprit Saint qui donne cette atmosphère d’ouverture aux autres. Elle est personnifiée par le Fils, mais communiquée par l’Esprit; et ensuite tout va vers le Père que nous ne voyons pas. Mais que nous ne le voyons pas ne fait pas problème, car nous savons que le Fils le voit. Et ainsi nous devons aller vers le Fils avec l’Esprit, et c’est par les deux que nous sommes présentés au Père. Cela aussi est mystérieux, car on ne voit pas cette présentation, on n’a pas de mots pour la dire, mais on fait l’expérience d’une ouverture. On a part à l’ouverture du Fils et de l’Esprit sans en voir une vue d’ensemble. Le Père, on ne le verra sans doute que lorsqu’on sera mort. Mais je ne sais pas si les autres dans le ciel voient plus que moi. Car la règle du jeu dit qu’on est semblable à tous les autres, de même que tous sont semblables à nous et qu’on partage avec eux les dons du Fils. Mais on n’a pas l’impression que les autres créatures nous poussent vers le Père, c’est plutôt le Fils et l’Esprit qui nous tirent tous ensemble vers le Père. Et en allant tous ensemble vers le Père, personne n’a d’avantage; du moins personne ne montre qu’il en a, car au ciel il n’est pas du tout question de se vanter NB 6, p. 571-572).

96. Il a tant d’Esprit Saint qu’il n’a pas besoin de le garder pour lui

(Adrienne a 19-20 ans; elle est allée à l’église du Saint-Esprit avec son petit frère Willy et elle lui explique :)  L’église s’appelle l’église du Saint-Esprit, donc le Saint-Esprit doit y vivre. Tu peux donc t’imaginer qu’il vit dans l’église, qu’il vit dans la foi, mais aussi qu’il vit en chaque croyant. Et de là tu arrives aux saints, à ceux qui sont tout à fait vraiment saints. Je veux dire ceci : il y a cinquante personnes dans cette église et, parmi elles, il y a celles qui prient vraiment, en qui l’Esprit Saint vit réellement. Il y en a beaucoup d’autres pour qui l’Esprit Saint est un souvenir. Et alors l’Esprit Saint doit être encore très, très, très fort en quelqu’un pour que les autres soient touchés. C’est celui-là qu’on appelle un saint parce qu’il a tant d’Esprit Saint qu’il n’a pas besoin de le garder pour lui. (P. Balthasar : Tu voudrais être quelqu’un comme ça?) Ça ne m’est pas encore venu à l’esprit que ça pourrait se faire. Mais à cette époque j’ai pensé que je le devais. Tu sais ce que ça veut dire prier « comme une folle »? Tu sais ce que font les soldats quand ils reçoivent l’ordre de tout étaler? Chacun a un sac et des bottes et une brosse à dents, etc. Des objets personnels, tout ce dont on a besoin. Mais certains ont aussi quelque chose pour les autres: un sur dix a le cirage, un sur cinq des boutons de rechange, un sur trois un nécessaire de couture. Tu comprends? Ceux-là ont quelque chose qu’ils utiliseront peut-être un jour, peut-être pas, mais les autres en auront besoin. Il l’a pour les autres, et ça doit être là dans son sac. Il a aussi d’autres choses dont il ne sait pas à quoi elles servent. Peut-être une pièce de canon. Une roue ou quelque chose comme ça. Et s’il ne l’a pas (même s’il ne sait pas à quoi ça sert), on ne peut pas monter le plus beau canon. Peut-être est-il incapable de le monter lui-même. Il a simplement à apporter une pièce incompréhensible. Et un autre, une autre pièce incompréhensible. Arrive maintenant le capitaine avec l’ordre de tout étaler! Tout montrer! Tu mets tout par terre, en bon ordre. Et chacun a devant soi à gauche sa brosse à dents, il y a un ordre tout à fait précis. Et le capitaine sait comment on monte le canon. Peut-être ne sait-il plus que c’est toi précisément l’homme qui doit avoir la petite roue. Mais dans la revue de détail, il voit toutes les pièces et si quelque chose manque, une petite roue, c’est toi justement qui dois l’avoir, tu n’as pas le droit de la perdre, les autres en tout cas savent que c’est toi qui devrais l’avoir, que c’est toi qui en es responsable. – Et quand tu pries « comme un fou », tu fais la revue de détail. Tout ce que tu portes, tu le sors, y compris ce que tu ne comprends pas. Et alors tu n’as plus rien en toi. Et alors tu es tout à fait seul avec le Bon Dieu. Si seul que maintenant il peut parler avec toi (NB 7, p. 65).

