41.17 La vie d’Adrienne von Speyr

DEUXIÈME PARTIE . LA MISSION   (1940- 1967)

1943

1943

 

Pour l’année 1943, le « Journal » du P. Balthasar compte cent-soixante-six pages (Erde und Himmel I, p. 263-428).

1. Santé

15 janvierTout à fait dans le “trou”, sans courage et fatiguée. Les mains surtout sont douloureuses. Les injections deviennent toujours plus impossibles. Récemment alors que Sœur Annuntiata lui faisait une piqûre, elle se sentit mal et elles durent arrêter. Une autre fois, le sérum injecté en haut de la cuisse ressortit bien plus bas parce que la chair – devenue toute blanche – n’absorbe plus rien. Elle consulte Gigon pour son sucre. Il est de nouveau épouvanté et il l’invite à l’hôpital de manière pressante, ce qu’elle refuse comme d’habitude.

5 févrierSans interruption dans le même “trou”. “Savez-vous combien il est difficile d’être exclue de tout?” L’après-midi, très grave crise cardiaque. A l’hôpital, on pense qu’elle va mourir. Elle le pense elle-même. Avant de tomber en syncope, elle voit toutes choses de loin, ne sent plus que la croix dans son dos et pense : “Cela m’est vraiment égal d’être en ce monde ou au-delà en enfer. Damnée pour damnée!”

10 févrierDes jours très difficiles tout simplement. Pas de pause. Depuis la crise de vendredi, elle est très malade, elle a une inflammation des cordes vocales qui est extrêmement douloureuse. Le Professeur Lüscher qu’elle consulte enfin l’envoie au lit pour dix jours et lui donne des somnifères. Elle ne se met pas au lit et ne prend pas les somnifères. “Ce ne serait pas loyal, dit-elle, quelque chose ne serait pas souffert”.

11 févrierElle rend visite au Professeur Gigon. Il ausculta longuement le coeur, le trouva plus mauvais que jamais et lui dit qu’il ne comprenait pas qu’elle vive encore.

28 mai - Adrienne avait décidé de “ne plus mettre de petits pois dans ses souliers”. Mais comme aujourd’hui une importante session Renaissance avait lieu à Saint-Gall et qu’elle voulait faire quelque chose pour cela, elle est dans l’embarras. Elle reçut alors pour cette journée un abcès au pied si douloureux qu’avec cela elle en avait “plus qu’assez”. Cela faisait tellement mal qu’elle devait presque crier tout haut. Le Professeur Merke, qui s’était aperçu de la chose, demanda pourquoi elle n’était pas venue depuis longtemps. Il incisa. Elle s’interdit la piqûre pour sentir toute la douleur. Merke regarda aussi les genoux qui font toujours plus mal. La phlébite s’amplifie dans l’un des deux. Et le genou fracturé ne guérit pas. Un éclat d’os doit lui causer de grandes souffrances. Merke pense qu’il est trop tard pour un traitement par ondes courtes et parle de bains à Lenk, ce dont naturellement il ne peut pas être question.

18 juinPour une consultation chez une patiente, Adrienne avait dû monter quatre escaliers (elle refuse habituellement d’aller chez des patients qui habitent si haut, quand elle le sait d’avance). Il s’agissait d’une urgence. Mais en rentrant chez elle en voiture, elle perd tout d’un coup connaissance. Elle put tout juste s’arrêter encore. Chez elle, dans le courant de la soirée, elle perdit connaissance deux fois encore. La deuxième fois, elle tomba par terre et se fit mal.

Les jours avant la Fête-Dieu – Sous le signe de sévères crises cardiaques. Plusieurs fois le jour et la nuit elle est sans connaissance. Cela va toujours jusqu’à la limite, nettement en direction de la mort. C’est comme un glissement jusqu’à la frontière. Adrienne : “Je voudrais quand même parler une fois avec un cadavre pour savoir à quelle distance au fond c’est encore”.

