37/3. Mystiques : pour quoi faire?

37/3

Des mystiques : pour quoi faire?

DEUXIÈME PARTIE : FORMES ET CRITÈRES


2. Mystique indirecte

Coopération

Dans le domaine proprement mystique, il peut se faire que quelqu’un soit choisi par Dieu pour laisser passer par lui et rayonner des choses qu’il ne perçoit pas lui-même. Par sa propre transparence, il peut aider un autre à atteindre une transparence sans qu’il ait conscience d’y être pour quelque chose. C’est pourtant en relation avec sa grâce mystique. Lui-même se souvient peut-être qu’à tel moment il avait prié très fort. Il avait parlé avec Dieu sans savoir que Dieu condenserait cet entretien en une vision ou un effet qui proviendrait de l’orant et qui aurait pour la personne concernée un caractère extrêmement concret, qui serait même pour lui une expérience unique quasi mystique. Le mystique ne voit pas qu’il est lui-même entre deux, il projette l’image qui passe par lui sans qu’elle le touche et dont il est pourtant marqué au moins autant que celui qu’elle atteint. Cela peut aller si loin que les mots qu’il dit dans sa prière, les expériences qu’il fait, atteignent l’autre avec la netteté des mots, des appels et des images si bien que l’autre participe plus tangiblement à ce mystère de la prière que l’orant lui-même à qui tous ces effets restent cachés.

Voilà ce qu’il en est pour le mystique indirect

Celui qui, dans un dessein d’apostolat, dit une parole de foi ne sait jamais exactement comment cette parole sera reçue. Il prie pour qu’il la dise comme il faut et qu’elle soit reçue comme il faut et qu’elle agisse selon la volonté de Dieu. Mais même si la parole qu’il dit est pour lui tout à fait objective et claire, elle est rarement utilisée par Dieu pour agir selon l’idée limitée que s’en faisait celui qui l’a dite. Cette parole est donc chargée d’un contenu que Dieu lui donne ; elle agit dans l’auditeur autrement qu’on ne s’y attendait, elle sera peut-être utilisée pour servir de base à d’autres mots et pour comprendre d’autres choses. Parce que le Fils est la propre Parole du Père, le Père prend sous sa garde toute parole qui est dite pour le servir. Mais l’auditeur est encore toujours libre de rejeter la parole ou de la garder en un « lieu sûr » où elle ne peut pas faire de « ravages ». Si donc déjà la parole de foi ordinaire que dit un chrétien agit autrement qu’il ne le pense, son être tout entier aussi sera ressenti autrement qu’il ne le pense ; il en est de même aussi de sa transparence pour des choses dont il ne sait rien, mais pour lesquelles il se tient fondamentalement prêt et que Dieu a prises pour les gérer lui-même. Voilà ce qu’il en est pour le mystique indirect…

Rencontres mystiques

Dans les rencontres mystiques avec Dieu, il faut toujours distinguer entre la rencontre elle-même et ce qui doit s’ensuivre. La rencontre peut être très simple, d’une simplicité si enfantine que le priant remarque à peine l’extraordinaire surtout s’il a l’habitude d’avoir des visions et qu’en outre il ne saisit pas sur le moment qu’il doit comprendre davantage que ce qui s’est manifesté. Que Dieu se laisse rencontrer aussi simplement – dans une vision qui comble, dans une prière que Dieu parachève, dans une grâce donnée gratuitement – reste le plus souvent l’exception. Ou bien, selon le plan de Dieu, c’est un prélude, et le fruit sera seulement l’ensemble : ce qui veut dire aussi à l’occasion que c’est plus tard qu’il devra travailler à la vision. Dieu peut offrir à l’âme une sorte d’accoutumance à lui : il l’introduit insensiblement dans son être, lui révèle des choses infimes qui ne montreront leur portée que par leur répétition. Une longue série de visions ou la permanence dans un état de vision sont éventuellement nécessaires pour une tâche qui se révélera plus tard urgente et qui aura été préparée de longue main. C’est en voyant à plusieurs reprises que Bernadette doit s’accoutumer à ce qu’elle voit, qui se communique à elle et se grave en elle si bien que, par la suite, cela ne lui fait rien de voir aussi la « Dame » en présence de toute une foule. Des apparitions apparemment superflues s’accumulent qui requièrent d’elle une obéissance toujours plus grande et donnent à la « Dame » une prééminence toujours plus évidente sur le monde du quotidien. Finalement l’enfant peut supporter l’extraordinaire et que tout le village coure à la grotte. Il n’est donc pas nécessaire que l’assaut soit sonné dès la première vision; Dieu sonnera bien les cloches quand les temps seront mûrs.