97. L’Esprit Saint est plus important que la santé

(Adrienne à 19-20 ans dans l’église du Saint-Esprit). Dans l’église du Saint-Esprit, j’ai dit dans ma prière que je voudrais devenir une sainte. (Pourquoi?) Seulement pour pouvoir donner. Je voudrais aussi devenir médecin pour donner, mais il y a des choses beaucoup plus importantes que la santé. Je pense que l’Esprit Saint est plus important que la santé. Tu penses que c’est prétentieux? Est-ce que l’Esprit Saint habite en toi? Alors, s’il te plaît, prie pour moi, pour qu’il habite aussi en moi. Car je suis très pauvre. Dois-je m’agenouiller à côté de toi comme si tu étais dans l’église du Saint-Esprit? (NB 7, p.66).

98. Donne-nous à tous la vérité de ton Esprit Saint

(Prière d’Adrienne à 19-20 ans dans l’église du Saint-Esprit) Mon Dieu, je t’en prie, aie pitié de nous tous… Tu vois que nous avons tant de mal à te comprendre. Quand j’étais petite, tu étais tout proche, mais maintenant tu es souvent très loin. C’est peut-être de ma faute. Je t’en prie, mon Dieu, enlève de moi tout ce qui n’est pas à toi, arrache-le et mets à la place tout ce que tu veux… Et parce que je suis dans une église catholique et que je ne peux pas me confesser, je voudrais te dire tout ce que j’ai fait de mal. Je sais que tu le vois, mais je voudrais quand même te le dire afin que tu puisses mieux me pardonner. J’ai du mal à supporter les scènes à la maison, je me révolte souvent intérieurement; à l’école, je suis souvent brusque et puis je suis souvent inquiète à cause de toutes ces histoires de ces derniers mois. Je ne sais pas bien ce que je dois faire de ma vie. Et maintenant, mon Dieu, s’il y a encore autre chose, alors je te prie de me le montrer et de tout enlever et alors de me pardonner. Et donne-moi enfin ton Esprit. Donne-m’en beaucoup, beaucoup, tellement que je puisse le donner à tous ceux qui en ont besoin. Tellement que je ne puisse plus le contenir ni le comprendre, tellement, mon Dieu, que je puisse devenir une de tes saintes. Tu sais, je ne sais pas ce que je dis, mais quand même! Quand même! Parce que nous avons ensemble un mystère, fais que ce mystère fasse réellement de moi ta servante, que je devienne réellement ta sainte, réellement une fille qui travaille pour toi dans la vigne du Seigneur. Mon Dieu, je t’aime beaucoup et je te le demande, aime-moi, et aime aussi toute ma famille, ma mère, Willy qui m’a accompagné, mon école, et donne-moi d’aimer ceux qui seront plus tard mes malades, tous ceux que je connais et surtout tous ceux que je ne connais pas, mon Dieu! Et puis… je voudrais que tu me montres le véritable chemin, dès aujourd’hui… Car c’est si pénible de toujours attendre. Je veux bien faire ce qui est pénible, mais je voudrais aussi que ce soit vrai. Donne-nous à tous la vérité de ton Esprit Saint. Amen (NB 7, p. 66-67).

