38/2. Dictionnaire amoureux

 

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Dictionnaire amoureux


Communion des saints (suite)

Ces jours-ci, j’ai à nouveau une grippe, avec fièvre, etc. Quand Adrienne l’apprend, elle prie à nouveau pour pouvoir la prendre sur elle; c’est exactement l’heure où la grippe me quitte soudainement, entre 9 H et 10H : Adrienne ne se sent pas bien et commence à avoir de la fièvre. C’est bien la cinquième ou la sixième fois que cela arrive (1325).

Collaborer à porter les péchés des autres dans la confession. Ce qui se passe dans la confession de manière voilée a sa pleine réalité sur la croix. En se confessant, on peut savoir qu’on était et qu’on est capable de davantage de péchés que de ceux qu’on a à confesser dans l’immédiat. De péchés par exemple dont on a été protégé par une grâce particulière. Pour l’amour de cette grâce particulière, on doit être prêt à s’engager pour les autres, qui n’en ont peut-être pas reçu autant. C’est ainsi qu’on commence vraiment à collaborer à porter le péché. Le Seigneur ne peut confesser aucun péché comme étant le sien, mais il est solidaire des pécheurs. « L’un de vous va me trahir » – et il lui donne la communion. Nous qui avons péché, nous devons être si solidaires de ceux qui nous trahissent que nous savons qu’ils ne l’auraient peut-être pas fait si nous les avions aimés davantage. Je leur ai en quelque sorte donné une possibilité de pécher. La conscience de ce fait peut et doit entrer dans la confession, elle doit, en ce qui nous concerne, nous entraîner à souffrir pour les autres (2351).

Communion eucharistique

Au sujet des communions le matin. « Parce qu’on ne sait jamais d’avance le moment, on ne peut rien calculer. Parfois c’est très tôt le matin, d’autres fois je communie à votre messe, souvent aussi je suis présente durant toute votre messe. Je prie avec vous pendant que vous entrez à la chapelle sans que pour autant je quitte tout à fait ma chambre, mon lit. Ce genre de prière peut durer toute la messe jusqu’à l’instant de la communion; à ce moment-là, il n’y a plus qu’une chose qui est actuelle : la réception du pain présenté par le Seigneur et cela, dans … une présence de votre chapelle ou de l’église comme un tout. Souvent je peux voir les autres personnes qui sont à votre messe ainsi que leurs manières… Ceci est l’une des possibilités. D’autres fois, je dis entièrement avec vous les prières de la messe. C’est alors à ce qui est liturgique que je participe. D’autres fois encore, je ne fais que communier à votre messe sans que je fasse attention au lieu, sans savoir si c’est telle ou telle église; cela arrive presque par hasard juste à l’instant même. D’autres fois encore, comme je vous l’ai déjà dit, des anges viennent très tôt le matin et m’apportent la communion… D’autres fois encore, je communie dans toute une assemblée de gens que je ne connais pas, dans une église étrangère, dans un milieu étranger, en un lieu dont on n’a qu’une vague idée ou bien même pas du tout, ou bien aussi en un lieu qui m’est tout à fait familier. Parfois la communion a lieu de telle sorte que l’hostie est présentée visiblement et on la reçoit de manière sensible »… (2174)

« Qui reçoit le corps du Seigneur reçoit en même temps beaucoup d’autres choses qui, dans le Seigneur, sont inséparables de son corps : sa nature, sa présence, sans doute aussi quelque chose de sa prière, de sa vision du Père ou d’une traduction de cette vision pour notre usage. Des choses que le Seigneur apporte avec lui, qui nous transforment, qui nous procurent une joie, une intelligence, une manière de sentir » (2185).

Marie a donné à son Fils de sa substance humaine. Quand elle communie, elle reçoit de lui en retour quelque chose de sa substance à lui, quelque chose qui a des conséquences dans son activité quotidienne, dans sa tâche quotidienne, comme le Fils veut que ce soit fait. Jamais un être humain n’a été plus proche de Dieu que Marie et pourtant cette proximité reçoit aussi par une communion une nouvelle stimulation, une réponse justement pour aujourd’hui. De son oui (d’autrefois) jusqu’à la communion passe une ligne droite, on peut à peine parler d’un développement, mais le chemin est quand même nouveau chaque jour et elle s’en tient strictement, dans sa réponse, à l’appel qui s’adresse à elle justement aujourd’hui. Que Marie mette le Fils au monde et qu’elle le reçoive dans le sacrement, les deux choses sont des exigences de l’Incarnation et les deux ensemble conduisent à son Assomption corporelle dans le ciel et à la formation du ciel chrétien d’une manière générale. Et entre l’Incarnation et l’Assomption au ciel, il n’existe aucune opposition (2189).

Conférence

Le mercredi 29, elle donne une conférence sur des questions de morale à des étudiantes non catholiques. Celles-ci ont beaucoup attendu cette conférence et elles ont invité beaucoup de monde. Adrienne dit que cela s’est très bien passé; la discussion en tout cas en a secoué beaucoup (1212).

Confession

Je viens de lire dans la feuille paroissiale : l’humiliation de la confession est sans aucun doute un sacrifice. C’est le doyen qui écrit cela et cela m’est incompréhensible. Ce sont mes péchés qui sont humiliants et non la confession (53).

Dans ses consultations viennent peu à peu des patients d’un tout autre genre. Il n’y a pas à chercher pourquoi. Il semble qu’il y ait quelqu’un à la paroisse Saint-Joseph qui fait de la propagande pour elle. Et ce sont pour la plupart des cas de conscience, des occasions de confession. Pour la plupart, ce sont des jeunes filles avec des problèmes intimes (60).

Dans la contrition lors de la confession, il fut montré qu’on ne devait pas seulement regretter le négatif qu’on avait fait, mais aussi l’écart – qu’on ne peut jamais mesurer réellement – qui me sépare de l’image positive que Dieu a de moi. Dire quelque chose à ce sujet n’est guère possible. Le meilleur chrétien ne peut pas décrire à partir d’un point précis ce qui lui arrive dans la confession, non seulement parce que la honte de ses péchés doit être si grande qu’il ne l’étale que devant Dieu, mais aussi parce que l’étonnement devant la perfection que Dieu rend possible devrait le faire frémir. Comme si un grand malade voyait apparaître tout d’un coup devant lui l’image de sa pleine santé. Mais si le malade essaie de décrire à quelqu’un de bien portant l’idée qu’il se fait de la santé, celui-ci va se mettre à rire parce que le malade n’est à même de lui décrire que quelques détails, jamais l’état d’ensemble. Personne non plus ne peut mesurer sa propre santé à celle d’un autre. Mais quand, devant le pécheur, apparaît l’image de sa pleine sainteté en Dieu, c’est quelque chose qui le dépasse de toutes parts et il ne peut rien en dire (2065).