 

3. Différents phénomènes

 

Stigmates

Y a-t-il des stigmates d’origine psychique? S’ils sont authentiques, il ne le sont certainement pas. Car les stigmates authentiques sont causés par Dieu et non par le moi. Ils viennent de l’extérieur. Si je m’employais à donner des stigmates à mon corps par mon âme, ce serait des signes que je me serais donnés à moi-même, peut-être avec les meilleures intentions. Entre des causes naturelles de ce genre (qui doivent être qualifiées de plus ou moins hystériques) et la cause surnaturelle, il n’y a pas de troisième terme à part la tromperie…

Bilocation et « voyages »

On aimerait bien décrire la manière dont les deux mondes s’articulent : celui qui nous est commun et l’autre dont les croyants connaissent l’existence et qui est vu par certains. Mais justement on ne le peut pas. Je suis peut-être occupée à prier, le jour ou la nuit ; j’avais l’intention de dire un Notre Père, mais souvent alors la prière est prise, elle m’est montrée, elle est priée pour moi, je ne peux plus en disposer moi-même. Il se peut qu’un chœur d’anges soit là ou Jésus enfant à un certain âge ou des gens que je ne connais pas du tout, des religieux dans une chapelle ou une église donnée qui sont occupés à dire réellement cette prière. Alors ou bien il va tout à fait de soi qu’on est comme l’un d’entre eux et qu’on y est associé, ou bien on doit demander de pouvoir être comme l’un d’entre eux et on prie alors avec eux en gardant son style propre. Mais d’une manière ou d’une autre on appartient à un autre monde ; cela se fait sans efforts, car le fait d’être là ne s’oppose pas du tout au fait de ma présence ici. Le fait d’être là est une manière d’être comblée, une extension de ma présence ici et une manière de la compléter. C’est quelque chose qui s’ajoute ou bien cela en fait partie depuis toujours : simplement on n’y avait pas fait attention.

Opérer des miracles

Pour opérer un miracle, le chrétien reçoit dans sa main quelque chose de la puissance de Dieu ; comme dans un jeu, l’enfant et le père échangent un peu leur rôle : l’enfant joue le rôle du père, le père obéit. Mais naturellement tout le jeu reste caché dans la volonté du père. Il y a des miracles qu’on peut reconnaître comme tels avec certitude. Il y en a beaucoup aussi qu’on pourrait connaître mais qui ne sont pas connus, et d’autre part beaucoup qu’on ne peut pas reconnaître et pour lesquels il n’est pas du tout prévu qu’ils soient mis en vedette ; ils restent dans l’ombre et souvent nous ne savons pas si un miracle a eu lieu ou non. Dans l’ordre surnaturel, Dieu peut faire des choses extraordinaires qu’il tient pour nécessaires, il peut aussi les faire par un humain qui est alors thaumaturge sans le savoir. C’est ainsi que, lors d’une opération – comme sans y prêter beaucoup d’attention et sans y accorder une grande importance -, un chirurgien peut faire quelque chose qui finalement était décisif et qui a sauvé la vie de quelqu’un.

Parler en langues

Le parler en langues est une immersion dans la sphère de ce qui n’est pas encore articulé. Adrienne apporte avec elle sa mission qui est en fait unie à la mission de l’interprète. Quoi qu’elle apporte de propre, que ce soit central ou périphérique, elle sait que cela ne compte pas. Pendant qu’elle est « aspirée » dans cette sphère, elle voudrait souvent, chemin faisant (car il y a là une sorte de « chemin »), prendre encore certaines dispositions, cependant cela s’avère toujours dépassé ; on est d’abord « entraîné dans un tourbillon ». Une forte sensation de remise à neuf comme dans un bon bain quand on arrive de voyage fatigué et couvert de poussière, ou bien quand on émerge dans le soleil et dans le vent après un bain de mer : à la sensation de bien-être est associé le sentiment d’être purifié et renouvelé. C’est une sensation heureuse et en même temps tout à fait objective. Et à partir de ce renouvellement, un nouvel ordre aussi se fait…

 

4. Critères de la mystique chrétienne


L’imagination de Dieu

Dieu aime tellement le monde qu’il veut toujours lui montrer de nouveaux visages de son amour. C’est pourquoi il mène inlassablement du centre à une périphérie pour enrichir le centre. Il le fait aussi tout au long des siècles chrétiens bien que tout soit déjà contenu dans la Bible. Tout y est, mais personne ne connaît toute la plénitude de l’Écriture. Lourdes aussi y était contenu sans que quelqu’un ait pu s’en douter. La petite Thérèse aussi, qui nous montre son quotidien et sa petite voie et ouvre par là une vue nouvelle sur l’amour de Dieu. Le curé d’Ars aussi, qui nous montre comme pour la première fois ce qu’est la confession. Il la débarrasse du dégoût des chrétiens et en fait une révélation rayonnante de l’Esprit Saint. La puissance d’imagination de Dieu est constamment à l’œuvre pour arracher l’Église à son embourgeoisement.

Variété des visions

Parfois, dans les visions, plusieurs choses sont montrées en même temps : un contenu peut être montré de manière centrale, d’autres choses comme accessoirement, en guise d’encadrement. On regarde d’abord ce qui est central ; plus tard on pourra regarder ce qui est à la périphérie sans qu’il soit nécessaire que cela soit montré à nouveau ; on sait seulement qu’il y a encore là quelque chose qui reste en suspens et qui en fait aussi partie. Peut-être qu’au centre il y avait le Seigneur, Marie à côté de lui, plus loin sur le côté Jean, peut-être Madeleine ou d’autres saints ou autre chose qui fait partie aussi du domaine de l’Église. Mais une autre fois, Jean peut se trouver au premier plan et, à côté de lui, se trouve la Mère et, plus loin, le Seigneur parce que maintenant c’est justement un mystère de Jean qui est donné à contempler. Demain peut-être à nouveau un mystère de la Mère, et plus tard seulement un mystère du Seigneur.

