34/5 L’Esprit Saint

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L’Esprit Saint

dans l’oeuvre d’ Adrienne von Speyr

 

120. Les hommes qui refusent l’Esprit

(1947. Du Journal du P. Balthasar). La nuit…, Adrienne est à nouveau auprès de beaucoup de gens qui ne veulent simplement pas l’Esprit, qui lui barrent tout accès; ils ont établi eux-mêmes leur ligne et l’Esprit n’a pas le droit d’y toucher. Tout ce qu’il pourrait faire pour les stimuler, ils l’évitent, qu’ils reconnaissent ou non actuellement l’exigence de l’Esprit. La vision commence par un écolier assez grand et elle va jusqu’au vieillard. En général, les hommes refusent l’Esprit plus rapidement que les femmes. Celles-ci s’ouvriraient souvent si elles trouvaient un soutien auprès de leur mari. Mais pour le mari, l’Esprit n’est qu’un hobby de sa femme, et il ironise (NB 9, n° 1807).

121. Par l’Esprit du Fils nous apprenons à connaître le Père

(1947. Du Journal du P. Balthasar). Adrienne : Si on doit décrire à un étranger quelqu’un qu’on aime, on le caractérisera selon toute vraisemblance d’après ses caractéristiques extérieures; mais si l’étranger désire sincèrement connaître de plus près celui qu’on aime, et peut-être même l’aimer aussi, la description se fera beaucoup plus intime. Si finalement le Seigneur venait et demandait : De quoi a l’air celui qu’on aime, on dresserait un tableau de l’amour chrétien; ou plutôt le Seigneur lui-même dresserait ce tableau. Et l’aimé qu’il décrirait serait le Père. Il nous le décrit à l’intérieur de sa vision et de son amour célestes si bien que, par lui, nous contemplons le Père avec des yeux tout neufs. Par l’Esprit du Fils nous apprenons à connaître le Père et nous devenons plus aptes à le voir. Et plus quelqu’un a cet Esprit du Fils, qui est l’Esprit d’amour, plus il est capable de décrire et de montrer le visage intérieur du Père tel que le Fils le voit. Et plus il le comprend. On voit alors le Père non seulement dans le Fils, par le Fils, mais aussi en lui-même. Mais c’est le Fils qui nous a procuré cette vision. Il nous apprend à le regarder comme on apprend par un ami à connaître intimement son ami à lui et qu’on en reçoit l’intelligence (NB 9, n° 1913).

122. Le Père et l’Esprit permettent que le Fils contemple sa croix

(1948. Du Journal du P. Balthasar). Le matin du mardi de Pâques, Adrienne voit une triple croix : du Père, du Fils et de l’Esprit, mais dépassée dans la joie. Tout d’abord les croix semblaient séparées, puis elles coïncidèrent pour former une unique croix trinitaire. Et c’était comme si chaque joie du Père, chaque joie du Fils et de l’Esprit sortaient de la croix. Et comme si le Fils, à la fin du samedi saint, lors de sa résurrection, avait encore touché les autres croix. Comme si un mourant disait son chapelet et que deux amis prient en sa compagnie avec exactement le même chapelet et le lui donnent et finalement on ne sait pas avec quel chapelet le mourant a prié. Ainsi celui qui ressuscite va immédiatement au Père, mais de quel croix vient-il, ce n’est pas évident; en ressuscitant, il s’appuie sur les trois croix afin que le Père et l’Esprit reconnaissent la résurrection comme le résultat d’une œuvre commune, non comme l’œuvre isolée du Fils. Durant le temps de la Passion, la communauté trinitaire ne pouvait pas être visible mais, dans la joie de Pâques, le Père et l’Esprit permettent que le Fils contemple sa croix comme une œuvre trinitaire commune. Une nouvelle forme d’unité est créée entre le Père, le Fils et l’Esprit. Finalement peu importe laquelle des trois personnes a souffert; le Fils rétablit l’unité, et le Père et l’Esprit le laissent faire (NB 9 n°1972).

123. L’Esprit Saint comme un ange gardien

(1948. Du Journal du P. Balthasar). Jeunesse de Marie. Marie : chez elle tout se développait dans l’esprit des coutumes juives d’alors. Mais du fait qu’elle était préservée du péché originel, ce développement se fit, d’une manière cachée, dans un esprit chrétien. Elle possédait dans l’Esprit Saint une sorte d’éducateur et de règle d’après lesquels elle avait à se diriger. Comme si l’Esprit Saint lui-même avait assumé auprès d’elle le rôle de l’ange gardien. Et tout se passait simplement et comme allant de soi. L’Esprit était en elle comme d’habitude un éducateur est à côté de l’enfant. C’était l’éducation à une tâche, mais avec une connaissance de soi-même et de la vie qui était tout à la fois précise et sans emphase (”Je ne connais point d’homme”). A l’instant où on lui demande le sacrifice, elle doit savoir de quoi il s’agit. Certes on ne sait jamais exactement ce qu’on offre; mais on doit au moins savoir qu’on le fait. Ainsi Marie sait bien qu’elle renonce par là à disposer d’elle-même. Sans avoir péché elle-même, elle devait quand même avoir une certaine expérience du péché (NB 9, n° 1981).