Dieu le Fils brûle de me donner l’absolution à moi aussi, il brûle de me faire participer à l’absolution que le Père accorde au monde. Dieu désire qu’on se confesse parce qu’il désire pardonner. Parce que le Fils veut nous présenter au Père, parce que cela fait la joie de son humanité d’apporter au Père un être humain de plus. Confession et communion des saints. Pour instituer le mystère de la confession, le Fils s’est humilié jusqu’à se faire homme, jusqu’à se faire clouer sur la croix, dans une attitude de confession, d’aveu, d’ouverture devant Dieu; ce n’est pas pour rien qu’il est nu sur la croix quand il porte les péchés du monde. Dieu ne s’intéresse pas à ce que les siens se confessent trois fois par jour, mais il voudrait les garder dans une humilité et une obéissance qui réagissent toujours avec le réflexe de la ‘confession’, c’est-à-dire avec le contraire de l’auto-justification (2165).

Conscience

Toute prière est comme une ascension, comme une marche avec le Fils vers le Père. Peut-être qu’à cause du Fils tout simplement le Père est souvent négligé. Mais le Fils renvoie toujours au Père. Et si, dans la contemplation, nous ne sommes pas à nous-mêmes un obstacle, le Fils nous prend avec lui vers le Père, il nous donne des ailes pour voler aussi loin que la foi le permet. Il nous ouvre le jardin de Dieu et là tout est beau. On peut s’arrêter aux premières roses autant qu’on veut, puis aller au parterre suivant, toujours plus loin dans le jardin. Il n’est rien dit par là de la qualité de la contemplation; il n’est question que de son objet. Nous avons la liberté de nous arrêter à loisir auprès des mystères de Dieu. Il n’est pas plus parfait d’avoir atteint le dernier parterre que de rester auprès du premier. Car tout dans le jardin appartient au Fils. Le seul danger est que l’homme se prenne avec lui, se fasse lui-même l’objet de sa contemplation. Il a le droit de scruter sa conscience, mais seulement pour être libre et ne plus devoir penser à lui. Etre libre pour monter avec le Fils vers le Père. Il y a des gens qui vont au théâtre et qui, pendant toute la pièce, pensent à leur robe et à la figure qu’ils font dans leur loge; ils vont saisir peu de chose de ce qui se passe sur la scène (2116).

Conseils évangéliques

Les trois conseils évangéliques ne veulent dire que l’amour… Et si l’on devient malade ou sans force et qu’on se trouve rempli de crainte sur la table d’opération et qu’on ressemble sur ce point à un martyr, on sait quand même qu’on a donné son oui à Dieu dans l’amour et que, tant qu’on ne reprend pas ce oui, tout est en ordre. Ce qu’il y a de simple, de serein, dans le don de soi n’est pas mis en question par tous les soupirs et les gémissements provoqués par la situation concrète. Le religieux qui garde sa Règle est en même temps gardé par elle. Elle lui ouvre un espace de vie vers l’extérieur comme vers l’intérieur (2260).

En suivant les conseils du Seigneur et en se vouant à Dieu, l’homme inverse son temps et lui donne les caractéristiques de l’éternel. Par la pauvreté, la virginité et l’obéissance, il appartient au Christ. La pauvreté, la virginité et l’obéissance sont les armes que le Christ lui met en mains pour surmonter le temps et le péché. C’est ce que le Seigneur a apporté sur terre de l’éternité et à quoi il a donné, dans le vœu, une forme accessible à l’homme; c’est ce par quoi il a rendu sa vie vraisemblable comme accomplissement de la volonté du Père et il a montré par là que notre temps peut recevoir la marque du temps qui ne passe pas et devenir l’expression de la volonté trinitaire éternelle. Dans la vie suivant les conseils, l’homme sait que son lendemain comme son surlendemain sera un jour de pauvreté et un jour de virginité et un jour d’obéissance. Ce n’est pas pour lui présomption de dire cela parce qu’il ne fait que s’appuyer sur le don divin, sur le fait qu’il suit le Christ comme le Fils le lui a donné de le faire dans l’immortalité de son être propre (2357).

Constance

La constance dans le don de soi est sans doute ce qu’il y a de plus difficile à atteindre. Au début, il y a presque toujours une certaine passion pour le Bon Dieu, pour la nouvelle vocation; on promet légèrement plus que ce qu’on peut tenir, on déforme aussi un peu ce qui est demandé. Et peut-être aussi l’avenir. On voudrait faire toutes choses à la perfection, il y a des instants où l’on pense que c’est possible, et que cela restera toujours lumineux. Et cela doit aussi rester lumineux, même dans l’obscurité, non de notre fait mais par la grâce. Mais alors on doit faire connaissance avec la grâce de manière toute nouvelle. Au moment de l’appel, la grâce est une lumière qui inonde tout, une force qui se donne si fort à nous qu’on pense qu’elle nous appartient. On est plein d’assurance, on se sent porté par l’amour. Telle est la forme de la grâce pour le début : elle est « premier secours », « ceinture de natation », pour les premiers parcours, une grâce qui ensuite se détache peu à peu et qui s’évanouit. Si un appelé restait dans cette grâce du début, il garderait trop de choses pour lui. Car cette première grâce lui est réellement destinée même si on attend naturellement qu’il en rayonne quelque chose. Mais c’est une grâce ad hominem pour qu’il ose les premiers pas. Arrive ensuite un jour ou l’autre la souffrance qui détache; l’homme n’a plus le droit de rien garder pour lui, il doit accomplir réellement aussi le renoncement qu’il a promis. Le premier renoncement fondamental n’est pas tellement difficile parce que celui qui renonce reçoit tellement malgré les fautes qui lui restent. Puis le Seigneur lui offre un jour ou l’autre la grâce du renoncement authentique, la grâce du vide véritable, peut-être aussi de la souffrance et de la nuit; et, par toutes ces grâces, il doit arriver à une constance dans le don de lui-même, qui est voulue par Dieu. Non seulement aspirer à cette constance, mais en vivre. Sur ce point, il doit devenir toujours davantage quelqu’un qui donne, qui se laisse dépouiller de tout ce qui lui appartient, il doit manifester toujours davantage sur ce point un état d’âme qui, du point de vue naturel, se trouve opposé à ce dépouillement : serein, paisible, content, rempli d’espérance et peuplé de patience (2263).

Consultations

Dans ses consultations, elle acquiert une relation tout à fait particulière avec ses patients catholiques. Elle se sent en quelque sorte comme leur mère, ils sont plus proches d’elle. Un jour en auscultant une patiente, elle remarque un scapulaire. Elle demande ce que c’est; elle apprend qu’il a été en contact avec le corps de la petite Thérèse. Cela la touche d’une étrange façon (28).