Un instrument

Ce que le mystique est pour lui-même perd tout intérêt parce que maintenant il doit devenir totalement fonction de sa vision. Et parce que finalement celle-ci ne lui est pas destinée et qu’il doit la transmettre et la laisser devenir féconde d’une manière ou d’une autre – étant donné qu’elle appartient à l’Église -, il n’est lui-même qu’un instrument dans la main de Dieu, et tous ses efforts doivent consister à ne pas troubler la transparence dont Dieu a besoin, à écarter du chemin tous les obstacles. Et si Dieu veut lui attribuer une nouvelle compréhension et une nouvelle profondeur, le mystique n’a aucunement à opposer ses propres exigences (par humilité par exemple) à cette exigence de Dieu. Il ne doit pas seulement accepter de disparaître si Dieu le veut, mais aussi accepter de se laisser totalement réduire et reconstruire. Il serait mauvais pour lui, par un faux zèle, de vouloir assurer une place à ses propres désirs ou à ceux qu’il tient pour tels. C’est Dieu seul qui organise et dispose. C’est Dieu aussi qui dirige la vision : il la donne telle qu’il l’a prévue et en même temps telle qu’elle doit être reçue. Ce qui est caractéristique, c’est que ce qui est vu ne se trouve pas dans le voyant lui-même, bien que ce soient les yeux de la foi qui voient. Ce qu’il voit se trouve à une certaine distance, mais qui peut se réduire au point qu’il puisse le toucher ; il ne prétendra jamais cependant qu’il a « au plus intime de lui-même », en son propre moi, le Seigneur ou la Mère de Dieu ou quoi que ce soit de surnaturel. Il peut être touché par ce qu’il voit comme par un éclair ou en être fasciné, ou bien il peut toucher le vêtement du Seigneur, mais il ne peut éprouver tout cela en lui-même. Car ce qu’il appelle son moi est totalement dans la vison, il s’y est perdu en quelque sorte. Il perçoit dans la mesure où il s’oublie et doit s’oublier lui-même.

Un mystique qui doit garder le silence

On peut imaginer un mystique à qui pour un temps est imposé le silence et qui, durant ce temps, reçoit une série d’expériences qu’il doit amasser conformément à sa mission. Avec naturel et dans l’obéissance de toute son âme, il doit les juxtaposer telles qu’elles lui ont été transmises sans se mettre au centre, sans chercher à en saisir le fruit, sans poser d’autres questions. Pour le moment, il n’est pas chargé de communiquer ce qu’il a expérimenté, ni même d’en tirer des conclusions personnelles, il lui est uniquement indiqué qu’il a à percevoir et à ranger ce qui lui a été donné, dans la simplicité et l’obéissance. S’il satisfait exactement à cette mission, s’il la reçoit avec la mesure et le rythme dans lesquels elle a été donnée, sa disponibilité en sera accrue, son esprit éduqué et, aussi bien dans l’expérience mystique que dans la vie terrestre, il devient ce que Dieu veut faire de lui. Il est vidé et il est façonné pour devenir le réceptacle dont Dieu a besoin. Il se peut que Dieu préférera procéder de la sorte un long temps avec lui pour éduquer son âme dans une certaine continuité. Un beau jour, peut être atteint le degré de saturation que Dieu souhaite et dont il pourra façonner une nouvelle mission.

Inconvenances

Il y a aussi toutes les personnes qui, dans le cadre d’une révélation qu’elles ont entendue, ne veulent pas continuer… Dieu parle, mais je suis si occupée à parler moi-même, à prendre part à la conversation, à couper la parole, que je n’écoute plus, que j’entends tout au plus quelques mots qui manquent alors de cohérence. Et si par la suite j’essaie de reconstruire ce que Dieu a dit, cela sonne faux en mettant les choses au mieux. Ou bien on ne laisse pas à Dieu le temps de parler, on lui coupe la parole, on sait mieux que lui comment il doit terminer ses phrases. Il y a dans la mystique toutes les inconvenances que peuvent avoir les hommes dans leurs dialogues. Il peut se faire que l’Esprit ait parlé et qu’à ce moment-là je n’étais pas capable de comprendre totalement ce qu’il a dit. Comprendre veut toujours dire aussi traduire. Si une traduction n’a pas lieu par ma faute, parce que actuellement je ne veux pas, l’Esprit ne va pas répéter la même révélation. Je ne peux pas dire à Dieu : « Écoute, ce que tu as dit tout à l’heure est peut-être quand même plus intelligent que je ne l’avais pensé tout d’abord, répète-le encore une fois, je t’en prie »…

 

5. La mystique de l’obéissance chez Adrienne

 

Extase d’obéissance

Au retour de l’extase, je suis toujours très fatiguée, j’ai du mal à retrouver le mode ordinaire de penser, j’ai l’impression d’être quelqu’un qui doit marcher avec des béquilles. Il doit réapprendre à marcher. Cela signifie chaque fois une limitation qui est fatigante. Autrefois, quand je n’étais pas encore aussi fatiguée que maintenant, je l’ai moins senti. Et quand on sort de l’extase, on sort aussi du royaume de l’amour parfait ; et c’est laborieux d’être à nouveau dans le domaine du non-amour.

