38/3. Dictionnaire amoureux

 

38/3

 

Dictionnaire amoureux


Enfer

C’est au Fils que l’enfer a été offert en raison de son Incarnation et de sa Passion. C’est le plus grand cadeau que le Père pouvait lui faire. Il ne sent pas le Père là et il n’envoie pas l’Esprit. Il suffit qu’il se soit montré là (2183).

Engelberg

L’Abbé d’Engelberg, qui lit depuis longtemps le commentaire d’Adrienne sur l’évangile de Jean, souhaite voir Adrienne. Elle monte là-haut le dimanche 18 août. La conversation est bonne. Elle lui dit des choses qu’elle ne peut pas savoir, sur sa mission à lui et la gestion de sa charge. Il est étonné et ne cesse de répéter que l’affaire est manifestement authentique. Ensuite il commence aussi à parler de choses personnelles, ce qui ne plaît pas à Adrienne… (1575)

Entourage et parenté d’Adrienne

Sa sœur lui a dit qu’en ville le bruit court qu’elle est une sainte. Sa mère le confirme. Cela la plonge dans toutes les angoisses. Elle est angoissée parce que c’est une si terrible illusion des gens, une telle offense de Dieu et de l’Eglise de la confondre avec les saints. Nous parlons longuement sur le sujet. J’avance toutes sortes de choses sur la sainteté par la grâce, sur la sainteté comme effort vers Dieu, comme commandement, comme ministère et comme don de soi. Elle ne veut rien entendre: “Vous ne voulez pas me comprendre”. Est-ce que je ne sais pas qu’une rumeur de ce genre augmente au plus haut point sa solitude? (347)

Épiphanie

L’incarnation est un mouvement du ciel vers la terre; Marie est le lieu où ce mouvement s’arrête un instant, l’auberge accueillante où le Fils passe ses années cachées. Les rois qui viennent l’adorer sont le début d’un mouvement opposé, du monde vers le Seigneur et, par lui, vers le Père, qui ne cesse de s’étendre. Les rois sont ainsi, pour le Fils, la preuve que ça a réussi pour Dieu de se rendre visible dans un homme. C’est une première reconnaissance, autre que celle de la Mère : celle-ci avait été interrogée par l’ange et avait laissé faire; à partir de là, sa foi n’a cessé de devenir plus parfaite. Les rois par contre sont actifs dans le sens où ils se mettent en route vers le Seigneur pour un moment de contemplation adorante, après quoi ils reprennent leur route mais désormais conscients de la présence divine sur la terre. Ils adorent selon ce qu’ils ont compris, mais éclairés par le mystère de l’étoile et celui de la présence du Seigneur. Les éléments de leur prière leur sont donnés de l’extérieur et ils sont guidés par eux. Ils ont prêté attention au signe venant du ciel, ils se sont confiés à sa direction, ils ont fait le voyage, atteint le but (2159).

Esprit blasé

Au ciel, il n’y a pas d’état d’esprit blasé et saturé… Car la vision de Dieu au ciel n’est jamais quelque chose de terminé, comme si l’accomplissement de mon existence terrestre ne réservait plus rien pour l’éternité. Il y a la plénitude dont on est rendu digne par la vie terrestre et le purgatoire et la rédemption; mais cette plénitude qui est atteinte n’est pas un point final; elle est un point de départ de la vie céleste. Seulement, au ciel, le désir ne va plus jamais dans le vide; il va toujours vers une nouvelle plénitude (1562).

Esprit Saint

Après avoir couvert Marie de son ombre, l’Esprit Saint vit en elle : dans l’enfant vivant comme tâche naissante et en même temps dans son propre esprit… Il est l’Esprit en elle, qui a pris possession de son esprit et le conduit, qui marque sa prière, son aspect, son être tout entier… Quand elle adore l’enfant, elle prie l’Esprit Saint dans l’Esprit Saint. Quand elle élève l’enfant, ce n’est pas seulement son esprit à elle qui se penche vers l’esprit de l’enfant, mais c’est l’Esprit Saint en elle qui rencontre l’Esprit Saint dans l’enfant… Il en est de même au fond en chaque mission : l’Esprit agit de deux manières. D’une part dans l’envoyé pour lui montrer sa vocation, son élection et ses obligations; il anime la prière, la méditation, l’action. Mais aussi dans les tâches concrètes… L’Esprit est surtout dans l’homme un Esprit de prière. C’est de là qu’il jaillit, qu’il crée l’échange et l’équilibre, qu’il offre la certitude sereine, le oui constant; cela prend naissance dans la paix de la prière, dans l’isolement et la solitude. Mais il peut aussi se faire reconnaître à l’extérieur si bien que d’autres sont attirés parce qu’ils comprennent qu’ici souffle l’Esprit. Elisabeth reconnaît la mission de Marie, nous reconnaissons les missions des saints, beaucoup de pécheurs reconnurent la vocation de Vianney; l’Esprit Saint est reconnu aux charismes… La foi, l’amour et l’espérance vivent en lui et se nourrissent de lui pour s’accomplir au fond; leur vie propre n’est pas à séparer de la vie de l’Esprit en Dieu. Une espérance qui ne serait pas animée par l’Esprit ne serait pas chrétienne. Elle serait une confiance simplement humaine qui serait comblée ou non selon le hasard. L’Esprit intègre en lui tous les points de départ humains, il les utilise comme des pierres pour sa construction, il les tire à lui, il leur donne une forme définitive; en tout cela il engendre et il crée, il donne au passé une vraie présence, une existence dans l’aujourd’hui, qui a ses racines aussi bien dans le passé que dans l’avenir, mais constamment il donne aussi la vue de ce qui est en devenir afin que nous ne restions pas paralysés dans l’aujourd’hui mais que nous restions ouverts et créateurs, et que nous expérimentions, aussi bien dans l’être que dans le devenir, la présence de l’éternité vivante de Dieu Trinité. L’Esprit donne son témoignage pour la constance de notre âme, pour l’éternité à laquelle nous appartenons. Il nous dit que nous sommes aimés et que nous avons le droit de rester dans l’amour, et l’amour, c’est Dieu (2219).

Éternité

Amour, foi, espérance dans l’éternité. Dans le temps, l’amour est une partie de la vie, il n’est pas toute la vie. Dans l’éternité, il est tout parce que nous n’avons plus rien en propre : ni opinions, ni justifications, ni jugements, qui nous mettent dans une relation théorique avec les choses. Dans l’éternité, on remercie d’emblée pour tout, on ne connaît pas la prudence, comme si une chose pouvait être punition et une autre chose amour; on est convaincu que tout est amour et doit être compris comme amour. – La foi subsiste dans l’éternité comme la confiance absolue qu’il ne peut rien y avoir qui ne soit pas amour. Parce que Dieu nous tient, nous n’avons pas besoin de nous attarder à calculer quoi que ce soit anxieusement, nous pouvons nous confier à l’infini. – L’espérance, dans la vie éternelle, est ce qui est toujours accompli. Parce qu’elle est un don perpétuel, une espérance et une attente perpétuelles sont éveillées. Dans le monde, notre espérance, c’est l’éternité; dans l’éternité, elle est toujours ce que Dieu donne. Dans l’éternité, foi, amour, espérance coïncident. – L’éternité elle-même surgit comme un cadeau, elle est ce qui est constamment offert en cadeau. Il n’y a donc pas de fin à prévoir. Le cadeau de Dieu naît dans le don, le don et l’acte de donner ne font qu’un (2113).

