37/2. Des mystiques : pour quoi faire?

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Des mystiques : pour quoi faire?

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PREMIÈRE PARTIE : RÉVÉLATION CHRÉTIENNE ET MYSTIQUE

3. De l’ancienne Alliance à la nouvelle (suite)


La mystique dans l’Eglise

Dans ses expériences de Dieu, le mystique de l’ancienne Alliance a souvent dû se contenter de choses plus tape-à-l’œil, plus frappantes, que le mystique de la nouvelle Alliance. Celui-ci peut toujours s’appuyer sur le Christ qui concentre en lui toutes les expériences de Dieu faites ici-bas avant lui et la somme de toutes les expériences chrétiennes qui suivront. Il constitue une Église vivante à partir de sa propre vie; en tant qu’organisme bien établi, elle est au service de toutes les expériences chrétiennes à venir. Ce cadre manquait à l’ancienne Alliance. Ce n’est pas que, dans la nouvelle alliance, Dieu le Père se soumettrait au règlement de l’Église; ce qui se passe au contraire, c’est que, répondant à l’obéissance du Fils, il s’adapte au Fils et donne ainsi aux expériences mystiques la possibilité d’être réellement contrôlées par l’Église ; il les replace sans doute chaque fois dans l’ensemble de l’Église afin qu’elle soit affermie, mais, par l’approbation qu’elle donne, elle confère également de la force aux expériences des personnes. La mystique contribuera à soutenir l’Église comme des poutres solides; mais ces poutres elles-mêmes reçoivent leur solidité du fait qu’elles sont incorporées dans l’Eglise. Il y a entre elles une interaction. Cette interaction est beaucoup moins visible dans l’ancienne Alliance. Et parce qu’elle n’existe pas sous cette forme dans l’ancienne Alliance – du moins pas sous une forme aussi achevée -, ce qui tape à l’œil y est beaucoup plus marqué aussi bien dans la nature que dans la surnature…

Le curé d’Ars

Dans l’Église, Vianney est un prêtre parmi d’autres; de son vivant, bien des gens le vénèrent, mais officiellement l’Eglise ne fait rien pour lui, les autorités le tolèrent plutôt. L’Eglise a justement sa propre vie qui, même quand elle semble morte, est incomparablement plus forte que l’expérience mystique d’un individu. Dans l’ancienne Alliance par contre, un mystique comme Élie a un rôle de leader; il se détache du petit peuple. Dans l’Eglise, le mystique ne doit guère s’attendre qu’à une solitude spirituelle; à vue humaine, il disparaît dans l’Eglise. Pour la bonne raison aussi que la tâche du mystique est devenue autre. Dans l’ancienne Alliance, la connaissance de Dieu authentique et profonde était rare, isolée. Dans la nouvelle Alliance, ce n’est pas seulement le mystique qui voit Dieu dans le Fils incarné, c’est l’Eglise en tant que telle. Son savoir est sûr même si humainement elle peut encore beaucoup se tromper dans le détail. C’est pourquoi, dans la nouvelle Alliance, il peut y avoir des tensions aussi grandes entre le ministère ecclésial et la mystique, alors que dans l’ancienne Alliance aucun ministère ne pouvait « corriger » un mystique…

Ézéchiel et Jean

Ézéchiel a reçu la grande vision des êtres vivants auprès du trône de Dieu. Il les décrit ensuite dans une inspiration qui arrive après coup. A l’origine, il a vu différents aspects qui ne se sont assemblés que peu à peu pour donner un tableau d’ensemble. Il lui faut du temps pour recueillir en lui le tout. Jean voit et saisit l’Apocalypse dans une suite rapide. Ézéchiel regarde et la compréhension de ce qu’il a vu lui arrive très lentement. Il regarde des tableaux prophétiques, il est initié à des choses qui ne sont pas encore réalisées. Il ne peut pas voir leur ampleur, tout reste en suspens. Entre lui et l’Apocalypse, il y a la vision du Thabor et la vision du Seigneur ressuscité…

Le cheval

Supposons quelqu’un qui n’aurait encore jamais vu un cheval, on ne pourra pas lui transmettre une vision convenable de l’animal. On pourrait lui en faire comprendre certains aspects, par exemple sa manière de sauter ou de hennir. C’est de la même manière que le Seigneur communique des aspects de l’ensemble de sa vision. C’est pourquoi chez les mystiques le terme « comme » est indispensable. J’ai vu « comme un feu », etc. C’est le signe de la distance entre la vision du prophète ou du mystique et la vision du Seigneur. C’est aussi le signe de la distance entre cette vision qui est transmise et l’idée que s’en font les croyants. Mais le plus important, c’est le premier point. Aucun prophète ne peut jamais décrire ce qu’il voit de manière exhaustive parce qu’il est conscient que ce qu’il peut comprendre n’est pas à la hauteur de la totalité de la vision, qu’il voit quelque chose qui est davantage que ce qui s’exprime dans la vision. Celui qui voit quelque chose de céleste sait en même temps qu’il n’en voit qu’un détail; qu’au fond il faudrait le ciel tout entier pour donner sa pleine réalité à ce qui est vu. Il y a ainsi une triple adaptation : 1. Le tableau renvoie à plus que ce qu’il montre. 2. Ce qui est montré est plus que ce que peut saisir le voyant. 3.Ce qu’il a expérimenté est plus que ce qu’il peut communiquer à d’autres…