124. Surtout ne jamais entrer en contact avec l’Esprit Saint

(Pentecôte 1948. Du Journal du P. Balthasar). Adrienne ne cesse de voir l’esprit humain, comment a priori il cherche “à se mettre en repos”, dans le contraire d’une révélation. Il a le désir de s’établir, d’éviter toute inquiétude. Il était pensé – peut-être depuis la première fête de Pentecôte – comme une flamme. Capable donc d’être sans cesse animé par l’Esprit. Mais la flamme s’éteint par manque d’air car l’esprit s’est isolé et l’Esprit Saint qui voudrait souffler ne peut plus animer le feu. Et on voyait comment les chrétiens acquièrent certaines vérités et certaines attitudes chrétiennes avec la volonté de ne pas faire un pas de plus. Et surtout de ne jamais entrer en contact avec l’Esprit Saint. De tout classer, aussi définitivement que des feuilles dans un herbier. De faire de l’évangile une collection de momies. Et cela avec des variantes infinies, toujours à l’intérieur de l’Eglise. Partout la foi se transforme en lettres, en cadre. Tout est réduit; les boîtes où l’on approvisionne l’esprit sont fabriquées de la manière la plus uniforme possible. Dans toute l’Eglise il y a une incroyable peur du courant d’air, de tout air frais. Finalement on peut se contenter de quelques extraits de la Bible, tout le reste on le refuse. On fait partie de ceux qui disent: “Ils sont pleins de vin doux”.  (NB 9, n° 1987).

125. Quand l’Esprit souffle vraiment

(Matin de la Pentecôte 1948. Du Journal du P. Balthasar). Adrienne : L’instant où les apôtres reçoivent l’Esprit et en sont ivres et parlent de Dieu dans les langues les plus impossibles qui cependant sont comprises. Ils parlent de Dieu sous une forme si fraîche, si naturelle, qu’elle est adaptée à quiconque veut entendre. La profusion des points de départ et des possibilités de Dieu doit être évidente une fois pour toutes. Et chacun peut se sentir interpellé et peut collaborer. Chacun peut correspondre. Quand l’Esprit souffle vraiment, personne ne peut dire: “Moi, il ne m’a pas atteint”; ou: “Je n’ai rien compris, c’était pour moi irréalisable”. Chacun doit comprendre. Il m’a été dit quelque chose vis-à-vis de quoi je pourrai vraiment prendre position, que je pourrai exécuter d’une manière ou d’une autre (NB 9, n° 1988).

126. L’Esprit souffle où il veut

(1948. Du Journal du P. Balthasar). Adrienne : L’Esprit souffle où il veut, il nous place où cela lui plaît. Comme à l’hôpital on “s’occupe” du malade, tout est bien fait (NB 9, n° 2006).

127. Elle est tellement dans l’Esprit

(1948. Du Journal du P. Balthasar). Adrienne : Marie avec les frères de Jésus. Marie va trouver son Fils avec eux. Ils pensent qu’il est hors de sens. Marie sait quelque part que ce n’est pas possible, car elle sait qui il est. D’un autre côté, elle connaît les frères : ils personnifient en quelque sorte la raison. Mais il est terriblement difficile pour elle de choisir entre le raisonnable et le surnaturel, même si on sait la vérité. Au fond elle craint qu’il pourrait se laisser retenir par les frères, prêter l’oreille aux arguments naturels. Elle est tellement dans l’Esprit qu’elle sait que s’il revenait avec eux, il gâcherait quelque chose d’important de sa mission. Les prophéties ne s’accompliraient pas. S’il vacillait, ne serait-ce qu’un instant, les frères pourraient l’emporter et gérer sa mission à sa place. Mais bien qu’elle espère qu’il ne reviendra pas à la maison avec eux, c’est quand même aussi terrible qu’il ne revienne pas (NB 9, n° 2018).

128. La décision de l’Esprit

(1948. Du Journal du P. Balthasar). (Marie et Jean au pied de la croix). Adrienne : Marie entend la parole du Fils qui l’associe à Jean. Elle l’entend en partie aussi en tout cas comme dite par l’Esprit. Comme une nouvelle exigence. Elle est en quelque sorte au même point qu’à l’Annonciation; la nouvelle exigence est née de celle d’autrefois; elle n’a pas besoin de dire un nouveau oui, parce que le oui d’aujourd’hui se trouvait déjà dans le premier; par celui-ci elle avait donné permission une fois pour toutes à l’Esprit et au Fils de choisir pour elle. Elle ne fait plus de choix par elle-même, elle sait aussi que sa décision est dessinée à l’avance dans la décision de l’Esprit. Chaque pas qu’elle fait contient déjà le pas suivant : elle marche sur une voie inéluctable. Elle se fie à son propre pas après s’être soumise à la décision de l’Esprit. Comme quelqu’un qui est monté dans un bateau pour un long voyage; il pense qu’il peut encore descendre à terre et tout d’un coup il remarque que le bateau vogue depuis longtemps (NB 9, n° 2020).

129. Interroger l’Esprit Saint

(1949. Du Journal du P. Balthasar). Adrienne : Montrer la disponibilité propre à l’Esprit Saint, y introduire. Comparable au curé d’une ville qui est là et qui est dans l’attente pour le cas où quelqu’un a besoin de lui. Pour chaque croyant, l’Esprit se tient dans une disponibilité de ce genre, prêt à lui donner plus que ce que le croyant tient pour possible. Et à vrai dire toujours plus. Quelqu’un pense : cette ville, je peux bien la visiter tout seul, j’ai un plan. Mais il décide finalement de prendre un guide, et celui-ci lui dit dès le début un tas de choses qu’il n’aurait pas remarquées lui-même. Et par ce qu’il dit, on est encouragé à lui poser davantage de questions; l’un suit toujours l’autre. C’est la caractéristique de l’Esprit de s’engager davantage si on l’interroge davantage. Nous devrions être beaucoup plus éveillés pour les questions, car toutes les réponses sont prêtes dans l’Esprit. Il y a surtout la possibilité d’éveiller dans l’Esprit Saint les questions qui sommeillent en nous. Dans le peuple croyant, la plupart des gens n’ont plus guère aujourd’hui de vraies questions, du moins des questions qui concernent la foi. On possède sa foi casée quelque part et on est content. Si on l’explorait, la plus grande partie en serait peut-être de la superstition. Les occasions qu’offre l’Esprit, on les laisse filer sans les utiliser (NB 10, n° 2050).