Eucharistie

Vendredi 4 juillet. Mauvaise nuit; c’est le premier vendredi du mois. Hier matin… (à la messe) quand je lève l’hostie et dit le « Domine non sum dignus »… le Seigneur apparaît à Adrienne à la place de l’hostie. On ne peut pas décrire comment cela s’est passé. Quand je m’approchai d’elle avec l’hostie, elle ne comprit qu’au dernier instant qu’elle devait ouvrir la bouche, tellement elle ne voyait que le Christ dans la pièce. Après la communion, elle le reçut en elle et cependant en même temps il était hors d’elle dans la pièce. Ce n’était pas seulement une « présence » (en français) mais quelque chose comme une présence physique palpable. Elle dit : une sorte de toucher avec la peau, mais nulle part localisable (110).

Il y a la transsubstantiation du Fils dans l’eucharistie : il nous est offert pour qu’il vive en nous. L’Esprit opère cette transsubstantiation comme autrefois il porta le Fils dans le sein de la Mère. Mais le Fils porte l’Esprit dans sa vie terrestre depuis son baptême. Les deux choses sont une expression de la relation en Dieu Trinité : le Fils est porté par l’Esprit, l’Esprit est porté par le Fils. Et le oui de la Mère va à l’Esprit par l’ange et il ouvre pour nous tous la possibilité de dire oui à l’Esprit afin que l’Esprit porte en nous le Fils et le Fils l’Esprit. Le oui est l’acquiescement à ce mystère en Dieu qui les fait se porter l’un l’autre; l’acquiescement le plus profond se trouve naturellement en Dieu lui-même mais, par Marie, l’homme reçoit dans la grâce la possibilité d’y avoir part (2054).

Événements insolites

Adrienne participe à la célébration du mariage de son frère à la cathédrale et, lors du repas, elle prononce un discours qui touche jusqu’aux larmes nombre de personnes présentes, et dégage pour l’ensemble de la famille, momentanément du moins, l’atmosphère qui s’était troublée à cause de sa conversion. Elle avait tenu son discours en dialecte bâlois. Deux jours plus tard sa mère, qui avait été particulièrement charmée par le discours, dit à son autre fille: « Comme Adrienne a bien parlé et comme sa diction française est distinguée! » Sa mère ne comprend pas le dialecte bâlois. Sa fille essaie de lui faire comprendre qu’elle se trompe, elles se disputent un moment pour savoir en quelle langue le discours a été prononcé; finalement elles appellent Adrienne pour en avoir le coeur net. « Naturellement c’était en dialecte bâlois! » Sa mère en reste baba, mais elle semble avoir ensuite oublié l’incident (23).

(C’est la guerre 1939-1945). L’essence est toujours plus rare. Elle se trouve au nombre des quelques médecins qui reçoivent encore une petite ration. Elle ne peut pas aller à pieds et elle est donc à la merci de sa voiture. Je m’étonne qu’avec ses vingt-cinq litres elle puisse toujours être en route, et d’autres gens aussi lui demandent comment elle fait. L’aiguille de son réservoir d’essence marque imperturbablement « à moitié plein ». Quand moi aussi je lui demande comment elle se débrouille avec son essence, elle rit et dit que désormais elle ne dira plus jamais où elle se fournit en essence. J’insiste et elle dit seulement qu’elle n’en reçoit plus. Elle cherche à minimiser le tout et à le prendre comme la joyeuse aventure d’un conte de fées. Mais un autre bref entretien laisse cependant percevoir qu’elle comprend sans doute de quoi il s’agit en vérité. Mais elle a une répulsion absolue à prononcer le mot miracle (32).

Expériences diverses

Elle dit que beaucoup de choses qui paraissent tenir du miracle sont à expliquer de manière naturelle. Par exemple elle a possédé autrefois certains dons de savoir des choses qu’habituellement on ne peut pas savoir. Ainsi un jour on lui a volé une bicyclette. Quand le policier qui faisait l’enquête lui demanda si elle savait qui l’avait dérobé, elle répondit qu’elle le savait, c’était un tel, il ressemble à ceci et à cela , et le vélo se trouvait à tel endroit. Elle n’avait jamais vu l’homme et ne savait pas du tout qui c’était. Mais ses indications s’avérèrent exactes. Je lui explique que naturellement certaines dispositions peuvent exister comme base. Il en est ainsi dans la plupart des cas; surtout pour la stigmatisation, l’inédie, la bilocation, etc. Mais il est encore plus évident que tout cela n’est encore justement qu’une base et que la grâce qui s’y rattache n’est elle-même aucunement « nature ». Elle acquiesce totalement; on sait même très bien où l’un cesse et où l’autre commence (33).

Extases

5 mai. Une semaine d’extases continuelles. Dès qu’elle est seule, elle est prise là où elle se trouve ou en marchant. Elle ne veut pas parler du contenu parce que tout est si « bouillonnant » (en français), encore tellement en désordre. Le plus difficile est encore toujours le clivage entre les deux vies : l’intérieur et l’extérieur. Comme je lui explique que cela aboutira à une compénétration toujours plus grande des deux existences, elle comprend très bien, car elle voit déjà le début de cette compénétration. Le présent est un stade intermédiaire (67).

Un soir, pendant une dictée sur Apocalypse 1,5, Adrienne s’enfonce tout à coup dans l’extase… Ce n’est que peu à peu que je remarquai que, par elle, trois femmes parlent : la petite Thérèse, la grande Thérèse et Catherine de Sienne. Chacune raconte son entrée dans l’Ordre et son sens. A la fin, quand Adrienne reprend conscience, elle ne sait pas ce qu’elle a dit. Elle a seulement le vague sentiment que trois femmes ont été là et qu’elle leur a servi pour ainsi dire de porte-parole … (1453)

 

F

 

Fatigue

« Chez ceux qui ne croient pas, la fatigue se referme sur elle-même, elle ne peut pas attendre, elle a besoin tout de suite de repos et de sommeil. Si le croyant est ouvert, elle peut durer, car elle a le droit d’avoir part à la fatigue du Seigneur sur la croix, et celle-ci était si grande que, même tout à fait indépendamment des douleurs et de l’abandon, elle était capable de remplir un chrétien intégralement. Il sait alors que le Christ est près de lui et il peut faire prier à sa place les anges et les saints et peut-être le Seigneur lui-même. En Dieu Trinité, prier le Père qui non seulement conduit tout mais participe à tout ce qui occupe le Fils. Et le Fils reconnaît cette fatigue si bien que le Père lui-même la prend dans ses mains et la bénit et perçoit en elle le signe du Fils… » (2170)

Fécondité

Tout d’un coup, au ciel, Adrienne voit combien les notions terrestres de fécondité sont étroites. “Au ciel, tout est fécond, chacun a part à la fécondité des autres et s’en réjouit. Et le Seigneur est comme entouré d’anges qui lui apportent constamment la fécondité des siens. Il l’offre au Père et celui-ci la rend aussi bien au monde créé par lui qu’au Fils pour qu’il la distribue à nouveau. La fécondité a comme un « circuit éternel » : quand un chrétien est fécond, le Père lui rendra, par le Fils, sa fécondité reçue par le Fils, mais il la distribuera en même temps au monde” (1911).