Au début d’août - Dans la nuit de samedi à dimanche, elle est très malade, mais le démon ne vint pas. Cela fait maintenant six jours qu’elle n’a pas mangé. Quand elle essaya une fois de prendre un peu de viande, elle se sentit mal. Elle n’a pas faim, se sent seulement un peu “flasque”. Elle prend un peu de thé. Comme elle ne peut pas prendre non plus aucun remède cardiaque, elle a recommencé les injections; mais comme la tumeur à la cuisse ne s’est pas améliorée entre-temps, ces injections sont très douloureuses. – Elle est encore toujours malade, mais l’après-midi hors du “trou”. Pour cela elle a une terrible douleur dans le dos, une sorte de lumbago qui fait de chaque mouvement une torture. A part cela, elle est tout à fait de bonne humeur et trouve cela comique. Au cours de la nuit, la douleur augmente tant intérieurement que vers minuit elle téléphone au Professeur Henschen pour n’être pas coupable s’il y avait quelque chose de sérieux et de constatable. Mais Henschen est en congé. Adrienne qui ne peut rester couchée se lève pour écrire un bout de son livre sur le mariage.

16 décembre - Jeudi le “trou” commença à s’éclaircir. Vendredi il a disparu. En échange elle doit payer les quatre-temps de plus grandes souffrances physiques. Hier elle a perdu plusieurs fois connaissance, elle est tombée tout simplement de sa chaise à son bureau sans du tout pressentir que la syncope arrivait. Toute la journée du vendredi, elle a été littéralement entre la vie et la mort. Elle tient pourtant sa consultation, entre quarante et cinquante personnes, rend plusieurs fois visite à Mme Chr.-W. qui est malade. Pendant qu’elle ausculte son coeur au stéthoscope, elle s’effraie soudain : la femme est en train de mourir! Elle remarque alors que ce sont les bruits de son propre coeur qu’elle a entendus. Ce même jour, elle se confesse, mais elle perd connaissance pendant l’absolution et ne revient à elle que lentement.

2. Le ciel s’ouvre : « présence » et visions

(N.B. Toutes les visions comportent un enseignement, certaines sont suivies d’un enseignement explicite qui découle des visions).

Mercredi dans l’octave de l’ÉpiphanieElle a vu Marie. D’abord elle était assise là comme mère avec l’enfant, une mère terrestre avec beaucoup de grâce. Puis elle s’était levée et s’était transformée en reine du ciel; elle se transforma à nouveau, devint sérieuse et des larmes apparurent sur ses joues. Elle dit: “Je suis celle de La Salette et de partout. Il faut que les hommes commencent à comprendre”. Elle dit ces paroles en français. Adrienne savait à peine quelque chose de La Salette. Auparavant je m’étais exprimé avec prudence et je répétais maintenant, après son récit, que je ne tenais pas pour révélation chaque mot de Mélanie mais bien la substance de l’apparition, c’est-à-dire les prêtres et les grandes défections. Adrienne dit : c’est justement cela qui a voulu être dit, cette fois-ci aussi. – Le vendredi matin, Marie fut là une fois encore, et après cette apparition Adrienne sombra effectivement dans une grande affliction et une grande nuit. Marie lui avait dit que cela arrivait. Adrienne avait demandé où et comment étant donné qu’elle ne voyait rien. Marie lui montra qu’il faut beaucoup de degrés, beaucoup de clous enfoncés, du petit et du plus petit. Et elle lui montra aussi que dans notre vie rien n’était vain, rien n’était accident; tout était immédiatement au service du grand plan. Adrienne avait toujours pensé que dans ses conversations, ses visites, etc., les unes étaient pleines de sens, les autres non. Maintenant elle voyait qu’il n’en était pas ainsi, mais que tout servait l’ensemble. Marie lui dit aussi que le chemin était encore long. “Apprendre, souffrir, progresser” (en français). Elle disparut et laissa derrière elle la souffrance. La couronne d’épines et d’autres choses. Malgré cela la communion qu’Adrienne reçut plus par sentiment du devoir que par “service de Dieu” fut de nouveau tout d’un coup très belle. L’après-midi, elle eut soudain le sentiment que la couronne d’épines se déplaçait sur le front et glissait dans sa chevelure. Le soir, Adrienne était assise avec Werner dans sa chambre; à un certain moment elle se prit en main la tête qui lui faisait très mal et elle vit, très étonnée, que sa main était pleine de sang. Werner le remarqua et examina son front. Effectivement tout le cuir chevelu par devant était plein de taches de sang et de petites plaies qui ne faisaient mal que si on les touchait. Adrienne pensait que les cicatrices n’étaient peut-être restées que parce que Werner avait examiné. Le samedi, toute la désolation était partie.

