34/6 L’Esprit Saint

 

34/6

L’Esprit Saint

dans l’oeuvre d’ Adrienne von Speyr

 

149. L’Esprit Saint et le péché

Le péché en tant qu’objet appartient à l’Esprit Saint. Il le montre à l’esprit de l’homme et le lui rend perceptible. En enfer, le péché est abandonné par l’Esprit Saint. Le Père voit l’ensemble du péché et il partage avec l’Esprit Saint le mystère du péché dans son objectivité. Quand l’Esprit montre le péché à l’homme, c’est que Dieu le Père lui a donné l’Esprit. Il fait cela pour que l’homme comprenne le péché. Cela, c’est le don du Père (NB 3, p. 110).

150. L’Esprit Saint est là pour aider le Père comme le Fils

Il serait facile pour le Père d’étendre autour de la croix sa main protectrice; elle est assez grande et assez puissante pour la dominer tout entière. Mais justement il ne lui est pas permis de le faire. Car il doit participer à l’impuissance du Fils. Comme si cette impuissance ouvrait au Père une nouvelle possibilité : ne pas pouvoir, bien qu’il en ait le pouvoir. Quelque chose comme assumer une impuissance volontaire. Non seulement le Père n’a pas le droit d’envelopper la croix de manière à l’enlever au Fils, mais il doit prendre part à la mise en croix du Fils. Il doit comme se porter à la rencontre de la tension – on pourrait dire « nerveuse » – du Fils qui, pour celui-ci, ne peut plus être augmentée : se porter à la rencontre de cette tension par le fait que le Père se détend  « moins » qu’il ne le voudrait. (Comme un maître qui retient son savoir pour être à l’unisson de son élève). Le Père laisse au Fils sa volonté propre qui, en son fond ultime, coïncide avec la volonté de mission du Père. Comme si, à la croix, il y avait une sorte d’inversion de la demande: « Que ta volonté soit faite, non la mienne ». L’Esprit Saint est là pour aider le Père comme le Fils dans leur impuissance identique et pourtant opposée; il est comme un miroir qui se tient devant le Père comme devant le Fils pour que, le plus clairement possible, ils reconnaissent toujours ce que l’autre désire. L’Esprit n’est pas seulement aide, il est aussi, en un certain sens, l’informateur qui indique de la manière la plus objective, la plus exacte, qui est Dieu le Fils et ce qu’il désire donner, et qui est Dieu le Père et ce qu’il désire donner. Cette impuissance du Père, qui lui est comme imposée, approfondit la distance qui sépare le Père du Fils, et l’Esprit qui sert de médiateur entre la volonté du Père et celle du Fils met toute sa volonté à souligner la distance requise de la manière dont le Père et le Fils le demandent, voulant et ne voulant pas tout à la fois. Le voulant, parce qu’il en a été décidé ainsi; ne voulant pas, parce que, sur le moment, c’est le plus difficile : ils sont comme prisonniers de leur propre volonté (NB 3, p. 180-181).

151. L’Esprit Saint et la mort

Le Fils a reçu son corps du Père, sur la croix il le lui rend; et il fait alors presque comme si le Père lui-même avait un corps dans lequel le Fils peut déposer son Esprit. Ces mains du Père sont intactes, ce sont des mains qui n’ont pas souffert et qui par là sont capables de garder l’Esprit éternellement, de le recueillir, de l’abriter. On peut se confier à ces mains… C’est l’Esprit Saint, l’Esprit du Fils, tout l’Esprit chrétien dans l’humanité, que le Fils rend au Père. Je ne peux pas mourir en chrétien sans que le Seigneur ne meure avec moi, sans qu’il m’assiste de son Esprit Saint (NB 3, p. 183).

152. En tout véritable croyant l’Esprit Saint joue un rôle primordial

(Le Fils remet au Père son Esprit). En tout véritable croyant l’Esprit Saint joue un rôle primordial. Mais il est impossible de préciser ici la limite entre raison naturelle et compréhension grâce à l’Esprit. Quand quelqu’un souffre terriblement, toute compréhension cesse. Dans une opération sans anesthésie par exemple, il ne sert à rien d’assurer au malade que cette souffrance extrême lui sera utile. La souffrance l’emporte sur toute explication. Pour que le calice du Seigneur soit vidé jusqu’au bout, il doit rendre l’Esprit. Sinon l’Esprit serait toujours capable encore de suggérer un sens à la souffrance. Le tout doit devenir totalement insensé. Il ne suffit pas que la possibilité et la réalité de l’impuissance à comprendre, de ne plus rien calculer, de la pure dilapidation de la souffrance et de toute la vie deviennent événements, il doit aussi y avoir la nécessité, l’impossibilité d’être désormais autrement. C’est alors que cette dilapidation, cet écoulement de la vie sous le fardeau incroyable du péché, cette douleur infinie, reçoivent tout l’espace imaginable (NB 3, p. 219-220).

153. L’Esprit Saint et la descente aux enfers

Ce qui est curieux aussi certainement, c’est que l’Esprit Saint n’inspire aux évangélistes au sujet de la descente aux enfers rien de plus que le fait qu’elle ait eu lieu. Comme si l’Esprit s’en tenait strictement au fait qu’il a été rendu au Père par le Fils sur la croix; comme s’il ne disait rien, conformément à sa mission, comme s’il ne voyait et n’entendait pas, comme si le Seigneur aussi se taisait pour le moment, quand les évangélistes mettaient par écrit leurs évangiles. C’est un silence dans le silence du Père. Silence du Fils, silence de l’Esprit, il n’y a aucun mot à ce sujet; le Fils, qui dès le début était la Parole, est maintenant une Parole silencieuse et discrète (NB 3, p. 287).

