38/2. Dictionnaire amoureux

 

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Dictionnaire amoureux


Communion des saints (suite)

Ces jours-ci, j’ai à nouveau une grippe, avec fièvre, etc. Quand Adrienne l’apprend, elle prie à nouveau pour pouvoir la prendre sur elle; c’est exactement l’heure où la grippe me quitte soudainement, entre 9 H et 10H : Adrienne ne se sent pas bien et commence à avoir de la fièvre. C’est bien la cinquième ou la sixième fois que cela arrive (1325).

Collaborer à porter les péchés des autres dans la confession. Ce qui se passe dans la confession de manière voilée a sa pleine réalité sur la croix. En se confessant, on peut savoir qu’on était et qu’on est capable de davantage de péchés que de ceux qu’on a à confesser dans l’immédiat. De péchés par exemple dont on a été protégé par une grâce particulière. Pour l’amour de cette grâce particulière, on doit être prêt à s’engager pour les autres, qui n’en ont peut-être pas reçu autant. C’est ainsi qu’on commence vraiment à collaborer à porter le péché. Le Seigneur ne peut confesser aucun péché comme étant le sien, mais il est solidaire des pécheurs. « L’un de vous va me trahir » – et il lui donne la communion. Nous qui avons péché, nous devons être si solidaires de ceux qui nous trahissent que nous savons qu’ils ne l’auraient peut-être pas fait si nous les avions aimés davantage. Je leur ai en quelque sorte donné une possibilité de pécher. La conscience de ce fait peut et doit entrer dans la confession, elle doit, en ce qui nous concerne, nous entraîner à souffrir pour les autres (2351).

Communion eucharistique

Au sujet des communions le matin. « Parce qu’on ne sait jamais d’avance le moment, on ne peut rien calculer. Parfois c’est très tôt le matin, d’autres fois je communie à votre messe, souvent aussi je suis présente durant toute votre messe. Je prie avec vous pendant que vous entrez à la chapelle sans que pour autant je quitte tout à fait ma chambre, mon lit. Ce genre de prière peut durer toute la messe jusqu’à l’instant de la communion; à ce moment-là, il n’y a plus qu’une chose qui est actuelle : la réception du pain présenté par le Seigneur et cela, dans … une présence de votre chapelle ou de l’église comme un tout. Souvent je peux voir les autres personnes qui sont à votre messe ainsi que leurs manières… Ceci est l’une des possibilités. D’autres fois, je dis entièrement avec vous les prières de la messe. C’est alors à ce qui est liturgique que je participe. D’autres fois encore, je ne fais que communier à votre messe sans que je fasse attention au lieu, sans savoir si c’est telle ou telle église; cela arrive presque par hasard juste à l’instant même. D’autres fois encore, comme je vous l’ai déjà dit, des anges viennent très tôt le matin et m’apportent la communion… D’autres fois encore, je communie dans toute une assemblée de gens que je ne connais pas, dans une église étrangère, dans un milieu étranger, en un lieu dont on n’a qu’une vague idée ou bien même pas du tout, ou bien aussi en un lieu qui m’est tout à fait familier. Parfois la communion a lieu de telle sorte que l’hostie est présentée visiblement et on la reçoit de manière sensible »… (2174)

« Qui reçoit le corps du Seigneur reçoit en même temps beaucoup d’autres choses qui, dans le Seigneur, sont inséparables de son corps : sa nature, sa présence, sans doute aussi quelque chose de sa prière, de sa vision du Père ou d’une traduction de cette vision pour notre usage. Des choses que le Seigneur apporte avec lui, qui nous transforment, qui nous procurent une joie, une intelligence, une manière de sentir » (2185).

Marie a donné à son Fils de sa substance humaine. Quand elle communie, elle reçoit de lui en retour quelque chose de sa substance à lui, quelque chose qui a des conséquences dans son activité quotidienne, dans sa tâche quotidienne, comme le Fils veut que ce soit fait. Jamais un être humain n’a été plus proche de Dieu que Marie et pourtant cette proximité reçoit aussi par une communion une nouvelle stimulation, une réponse justement pour aujourd’hui. De son oui (d’autrefois) jusqu’à la communion passe une ligne droite, on peut à peine parler d’un développement, mais le chemin est quand même nouveau chaque jour et elle s’en tient strictement, dans sa réponse, à l’appel qui s’adresse à elle justement aujourd’hui. Que Marie mette le Fils au monde et qu’elle le reçoive dans le sacrement, les deux choses sont des exigences de l’Incarnation et les deux ensemble conduisent à son Assomption corporelle dans le ciel et à la formation du ciel chrétien d’une manière générale. Et entre l’Incarnation et l’Assomption au ciel, il n’existe aucune opposition (2189).