21 janvierAdrienne vit ensuite comment cet amour était personnifié et prenait forme pour ainsi dire dans le Christ et en Marie. Elle vit le Christ et Marie non comme des personnes mais d’une manière étrange “leurs anges”, une multitude d’anges qui communiquent aux hommes l’amour des deux. Cette fois-ci elle comprit aussi pourquoi elle voyait tous les anges par paires. (Hier soir j’étais chez elle pour une soirée entre amis. C’était plein d’entrain. Mais pendant ce temps elle voyait constamment des anges dans la pièce; surtout les deux anges gardiens qu’elle ne cesse de voir derrière moi. Elle comprit que les deux transmettaient les directives de Jésus et de Marie). – Puis elle vit tout à coup le monde et l’époque d’aujourd’hui dans un déroulement infini de tableaux successifs, et cela en fonction de ce dur amour de Dieu. Elle vit comment tout ce qui aujourd’hui est horrible et atroce est enveloppé et porté par l’amour. Certes à l’arrière-plan c’est le péché qui est responsable de toutes les misères. Mais pour le moment il ne s’agissait pas de cela; il s’agissait du fait que, sans ces souffrances, les hommes n’arriveraient pas à l’amour de Dieu. Elle vit comment les séparations des familles, les décès, les privations, les blessures ouvrent les hommes et leur apprennent à quitter leur égoïsme étroit et à penser un jour à Dieu et à leur prochain.

23 janvierLa nuit précédant l’ouverture de la plaie du front, elle avait vu sans interruption d’autres croix qui étaient toutes rouges du sang du Christ. C’était terrible de regarder ces croix de tous, car elles étaient toutes des invitations aux hommes, mais personne ne voulait rien savoir. – Elle vit aussi beaucoup de tombes de soldats à la guerre. Ces croix étaient rouges du sang des soldats; elles étaient encore plus horribles parce que ce n’était pas le sang du Christ, mais seulement une sorte de destin qui en tant que tel ne sauve pas.

27 janvierElle voit les péchés qui sont divisés comme en tas : un tas de trahison, un tas de blasphème, d’infidélité voulue et consciente, etc. Environ huit tas de ce genre. Dans l’un d’eux elle doit s’avancer en rampant. Elle ne sait pas dans lequel, c’est laissé à son libre choix. Mais elle pense qu’elle ne peut pas choisir et qu’elle doit laisser le choix à Dieu. Le matin elle m’a demandé de lui dire un mot de consolation auquel elle pourrait s’accrocher toute la journée. Je lui dis qu’elle doit penser aux mains innombrables qui se tendent vers le salut même si au fond elles ne veulent pas de ce salut. Adrienne dit bouleversée : “C’est une des visions que j’ai eues la nuit dernière. D’innombrables mains, uniquement des mains et des bras qui imploraient de l’aide (on ne voyait pas les têtes). Mais neuf dixièmes d’entre elles ne veulent pas au fond être conduites à Dieu. Elles veulent seulement de l’aide pour leur petite nécessité personnelle, pour s’empêtrer aussitôt à nouveau dans une autre nécessité”. – Tout récemment, la nuit, elle a vu beaucoup de tableaux du présent et de la vie de Jésus, les deux se renvoyant de l’un à l’autre, le tout si horrible que c’était à peine tenable. Le tout dans une grande inquiétude et une grande hâte. Le matin elle est si fourbue et tellement sans courage qu’elle voudrait ne pas se lever. Mais rester couchée est aussi insupportable parce qu’elle est constamment poursuivie par les tableaux d’horreur. Quoi qu’elle fasse, c’est faux et angoissant.

28 janvierElle se trouve entre un grand nombre de possibilités : chacune exige un sacrifice total et il est impossible de les remplir toutes ensemble! Une seule est déjà si infinie qu’elle dépasse la possibilité de son sacrifice. Rien n’est “souffert jusqu’au bout” et on doit mettre la main partout. Avec cela elle ne croit pas à la force de la souffrance. Constamment des scènes d’horreur passent devant ses yeux. Elle dit qu’elle pourrait dépasser tous les romans d’épouvante du monde et dispenser à des milliers d’écrivains des motifs dont on pourrait former les récits les plus effroyables. Avec cela, la constante inquiétude: elle devrait persévérer et justement elle ne le peut pas.