154. Dans l’unité du Saint-Esprit

Si Dieu déjà est tout, comment peut-il alors être encore cette « partie » qui s’appelle homme et qui se trouve « en face de » ce tout? S’il est l’être, comment peut-il aussi encore devenir? Mais nous qui posons ces questions, nous devrions savoir que nous nous trouvons comme de faibles créatures avec notre foi imparfaite, vides de vertus, n’offrant rien à Dieu, devant ce Dieu qui est tout et que nous ne pouvons pas comprendre, savoir aussi que Dieu veut nous accueillir nous aussi dans son tout. Mais cela n’irait pas si le Fils n’avait pas fait entrer nos douleurs partielles dans l’ensemble indivisible de sa souffrance, s’il ne s’était pas offert à nous comme celui qui fait en réalité la volonté du Père jusqu’à l’extrême abandon de la croix, non seulement pour se donner en exemple comme saint Paul. Et c’est pourtant la volonté du Père d’avoir le Fils auprès de lui et non d’augmenter la distance et d’introduire l’incompréhensible entre lui et le Fils. La volonté du Père est l’unité avec le Fils dans l’Esprit Saint. Et qui dit unité dit amour, attachement, amitié, conversation, parole (NB 3, p. 328).

155. L’Esprit Saint, Dieu de l’échange

L’Esprit Saint, en tant qu’échange d’amour, est aussi témoin de ce silence (entre la mort et la résurrection du Fils); il doit témoigner au Père et au Fils : au Père le silence du Fils et au Fils le silence du Père. C’est pourquoi il se tait également pour se consacrer totalement à la médiation du silence. Servant ainsi de médiateur, il porte témoignage de ce silence des deux côtés : au ciel et à la terre; à la terre, de sorte qu’il apparaît comme le protecteur du mystère du samedi saint; comme tous les dons de l’Esprit, il garde aussi le don du samedi saint pour le transmettre aux hommes comme le requiert leur mission, comme l’Eglise en a besoin, comme il est nécessaire pour la présence continuelle du mystère divin. Son amour est si grand que cet amour ne réduit pas le mystère; quand il le révèle, il le fait apparaître avec des contours précis, jamais incertains. Ce qu’il en transmet donne aux hommes et à leur foi un zèle nouveau pour accompagner le Seigneur, pour porter avec lui et pour comprendre. Avec l’intelligence, il donne aussi une vénération plus profonde et nouvelle, une distance, une affliction, une attente. Les hommes deviennent dans leur propre esprit tellement ajustés à l’Esprit Saint qu’un tel approfondissement devient possible; et en en faisant l’expérience, ils voient aussi à quel point le Dieu de l’échange, l’Esprit Saint, est donné au Père et au Fils, à quel point il prend au sérieux sa qualité de témoin et de médiateur, à quel point il ne s’interpose à aucun instant – opérant d’une certaine manière comme un condensateur optique pour diriger vers lui-même les rayons de l’intelligence; se tenant de côté et transparent, il agit de telle sorte que tout devient plus compréhensible et plus clair. Mais il donne aussi en même temps à l’Eglise ce qui lui revient du mystère – le mystérieux, le réservé, l’intangible – sous une forme dure et claire comme le cristal (NB 3, p. 338-339).

156. Recevoir beaucoup de grâces par l’Esprit

(Barnabé). Sa prière est tout à la fois bien réfléchie et pleine de pensées. Il voudrait plaider parfaitement la cause du Seigneur, mais il se sent loin de lui et il lui demande de mieux l’introduire auprès de lui, de lui donner la grâce de correspondre pleinement. Il prie beaucoup aussi Dieu le Père, et il voudrait recevoir beaucoup de grâces par l’Esprit Saint pour pouvoir les partager. Il n’est pas aussi doué que saint Paul mais il est très conscient de sa mission. Et, au sein de cette mission, il essaie de vivre dans la pauvreté et de ne rien recevoir qu’il ne donnerait à d’autres. Il va son chemin pas à pas non avec une confiance aveugle mais avec une conscience réfléchie (NB 1/1, p. 36).

157. L’Esprit impose constamment des exigences

(Diadoque de Photicé). Une autre fois, il ne se sent plus digne de prier parce que la prière consume trop de sa substance chrétienne, prend trop de sa volonté de se donner parce que, au fond, il ne voudrait plus que prier. Il se traite sévèrement, il exige beaucoup de lui, mais il sait que Dieu le Père a beaucoup exigé du Fils et que Dieu l’Esprit impose constamment des exigences. Il essaie aussi de prier sans paroles, par sa seule attitude, et de demeurer ainsi devant Dieu comme un priant. Souvent il voudrait transformer toute la théologie en prière, elle lui semble trop raide, trop peu vivante; tout, même la science, même chaque conversation, devrait être prière : ce serait son but (NB 1/1, p. 57).

158. Se laisser porter où le veut l’Esprit

(Richard de Saint-Victor). Il prie beaucoup. Il y a trois parties dans sa prière. Il prie liturgiquement, et à vrai dire de toute son âme, comme cela lui est ordonné. Puis il prie personnellement. Et enfin, sur ordre de l’Esprit Saint, il prie pour son oeuvre. Cette dernière prière a une certaine forme. Chez un autre, on devrait peut-être appeler étude sa préparation à son oeuvre. Mais lui, il a la tâche de s’étudier lui-même dans la prière, de s’expliquer à lui-même ses états d’âme devant Dieu dans la méditation, de revêtir ce qu’il ressent, même ce qui est le plus subjectif, d’une forme qui mérite communication et qui puisse ainsi trouver place dans ses écrits. Il prie alors un peu comme le paysan arrose le champ où la semence a été semée pour faire pousser ce qui a été semé et produire la moisson. Dans cette troisième sorte de prière, il y a chez lui beaucoup de direction. Il entre parfois en prière avec l’intention de préparer en priant un certain problème, de le présenter à Dieu Trinité, de se laisser inspirer par l’Esprit, c’est-à-dire de rechercher dans l’obéissance auprès de l’Esprit ce qui pourrait être agréable à Dieu en correspondant à sa mission. Puis vient tout autre chose; et il a tout d’abord l’impression que ceci est distraction ou désobéissance parce qu’il devrait s’en tenir à ce qu’il projetait avant la prière. Avec le temps, il remarque que c’est justement l’obéissance de se laisser diriger même quand on pensait être déjà conduit, et il se laisse porter où le veut l’Esprit (NB 1/1, p. 77).