99. Noël. Le Père et l’Esprit devant le Fils devenu enfant

(Adrienne a 31 ans environ, elle n’est pas encore catholique, elle est mariée et exerce sa profession de médecin). Noël. A minuit, j’ai peut-être moins pensé à la messe qu’autrefois, mais davantage à l’enfant qui vient au monde et à sa mère qui est auprès de lui. Et que pour Dieu le Père et l’Esprit Saint, ce doit avoir été quelque chose de singulier de voir devant eux le Fils éternel devenu un enfant. L’Esprit dit au Père : Tu vois maintenant, j’ai accompli ce que tu m’avais demandé de faire. Le Père est heureux, mais il a aussi… des scrupules; c’est quand même une exigence pour le Fils, toute cette aventure. Et donc de manière indirecte pour lui aussi et pour l’Esprit. (Tu as toujours cru comme ça à la Trinité?) Cru, oui, et j’y ai pensé aussi. A chaque naissance je dois y penser. (Comment cela?) C’est difficile à dire maintenant… Quand je fais des accouchements, c’est quand même toujours la naissance d’un enfant qui portera, avec ses propres traits de caractères, ceux aussi de son père. Et l’Esprit Saint me semble être celui qui a mis en relation le Père et la Mère. Quand des parents se sont mariés avec une foi vivante, c’est l’Esprit Saint qui a conclu le mariage, non?… Le père humain est quelque chose de très curieux : d’un côté cette créature qui attend là dans les couloirs en faisant les cent pas, et puis aussi quelque chose de tout différent qui ne peut se déployer que dans l’enfant. Cependant, au cours de l’accouchement, souvent il perd quand même un peu contenance, il transmet pour ainsi dire sa contenance à l’enfant; l’enfant par contre crie avec une merveilleuse détermination. Et ce n’est que lorsque le Père voit cette conscience de son Fils, le Seigneur, qu’il retrouve sa contenance et se voit un peu comme l’auteur de toutes choses. Et pour le Père éternel, la naissance de son Fils dure au fond de Noël à la résurrection, car celle-ci, c’est quand même le moment où on lui met l’enfant dans les bras (NB 7, p. 284-285).

100. Dieu : Fils et Père et en même temps Esprit Saint

(D’une lettre d’Adrienne au P. Balthasar datée du 05 avril 1941). La nuit dernière a été bonne, avec beaucoup de prière; une pensée m’accompagnait pour ainsi dire toujours: Trinité. Pourquoi cela justement, je ne sais pas. C’était pour moi comme si j’en faisais l’expérience comme on expérimente et qu’on comprend quelque chose; auparavant il n’y avait pas de problème car depuis quelques mois cela me semblait tout à fait clair, non pas théologiquement clair peut-être, pas spéculativement non plus, mais simplement clair sans grandes considérations; et maintenant beaucoup a été compris d’une certaine manière, je voudrais presque dire « vécu personnellement à l’intérieur »; le « personnellement », vous ne devez pas le comprendre comme si j’y avais part, même de la manière la plus éloignée; pour moi « personnellement », impossible autrement que comme ceci: Dieu ne peut être compris autrement que comme Fils et Père et en même temps Esprit Saint, tout à la fois dans l’unité et la multiplicité, « découlant l’un de l’autre et formant un tout indissoluble ». Pour moi c’est clair comme le jour à travers mes difficultés d’expression et leur maladresse, impossible à rendre, même pour vous. Bien que je sache que je suis incapable de vous décrire cette expérience, je devais quand même essayer de le faire pour que vous sachiez ce qui se passe (NB 8, n° 48).

101. Pentecôte

(1941. Du journal du P. Balthasar). A l’église, vers onze heures et demie, Adrienne vit comment devant elle sur un banc un garçon fut touché par un rayon de soleil oblique comme il y en a souvent à cette heure dans l’église Sainte-Marie. C’était un phénomène purement naturel. Pourtant elle vit ensuite tout à coup comme se rattachant à cette lumière, une immense flamme qui remplit toute la partie supérieure de l’église, s’inclina vers le bas et se dispersa là en de nombreuses petites flammes. Celles-ci descendaient sur les têtes des personnes présentes. Mais le feu ne fut « reçu » et absorbé que par un petit nombre. La plus grande part des flammes se retiraient en haut « déçues » (comme elle disait), parce qu’elles étaient éconduites. Cela remplit Adrienne d’un double sentiment étrange. D’un côté certainement une grande joie. Elle ne réfléchit pas pour savoir si elle-même était parmi les élus. Elle ne remarqua personne en particulier qui ait reçu la flamme, tout au plus que, dans une partie de l’église, elle fut davantage reçue que dans une autre. Ce n’est qu’en sortant après la messe, qu’elle sut qu’elle aussi avait reçu quelque chose. Sous le porche de l’église, elle vit une jeune fille qui avait reçu le feu, puis aussi un jeune couple. Le revers du bonheur était une grande douleur à cause des nombreux rejets. Elle s’était crue, dit-elle, comme en présence d’un accident dans une mine. On sait qu’il y en a tant et tant qui sont morts sous terre, il n’y a que peu de survivants. Les morts et les vivants sont remontés peu à peu, les femmes sont là et attendent. Le nom des morts est annoncé. Le voisin en fait partie, l’oncle, cet ami et celui-là… Est-ce que son propre mari, son fils, en seront aussi? On attend dans l’incertitude. Finalement il s’avère que les proches parents sont en vie. C’est une joie au milieu de la catastrophe, une joie qui en quelque sorte est honteuse parce que tant d’autres tout autour sont dans la peine et on se sent solidaire de ceux qui ont été touchés. C’est dans ce double état qu’elle passa tout le jour de la Pentecôte (NB 8, n° 90).