 

4. Le Fils incarné et la mystique

 

Les éclairs de la mystique

La « Révélation » est une entreprise de Dieu contre le péché… La « mystique », et précisément la mystique néotestamentaire, est employée quand le monde – chose curieuse, justement aussi en tant qu’Église – auquel la révélation de Dieu a déjà été adressée fait la tentative d’échapper à nouveau à tout prix aux mains de Dieu… Dans l’Eglise « empirique », la somme des chrétiens (avec leurs péchés et leurs fautes) constitue la somme de la sainteté. Mais, plus profondément, l’Eglise est la « communion des saints » qui vit de la grâce sanctifiante du Seigneur. Et parce que la grâce est infinie, elle l’emporte d’emblée sur la somme des péchés qui ne peut être que finie. C’est pourquoi l’Eglise ne peut pas sombrer. Cependant si la somme des péchés dépasse un certain seuil (qui n’est jamais humainement mesurable, Dieu seul le connaît), l’Eglise risque d’être soumise à nouveau aux lois de la pesanteur, c’est un combat pour sa survie qui s’engage. Dieu fait intervenir ici les éclairs de la mystique. On pourrait dire : Dieu le Père vient en aide à l’œuvre du Fils en utilisant surtout pour cela des tableaux, des scènes, des paroles du Fils et de la doctrine chrétienne…

Un cadeau à l’Eglise

Parce que le Seigneur a confié aux hommes son épouse, l’Eglise, et que les hommes restent pécheurs, il doit donner à cette Eglise une vie constamment jaillissante. Une vie donc qui se dérobe aux idées des hommes. C’est ici que la mystique chrétienne est un cadeau à l’Eglise, un don qui échappe à toute mainmise, que Dieu distribue librement à ceux qu’il a choisis pour cela, non en vue d’un terme, mais par l’Eglise en vue de l’éternité. La vie mystique est un plus qui est donné, une surabondance qui est soustraite au péché, soustraite à la finitude, soustraite à l’éphémère, mais qui est pourtant distribuée dans le fini et l’éphémère pour que l’infini et l’éternité rayonnent pour la foi d’une lumière nouvelle…

Les refus de l’homme et la grâce

Il y a certes dans le domaine de la mystique bien des éléments qui n’atteignent pas dans l’Eglise leur plein effet. Mais Dieu n’est pas lié non plus au temps terrestre; ce qui a été interrompu prématurément, des choses qui n’ont pas eu le temps de se déployer comme il fallait ou des choses dont on a interdit le développement (ces trois possibilités sont des conséquences du péché), il peut sans cesse les continuer par une nouvelle mission mystique qui commence au même point. Dieu Trinité n’est pas réduit à arriver à ses fins avec un petit nombre de missions mystiques; devant tous les refus de l’Eglise et de certains croyants, il reste celui qui domine tout, qui connaît les refus de l’homme et qui est capable de l’accueillir avec sa grâce surabondante…

Retour « sur terre »

Les états d’amour extatique pendant lesquels le mystique ne sait pas ce qui se passe ni comment, et après lesquels il est déposé à nouveau sur terre sont, comme pour le martyr, une participation à un bout de chemin sur la voie divine de l’amour. Les accès à cette voie sont extrêmement nombreux; toute expérience mystique authentique est une réponse à une offre de Dieu de faire connaître quelque chose de nouveau, de plus profond, du mystère caché de son amour. Si les expériences mystiques n’étaient pas une participation à la réalité la plus concrète qui fonde toute l’existence de la création et toutes les voies du salut de Dieu, le mystique devrait, à la fin de l’extase, se réveiller tout à fait en dehors de ce qui fait sa vie terrestre. Mais en fait, il s’y réveille en plein milieu parce que sa vie vécue dans la foi fait bien partie de l’imitation concrète du Fils tout autant que ce qu’il a vu mystiquement. De même aussi le Christ, après son expérience dans le temple à l’âge de douze ans ou après avoir opéré un miracle ou après une prière la nuit auprès du Père, est toujours revenu sur la voie ordinaire qu’il devait suivre ici-bas en tant qu’homme pour accomplir, dans l’obéissance au Père, les prophéties de l’ancienne Alliance. C’est pourquoi, après une vision, le retour du mystique dans la voie de la foi pure n’est pas une « perte de vitesse », il est la continuation équivalente de son chemin dans l’obéissance chrétienne de l’imitation…

Le Thabor

Le Seigneur qui, sur le Thabor, apparaît transfiguré à ses disciples, est dans son propre royaume, le royaume qui lui appartient, c’est là aussi qu’il rencontre Moïse et Élie; et comme il est dans son royaume, il apparaît à ses apôtres transfiguré. Ceux-ci voient la différence entre son apparence habituelle et son apparence à cet instant-là, mais ils voient aussi que, sous ces deux apparences, il est le même Seigneur. C’est tout un chemin mystique qui est ramassé dans ce double regard sur le Seigneur. Car la transfiguration comporte une double signification : l’apparition de Moïse et d’Elie devant le Seigneur, la conversation qu’il a avec eux, on pourrait les considérer comme faisant totalement partie de sa vision; il serait alors accordé aux apôtres d’en voir un petit quelque chose qu’ils ne comprendraient que dans une mesure restreinte, comme le montrent les conclusions qu’ils en tirent. Ou bien on pourrait dire que le Seigneur, qui monte au Thabor avec ses apôtres, est lui-même l’auteur de cette apparition qui est une traduction terrestre et visible – avec un sens céleste – de ce qu’est véritablement sa vision du Père : une image de sa propre mystique. Cette différence revient dans toute vision mystique : participation humaine imparfaite à quelque chose de parfait, ou bien traduction par Dieu lui-même, dans une réplique terrestre, de ce qui au ciel est parfait…