La région de l’Esprit

(Adrienne est en extase et, dans cet état, elle dit ce qui suit au sujet de l’extase). L’extase ouvre tout un domaine du ciel éternel ; la question posée avant l’extase détermine la partie du monde céleste où il faut demeurer pendant l’extase. Elle ne la détermine pas dans sa largeur et sa profondeur, mais elle délimite en quelque sorte la sphère, la région. C’est d’une part la région de l’Esprit Saint (qui traverse le ciel entier), d’autre part la région où doit être cherché ce qui a été demandé : un saint, un prophète, par exemple. Les deux points de vue produisent comme un système coordonné qui détermine le lieu où l’on arrive.

Quand on est dans l’éternité

Vu la Mère du Seigneur. Il y a des états où l’on sait qu’on est au-delà ; le tout ne mérite plus le nom de vision, on est dans l’extase et on a part à l’autre monde. Et la plupart du temps, quand on est dans l’éternité, on n’oublie certes pas la notion du temps qui passe, on lui est seulement devenu étranger. Il n’y a pas la peur que ça pourrait s’arrêter soudainement ; on vit au ciel simplement et sans inquiétude. Et quand ensuite on se retrouve quand même encore en ce monde, c’est alors avec un supplément d’éternité, si bien que tout est en ordre. On n’est pas une Eve qui a été chassée du paradis. Qu’on ait eu le droit d’emporter ici-bas quelque chose de la substance précieuse de la vie éternelle, qui peut aussi aider les autres, nous rend reconnaissant. D’autres fois, ce sont précisément des visions ; celles-ci sont des tranches limitées de la vie éternelle, et on est conscient de ces limites : ce sont des éléments. C’est alors comme un supplément pour la prière : certaines choses sont montrées pour qu’on les contemple. Dans la première manière par contre, c’est comme si on était aspiré dans l’autre monde. Cela ne provoque aucun sentiment de vertige ou de tangage ; à notre nouvelle place, une nouvelle unité est aussitôt créée.

Le tricot

Souvent je suis assise à mon bureau et je tricote ; tandis que les mains sont occupées, mon esprit est libre, une prière m’est offerte que je n’avais pas cherchée. Au fond parce que je vis dans ce lieu isolé. Il y a sans doute là diverses expériences qui remplissent de bonheur ; mais au total, c’est que l’âme est habitée et cela s’exprime dans une prière. C’est quelque chose qui est donné de manière habituelle, en deçà encore d’une vision concrète particulière. Quand on a avec quelqu’un une conversation donnée, qui est interrompue pour une raison ou pour une autre et qui est reprise plus tard, dans l’intervalle on reste ouvert à cette conversation. C’est pourquoi on n’a pas besoin de réfléchir au passé ni de prévoir l’avenir, on reste simplement disposé de manière habituelle à cette conversation, on se tient à sa disposition. Cela n’est pas gêné par le fait qu’entre-temps je travaille ou que je lise ou que je réfléchisse à quelque chose. Quoi qu’il arrive, ce genre d’ouverture est là qui ne demande aucun effort particulier. Ainsi en est-il pour les intervalles entre les visions.

Le guide

Quand j’ai une extase, vous y êtes aussi (= le P. Balthasar) et votre ministère contribue à rendre la vision possible. La première fois que j’ai vu la Mère du Seigneur, vous étiez dans le tableau. Le 8 décembre 1940, je me décidai à parler avec vous des vœux. Je ne pensais pas qu’il en serait sérieusement question pour moi. Mais vous avez dit : « Quand Dieu prend quelqu’un au sérieux, il peut exiger un chemin très abrupt ». Et vos doigts escaladèrent votre bibliothèque, verticalement. J’ai su alors que vous me montriez par là les résistances que j’aurais à vaincre en moi pour aller d’un rayon à l’autre. Et je voulus vous demander – sans peut-être penser tout à fait sérieusement à moi – si vous ne pourriez pas m’aider à m’insérer totalement dans la volonté de Dieu. Je ne voyais pas les vœux, je voyais seulement la nécessité de faire ce que Dieu veut, et je savais que ceci aussi devait se faire par vous. Et quand, après ma conversion, arriva la première vision de la Mère avec la frange de son tablier, j’eus intérieurement l’impression que vous dirigiez les yeux de mon âme vers la Mère. Ceci est dit de manière maladroite, mais au fond c’est vrai. Depuis lors, je n’ai eu aucune vison, je crois, dans laquelle vous ne m’avez pas guidée et que vous n’avez pas accompagnée, dans laquelle vous ne m’avez pas dit à l’instant décisif où je devais regarder. Vous me touchez très légèrement et je sais que vous travaillez mon obéissance comme une matière que vous tenez en main. Vous guidez mon amour comme par une laisse invisible, vous assumez ma volonté dans la vôtre qui est remplie de faire la volonté du Fils comme sa volonté était remplie de faire la volonté du Père…