159. Un amour pour Dieu, surtout pour le Fils et l’Esprit

(Joachim de Flore). Beaucoup de ce qu’il dit est tout à fait vrai, et tout devrait en quelque sorte être considéré de telle sorte que le vrai et le valable en ressortent. Trop souvent on lui a appliqué la norme de ce qui est lié au temps et on a trop considéré sa vérité sous le signe de la crainte. Mais il aime Dieu, Dieu Trinité, de toute sa force, il aime le monde et les hommes, il aime tout ce que Dieu opère dans l’histoire comme signe de sa toute-puissance, de sa présence et de sa bienveillance pour assister l’humanité et l’Eglise et en prendre soin. Il est désintéressé et il s’éduque continuellement à l’amour. Par nature, il ne lui est pas donné de se sentir très proche des hommes mais, par son amour pour Dieu, surtout pour le Fils et l’Esprit – en tant que don aimant du Père au monde -, il cherche à trouver aussi le Fils et l’Esprit dans les hommes et dans leur action. Son amour des hommes tire son origine de son amour de Dieu (NB 1/1, p. 79).

160. L’Esprit prend possession d’elle

(Catherine de Ricci). Elle commence chaque fois sa prière en se présentant à Dieu de la même manière qu’une servante offre ses services à une personne de haut rang. Elle n’a pas la possibilité de prévoir ensuite le cours de sa prière, de pressentir, ne fût-ce que vaguement, sa forme ou son contenu. Car dès qu’elle est là et libre pour Dieu, l’Esprit Saint prend totalement possession d’elle et il fait d’elle ce qu’il juge bon, ce qui pour elle est inimaginable. Il l’accompagne à travers toutes les visions possibles, il lui fait entendre beaucoup de choses, des choses terrifiantes et des choses qui font plaisir et des choses belles, le tout pêle-mêle, où il lui est impossible de se retrouver. Il ne lui est pas laissé d’autre moyen d’obéir que de se rendre totalement disponible au début de sa prière. Ce qui vient après, c’est qu’elle doit purement et simplement se laisser faire. Elle souffre, elle est heureuse; elle voit la souffrance d’une manière beaucoup plus profonde qu’elle ne l’avait jamais pressenti, elle est heureuse au-delà de toute mesure, mais tout cela sans jamais une introduction, sans un préavis, sans une chance de disposer ses sens à ce qui vient. Tout est abrupt, imprévu, mais tout est entier et obligatoire (NB 1/1, p. 138-139).

161. Ne pas être un obstacle pour l’Esprit Saint

(Fidèle de Sigmaringen). Il est tout près de vivre dans une prière incessante. Et la prière lui a servi longtemps d’arme contre lui-même, contre ses fautes, contre ce qu’il pouvait découvrir en lui d’imparfait; il demandait toujours à Dieu avec beaucoup d’ardeur de lui enlever ses fautes et il s’imposait comme punition des exercices de pénitence avec une grande rigueur. Par la prière, il s’est porté jusqu’à la sainteté presque selon un programme. Dans son grand zèle pour le salut de l’âme de tous ceux qu’il rencontre il n’oublie jamais qu’il a à rester un instrument, en étant tel qu’il puisse faciliter le travail de Dieu. Ainsi non seulement il ne cesse de rendre à Dieu des comptes stricts, mais il fait pénitence, il s’impose beaucoup de pénitence en expiation, beaucoup de prière pour les âmes qui lui sont confiées, beaucoup de prière finalement pour la fécondité de toute rencontre. Avec cela il garde une sérénité d’âme qui cache presque totalement l’ascèse de sa vie si bien que personne ne soupçonnerait à quel point il mène une vie de pénitent. Il n’est pas particulièrement doué pour la parole, mais il se donne beaucoup de mal; et il est si convaincu que l’Esprit Saint doit parler par lui – dans la confession comme dans la prédication – qu’il fait constamment aussi déboucher sa prière dans une double demande : qu’il ne soit pas un obstacle pour l’Esprit Saint et que l’Esprit Saint opère lui-même dans les personnes. Il ne permet à ses pensées aucune divagation, du moins quand il est seul; elles doivent rester auprès de Dieu. Quand il se détend au milieu de ses confrères – souvent par devoir -, c’est le plus possible dans l’Esprit de Dieu , dans la joie des enfants de Dieu. Et quand les conversations n’ont pas tourné autour de Dieu, il cherche alors par la suite dans la prière à donner à ce qui a été dit une nouvelle tournure. Il est tellement dans la main de Dieu que son propre destin lui importe peu; il en arrive pour lui-même à une totale indifférence (NB 1/1, p. 166).