 

5. Mystique de la Passion


L’angoisse mystique

Dans la nouvelle Alliance, toute mystique reçoit du Seigneur sa marque. Les formes imparfaites de la mystique qui étaient encore possibles dans l’ancienne Alliance ne sont plus en usage, elles sont dépassées. Lors de sa vocation mystique, Moïse résiste à la volonté de Dieu, il doute, il discute, et Dieu, pour arriver à ses fins, doit briser finalement sa résistance. Dans la nouvelle Alliance, ce genre de résistance n’existe plus parce que la tension entre la volonté humaine et la volonté divine a été totalement réglée par le Fils au mont des oliviers. Et même si cette tension est vécue dans la plus grande angoisse – et le mystique chrétien doit en faire une certaine expérience -, l’attitude du Fils au mont des oliviers constitue le cadre dans lequel l’angoisse mystique peut être traversée dans la nouvelle Alliance. C’est justement en créant ce cadre que le Fils accomplit les états de souffrance de l’ancienne Alliance et les rend compréhensibles. C’était des promesses qui, en tant que telles, ne pouvaient pas rester, le Fils devait devenir homme pour apporter la solution de ces énigmes. Par la parole qu’il dit au mont des oliviers : « S’il est possible, que ce calice passe loin de moi! Mais que ce ne soit pas ma volonté qui se passe, mais la tienne! », il « sauve » Moïse et les prophètes. En tant qu’homme, il doit tenir pour possible que le calice passe loin de lui; et cette possibilité est insérée par lui dans la volonté divine…

Une angoisse imposée par Dieu

Quand un mystique reçoit une vision, il cherche son sens. Celui-ci peut lui être donné en même temps et il peut vivre dans une sorte de bonne intelligence avec la vision, ne faire qu’un avec ce qu’il a vu et expérimenté. Il peut être convaincu d’emblée de la justesse de ce qu’il a vu et attendre son fruit. Mais si c’est une mystique d’angoisse, il ne peut s’attendre à aucun fruit, ni non plus voir l’authenticité de l’angoisse. Il ne trouve pas d’indices qui pourraient apaiser son angoisse en lui assurant son authenticité. Il est au contraire si convaincu de l’inauthenticité et de l’incongruité de ce qu’il expérimente qu’il ne peut ni l’accepter, ni l’expliquer, ni le porter, et cela augmente l’angoisse que Dieu lui a imposée…

La souffrance de la nuit mystique

Un homme peu croyant accepte certes que Dieu le voit et l’entend; mais sa relation à Dieu n’aura jamais, et de loin, une intensité qui irait jusqu’à l’angoisse de l’abandon. Il peut être mécontent de Dieu parce que sa volonté propre est pour lui bien établie et que Dieu ne s’y conforme pas. Il peut trouver Dieu « injuste ». S’il est un croyant authentique et qu’il lui arrive une souffrance naturelle, il peut poser à Dieu la question du sens de cette souffrance; mais il n’en restera pas moins soumis : il sait finalement que tout ce que Dieu décide arrive pour le bien de l’homme. Dans la foi, il y a une réponse qui est toute prête même pour ce qui est le plus dur. Pour le Fils sur la croix, il n’y a pas de réponse toute prête. Si le Père répondait, c’est la souffrance la plus dure qui serait enlevée, le Père serait accessible, la question serait inutile. Pour qu’apparaisse la souffrance la plus profonde, insurpassable, la question est nécessaire. Déjà en tant qu’humaine, la souffrance de la croix est incompréhensible, mais si c’est le Fils divin qui est abandonné par le Père divin, elle est absolument infinie. Et ainsi il est clair que seul l’Esprit Saint peut être témoin de ce qui se passe en vérité, lui qui est prêt à en rendre témoignage. Et cependant c’est de cette souffrance surhumaine du Fils que jaillit une étincelle sur ceux qui sont choisis pour l’accompagner dans la nuit. C’est à son abandon que ne cesse de s’allumer la souffrance de la nuit mystique. Pour celui qui passe par ce genre de souffrance, elle sera incompréhensible; il ne saura plus non plus (ce qu’il sait en dehors de la souffrance) qu’elle est un don de Dieu et donc qu’elle signifie grâce et fécondité. Au moment de la souffrance, cette compréhension fait défaut, tout comme le Père était absent à la croix…

 

6. La nuit du samedi saint

 