Dieu prend ce dont il a besoin

Il y a la prière où l’on est simplement prêt à écouter ; mais rien n’est dit de plus que les mots du Notre Père. Une autre fois, la prière commence tout à fait de la même façon, mais tout d’un coup Dieu semble prendre pour lui toute la substance comme lorsqu’un enfant tête le sein de sa mère, cela peut être douloureux ou délicieux ; l’homme tout entier est pris, esprit et corps, c’est du tout que doit sortir la prière. Il se peut que Dieu en fera une véritable vision, ou bien il nous emportera et nous dira : Tu es au ciel. Et on se sent entraîné dans le ciel et on doit continuer à dire là les mots du Fils. On voit peut-être le fruit ou bien on ne voit rien. Quand on est emporté, on a l’impression que Dieu est entré au plus intime, qu’il nous donne une force qu’il déverse aussitôt en quelqu’un d’autre. Il se peut qu’on ne sente que sa volonté, que le service ; tout le reste est pur passage. Et plus on est réquisitionné par quelqu’un, plus on est attiré profondément en Dieu. On dit : « Que ta volonté soit faite », et Dieu nous retire toute notre volonté propre pour que sa volonté prenne la place, ou bien il nous retire notre connaissance propre pour la remplacer par la sienne. Ou bien il nous retire notre foi limitée pour que sa foi ouverte occupe la place. Parfois on ne sait plus rien de soi-même. Ou bien on sent seulement qu’on est totalement dépouillé et on sait qu’on ne peut plus être soi-même parce que Dieu a tout pris. D’autres fois on sait qu’on est soi-même uniquement parce que Dieu est là : c’est parce qu’il est en moi que moi aussi je suis. D’autres fois encore il ne nous laisse aucun répit dans la disponibilité. On pense qu’il a maintenant ce dont il a besoin, il prend alors quelque chose de tout autre. Pas ce à quoi on se serait attendu. C’est avec ce qui est arrivé ensuite qu’on regarde le passé et qu’on voit le changement. Cela éveille de l’inquiétude et cela renforce en même temps beaucoup la confiance. Dieu prend simplement ce dont il a besoin. On pense être éveillé pour lui, mais il prend justement ce qui dort maintenant en moi. On doit être prêt également avec tout ce qui dort en nous. Toujours, les limites sont dépassées et repoussées par Dieu.

Allaiter tous ceux qui ont soif

La Mère de Dieu : Oh ! Elle est pur don d’elle-même. Elle ne s’est servi de son corps que pour être don d’elle-même, afin que le Fils expérimente dans son Église-épouse le don de soi parfait et afin que tous les saints deviennent saints par elle. Elle ne connaît pas de « degrés dans le don de soi », pas de limites, pas de repos dans le don d’elle-même, ni la nuit, ni le jour, ni dans la tranquillité, ni dans l’espace. Elle est de plus en plus entraînée au centre de Dieu avec toutes les fibres de son corps. Et là où le souffle de l’Esprit va dans tous les sens – toujours exactement là où il veut, et pourtant justement partout -, elle peut offrir dans toutes les directions son sein qui, par l’Esprit, est rempli du lait du Fils. De ce centre de Dieu, elle peut allaiter tous ceux qui ont soif. Et que ce soit la Mère ou que ce soit l’Église qui offre son lait, c’est la même chose. Parce que c’est par le Fils que les deux sont devenues épouses. Par la virginité de sa Mère, le Fils est entré en elle comme un véritable époux et il lui a donné ainsi le lait dont elle put le nourrir. Et pour l’Église, c’est la même chose. Mais là où pour Marie, c’est le Fils qui est là, pour l’Église c’est le ministère qui est là d’une manière particulière. Le ministère reçoit le lait de l’Église pour le distribuer. Que Dieu bénisse le ministère.

Il y a bien des choses qu’elle ne comprend pas

Je vois la Mère du Seigneur. Le Fils est parti, elle est chez elle. Elle sait qu’il est Dieu et qu’il fait de grandes choses. Mais il y a tant de choses en lui qu’elle ne comprend pas. On lui raconte tant de choses, une quantité de rumeurs lui sont rapportées. Lui-même, elle le voit si rarement. Et pourtant elle doit être avec lui, et travailler avec lui, et prier avec lui, et lui être donnée. Elle veut tout ce qu’il veut, mais il y a bien des choses qu’elle ne comprend pas. Et elle est fatiguée de la fatigue du Fils, elle est fatiguée de ne pas comprendre et parce qu’elle prie tant. Elle a une prière de fatigue parce que son Fils lui donne sa propre fatigue quand elle prie.

Le porteur de la semence

(En extase). De même que le Fils sur la croix renonce à savoir qu’il est Dieu et qu’il ne souffre que comme homme, il y a de même chez le porteur de la semence du Père, l’Esprit Saint, un renoncement correspondant quand, sur mission du Père, il ne veut plus se sentir que comme porteur de la semence et qu’il s’abaisse au rôle de féconder la Mère, non seulement jusqu’à devenir homme comme le Fils dans son incarnation et son humanité, mais jusqu’à n’être que le spermatozoïde d’un homme. Et ceci bien que l’Esprit soit Dieu et qu’il porte Dieu sur mission de Dieu. Il abandonne donc totalement sa divinité pour remplir sa mission divine afin que la glorification du Père par le Fils soit parfaite et qu’ainsi la Mère également participe à la rédemption du monde par le Fils. Il est comme réduit à n’être qu’une fonction, ce qui inclut qu’il renonce à son être propre jusqu’à l’ignorer. L’Esprit d’amour n’est plus que le porteur de l’amour, il en est tellement le pur porteur qu’il n’est comme pas touché par ce qu’il porte, il l’insère dans la Mère comme un tout venant de Dieu le Père. Comme si rien n’en adhérait à lui, comme s’il ne pouvait rien détourner de cet amour pour le faire entrer dans son être propre. Et comme s’il ne voulait rien non plus y ajouter de propre, pour le laisser tel que le veut celui qui a donné l’ordre, le Père.