130. On devrait prier davantage l’Esprit Saint

(1949. Du Journal du P. Balthasar). Adrienne : On devrait aussi prier davantage l’Esprit Saint. On peut lire un livre religieux avec une totale indifférence et on ne sait plus guère ensuite ce qu’on a lu. On n’a pas prié l’Esprit pour qu’il nous donne l’ouverture. Et pourtant l’Esprit est toujours là et prêt à montrer, il suffirait de prier et de frapper, de s’ouvrir à l’Esprit comme au guide qui connaît mieux que nous les rues de la ville et qui peut nous conduire en des lieux inattendus, à l’une ou l’autre perspective imprévue. Il y a un arrière-fond de l’âme qui ne peut être touché que par l’Esprit. Et il est prêt à le faire; c’est une propriété particulière de l’Esprit qui fait partie de sa personne (NB 10, n°2050).

131. La possibilité de dire oui à l’Esprit

(Trinité 1949. Du Journal du P. Balthasar). Adrienne : Il y a la transsubstantiation du Fils dans l’eucharistie : il nous est offert pour qu’il vive en nous. L’Esprit opère cette transsubstantiation comme autrefois il porta le Fils dans le sein de la Mère. Mais le Fils porte l’Esprit dans sa vie terrestre depuis son baptême. Les deux choses sont une expression de la relation en Dieu Trinité : le Fils est porté par l’Esprit, l’Esprit est porté par le Fils. Et le oui de la Mère va à l’Esprit par l’ange et il ouvre pour nous tous la possibilité de dire oui à l’Esprit afin que l’Esprit porte en nous le Fils et le Fils l’Esprit. Le oui est l’acquiescement à ce mystère en Dieu qui les fait se porter l’un l’autre; l’acquiescement le plus profond se trouve naturellement en Dieu lui-même mais, par Marie, l’homme reçoit dans la grâce la possibilité d’y avoir part. Dans la fête d’aujourd’hui, il y a une sorte de concentration de toutes les fêtes chrétiennes par l’Esprit Saint qui représente le Père et le Fils, qui exprime ce que nous sommes capables de comprendre de Dieu, mais qui exprime aussi avant tout cette manière de participer à ce que Dieu exige de nous. Une vitalité qui dépasse de loin notre propre vitalité mais qui devrait tellement devenir la nôtre que peu importe ce que nous sommes si seulement nous laissons l’Esprit être en nous ce qu’il est. Et l’Esprit en nous entreprend en quelque sorte la révélation de toute la Trinité : le Père (dont il procède) demeure à l’arrière-plan, mais l’Esprit est pour nous le porteur de la parole du Fils, qui devient pour nous saisissable quand elle est portée par l’Esprit et insaisissable quand nous l’abordons avec notre propre esprit. (Il ne suffit pas que j’aie tous les éléments d’un devoir de mathématiques, il faut de plus une concentration pour que surgisse la solution. L’Esprit est cette concentration; dans les mathématiques, un instinct naturel peut suffire, mais nous n’avons pas d’instinct naturel pour la révélation surnaturelle de Dieu dans le Christ). Ceci serait donc un accès à la Trinité à partir de l’une ou l’autre donnée de la révélation biblique : nous reconnaissons que chacune des paroles du Seigneur est portée par l’Esprit, nous faisons l’expérience dans l’Esprit du contenu de la parole et, à partir de là, nous apprenons à connaître le mystère de la Trinité. Mais tout ceci non sans la médiation du oui de la Mère (NB 10, n° 2054).

132. Affinité de l’Esprit avec l’eau

(1949. Du Journal du P. Balthasar). En fin de compte Adrienne n’aime pas la montagne. Elle aspire à l’eau, surtout la mer. Le mouvement, la lumière, l’infini. Elle a particulièrement aimé les nénuphars de Monet à Paris parce que le monde entier est là dans l’eau, monte de l’eau… Elle ne cesse dire : je comprends maintenant que la mer m’a appris à méditer…. Elle parle de l’affinité de l’Esprit Saint avec l’eau : fluidité, incompréhensibilité, transparence, lumière. Elle séjourna deux jours à l’hôtel palace de Lucerne; elle en a goûté le plaisir parce qu’elle avait vue directe sur le lac. Les montagnes lui semblent bornées, imposant des limites (NB 10, n° 2068).