2 février, la Chandeleur – Le matin, elle voit une fois la Mère de Dieu (avec moi). Puis à la communion elle comprend la fête très profondément, le rapport entre purification, offrande et coeur transpercé. Mais le tout objectivement, en dehors d’elle-même. Elle voit un instant le ciel, mais aussitôt elle s’y voit elle-même et elle se dit : “Cela doit être une méprise, je ne suis pas à ma place ici”. Sur quoi elle retombe dans le “trou”.

11 févrierJeudi matin, dans sa chambre à coucher, elle a vu à nouveau la Mère de Dieu en larmes. Elle avait d’abord sur sa poitrine un petit garçon décharné et chagrin. Puis elle se leva avec un jeune homme, sur l’épaule duquel elle posa la main. Puis avec un homme, sans contact avec lui. Puis avec un vieillard. Elle pleurait sur eux ou, pour mieux dire, à leur place. Puis Adrienne vit Marie pleurer avec toutes les femmes. Et les larmes des femmes devinrent plus précieuses et plus fécondes par les larmes de Marie. Par là aussi les femmes ressentirent un allégement. Tandis que les hommes ne ressentirent à proprement parler aucun allégement tout au plus un affermissement dans le combat. – Dans la nuit de jeudi à vendredi lui vint un instant le sentiment que le tout pourrait être utile un jour, plus tard. Elle vit une quantité de saints thaumaturges et elle comprit que pour elle aussi il y aurait plus tard beaucoup de “miracles” à opérer. Des guérisons physiques mais qui, plus encore que jusqu’alors, seraient à considérer comme des symboles des guérisons de l’âme et y conduisant. La guérison physique est finalement sans importance. – Le matin elle est de nouveau “appelée” et Marie est de nouveau assise en larmes dans le labo. C’est le troisième jour qu’Adrienne la voit en larmes. Cette fois-ci elle ne pleure plus sur quelque chose de particulier mais sur le monde comme un tout. Et Adrienne aussi ne sent le monde que comme un fardeau démesuré, comme une mer de souffrance, houleuse, et dans laquelle on est emporté. Aujourd’hui chaque fois qu’elle rencontre de la souffrance ou du péché, partout le regard sur l’individuel et le particulier disparaît et il se mêle au général. Pourtant Marie a pleuré particulièrement sur ce qui va venir. Sur l’emprise terrible du péché dans les temps qui viennent; ils seront plus terribles que tout le passé du monde.

14 févrierL’après-midi, chez elle; en la quittant je lui donne comme d’habitude la bénédiction, qu’elle ressent comme une délivrance. Au bout d’une heure elle me téléphone qu’elle est libérée (après trois semaines et demie). Quand elle est retournée dans sa chambre, “tous” étaient là et elle avait pu aussitôt prier à nouveau. – Elle me raconta encore une vision qu’elle avait eue auparavant : d’abord le Christ marchant dans une prairie comme dans le dessein de gravir une montagne. En y regardant de plus près, on vit qu’il avait des chaînes aux mains et aux pieds, mais qui ne semblaient pas le gêner beaucoup. Puis un deuxième tableau : le Christ plus grand et plus proche, avec des chaînes plus dures et plus gênantes. Le tableau se faisait exigeant. Troisième tableau : chemin faisant, le Christ passe devant une église. D’abord ce tableau semble signifier l’espérance, l’espérance d’être délivré des chaînes et de recevoir de l’aide pour les porter. Mais tout d’un coup il est clair que le Christ est aussi dans l’église sur l’autel et qu’il se trouve là enchaîné et vivant, dans l’Eglise et par l’Eglise. Adrienne dit que le tableau avait été comme une illustration des pensées de la nuit précédente sur les fausses religions.