Femmes

Puis elle vit toute une foule de femmes avec des enfants morts : des nouveau-nés, des tout-petits et aussi des plus grands. Elle vit combien peu de ces mères seulement offraient le sacrifice de tout leur coeur. Mais elle vit aussi que Marie avait une relation particulière avec ces mères. C’est elle qui donne les enfants au Seigneur et qui réconcilie les mères. Adrienne vit aussi quelle source de bénédictions ces sacrifices des mères sont toujours ou peuvent être : bénédiction pour la mère elle-même, pour les familles, très souvent pour les autres, pour les enfants à venir qui sont offerts plus sincèrement à Dieu par les mères; elle vit aussi comment, le plus souvent, le sacrifice d’une mère se trouve à l’arrière-plan de la vocation des enfants au sacerdoce, à l’état religieux ou à tout autre engagement particulier à la suite du Christ (697).

Feu

Dans la relation entre Dieu et l’homme, existe le danger énorme que l’homme puisse être infidèle à Dieu. Face à ce danger, Dieu prend aussi pour ainsi dire des mesures, non pas extérieurement, mais au plus intime de sa Trinité. Celles-ci sont comme un feu à l’intérieur de l’amour trinitaire. Ce feu doit être parce qu’il y a nous, les hommes. A ce feu appartient la disposition prise en Dieu que le Fils aille dans la souffrance et l’abandon. Tout ce que nous, en tant que pécheurs, nous faisons à Dieu Trinité tombe sur ce feu qui est comme la mesure de Dieu, la disposition prise par Dieu pour compenser tout ce qui peut être fait contre l’amour. Et cela non après coup seulement, quand le mal est déjà fait et qu’on est forcé d’entreprendre quelque chose contre ce mal, mais dès le début : il est comme éteint avant de brûler. On reconnaît le danger en cherchant à le prévenir (2287).

Fils du premier mari d’Adrienne (Emil Dürr) élevés par Adrienne

Le 11 septembre, fête de la maternité de Marie, elle voit une grande fête dans le ciel… Tout tournait autour de la Mère de Dieu qui cependant donnait pour ainsi dire elle-même la fête. Adrienne raconte que ses fils, lorsqu’ils étaient encore petits, quand fut introduite la fête des mères, un jour, pour lui faire une “surprise”, avaient ouvert toutes les boîtes de conserve et tous les hors d’œuvre de prix à la cuisine et à la cave, et ils lui avaient apporté le tout au lit le matin : elle dut faire contre mauvaise fortune bon coeur. Elle comprit alors que c’est la mère aussi qui doit être la véritable organisatrice de la fête quand c’est elle qui est fêtée. Aujourd’hui la Mère de Dieu faisait quelque chose de ce genre (205).

Fleuve des péchés

Puis elle voit le fleuve de l’enfer du samedi saint et, sur la rive, un étroit sentier qui est très dangereux et précaire, comme une perche sur un torrent. Ce sentier était aspergé du sang du Christ et en conséquence il était encore beaucoup plus difficile à emprunter , beaucoup plus dangereux … (525) C’est comme un fleuve de feu rempli d’immondices et d’horreurs… (988) Car le fleuve du péché ne peut être arrêté que par la grâce du Seigneur crucifié… (1778) C’est le samedi saint. Je sens le fleuve des péchés, ce qui est vicié, stagnant, marécageux… (2197) Et il y a le fleuve effrayant et l’air étouffant parce que c’est l’air d’un fleuve trop chargé. Il charrie trop d’immondices… (2211) Les poutres calcinées sur le fleuve de l’enfer. Adrienne les vit plusieurs fois le samedi saint et aussi en d’autres temps; et elle voyait les anges (comme avec des brouettes) décharger les péchés dans le fleuve sur des poutres de ce genre… (2329)

Foi

Les mages (de l’Épiphanie) se contentent de ce que l’étoile leur a montré. Les premiers disciples qui suivront le Seigneur devront se contenter également de ce qui sera visible de Dieu dans le Fils de l’homme. Leur foi est solidement enracinée dans la vision que le Fils possède du Père et ils seront heureux de faire, en croyant, la volonté du Père. L’Esprit, dans lequel les mages risquent leur voyage, est déjà l’Esprit de l’apostolat futur. Il est premier semis, qui deviendra un jour une grande moisson : signe toujours nouveau que Dieu donne une étoile à ceux qui croient en lui, réponse toujours nouvelle à un appel mystérieux de Dieu. Sans cesse un savoir et un non-savoir confiant sont étroitement associés, et ceci non dans un demi-oui hésitant, mais dans un vrai départ qui emporte avec lui dans le voyage vers le Seigneur toutes les questions pendantes pour seulement adorer (2159).

 

G

Grâce

Elle a beaucoup de soucis parce que, en raison des grâces qu’elle reçues, je pourrais en quelque sorte avoir d’elle une trop bonne opinion. Je ne dois pas croire qu’elle est devenue quelque chose de particulier. Elle est angoissée à l’idée que de l’extérieur on pourrait la comparer à des saintes dans la vie desquelles on trouve des choses semblables. A ces mots, elle me fixe, pleine d’angoisse. Je dis que Dieu n’a pas toujours besoin de mettre sur la table des roses de Schira, il peut aussi cueillir à l’occasion une pâquerette le long du chemin et la garder en main un bout de temps si cela lui fait plaisir. Elle rit, soulagée : on appelle pâquerettes les filles qui au bal ne trouvent pas de partenaires et font tapisserie toutes seules le long des murs (30).

Elle a passé presque toute la nuit en conversation avec Marie; elle a reçu alors de nouvelles intuitions profondes sur l’être de Marie et elle a reçu d’elle de grandes grâces; elle a aussi obtenu une grande grâce pour moi, non pour moi-même, mais pour mon apostolat. Elle n’exige jamais, elle ne fait que donner et transmettre. Le Père et le Fils exigent toujours quand ils donnent car c’est eux qui forment les destins, les chemins de vie et les tâches des hommes. Et même si la grâce se trouve toujours dans une proportion totalement débordante par rapport à ce que l’homme fait, il y a cependant toujours un certain rapport entre la grâce et la vie, celle qui est passée ou celle qui est encore attendue. Marie par contre n’a qu’un rôle de mère : en tant que telle, elle n’a pas à exiger. Elle ne le fait jamais, “par principe” pour ainsi dire; elle ne fait qu’aider les destinées à s’accomplir par son assistance. Elle possède une sorte d’omniprésence secourable. Adrienne comprend que ce n’est pas un hasard que Marie lui soit apparue la première. Auparavant, alors qu’elle avait déjà décidé de se faire catholique, elle ne pensait pas à la Mère de Dieu. Marie lui montra qu’autrefois déjà elle avait toujours été présente (197).