Le pêcheur de perles

Vianney devant son confessionnal. Pour Vianney, le fil conducteur, ce sont les autres…, c’est le premier qui se présente à son confessionnal. Le confesseur sans consolation va consoler le pécheur sans consolation. Le moyen qui lui permet de consoler, c’est qu’il est lui-même sans consolation. La consolation est pour lui ce qu’il y a de plus inaccessible : aussi bien sa consolation en Dieu que la consolation qu’il doit donner. Très souvent quand il se rend à son confessionnal, il ne voit rien devant lui au fond. Il ne sait qu’une chose : il y aura encore une fois quelqu’un qui sera là. C’est son état de suspension. Souvent aussi il arrive qu’il voit qu’il a consolé quelqu’un, que l’autre est rempli de consolation et, quand il a vu cela, sa propre consolation est terminée. Il n’a pas le droit de se consoler lui-même de la consolation qu’il a donnée. Il ressemble à un pêcheur de perles qui ne cesse de plonger, et chaque fois qu’il a trouvé une perle, il doit aussitôt la donner et se jeter dans un danger plus grand encore pour en trouver encore une. Pour un patron qui lui est étranger. Et plus Vianney en connaît au sujet de la consolation – et, pour les autres, il est obligé d’en savoir quelque chose – , plus son savoir lui paraît irréel.

Retour d’extase

Lors d’extases profondes, qui la font entrer totalement en Dieu, peut-être en plusieurs étapes, Adrienne doit être rappelée beaucoup plus longtemps pour qu’elle revienne sur terre. Elle ne revient alors aussi que par étapes, tandis qu’elle reprend conscience plus vite quand elle a été transportée dans un saint par exemple. Elle n’a pas l’impression de venir d’en haut, mais plutôt d’à côté. Un jour elle m’a vu d’abord extrêmement petit, comme quand on regarde à l’envers dans une longue-vue, ou comme quand, dans un film, quelque chose apparaît d’abord tout petit, devient toujours plus grand et remplit finalement tout l’écran. D’un saint dont la nature et la prière lui sont proches en quelque sorte, elle revient plus facilement que d’un autre qui « ne lui va pas ». Ces saints (qui lui ressemblent), elle n’a pas besoin de les avoir connus auparavant, il suffit qu’elle puisse s’y reconnaître rapidement dans leur esprit. Le saint est comme une maison qui est aménagée au goût d’Adrienne. Ainsi en est-il par exemple pour Françoise romaine, Jeanne de Chantal, Hildegarde ou Mechtilde de Magdebourg, tandis que pour d’autres…  il lui est plus difficile de revenir à elle.


* * * * * * * * * * *


Autres réflexions sur la mystique

 

I

 

Pour ceux qui n’auraient pas à leur disposition les livres du P. Balthasar et d’Adrienne von Speyr, voici quelques notes brèves qu’on peut y glaner au sujet de la mystique et des mystiques. D’abord dans Hans Urs von Balthasar, Adrienne von Speyr et sa mission théologique :

1. Aussitôt après la conversion d’Adrienne, une véritable cataracte de grâces mystiques a commencé à fondre sur elle (p. 26).

2. Bien des lois du royaume des cieux lui sont enseignées par les saints les plus divers : la petite Thérèse, les apôtres, les Pères de l’Église, le curé d’Ars (qu’elle aimait beaucoup), en petites scènes symboliques ou aussi sans paroles (p. 27).

3. La théorie qu’Adrienne a formulée atteint son sommet dans une seule affirmation : la mystique est une mission particulière, un service spécial dans l’Église, et ce service n’est accompli correctement que dans un total oubli de soi – elle aimait le terme « effacement » – et la disponibilité de la servante à l’égard de la Parole de Dieu (p. 29).

4. Il faut bien noter que les expériences faites par Adrienne von Speyr et ses découvertes sont de nature entièrement charismatiques, c’est-à-dire qu’elles sont de purs dons de Dieu. Ce ne sont pas des choses qu’elle aurait pu trouver par elle-même. De plus, dans le domaine des choses de Dieu, Adrienne ne voulait jamais qu’on mette un point final aux découvertes qui ont été faites et aux systèmes élaborés (p. 41).

5. Les théologiens d’aujourd’hui écartent souvent avec méfiance ce qu’ils appellent les « révélations privées », en expliquant que ces révélations sont souvent incertaines ou tout simplement fausses, que personne n’est obligé de les reconnaître, que de toute façon tout l’essentiel se trouve dans l’enseignement de l’Église. On peut se demander pourquoi, malgré tout, Dieu ne cesse de se livrer à des entreprises auxquelles l’Église ne devrait pas prêter attention ou auxquelles elle ne devrait que peu s’intéresser. Pour Adrienne von Speyr, la mystique chrétienne et ecclésiale authentique (il y a bien des mystiques fausses) est essentiellement un charisme, c’est-à-dire un service confié par Dieu à quelqu’un pour l’ensemble de l’Église. C’est bien ainsi qu’Adrienne a compris sa mission (p. 46-47).