Conférence

Le mercredi 29, elle donne une conférence sur des questions de morale à des étudiantes non catholiques. Celles-ci ont beaucoup attendu cette conférence et elles ont invité beaucoup de monde. Adrienne dit que cela s’est très bien passé; la discussion en tout cas en a secoué beaucoup (1212).

Confession

Je viens de lire dans la feuille paroissiale : l’humiliation de la confession est sans aucun doute un sacrifice. C’est le doyen qui écrit cela et cela m’est incompréhensible. Ce sont mes péchés qui sont humiliants et non la confession (53).

Dans ses consultations viennent peu à peu des patients d’un tout autre genre. Il n’y a pas à chercher pourquoi. Il semble qu’il y ait quelqu’un à la paroisse Saint-Joseph qui fait de la propagande pour elle. Et ce sont pour la plupart des cas de conscience, des occasions de confession. Pour la plupart, ce sont des jeunes filles avec des problèmes intimes (60).

Dans la contrition lors de la confession, il fut montré qu’on ne devait pas seulement regretter le négatif qu’on avait fait, mais aussi l’écart – qu’on ne peut jamais mesurer réellement – qui me sépare de l’image positive que Dieu a de moi. Dire quelque chose à ce sujet n’est guère possible. Le meilleur chrétien ne peut pas décrire à partir d’un point précis ce qui lui arrive dans la confession, non seulement parce que la honte de ses péchés doit être si grande qu’il ne l’étale que devant Dieu, mais aussi parce que l’étonnement devant la perfection que Dieu rend possible devrait le faire frémir. Comme si un grand malade voyait apparaître tout d’un coup devant lui l’image de sa pleine santé. Mais si le malade essaie de décrire à quelqu’un de bien portant l’idée qu’il se fait de la santé, celui-ci va se mettre à rire parce que le malade n’est à même de lui décrire que quelques détails, jamais l’état d’ensemble. Personne non plus ne peut mesurer sa propre santé à celle d’un autre. Mais quand, devant le pécheur, apparaît l’image de sa pleine sainteté en Dieu, c’est quelque chose qui le dépasse de toutes parts et il ne peut rien en dire (2065).

Dieu le Fils brûle de me donner l’absolution à moi aussi, il brûle de me faire participer à l’absolution que le Père accorde au monde. Dieu désire qu’on se confesse parce qu’il désire pardonner. Parce que le Fils veut nous présenter au Père, parce que cela fait la joie de son humanité d’apporter au Père un être humain de plus. Confession et communion des saints. Pour instituer le mystère de la confession, le Fils s’est humilié jusqu’à se faire homme, jusqu’à se faire clouer sur la croix, dans une attitude de confession, d’aveu, d’ouverture devant Dieu; ce n’est pas pour rien qu’il est nu sur la croix quand il porte les péchés du monde. Dieu ne s’intéresse pas à ce que les siens se confessent trois fois par jour, mais il voudrait les garder dans une humilité et une obéissance qui réagissent toujours avec le réflexe de la ‘confession’, c’est-à-dire avec le contraire de l’auto-justification (2165).