102. Nous avons certes part à l’Esprit Saint

(Trinité 1941. Du journal du P. Balthasar). Elle comprit que ce que nous saisissons de la Trinité de Dieu et, d’une manière générale, tout ce qui est caché en Dieu, ne ressemble qu’à une petite poussière… comparé à ce qu’on ne comprend pas. Nous avons certes part à l’Esprit Saint. Et Jésus peut nous apparaître. Mais si magnifique que ce soit, ce n’est finalement pas commensurable avec ce que Dieu est en lui-même. Mais tout cela n’est pas inquiétant ni triste comme on pourrait le penser. Seulement sérieux… Et plus on perçoit quelque chose de la grandeur de Dieu, plus on voit aussi qu’on est soi-même néant. Il y a une comparaison incessante. Mais justement avec le désespoir de ne jamais pouvoir monter dans la coudée, on apprend également la grande nécessité de se donner un mal maximum et d’être totalement disponible. Le « Suscipe » est depuis longtemps sa prière préférée (NB 8, n° 94).

103. Le Père et l’Esprit sont un dans le Christ

(Septembre ou octobre 1941. Du journal du P. Balthasar). Elle veut me dire quelque chose. Vous savez, autrefois, au printemps, quand je vous ai écrit un jour “Trinité, Trinité”, je ne vous ai pas tout dit. Je ne sais pas comment je dois dire; peut-être est-ce une hérésie; vous devrez justement corriger après. Donc: dans l’hostie, il n’y a pas que le Corps du Christ, mais en quelque sorte aussi la Trinité elle-même. Le jour où je fus tellement remplie de la “Trinité”, je vis autour de l’hostie, quand le prêtre la montra pour la communion, non seulement une lueur (cela, je le vois souvent), mais une sorte de triple lueur. C’est comme si la lueur autour de l’hostie était composée de trois lumières qui, venant d’en haut, entrent en elle, “comme des quarts d’orange”; l’hostie les reçoit pour ainsi dire presque comme une poche ouverte. Quand je vis cela, j’ai su que cela signifiait la Trinité. Nous parlons ensuite de l’unité de la nature divine, et comment le Père et l’Esprit sont un dans le Christ. Elle dit qu’on y pense trop peu quand on communie. La semaine dernière, c’est tous les jours qu’elle a vu l’hostie de cette manière (NB 8, n°202).

104. Un jet de feu

(1942. Du journal du P. Balthasar). En nous séparant, je lui donne une bénédiction. D’habitude elle ne ressent rien de spécial à ce moment-là. Mais cette fois-ci elle dit en se relevant que ce fut comme si un jet de feu l’avait traversé. J’avais aussi pensé particulièrement à l’Esprit-Saint (NB 8, n° 395).

105. Personne ne possède l’Esprit de la même manière

(1942. Du journal du P. Balthasar). Dimanche après-midi. La conversation tourne autour de l’Esprit Saint. Elle pense: “Le rapport avec l’Esprit Saint est différent de celui qu’on a avec les deux autres personnes: on peut appartenir totalement au Père. On peut posséder totalement le Christ, lui appartenir totalement. Mais pour cela même, pendant longtemps encore on ne doit pas posséder l’Esprit Saint. L’Esprit est en quelque sorte l’ultime, l’accomplissement. Il est également essentiellement différent en tout. Par exemple, Saint Ignace et saint François ne le possèdent pas du tout de la même façon. Les leaders et les champions le possèdent d’une manière particulière. Un cantonnier par exemple n’en a guère besoin comme un prêtre. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne peut pas être un très brave homme qui ira tout de suite au ciel. L’Esprit Saint est étroitement lié au ministère et à la mission de chacun et, suivant la fonction des uns et des autres, chacun possède l’Esprit d’une manière ou d’une autre (NB 8, n° 454).