162. Une relation singulière à l’Esprit Saint

(Dom Marmion). Il prie comme un enfant et en même temps habilement. Comme un enfant, parce qu’il prie avec beaucoup de confiance et qu’il demande ce dont il a besoin pour son travail. Et habilement, parce qu’au fond il sait qu’on ne va pas le priver de recevoir ce qu’il demande. Cela lui donne une relation singulière à l’Esprit Saint : celle d’un accord réciproque. Il prie pour recevoir le nécessaire qui lui permet de pouvoir encore mieux prier et qui lui permet aussi d’introduire les autres à la prière. Son zèle pour la prière est stimulé par son zèle à composer ses écrits : ces deux zèles n’en forment presque qu’un seul; il essaie aussi de vivre sa vie dans cette unité qui ne devrait souffrir aucune dispersion (NB 1/1, p. 256).

163. Donne-moi ton Esprit de lumière

(Saint Athanase).  Père trinitaire, de même que tu as donné l’Esprit Saint à ton Fils lors de son incarnation pour que la Parole qui était en toi devienne homme – et qu’elle restât pourtant alors ta Parole – pour demeurer parmi nous et nous montrer ta volonté, de même je te le demande, donne-moi ton Esprit pour que le récalcitrant que je suis devienne le serviteur dont tu as besoin pour ton Eglise. Chaque jour, à chaque instant, je vois la tâche; je ne puis y suffire, je ne peux même pas savoir tout ce que tu attends de moi et ce dont tu as le plus urgent besoin pour affermir ton Eglise. Je voudrais alors te demander: donne-moi ton Esprit de lumière, donne-le moi de telle sorte qu’il fasse de l’instrument inutile que je suis un instrument utilisable, qu’il retire l’habitude que j’ai de me diriger moi-même pour me remettre toujours plus entre tes mains. Mais donne-moi ton Esprit de telle sorte qu’il ne profite pas qu’à moi-même, communique-le aussi à mes paroles, à mes écrits, à mes desseins, offre-le aussi à ceux qui ont à faire avec mon oeuvre, qui se laissent fortifier par cette oeuvre, qui doit être ton oeuvre, et donne-le aussi particulièrement à ceux qui, par l’oeuvre, doivent être détournés de leur hérésie. Père, répands ton Esprit trinitaire, donne-le à ton Eglise tout entière, donne-le à chaque croyant et à ceux également qui ne croient pas encore mais qui, par ta grâce, par la grâce de ton Fils, peuvent devenir des croyants. Permets-moi de remettre à nouveau ma vie tout entière entre tes mains, de te remettre mon travail, ma prière, ma pénitence, tout ce que je fais, afin que tu l’utilises comme tu le jugeras bon. Amen (NB 1/1, p. 396-397).

164. J’aime ton Esprit

(Saint Ambroise). Père, je voudrais te recommander chaque jour à nouveau mon ministère, mon travail, tout, oui, tout remettre entre tes mains afin que tu préfères tout me prendre plutôt que de me laisser devenir un grand pécheur. Père, reçois cette prière imparfaite! Ecoute-la, je voudrais l’avoir dite dans l’Esprit de ton Fils. Tu sais que je l’aime, que j’aime ton Esprit et que, par ton Fils, j’apprends également à t’aimer, toi aussi, toujours davantage. Accorde-moi aussi que quelque chose de cet amour soit contenu dans la prière que ton Fils nous a apprise et, bien que je sois un tel pécheur, laisse-moi prier avec lui: Notre Père… Amen (NB 1/1, p. 407).

165. Que ton Esprit parle par moi

(Prière de saint Augustin). Père, quand je me tiens devant toi et qu’il m’est permis de te donner le nom de Père, à chaque fois je ne peux me défendre du sentiment que c’est à peine possible que tu m’aies réellement fait le don de toute cette plénitude de foi qui m’accompagne jour et nuit et me fait voir dans une lumière nouvelle tout ce que je rencontre. Souvent il me semble qu’il m’est à peine permis de regarder les vérités de ta foi, elles sont tellement grandes et elle me sont encore si étrangères du fait de leur grandeur – bien qu’elles me comblent et dépassent tout ce que je pouvais attendre -, que je crains toujours qu’elles pourraient crever devant moi comme des bulles de savon, qu’elles pourraient être entendues autrement que je le pense et surtout qu’elles ne m’étaient pas réellement destinées. Et puis je sais pourtant à chaque fois que c’est vraiment un cadeau de toi que tu m’aies vraiment donné la plénitude de la foi et que celle-ci, d’année en année, ne cesse de se dilater avec une connaissance qui s’accroît. Durant tant d’années je n’ai rien su de toi et, si longtemps, je me suis tenu devant toi comme un ennemi! Et maintenant tu as oublié tout cela et tu as fait de moi un croyant que chaque jour tu affermis à nouveau! Père, je voudrais te remercier, mais non sans te demander en même temps : fais que cette connaissance soit communiquée par moi à tous ceux auxquels tu penses. Accorde-moi de ne pas réduire ta Parole et de ne pas ternir tes vérités. Permets-moi de les transmettre réellement comme je les reçois. Permets aussi que je persévère dans l’attitude de celui qui adore et en même temps attend et, s’il te plaît de répandre la foi par moi, rends cette foi vivante, fais aussi que l’expérience que j’ai vécue dans ma conversion soit le lot de beaucoup et fais que je ne réduise pas, que je n’oublie pas, la violence avec laquelle tu m’as fait le don de ta foi. Fais que j’aie toujours davantage part à la vie de ton Fils et permets que ce soit vraiment ton Esprit qui parle par moi. Amen (NB 1/1, p. 408).