Conscience

Toute prière est comme une ascension, comme une marche avec le Fils vers le Père. Peut-être qu’à cause du Fils tout simplement le Père est souvent négligé. Mais le Fils renvoie toujours au Père. Et si, dans la contemplation, nous ne sommes pas à nous-mêmes un obstacle, le Fils nous prend avec lui vers le Père, il nous donne des ailes pour voler aussi loin que la foi le permet. Il nous ouvre le jardin de Dieu et là tout est beau. On peut s’arrêter aux premières roses autant qu’on veut, puis aller au parterre suivant, toujours plus loin dans le jardin. Il n’est rien dit par là de la qualité de la contemplation; il n’est question que de son objet. Nous avons la liberté de nous arrêter à loisir auprès des mystères de Dieu. Il n’est pas plus parfait d’avoir atteint le dernier parterre que de rester auprès du premier. Car tout dans le jardin appartient au Fils. Le seul danger est que l’homme se prenne avec lui, se fasse lui-même l’objet de sa contemplation. Il a le droit de scruter sa conscience, mais seulement pour être libre et ne plus devoir penser à lui. Etre libre pour monter avec le Fils vers le Père. Il y a des gens qui vont au théâtre et qui, pendant toute la pièce, pensent à leur robe et à la figure qu’ils font dans leur loge; ils vont saisir peu de chose de ce qui se passe sur la scène (2116).

Conseils évangéliques

Les trois conseils évangéliques ne veulent dire que l’amour… Et si l’on devient malade ou sans force et qu’on se trouve rempli de crainte sur la table d’opération et qu’on ressemble sur ce point à un martyr, on sait quand même qu’on a donné son oui à Dieu dans l’amour et que, tant qu’on ne reprend pas ce oui, tout est en ordre. Ce qu’il y a de simple, de serein, dans le don de soi n’est pas mis en question par tous les soupirs et les gémissements provoqués par la situation concrète. Le religieux qui garde sa Règle est en même temps gardé par elle. Elle lui ouvre un espace de vie vers l’extérieur comme vers l’intérieur (2260).

En suivant les conseils du Seigneur et en se vouant à Dieu, l’homme inverse son temps et lui donne les caractéristiques de l’éternel. Par la pauvreté, la virginité et l’obéissance, il appartient au Christ. La pauvreté, la virginité et l’obéissance sont les armes que le Christ lui met en mains pour surmonter le temps et le péché. C’est ce que le Seigneur a apporté sur terre de l’éternité et à quoi il a donné, dans le vœu, une forme accessible à l’homme; c’est ce par quoi il a rendu sa vie vraisemblable comme accomplissement de la volonté du Père et il a montré par là que notre temps peut recevoir la marque du temps qui ne passe pas et devenir l’expression de la volonté trinitaire éternelle. Dans la vie suivant les conseils, l’homme sait que son lendemain comme son surlendemain sera un jour de pauvreté et un jour de virginité et un jour d’obéissance. Ce n’est pas pour lui présomption de dire cela parce qu’il ne fait que s’appuyer sur le don divin, sur le fait qu’il suit le Christ comme le Fils le lui a donné de le faire dans l’immortalité de son être propre (2357).

Constance

La constance dans le don de soi est sans doute ce qu’il y a de plus difficile à atteindre. Au début, il y a presque toujours une certaine passion pour le Bon Dieu, pour la nouvelle vocation; on promet légèrement plus que ce qu’on peut tenir, on déforme aussi un peu ce qui est demandé. Et peut-être aussi l’avenir. On voudrait faire toutes choses à la perfection, il y a des instants où l’on pense que c’est possible, et que cela restera toujours lumineux. Et cela doit aussi rester lumineux, même dans l’obscurité, non de notre fait mais par la grâce. Mais alors on doit faire connaissance avec la grâce de manière toute nouvelle. Au moment de l’appel, la grâce est une lumière qui inonde tout, une force qui se donne si fort à nous qu’on pense qu’elle nous appartient. On est plein d’assurance, on se sent porté par l’amour. Telle est la forme de la grâce pour le début : elle est « premier secours », « ceinture de natation », pour les premiers parcours, une grâce qui ensuite se détache peu à peu et qui s’évanouit. Si un appelé restait dans cette grâce du début, il garderait trop de choses pour lui. Car cette première grâce lui est réellement destinée même si on attend naturellement qu’il en rayonne quelque chose. Mais c’est une grâce ad hominem pour qu’il ose les premiers pas. Arrive ensuite un jour ou l’autre la souffrance qui détache; l’homme n’a plus le droit de rien garder pour lui, il doit accomplir réellement aussi le renoncement qu’il a promis. Le premier renoncement fondamental n’est pas tellement difficile parce que celui qui renonce reçoit tellement malgré les fautes qui lui restent. Puis le Seigneur lui offre un jour ou l’autre la grâce du renoncement authentique, la grâce du vide véritable, peut-être aussi de la souffrance et de la nuit; et, par toutes ces grâces, il doit arriver à une constance dans le don de lui-même, qui est voulue par Dieu. Non seulement aspirer à cette constance, mais en vivre. Sur ce point, il doit devenir toujours davantage quelqu’un qui donne, qui se laisse dépouiller de tout ce qui lui appartient, il doit manifester toujours davantage sur ce point un état d’âme qui, du point de vue naturel, se trouve opposé à ce dépouillement : serein, paisible, content, rempli d’espérance et peuplé de patience (2263).

