39. A. v. Speyr. Colloque 2017

 

Adrienne von Speyr

Colloque de Rome 2017

 

Les 17 et 18 novembre 2017 s’est tenu à Rome un colloque (symposium, dit-on là-bas) international sur Adrienne von Speyr sous le titre : « Une femme au cœur du XXe siècle« .

Pourquoi ce colloque ? Pour célébrer le cinquantième anniversaire de la mort d’Adrienne. A l’origine de ce colloque, il y a le Père Jacques Servais, jésuite, recteur de la Casa Balthasar à Rome (le titre complet en est : Casa Balthasar, Speyr, Lubac) et Lucetta Scaraffia, professeur d’histoire contemporaine à l’Université La Sapienza et directrice du magazine mensuel de l’Osservatore Romano : « Donne, Chiesa, mondo » (« Les femmes, l’Église, le monde« ).

En 1985, à la demande du pape Jean-Paul II, avait été organisé à Rome un colloque (symposium) sur la mission ecclésiale d’Adrienne von Speyr. Le colloque de 2017 a cherché à mettre en évidence sa personnalité, sa manière d’être chrétienne dans le monde, de vivre sa profession de médecin avec toutes ses obligations familiales et domestiques ; et puis comment elle est devenue fondatrice d’un institut séculier : la Communauté Saint-Jean. Comment être chrétien aujourd’hui dans le monde à la lumière de la mission d’Adrienne ?

Les conférences furent données en italien ou en anglais. Une traduction simultanée était assurée dans l’une de ces deux langues. Les conférences du vendredi 17 après-midi furent données dans une salle de conférences des Sœurs ursulines, contiguë à la Casa Balthasar. Les conférences du samedi 18 ont eu lieu au Vatican, dans la magnifique salle de conférences de l’Académie des sciences. Les conférences étaient entrecoupées par des débats et des échanges au cours desquels le public pouvait intervenir.

 

Les quelque quatre-vingt participants de ce colloque provenaient d’une vingtaine de pays différents, d’Europe et d’Amérique, qui connaissaient déjà plus ou moins l’œuvre d’Adrienne et souhaitaient la connaître davantage. Beaucoup étaient des laïcs mariés, hommes et femmes, des laïcs et des laïques consacrés parmi lesquels des membres de la Communauté Saint-Jean fondée par Adrienne et le P. Balthasar, quelques religieuses, quelques prêtres. Ce colloque fut aussi une occasion de permettre des partages de découvertes et d’expériences.

 

Voici les différents thèmes qui furent traités : 1. L’influence d’Adrienne sur le Père Balthasar (« L’étoile polaire de Balthasar »). – 2. L’intelligence spirituelle d’Adrienne pour notre temps. – 3. Adrienne médecin. – 4. Les premières années d’Adrienne (avec projection de photos d’Adrienne, de ses proches et des lieux où elle a vécu). – 5. La figure de Marie. – 6. Présentation du livre d’Adrienne : « Trois femmes et le Seigneur ». – 7. Adrienne, femme de réconciliation. – 8. L’engagement de Dieu pour le monde. – 9. Adrienne, fondatrice de la Communauté Saint-Jean (en France, on dit : « L’Institut Saint-Jean » pour ne pas confondre avec la communauté fondée par le P. Philippe, qui est née après la communauté fondée par Adrienne). – 10. Un charisme féminin.

 

Dans l’après-midi du samedi 18, le cardinal Ouellet, préfet de la Congrégation pour les évêques, s’est introduit discrètement dans la salle Pie IV : entre deux conférences, il fut invité à dire quelques mots. Pour lui, la théologie d’Adrienne est « charismatique » au sens où son origine se trouve dans la rencontre vivante et actuelle avec la parole éternelle du Ressuscité.

 

L’Osservatore Romano du samedi 18 novembre a consacré deux pages entières à ce colloque en en publiant trois conférences, ou du moins des extraits. Les éditions du 19 novembre et du 20-21 ont encore reproduit de larges extraits de quelques autres conférences.

 

N.B. Quelques éléments du texte ci-dessus proviennent du site internet « Terre de compassion », un texte de Sophie Beney intitulé : « Un symposium sur Adrienne von Speyr au Vatican ».

 

Les participants qui se sentaient inspirés avaient été invités à envoyer à l’avance aux organisateurs une page ou deux pour décrire l’un ou l’autre aspect de la mission d’Adrienne qui les avait frappés. Ci-dessous le papier que j’avais envoyé.

 

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Une femme touchée par la grâce

 

Au Moyen Age, on disait de Grégoire le grand que c’était un homme ruisselant de Dieu. Adrienne von Speyr, c’est une femme qui a été touchée par la grâce. Touchée, et pas un peu. Pas pour elle seulement, mais pour beaucoup, pour toute l’Église et, finalement, pour toute l’humanité. C’est vrai d’ailleurs de tous ceux et de toutes celles qui ont été touchés par la grâce, chacun à sa mesure. Quand Dieu a visité quelqu’un comme il a visité Adrienne von Speyr, c’est qu’il lui a confié quelque chose à nous dire, à nous les croyants et à toute l’humanité.