Adrienne : « Il ne manque rien bien sûr à la grâce de Dieu, ce n’est qu’en moi qu’il manque quelque chose, moi qui ne la laisse pas entrer!” Moi: “L’accueil de la grâce aussi doit se faire avec la grâce de Dieu… C’est la disproportion entre la grâce de Dieu et votre défaillance humaine qui vous afflige et vous fait honte de la sorte” (260)… Puis nous parlons de la grâce qui nous purifie, du feu de la purification (321).

Guérisons et soins insolites

A l’église Sainte-Marie pour la messe… Tout à coup elle perçoit, claire et distincte, une voix, sans voir personne : « Il se feront des miracles aussi par tes mains » (sic en français; sic également pour l’orthographe). Sa première réaction fut un violent: « Non! Pas cela! » exprimé de tout son être ou pour mieux dire : crié. Elle se hérissait contre cela de toutes les fibres de son être. Elle aurait presque crié tout haut, raconta-t-elle après. Elle resta dans un état de totale hébétude, comme « effarée » (c’est son mot); cependant aussitôt, toujours dans cette hébétude, elle dit le Fiat, pria le Suscipe. Mais ce n’est qu’à la communion, au moment de la recevoir, que se dénoua le combat intérieur et elle s’enfonça dans une mer de bonheur (72).

Dimanche 17 mai. Le soir, longue conversation. Elle ne raconte ce qui suit qu’avec beaucoup d’hésitation et avec beaucoup d’arrêts. L’événement du dimanche précédent, qui avait promis les miracles, avait été précédé de deux autres. Un jour, une voix lui était parvenue qui avait dit: « Il se feront des guérisons par tes mains » (sic littéralement pour ce passage en français; sic aussi pour l’orthographe). Elle avait considéré cela à vrai dire comme assez naturel, avait pensé à de quelconques « forces » qu’elle pourrait recevoir, pas différentes essentiellement de certaines facultés qui lui avaient déjà été données. Elle était déjà habituée à toutes sortes d’affaires. De la sorte, elle ne tenait pas pour quelque chose de « particulier » la guérison du garçon par exemple qui a été racontée plus haut; des choses de ce genre étaient déjà arrivées assez souvent (75).

Après une guérison ou quelque autre prodige, elle ressent toujours une angoisse inexplicable et un sentiment de honte comme si elle devait se cacher. Chaque fois elle voudrait courir chez moi pour y chercher refuge. Elle sait et elle dit que ces guérisons, qui sont encore peu connues, sont des entraînements, des exercices pour plus tard (393).

 

H

 

Hans Urs (von Balthasar)

Le jour de mon anniversaire, dernier jour des Exercices, je demandai le matin à saint Ignace de me choisir un beau texte de l’Ecriture. Quand j’ouvris le missel, mes yeux tombèrent sur l’évangile : Heureux les yeux qui voient ceux que vous voyez. Adrienne me dit par la suite que saint Ignace avait été avec elle le matin et lui avait donné, pour ainsi dire comme points de méditation, une petite explication du texte : Toutes les générations me diront bienheureuse (1351).

(En 1945). Je demande à saint Ignace, qui avait dit deux fois que je devais fonder une revue, comment il se l’imagine. Je ne vois pas la possibilité de le faire maintenant. Il dit: “Pas maintenant! Mais déjà faire des plans et penser à des gens avec qui on écrira” (1439).

Le 2 février 1956, sur les instances de quelques amis laïcs de Zurich auprès de l’évêque, j’ai été reçu dans le diocèse de Coire dans le territoire duquel j’étais toléré depuis 1950. J’ai dû quand même signer une déclaration suivant laquelle je ne pouvais rien demander au diocèse au point de vue financier. J’ai quitté la chambre que j’avais à Zurich et accepté définitivement l’hospitalité du Professeur Werner Kaegi, place de la cathédrale à Bâle, où j’ai vécu jusqu’à la mort d’Adrienne (2235).

Homme

Noël. Le premier homme fut placé dans l’existence comme cela correspondait au plan de Dieu, avec la faculté de se développer en direction de Dieu ou en s’éloignant de lui; il ne lui a pas été demandé s’il voulait être créé. Il est simplement placé là et il est requis de son humilité de le reconnaître. Le Fils de Dieu s’humilie encore plus profondément par le fait qu’il n’apparaît pas à l’état d’adulte mais qu’il est conçu, porté, mis au monde : il offre ce temps de sa minorité au Père qui doit voir en lui que l’enfance et la croissance d’un être humain correspondent parfaitement aussi à la volonté du Créateur. Il grandit entre sa mère et son père nourricier, mais il grandit aussi d’emblée en direction du Père divin pour le louer dès son plus jeune âge, pour tendre vers lui ses bras dès son premier mouvement (2155).

Hôpital

Une fois encore à l’hôpital elle a suturé une femme sans injection. La femme n’a absolument rien senti. Pendant le temps de l’opération, la femme était follement irritée et elle jacassait comme une pie. Qu’est-ce que c’est que ça? Pourquoi ne sent-elle rien? La Sœur dit: “Cela arrive souvent avec Mme le Docteur”. La femme craint que cela lui fasse d’autant plus mal après coup. Adrienne la rassure: “Non, cela ira très bien”. En fait elle ne sentit rien non plus par la suite. Alors, comme elle le dit elle-même, elle raconte la chose partout (397).

Humiliations

Quand on a pu contempler un beau mystère du ciel, il est d’autant plus horrible de voir sur terre l’humiliation du Fils. Quand on a pu deviner la grandeur de Dieu, il est d’autant plus affreux de voir sur la croix à quoi il a été réduit. Il ne s’agit pas d’une procédure purement « objective » (comme chez le médecin on se met à nu pour montrer un membre malade et qu’on n’en fait pas une histoire); il est question justement que ce qui est subjectivement sensible, l’amour de Dieu comme tel, doive être déshonoré, humilié. C’est pourquoi les humiliations chrétiennes devraient aussi être des humiliations de l’amour bafoué et souffrant (2060).

Humilité

Puis Adrienne parla longtemps de l’amour et de l’humilité. Dans l’humilité il y a un mystère qu’elle ne pénètre pas. Avec l’amour il se passe ceci : il est aussi bien donné que pris; celui qui aime le donne et celui qui est aimé le prend, et assurément le fait de donner est un cadeau premièrement de la part de celui qui aime et secondairement pour celui qui le reçoit. Avec l’humilité par contre il se passe ceci : elle est donnée (Adrienne dit : elle est répandue) avec tout amour vrai et si elle n’est pas présente dans le don, l’amour n’est pas vrai. Mais bien qu’elle soit donnée avec l’amour, elle n’est pas reçue de la même façon. Celui qui est aimé ne reçoit que l’amour, il ne reçoit pas aussi l’humilité. C’est ce qu’Adrienne ne peut pas comprendre et à quoi elle réfléchit longuement. Je lui dis que l’humilité est justement le retrait de l’homme devant l’amour de Dieu, la simple perméabilité à Dieu, et le positif de cette attitude est donné dans l’amour de Dieu lui-même… (878)

 