166. Enivrés de l’Esprit

Jean Baptiste devra être marqué par son abstinence afin qu’aucune confusion avec le Seigneur ne soit possible. Il ouvre la série des apôtres qui seront plus tard comme enivrés de l’Esprit. La possibilité d’être enivré et possédé par l’Esprit doit nettement séparer Jean dans son existence de l’autre possibilité, celle d’être enivré de vin. C’est lui qui réalise la séparation si bien que ceux qui viendront après lui n’auront plus besoin de le faire expressément. Il vient avec la force d’Elie : en unissant la force prophétique de l’Ancien Testament à l’Esprit Saint du Nouveau Testament (dans la rencontre d’Elisabeth avec Marie), il devient le point d’union des deux Testaments (NB 1/2, p. 33).

167. Elle est donnée à l’Esprit

(Marie de Béthanie). Elle écoute le Seigneur, plus encore avec son esprit qu’avec ses oreilles. En chaque parole, elle voit au fond le Seigneur tout entier. Chacune de ses paroles est pour elle la Parole. Et elle est chaste et obéissante et pauvre. Et chaque parole qu’elle entend la rend encore plus chaste et encore plus obéissante et encore plus pauvre. Elle est donnée à l’Esprit autant qu’on peut l’être. Et elle est là, dans une parfaite chasteté, comme une femme qui est possédée tout entière par son mari, qui se donne totalement à son mari pour tout recevoir de lui et ne plus rien avoir d’elle-même (NB 1/2, p. 40).

168. L’Esprit parle en lui

Pierre est toujours « en Esprit ». Il dit toujours des choses qui le dépassent. Quand il ouvre la bouche, l’Esprit parle en lui. Il est sans doute réfléchi quand il parle aux Juifs, mais c’est l’Esprit qui réfléchit en lui. Pierre est honnête; il a compris exactement sa défaillance. Il est terriblement prévenu. C’est pour cela qu’il est si ouvert à la grâce, et la grâce, c’est l’Esprit Saint. Entre infaillibilité et inspiration, il existe certainement une différence. Mais en déposant son propre esprit en Dieu, les deux quand même se croisent. Pierre et les apôtres ont reçu l’Esprit Saint et ils peuvent désormais rester en état de garder l’Esprit. C’est une attitude de prière optimale. Ils n’ont pas besoin de faire un effort sur eux-mêmes pour prier, ils n’ont pas besoin de se détacher d’eux-mêmes avec violence. Ils restent ouverts pour l’Esprit parce que c’est l’Esprit qui produit leur attitude, qui leur permet de lui être ouverts (NB 1/2, p. 50-51).

169. L’Esprit médiateur

Dieu le Père engendre éternellement le Fils, et l’Esprit procède des deux éternellement. Et l’Esprit, qui lui-même est Dieu, est en même temps aussi médiateur entre le Père et le Fils, il l’est sans que cela s’oppose à l’ouverture réciproque du Père et du Fils. Ils ont des relations directes l’un avec l’autre, mais ils communiquent aussi l’un avec l’autre dans l’Esprit. Et il n’y a pas de loi qui régirait ces deux modes de relations. Les unes et les autres existent, et les deux sont vraies ensemble. Et l’Esprit est l’Esprit du Père et l’Esprit du Fils : chacun des deux reconnaît en lui son Esprit; et l’Esprit se sait un avec le Père et avec le Fils (NB 1/2, p. 159).

170. L’Esprit et Marie

Pour Marie, ce qu’il y a de nouveau dans son commencement à elle, c’est la séparation de la lumière et des ténèbres. Elle s’est décidée pour la lumière. Et sa race est dotée d’une profusion de lumière qui provient d’elle. Ses descendants, ce sont tous ceux qui partagent en esprit son obéissance et deviennent saints en esprit par le fruit de sa décision et se déclarent pour le Seigneur. Eve a perdu par sa faute son droit à l’Esprit et elle ne peut plus être que la mère selon la chair. Marie devient la mère spirituelle parce qu’elle a soumis même son corps à l’exigence de l’Esprit. C’est par l’Esprit qu’elle a conçu en son corps, c’est par l’Esprit qu’elle a consenti à ce que son corps soit utilisé, c’est par l’Esprit qu’elle a souhaité la bienvenue au Fils (NB 1/2, p. 163).

171. L’angoisse de l’Esprit

En Dieu tout est possible, et Dieu le Père permet au Fils et à l’Esprit de persévérer parce que le Fils et l’Esprit visiteront les hommes sur terre, le Fils en s’incarnant, l’Esprit en vivant dans les hommes, en habitant en eux et en leur faisant connaître ce qui est divin, mais ils le mépriseront et le repousseront. L’angoisse de l’Esprit sera qu’en chaque croyant il aura part à l’angoisse de la croix du Fils, à son angoisse chaque fois qu’il rencontrera le péché. Mais l’Esprit connaîtra aussi… sa propre angoisse. Pour la raison qu’il est invisible dans les hommes, il sera méconnu et tourné en dérision. Il saura qu’il s’agit d’un ultime combat en chaque créature de Dieu; il ne lui est pas possible de retourner seul au Père, mais seulement s’il réussit à faire de l’homme rebelle un homme de bonne volonté. De même que le Fils connaît une unique grande angoisse qui résulte de la somme de tous les péchés et qu’il les traduira alors seulement dans la mesure divine, ainsi l’Esprit connaît un nombre infini d’angoisses particulières. De même que dans l’eucharistie le Fils se fractionne et se prodigue, de même l’angoisse de l’Esprit se fractionne et se prodigue dans les innombrables petites angoisses des hommes, qu’il porte avec eux, qui doivent être portées comme individuelles. Et si on compare l’angoisse du Fils et celle de l’Esprit, on ne peut pas dire que l’une est plus grande que l’autre; chacun a connu sa propre angoisse dans toute l’ampleur que le Père lui a offert (NB 1/2, p. 221-222).