133. Le monde appartient à l’Esprit

(Ascension 1950. Du Journal du P. Balthasar). Adrienne : Puis je vis l’Ascension, d’abord en Terre sainte. Et il se passa quelque chose d’incroyable : à l’instant où le Seigneur s’éleva, chacun se dégagea de lui-même. A personne ne vint la pensée : que va-t-il en advenir de moi? Que va-t-il en advenir de l’Eglise? Serons-nous emportés également dans les hauteurs? Tous ne pensent qu’à une chose : le Fils va vers le Père! Et tous sont pour ainsi dire emportés avec lui. Et parce que personne n’a vu le Père si ce n’est le Fils, arrive l’instant où le Fils seul continue pour rencontrer le Père dans l’Esprit, dans une sphère où notre esprit n’a plus accès. L’Ascension est en quelque sorte en trois parties : le Fils va de la terre au ciel, il est pris par l’Esprit, il arrive devant le Père. Dans la prière, nous pouvons l’accompagner jusqu’à la deuxième phase parce qu’elle forme un pendant à la conception de la Mère. Ce qui est de ce monde est maintenant encadré par ces deux événements : l’instant où l’Esprit a couvert la Mère de son ombre, celui où le Fils est repris par l’Esprit. Entre ces deux conceptions se trouve l’événement-monde. Le tissu du monde est si fortement attaché par ses deux extrémités à l’Esprit dans le ciel qu’on comprend aussi que le monde appartient à l’Esprit et que l’Esprit ne cesse de visiter son monde. Le monde n’est pas quelque chose qui est largué par le ciel comme quelque chose de complet, il est quelque chose qui a à se compléter pour le ciel. Et c’est l’Esprit qui fait que la tendance du monde à la convexité soit transformée par la grâce en concavité pour Dieu. Ainsi le monde demeure maintenant constamment dans l’acte, provenant du Père, d’être conçu et vivifié par l’Esprit et le Fils, parce que l’Esprit et le Fils ont attaché indissolublement le monde au ciel du Père. L’Esprit de la Pentecôte tombe toujours sur un monde tourné vers Dieu. Parce que le monde est ainsi orienté, nous nous trouvons toujours avec l’exigence de recevoir. Notre relation à Dieu n’est plus celle de l’ancienne Alliance où l’on était encore capable d’arrêter, de mettre un point final; dans la nouvelle Alliance, aucune mission n’est jamais finie (elle peut tout au plus mal tourner au cas où l’homme s’y refuse). Le fait que le monde ait été orienté vers Dieu par le Christ et par l’Esprit fait espérer et recevoir toujours du nouveau à ceux qui croient de manière vivante. Quand un oui est abandonné, c’est que dès le début il n’était pas tout à fait authentique. Malgré leur objectivité, les missions sont dans la nouvelle Alliance beaucoup plus personnelles que dans l’ancienne parce qu’elles se réalisent toutes dans le Seigneur qui a eu la mission la plus personnelle. Dans l’accueil du Fils par l’Esprit, c’est la totalité de la foi et de la vérité ecclésiale qui devient visible. Elle n’est pas composée de petits morceaux de mosaïques. Toutes les parties s’intègrent dans le tout et reçoivent là leur sens final. Tous les épisodes de la vie du Seigneur deviennent définitivement remplis de sens lors de son accueil dans l’unité de l’Esprit. Quand le croyant comprend cela, il voit combien il est essentiel de faire route avec le Fils vers le ciel. Ce n’est que lorsque toutes les strophes sont réunies que l’on comprend la poésie (NB 10, n° 2116).

134. Attention! L’Esprit est à l’œuvre!

(Pentecôte 1950. Du Journal du P. Balthasar). Adrienne : Le Père, personne ne l’a jamais vu; le Fils est visible en tant qu’homme, en tant que Ressuscité, en tant qu’apparaissant, visible à côté de son invisibilité. L’Esprit Saint n’est ni invisible comme le Père, ni visible comme le Fils. Il peut ou bien n’être qu’invisible ou bien prendre une sorte de visibilité indirecte, quand il comble le monde et les hommes. Mais il n’est ni colombe, ni langue de feu, etc. Il dresse des signaux de lui-même: Attention! L’Esprit est à l’œuvre! Tôt le matin j’ai vu un tableau avec beaucoup de saints. Un tableau seulement, mais très naturel… Mais ensuite le tableau prit tout d’un coup trois dimensions et une colombe de flammes tomba d’en haut, verticalement, comme un morceau, bien au-dessus du tableau pour ensuite se disperser rapidement en un éclair horizontal. Et alors les saints qui étaient peints devinrent vivants. Le Seigneur appelle quelqu’un, Jean par exemple ou la petite Thérèse; mais c’est la descente de l’Esprit Saint qui le rend apte au service, qui le rend saint. Il lui laisse sa personnalité qu’il a de par la création, mais il l’élève pour en faire une personnalité sainte. Si on cherche à déterminer et à vénérer chez un saint l’une ou l’autre qualité humaine particulière, on le rabaisse, car sa sainteté se trouve avant tout dans le fait qu’il a été rempli par l’Esprit Saint et qu’il lui appartient. C’est l’Esprit qui s’empare des forces du saint. Par l’Esprit Saint, elles dirigent elles-mêmes quelque chose sur une voie déterminée; le fait qu’il « souffle où il veut » s’exprime dans le caractère d’ensemble, mais elles ont la possibilité de le diriger sur un point précis. Qu’un saint soit possédé par l’Esprit, on le remarque particulièrement à sa patience; mais cette qualité ne sort pas de l’unité qu’elle forme avec les autres qualités conditionnées par l’Esprit. Si le culte spirituel d’un saint régresse et se conjugue avec de la superstition (comme pour Antoine), c’est notre péché qui en est responsable : notre foi perd la faculté de sentir l’Esprit dans le tableau d’ensemble du saint. Si je sélectionne la qualité qui me manque pour la retrouver et la vénérer dans le saint, c’est moi que je prends pour mesure et non plus l’Esprit. L’Esprit choisit des signes de peu d’importance (comme la colombe, la langue de feu) pour souligner que la supériorité de son action se trouve dans l’invisible. Il nous incite par là à toujours chercher dans tous ses signes la grandeur et la totalité (NB 10, n° 2117).