Aucune borne ne peut être mise à cette nuit

Que l’invitation du Seigneur à partager sa nuit soit quelque chose de particulier, celui qui y est invité s’en aperçoit très vite. Quand il s’agit de communiquer une vision, celle-ci est donnée comme quelque chose formant une unité, comme quelque chose qui existe pour une durée déterminée : que ce qu’elle exige se dévoile pleinement dès le premier instant ou qu’au début elle reste impénétrable. La vision en tout cas est un fait et ce qui est vu indique un chemin; le voyant n’a pas à se demander s’il veut voir ou non, ou quelle sera la suite. Il a été amené par quelque chose à entrer dans un domaine précis, on l’y a conduit; et la vison sera rarement telle qu’il voudrait prendre la fuite ou qu’il voudrait qu’elle le laisse tranquille. Il en est tout autrement quand le Seigneur invite à partager sa nuit. La plupart du temps, il se réfère à un oui donné précédemment. C’est ainsi que Marie partage la croix de son Fils en vertu de son propre accord qui a été pris au sérieux : même si ce n’était pas expressément stipulé, c’était inclus dans son oui dès le début. Quand un chrétien se met à la suite du Seigneur en se consacrant à lui par des vœux, il laisse ouverte la possibilité – peut-être sans que ce soit souligné – que le Seigneur le fasse participer plus étroitement à sa nuit, et non seulement participer, dans un sens général, à bien des choses que l’homme naturel préfère éviter. Et si effrayé qu’il soit de la soudaineté et des dimensions de l’exigence, même s’il s’en défend et voudrait fuir et qu’il ne comprend plus rien, il sait pourtant dans la foi, s’il s’agit de la nuit de la croix, qu’elle est un droit du Seigneur ; et le Seigneur peut en faire usage non seulement pour l’éprouver ou le purifier, mais pour quelque chose d’autre qui ne peut être obtenu d’aucune autre manière. Et la volonté de l’homme de s’enfuir et son impression de ne pas être à la hauteur de la chose ne portent pas préjudice à son oui, ce sont tout au plus des gestes de défense de quelqu’un qui est bouleversé par l’exigence divine. On ne peut même pas dire non plus que ce sont des protestations de la saine nature contre les exigences démesurées de la surnature. C’est un droit de Dieu qui s’exerce sans s’occuper du refus de l’homme. Quelque chose de la souffrance et de l’impuissance divino-humaines est imposé à un croyant à quoi il résiste involontairement. Il faut bien qu’il résiste pour qu’il se souvienne de ce qui était avant et qu’il entende encore ses propres gémissements comme signe de sa participation à ce qui, dans la nuit, est incompréhensible mais inévitable. Car aucune borne ne peut être mise à cette nuit…

Les trois jours

Que la nuit du Fils présente pour nous une mesure de temps – « trois jours » – veut seulement dire que nous ne pouvons rien en mesurer que la durée qu’elle demande quand on la traduit dans notre mesure du temps qui est finie. Mais cette traduction ne touche pas à l’essentiel. Ce que fut la durée de son passage dans le séjour des morts, de quoi furent faites sa longueur et sa profondeur, ce qu’elle avait d’insupportable, peut-être même le fait qu’elle ne s’écoulait pas, reste le secret de Dieu. Quand un mystique est invité à partager d’une certaine manière cette nuit du Fils dans le séjour des morts, il ne peut rien dire de sa nature ni de sa durée. Il sent nettement que le temps s’écoule tout à fait autrement, et même au fond que tout tempo a disparu. De l’extérieur, un témoin étranger peut constater la durée de la nuit imposée; celui qui la traverse sent que le temps ne s’écoule pas; tout est arrêté et reste le même ou pénètre toujours plus avant, apparemment, dans l’absence de temps. Mais cette absence de temps se distingue essentiellement du temps éternel du ciel parce que nulle part, à partir de cette absence de temps (comme à partir du ciel), il n’est possible d’établir une relation quelconque entre cette absence de temps et le temps de ce monde. Cette absence de temps ne semble pas non plus provenir du temps éternel parce qu’aucune sorte de relation ne peut être établie avec lui. Le passage à travers les enfers prend tout le temps, soit aucun temps. Le chemin est ce qui est sans chemin comme le temps est ce qui est sans temps. Employer le terme « traversée » est une solution de fortune pour dire qu’il s’agit d’une visite et d’apprendre quelque chose; on ne peut rien dire sur la manière d’y entrer ni d’y séjourner. Nous, les humains, pour marcher, courir, monter ou descendre, nous avons toujours besoin du temps pour mesurer et d’étendue pour dire le chemin parcouru. Mais là, d’emblée, toute mesure est enlevée. Enlevée, tout comme le Fils lui-même s’est dépouillé de tout attribut qui lui rappellerait le temps de son séjour parmi nous ou les états de sa mission terrestre…

La relation cachée du Fils au Père et à l’Esprit

S’il est vrai que toute la mystique chrétienne a le Christ comme point de départ, il est clair qu’aux orants qu’il a choisis il ne transmet pas seulement, par une communication directe de ses mystères, des choses de sa vie qu’on voit et qu’on comprend, mais tout autant sa relation cachée au Père et à l’Esprit. Cette communication pourtant demeure voilée, car elle contient des mystères qui restent réservés pour l’éternité. Des mystères qui doivent rester inépuisables et qui pourtant ne peuvent pas être totalement mis de côté en tant qu’intangibles. Au contraire il offre aussi ces mystères voilés de son être comme le centre de la mystique nouvelle, et même comme ce qu’il y a en elle de plus essentiel : non seulement ce qu’il a fait, mais aussi ce par quoi il est passé…