172. L’Esprit Saint et l’Ecriture

L’inspiration demeure aussi dans l’Ecriture. Elle est aujourd’hui aussi vivante qu’autrefois lorsqu’elle fut composée. Elle n’est pas du passé. L’Esprit a inspiré, en ce sens elle est terminée, et il inspire constamment, en ce sens elle n’est pas terminée, mais elle est éternellement et continuellement en train de s’accomplir. En s’incarnant, le Fils l’a justement aussi montré. Il est inspiration. Il ne parle pas sans l’Esprit Saint. Il n’est pas la Parole terminée du Père, mais il s’ouvre à l’action de l’Esprit dans la mesure où il est la Parole du Père. On reconnaît en elle le Fils du Père, mais le Fils inspiré par l’Esprit de sorte que, par son incarnation, on apprend à connaître la nature de l’inspiration – dans la mesure où il procède du Père et qu’il est donné par l’Esprit (NB 1/2, p. 241).

173. Tout ce que l’Esprit inspire dans l’Eglise

L’Ecriture de la nouvelle Alliance est là pour montrer que l’Esprit est toujours vivant et que le Fils vit toujours en lui. Elle est un signe que le Fils continue à agir sur terre. Quelque chose d’analogue vaut ensuite pour tout ce que l’Esprit inspire dans l’Eglise : les Pères de l’Eglise, les saints et leurs enseignements et leurs missions, etc. Tout cela est un prolongement de l’Ecriture dans la mesure où l’Esprit est à l’oeuvre de manière vivante. Et la réception de l’enseignement des saints par l’Eglise est un signe qu’elle reconnaît que l’Esprit est vivant. L’Evangile lui-même n’est pas seulement un récit de faits, il est en même temps l’enseignement vivant. Il a part à l’Esprit Saint. Le Seigneur comme l’Esprit parlent ici. La parole que le Seigneur a dite parle, mais comme l’Esprit (dans l’Eglise) l’a entendue et reçue. Et ici la Parole est une fois encore confiée à chacun – comme l’enfant à la mère. D’abord pour que la Parole soit aimée et ensuite pour qu’on la transmette en aimant. Elle est confiée au prédicateur, au théologien. Et il est tout à fait juste que celui qui expose la Parole dans la chaire se laisse porter et inspirer lui-même par la Parole. Il est quelqu’un qui est « grisé » d’une manière purement objective. Il peut « parler en langues » s’il laisse la Parole le dominer et s’il la dit comme le requiert l’Esprit. Les saints sont essentiellement des inspirés (NB 1/2, p. 242).

174. Docilité à l’Esprit

Le souffle de l’Esprit « où il veut » semble souvent à l’homme se faire au hasard. L’homme est habitué non seulement à mesurer les choses de ce monde avec ses propres mesures, mais à accueillir même les choses de Dieu dans sa expérience chrétienne selon ce que lui-même attend. Ce qui pourrait se passer en lui par la grâce de l’Esprit est d’emblée psychologiquement canalisé et réduit. Si le souffle de l’Esprit ne correspond pas à son attente, il dit qu’il ne comprend pas Dieu. C’est qu’il a cessé depuis longtemps déjà de marcher avec lui. Si toute une pastorale ou peut-être même toute une théologie est bâtie sur une telle attitude, la différence entre le Dieu qui est et celui que l’homme imagine ne fait que s’accroître, l’écart devient toujours plus tragique. Ce n’est pas seulement de la largeur, de la longueur et de la profondeur de la vérité qu’il s’agit, c’est sa nature même qui est changée. Le « Dieu » qui finalement est projeté sur le mur n’est plus qu’une image que l’homme a ébauchée d’après sa propre nature. Dieu est devenu « image et ressemblance » de l’homme. Et alors, pour remettre les choses en ordre, l’Esprit doit souffler dans l’homme qui est encore en train de mûrir avant même que ses propres possibilités l’aient rendu incapable de Dieu. Ou bien l’Esprit doit l’atteindre de manière à faire s’écrouler sa construction. Il n’est peut-être personne que le souffle de l’Esprit n’ait conduit aussi clairement qu’Ignace de Loyola : tout lui fut arraché, il a reconnu soudainement que son image de Dieu était fausse et que sa propre vie était déplorable. C’est dans son nouveau départ qu’il fait l’expérience du souffle de l’Esprit. Ce nouveau commencement qui consiste à prendre la décision de vivre selon les conseils évangéliques s’effectue dans le souffle de l’Esprit parce que le renoncement à se posséder soi-même totalement expose toujours l’homme au libre souffle de l’Esprit. La pauvreté est le renoncement à ce qui a été ; la virginité est le renoncement à ce qui a été rêvé ; l’obéissance est le renoncement toujours nouveau à tout, et elle est de ce fait l’imploration d’un souffle permanent de l’Esprit qui vide tellement l’âme qu’il n’y a plus de place en elle que pour la docilité à l’Esprit. C’est pourquoi l’obéissance résiste à toute systématisation. Dès qu’une espérance quelconque autre que celle de l’obéissance est associée à l’obéissance, ce n’est plus de l’obéissance, ce n’en est plus que la parodie et la caricature (NB 11, p. 24-25).

175. Le caractère imprévisible de l’Esprit

Celui qui… s’offre à l’Esprit de Dieu, le fait dans une certaine incertitude. L’Esprit garde toujours pour l’homme son caractère imprévisible et il présente aussi cette caractéristique pour l’homme qui s’est livré à lui. Cela provient du fait que l’Esprit procède éternellement du Père et du Fils ; c’est pourquoi, dès l’origine, il est caractérisé comme celui qui s’adapte au dessein du Père et aux vues du Fils bien qu’il soit Dieu et, qu’en tant que Dieu, il sache toujours ce qu’il fait. Il le sait, mais il le fait en s’adaptant. Il agit en toute liberté de telle manière que, dans ses plans, il y a toujours un espace qui est libre pour s’adapter (NB 11, p. 26).