I

Ignace de Loyola

« Je connais encore si mal les saints », me dit-elle un jour. « Indiquez-moi un saint à qui je pourrais m’adresser ». Je lui indiquai saint Ignace et la petite Thérèse. Quelques jours après – durant la nuit elle avait prié saint Ignace -, elle me raconte : saint Ignace lui était déjà apparu plusieurs fois. Elle ne l’avait pas vu assez nettement pour pouvoir le décrire en détail. Toujours est-il qu’elle l’avait aussitôt reconnu, il n’y avait pas de doute. Il portait un manteau brun foncé qui n’était pas très long. Il avait des yeux « noirs foncés » (elle rit du pléonasme, mais c’était comme ça). Et il était vraiment petit de taille. (Elle n’a jamais rien lu sur la personne du saint, ni entendu parler de lui). Elle l’a alors prié de l’aider et de la soutenir quand elle a des entretiens difficiles avec des personnes et quand souvent elle ne sait plus que dire. Ignace répondit que souvent il avait été présent et qu’il l’avait soutenue. Elle trouva ces mots très vrais et elle avait le sentiment qu’au fond elle avait toujours eu conscience de sa présence sans y apporter expressément attention (27).

Tout d’un coup elle vit dans une vision une scène de la vie de saint Ignace qui s’était vraiment passée : Ignace lutte dans la tentation, le démon cherche à le lier avec une corde, c’était dans les années avant la fondation de la Compagnie. Le démon lui souffle à l’oreille : “Renonce donc à cet apostolat, je te promets alors que tu pourras prier toute ta vie durant”. “C’était la tentation de la contemplation”, explique Adrienne; et elle ajoute : “Il est bien possible que suite à une trahison de ce genre il aurait reçu réellement la paix et la grâce d’une sainte vie contemplative. Je ne le sais pas exactement, mais c’est possible. Il se peut aussi en tout cas que le démon prenne la main tout entière si on lui donne le petit doigt”. Adrienne reçut cette vision qui lui fut offerte par Ignace lui-même comme ce qu’il pouvait lui donner de plus grand aujourd’hui pour la fortifier (755).

Immaculée Conception

Marie est conçue de manière immaculée : nous reconnaissons là un privilège qui la rend digne de concevoir par l’Esprit Saint le Fils du Père. Mais plus nous cherchons à comprendre ce privilège, plus nous reconnaissons qu’il est un aspect partiel d’un mystère beaucoup plus grand : l’incarnation du Fils, le salut du monde, la réalisation sur terre de la volonté du Père, le fait que le Fils est sorti du Père et retourne à lui. Cela vaut pour chaque mystère : qu’on le médite comme on veut, il conduit au tout, il sert à comprendre Dieu et sa création. Le mystère de la conception immaculée est tellement lié à tous les autres mystères de Marie qu’il s’intègre indissolublement à son image d’ensemble telle qu’elle se présente aux yeux de l’Eglise, telle aussi qu’elle provient de l’unité indécomposable de Dieu et tend à y retourner. Quel que soit celui de ses mystères que nous abordons, chacun d’eux est une clef pour tous les autres. Si nous contemplons Marie dans sa vie terrestre, elle est certainement élue d’abord pour donner naissance au Fils éternel. Mais ensuite elle est aussitôt également la deuxième Eve, l’épouse du nouvel Adam, l’incarnation de son Eglise. Et comme celle-ci, elle est vierge, une simple vierge qui a vécu sur terre et qui était si transparente à Dieu que tout en elle était aussitôt utilisable pour l’accomplissement de ses desseins. Cette transparence était amour pur qui recevait tout l’amour de Dieu sans ombre aucune. Et elle était ainsi la manifestation visible de l’amour de Dieu pour sa créature comme de l’amour de la créature pour Dieu. Un foyer d’amour. Si nous la contemplons aussi dans sa foi aimante, nous nous sentons attirés et pressés de l’imiter pour apprendre par elle à suivre son Fils (2154).

Incarnation

Toutes ces nuits dernières, il s’agissait du mystère de l’Avent, du problème de l’incarnation. Le Père crée l’être humain, celui-ci pèche; le Fils devient un être humain qui, extérieurement, ne se distingue pas des pécheurs. Devant le Père, il se tient comme quelqu’un qui porte la faute de l’humanité entière. Naturellement, Adam avant la chute n’était pas Dieu (comme le Fils l’était avant l’incarnation), mais ce n’est que le péché qui a transformé la distance en aliénation, en la volonté d’être autrement. Dans le Fils, qui veut faire la volonté du Père, tout le non-vouloir des hommes devient visible; dans le Fils, le Père reconnaît en même temps la séparation et l’unité. Quand le Fils sauve le monde, c’est dans l’unité avec le Père, mais aussi dans une unité nouvelle avec les hommes; pendant la rédemption, c’est comme si le Fils portait en lui tous les hommes, comme s’il était un individu dans la foule innombrable (2289).

Indifférence (ignatienne)

“Nous pouvons essayer d’attendre ce que Dieu veut sans savoir ce qu’il veut. Donc demeurer dans l’expectative. Et pourtant Dieu a besoin aussi d’une attente de l’homme bien précise pour la faire changer de direction, pour la faire voler en éclats. Dieu éveillera donc lui-même certaines attentes; mais la fin est différente de ce que l’homme prévoit, elle est transformée par Dieu. C’est vraiment la fin de cette séquence parce que Dieu a donné l’attente, mais la fin de la séquence se trouvait justement en Dieu” (1910).

Indignité

Elle pose à nouveau des questions sur la “mystique”. N’est-ce pas qu’elle n’est quand même pas une mystique? C’est quelque chose de tout à fait différent, ça n’a rien à voir avec elle. De par le protestantisme, elle a une telle horreur de la mystique! Bien qu’elle ne puisse rien se représenter d’exact sous ce terme. Seulement quelque chose comme une histoire malpropre. Je lui explique quelque chose de la vraie et de la fausse mystique et sur le mélange des deux. Que la pure forme de la mystique chrétienne est un don de Dieu qui envahit des gens tout à fait indignes. Et que les signes d’authenticité sont d’une part la participation aux souffrances du Christ, d’autre part l’obéissance ecclésiale. Uniquement des visions et d’autres états extraordinaires sans participation à la Passion sous une forme ou sous une autre, cela n’existe pas. Elle est étonnée de cette explication, elle en ignorait tout et elle dit pensivement: “Bon, bon, c’est donc toujours lié…” (195)

Inspiration

Nous ne chercherions pas Dieu s’il ne nous avait pas trouvés », s’il n’avait pas mis en nous les conditions voulues pour le trouver. Ses inspirations sont pour nous compréhensibles. Il peut suivre plusieurs chemins : nous éclairer soudainement comme frappe la foudre, transformer et réorienter notre vie tout entière. Il peut, avec la même soudaineté, nous montrer quelque chose qui nous était déjà connu mais, à présent, cela nous apparaît irrévocable et urgent, et cela a des conséquences beaucoup plus profondes que nous ne le pensions. Mais il peut aussi procéder tout autrement : nous donner, dans un clair-obscur, les unes après les autres, des intuitions, des considérations, des suppositions, auxquelles on ne donne pas suite. Mais une fois qu’un nombre suffisant de foyers est allumé, il y a un embrasement soudain de l’ensemble. Pendant longtemps il n’y eut que de la fumée, l’esprit humain ne percevait pas l’Esprit Saint, il demeurait imbu de ses propres pensées, qui ne paraissaient pas particulièrement éclairantes ni alléchantes. Mais tout d’un coup jaillit la flamme parce qu’il ne manquait plus que très peu de chose pour la libérer (2148).