135. Ce qui est important, c’est l’Esprit

(1950. Du Journal du P. Balthasar. – Au sujet de la dictée de l’épître aux Philippiens). Adrienne : Quand je dicte, je vais en un lieu très précis où je me fatigue. Où il y a une tension de l’esprit que je ne peux pas fournir moi-même. Elle est fournie, mais en faisant appel à toute ma force spirituelle. Non comme si j’attribuais à celle-ci une valeur très importante, très positive, mais elle est un tout, mon tout. Naturellement, c’est « inspiré », et rien n’est forcé. Supposons deux amoureux : en raison de son amour, l’un peut avoir l’inspiration de donner à l’autre un baiser ou de renoncer pour lui à un petit quelque chose ou bien aussi de donner sa vie pour lui. Et peut-être qu’il ne l’aime pas davantage quand il donne sa vie pour lui que lorsqu’il lui donne seulement un baiser. Ce qui importe, c’est l’amour, et viennent alors les trouvailles de l’amour. Dans les dictées, ce qui est important, c’est l’Esprit. Et l’Esprit se sert de moi tout comme dans l’amour de ces deux amoureux l’amour se sert de l’un des deux. L’amour demandera à l’autre des choses qui lui sont possibles en quelque sorte; il ne va pas lui arracher de manière explosive ce que l’autre veut lui offrir; il ne va rien revendiquer d’insensé, mais seulement ce qui est possible et utile pour l’amour. Mais même quand l’amoureux accomplit le plus grand acte d’amour, l’amour sera encore toujours ce qui est plus grand que tout acte. Quand il s’agit de l’Esprit, il requiert en quelque sorte de moi ma collaboration jusqu’au point où je peux aller, mais alors il complète. – Entre amoureux, le baiser peut passer pour la plus haute expression de l’amour; ou bien si l’un prête à l’autre une petite somme, celle-ci peut être « tout » parce que peut-être il n’y en avait pas plus de disponible. Celui qui aime considère comme parfaits ces actes de l’aimé. De même l’Esprit accepte le peu que l’être humain est en mesure d’offrir pour qu’il le complète ensuite. Il conduit comme l’amour conduit les amoureux. Et maintenant c’est très difficile à expliquer; cette conduite peut aussi être telle qu’elle mène à quelque chose de plus grand : l’amoureux comprend que l’aimé requiert davantage, et il obéit et il accompagne. De même la conduite de l’Esprit peut aussi être telle qu’elle mène à quelque chose de plus grand; et je ne veux pas distinguer si c’est le sien ou le mien. Sans doute le sien en moi et avec moi (NB 10, n° 2128).

136. Pouvoir entendre l’Esprit

(1951. Du Journal du P. Balthasar). Adrienne : Dans les cloîtres, il y a souvent un faux retour sur soi: le souci angoissé de garder son coeur pur, de ne commettre de péché en aucun cas et, pour cette raison, de rechercher l’obscurité. Au lieu de ne regarder que le Seigneur, au lieu de regarder ce qu’il a en vue pour moi, non en considération de ce que je suis, mais en vue du royaume du Père. Vivre dans l’ouverture à Dieu afin qu’on puisse entendre l’Esprit. Le régulateur de l’écoute, c’est la confession. De même que la nudité est la condition du bain et également de l’examen médical, l’ouverture dans la confession est la condition de l’entrée dans la grâce. Il y a deux classes de pénitents : les uns se confessent eux-mêmes, sans l’Esprit; le confesseur n’a qu’à écouter et à se contenter de ce rôle. Je connais et juge moi-même le fait de mon péché, je m’en repens aussi pour vivre à nouveau dans l’Eglise, mais une Eglise alors qui ne peut être qu’une Eglise dépourvue d’Esprit. L’absolution me rend en quelque sorte « vide », elle me remplit de l’Esprit Saint. Les autres se confessent dans l’Esprit; l’Esprit alors, qui anime aussi le confesseur, qui doit l’animer pour son ministère, pénètre leur bonne volonté par l’absolution et les rend capables de l’entendre, de l’entendre mieux ou de l’entendre tout simplement. Souvent quand, dans la vie quotidienne, j’implore l’Esprit et qu’apparemment je ne suis pas exaucée, c’est un signe que je devrais me confesser pour pouvoir prier à nouveau à partir de la nudité de la confession. J’aurais alors une nouvelle chance de me dégager de moi-même (NB 10, n° 2149.

137. La mission de l’Esprit n’est pas de descendre en enfer

(1953. Du Journal du P. Balthasar. – Avant l’Ascension. Sur la place de la descente aux enfers). Adrienne : En devenant homme, le Fils descend sur la terre pour demeurer dans l’horizontal de la vie humaine jusqu’à ce qu’il meure et descende encore plus bas : jusqu’en enfer. Il y a donc ainsi une double descente. A celle-ci correspond pour ainsi dire une double montée difficile à comprendre et difficile à exprimer : premièrement la résurrection avec les quarante jours qui suivent sont en quelque sorte à nouveau à l’horizontal, et puis l’Ascension qui correspond au mouvement inverse de l’Incarnation. Et du ciel, le Fils envoie l’Esprit sur l’Église. La descente aux enfers, durant les trois jours entre la croix et la résurrection, est unique et ne se reproduira plus; on peut tout au plus avoir part à cet événement unique par la grâce du Seigneur. Le purgatoire qu’il y a depuis lors n’est pas une descente, mais une forme de chemin vers le ciel. Le point le plus bas est dès lors la terre (pas étonnant qu’elle ressemble parfois à l’enfer). Le Fils envoie l’Esprit sur le monde, mais il ne fait pas partie de la mission de l’Esprit de descendre en enfer. Il reste sous la forme de la flamme et il touche tous ceux pour lesquels il est venu. L’image de la Pentecôte est quelque chose comme un point final. C’est au Fils que l’enfer a été offert en raison de son Incarnation et de sa Passion. C’est le plus grand cadeau que le Père pouvait lui faire. Il ne sent pas le Père là et il n’envoie pas l’Esprit. Il suffit qu’il se soit montré là (NB 10, n° 2183).