176. C’est l’Esprit qui doit en décider en maître

Quand nous nous offrons à Dieu, c’est la plupart du temps à partir d’un aujourd’hui que nous comprenons plus ou moins en vue d’un avenir qui nous est scellé. Nous demandons à Dieu qu’il complète et mène à bonne fin un plan qui peut être purement humain, mais aussi un plan dans la foi, que nous voudrions réaliser au mieux sous la forme que nous avons projetée. Mais nous devrions apprendre à nous offrir sans avoir aucune idée de la manière dont notre offre sera reçue. Tant que nous faisons des plans, il est inévitable que nous comptions bien les réaliser, notre moi garde une prépondérance par rapport à l’Esprit. Notre mission peut être de fonder un Ordre, de bâtir une maison, de suivre une vocation, le sacerdoce par exemple ; mais la manière de la réaliser, c’est l’Esprit qui doit en décider en maître. Et bien qu’il nous faille nécessairement faire aussi des plans à ce sujet, notre planification doit être aussi souple que l’est l’Esprit lui-même pour les plans du Père et du Fils quand il procède d’eux. Et pour un humain, c’est ce qui est le plus difficile (NB 11, p. 27).

177. Etre conduit par l’Esprit

Parce que l’Esprit a introduit le Fils dans le oui de la Mère et parce que nous aussi, nous sommes des nouveau-nés dans le Fils, que nous ne cessons de le recevoir dans l’eucharistie et que, dans la confession, nous sommes renouvelés pour son Esprit, nous recevons aussi par là la grâce d’adapter notre esprit aux vues du Fils. Le malheur est seulement que sans cesse nous faisons et projetons des choses qui sont à la mesure de nos forces, en demandant sans doute que Dieu les bénisse, mais en exécutant ce que nous voulons faire, nous oublions de rester à l’origine ou d’y retourner : au oui sans réserve de la Mère quand l’Esprit la couvrit de son ombre, mais aussi à l’Esprit qui, soufflant où il veut, a conduit le Fils à la croix et Pierre là où il ne voulait pas aller. Le Seigneur exactement là où il voulait aller et Pierre exactement là où il ne voulait pas aller. Entre ce que voulait le Seigneur et ce que Pierre ne voulait pas, il y a pour chaque croyant toutes les possibilités d’être conduit par l’Esprit (NB 11, p. 27).

178. L‘Esprit souffle de toute sa force

Quand je réfléchis au fait que, dans telle scène de l’évangile, l’Esprit Saint est présent, lui qui accompagne toujours le Fils, et que le Fils de l’homme qui parle et agit est Dieu, qu’il fait la volonté du Père, que la Trinité vivante a donc coopéré à réaliser ce tableau – ce tableau d’autrefois qui nous est apporté et présenté aujourd’hui par le souffle et l’inspiration de l’Esprit -, je prends soudain conscience que ce tableau a des dimensions inconnues et que chacun de ses aspects doit être médité sous le souffle de l’Esprit. Les vides qui restent béants dans la parole figée de l’Écriture, plus encore les vides ouverts par ma compréhension limitée, sont franchis par l’Esprit qui était toujours inséparable de la parole du Fils et de toutes les circonstances de sa vie ; l’Esprit souffle aussi de toute sa force dans ma foi, dans ma mission, dans ses exigences à mon égard, maintenant précisément il veut de moi quelque chose qu’accapare quelque chose d’autre que moi : une autre personne (que je connais ou non), l’Église dans son ensemble, le royaume de Dieu. Soufflant où il veut, l’Esprit se saisit aussi bien de la parole de l’Écriture que de ce qu’il y a de plus personnel dans le Seigneur, aussi bien de l’âme du croyant que de la vie de l’Église. Tout ce qui a une réalité, même si ce n’est que du futur, est inclus dans ce souffle, et ainsi celui qui médite comprend tout d’un coup que tout acte de prière et tout objet de méditation dans l’Esprit peut faire l’expérience d’une dilatation infinie dans des dimensions que seul connaît l’Esprit et dans lesquelles on doit se laisser conduire par lui (NB 11, p. 28).

179. Si je rends à l’Esprit ma liberté

Prends, Seigneur, et reçois toute ma liberté. Ma liberté, je la vois très liée à moi, je ne peux pas m’imaginer moi-même sans elle. Je la vois même dans les plus petites choses qui n’ont plus guère de rapport avec ma personne. Je pense par exemple à la liberté que j’ai de m’occuper à choisir telle ou telle robe, de me demander si je dois m’accorder cette distraction, etc. Mais si je rends à l’Esprit ma liberté, je ne dispose plus à mon gré de ces choses minimes ; elles sont réglées selon les lois de mon service. Mais je perds aussi ma « grande » liberté, par exemple celle de défendre telle ou telle idée, telle ou telle conception du monde. L’Esprit de Pentecôte reçoit ma liberté de régler mes idées. Il souffle où il veut, et sa volonté est l’expression de ce que veulent le Père et le Fils. Non pas qu’il convoiterait d’avoir la liberté du Père et du Fils, mais il ne veut pas avoir d’autre liberté que d’être là pour la liberté du Père et du Fils. Et c’est en cela que réside sa béatitude. Ignace montre cette forme de la liberté de l’Esprit comme quelque chose à quoi nous devrions tendre. En quelque sorte comme si l’Esprit avait assumé entre le Père et le Fils l’attitude idéale du monde et de l’humanité sauvés, comme s’il se l’était appropriée pour représenter maintenant l’humanité devant Dieu. Quand l’intelligence de l’homme est une intelligence dans la foi, elle est représentée par l’Esprit devant Dieu (NB 11, p. 37-38).