Consultations

Dans ses consultations, elle acquiert une relation tout à fait particulière avec ses patients catholiques. Elle se sent en quelque sorte comme leur mère, ils sont plus proches d’elle. Un jour en auscultant une patiente, elle remarque un scapulaire. Elle demande ce que c’est; elle apprend qu’il a été en contact avec le corps de la petite Thérèse. Cela la touche d’une étrange façon (28).

Au cours des consultations, il y avait toujours ceux que j’aimais et ceux que je supportais : les maniérés, les compliqués qui font tout un drame de leurs bobos; et maintenant je remarque que ce sont justement ceux-ci qui ne connaissent pas assez l’amour, qui sont privés de la grâce, et elle leur manque, et il faut leur donner de l’amour pour remplacer la grâce que Dieu ne leur a pas encore accordée. Et je commence à comprendre, presque encore comme un balbutiement, que l’amour de Dieu, transformé en nous en amour humain, peut aider à attirer Sa grâce. Et cela fait partie du plus grand don que Dieu nous a fait à vous et à moi (56).

Franz von O. s’entretient avec un collègue des consultations d’Adrienne. Elle a chaque jour entre trente et cinquante personnes. Cela lui prend une heure. Et les gens ont le sentiment qu’ils ont largement le temps de vider tout leur coeur. Franz von O. dit qu’il ne comprend pas comment cela se fait. S’il travaillait de deux à sept heures, il recevrait à peu près autant de gens. Adrienne sourit et me dit que naturellement elle ne sait pas non plus comment cela se passe. Mais cela ne l’intéresse pas non plus (502).

A l’hôpital et à la consultation, toute une série de guérisons : je ne les pas toutes notées. La mère de Mlle Sp., guérie d’un érésipèle facial, une autre femme d’un saignement d’utérus, etc. (615).

Le 30 avril, elle a quatre-vingt personnes à sa consultation de l’après-midi (1103).

Contemplation

Puis Adrienne parla de la contemplation : elle n’est entrée que peu à peu dans l’Eglise comme exercice particulier. Tant que le Christ est là, on ne peut pas contempler dans ce sens. “Si le Christ était maintenant dans cette pièce, il ne me viendrait pas à l’esprit de fermer les yeux pour contempler ses paroles ou même pour lui adresser des prières. Je parlerais simplement avec lui et je l’écouterais. Mais une fois qu’il est parti, survient le sentiment d’un éloignement et commence alors le droit de la contemplation. Pas encore dans la première communauté. Celle-ci était encore toute hors d’haleine, encore toute sous la première impression. Elle n’avait pas du tout une vue d’ensemble de ce qui s’était passé, c’est pourquoi il y avait là des choses aussi éruptives que les charismes de Corinthe. Ce n’est que peu à peu que tout commença à se tasser et commença alors la contemplation” (807).