 

J

Jean l’apôtre

Plus tard, Adrienne voit la Mère de Dieu avec son tablier bleu. Celui-ci devient d’un bleu toujours plus profond, un bleu comme sur de vieux vitraux; puis au milieu il se forma une clarté et dedans apparut à nouveau l’image de Jean. Adrienne comprit alors à quel point il était pris dans le mystère de Marie. La Mère se tient absolument derrière son évangile; Jean pense avec elle et en elle, même quand il ne la nomme pas. Puis l’image de Jean disparut et, à sa place, on vit une flamme qui s’élevait toute pure et toute bleue. Adrienne dit que cela avait été une vision tout à fait merveilleuse, rien que sous l’aspect visuel. Elle dit aussi qu’on prie sans doute Jean beaucoup trop peu car il peut beaucoup auprès du Seigneur (1101).

Quand Jean, lors de la Cène, pose la tête sur la poitrine du Seigneur, il l’aime du pur amour d’un saint et il se sait aimé d’un amour divin. Il n’éprouve aucune distance entre les deux formes de l’amour, mais son amour et lui-même, il les sent élevés jusque dans l’amour de Dieu. Pour tous les autres aussi, il est possible que l’amour les élève de la même manière : c’est une qualité d’affection qui fait éclater la relation personnelle, aussi obligatoire qu’elle soit, et organise pour tous une sorte de banquet de l’amour. Tous ceux qui refusent, tous les tièdes, tous ceux qui hésitent sont embarqués. Jean sent pour ainsi dire leur présence et il doit, par pur amour – un amour qui ne réfléchit pas, un amour élevé dans les hauteurs – les entraîner dans la confession qui doit être instituée. Il doit les servir avec quelque chose, il doit leur venir en aide avec quelque chose qui constituera l’essence de la confession parce que l’amour pour le Seigneur ne peut pas rester sans une ultime ouverture et une ultime transparence; et c’est pourquoi Jean sent qu’il doit emmener tous les autres avec lui dans sa transparence personnelle vis-à-vis du Seigneur. En appuyant sa tête sur la poitrine du Seigneur, il lui déclare sans paroles qu’il est prêt à aider tous les hommes, même les plus tièdes, les plus éloignés… (2321)

Jean-Baptiste

J’ai vu Jean l’évangéliste comme autrefois… Quand arriva l’endroit où il est question pour Jean-Baptiste d’aplanir la voie du Seigneur, il disparut et le Baptiste prit sa place. J’étais un peu perplexe. Mais alors le Baptiste expliqua l’aplanissement de la voie du Seigneur tel qu’il se réalise par les saints. Comment tous les saints au fond préparent les voies. Les uns pour les autres également. A lui aussi, le Baptiste, Jean l’évangéliste a préparé la voie, non seulement à l’inverse. Puis il montra cela par un grand nombre d’exemples de saints connus de nous, entre autres Ignace, la petite Thérèse et Brigitte (2297).

Jean-Marie Vianney

Vianney se rend à son confessionnal… Et lui, le curé sans consolation, il va devoir consoler les autres sans consolation. Comme moyen de consolation, il doit avoir sa désolation. La dernière chose qu’il peut s’imaginer, c’est la consolation, aussi bien sa propre consolation en Dieu que la consolation qu’il doit prodiguer. Très souvent quand il se rend à son confessionnal, il ne voit plus qu’une chose; il y aura encore une fois quelqu’un qui sera là. Et là, il est souvent dans la suspension. Il a consolé quelqu’un, il voit qu’il l’a rempli de consolation, il sait que l’autre le quitte consolé et, une fois qu’il sait cela, sa propre consolation se termine à nouveau. Il n’a pas le droit de se consoler lui-même avec la consolation qu’il a prodiguée. Comme un pécheur de perles : quand il en a trouvé une, il ne reçoit pas de récompense; il doit la donner et plonger tout de suite à nouveau dans un danger plus grand encore. Pour un maître étranger. Et plus Vianney sait – et il est obligé de le savoir pour les autres -, plus irréels lui deviennent ce savoir et toute son intelligence (2014).

Jeanne d’Arc

Le même jour, Adrienne avait vu Jeanne d’Arc pour la première fois. Un petit moment seulement, mais avec une telle insistance qu’elle pouvait décrire chaque trait de sa physionomie. Une fille de paysan dans une grossière robe brune, avec un tablier. Une peau typiquement paysanne, bronzée et couverte de taches de rousseur. Un large front, un nez un peu aplati. Le visage d’une bergère. On ne voyait pas les moutons, mais on devinait leur proximité à l’allure de la jeune fille. Elle était très jeune. A l’époque où elle entendit les premières voix. Elle ne voyait pas encore tout le chemin qu’elle aurait à parcourir. Elle savait seulement qu’elle entrait dans quelque chose de démesuré. Les commissures de ses lèvres étaient serrées; Adrienne chercha longtemps une expression pour son état d’âme; finalement elle dit : Maintenant je l’ai: “Elle était rebutée” (en français). Comme si une mouche avait effleuré son visage; la première fois elle pense qu’il suffit de l’écarter d’un mouvement de la main; la mouche revient, on recommence le mouvement; elle revient une troisième fois; on remarque alors une intention: “Qu’est-ce que cela veut dire?” Adrienne la vit à l’instant où elle n’avait pas encore vraiment dit oui. Elle comprit aussi que ce oui n’était pas donné une fois pour toutes, mais qu’il lui serait arraché successivement à chaque nouvelle phase de sa destinée. Elle voyait que cette destinée, en son centre le plus intime, était faite d’angoisse. Elle voyait combien la jeune fille serait exposée, et Jeanne elle-même le pressent vaguement. Avec cela une pudeur et une austérité presque repoussantes. Mais elle est remplie de zèle, ce mot la caractérise totalement… (192).

Jésuites

Elle raconte que ce matin elle s’est levée vers trois heures afin de prier pour les jésuites; pour les jésuites suisses en général et leurs supérieurs en particulier …(272)

Joie

Quand, après la souffrance de la croix, le Fils se tient devant le Père et que le Père tire au clair en quelque sorte cette souffrance (cette expression est naturellement fausse!), quand le Fils rend compte au Père de sa souffrance (dans l’échange d’omniscience du Père et du Fils, le lieu de ce qui a été souffert est difficile à préciser, car l’abandon du Fils a été le pire de ce qu’il pouvait souffrir et que le Père pouvait lui permettre), quand donc Dieu se tient devant Dieu, le sacrifice accompli, comparé à la joie de la réunion, est en quelque sorte mis de côté. Dans cette joie, le Fils n’est pas en mesure d’évaluer ce qu’il a souffert, il n’est pas capable de dire: « Je n’aurais pas pu en faire davantage ». Il y a quelque part quelque chose qui n’est pas réglé, mais qui ne compte pas, parce que maintenant ce n’est pas la croix qui est là, c’est le Père et le retour auprès de lui. Le Fils a payé le prix pour pouvoir maintenant rendre le monde au Père. Supposons que je t’achète quelque chose qui dépasse totalement mes moyens, me condamne à la pauvreté et que je voie la joie que tu en retires, il ne me vient pas à la pensée que j‘ai fait le pire, mais qu’il est beau que tu sois heureux. C’est ainsi qu’à présent le Fils voit la croix : comme la joie du Père (2142).