106. Le réceptacle de l’Esprit

(1942. Du journal du P. Balthasar). Adrienne a vu Marie dans sa relation à la Trinité. Elle dit: “Marie avait la Trinité pour ainsi dire comme arrière-plan, elle l’avait aussi en elle d’une manière particulière. Aucun être n’a une relation aussi étroite qu’elle à la Trinité. Elle est pour nous de manière précise le chemin et la représentation de la Trinité. Sans elle, le dogme des trois personnes en une nature serait quelque chose de totalement abstrait, de purement conceptuel, avec quoi on ne peut rien faire. Beaucoup de catholiques, littéralement, ne peuvent de fait rien en faire de correct. C’est Marie qui nous montre que l’unité des personnes est réellement l’amour. Quelque chose de chaud, de concret, de proche. Non pas comme si Marie elle-même appartenait en quelque sorte à la Trinité, mais elle est tellement la fille du Père, la Mère et l’Epouse du Fils, le réceptacle de l’Esprit, qu’on voit toujours aussi en elle les trois personnes. Il est donc facile à comprendre que c’est seulement dans l’Eglise, qui connaît Marie, qu’une conscience vivante de ce dogme est possible (NB 8, n° 969).

107. Ceux qui possèdent l’Esprit

(1944. Du journal du P. Balthasar). Pentecôte: le matin, pas de feu; ensuite Adrienne voit deux fois l’Esprit: à la messe de communion et à la messe de 11 H 30; elle voit comment son feu se répand sur l’assemblée et, pour la première fois aussi, que ceux qui possèdent déjà l’Esprit et l’amour collaborent à cette distribution (NB 9, n° 1139).

108. L’intelligence des dons de l’Esprit

(1945. Du journal du P. Balthasar). Veille de la Trinité. Adrienne est profondément dans le trou. Elle voit partout ce qu’il y a de négatif dans les hommes qui devraient être remplis de la Trinité. Chaque homme porte en soi une sorte de schéma de la vie trinitaire: sa manière particulière de participer à ce mystère. Chez les uns c’est la vie dans le Fils, chez d’autres l’amour particulier pour le Père, chez d’autres l’intelligence des dons de l’Esprit, mais toujours ce qui est particulier débouche dans le trinitaire qui englobe tout. Et partout Adrienne voit que ce tracé n’est pas réalisé (NB 9, n° 1311).

109. Le don de soi de l’Esprit Saint

(1945. Du journal du P. Balthasar). Adrienne raconte que, toute une nuit, elle a eu la même vision: la conception de Marie. Elle voit un rayon sortir du Père pour aller sur la Mère et, dans ce rayon, il y a la colombe. Mais la colombe ne se meut pas, elle ne vole pas elle-même, c’est le rayon qui se meut et la colombe est mue dans le rayon. Par là se manifeste clairement l’absolu don de soi de l’Esprit Saint, la passivité avec laquelle il sort du Père et son extrême obéissance à l’égard du Père : il se laisse diriger là où le Père le veut (NB 9, n°1388).

110. L’Esprit peut inquiéter longtemps quelqu’un

(Veille de l’Ascension 1946. Du journal du P. Balthasar). Adrienne : Pour les lettres de l’Apocalypse également quelques passages furent écrits tout de suite sous l’influence de l’Esprit; pour d’autres, Jean dut les méditer pendant un long temps. Il y a des actes de l’Esprit qui, pendant qu’ils se produisent, emportent si fort la personne qu’elle est incapable de faire autre chose, elle ne peut que les vivre; ce n’est qu’après qu’ils deviennent en elle parole, message. Un inspiré peut expérimenter un tourment intérieur: ne pas savoir ce qu’il doit dire. Ce n’est que lentement que la mission se cristallise. Sur le modèle de l’incarnation du Christ, l’Esprit peut inquiéter longtemps quelqu’un avant qu’il comprenne et fasse ce que veut l’Esprit (NB 9, n° 1554).

111. l’homme ne saisit jamais complètement l’Esprit

(Pentecôte 1946. Du journal du P. Balthasar). Dans la nuit, vision: la communauté des hommes pour qui a eu lieu la souffrance : les prêtres pour qui a eu lieu la souffrance, des “enfants” qu’on ne connaît pas, des croyants qu’on ne connaît pas non plus. Tous vivent la Pentecôte. Les prêtres, pour une part, en priant et en luttant; d’autres dorment et reçoivent leur part dans le sommeil. L’Esprit comme réponse de l’homme à l’Esprit Saint. Quand celui-ci descend sur l’homme, il ne se fait pas un assemblage d’Esprit et d’homme, car d’un côté l’homme ne saisit jamais complètement l’Esprit: il le reçoit selon ses capacités; mais d’un autre côté, l’Esprit saisit l’homme totalement. Et l’Esprit Saint qui vit ainsi en l’homme retourne comme don de soi-même à l’Esprit Saint. “Je voyais non seulement l’Esprit descendre comme une flamme, mais une nouvelle flamme venant d’en bas se précipiter à sa rencontre. Tout ce que les croyants peuvent faire dans leur vie de foi retourne ainsi en possession de l’Esprit Saint. Et la descente toujours nouvelle de l’Esprit Saint se fait en fonction de ce que le croyant apporte à l’Esprit Saint. De même qu’un chercheur remonte aux recherches antérieures dans le même domaine, de même l’Esprit se répand non sans tenir compte de ce qui est arrivé par lui dans l’Eglise. L’Esprit de science descend sur ce qui, dans l’Eglise, vit de l’Esprit de science. D’une manière analogue, Dieu, par la création du monde, est devenu un <Créateur> qu’il n’était pas <auparavant> (NB 9, n° 1562).