Les trois rois qui suivent l’étoile sont remplis de joie : ils savent et pourtant ils ne savent pas; ils sont donnés, mais ils n’ont aucune idée de la manière dont le don d’eux-mêmes sera reçu. Une certaine peur – enfantine au fond – les possède, une sorte d’essoufflement spirituel. Naturellement il est beau d’être introduit dans un mystère, mais on se sent un peu bousculé, attiré dans une aventure dont on ne voit pas le terme. On est emballé, mais on perçoit un avertissement du vieux moi installé. – Ils se laissent conduire jusqu’au lieu où ils voient et adorent. Ils sont conduits au fond dans la contemplation. Il fallait chez eux une piété naïve pour qu’ils se soient ainsi mis à suivre l’étoile. Si aujourd’hui un chrétien est naïvement pieux, il dit les simples prières des enfants et de l’Eglise qu’on lui a enseignées; elles ont quelque chose de clair, de rassurant. Et voilà qu’il doit apprendre la contemplation. On lui dit : Ouvre-toi totalement à Dieu; fais-toi silencieux pour qu’il puisse te parler. Il ressentira alors aussi de la peur : y a-t-il vraiment ici un chemin? Peut-on faire l’expérience de Dieu de cette manière? Ne rencontrera-t-on pas que soi-même, ne s’induira-t-on pas soi-même en erreur? Est-ce que l’étoile n’est pas quand même une étoile ordinaire? Ou bien son message ne s’adresse-t-il pas en tout cas à quelqu’un d’autre? C’est aussi la peur des rois pendant qu’ils sont en chemin. – Puis ils voient l’enfant. Ils reçoivent une plénitude inouïe. Ils reçoivent tout ce que l’enfant a à donner. Ils sont insérés dans son mystère. L’accomplissement qui leur est donné en partage a un double visage. Il est d’une part la promesse accomplie, il ne leur reste aucun souhait, aucune désillusion n’est possible, aucun sentiment de défaillance personnelle ne se fait jour. D’autre part s’ouvre une nouvelle responsabilité, ils doivent repartir, ils sont mis en mouvement. La nouvelle responsabilité provient tout entière de la rencontre qui a eu lieu. – Quand il s’agissait d’être guidé vers la contemplation, le principal était la docilité; dorénavant, c’est la coopération qui est décisive. En étant guidé, on s’est laissé donner une forme qui doit désormais s’avérer juste et montrer sa force (2090).

Ascension. Il y eut d’abord une contemplation de la fête. Toute prière comme ascension, comme marche avec le Fils vers le Père. Peut-être qu’à cause du Fils tout simplement le Père est souvent négligé. Mais le Fils renvoie toujours au Père. Et si, dans la contemplation, nous ne sommes pas à nous-mêmes un obstacle, le Fils nous prend avec lui vers le Père, il nous donne des ailes pour voler aussi loin que la foi le permet. Il nous ouvre le jardin de Dieu et là tout est beau. On peut s’arrêter aux premières roses autant qu’on veut, puis aller au parterre suivant, toujours plus loin dans le jardin. Il n’est rien dit par là de la qualité de la contemplation; il n’est question que de son objet. Nous avons la liberté de nous arrêter à loisir auprès des mystères de Dieu. Il n’est pas plus parfait d’avoir atteint le dernier parterre que de rester auprès du premier. Car tout dans le jardin appartient au Fils. Le seul danger est que l’homme se prenne avec lui, se fasse lui-même l’objet de sa contemplation. Il a le droit de scruter sa conscience, mais seulement pour être libre et ne plus devoir penser à lui. Etre libre pour monter avec le Fils vers le Père. Il y a des gens qui vont au théâtre et qui, pendant toute la pièce, pensent à leur robe et à la figure qu’ils font dans leur loge; ils vont saisir peu de chose de ce qui se passe sur la scène (2116).