6. Adrienne connaissait souvent aussi des ravissements dans lesquels elle n’était plus que « le pur instrument d’une vérité à communiquer ou à expliquer » (p. 55).

7. Se rappeler… que les charismes proprement dits sont donnés par Dieu et ne peuvent nullement s’acquérir par quelque entraînement (training) spirituel (p. 56).

8. Dans les manuels, la mystique est définie comme étant une connaissance expérimentale de Dieu… Il va de soi que l’expérience mystique n’affaiblit pas l’acte de foi ni ne le remplace; l’expérience mystique a la foi comme fondement et elle débouche sur elle; l’expérience mystique renouvelle et enrichit la foi (p. 70).

9. La théologie et la prédication officielles avaient remisé la mystique dans un coin, l’avaient plus ou moins méconnue, voire méprisée, rejetée et réduite au silence. Adrienne von Speyr a ramené la mystique au centre de l’histoire du salut. Ce centre, c’est l’échange entre la Parole de Dieu et l’audition de cette Parole par l’Église ainsi que la réponse qu’elle lui donne… Là où la Parole de Dieu n’est pas seulement écoutée avec l’intelligence de l’exégète et du théologien, mais avec le coeur tout entier, avec toute l’existence, là où quelqu’un tient bon dans le feu et la nuit quand le coeur de Dieu s’ouvre, là on peut parler de mystique, non dans le sens vague de l’histoire des religions et de la philosophie de la religion, mais dans un sens catholique et ecclésial (p. 73).

10. Pendant près de dix ans, Adrienne a commenté des livres de l’Écriture : après les écrits de Jean, quelques lettres de saint Paul, les épîtres catholiques, l’Apocalypse, des livres ou des parties de livres de l’Ancien Testament. Dans ses dernières années, on pouvait lui mettre entre les mains un texte quelconque de l’Écriture et lui proposer de l’expliquer su-le-champ; elle fermait les yeux quelques secondes et elle commençait ensuite à parler d’une voix calme et objective, en des phrases qui étaient quasi prêtes pour l’impression (p. 29).

11. La mission d’Adrienne au sens strict commence avec les dictées de Jean en mai 1944. C’est saint Ignace qui amena un jour l’apôtre Jean auprès d’Adrienne « pour lui expliquer son évangile » (HUvB, L’Institut Saint-Jean, p. 18).

12. Quand commencèrent pour Adrienne les expériences extraordinaires du monde de Dieu, le rôle du P. Balthasar fut avant tout de « les situer dans la tradition de l’Église et à lui apprendre à elle, le médecin qui a les pieds sur terre, qu’il n’y a là rien d’anormal ». Au début, peu après sa conversion, Adrienne se défendait d’être une mystique; par le protestantisme où elle avait vécu jusqu’à trente-huit ans, elle avait « horreur de la mystique ». Elle pouvait dire que « ce qui se passe en elle n’est pas à proprement parler de la mystique…, que les choses n’ont rien à voir avec elle-même, la pauvre et méchante Adrienne » (Ibid., p. 46).

13. Ce que le mystique a vu, entendu, vécu est destiné à « éclairer plus vivement, plus profondément, pour l’intelligence de notre temps… maints éléments de la doctrine trinitaire, de la christologie ou de l’ecclésiologie » (Ibid., p. 56-57).

14. « Nombre de phénomènes mystiques – stigmates, transports, émanation de lumière, lévitation, glossolalie et autres choses du même genre – se manifestèrent dans l’existence d’Adrienne, mais sans aucune insistance, simplement comme phénomènes concomitants de ce que, invisiblement par la prière et une dure pénitence, visiblement par les dictées, il fallait transmettre à l’Église. Le critère d’authenticité de sa mystique réside tout premièrement, sinon exclusivement, dans la qualité de ce qu’elle a fait, de ce qu’elle avait et a encore à dire » (Ibid., p. 57).

15. « Adrienne a renouvelé fondamentalement toute la théorie de la mystique. Sous ce rapport, elle se rattache à la mystique de l’Écriture sainte : depuis la vision sur l’Horeb jusqu’à celles d’Isaïe et d’Ézéchiel, jusqu’à la déréliction de Job, jusqu’à la foi parfaite de Marie, jusqu’à la vision des apôtres, celle de saint Paul, jusqu’aux visions de l’Apocalypse » (La mission ecclésiale d’Adrienne von Speyr. Actes du colloque romain, p. 15).

16. « Pouvons-nous refuser à Dieu la capacité de se révéler au monde quand il veut? » Et cela même après l’époque des apôtres. (HUvB, Tu couronnes l’année de tes bontés, p. 92).

17. « Quelle autorité ont réellement dans l’Église les révélations privées? »… Il y a dans certaines de ces révélations dites privées « des choses pleines de sève et de vie… Quand des révélations privées pleines de vie sont rejetées par des croyants, il y a toujours derrière cela un rejet de la vitalité véritable de la foi » (Œuvres posthumes d’Adrienne von Speyr, t. 11 : Ignatiana, p. 424-425).