112. Tout ce qui provient de l’Esprit est inépuisable

(Pentecôte 1946. Du journal du P. Balthasar). Puis je vis la Mère, comme si elle était toute seule. Elle attendait ce qui allait venir. Et ce qui va venir, ce n’est pas l’enfant, mais la possibilité d’utiliser l’Esprit qui conçoit, de le transmettre comme servant celui qui est conçu. Grossesse et enfant apparurent à cet instant presque comme un symbole. L’Esprit qui la couvre de son ombre et son corps qui est pris produisent, en collaboration avec le don total d’elle-même, le fruit qu’est l’enfant. Elle devient Mère par l’Esprit, mais elle devient aussi par lui Mère spirituelle. En même temps que la maternité physique se produit la maternité spirituelle qui, comme tout ce qui provient de l’Esprit, est inépuisable. Par la lecture d’un livre, une foule de choses peuvent s’éveiller en moi; de ce livre et de ce que je possédais spirituellement jusqu’à présent résultent de nouvelles questions. Cependant cette production est limitée et elle s’épuise à nouveau. Mais si j’ai conçu de l’Esprit Saint, la puissance créatrice est éveillée en moi de telle sorte qu’aucun terme n’est prévisible. Car ce qui a été une fois répandu ne cesse de se répandre. Et quand l’homme rend à Dieu ce qu’il a reçu, ce n’est pas non plus une fin; au contraire, c’est toujours un nouveau commencement, la possibilité de rendre encore. Ainsi voit-on en Marie qu’elle n’attend pas l’Esprit dans le sens d’une grossesse, mais dans le sens de sa maternité spirituelle. Et parce qu’elle possède déjà l’Esprit pendant qu’elle l’attend, elle est déjà Mère dans sa disponibilité à le recevoir (NB 9, n° 1562).

113. La démesure de l’Esprit

(Pentecôte 1946. Du journal du P. Balthasar). Adrienne : Parler en langues par l’Esprit. C’est l’Esprit qui va à la rencontre de l’Esprit, dans une sorte de compréhension de ce qu’il est en lui-même. L’esprit humain tourne autour de beaucoup de questions divines sans avancer; il ne cesse de s’y heurter. A peu près comme un Robinson qui ne peut pas se représenter ce qu’est l’amour, qui ne comprend pas non plus la sentence: <Aimez-vous les uns les autres>; il peut tout au plus échafauder sans cesse de nouvelles théories sur le sujet; mais si, un jour, il rencontrait vraiment le prochain, il apprendrait alors ce que peut être l’amour. Il y a quelque chose de semblable avec la descente de l’Esprit pour la connaissance et l’amour des choses divines. – Ou bien supposons que je te voie faire quelque chose dont le sens m’est caché; je n’y reconnais aucun dessein compréhensible. Je pourrais imiter tes mouvements et si tu me regardais, tu reconnaîtrais là quelque chose de tes desseins (inconnus de moi) et tu m’expliquerais ce que tu fais. Ou bien peut-être que j’imite tes gestes simplement par amour, pour te montrer ma bonne volonté et, par mes efforts, j’arriverai par moi-même à comprendre le sens de ce que tu fais. Finalement une longue éducation et une longue expérience peuvent m’apprendre que, jusqu’à présent, tu as toujours agi judicieusement et qu’on fait bien de t’imiter; le fait alors de ne pas comprendre tout de suite ne cause pas d’inquiétude profonde; ce que tu fais est certainement intérieurement plein de sens même si pour le moment c’est pour moi incompréhensible. Il y a ainsi des degrés différents d’adaptation de l’esprit humain à la démesure de l’Esprit divin (NB 9, n° 1563).