20 févrierDans la nuit de samedi à dimanche, jusqu’à trois heures du matin, un tourbillon de tableaux : sans cesse la Passion comme un tout, de la première “acceptation” tremblante jusqu’à la mort sur la croix. Mais sans cesse sous un nouvel aspect. Souffert pour de nouveaux buts. Chaque fois on doit redire oui d’une manière toute nouvelle, d’une manière tout autre. Les tableaux sont d’une violence et d’une exigence inouïes, mais seulement à la manière d’un éclair; ils sont aussitôt retirés. Adrienne compare ce genre de visions aux annonces du prochain film au cinéma : quelques tableaux suggestifs sans vue d’ensemble. Elle me demande si elle est déjà dans la semaine sainte. Elle en a de l’angoisse. C’est pour elle comme si le carême était chaque année plus effrayant.

2 marsMercredi soir, elle est hors du “trou”. Elle se confesse; elle est dans une grande béatitude. Pendant que je suis chez elle, elle a tout d’un coup à nouveau le regard qu’elle a toujours quand elle voit quelque chose. D’une certaine manière quelque chose de laiteux dans les yeux, avec un sourire indéfinissable. Je l’interroge après coup. Elle dit que Marie se trouvait derrière ma chaise et qu’elle avait posé sa main sur mon épaule. Adrienne pensa tout d’un coup : “Dommage que cette maison ne nous appartient pas!” “Pourquoi?” “On devrait pouvoir en faire une église! Elle appartient tellement à la Mère de Dieu. Elle va et vient ici. On devrait au moins pouvoir ériger une chapelle. Mais non!… Je comprends bien ce qu’elle veut dire. Je dois justement veiller à ce que les gens qui viennent à moi ressentent le plus possible quelque chose d’elle”.

7 marsEinsiedeln. Le samedi soir elle dort à Marienheim. La nuit, elle voit constamment la Mère de Dieu en mille tableaux, comme des variations, comme un album, comme un abécédaire de ses vertus et de ses rapports avec les gens, surtout l’amour, inépuisable, le pardon, l’indulgence. Le matin, je dis la messe à l’autel du Saint-Sacrement. J. sert la messe. Pendant toute la messe, Adrienne voit mes anges derrière moi, grands, et très nettement. Les deux anges de J., derrière lui, esquissés légèrement. Puis quand je distribue la communion – elle avait communié avant la messe -, elle vit de nouveau l’hostie triple et le trinitaire pour ainsi dire en moi en tant que prêtre. A côté de moi se trouvait Marie. Lors de la distribution de la communion, elle ne me vit plus, elle ne vit plus que le Christ qui chaque fois refaisait le geste du don. Le Christ devant chaque communiant, entrant en lui. Elle vit aussi que la communion est une grâce du Christ si unique, si immédiate et si absolue, qu’on devrait construire beaucoup plus sur cette grâce dans la pastorale et dans la direction spirituelle des gens. Elle dit que nous deux, nous devrions nous le promettre sérieusement. – Quand je communiai, elle vit comment Marie près de moi et comme en moi recevait la communion. Ceci fut pour elle quelque chose de tout à fait nouveau: que Marie reçoive le Seigneur en chacun de ceux qui communient, le reçoive parfaitement, tandis que la personne humaine ne le reçoit en quelque sorte que partiellement. Mais la Mère le reçoit pour la personne humaine et pour lui communiquer la grâce de la communion afin pour ainsi dire que rien de cette grâce ne soit perdue. Elle garde en quelque sorte la grâce pour la personne en question pour la lui apporter quand elle en aura besoin. Supposons qu’un homme soit sans péché quand il reçoit la communion mais que, une heure plus tard, il commette un péché véniel, par exemple par une parole dure, et que, une heure plus tard encore, dans ses relations avec d’autres personnes, il ait besoin à nouveau d’une totale pureté, Marie lui transmettra à nouveau à cette heure-là la grâce de la communion du matin. C’est comme quand un tout petit enfant dans les bras de sa mère reçoit de quelqu’un une orange. La mère la donne à garder à l’enfant, mais elle veillera elle-même à ce que l’enfant ne la laisse pas tomber. Et finalement elle mangera l’orange elle-même parce que l’enfant est encore trop petit pour cela, et pourtant elle le mange pour ainsi dire pour l’enfant. (“Ici, dit A., l’exemple commence à boiter”). – L’après-midi, après avoir fait beaucoup de musique ensemble, elle fut poussée à aller à l’église brièvement. Elle y monta seule et elle eut une grande vision. Après avoir prié brièvement à ses intentions, elle leva les yeux par hasard vers la coupole, mais elle ne la vit pas parce que toute l’église était remplie du haut en bas : sur les nuages et entre eux d’innombrables anges et saints, et au milieu le Seigneur lui-même. Le tout d’abord comme un tableau vivant. Puis on voit comment le tableau devient vivant : c’est un hommage énorme du ciel devant le Seigneur, “adoration”, une adoration intime et une inclination de toutes les âmes. Mais cette adoration n’est rien de passif. C’est comme si tous les saints retournaient au Seigneur à partir des actes qu’ils avaient accomplis pour lui : dans un retour au principe de tous les actes, au principe qui accomplit tout par eux. Retour pour puiser à nouveau de la force, du « réconfort” et pour rendre compte en vue d’une nouvelle mission. Adrienne comprend davantage que le ciel n’est pas une absence d’activité mais une activité intense dans et pour l’Eglise terrestre.