Au cours des consultations, il y avait toujours ceux que j’aimais et ceux que je supportais : les maniérés, les compliqués qui font tout un drame de leurs bobos; et maintenant je remarque que ce sont justement ceux-ci qui ne connaissent pas assez l’amour, qui sont privés de la grâce, et elle leur manque, et il faut leur donner de l’amour pour remplacer la grâce que Dieu ne leur a pas encore accordée. Et je commence à comprendre, presque encore comme un balbutiement, que l’amour de Dieu, transformé en nous en amour humain, peut aider à attirer Sa grâce. Et cela fait partie du plus grand don que Dieu nous a fait à vous et à moi (56).

Franz von O. s’entretient avec un collègue des consultations d’Adrienne. Elle a chaque jour entre trente et cinquante personnes. Cela lui prend une heure. Et les gens ont le sentiment qu’ils ont largement le temps de vider tout leur coeur. Franz von O. dit qu’il ne comprend pas comment cela se fait. S’il travaillait de deux à sept heures, il recevrait à peu près autant de gens. Adrienne sourit et me dit que naturellement elle ne sait pas non plus comment cela se passe. Mais cela ne l’intéresse pas non plus (502).

A l’hôpital et à la consultation, toute une série de guérisons : je ne les pas toutes notées. La mère de Mlle Sp., guérie d’un érésipèle facial, une autre femme d’un saignement d’utérus, etc. (615).

Le 30 avril, elle a quatre-vingt personnes à sa consultation de l’après-midi (1103).

Contemplation

Puis Adrienne parla de la contemplation : elle n’est entrée que peu à peu dans l’Eglise comme exercice particulier. Tant que le Christ est là, on ne peut pas contempler dans ce sens. “Si le Christ était maintenant dans cette pièce, il ne me viendrait pas à l’esprit de fermer les yeux pour contempler ses paroles ou même pour lui adresser des prières. Je parlerais simplement avec lui et je l’écouterais. Mais une fois qu’il est parti, survient le sentiment d’un éloignement et commence alors le droit de la contemplation. Pas encore dans la première communauté. Celle-ci était encore toute hors d’haleine, encore toute sous la première impression. Elle n’avait pas du tout une vue d’ensemble de ce qui s’était passé, c’est pourquoi il y avait là des choses aussi éruptives que les charismes de Corinthe. Ce n’est que peu à peu que tout commença à se tasser et commença alors la contemplation” (807).

Les trois rois qui suivent l’étoile sont remplis de joie : ils savent et pourtant ils ne savent pas; ils sont donnés, mais ils n’ont aucune idée de la manière dont le don d’eux-mêmes sera reçu. Une certaine peur – enfantine au fond – les possède, une sorte d’essoufflement spirituel. Naturellement il est beau d’être introduit dans un mystère, mais on se sent un peu bousculé, attiré dans une aventure dont on ne voit pas le terme. On est emballé, mais on perçoit un avertissement du vieux moi installé. – Ils se laissent conduire jusqu’au lieu où ils voient et adorent. Ils sont conduits au fond dans la contemplation. Il fallait chez eux une piété naïve pour qu’ils se soient ainsi mis à suivre l’étoile. Si aujourd’hui un chrétien est naïvement pieux, il dit les simples prières des enfants et de l’Eglise qu’on lui a enseignées; elles ont quelque chose de clair, de rassurant. Et voilà qu’il doit apprendre la contemplation. On lui dit : Ouvre-toi totalement à Dieu; fais-toi silencieux pour qu’il puisse te parler. Il ressentira alors aussi de la peur : y a-t-il vraiment ici un chemin? Peut-on faire l’expérience de Dieu de cette manière? Ne rencontrera-t-on pas que soi-même, ne s’induira-t-on pas soi-même en erreur? Est-ce que l’étoile n’est pas quand même une étoile ordinaire? Ou bien son message ne s’adresse-t-il pas en tout cas à quelqu’un d’autre? C’est aussi la peur des rois pendant qu’ils sont en chemin. – Puis ils voient l’enfant. Ils reçoivent une plénitude inouïe. Ils reçoivent tout ce que l’enfant a à donner. Ils sont insérés dans son mystère. L’accomplissement qui leur est donné en partage a un double visage. Il est d’une part la promesse accomplie, il ne leur reste aucun souhait, aucune désillusion n’est possible, aucun sentiment de défaillance personnelle ne se fait jour. D’autre part s’ouvre une nouvelle responsabilité, ils doivent repartir, ils sont mis en mouvement. La nouvelle responsabilité provient tout entière de la rencontre qui a eu lieu. – Quand il s’agissait d’être guidé vers la contemplation, le principal était la docilité; dorénavant, c’est la coopération qui est décisive. En étant guidé, on s’est laissé donner une forme qui doit désormais s’avérer juste et montrer sa force (2090).

Ascension. Il y eut d’abord une contemplation de la fête. Toute prière comme ascension, comme marche avec le Fils vers le Père. Peut-être qu’à cause du Fils tout simplement le Père est souvent négligé. Mais le Fils renvoie toujours au Père. Et si, dans la contemplation, nous ne sommes pas à nous-mêmes un obstacle, le Fils nous prend avec lui vers le Père, il nous donne des ailes pour voler aussi loin que la foi le permet. Il nous ouvre le jardin de Dieu et là tout est beau. On peut s’arrêter aux premières roses autant qu’on veut, puis aller au parterre suivant, toujours plus loin dans le jardin. Il n’est rien dit par là de la qualité de la contemplation; il n’est question que de son objet. Nous avons la liberté de nous arrêter à loisir auprès des mystères de Dieu. Il n’est pas plus parfait d’avoir atteint le dernier parterre que de rester auprès du premier. Car tout dans le jardin appartient au Fils. Le seul danger est que l’homme se prenne avec lui, se fasse lui-même l’objet de sa contemplation. Il a le droit de scruter sa conscience, mais seulement pour être libre et ne plus devoir penser à lui. Etre libre pour monter avec le Fils vers le Père. Il y a des gens qui vont au théâtre et qui, pendant toute la pièce, pensent à leur robe et à la figure qu’ils font dans leur loge; ils vont saisir peu de chose de ce qui se passe sur la scène (2116).