L’Eglise et la mystique

Parce que, dans l’Église, rien n’est purement personnel au fond, mais que l’Église a aussi pour tâche de rendre ses membres catholiques, de limiter ce qui est personnel afin que cela devienne chrétiennement utile à tous, ecclésial et fécond dans l’Église, il n’est possible à aucune expérience mystique de se soustraire à un accompagnement et à une direction de l’Église même si, dans un premier temps, elle présente un aspect personnel très marqué et qu’elle s’adresse à une personne déterminée pour la « convertir », pour la détourner de la voie où elle marche, pour la conduire sur une autre, ou bien pour dilater ce qui en elle est petit et réduire à fond ce qui en elle est grand. Que la direction soit continue ou que des accompagnements occasionnels finissent par former un tout, le but doit toujours être de rendre l’expérience mystique aussi féconde que possible pour l’Église. En général, cette fécondité (qui n’a rien à faire avec l’indiscrétion et la publicité) est toujours mise entre les mains du mystique et de son directeur spirituel. C’est une relation qui comporte deux aspects : elle renvoie au Seigneur, mais lui non plus ne laissa pas sans témoins toute sa fécondité ; comme témoins, il avait sa Mère et ses disciples et surtout l’Esprit Saint. Le Père aussi certainement ; mais pour notre manière de voir, le Père est surtout celui sur qui le Fils a les yeux fixés…


7. Le mystère pascal, origine du sacrement et de la mystique


Nuit et lumière trinitaire

La mystique doit avoir tellement son origine dans la lumière trinitaire que c’est là que peut être justifiée la participation à la nuit, à ce qu’a d’insupportable la déréliction. Dans la consolation habituelle de la prière comme en tout soulagement que Dieu accorde ici-bas aux siens, le croyant participe activement d’une certaine manière : par sa foi qui le fait espérer, par sa prière où il cherche de l’aide auprès de Dieu. Dans la nuit, ce genre de participation est impossible. Elle est si bien écartée que tout ce qui lui correspond, tout ce qui s’y réfère paraît impossible ; si, sur la croix, le Fils a cependant rendu son Esprit au Père, il ne reçoit, dans la nudité et l’abandon de la nuit, que ce que Dieu lui offre, et Dieu ne lui offre que ce qui n’est pas du ciel, ce qui ne peut pas voir le jour, ce qui n’est pas accessible à la lumière. C’est donc une privation de la lumière, de l’amour, de l’atmosphère spirituelle, une absence de tout ce qui est en rapport avec le ciel…

L’école des réalités

Bien des croyants, dans leur vie de foi, évitent de penser à leur propre mort ou à la mort du Seigneur. Ils suivent sans doute l’année liturgique, mais comme cela leur convient : le temps du carême et la semaine sainte, ils les passent surtout dans l’attente joyeuse de la fête de Pâques qui arrive sans qu’ils réfléchissent sérieusement à la Passion du Seigneur ; durant l’Avent, ils regardent à l’avance la venue certaine de l’enfant sans donner de place à l’inquiétude et aux rudes épreuves de Marie. Mais Dieu prend ses mystiques à l’école des réalités et ils doivent les affronter. Ils ne rencontrent pas Dieu d’une manière qui plaît à l’homme, ils doivent goûter des mystères qui sont réellement les mystères de Dieu, de sa grâce et de sa rédemption. Ce sont les mêmes qui sont les sources de la vie sacramentelle de l’Église. Et le mystique n’est pas seulement un esprit ; on ne lui demande pas non plus de faire des efforts pour arriver à être un esprit de ce genre, il est une âme spirituelle dans un corps qui, dans tous ses sacrifices, ne peut pas renier sa corporéité. Car c’est ainsi que Dieu a créé l’homme. C’est une image et en même temps plus qu’une image. Toutes les voix et toutes les visions et toutes les expériences du mystique doivent toujours déboucher sur une expérience de la dure réalité chrétienne. On ne peut jamais rendre la nature d’une rencontre mystique avec des descriptions vagues et poétiques, avec des rêveries. Il ne s’agit pas de quelque chose d’à peu près, de nuageux, qui échappe à toute prise et reste intraduisible ; on peut toujours trouver une manière de dire qui évoque pour les autres, pour l’Église, une réalité incarnée et concrète…

Mystique et eucharistie

Les rencontres mystiques ont toujours un arrière-plan eucharistique ; celui qui fait une expérience mystique du Seigneur retournera toujours à l’eucharistie et il en repartira toujours, il aura nécessairement une dévotion particulière pour le Seigneur eucharistique pour ne pas s’égarer, pour être testé par l’eucharistie, pour faire contrôler par la réalité sacramentelle du Seigneur la réalité de sa rencontre avec lui. Mais il partira aussi de l’eucharistie pour donner le sens le plus plein possible à ses visions, et à l’expression qu’il doit leur donner, et à la vérité qu’il doit faire connaître par elles. Parce que tout est contenu dans l’eucharistie et que la vérité du Seigneur possède, intégrés en elle, tous ses aspects possibles, le mystique trouvera dans la confrontation entre vision et eucharistie des mots nouveaux pour la vérité de l’une comme de l’autre, qui proviennent de la fécondité de leurs rencontres. Ce n’est pas que chaque mot devrait compléter chaque autre mot mais, chaque fois, c’est une présence qui se trouve confirmée par l’autre…