Joseph

Ces jours derniers, Adrienne a vu assez souvent l’apôtre Jean… Jean est l‘amour et la parfaite virginité. Adrienne en parle longuement. Elle compare sa pureté à celle de Joseph. Joseph est un homme qui a son combat pour la pureté et doit sans cesse renoncer. Non pas qu’il ait jamais regardé Marie avec convoitise, mais il doit combattre la tentation en lui-même. Il est pur parce qu’il n’est jamais vaincu… (1100)

 

L

La Chaux-de-Fonds

Le 5 décembre, Adrienne m’a montré à La Chaux-de-Fonds les lieux de son enfance et le lieu de sa rencontre avec saint Ignace (1642).

Laïc

Presque toujours il est plus facile de convertir un laïc qu’un religieux ou un prêtre (1789).

Lavaud

Visite du P. Benoît Lavaud (o.p.) qui retourne bientôt en France. Il est extrêmement amical et deviendra un bon ami. Il a commencé à traduire le commentaire sur saint Jean et il a l’intention de continuer ce travail en France si possible (1179).

Lectures

La nuit, Adrienne travaille assez souvent maintenant à son livre sur le mariage. C’est l’unique moment où elle n’est pas dérangée. Elle m’aide aussi beaucoup dans mon travail, elle corrige des épreuves d’imprimerie, lit des livres pour lesquels je demande son avis, qui est toujours pertinent (765).

Le Pouldu

Fin juillet : Paris. Début août : Le Pouldu (Bretagne). Adrienne se délecte de la plage merveilleuse (2171).

Lubac (P. de -)

30 mars. Je reçois ces jours-ci la visite du P. de Lubac qui loge chez Adrienne. Il est très aimable. Il a de longues conversations avec Adrienne et la quitte avec les meilleures impressions, convaincu de l’authenticité de sa mission. Adrienne s’occupe de lui de manière touchante; elle lui fournit ce qu’elle peut, veut lui envoyer des vêtements et du linge. A son départ, elle demande sa bénédiction pour elle-même et pour les enfants. De Lubac dit que, pour elle seule, il n’en aurait pas donnée; ce serait à lui à en demander une. Il donne la bénédiction pour elle et les enfants tous ensemble avec une réelle émotion (1517).

Lumière

Après avoir raconté cela, Adrienne commence avec hésitation : “Maintenant je dois encore vous dire quelque chose. Je voulais le faire depuis longtemps… J’y avais pensé depuis longtemps… Mais l’histoire avec ce stupide S. m’en a toujours empêché”. Elle raconte que, lorsqu’elle se lève la nuit pour faire quelque chose dans sa chambre ou pour aller dans la maison, elle n’a pas besoin de lumière. Elle voit comme ça. Je demande comment cela se fait. Adrienne dit que c’est comme une faible lumière, beaucoup moins forte que celle d’une bougie, mais juste ce qu’il faut pour qu’elle voie deux ou trois pas devant elle. Une sorte de lueur ou aussi une sorte de brume lumineuse, comme les nuages à la fin du crépuscule (dit Adrienne). La lueur est en haut de la tête (ici je ne l’interrogeai pas davantage pour ne pas toucher au terme si odieux d’auréole) et avance avec elle. Au début elle n’y avait pas fait particulièrement attention. Elle ne put pas dire non plus quand cela avait commencé vraiment. Peut-être en mars à peu près. Mais depuis ce temps-là la lueur était devenue plus forte. “Et voilà” (en français), c’est maintenant sorti. Cela l’avait toujours chagrinée et elle n’avait pas eu le courage de le dire (700).

M

Mariage

Lorsque l’épouse se livre pour la première fois à son époux, elle a le sentiment qu’au fond il prend beaucoup plus que ce qu’elle avait envisagé de lui donner ou qu’elle pensait pouvoir lui donner (2320).

Mariastein

Lundi 31 août. Par un temps magnifique nous faisons une sortie à Mariastein. Elle voulait prier là avec moi. Elle m’indiqua les points. Puis il y a encore une chose pour laquelle on doit prier; quelque chose qu’elle ne sait pas encore maintenant. Quand nous sortons, elle dit: “C’est en ordre” (en français). “Quoi?” Elle a maintenant renoncé à sa profession. Il faut dire qu’on a dû tirer très fort. C’est la dernière chose qui l’attachait encore vraiment au monde : le sentiment de pouvoir faire quelque chose de terrestre et de le faire. Mais maintenant elle y a renoncé, ou bien on lui a fait renoncer. Elle ne sait pas encore quand exactement (402).

Marie

Elle voit souvent la Mère de Dieu. Un jour, dans ma prédication, elle entend l’expression « Mère du Seigneur »; cela la saisit si profondément qu’elle fut plongée dans un abîme de joie. Marie se donne à elle maintenant d’une manière beaucoup plus intérieure que la première fois. Elle apparaît aussi accompagnée souvent de saints (4).

Vision de la Mère de Dieu sous la croix vide. Marie pleure. Une grande foule de gens tout autour, mais tous tournent le dos à la croix. “Nous aussi, nous pourrions en être!” C’est terrible de voir la Mère pleurer (409).

Samedi 28 juin. Dans la nuit, beaucoup de visions. Elle voit une mère avec son enfant mort… La mère se révoltait, ne voulait pas rendre l’enfant à Dieu. Elle en avait quatre autres, mais celui-ci lui était le plus cher. Comme les paroles de la garde-malade ne servaient à rien, Adrienne elle-même lui parla… et la tranquillisa. Au mur, elle vit Marie très faiblement, comme voilée, comme dans l’église d’Otwil. Puis elle vit toute une foule de femmes avec des enfants morts : des nouveau-nés, des tout-petits et aussi des plus grands. Elle vit combien peu de ces mères seulement offraient le sacrifice de tout leur cœur. Mais elle vit aussi que Marie avait une relation particulière avec ces mères. C’est elle qui donne les enfants au Seigneur et qui réconcilie les mères. Adrienne vit aussi quelle source de bénédictions ces sacrifices des mères sont toujours ou peuvent être : bénédiction pour la mère elle-même, pour les familles, très souvent pour les autres, pour les enfants à venir qui sont offerts plus sincèrement à Dieu par les mères; elle vit aussi comment, le plus souvent, le sacrifice d’une mère se trouve à l’arrière-plan de la vocation des enfants au sacerdoce, à l’état religieux ou à tout autre engagement particulier à la suite du Christ (697).