138. Nous ne pouvons pas imaginer l’Esprit Saint

(Ascension 1953. Du Journal du P. Balthasar). Adrienne : D’abord j’ai vu la Mère avec les apôtres. Il n’est pas facile de décrire l’état d’âme des apôtres. Et cependant en même temps ce n’est pas difficile parce que c’est aussi l’état d’âme des chrétiens d’aujourd’hui : quelque chose entre le regret et l’espérance, entre l’angoisse et l’amour, entre l’occultation et l’évidence. Ce qui est attendu arrivera, mais cela aura un autre poids que l’attente. Nous n’arrivons pas à vivre totalement dans le jour présent, à ne porter que le souci d’aujourd’hui et à nous interdire tout coup d’œil sur l’avenir. Le Seigneur va aller au ciel, il va quitter ses disciples, il va envoyer l’Esprit promis : tout cela semble si étrange. Lui qui a comblé tant de nos désirs, qui nous a accordé sa proximité comme le plus grand des cadeaux, va nous quitter. Et comme il connaît nos lacunes et notre peu de courage, il va nous envoyer l’Esprit Saint que nous ne pouvons pas imaginer. Il l’a en quelque sorte rendu au Père comme son propre Esprit et maintenant il va demander qu’il lui soit rendu afin qu’il nous transforme d’une manière qui ne sera pas la manière du Fils : il ne va pas prendre chair pour engager avec nous des entretiens. Le fait de ne pouvoir se représenter l’Esprit Saint qui va venir ajoute à l’accablement des apôtres : ils ont participé à la Passion, ils ont vécu le retour du Seigneur qui fut si difficile à accepter pour Thomas. Et voilà que maintenant un nouveau départ est en vue avant même qu’ils soient seulement venus à peu près à bout de ce qui est arrivé : la croix et la résurrection. Est-on un converti? Un disciple du Seigneur? Mais comment cela s’il nous laisse tomber? Et il dit pourtant qu’il va au Père pour tout accomplir; nous devrions donc être enchantés de son départ, nous devrions voir dans la nouvelle séparation une nouvelle grâce. Mais nous ne sommes pas habitués à renoncer à nos propres réflexions pour accepter simplement ce que le Seigneur dit et demande (NB 10, n° 2184).

139. Enraciné dans l’Esprit Saint

(Avant la Pentecôte 1955. Sur l’Esprit Saint. Du Journal du P. Balthasar). Adrienne : Où est l’Esprit et où n’est-il pas? Où agit-il et où n’agit-il pas? Avec quelle force est-il capable de se mélanger à l’esprit humain de sorte qu’on puisse discerner vraiment qu’un homme est animé par l’Esprit? Ces questions se posaient sans une très forte participation du moi humain. J’aurais pu tout aussi bien réfléchir à un problème de médecine ou à autre chose. Puis durant la nuit, il y eut des chocs, je perdis pied et je me trouvai dans une totale solitude; je n’avais ni la force ni le courage ni la volonté ni la mission de briser cette solitude et de parler avec vous. Quand je vous voyais dire le bréviaire et que cela me faisait penser au mystère de la confession, au pouvoir de lier et de délier, et que je voyais à quel point, en tant que prêtre, vous êtes enraciné dans l’Esprit Saint, et comment il vous prend, vous tient et vous féconde, j’étais très touchée… Dieu n’a-t-il pas précipité par là le prêtre dans une aventure inouïe? Ne l’a-t-il pas trop chargé? Est-ce que chaque prêtre, s’il comprenait ce qu’il exerce, ne devrait pas en souffrir autant que Vianney? (NB 10, n° 2218).

140. L’Esprit agit de deux manières

(27 mai 1955. Du Journal du P. Balthasar). Adrienne : Après avoir couvert Marie de son ombre, l’Esprit Saint vit en elle : dans l’enfant comme tâche naissante et en même temps dans son propre esprit. Il est d’une part ce qu’elle a reçu en elle comme quelque chose d’objectif, ce qu’elle verra plus tard dans l’enfant, vis-à-vis de quoi elle a une certaine distance, la distance qu’on a vis-à-vis des choses qui sont perceptibles avec les sens d’une certaine manière. Mais d’autre part il est en même temps l’Esprit en elle, qui a pris possession de son esprit et le conduit, qui marque sa prière, son aspect, son être tout entier. Il vit donc déjà comme une vie qui procure l’échange, en elle, quand il accomplit l’échange entre elle et son enfant. Quand elle adore l’enfant, elle prie l’Esprit Saint dans l’Esprit Saint. Quand elle élève l’enfant, ce n’est pas seulement son esprit à elle qui se penche vers l’esprit de l’enfant, mais c’est l’Esprit Saint en elle qui rencontre l’Esprit Saint dans l’enfant. Il en est de même au fond en chaque mission : l’Esprit agit de deux manières. D’une part dans l’envoyé pour lui montrer sa vocation, son élection et ses obligations; il anime la prière, la méditation, l’action. Mais aussi dans les tâches concrètes. Les missions ont toujours une part qui est à l’Esprit et qui rencontre l’Esprit dans l’envoyé, d’une certaine manière sous la forme d’un appel et d’une reconnaissance; et cette rencontre donne la certitude (NB 10, n°2219).

141. L’Esprit Saint nous dit que nous sommes aimés

(27 mai 1955. Du Journal du P. Balthasar). Adrienne : L’Esprit est surtout dans l’homme un Esprit de prière. C’est de là qu’il jaillit, qu’il crée l’échange et l’équilibre, qu’il offre la certitude sereine, le oui constant; cela prend naissance dans la paix de la prière, dans l’isolement et la solitude. Mais il peut aussi se faire reconnaître à l’extérieur si bien que d’autres sont attirés parce qu’ils comprennent qu’ici souffle l’Esprit. Élisabeth reconnaît la mission de Marie, nous reconnaissons les missions des saints, beaucoup de pécheurs reconnurent la vocation de Vianney; l’Esprit Saint est reconnu aux charismes. Jamais le don ne peut être expliqué dans ce qu’il a d’unique, il renvoie et ramène à la divinité de l’Esprit, à sa fonction dans la Trinité. Et la foi, l’amour et l’espérance vivent en lui et se nourrissent de lui pour s’accomplir au fond; leur vie propre n’est pas à séparer de la vie de l’Esprit en Dieu. Une espérance qui ne serait pas animée par l’Esprit ne serait pas chrétienne. Elle serait une confiance simplement humaine qui serait comblée ou non selon le hasard. L’Esprit intègre en lui tous les points de départ humains, il les utilise comme des pierres pour sa construction, il les tire à lui, il leur donne une forme définitive; en tout cela il engendre et il crée, il donne au passé une vraie présence, une existence dans l’aujourd’hui, qui a ses racines aussi bien dans le passé que dans l’avenir, mais constamment il donne aussi la vue de ce qui est en devenir afin que nous ne restions pas paralysés dans l’aujourd’hui mais que nous restions ouverts et créateurs, et que nous expérimentions, aussi bien dans l’être que dans le devenir, la présence de l’éternité vivante de Dieu Trinité. L’Esprit donne son témoignage pour la constance de notre âme, pour l’éternité à laquelle nous appartenons. Il nous dit que nous sommes aimés et que nous avons le droit de rester dans l’amour, et l’amour, c’est Dieu (NB 10, n° 2219).