Wengernalp, de la mi-mars au début avrilAdrienne se trouva dans un temps d’attente gris avant la Passion, ainsi que le montrent les lettres. Peu de visions seulement, une fois la Mère avec les maisons sur le bras, comme si cela devait commencer bientôt.

Jours après Pâques – Tous ces jours-ci, souvent la Mère de Dieu, des anges, saint Ignace. Celui-ci de nouveau à sa construction. Elle se sent très étroitement unie à lui. – Elle partait un jour en voiture quand elle eut soudain le sentiment que quelqu’un voyageait à côté d’elle depuis un long moment. C’était un peu inquiétant. Était-ce une autre voiture? Elle ne le savait pas bien. Finalement elle regarda de côté : c’était saint Ignace qui l’accompagnait et qui riait avec son visage félin comme un conjuré mais de telle sorte qu’elle sentait en même temps qu’il prenait part à l’aventure, qu’elle n’était pas seule. – Récemment pendant les prières du mois de Marie à l’hôpital, elle vit dans la chapelle la Mère de Dieu dans une beauté rayonnante et cela non comme une “beauté inaccessible” ainsi que souvent dans le passé, mais vraiment d’une “beauté ravissante”, si bien qu’on pouvait s’en éprendre dans un sens tout à fait pur.

22 maiComme je voulais lui donner la communion à la chapelle, en y entrant elle tressaillit un peu. Elle dit plus tard : “Saint Ignace se trouvait dans le coin, et il avait devant lui une quantité d’hosties (comment il les tenait, elle ne le savait pas) qu’il classait aussitôt. C’était des hosties après la communion. Celles qui avaient été mal reçues ou reçues indignement, dans lesquelles le Seigneur était bafoué, il les rendait au Seigneur. Adrienne dit que c’est difficile à expliquer; une sorte de médiation, de compensation et de détournement du jugement. Marie aussi, qu’elle n’avait pas vue tout d’abord, y participait. Elle entourait pour ainsi dire chaque hostie et la transmettait.

23 mai - Vision au sujet de saint Ignace. Adrienne s’éveille le matin : dans sa chambre il y a partout de grandes et de petites bougies. A environ cinquante centimètres les unes des autres. Comme sur un grand candélabre. Ignace se trouve là à côté et il lui commande d’allumer ces bougies, mais toutes d’un coup. “Comment cela doit-il se faire?” “Et de plus avec une seule allumette”. Mais, objecte Adrienne, même si on se dépêchait terriblement, les dernières seraient déjà à moitié brûlées avant qu’on arrive à la dernière. Ignace sourit finement et souffla légèrement. Soudain toutes furent allumées. Adrienne dut en rire et dit : “C’est le même truc que pour les aiguilles”. Ignace rit également et dit : “Exactement, c’est le même truc”. – Une autre nuit Adrienne était au ciel avec tous les saints et tous attendaient l’arrivée de la Mère de Dieu. D’abord on était là simplement et ensemble. Puis tout se transforma en une attente unique. Quand Marie parut, elle remplit tout le ciel d’une joie inexprimable. Elle vit là aussi entre autres la grande Thérèse.