Mystique et baptême

Dieu est libre de se communiquer aussi de manière mystique à un humain avant qu’il ait reçu le baptême. C’est ainsi que Paul entend la voix et voit la lumière, et il n’est baptisé qu’après; dans les Actes des apôtres, d’autres reçoivent l’Esprit Saint comme le signe qu’ils doivent être baptisés. La mystique appelle le baptême. Normalement personne ne peut rester mystique à la longue sans désirer le baptême, sans savoir qu’il doit le recevoir. Le contact avec le Seigneur en tant que source première de la grâce s’effectue dans le baptême…

Pentecôte et mystique

La rencontre de l’Esprit Saint avec les apôtres le jour de la Pentecôte ne peut pas être comprise autrement que comme une rencontre mystique. Ils sont ivres, hors d’eux-mêmes, en extase. Quand Dieu crée un homme, on peut d’une certaine manière prévoir à quoi ressemblera le résultat : il présentera les caractéristiques de tout homme. Quand l’Esprit du Créateur rencontre le croyant, on ne peut pas prévoir ce qui en sortira. Pour la saine raison humaine, la Pentecôte est un spectacle de désordre, d’aliénation, de trouble dans l’homme : ce n’est pas l’homme lui-même qui le provoque et rien de naturel ne peut le causer, il est un signe d’une invasion du divin, le signe que l’Esprit de Dieu souffle en l’homme où il veut et qu’il transforme tout ce qui est habituel. Les limites de l’esprit humain sont supprimées, les disciples parlent des langues qu’ils n’ont jamais apprises, ils parlent même plusieurs langues en même temps sans les avoir étudiées. C’est ici, dans l’accès à quelque chose d’inaccessible, dans ce qu’il est impossible d’obtenir même si on le voulait, que se trouve un point essentiel de la mystique. Ce dépassement des limites sans qu’on l’ait voulu soi-même et sans s’y être exercé caractérise tout le domaine de la mystique. La manière dont Dieu conduit alors peut rendre inutile tout degré apparemment nécessaire, le rend de fait réellement inutile. Les apôtres sont des croyants qui tout d’un coup, d’un ciel serein, reçoivent un cadeau qui les comble, dont Dieu seul est l’origine. Ils ne reçoivent pas ce don selon leurs mérites ou leurs efforts, mais sans conditions. Ce n’est pas non plus leur personnalité propre qui fait l’expérience d’un complément ou d’une surélévation, tout l’accent est mis sur l’intervention de Dieu. L’unique condition pour recevoir la confirmation est la foi du baptisé. C’est à celle-ci que se joint l’Esprit Saint. Et la transformation qui se produit dans l’apôtre n’est pas seulement perceptible pour lui, il la remarque aussi chez les autres, et il reconnaît que leur transformation est causée par l’Esprit…

 

8. Mystique trinitaire

La liberté de l’Esprit

Il y a par exemple la liberté de l’Esprit de souffler où il veut. A cette liberté est associé un facteur d’indépendance et par là de « surprise » qui est le propre de l’Esprit ; on pourrait le comparer à la spontanéité de l’enfant qui, par ses trouvailles – cocasses ou sérieuses – procure continuellement à ses parents diversion et joie. En Dieu, la Trinité des personnes, qui différencie toujours profondément la Trinité tout entière, est une occasion toujours nouvelle de distinction et d’union et, en conséquence aussi, un appel à nous, les créatures, à prendre part à ce double mouvement éternel. Non seulement en ce qui concerne notre idée de Dieu, mais aussi pour nous-mêmes, afin que nous ne restions pas définitivement figés sur des positions, qu’elles soient spirituelles, chrétiennes ou catholiques. Ce n’est pas une invitation à cultiver les paradoxes et les extrémismes, mais bien à se mouvoir dans la « sphère » de la vérité éternelle entre le centre et la périphérie, à ne cesser de sortir de la plénitude infinie pour entrer dans la richesse de nouvelles permutations telles qu’elles sont toutes possibles à l’intérieur de la plénitude. Le centre non plus n’est pas le lieu où tout mouvement a cessé ; il est le lieu d’où provient tout mouvement et vers lequel il ne cesse de revenir…

Les saints et la Trinité

Dimanche de la Trinité. Tôt le matin, beaucoup de saints qu’Adrienne connaît et voit souvent. Mais cette fois-ci était visible pour chacun une caractéristique de sa sainteté qui ne permettait pas qu’on le prenne pour un autre. Pour le dire d’une manière graphique : chacun apparaissait comme une ellipse ouverte vers le haut, dont on pouvait suivre un peu l’ouverture vers le haut jusqu’à ce qu’elle soit prise dans la lumière trinitaire. Cette lumière agit sur les saints de manière variée ; chacun est exposé différemment à la relation entre les trois personnes. Dans la nature de chaque saint, il y aurait trois zones qui contribuent toujours à son unité, mais de manière variée. Chaque fois, la zone du Fils n’est pas difficile à reconnaître parce qu’il est devenu homme ; c’est elle qui incite les saints à aimer leur prochain et à les aider autant que possible, à intervenir pour eux en substitution d’une certaine manière à la suite du Seigneur, à soutenir l’Église pour que, par la foi, l’amour, l’espérance, elle devienne pour les hommes une patrie et que, par tout cela, devienne sensible l’amour trinitaire apparu dans le Fils…