142. Un passage de l’Esprit dans sa vie

(22 juillet 1958. Du Journal du P. Balthasar) Adrienne : Un pénitent parmi beaucoup d’autres est touché, il comprend, il veut se confesser honnêtement, recevoir une absolution qu’il peut regarder comme un passage de l’Esprit dans sa vie, comme une réponse que Dieu lui fait. Ou bien on a le sentiment qu’on devrait justement prier encore davantage pour ceux qui ont été touchés parce que souvent ils se referment si vite à nouveau. Très vite, ils ne veulent plus l’admettre, ils ne veulent plus se souvenir, ils rejettent tout derrière eux comme s’ils avaient honte de s’être confessés une fois comme il faut et d’être sortis de leur pharisaïsme (NB 10, n° 2266).

143. Il n’est pas dans la manière de l’Esprit de s’imposer

(31 mai 1960. Avant la Pentecôte. Du Journal du P. Balthasar). Adrienne : Quand l’Esprit Saint se présente et se montre sous l’une ou l’autre forme, il y a dans la rencontre avec lui le fait qu’on est élevé en lui; et cela ne semble pas tout d’abord changer la qualité de la prière. L’Esprit est là, celui qui prie aussi; celui qui prie sait que l’Esprit viendra à la Pentecôte, qu’il est toujours déjà en train de venir, et que cette venue signifie un mouvement de Dieu qui doit être continué dans l’Église et dans le monde. L’Esprit illumine ceux qui prient afin qu’ils rayonnent eux-mêmes l’Esprit. Pour beaucoup, ceci est difficile parce qu’ils sont tellement liés : à eux-mêmes, à leur milieu, à leurs expériences; ils ne sont pas habitués à réduire leur liberté, et même parfois à y renoncer totalement. Ils n’ont aucun usage de la grande liberté du chrétien dans l’Esprit Saint et ainsi leur manque de liberté ne leur permet pas de recevoir dignement l’Esprit. Pourtant il souffle à travers toute l’Eglise et il veut se communiquer à la Pentecôte de manière plus éclatante que d’habitude et descendre sur chacun. Apparaît alors soudain une sorte de parallèle avec le trésor de prière de l’Église : comme si l’Esprit devait déposer dans l’Eglise une réserve. Elle est constituée de ce que nous ne comprenons pas, de ce à quoi nous renonçons, de ce que nous pensons ne pas pouvoir recevoir. Si nous étions plus vivants dans la prière, nous pourrions recevoir infiniment plus, comprendre aussi infiniment plus et être infiniment plus que nous ne le sommes. En tant que mus par l’Esprit, nous serions des hommes libres. Mais il y a une décision qui traverse tout cela : entre la compréhension ordinaire que j’ai de moi-même, à laquelle je ne veux pas renoncer, et la compréhension que m’offre l’Esprit. Et en général il n’est pas dans sa manière de s’imposer. Il en reste plutôt à l’offre. Il ressemble à une mère qui a apporté quelque chose pour son enfant; pour une raison ou pour une autre, l’enfant n’est pas en situation justement de recevoir le cadeau; pour le moment, la mère met le cadeau dans l’armoire; elle sait que l’heure opportune viendra. L’Esprit aussi, malgré son omniscience, espère que l’heure de la remise du don viendra. Mais pour le moment nous préférons ne rien savoir de cette heure. Mais là où il y a une vraie rencontre de l’Esprit, il y a une conversion, il y a une orientation vers Dieu Trinité, qui est portée et produite par l’Esprit. Celui qui prie posséderait alors la possibilité d’expérimenter d’innombrables choses dont il n’avait jusque là aucune idée, mais la possibilité aussi de faire beaucoup de choses et de rayonner ce qu’il vient de recevoir de l’Esprit; ce serait un nouvel amour, une nouvelle vie (NB 10, n° 2285).

144. L’Esprit l’a touché

Le Seigneur, en tant qu’homme, suit l’Esprit… L’Esprit a préparé son incarnation, il a accompagné son humanité et aucune de ses démarches ne s’est effectuée sans que l’Esprit l’ait devancée… « Toi, suis-moi » : l’apôtre suit l’appel parce que l’Esprit l’a touché, l’a rendu attentif à la venue du Seigneur. Et pour le Seigneur qui appelle, il y a dans son action, à côté de son obéissance au Père, la reconnaissance de l’action de l’Esprit dans l’appel lui-même. « Toi, suis-moi » : le Fils dit cela au bon moment, quand l’autre a été préparé par l’Esprit; l’appel devient audible pour l’apôtre parce que la voix de l’Esprit a pris forme en lui (NB 4, p. 157-158).