24 maiLa nuit, saint Ignace apparut d’abord. Il était comme un capitaine qui fait voir des exercices à sa troupe; la troupe doit les exécuter après lui. Il demanda à Adrienne de le faire à sa place. Adrienne essaya. Cela allait à moitié. Elle se regarda elle-même pour voir si elle faisait bien. A cet instant elle se trompa. Ignace interrompit aussitôt : “Non, cela ne va pas. Tu ne dois regarder que Dieu. Jamais toi-même”. – Puis il présenta une foule de petits anges qui étaient terriblement joyeux. “Des angelots culbuteurs”, dit Ignace. “Ceux-là ne se soucient pas non plus de savoir s’ils sont saints ou non”. Plus tard apparut la Mère de Dieu. Elle avait autour d’elle une sorte de cour, une sorte de suite royale. Adrienne pouvait en être. Elle s’arrêta ici dans son récit. “C’est vraiment trop beau, dit-elle, pour qu’on puisse en dire quelque chose. Si je disais : on est dans l’intimité de la Mère de Dieu, cela ferait trop grossier. Mais c’est dans cette direction”. Puis il lui fut signifié ce que sont la grâce et l’élection par Dieu, et que personne ici ne se soucie de savoir où se trouve la limite entre les saints et les autres. Elle retrouva alors tout à fait la paix.

28 mai - Ce jour, beaucoup de visions. Elle voit Marie chaque jour. Presque toujours accompagnée d’anges. - Saint Ignace : Adrienne trouve que c’est un “homme horrible”. Il est toujours celui qui pousse, qui même fait courir, qui ne laisse aucun repos. Et quand on commence à faire quelque chose, il dit d’un ton supérieur que ce n’est encore rien. Et quand on voudrait vraiment y mettre la main, qu’on est prêt à tout et qu’on brûle d’agir, il refroidit à nouveau le tout et il se moque presque de ce zèle et pense : “Toujours sans se presser!” ”On ne peut tout simplement rien faire bien pour lui ”.

3 juin, AscensionAdrienne s’endormit vers le matin et elle se réveilla au ciel où toute souffrance était évacuée et où l’on préparait la venue du Seigneur. Des anges et des saints étaient là, et Marie aussi préparait la venue. “Cette dernière chose est étrange, pensa Adrienne, et on ne peut pas comprendre que Marie qui sur terre pleure le départ du Seigneur, prépare en même temps au ciel sa réception. Mais il en est ainsi. Nous comptons toujours avec le temps. Mais là-haut il n’existe pas. Et cependant là-haut aussi tout s’est passé un jour; là-haut aussi il y eut un jour une Ascension, une résurrection, un jugement…” Adrienne dit : “Quand je mourrai, vous allez sans doute continuer à vivre et pourtant je ne serais pas étonné de vous rencontrer là-haut”. – Pour la préparation il y avait là beaucoup de gens simples qui participaient d’une manière simplette et insensée en façonnant des couronnes de papier sans valeur. Mais quand le Christ fut là, tout fut changé. Même ce qui était sans valeur devint beau et reçut un sens. Il y avait là des fleurs magnifiques. Surtout des lis splendides qui avaient un parfum incroyable. Adrienne comprit que la grâce du Seigneur peut tout transformer : elle est comme une réalité invisible, un parfum, une atmosphère, qui change les choses, crée autour d’elle une proximité et un amour singuliers. Elle comprit aussi que nous pouvons demander au Seigneur d’une manière tout immédiate une grâce pour les autres et qu’elle est accordée par lui de manière tout aussi immédiate, et quelque chose alors se réalise qui ne se serait pas fait autrement. – A l’église, elle vit comment tout tendait vers le ciel. Les tableaux des fenêtres du chœur semblaient comme voler vers le haut. Et le Christ, après le sermon, bénissait le prédicateur dans un mouvement qui entraînait vers le haut.