Corps

Marie-Madeleine s’est livrée à l’amour charnel. Par le Seigneur, la pureté lui a été rendue gracieusement et elle doit maintenant apprendre une manière tout à fait nouvelle de se donner elle-même, car le Seigneur ne renonce pas au don de soi. C’est tout d’abord très difficile pour elle de comprendre comment elle a à se donner. La ligne précédente est interrompue et ce qui est nouveau doit quand même se faire à partir du présent. Elle n’est pas tout d’un coup celle qui n’a pas d’expérience, qui ne sait pas; telle qu’elle est, elle doit devenir celle que le Seigneur veut. Avec son corps purifié qui est pourtant resté le même. Ce corps aussi doit être prêt à se donner. Le chemin va du corps impur à l’esprit pur et de l’esprit renouvelé au corps pur. Dieu nous a donné un corps qui est capable de joie et de don de soi… Nous devons ainsi trouver un accès au ciel par le corps également. Si nous n’étions qu’esprit, tout se jouerait à l’intérieur de l’esprit, il n’y aurait en nous qu’à peine quelque chose qui pourrait servir à une longue initiation et à une longue épreuve. Le corps sert essentiellement à réaliser dans le temps des choses que l’esprit découvre et veut. C’est pour ainsi dire en se frottant au corps que notre esprit s’use, s’affine, s’éprouve, gagne sa forme. C’est par le corps que nous recevons la possibilité pratique de laisser notre esprit être éprouvé par Dieu et aussi de nous éprouver nous-mêmes. Nous accumulons sur terre des expériences qui nous aident à mieux comprendre le ciel et à nous approcher de lui. Il y a beaucoup de choses au ciel – de même que sur terre – que nous ne comprendrions pas si nous n’en avions pas une expérience corporelle. Nous comprendrions beaucoup moins bien le caractère concret des exigences de Dieu et la manière d’y répondre ou de n’y pas répondre. Le corps, qui est ouvert aussi bien à Dieu qu’aux penchants de notre moi qui s’opposent à Dieu, fait connaître la direction où tend notre esprit. Les sens sont le prolongement de l’esprit comme les lèvres le sont de la pensée. Beaucoup d’aspects de l’amour de Dieu sont expérimentés par le corps. Cela aussi absolument pour les vierges qui expriment leur virginité spirituelle par tout leur comportement corporel… Nous devons certes « mortifier » en nous les tendances mauvaises; mais l’expression serait unilatérale pour notre comportement général si on ne l’appliquait qu’au corps. Tout ce qui est corporel en nous, nous devons toujours aussi le faire devenir fécond pour le Seigneur. Avec tous nos sens apprendre à toujours mieux comprendre le Seigneur et finalement être saint de corps et d’esprit (2353).

Couronne d’épines

Dans la nuit du jeudi au vendredi, grosse angoisse et maux de tête. Marie apparaît et avec elle un ange qu’Adrienne n’avait encore jamais vu et qui porte la couronne d’épines. Adrienne voudrait s’en saisir et la demander. Mais Marie lui fait comprendre qu’on ne doit pas vouloir d’en saisir soi-même. Elle sera donnée au moment et de la manière qui conviendront. Si on la désire soi-même, on se blesse d’une manière qui est fausse. Puis la couronne lui fut mise. Elle ne sait pas combien de temps ni comment elle lui fut retirée. Là-dessus la Mère et l’ange disparurent. Adrienne fut saisie d’une grande angoisse : ils pourraient être venus à moi et m’avoir mis la couronne. Elle pria de toutes ses forces pour que cela ne se fasse pas. Alors la couronne lui fut offerte une deuxième fois. La petite Thérèse lui montra alors comment cette couronne se déplace à travers le temps, comment des gens ne cessent de devoir la porter afin qu’elle reste pour ainsi dire fraîche et efficace. Nous aussi, nous devons veiller à la transmettre (374).

Les douleurs à la main, très particulièrement à la main gauche, sont insupportables. C’est comme si on lui perçait la main, comme si le clou n’arrivait pas à passer tout simplement. Cela va infiniment lentement, comme au ralenti. Comme si quelqu’un voulait passer son doigt à travers sa main en appuyant et en perçant. Cela s’accompagne d’une souffrance toute “morale”, pleine d’angoisse. La couronne également la fait souffrir la plupart du temps, toujours au même endroit (381).

Création

Quand un mystère du Seigneur est célébré, il est aussi communiqué; qui le médite verra certes avant tout le Roi qui est fêté (pour la fête du Christ-Roi), mais la fête a quelque chose d’indivis : c’est une fête de l’Epoux avec son épouse qu’il mène à la rencontre du Père; et, avec l’Eglise, c’est le monde entier qui est attiré dans le royaume du Christ. Son mystère est ainsi un pendant du mystère de la création où tous les êtres ont été créés secrètement pour le Fils; maintenant le Fils achève ce qui a été commencé en conduisant par lui tous les êtres au Père. Afin que la création comme un tout devienne une fête. La somme qui est tirée de la vie du Seigneur rencontre la somme du monde créé : création et rédemption, terre et ciel, se rencontrent dans l’unité définitive. Le royaume de ce monde et le royaume des cieux doivent se trouver l’un l’autre; tout ce que Dieu Trinité a produit à l’extérieur est intégré dans le cercle interne de la vie trinitaire éternelle. C’est le Fils qui a été chercher le monde et qui lui indique la place où il recevra tout l’amour du Père (2175).

Croix

Le Seigneur porte son unique croix comme Dieu seul peut la porter même s’il l’a portée en tant qu’homme. Il va de soi qu’on ne peut pas la porter mieux. C’est pourquoi chaque chrétien doit porter sa croix dans l’esprit du Seigneur. Cela ne veut pas dire dans une absence de formes comme le chrétien moyen le fait pour ses actes, mais comme Dieu l’a prévu pour chaque être qu’il a créé et à qui il a donné un caractère unique. La plupart trouvent que c’est déjà bien beau de la porter selon quelque norme abstraite. Mais… le Christ a porté en réalité sa croix comme un charpentier même si, durant ses dernières années, il n’a plus exercé sa profession. Le bois était pour lui le matériau familier, son corps y était habitué. Les clous également étaient pour lui des objets dont il savait se servir (2328).

Dans la rue, elle voit les personnes comme portant toutes au plus intime d’elles-mêmes un morceau de la croix, et plus précisément de la croix divisée. Ce n’est pas ou ce n’est presque jamais pourtant la croix qu’elles croient porter sciemment. La leçon d’hier continue : voir partout la croix à l’intérieur même là où elle n’est pas visible extérieurement (474).

Elle dit aussi qu’elle sait aujourd’hui un peu de ce que Jésus a vu et senti sur la croix. Il n’était plus du tout question de lui-même. Son fiasco avait été comme allant de soi. Il ne savait plus qui il était. Peut-être sous forme d’éclair la conscience lui était-elle encore venue qu’il était Fils de Dieu. Il n’y avait plus devant ses yeux que la perte du monde, l’inutilité absolue et le caractère inéluctable du péché et de l’enfer (570).

 

D

Damnation

Puis de nouveau elle me dit plusieurs fois ce soir-là qu’elle serait volontiers damnée si elle savait que cela pouvait en sauver d’autres ( 658).