Je découvre Adrienne von Speyr au temps de Pâques 1978 en jetant un coup d’œil sur le livre du P. Balthasar qui vient d’arriver en notre bibliothèque : Adrienne von Speyr et sa mission théologique. Je pense y jeter simplement un coup d’œil : il faut bien se tenir un peu au courant des nouveautés ! Je vois qu’il est question d’une femme de notre temps, dont j’ignorais même le nom ; elle a des visions et ce n’est pas une bonne sœur ; elle est mariée, elle est médecin, elle lit des romans, et pas à l’eau de rose : Sartre, Simone de Beauvoir, Colette, etc. Il faut que j’aille voir ça ! Je lis ce livre du P. Balthasar. Puis je lis tout Adrienne, en français, puis en allemand : une soixantaine de volumes, seize mille pages. Et jusqu’à présent j’en ai bien traduit cinq mille pages… pour le plaisir.


Une femme touchée par Dieu. Beaucoup d’hommes et de femmes de notre temps ont été touchés par Dieu. Innombrables sont les témoignages qu’on peut lire ou entendre. Adrienne a reçu aussi le don d’expliquer les choses de Dieu qu’elle a perçues. Des choses de Dieu qui concernent la vie de tout être humain depuis les origines jusqu’à la fin du monde.

 

Adrienne n’a pas sur Dieu un discours culpabilisant. Le ciel lui demande de commenter l’Écriture : saint Jean, saint Paul et d’autres écrits du Nouveau Testament, etc. Le ciel lui inspire aussi d’écrire sur divers sujets : la Mère de Dieu, le mystère de la mort, Dieu infini, etc. En quelque sorte un langage sur Dieu et le monde qui sort de l’ordinaire, qui n’est pas le fruit de laborieuses cogitations, mais simplement une présentation pour aujourd’hui du monde infini de la foi, qui embrasse tous les temps et toutes les situations.

 

Pourquoi cela ? Pour nous dire le chemin vers Dieu, pour nous aider à nous tenir comme il faut devant Dieu. Adrienne a le don de nous rendre Dieu plus proche et, au détour de la phrase, elle nous fait comprendre comment s’approcher de Dieu en vérité pour être en communion avec lui. Adrienne a une manière unique de nous faire toucher du doigt l’immensité de Dieu, immensité à laquelle l’homme est destiné. J’ai lu beaucoup de théologiens d’hier et d’aujourd’hui, j’ai fréquenté beaucoup les Pères de l’Église, j’ai lu beaucoup d’auteurs spirituels et de mystiques de tous les temps, beaucoup d’écrits de saints et de croyants de notre temps touchés par la grâce. Il y a énormément à recevoir d’eux.

 

Et voilà qu’arrive Adrienne von Speyr. Toute la foi chrétienne est là, celle des Pères de l’Église, des théologiens et des mystiques et des auteurs spirituels de tous les temps. Elle n’avait rien demandé, si l’on peut dire. Et le ciel lui est tombé sur la tête et dans le cœur et dans l’intelligence et dans la parole : il y a chez elle infiniment plus sur Dieu et sur l’histoire de chaque être humain d’hier et d’aujourd’hui. Comment est-ce possible ? Il faut aller voir.

 

Aller voir, pas par un petit contact superficiel, entre la poire et le fromage. Il faut s’y plonger, s’immerger. Tout n’est pas facile, ça ne fait rien, il faut continuer, le trésor sera là un jour ou l’autre, et la perle inoubliable. Persévérer dans la lecture en se souvenant de saint Augustin: « Si tu comprends, ce n’est pas Dieu ». Dieu est plus grand que la petite idée qu’on peut s’en faire quand on est sans Dieu et aussi quand on est croyant depuis le berceau.

 

C’est peut-être ça l’essentiel d’Adrienne von Speyr : nous faire pressentir comme une évidence que Dieu est infiniment proche et infiniment plus grand que ce qu’on a pu en comprendre jusqu’à présent. Et ce Dieu, bien sûr, est le Dieu de Jésus-Christ et de l’Esprit Saint. Et de Jésus-Christ justement, et de l’Esprit Saint, il y a infiniment à dire et, pour nous, à découvrir. Non pas pour rester sur la rive, en spectateurs, mais pour nous faire entrer dans la ronde éternelle à laquelle tous les humains sont appelés, pour laquelle tous sont programmés.

 

Lire Adrienne von Speyr, cela n’empêche absolument pas de continuer à lire tous les autres témoins de Dieu, ceux d’hier et ceux d’aujourd’hui. Et de cela, on peut en avoir un exemple dans l’œuvre du P. Balthasar : il a beaucoup reçu d’Adrienne, nous dit-il, mais cela ne l’a pas empêché de continuer à utiliser autant qu’il le pouvait toute la littérature de tous les temps : la profane, la religieuse et la chrétienne, pour essayer d’introduire au mystère de Dieu et du monde. Rien n’est de trop pour permettre à l’homme d’entrer davantage en communion avec Dieu. Adrienne von Speyr n’est qu’une voix dans le concert. Tous les chemins mènent à Rome… et à Dieu.

 

Quand une femme a été touchée par la grâce comme Adrienne von Speyr l’a été, on se demande pourquoi son procès de canonisation n’est pas encore ouvert cinquante ans après sa mort. Il est vrai qu’elle n’en a pas besoin pour elle-même, mais les croyants en ont besoin, et ceux qui ne sont pas encore croyants en ont besoin, l’Eglise en a besoin. Et Dieu aussi en a besoin, la preuve, c’est qu’il nous l’a envoyée.

 

Patrick Catry, moine de Wisques

 

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