180. Les mesures et les proportions de l’Esprit

Prends, Seigneur, ma mémoire, mon intelligence, toute ma volonté. Mémoire : donc tout ce qui était avant la venue de l’Esprit et aussi dès l’instant où il est là. C’est maintenant une memoria dans l’Esprit; si je me souviens de ceci et de cela dans l’Esprit, ce souvenir sera un service de l’Esprit, il se répercutera dans mon service de l’Esprit. Ce dont le chrétien se souvient n’a plus de sens pour lui que dans l’Esprit. Intelligence : en tant qu’intelligence naturelle, elle doit être reprise par l’Esprit pour être sensée devant Dieu, et d’autant plus si elle est perspicacité en tant que fonction de ma mission. Dans la foi, il n’est pas possible de s’en tenir à un entendement naturel inchangé, il doit être restitué pour être géré selon les mesures et les proportions de l’Esprit, dans sa grâce. Volonté : comme demande à l’Esprit d’assumer ma volonté, cela veut dire y renoncer déjà fondamentalement. Car cette réception de la volonté qui est en moi est déjà en moi une demande de l’Esprit. D’un point de vue humain, c’est une demande pleine de gratitude et de perspicacité que l’Esprit soit l’unique « lieu » où peut au fond être ma volonté. Naturellement, cela ne veut pas dire qu’est enlevée à l’homme sa force de volonté pour qu’elle passe dans l’Esprit ou qu’elle soit remplacée par l’Esprit (sinon l’homme ne serait plus un homme), mais ma volonté est de faire la volonté de Dieu, qu’elle soit façonnée par l’Esprit Saint de telle manière que sa volonté se fasse dans ma volonté. L’Esprit n’est pas en mesure de purifier la volonté de l’homme à l’extérieur de l’homme. Et à l’intérieur de l’homme, cette purification est douloureuse et elle doit l’être : je dois aussi vouloir que l’Esprit accomplisse en moi ce que je « ne veux pas » (NB 11, p. 38).

181. La prière est la preuve que l’Esprit de Dieu habite en lui

Prends, Seigneur, tout ce que j’ai et possède. Dans l’Esprit, je sais exactement que mes actes sont marqués par l’Esprit si je suis dans la main de Dieu. Ce que je suis est en même temps ce que j’ai et possède : il y a entre les deux une unité d’être. Et mon être est un être en Dieu, l’être de Dieu en moi l’emporte sur ce que je suis. C’est ainsi je dois faire attention avant tout à ce qui en moi est de Dieu. Je n’ai pas le droit d’étouffer un mouvement dont je sais qu’il provient de l’Esprit de Dieu ; et quand je rends à l’Esprit ce mouvement, cela revient à lui demander de bien vouloir me montrer ce qui en moi provient de lui : Tu me l’as donné, je te le rends, tout est tien, disposes-en selon ton entière volonté. C’est donc tien parce que tu es en moi plus que moi, parce que tu es le Seigneur et moi le serviteur, parce que tu es le guide et moi le dirigé. Je te le rends parce que je sais que, sous ta conduite, cela peut devenir ce que tu as l’intention d’en faire. Après te l’avoir rendu, je ne suis pas sans volonté, je continuerai à vouloir et à décider, mais c’est toi qui a gagné la direction de tout. Donne-moi ton amour et ta grâce, cela me suffit. Sans la grâce et l’amour, je ne peux pas vivre pour toi. Ce n’est qu’avec ton amour et ta grâce que je peux rester dans la prière. La grâce et l’amour sont l’expression de ce que Dieu Trinité peut donner à l’homme pour qu’il reste fidèle dans sa prière et pour que celle-ci ne devienne pas une production devant Dieu, quelque chose qui repousse Dieu toujours plus loin, mais quelque chose qui demeure uni à l’Esprit Saint. Rester ainsi dans l’unité de l’Esprit est toute la richesse de l’homme, et la prière est la preuve que l’Esprit de Dieu habite en lui (NB 11, p. 39).

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Pour clore cette fenêtre sur l’Esprit Saint

 

Ce dossier sur l’Esprit Saint dans l’oeuvre d’Adrienne von Speyr n’est pas clos. L’enquête pourrait se poursuivre. Il y aurait encore beaucoup à glaner. Ce qui est ici présenté, pêle-mêle et en vrac, peut permettre au moins de percevoir une fois de plus la place unique de l’oeuvre d’Adrienne von Speyr dans le concert de la littérature spirituelle, théologique et mystique de tous les temps – sa place unique et sa richesse.

Les éléments fournis ci-dessus ne représentent pas une « synthèse de la mer », ils peuvent du moins faire pressentir que la mer est pleine de vie. Viendra un temps où des chercheurs s’essaieront à faire une « synthèse de la mer ». Pourquoi pas? Si ces essais de synthèse permettent de mieux rendre compte de la vie et de stimuler la foi et de situer l’oeuvre d’Adrienne von Speyr dans la grande tradition chrétienne, pourquoi pas?

A sa manière, Adrienne von Speyr ne fait que commenter le credo : « Je crois en l’Esprit Saint qui est Seigneur et qui donne la vie. Il procède du Père et du Fils, il reçoit même adoration et même gloire, il a parlé par les prophètes ». Et personne ne peut l’empêcher de continuer à parler par des prophètes et des mystiques tout au long des âges. Le curé d’Ars recommandait : « Il faudrait dire chaque matin : Mon Dieu, envoyez-moi votre Esprit qui me fasse connaître ce que je suis et ce que vous êtes ». Pourquoi pas?

 

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12/08/2015

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