114. Parler en langues

(Pentecôte 1946. Du journal du P. Balthasar). Adrienne : Parler en langues par l’Esprit. C’est l’Esprit qui va à la rencontre de l’Esprit, dans une sorte de compréhension de ce qu’il est en lui-même. L’esprit humain tourne autour de beaucoup de questions divines sans avancer; il ne cesse de s’y heurter. A peu près comme un Robinson qui ne peut pas se représenter ce qu’est l’amour, qui ne comprend pas non plus la sentence: « Aimez-vous les uns les autres »; il peut tout au plus échafauder sans cesse de nouvelles théories sur le sujet; mais si, un jour, il rencontrait vraiment le prochain, il apprendrait alors ce que peut être l’amour. Il y a quelque chose de semblable avec la descente de l’Esprit pour la connaissance et l’amour des choses divines. – Ou bien supposons que je te voie faire quelque chose dont le sens m’est caché; je n’y reconnais aucun dessein compréhensible. Je pourrais imiter tes mouvements et si tu me regardais, tu reconnaîtrais là quelque chose de tes desseins (inconnus de moi) et tu m’expliquerais ce que tu fais. Ou bien peut-être que j’imite tes gestes simplement par amour, pour te montrer ma bonne volonté et, par mes efforts, j’arriverai par moi-même à comprendre le sens de ce que tu fais. Finalement une longue éducation et une longue expérience peuvent m’apprendre que, jusqu’à présent, tu as toujours agi judicieusement et qu’on fait bien de t’imiter; le fait alors de ne pas comprendre tout de suite ne cause pas d’inquiétude profonde; ce que tu fais est certainement intérieurement plein de sens même si pour le moment c’est pour moi incompréhensible. Il y a ainsi des degrés différents d’adaptation de l’esprit humain à la démesure de l’Esprit divin (NB 9, n° 1563).

115. Si je sais que l’Esprit est amour

(Pentecôte 1946. Du journal du P. Balthasar). Adrienne : Parler en langues : il peut se faire une effusion soudaine de l’Esprit et tu parles en langues. Jusqu’à présent je t’avais toujours compris tant soit peu, maintenant je ne comprends plus rien. Mais si je suis dans l’amour et si je sais que l’Esprit est amour, je sais aussi que le contenu de ce que tu dis est amour. Je ne peux pas comprendre peut-être le mot isolé de telle manière que je puisse l’expliquer aux autres, mais malgré cela je comprends. Et si l’un parlait dans la septième langue, l’autre dans la neuvième, ils se comprendraient quand même. Adrienne entend des gens qui parlent en langues. Elle dit : mon oreille qui est de ce côté-ci n’a pas compris ce qu’ils disent. Mais ils ont exprimé en vérité et avec amour qu’ils sont dans l’amour et donc qu’ils sont dans l’Esprit Saint. Et chacun aime d’une manière personnelle qui est en même temps la manière de l’Esprit s’il est dans l’Esprit. Ce qui est personnel est ce qui n’est pas transmissible, donc ce qu’on ne peut pas généraliser, les « langues » sont toujours personnelles. mais dans la mesure où cette expression personnelle est une expression dans l’Esprit et de l’Esprit, on la comprend aussi dans l’Esprit, et cela veut dire : dans l’amour. La certitude que celui qui parle s’adresse à nous correspond à la manière dont celui-ci le fait, c’est-à-dire dans l’amour (NB 9, n° 1563).

116. L’Esprit est comme l’humilité de Dieu

(1946. Du journal du P. Balthasar). Adrienne : Celui qui a reçu l’Esprit commence à l’adorer. Avant que l’Esprit ait commencé à agir en nous, il nous est étranger et nous ne le cherchons pas, ni en nous ni en dehors de nous. Mais parce que l’Esprit est l’amour, sa caractéristique est de transformer notre adoration de l’Esprit en adoration du Père et du Fils; il sort de son hypostase. Un signe en est qu’il ne reçoit jamais un symbole digne de lui : il apparaît comme flamme, langue, vent, colombe, dans des paraboles qui, en disparaissant, montrent peu de choses en comparaison de sa nature. Tout autre chose que lorsque le Fils paraît. Le Fils est l’enfant du Père et sa visibilité. L’Esprit est, dans sa manière d’apparaître, comme l’humilité de Dieu: il nous mène, au-delà de lui-même, au Père et au Fils (NB 9, n° 1566).