Dégoût

La grande tentation serait aujourd’hui de tout faire simplement d’une manière mécanique, de considérer les patients comme des numéros et des cas sans âme. Au fond les hommes ne méritent pas mieux. C’est simplement ridicule qu’un Dieu meure pour cette racaille. “Qu’on nous fourre donc en enfer et qu’on n’en parle plus” (en français), dit-elle. Elle éprouve un dégoût pour les âmes. “Comme quand on a avalé trop de sucreries et qu’on ne peut plus les voir”, elle s’est gavée de l’amour des âmes. A la consultation elle voudrait ne plus rien mettre de son âme dans ce qu’elle fait. Ce serait comme cela beaucoup plus facile; justement pour son coeur qui va souvent si mal en raison de sa participation intérieure! Mais elle n’a pas le droit de faire cela et elle ne le fait pas non plus (543).

Degrés

Adrienne : Je voudrais souligner une fois encore qu’il n’y a pas de « degrés » sur le chemin qui mène à Dieu. S’il y en avait, on ne cesserait de chercher à savoir où l’on se trouve. On pourrait même aussi calculer combien il reste de degrés à franchir pour arriver tout en haut et on pourrait organiser son travail. Ce qu’il y a réellement, c’est qu’on est attiré par Dieu par la pensée, la prière et l’action, avec pour effet que certains domaines sont abandonnés. Je ne pense pas tellement maintenant au fait qu’on cesse de pécher, que le mal cesse d’exercer sur nous une attraction, que nous laissons derrière nous la zone de la tiédeur. Mais je pense à un mouvement à l’intérieur du bien. On est en sécurité en Dieu et on est conduit par lui à travers différentes régions si bien que le paysage change constamment. De la manière la plus inattendue, c’est comme si on allait avec lui dans un pré des Alpes et qu’on ressentait le désir de la mer : mais Dieu n’a aucune peine à faire déferler les vagues de la mer sur les sommets. Nous ne connaissons pas la géographie des contrées de Dieu. Les sommets et les ravins peuvent aussi alterner sans ordre apparent (2135).

Démons

Un jour elle est chagrine et de mauvaise humeur. Cela lui arrive rarement ; depuis sa jeunesse, elle est toujours joyeuse et d’humeur enjouée. Des pensées se glissent dans sa tête : le Bon Dieu est sans doute aussi catholique? (Ou bien toutes les différences ne reposent-elles que sur des apparences humaines?) Elle est à ce moment-là dans le couloir de sa maison. Elle repousse la pensée tentatrice et, au même moment, elle voit un petit diable fuir le long du couloir. Ce n’était pas un diable effrayant, il était plutôt comique et grotesque (14).

Aux environs de la Pentecôte, elle a vu un jour le Christ dans son bureau de travail, comme en un tableau, comme une statue. Mais quand même sa réalité. Elle voulut aller vers lui pour se prosterner devant lui, mais quelques grands diables la saisirent par le bras. Elle sentit leurs doigts s’enfoncer dans son bras. Puis le Seigneur fit un pas. Les diables disparurent et elle put prier (313).

Vers cinq heures elle se réveilla avec le sentiment d’être écrasée et d’étouffer, et cela corps et âme. Il lui sembla que le diable était assis sur elle de tout son poids. D’abord avec toute sa méchanceté, puis avec tout son mensonge et sa fausseté contre lesquels on ne peut pas se défendre. Puis avec sa sottise insondable. A cette dernière transformation, lui apparut devant les yeux le tableau de Rome : le pouvoir de Satan à Rome (562).

Nuit de dimanche à lundi. Violents combats contre le diable. Elle m’explique plusieurs choses au sujet de ces combats. Il y a des diables tout à fait différents les uns des autres. Il y a les petit diables (elle m’en a souvent décrit : de petits êtres comme des animaux ou de petits enfants). Ceux-ci peuvent harceler et pincer mais non troubler sérieusement. Puis il y a le diable qui a pour ainsi dire la même taille que nous, avec qui on peut lutter comme d’égal à égal. Il s’en prend aux parties faibles de l’homme… Je lui demande comment elle lutte contre cela. Elle dit: “Avec la prière. Souvent la prière suffit pour souffler tout cela. Mais il peut aussi se faire que, par fair play pour ainsi dire, on doive lui laisser présenter la chose. Souvent c’est un va-et-vient. Ce n’est que lorsque cela commence à lui paraître trop stupide qu’elle prie pour que “maintenant ils l’enlèvent”. Puis il y a aussi le grand diable, qui nous maîtrise, auquel on est en quelque sorte livré. Contre lui on ne peut pas lutter. On doit y succomber tant qu’il plaît à Dieu. Adrienne me demande si je pense que les diables doivent rester diables éternellement. Je lui demande comment la question lui est venue. Elle dit: “Parce que les démons ont souvent des traits si humains”. Je lui demande si elle est sûre que tous ces démons sont aussi des êtres personnels particuliers. Elle réfléchit et dit: “Non, cela je ne le sais pas sûrement à vrai dire. Il pourrait se faire qu’ils ne sont que des personnifications, comme des bras suceurs d’un grand polype”. Aujourd’hui une fois de plus les bras d’Adrienne sont parsemés de taches bleues (727).

Samedi 6 novembre. L’après-midi, Adrienne me téléphone de sa consultation. Elle est inquiète. Elle a écrit plusieurs pages d’un livre du médecin au sujet des relations entre médecin et patient. Elle me demande si elle peut me remettre les feuilles. Elle voudrait ne plus les avoir chez elle. Elle pourrait aussi beaucoup mieux continuer à travailler si elle les avait mis en dépôt chez moi. Je ne comprends pas bien ce que tout cela veut dire et finalement je lui dis oui avec un peu d’impatience. Elle doit me les remettre à l’occasion. Une heure plus tard, Adrienne apparaît en grande angoisse et très excitée. Peu après son appel téléphonique, comme elle était assise devant ses feuilles, le démon se présenta tout d’un coup à côté d’elle, il prit les papiers de la table, lui arracha des doigts la feuille qu’elle tenait en main et déchira le tout en petits morceaux (882).

« Les taches que j’ai à nouveau au bras proviennent d’une lutte avec quelqu’un. Je ne suis pas en mesure de nommer ce quelqu’un; on peut dire : le péché du monde incarné, avec qui, contre qui, j’ai à combattre quand il est question de confession. Est-ce le diable ou le péché des hommes? Je ne le sais simplement pas. Je suis tout à fait sûre que je ne me suis pas fait à moi-même ces taches, je ne me les suis pas faites non plus quand j’étais ‘partie’. Après une nuit de ce genre, dont on sort ‘bleue’, le matin on est complètement épuisé. On a perdu ses forces dans un combat contre le mal. L’épuisement est une chose si élastique! Quelque part on est sans cesse en mesure de se défendre, d’en sortir, si cela s’avère nécessaire. Mais alors c’est un semblant de force qui nous est donné et qui suffit pour une tâche donnée » (2248).