Grégoire de Nazianze et l’Esprit Saint

Grégoire de Nazianze est marqué par l’Esprit, mais pas autant qu’Augustin et Thomas, ses efforts pour s’entendre avec son prochain relèvent du Fils. Ce qui en lui relève du Père, c’est son sens de l’inaccessible ; en tous ses efforts et toutes ses recherches, il est toujours conscient que le Père est toujours plus grand, et cela veut dire pour lui toujours plus insaisissable. Adrienne le voit sous une lampe allumée. Il est assis là avec son travail, il écrit et la lampe est là pour l’éclairer ; elle le réchauffe aussi ; près d’elle, il fait plus chaud que dans le reste de la pièce ; il sait que s’il mettait la main sur la lampe, il serait brûlé. Il a un jour essayé effectivement de le faire et il a vraiment été brûlé. Il sait aussi qu’il serait plus conscient de la force du feu s’il mettait par exemple le feu à son parchemin ou à ses vêtements ou à autre chose qu’il peut évaluer dans une certaine mesure. Brûler fait mal et on pourrait se laisser brûler encore plus. On ne connaît pas ce plus, mais on sait qu’il existe dans le prolongement de ce qu’on connaît. C’est dans le fait qu’il connaît ce prolongement que réside sa manière de saisir l’Esprit. Et quand il imagine ce que sa lampe pourrait signifier pour un pauvre qui a froid ou pour un prisonnier dans son sombre cachot, il voit alors le Fils derrière elle. Et il comprend qu’un chrétien peut transmettre l’Esprit aussi bien que le Fils. Mais s’il n’avait pas besoin de sa lampe parce qu’il fait jour et que la lumière et la chaleur viennent du soleil, l’origine de la clarté et de la chaleur de sa lampe serait révélée par la lumière du soleil ; le soleil serait alors pour Grégoire l’image du Père, accessible dans son rayonnement et sa chaleur, et cependant absolument inaccessible encore parce qu’aucun homme ne peut s’approcher du soleil…

Prière dans l’Esprit Saint

Parce que le Fils est devenu homme, on est tenté de s’adresser surtout à lui dans la prière comme si, du fait de son expérience du monde, il était plus à même de nous comprendre  Et quand arrive la fête de l’Esprit, il semble un peu pénible de devoir maintenant s’occuper surtout de lui, de lui confier notre prière. Mais dès qu’on le fait, on remarque que la difficulté qu’on redoutait n’existe pas. La prière est seulement devenue autre parce qu’on se sait maintenant enveloppé par l’Esprit. En s’approchant de lui, on se sent comme dorloté et protégé en lui. Il sait d’emblée ce qu’il faut dire dans la prière, pourquoi on le prie et, par son omniscience, il nous rend la prière facile. Mais cette prière à l’Esprit Saint a une particularité : plus que d’habitude on pressent la grandeur et l’immensité de Dieu ; on sait que ce qui nous est personnel et qu’on apporte trouve un écho, mais sur un plan qui se trouve très haut et qui inclut déjà les solutions, qui les connaît et les possède. Ce sont peut-être ainsi des questions plus éloignées surtout qu’on présente à l’Esprit, plus pressenties qu’exprimables; c’est une autre sorte de méditation, de dialogue, de demande et d’action de grâce. L’action de grâce est élevée à un niveau supérieur; on a l’impression d’apporter des vases vides et l’Esprit les remplit. On n’est pas en mesure d’observer le processus, mais il se fait. Les vases remplis, l’Esprit les prend avec lui et il les porte au Père et au Fils. Il joue le rôle de l’intermédiaire mystérieux qui nous enlève ce qui nous appartient. La question de savoir ce qu’il en fait ne se pose pas. Il se charge de la prière avec tout ce qui la rend plus difficile, plus incompréhensible, peut-être aussi plus problématique et, à la place, il nous offre l’assurance d’un échange vivant en Dieu Trinité…


DEUXIÈME PARTIE : FORMES ET CRITÈRES

1. Vision et extase

Conscience de soi

La conscience de soi empêche l’existence de l’esprit en Dieu. Il y a dans la contemplation une diminution de la conscience de soi qui est causée par l’augmentation de l’existence en Dieu. Dans les visions, la conscience de soi peut diminuer jusqu’à disparaître totalement…

Un pacte avec Dieu

L’égoïsme peut se glisser aussi dans la relation avec Dieu. Comme deux égoïstes qui se marient concluent un accord et délimitent leurs sphères, on peut de même conclure avec Dieu un pacte dans la prière. Je fais quelque chose par amour pour lui et il me rendra service, il me protégera, il m’aidera finalement à gagner le ciel. Mais le ciel de Dieu est son échange d’amour et aucun égoïste ne peut y entrer. Il doit d’abord avoir placé son centre en dehors de lui…

L’humain et le divin dans la vie la plus quotidienne

La diminution de la conscience dans la contemplation ne veut pas dire encore directement « ravissement » ; celui-ci serait le dernier degré d’une perte de la conscience naturelle de soi. Certes, dans une vision, la conscience peut aussi se comporter à peu près comme dans la contemplation ; la vision n’exige pas forcément le ravissement. C’est ainsi qu’il est souvent arrivé à Adrienne que, tout en parlant avec moi, elle voie dans la même pièce un habitant du ciel. Elle est transportée de cette manière au niveau de ce qu’elle voit et qui, à cet instant-là, est un niveau plus réel ; le niveau humain où se poursuit la conversation passe en quelque sorte à la périphérie ; il est périphérique comparé à la réalité du monde divin qui est maintenant ouvert, et la conscience d’Adrienne en est déplacée d’autant. Au milieu de sa vision cependant, elle n’est pas gênée pour continuer la conversation terrestre qui concerne peut-être des questions qui sont tout à fait sans importance, des questions de ménage, etc. Seul un ravissement total supprimerait cette simultanéité…