117. L’obéissance de l’Esprit

(1946. Du journal du P. Balthasar). Adrienne : En se laissant crucifier, le Fils accomplit d’abord une obéissance toute simple, physique: il met ses membres là où le Père veut qu’ils soient. Suit alors son obéissance absolue: quand il rend aussi au Père son Esprit, il se dépouille lui-même de tout ce qui lui appartient. Il rend librement l’Esprit. Ses mains et ses pieds, il ne peut plus les rendre qu’en l’absence de liberté parce qu’ils sont déjà cloués, déjà pris. Il n’a plus la possibilité de fuir parce que le Père et l’Esprit lui obéissent sur la croix. S’ils ne lui obéissaient pas, ils lui auraient épargné la croix par compassion, ou bien ils auraient fourni un remplacement comme pour Isaac. Cela fait partie de leur obéissance que, jusqu’au bout, ils considèrent comme Dieu le Fils dont la souffrance doit être infinie NB 9, n° 1636).

118. L’Esprit Saint a disparu

(1946. Du journal du P. Balthasar). Adrienne : Dans le dernier mois de sa grossesse, Marie a certainement connu une grande inquiétude. Ce qu’elle sent a une réalité qu’elle ne peut pas intégrer dans la réalité de ses connaissances sur la conception et la grossesse. Il y a donc aussi chez elle comme une inversion : à partir de la réalité perceptible actuellement elle doit faire un retour en arrière et redire son oui dans un sens totalement élargi. ‘Tu enfanteras un fils’. Bien! Mais l’ange est parti, l’Esprit Saint a disparu et parce qu’aucun homme n’était là il était facile que le tout glisse dans le spirituel. L’Eglise aussi peut se spiritualiser d’une manière fausse et elle peut même le fonder sur des paroles du Seigneur:  » Ma paix n’est pas de ce monde ». La distance entre ce que le Seigneur pense et ce que les disciples comprennent se reflète aussi dans la grossesse de Marie : c’est toujours quelque chose d’autre qui est entendu et là où finalement quelque chose est compréhensible, ce qui est compris demande la révision de ce qui s’est passé avant : quand j’ai dit oui, Dieu avait déjà en vue quelque chose d’autre que moi. Et je dois mettre en accord ce que j’ai vécu autrefois avec son aujourd’hui. Par la réalité de son corps en état de grossesse, Marie doit renouveler sa foi. Et cependant à la fin tout reviendra à l’unité : l’enfant qui vient au monde est un véritable enfant, donc elle est une vraie mère. Mais l’enfant est en même temps Dieu, donc c’était également une vérité réelle qu’elle a été couverte par l’Esprit (NB 9, n° 1652).

119. Les apôtres à la Pentecôte

(1946. Du journal du P. Balthasar). Pentecôte. Adrienne fait l’expérience de la descente de l’Esprit sur les apôtres. Ils n’étaient certainement pas sans défauts, mais la fidélité qu’ils gardaient malgré tout au Seigneur les rend capables de recevoir l’Esprit à la Pentecôte. Leur carrière jusque là était d’une certaine manière un mérite – fondé sur la grâce de l’appel – et maintenant la grâce de l’Esprit Saint entre en eux et en fait des saints. Adrienne voit exactement comment tout d’un coup la langue de feu descend sur eux et prend possession d’eux, trouve là à son arrivée, pour tout transformer, comme un sol préparé. Tous reçoivent une sorte de connaissance qui ne peut pas être réalisée maintenant mais qui demeure comme une disposition. Ils ont cette connaissance en tant qu’Église du Seigneur. Leur connaissance potentielle s’actualise chaque fois que la question se pose. Ils forment désormais une unité dans l’Esprit; de même qu’ils furent réunis, ils gardent l’Esprit ensemble et dans une certaine infaillibilité. En tant qu’isolés, il y a beaucoup de choses qu’ils peuvent ne pas savoir mais, en tant qu’organisme, ils ont la connaissance nécessaire pour résoudre les questions ecclésiales. Des questions peuvent être soulevées par certains, mais l’ensemble les examine et les résout, y compris par celui qui les a soulevées. Pierre a une position particulière qui ne lui est donnée cependant que dans le cadre du collège des apôtres. Ce n’est qu’à l’intérieur de l’Eglise qu’il a la possibilité d’être infaillible, par une fonction dans la communion des saints. Adrienne vit cela vers trois heures du matin (NB 9, n° 1800).

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