Dieu

Elle se sent malheureuse de ce qu’elle ait si peu à offrir à Dieu pour ses grâces surabondantes. Comme l’être humain est capable de peu de choses! Il ne peut même pas jeûner trois jours! Un soir, au lit, cette pensée l’a vaguement effleurée. Le lendemain, par hasard, elle arrive trop tard pour le dîner, elle n’a pas faim et donc ne mange pas. Le soir non plus elle ne mange pas. Ce n’est que le deuxième jour qu’elle saisit le rapport entre cette absence d’appétit et ce désir. Elle ne mange pas jusqu’au soir du troisième jour sans qu’elle soit touchée par un sentiment de faim ou une faiblesse. Comme elle arrive souvent trop tard à table et qu’elle mange peu à l’ordinaire, son jeûne n’est pas remarqué. Ce n’est que le soir du troisième jour que son mari lui demande accessoirement si vraiment elle ne mange plus rien. Elle répond qu’aujourd’hui justement elle n’avait pas vraiment faim. Le matin du quatrième jour, le sentiment normal de la faim lui revient, mais sans rien d’excessif (5).

En recevant cette perception de la solidarité du péché, elle comprit aussi que le vrai péché ne se trouve pas, la plupart du temps, là où on le cherche. Il ne se trouve certainement pas dans les dix commandements. Ce qu’on appelle des crimes, souvent ne sont pas des crimes; par contre un refus de Dieu, intérieur et tout à fait caché, est beaucoup plus terrible et plus nuisible que tout le reste (12).

8 juin, dimanche de la Trinité. Le samedi soir tard, elle entre dans sa chambre à coucher. Comme une fois déjà auparavant, elle a le sentiment d’une présence innombrable et dense, elle doit pour ainsi dire à nouveau se frayer un passage à travers cette grande présence. Malgré cela, comme il est tard et qu’elle est fatiguée, elle se met aussitôt au lit. Mais elle sent ensuite que c’est quand même « irrévérencieux » (en français) de se coucher sans façons avec une telle présence. Elle s’agenouille au pied de son lit et est remplie de cette présence. Cela lui enlève les mots et les pensées… Tout à coup apparaît Marie et elle commence à lui expliquer la nature du feu la nuit de la Pentecôte. Elle dit avec fermeté et grande bonté qu’il ne suffit pas de se trouver simplement dans le feu et d’en jouir un peu, c’est tout l’intérieur qui doit se changer en ce feu. De là découle une grande obligation et une grande responsabilité… La comparaison lui a montré la totale incommensurabilité des efforts humains par rapport à la grâce. On devrait se donner un mal fou pour que finalement il en sorte quelque chose. Il n’est pas du tout question de répondre adéquatement à ce qui est exigé. On pourrait dire : nous n’entrons pas en ligne de compte, mais nous sommes pris en considération. C’est comme si un génial professeur de mathématiques, dans son cours, traçait au tableau un calcul énorme; tout est rempli de chiffres, des choses incroyablement compliquées auxquelles les élèves ne comprennent plus rien depuis longtemps; ils sont là simplement et ils regardent. Ils se donnent un mal prodigieux pour happer un soupçon de quelque chose, mais ils ne suivent plus l’ensemble depuis longtemps. Survient alors au beau milieu d’une énorme dérivée : deux fois deux. Un élève particulièrement zélé, emballé d’avoir compris quelque chose, crie de derrière : ça fait quatre! Et le professeur le remercie d’un sourire de le lui avoir rappelé si aimablement. Et il continue ses calculs. Telle est notre coopération aux calculs de Dieu. Nous ne faisons rien que ce que Dieu pourrait aussi faire lui-même et plus simplement. Et cependant nous sommes associés… « Quand vous aurez tout fait, dites : nous sommes des serviteurs inutiles »… Elle comprit aussi que ce que nous saisissons de la Trinité de Dieu et, d’une manière générale, tout ce qui est caché en Dieu, ne ressemble qu’à une petite poussière… comparé à ce qu’on ne comprend pas. Nous avons certes part à l’Esprit Saint. Et Jésus peut nous apparaître. Mais si magnifique que ce soit, ce n’est finalement pas commensurable avec ce que Dieu est en lui-même… Mais tout cela n’est pas inquiétant ni triste comme on pourrait le penser. Seulement sérieux. C’est comme si, devant ce qui est absolument sans espoir, on se voyait saisir ou faire quelque chose de réel, ou aboutir à quelque chose. Et plus on perçoit quelque chose de la grandeur de Dieu, plus on voit aussi qu’on est soi-même néant. Il y a une comparaison incessante. Mais justement avec le désespoir de ne jamais pouvoir (être à la hauteur), on apprend également la grande nécessité de se donner un mal maximum et d’être totalement disponible… (94).

Progrès dans le sens d’une marche humaine en ligne droite : cela n’existe pas. Il se passe ceci d’une certaine manière : à certains moments, Dieu touche l’âme, alors elle est sans voiles et totalement pure par la présence de Dieu. Dans cet état, si elle mourait, elle irait aussitôt au ciel. Puis quand le Christ s’est de nouveau « éloigné », les coquilles se referment à nouveau sur elle. Elles repoussent. Il n’y a sans doute aucun état en ce monde où l’on supporte d’être nu durablement devant Dieu. Nous ne cessons de mettre quelque chose. On peut avoir des écrans plus ou moins épais, plus serrés ou plus lâches. Mais il y a aussi de fins écrans qui sont très serrés et de très grossiers qui sont très lâches. Ainsi les prostituées précèdent les pharisiens dans le royaume des cieux (128).

C’est l’époque où les patients apportent des fleurs de leurs jardins, de toutes sortes, de toutes couleurs; j’en ai des quantités, et hier j’ai passé un long moment à les arranger; la pièce est magnifique; j’ai retiré la plupart des tableaux pour n’avoir que les fleurs; également des roses magnifiques dans un vase en cuivre; souvent il me semble que les fleurs parlent si clairement de Dieu, davantage peut-être encore de la Mère de Dieu (179).

Le jour des trépassés est pour Adrienne une expérience singulière. Elle a une vision pénétrante et détaillée du purgatoire… A l’intérieur des âmes, cela travaille et bouillonne énormément. Elles sont entièrement occupées à se purifier. Elles ont un grand désir de Dieu, un élan vers le haut, mais elles ne veulent jamais quitter le feu avant d’être totalement pures… Adrienne pense que les âmes du purgatoire n’ont pas de contact avec nous; mais nous, nous seuls, pouvons avoir contact avec elles quand nous les aidons. Elle comprend aussi très bien la doctrine de l’Eglise dont je lui parle et selon laquelle au purgatoire on ne peut plus acquérir de mérite (223).