Mercredi 20 octobre. Adrienne vient me voir tout angoissée et avec les plus grandes douleurs. Elle reste une heure, me parle beaucoup de la Mère de Dieu et de Jésus enfant. Elle décrit comment en tout il a été humain, pas un enfant prodige. Marie a dû certainement aussi l’éduquer comme le sont les autres enfants. Elle lui a appris à parler, à marcher, elle a lavé ses couches. Il est faux sans doute aussi de penser que, tout enfant, il a eu déjà la pleine conscience de sa divinité et de sa mission. Ceci ne lui est venu que lorsqu’il en a eu besoin, peut-être à douze ans dans le temple, et puis sans doute toujours plus fréquemment quand il eut dix-huit ou vingt ans. Il était aussi très éveillé, autant qu’un homme peut l’être. Sa jeunesse consista à être purement un enfant. Marie par contre, en tant que Mère, était au courant dès le début du sacrifice, même si elle n’en savait ni le comment ni le quand (843).

De penser à sa Mère est pour le Fils un soutien dans la tentation (au désert). Non que sans cela il serait vaincu par la tentation, mais il fait partie de son humanité qu’il trouve de l’aide auprès de ses semblables. Sur la croix, il n’aura plus ce soutien; là, tout ce qui était aide devra disparaître. Mais au désert il est totalement homme, il a gardé un sens aigu de la pureté de sa Mère. Pour lui, elle est le prochain tout pur qui lui a été donné par grâce. Elle lui est très proche, il est sûr d’elle pendant qu’il lutte contre le diable et en triomphe. Bien que la Mère ne connaîtra pas des tentations de ce genre. Elle en est immunisée par l’Annonciation. Mais elle sert le Fils par le fait qu’elle se tient à sa disposition comme image de la pureté (2108).

Quand nous disons l’Ave Maria, nous établissons une relation personnelle avec la Mère et nous n’avons jamais le sentiment que son nom est usé, que sa grande fonction de médiatrice des grâces amène peu à peu la Mère à épuiser ses réserves. Nous n’avons jamais le sentiment non plus que nous sommes couverts par la foule des autres dans les files immenses des solliciteurs, que la relation personnelle avec elle disparaît. Nous pouvons prier de la manière la plus anonyme qui soit, dans le chœur d’un monastère par exemple pour les heures, dans une église archicomble pour un office ou simplement dans la communion des saints : le caractère personnel de notre relation à elle ne peut pas disparaître parce qu’elle s’est tellement dépersonnalisée dans son nom qu’ainsi justement elle a préparé pour chacun une place personnelle. Elle devient anonyme pour que nous recevions un nom, et son anonymat consiste dans le fait qu’elle s’appelle Marie et qu’elle offre ce nom à tous les chrétiens. Elle disparaît derrière ce nom comme derrière le Fils pour lui laisser tout l’espace. Comme beaucoup d’autres, elle aussi s’appelle Marie. Comme les Marie à la croix. Mais elle seule est la Mère. Et parce que, en tant que Mère, elle a eu la plus haute fécondité, elle abandonne aussi son nom avec sa fécondité à toute l’Eglise. Quelque chose de sa fécondité tombe sur chacun de ceux qui prient. Dans l’Ave Maria, il nous est permis de lui faire à nouveau le don de ce nom qu’elle nous a offert (2299).

Matthieu

Dans une vision, Adrienne voit l’évangile de saint Matthieu et celui de saint Jean. L’évangile de saint Matthieu est comme un champ accessible de tous côtés. Ses lisières sont humaines et se transforment en chemins qui conduisent au centre. Jean par contre est là comme un grand tissu blanc. L’humain à sa lisière est comme une sorte d’ourlet. Mais au centre, le mystère divin, et aucun chemin ne conduit de l’extérieur à l’intérieur. C’est d’une seule pièce, indivisible, on ne peut pas le connaître par degrés; mais une grande exigence en émane de saisir le mystère divin en son centre (895).

Médecin

Septembre 1941. Mardi après-midi arrive un train de quatre cents enfants belges; je suis requise “militairement” pour examiner les cas douteux; je m’en réjouis bien que je sache déjà qu’il y aura des choses pénibles (179) .

Médiation

Dimanche 10 janvier. Longue conversation avec Adrienne sur les saints. Cela lui fait toujours des difficultés quand, sur ce point, elle ne sent peut-être pas tout à fait les choses comme l’Église. Elle est prête à s’adapter totalement à ce que veut l’Église; je dois lui montrer ce qui n’est pas juste chez elle, Adrienne. Mais il se passe ceci : quand elle est “là-haut”, chez “eux”, il n’est vraiment pas question d’une prière aux saints. Ce sont simplement des gens comme nous. Certes elle reçoit d’eux conseils et aide, et elle comprend très bien leur fonction médiatrice, leur souci pour le monde et pour nous. Mais ce n’est pas encore de la “vénération”. Quand elle se trouve au milieu des saints, c’est comme si elle se trouvait dans une compagnie animée dans laquelle on se parle et où l’on recueille ici ou là un mot qui est important pour soi… (511)

Mer

Au sujet de la mer. Les vagues vont et viennent, personne ne peut les saisir, on ne peut jamais les prévoir d’avance. Si on essaie de remonter à l’origine des vagues qui s’approchent, l’œil échoue très rapidement et il doit y renoncer. La mer comme image de l’infini, de l’éternel; la vague comme l’instant qui vient et qui passe et qui cependant ne cesse de revenir et d’exiger quelque chose. La mission vient du Dieu infini, imbibée d’éternité, et elle se fractionne en décisions et en réponses actuelles et rapides. Sur le rivage, on a l’impression d’être saisi par un événement éternel, et quand survient la peur d’avoir manqué une vague, une décision qui s’imposait, on se rassure : d’autres vagues arrivent, de nouvelles réponses seront exigées, et cela si rapidement que la nouvelle vague est déjà là avant que la dernière se soit étalée sur le sable et se soit retirée. La petite vague est comme l’action et la grande mer comme la contemplation. Les deux forment une unité, celle-ci se trouve en Dieu, mais elle est sans cesse présentée à l’homme dans la vague. Il doit agir, mais il ne peut le faire qu’à partir de la contemplation, il ne peut prendre ses petites décisions qu’à l’intérieur de la grande décision de Dieu, et cela lui donne aussi un sentiment de sécurité : la vague, en se retirant, retrouve l’abri de la mer, l’eau dans l’eau, sans qu’elle doive garder sa forme personnelle. De même les nombreuses actions de ceux qui appartiennent à Dieu sont abritées dans son activité englobante, elles ont là leur constance et leur demeure. Le mouvement recommence toujours : chaque vague reçoit ses propres contours, chacune les perd à nouveau, se perd dans le tout. Elle reste présente dans l’omniprésence, insérée dans la grande liberté des eaux, demeurant en ce lieu d’où elle est sortie et fut envoyée en mission (2229).

 


Hôtellerie
Vous souhaitez faire une pause spirituelle ?

Hôtellerie de l'Abbaye

Spiritualité
Découvrez les richesses de la foi avec d'autres croyants.

Spiritualité

Paroisse
Célébrez les mystères de la foi avec d'autres croyants.

Wisques - Paroisse


LiensMentions légales | création site web arsitéo