145. La plénitude toujours vivante de l’Esprit

En devenant homme, Dieu se donne un accès à toutes les possibilités de l’humain. Il a les apparences et la voix d’un homme, il a des yeux et des oreilles, on peut le voir, on peut lui parler d’homme à homme. Et comme il a pris avec lui l’Esprit Saint dans son humanité, l’Esprit participe aussi à cette accessibilité multiple. Après le séjour du Fils sur terre, l’Esprit est devenu pour nous beaucoup moins abstrait qu’auparavant. Surtout parce que nous pouvons observer dans le Fils les effets de l’Esprit. Marie est façonnée pour l’Esprit d’une manière unique. Quand elle met au monde le Fils, elle reçoit l’Esprit sous la forme d’une connaissance approfondie. Elle l’a rencontrée quand il l’a couverte de son ombre. Il l’a couverte de son ombre pour lui permettre de porter cet enfant. Et quand l’enfant devient visible, elle reconnaît en lui l’Esprit, et seulement alors elle devient accessible à tous les dons de l’Esprit qu’elle voit reposer sur son Fils. C’est pourquoi la théologie de notre temps peut aussi s’adresser à elle pour lui poser des questions qui sont les questions de notre temps et qui ne se posaient pas encore de son temps. Elle peut répondre avec la plénitude toujours vivante de l’Esprit qu’elle a reçue en elle et qu’elle a saisie après la naissance de son Fils. Pour elle, la grande apparition de l’Esprit et sa grande irruption, c’est la naissance du Fils. Pour les saints, c’est quand ils reconnaissent le Fils en correspondant à la mission que Dieu leur donne. Leur manière particulière d’être façonnés pour le Seigneur leur est donnée par Dieu comme une esquisse de leur mission (NB 4, p. 171-172).

146. L’Esprit Saint et les dévotions

Vous connaissez le Notre Père… C’est la parole du Fils… C’est la relation au Père; c’est à lui seul partout qu’on adresse la parole. Mais c’est une prière chrétienne parce qu’elle exprime la relation du Fils au Père. Et il en est ainsi en toute prière chrétienne. Je peux aimer la dévotion au cœur de Jésus, mais derrière, il y a le Père, il y a l’Esprit. Et sans doute sommes-nous libres dans l’Eglise de cultiver les dévotions auxquelles nous tenons, mais elles doivent toutes contenir l’Esprit du Fils(NB 4, p 236).

147. L’Esprit Saint est après le Père et le Fils

Dans le mouvement de Dieu qui va du Père vers le Fils et des deux vers l’Esprit, les deux mouvements sont communs dans le temps éternel (qui n’est pas un temps) : la séparation l’un de l’autre et l’existence l’un dans l’autre. Depuis toujours. Le Fils est après le Père parce que celui-ci l’engendre, et l’amour, l’Esprit Saint, est après le Père et le Fils étant donné qu’il procède des deux. Mais ceci, en se trouvant entre les deux et en les unissant, en allant et venant de l’un à l’autre; ainsi il crée des orientations et en même temps il y renonce parce que des deux il fait l’unité. Procédant du Père et du Fils, l’Esprit abolit la distance entre eux ou bien, de cette distance, il fait le mouvement, il fait qu’ils sont parfaitement l’un dans l’autre (NB 4, p. 351).

148. Vouloir être plus malin que l’Esprit

Que fait une fiancée si son fiancé l’aime plus qu’elle ne l’aime? Il peut alors lui donner de son amour à lui afin qu’elle l’aime en retour avec son amour à lui. Il peut lui envoyer son esprit et le recevoir d’elle en retour. Dieu peut faire de même: il m’envoie son Esprit et je l’aime en retour avec cet Esprit. C’est ainsi que fait le Seigneur avec son Eglise… Le Seigneur ne cesse d’offrir à l’Eglise sa chair et son sang. Mais il doit en même temps lui donner son Esprit afin qu’elle comprenne que son présent est sa chair et son sang. Il distribue donc son Esprit, l’Esprit du Père, et l’Esprit à son tour se laisse distribuer d’une manière eucharistique dans un double sens : horizontalement, dans toute l’Eglise, et dans l’eucharistie du Fils lui-même pour la garder vivante en ceux qui la reçoivent. Cette première distribution n’est pas liée à la distribution eucharistique; un chrétien peut avoir part chaque jour à la distribution de l’Esprit sans communier. Et de plus c’est dans l’Esprit qu’est contenue la hiérarchie, qui n’est pas contenue dans l’eucharistie. La hiérarchie a sans doute affaire avec le Fils parce que le Fils a institué le sacerdoce, le ministère, la confession, etc. Mais la mesure d’Esprit qui y est liée, c’est l’affaire de l’Esprit. Tous ceux qui ont part à l’ordre ecclésial vivent de cet Esprit et il est vivant et agissant en toute fonction ecclésiale, donc aussi dans l’eucharistie… L’hostie est la semence de Dieu et celle-ci doit être déposée dans un organe qui garantisse la fécondité.  Et n’est-il pas vrai que dans l’Eglise d’aujourd’hui l’image de l’Esprit est beaucoup plus brouillée que celle de l’hostie. Celle-ci l’est indirectement par l’Esprit. Chacun se rétrécit et se refuse. Chacun veut être plus malin que l’Esprit. Et par ce refus de l’Esprit, tous les sacrements sont diminués. On le reconnaît peut-être de la manière la plus immédiate pour l’eucharistie parce que le Seigneur et l’Esprit forment ici pour notre intelligence une unité compréhensible. Car ce n’est que dans l’Esprit de Dieu que j’affirme que ce pain est la chair du Christ. Et cet Esprit de Dieu, le Fils l’a insufflé dans l’Eglise hiérarchique et je dois me tenir à lui dans la foi. Mais naturellement si tous s’associent pour remplacer cet Esprit objectif par leur propre esprit subjectif, faible, pécheur, l’Esprit de l’Eglise sera toujours plus empêché d’agir : il étouffe (NB 4, p. 423-424).

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