Ravissements

Les ravissements arrivent plus rarement à Adrienne quand elle est seule. Pour elle, ils sont surtout là pour qu’elle transmette directement à celui qui est présent quelque chose du monde divin, quelque chose qui est atteint de la manière la plus pure par une mise hors circuit temporaire de la personnalité naturelle du voyant. Le ravissement peut se produire de différentes manières : 1. Par une extase ordinaire. Ici l’activité sensorielle est supprimée et il n’y a plus de perceptions naturelles. 2. Par une extase commandée (transport par le confesseur). 3. Par des « voyages  » (Bilocation) où elle est emportée corporellement quelque part et ramenée où elle était. 4. Par des missions d’enfer : la conscience de soi est alors totalement absorbée, mais les fonctions spirituelles et corporelles sont utilisées pour laisser passer quelque chose qui doit être présenté…

Lourdes et l’Esprit Saint

Le rôle de l’Esprit Saint est triple : il confirme dans le ciel, il confirme le voyant individuel, il confirme l’Église. Et il fait comprendre les desseins qui étaient liés à l’image. Si par exemple, à Lourdes, dès la première apparition, Marie a déjà sa pleine réalité – Bernadette a vu la dame, elle a parlé avec elle, elle a entendu sa voix, la dame s’est présentée – , Bernadette ne sait pas tout d’abord à quoi cela peut être utile, quelle est la signification de l’ensemble. Elle répète le nom qui est pour elle incompréhensible, mais elle ne sait pas – à part la joie qui lui est donnée – la portée de l’apparition, ni ce qu’elle doit en faire. Et quand elle raconte ce qu’elle a vu, c’est en vertu d’une mission qui n’est pas claire du tout pour elle. Et quand la source jaillit, les témoins aussi se trouvent devant un prodige dont il ne connaissent pas encore la fécondité. L’Esprit Saint connaît le pourquoi et le développement futur, et il en rend compte à Dieu en quelque sorte de la même manière qu’il a rendu compte au Père du dialogue de l’ange avec Marie et qu’il l’a couverte de son ombre. Mais à ceux qui assistent au prodige de Lourdes, il donne une certitude qui est fondée en grande partie sur sa propre certitude. Quand arrivent des miracles de guérison, ceux qui sont guéris savent – et l’Église le sait avec eux – que ces miracles sont comme des paraboles du miracle d’une foi renouvelée : pour ceux qui sont présents, pour leurs proches et, par leurs effets, dans toute l’Église. Et c’est l’Esprit Saint qui distribue et gère l’ensemble…

La prière conduite

Il y a dans la prière un niveau mystérieux qui n’est ni le niveau terrestre ni le niveau céleste au sens propre. C’est le niveau où la prière est reçue et partagée. Elle peut devenir là une rencontre. On dit peut-être dans sa prière : « Donne-moi davantage de dévotion », et tout d’un coup, à titre de cadeau, comme une image ou comme une voix, avec une explication pour ainsi dire incontestable, est montrée la dévotion d’un saint, de beaucoup de saints, d’une période de l’histoire de l’Église, etc. Et il pourrait se faire qu’on reçoive une expérience de cette dévotion et on saurait alors clairement que c’est ainsi qu’on doit être, que c’est ainsi que ça marche. Ou bien on reçoit de voir comment la petite Thérèse prie, ou comment saint Ignace combat, ou comment François d’Assise cherche Dieu. Avec des mots qui me sont compréhensibles, avoir une plénitude qui s’ouvre à moi…

L’arc-en-ciel

Les visions ne cessent d’ouvrir le ciel. Le Père lui-même ne se montre jamais. Il montre le Fils, la Mère de Dieu, etc., toujours de telle sorte que tout renvoie à lui. On devrait toujours mieux apprendre à voir le ciel tout entier en chaque détail qu’offre une vision. Différentes visions rendent des atmosphères du ciel très différentes, car le ciel peut être aussi bien ce qu’il y a de plus objectif que ce qu’il y a de plus subjectif. La Mère de Dieu peut nous ouvrir toute une atmosphère de douceur et ensuite tout d’un coup celle d’une exigence absolue. Que ce soit d’une manière ou d’une autre, elle est totalement vraie : elle soutient chaque fois ce qu’elle doit soutenir. Elle sert. Si aujourd’hui elle est la douceur, que demain elle est celle qui exige et qu’après-demain elle est celle qui est pleine d’angoisse, la question se pose toujours de savoir si elle renvoie par là à des états de Dieu. Cela, elle le fait certainement. Mais nous, les humains, nous ne sommes jamais capables au fond que d’un sentiment à la fois, c’est pourquoi la plénitude du ciel est décomposée pour nous comme un arc-en-ciel pour que finalement nous y comprenions quelque chose. Autrement, nous ne pourrions rien connaître du tout de Dieu. Tout doit être traduit pour nous du fait que nous sommes liés au temps. Nous ne pouvons pas comprendre que l’exigence peut être dans la douceur ou l’angoisse dans la joie…

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