Elle passe en voiture Freiestrasse et elle voit les gens divisés en quatre catégories : ceux qui s’occupent d’eux-mêmes, ceux qui s’occupent de Dieu, ceux qui s’occupent des autres : profession, famille, quelque chose dans leur milieu, et ceux qui ne s’occupent de rien, qui sont vides et n’ont pas encore fait de choix. Elle a peut-être vu ainsi soixante personnes, l’espace d’un éclair, mais très distinctement. Sur ce nombre, trois peut-être étaient avec Dieu, six peut-être étaient vides, des jeunes pour la plupart, qui sont encore des feuilles blanches. Certains d’entre eux étaient proches de la grâce sans le savoir. Pour les autres, la plupart s’occupaient de leur milieu, etc. C’est la catégorie pour laquelle Dieu a le plus de difficultés. C’est plus facile encore pour ceux qui s’occupent d’eux-mêmes. Ceux-ci peuvent finir par en avoir assez d’eux-mêmes. Les autres sont égoïstes sans le savoir, des hommes de “bonne volonté”, difficiles à déraciner. De tous ces gens, Adrienne n’a pas vu cette fois-ci ceux qui avaient la grâce et ceux qui ne l’avaient pas (434).

A la consultation, une conversation avec une femme au sujet du progrès. Adrienne lui expliqua que le progrès et l’effort actif vers la perfection étaient absolument exigés mais que, plus nous nous corrigeons de nos défauts, plus large se fait notre vue sur Dieu et plus élémentaires l’exigence et la perception de ce qui reste à faire, de ce qui n’a pas encore été fait, si bien qu’on n’arrive jamais à une mise à jour (809).

Le premier mot du nourrisson, son premier balbutiement, est pur, pour ainsi dire en Dieu et dans le Verbe de Dieu… Ensuite, avec la convoitise qui s’éveille, le péché trouble et fausse cette parole… Enfin la dernière parole de l’homme, son dernier soupir, revient à la pureté du commencement, quand l’homme, dans la faiblesse de la mort, se rend de nouveau à Dieu (1102).

Ascension : comme d’habitude, au ciel. Adrienne décrit à nouveau une grande fête. Elle dit qu’il est si singulier que, dans ces fêtes, on ne voit pas Dieu du tout mais que cependant tout se sait rempli de lui. Et on a le sentiment qu’on ne devrait faire que deux pas ou un pas en direction de Dieu pour percer le voile très fin qui nous sépare encore de lui (1130).

Quelques jours plus tard, Adrienne parla des saints dans le ciel dont on demande l’intercession. Au fond, on ne leur fait pas par là spécialement un cadeau. On les astreint à une obligation, on dirige leur attention vers la terre et ses souffrances. On pourrait presque dire que, par là, les saints sont en quelque sorte détournés de la joie céleste. Mais Dieu, pour le côté de leur esprit qui reste tourné vers le ciel, leur fait don pour ainsi dire d’un surcroît de lumière et de bonheur (1235).

Ces jours-ci, Adrienne voit (en Europe) une quantité de discussions, de conférences, surtout sur des questions religieuses. Mais partout on se cherche beaucoup plus soi-même plutôt que le Seigneur. On est très amical les uns avec les autres, et on a tous les égards possibles, mais l’ultime arrière-pensée ce n’est pas Dieu, c’est d’imposer sa propre tendance (1380).

Celui qui a reçu l’Esprit commence à l’adorer. Avant que l’Esprit ait commencé à agir en nous, il nous est étranger et nous ne le cherchons pas, ni en nous ni en dehors de nous. Mais parce que l’Esprit est l’amour, sa caractéristique est de transformer notre adoration de l’Esprit en adoration du Père et du Fils; il sort de son hypostase. Un signe en est qu’il ne reçoit jamais un symbole digne de lui : il apparaît comme flamme, langue, vent, colombe, dans des symboles qui, en disparaissant, montrent peu de choses en comparaison de sa nature. Tout autre chose que lorsque le Fils paraît. Le Fils est l’enfant du Père et sa visibilité. L’Esprit est, dans sa manière d’apparaître, comme l’humilité de Dieu : il nous mène, au-delà de lui-même, au Père et au Fils (1566).

Dieu se sert de tout pour se révéler (2135).

La nuit n’est jamais le dernier mot de Dieu (2208).

Disponibilité

Après des heures de soirée pénibles avec des entretiens franchement pénibles, elle voudrait un peu se reposer pour se recueillir. Elle perçoit alors, très clairement audible, une voix (mais elle ne voit rien) : est-elle prête à renoncer à tout? La voix et son exigence se font d’abord toutes simples, comme n’engageant à rien. Puis la même exigence se répète et se fait de plus en plus pressante. Et la question se précise et présente différentes choses : est-elle prête à perdre ses fils (qu’elle aime avec beaucoup de tendresse), son mari, finalement sa profession, ses meilleurs amis, son honneur?… Elle dit toujours oui, mais elle en arrive à une telle extrémité qu’elle commence (comme elle le dira plus tard) « à pleurer comme une madeleine ». Finalement une dernière question la harcèle, incessamment répétée : Est-ce qu’elle est réellement et sérieusement d’accord avec tout cela? En tremblant, mais avec fermeté, elle répond oui. Alors finalement une grande consolation la saisit. Quand elle raconte ce qui s’est passé, elle ajoute qu’elle s’était crue à un examen. Toutes les matières étaient passées bien qu’on ne l’ait pas interrogée sur tout. Finalement on ne fera usage dans la vie que d’une matière et il est probable que ne lui sera demandé qu’un seul des sacrifices qu’on lui a présentés ou quelque chose de tout autre qui n’a pas été abordé. Mais elle a compris en même temps que l’examen sur l’ensemble est nécessaire et qu’on doit dire oui partout (36).

Don de soi

Épiphanie. Que les rois viennent pour adorer réjouit Dieu et réjouit la Mère. Les présents qu’ils apportent font partie, à leurs yeux, de ce qu’ils possèdent de plus précieux. Pour l’enfant, ils n’ont apparemment aucune valeur. Cependant leur offrande est reçue, car elle symbolise leur don d’eux-mêmes. C’est un signe pour tous ceux qui viendront après eux. Nous avons à donner ce que nous possédons même si cela nous paraît souvent si inutile et si peu important que nous ne pouvons pas imaginer ce que le Seigneur pourra en faire. Et pourtant c’est justement cela qui est demandé; car ce qui est important n’est pas que notre don nous paraisse utile, mais que le Seigneur puisse en disposer. C’est pourquoi nous ne pouvons pas donner des choses qui n’ont rien à faire avec nous, mais seulement des choses avec lesquelles nous donnons quelque chose de nous-mêmes, quelque chose à quoi nous sommes attachés et par quoi nous sommes liés, quelque chose qu’il nous coûte de donner, quelque chose que le Seigneur se réjouit de recevoir malgré son apparente inutilité (2269).