18. « Très souvent l’Église n’a pour ces choses (les révélations privées) qu’un ‘nihil obstat’ et elle ne s’engage pas plus. Ce n’est peut-être pas très réjouissant, mais il serait beaucoup plus épouvantable que l’Église confirme de fausses révélations. Seul le Seigneur est tout à fait saint et, à part lui, personne ne l’est. Tous les saints ont leurs lacunes et leurs défauts. L’Église ne peut pas canoniser quelqu’un qui n’est pas saint mais, même quand elle canonise un saint, elle court le danger de canoniser aussi en lui des choses qui ne sont pas saintes par ailleurs. Même en quelqu’un qui n’est pas saint, l’Église peut trouver des choses qui ont un rapport avec la sainteté et qui, en tant que telles, peuvent être admirées » (Ibid., p. 425).

 

II

 

Autres réflexions, d’autres auteurs, sur la mystique, qui ne concernent pas directement Adrienne von Speyr.

19. « Les mystiques… sont les explorateurs de l’au-delà » (J. Guitton, Journal de ma vie, t. II, p. 153).

20. « Les mystiques ouvrent des portes sur un Au-delà du couramment accessible… Il ne serait pas plus raisonnable de rayer la mystique de notre champ que de renoncer à l’outil mathématique pour une approche pragmatique de l’Univers » (P. Chaunu, L’apologie par l’histoire, p. 175).

21. « Dieu décerne parfois à son peuple une grande grâce de pensée » (Péguy, dans HUvB, La gloire et la grâce, t. II,2, p. 294).

22. Jean-Jacques Antier a abordé sa biographie de Marthe Robin « avec les yeux d’un croyant pour qui l’expérience mystique possède une valeur absolue » (J. Guitton, dans sa préface au livre de J.-J. Antier sur Marthe Robin, p. 12).

23. « Origène définissait la théologie comme un ‘enthousiasme critique de la foi’. Qui est plus enthousiaste, plus inspiré par Dieu ou plus précisément en Dieu que la mystique? » (A. Scola, dans La mission ecclésiale d’Adrienne von Speyr. Actes du colloque romain, p. 8).

24. Les saints sont aussi des explorateurs, et ils parlent aux théologiens comme les voyageurs aux géographes : « Vos discours sont peut-être vrais, mais ce point-là, je l’ai expérimenté, j’y ai été, je le sais et j’en témoigne ». Ils « choquent » les raisons transmises par le passé, à la manière dont le Nouveau Monde bouleversa tant de traditions. Aussi les regarde-t-on « comme des sauvages ou comme des étrangers dont on n’entend pas le langage » (Cf. M. de Certeau, La fable mystique, t. II, p. 175).

25. Oscar Cullmann à propos de Fatima : « C’est une théophanie, et les théophanies interviennent dans l’histoire du salut. Je suis porté à admettre qu’elles continuent, même après le Christ, et que Fatima pourrait bien en être une » (Cité par J. Guitton, Journal de ma vie, t. II, p. 227).

26. »Les apôtres ont déposé la plénitude de la vérité dans l’Église comme un trésor, mais c’est un dépôt vivant qui se rajeunit » (Saint Irénée, Adv. Haer. III,4,1, cité par B. Bobrinskoy, Le mystère de l’Église, p. 161).

27. (Les mystiques) « puisent de nouveaux sucs au trésor sans fond de la Révélation, ils enrichissent la tradition explicite, ils en pansent les blessures, et ils en nourrissent les besoins nouveaux de leur époque » (H. de Lubac, dans B. Dumas, Mystique et théologie d’après Henri de Lubac, p. 142).

28. « La mystique est le but, la théologie n’est qu’un outil et dont l’autorité elle-même est moindre que celle des mystiques » (Ibid., p. 141).

29. « Fondamentalement, la théologie doit apprendre à recevoir (de la mystique)… reconnaissant ainsi que la vraie pénétration appartient à la mystique » (Ibid., p. 141).

30. « La mystique chrétienne sera essentiellement une intelligence des Livres saints » (Ibid., p. 18).

31. Michel de Certeau évoque « ces dialogues mystiques où le ‘directeur’, fût-il François de Sales ou Fénelon, devenait le disciple et l’interprète de sa dirigée » (M. de Certeau, La fable mystique, t. II, p. 43).

32. « La canonisation de Newman sera très difficile, parce qu’il a trop écrit de lettres, et pour être canonisé il faut beaucoup détruire de ce qu’on a écrit » (J. Guitton, Journal de ma vie, t. II, p. 135).

33. « On sait à quel silence ont été voués les textes (de mystiques) qui ne bénéficiaient pas du soutien d’un ordre religieux ou d’un réseau de pouvoirs » (M. de Certeau, La fable mystique, t. II, p. 28).

34. (Les saints) « sèment pour l’éternité dans le champ de l’Église » (J. Ratzinger, Les saints nos contemporains, p. 162).

 

* * * * * * *

 


Hôtellerie
Vous souhaitez faire une pause spirituelle ?

Hôtellerie de l'Abbaye

Spiritualité
Découvrez les richesses de la foi avec d'autres croyants.

Spiritualité

Paroisse
Célébrez les mystères de la foi avec d'autres croyants.

Wisques - Paroisse


LiensMentions légales | création site web arsitéo