Corps

Marie-Madeleine s’est livrée à l’amour charnel. Par le Seigneur, la pureté lui a été rendue gracieusement et elle doit maintenant apprendre une manière tout à fait nouvelle de se donner elle-même, car le Seigneur ne renonce pas au don de soi. C’est tout d’abord très difficile pour elle de comprendre comment elle a à se donner. La ligne précédente est interrompue et ce qui est nouveau doit quand même se faire à partir du présent. Elle n’est pas tout d’un coup celle qui n’a pas d’expérience, qui ne sait pas; telle qu’elle est, elle doit devenir celle que le Seigneur veut. Avec son corps purifié qui est pourtant resté le même. Ce corps aussi doit être prêt à se donner. Le chemin va du corps impur à l’esprit pur et de l’esprit renouvelé au corps pur. Dieu nous a donné un corps qui est capable de joie et de don de soi… Nous devons ainsi trouver un accès au ciel par le corps également. Si nous n’étions qu’esprit, tout se jouerait à l’intérieur de l’esprit, il n’y aurait en nous qu’à peine quelque chose qui pourrait servir à une longue initiation et à une longue épreuve. Le corps sert essentiellement à réaliser dans le temps des choses que l’esprit découvre et veut. C’est pour ainsi dire en se frottant au corps que notre esprit s’use, s’affine, s’éprouve, gagne sa forme. C’est par le corps que nous recevons la possibilité pratique de laisser notre esprit être éprouvé par Dieu et aussi de nous éprouver nous-mêmes. Nous accumulons sur terre des expériences qui nous aident à mieux comprendre le ciel et à nous approcher de lui. Il y a beaucoup de choses au ciel – de même que sur terre – que nous ne comprendrions pas si nous n’en avions pas une expérience corporelle. Nous comprendrions beaucoup moins bien le caractère concret des exigences de Dieu et la manière d’y répondre ou de n’y pas répondre. Le corps, qui est ouvert aussi bien à Dieu qu’aux penchants de notre moi qui s’opposent à Dieu, fait connaître la direction où tend notre esprit. Les sens sont le prolongement de l’esprit comme les lèvres le sont de la pensée. Beaucoup d’aspects de l’amour de Dieu sont expérimentés par le corps. Cela aussi absolument pour les vierges qui expriment leur virginité spirituelle par tout leur comportement corporel… Nous devons certes « mortifier » en nous les tendances mauvaises; mais l’expression serait unilatérale pour notre comportement général si on ne l’appliquait qu’au corps. Tout ce qui est corporel en nous, nous devons toujours aussi le faire devenir fécond pour le Seigneur. Avec tous nos sens apprendre à toujours mieux comprendre le Seigneur et finalement être saint de corps et d’esprit (2353).

Couronne d’épines

Dans la nuit du jeudi au vendredi, grosse angoisse et maux de tête. Marie apparaît et avec elle un ange qu’Adrienne n’avait encore jamais vu et qui porte la couronne d’épines. Adrienne voudrait s’en saisir et la demander. Mais Marie lui fait comprendre qu’on ne doit pas vouloir d’en saisir soi-même. Elle sera donnée au moment et de la manière qui conviendront. Si on la désire soi-même, on se blesse d’une manière qui est fausse. Puis la couronne lui fut mise. Elle ne sait pas combien de temps ni comment elle lui fut retirée. Là-dessus la Mère et l’ange disparurent. Adrienne fut saisie d’une grande angoisse : ils pourraient être venus à moi et m’avoir mis la couronne. Elle pria de toutes ses forces pour que cela ne se fasse pas. Alors la couronne lui fut offerte une deuxième fois. La petite Thérèse lui montra alors comment cette couronne se déplace à travers le temps, comment des gens ne cessent de devoir la porter afin qu’elle reste pour ainsi dire fraîche et efficace. Nous aussi, nous devons veiller à la transmettre (374).

Les douleurs à la main, très particulièrement à la main gauche, sont insupportables. C’est comme si on lui perçait la main, comme si le clou n’arrivait pas à passer tout simplement. Cela va infiniment lentement, comme au ralenti. Comme si quelqu’un voulait passer son doigt à travers sa main en appuyant et en perçant. Cela s’accompagne d’une souffrance toute “morale”, pleine d’angoisse. La couronne également la fait souffrir la plupart du temps, toujours au même endroit (381).

Création

Quand un mystère du Seigneur est célébré, il est aussi communiqué; qui le médite verra certes avant tout le Roi qui est fêté (pour la fête du Christ-Roi), mais la fête a quelque chose d’indivis : c’est une fête de l’Epoux avec son épouse qu’il mène à la rencontre du Père; et, avec l’Eglise, c’est le monde entier qui est attiré dans le royaume du Christ. Son mystère est ainsi un pendant du mystère de la création où tous les êtres ont été créés secrètement pour le Fils; maintenant le Fils achève ce qui a été commencé en conduisant par lui tous les êtres au Père. Afin que la création comme un tout devienne une fête. La somme qui est tirée de la vie du Seigneur rencontre la somme du monde créé : création et rédemption, terre et ciel, se rencontrent dans l’unité définitive. Le royaume de ce monde et le royaume des cieux doivent se trouver l’un l’autre; tout ce que Dieu Trinité a produit à l’extérieur est intégré dans le cercle interne de la vie trinitaire éternelle. C’est le Fils qui a été chercher le monde et qui lui indique la place où il recevra tout l’amour du Père (2175).

26/05/2017. A suivre

 

 

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