Doutes

Une nuit, elle est entourée de démons. Elle reconnaît toujours leur présence à un certain froid spirituel, surtout à des doutes. Elle est tracassée extérieurement bien que, comme elle dit, cela n’a pas été grave. Elle est traitée durement, serrée au bras gauche. Le matin, son bras est parsemé de taches noires et bleues qui ressemblent à des empreintes de doigts. J’ai vu son avant-bras, et elle assure que le haut du bras est encore pire. Elle espère, dit-elle en riant, que cela aura disparu avant le temps des manches courtes. Elle ne ressent pas de douleur à ces endroits (89).

 

E

Eau bénite

Après-midi, téléphone. J’avais commandé à Adrienne dans l’obéissance d’écrire les choses que combat le diable. Il y a maintenant une bataille grotesque. Adrienne n’est pas dans le “trou” à proprement parler, mais elle désespère à cause des tracasseries du diable. Toute une troupe l’empêche maintenant de travailler. Ils s’assoient sur son bras quand elle veut écrire. Ils s’assoient sur le papier. Elle peut les faire fuir comme des mouches avec de l’eau bénite et un signe de croix. Mais quand elle essaie d’écrire, ils sont là à nouveau… (903)

Écrits d’Adrienne

Ces dernières nuits, elle a beaucoup écrit. Presque chaque matin elle m’apporte une ou deux pages qui sont bonnes. – Un jour que j’avais besoin de quelques citations, le lendemain elle m’apporta dix pages qu’elle avait cherchées la nuit dans sa bibliothèque avec une rapidité incroyable, ce qui ne l’empêchait pas encore à côté de cela de prier et de contempler (863).

Écriture

Philippe demande au Seigneur : « Montre-nous le Père! » A chaque mot de l’Ecriture Sainte, nous pourrions nous écrier : « Montre-nous le Père! » Il vaut mieux exprimer ce cri et recevoir ensuite la réprimande du Fils que de ne rien dire du tout. Beaucoup se sont tellement habitués à la lecture de l’Ecriture qu’ils n’y voient plus ni le Père, ni le Fils, ni l’Esprit. Et pourtant l’Ecriture tout entière est un témoignage dans un double sens : en elle est consigné ce qui est; mais ce qui est, est attesté, confirmé par l’attitude intérieure du lecteur. Si nous essayions de lire l’Ecriture en la confirmant par notre attitude intérieure, nous verrions constamment le Père, le Fils et l’Esprit ainsi qu’ils se révèlent toujours dans la Parole de Dieu. « Qui me voit voit le Père ». Nous nous contenterions certes d’écouter le Fils et de le voir, mais nous nous ouvririons à sa Parole de telle sorte qu’elle soit compréhensible pour ce qu’elle est en vérité : la Parole du Père qui le révèle dans l’Esprit Saint. Quand nous pensons avoir compris quelque chose dans l’Ecriture et que cela ne débouche pas sur la Trinité de Dieu, nous pouvons être sûrs que nous ne l’avons pas saisie de manière vivante. Nous ne comprendrons peut-être jamais à quel point l’Ecriture est vivante; le fait que nous « soyons morts » nous empêche de voir qu’elle est suprêmement vivante (2319).

Eglise

Méditation au temps de Noël Vu sans cesse l’Enfant Jésus , tantôt seul, tantôt dans les bras de sa Mère. C’est si étrange d’adorer un enfant. Mais il est Dieu justement. On voit en lui ce que serait une parfaite ouverture, comment on pourrait être totalement ouvert à Dieu si on voulait. Et que c’est cela l’Église : le lieu où l’on se rassemble pour s’ouvrir. Et quiconque fait partie de l’Eglise devrait faire ce que l’Eglise fait vis-à-vis du Seigneur. Il l’a fondée comme le lieu de l’ouverture (2290).

Selon le récit de l’Ecriture, Dieu le Père a créé le monde en sept jours : le récit montre son activité créatrice et comment, jour après jour, le monde se développe par son action et lui doit sa réalisation; en dernier lieu, il place l’homme au-dessus de tout le créé comme souverain, mais de telle sorte qu’il demeure subordonné à Dieu dans l’obéissance. D’autre part nous apprenons que Dieu a créé toutes choses, y compris l’homme, en vue du Fils; les deux dispositions ne se gênent pas mutuellement, elles s’adaptent l’une à l’autre. En devenant homme, le Fils réalise cette unité de manière nouvelle parce que l’homme est devenu désobéissant et qu’il a détruit l’unité première. Le Fils crée l’unité en lui-même; en son corps, en sa mort et en sa résurrection, il va rechercher fondamentalement le monde pour le ramener à Dieu. Et pour expliquer aux hommes l’unité créée, il crée l’Eglise avec son organisation terrestre visible mais aussi avec son unité tournée vers le Fils: elle est l’épouse, elle vit du contact vivant permanent avec lui, dans le fait que sans cesse le Seigneur et son épouse se trouvent mutuellement. Il est ainsi impossible d’établir une exacte distinction entre l’amour divin et ecclésial qui les unit. Et tout ce qui, dans l’Eglise, est unité visible a pour but cette unité. Mais l’Eglise elle-même, comme il a été dit, est l’expression de l’unité globale du monde avec Dieu retrouvée par le Fils. Non plus dans la phase de la création, mais dans la phase de la rédemption (2292).

Églises et chapelles

Coup d’œil rétrospectif sur Florence. « Cette fois-ci, ce qui m’a le plus touché à Florence, c’est la perspective qu’on a du palais des Offices : la vue sur la ville et le ciel, le sentiment que, dans cette ville, tant de choses ont été construites par amour de Dieu parce que dans un échange d’amour entre ciel et terre. Les hommes construisent pour Dieu des demeures où il doit se sentir bien, et il leur donne la grâce de la beauté, si bien que s’élève vraiment quelque chose qui rend attentif à lui. A lui qui montre ce ciel au-dessus de Florence et qui fait mûrir sur terre le fruit de cet effort humain, les deux pour sa plus grande gloire » (2230).

Emile Dürr (premier mari d’Adrienne)

Adrienne réfléchit souvent au sort de son premier mari qu’elle avait aimé d’une profonde amitié. Il était cependant mort apparemment incroyant après avoir quitté la paroisse évangélique. Et cependant, dit-elle, elle n’a sans doute jamais vu un homme aussi pur que lui. Cette nuit, avant de s’endormir, elle a vu deux mains étendues vers le bas, qui la bénissaient : la main du Christ et en dessous la main d’Emile. Cela l’a comblée de bonheur. Depuis lors, le sort de son premier mari ne l’inquiète plus jamais (86).

 

 

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