17 juinElle a vu Marie plusieurs fois. D’abord comme mère avec l’enfant, les maisons, la chapelle. Puis deux fois avec un grand bouquet de roses. C’était en partie des boutons, en partie des roses à moitié ouvertes, en partie des roses pleinement épanouies. Marie distribuait les fleurs : l’un recevait une rose épanouie, un autre un bouton, le troisième un pétale de rose. Plus elle distribuait, plus grossissait le bouquet jusqu’à ce que finalement elle disparut derrière et qu’on ne vit plus que les roses. – Vers le soir alors qu’elle passait en voiture dans les rues, elle vit le Seigneur qui marchait derrière trois jeunes membres de l’Armée du salut se dirigeant vers leur local avec leurs instruments pour les y entretenir. Le Seigneur semblait dire : “C’est certes une secte et une partie seulement de la vérité. Mais pourtant je puis être ici parce qu’on me cherche vraiment”. Adrienne arrêta sa voiture pour regarder les visages des jeunes. Deux d’entre eux parurent assez communs, mais le troisième était profond et pensif.

20 juin, fête de la TrinitéDans la nuit encore une fois un tourbillon d’angoisse où tout semble s’enfoncer. Angoisse pour tout, par exemple aussi de tomber dans les péchés les plus graves par sa seule existence, uniquement par le fait qu’elle ne les empêche pas et donc y consent. J’étais chez Karl Barth. Elle était dans une telle peine qu’elle voulut m’appeler là au téléphone après minuit, mais elle y renonça quand même. Puis cela cessa. Elle dormit brièvement. Le matin elle se réveilla et tout était beau, même si c’était en même temps lourd : elle vécut à nouveau la démesure de cette fête. Ignace fut là un court instant, toujours avec une aune, mais sans mesurer. Il semblait très occupé. Adrienne lui dit sans ménagement quelques paroles énergiques : qu’il doit enfin réellement aider. Ignace fit comme si lui-même avait déjà les mains pleines. – Puis tout d’un coup “tous” furent là. Une grande procession d’anges et de saints en l’honneur de la Trinité. Tous portaient des symboles trinitaires. Marie avait un châle de trois sortes de blancheur éclatante, qu’elle portait d’abord en main et qu’elle mit ensuite sur elle. “On voyait par là, dit Adrienne, combien elle-même appartient à la Trinité, elle pouvait se parer de la Trinité. La petite Thérèse tenait trois fleurs en main : rouge, blanche et bleue, qui ensuite se réunirent et dont sortit un unique bouquet de roses. Dans le cortège, Adrienne vit aussi la grande Thérèse. Elle était inquiète, ardente, soucieuse de ses enfants sur terre. C’était comme si elle avait voulu descendre encore une fois pour dire quelques petites choses à ses carmélites. Augustin aussi était là. Lui aussi soucieux : au sujet de la Parole, pour qu’elle ait plus de force sur terre. Il est si souvent cité mais sans effet. Et les choses simples qu’il a dites et pensées sont alors perdues. Les anges portaient des flambeaux à trois branches dont les lumières confluaient toujours en une seule. – Adrienne m’expliqua comment la Trinité des personnes est d’abord contemplée en tant que telle, puis comment apparaît l’unité et on reconnaît que le Fils et l’Esprit aussi sont le seul Dieu alors qu’auparavant on avait en quelque sorte “sous-estimé” leur divinité. Le Père les reprend pour ainsi dire en lui après la distinction, mais sans que disparaissent les personnes. – Quand Adrienne entra dans l’église Sainte-Marie, tout le sol était comme couvert de “règles de mesure jetées là”, tout à fait réelles, si bien qu’elle eut du mal à passer entre les règles. Il y avait des règles de mesure de toutes sortes, des petites et des grandes. Beaucoup ressemblaient à des règles ou à des mètres. C’était des règles de mesure que les chrétiens avaient cherché à poser : ce qu’ils voulaient apporter, la mesure de leur disponibilité à ce que Dieu veut, la perfection fixée et prévue par eux, etc. Comme s’ils disaient à l’Eglise : Tu as besoin d’un capital de cent francs. Je suis prêt à y contribuer pour cinquante centimes. Puis à cause de cette façon de mesurer, ils furent désespérés et ils avaient rejeté les mesures par pusillanimité et désorientation. – Dans le chœur, il y avait une croix géante. Et elle aussi très réelle, une croix trinitaire. Adrienne vit comment la grande poutre verticale désignait le Père, les poutres transversales le Fils et l’Esprit qui apparaissaient d’abord comme distinctes mais qui ensuite étaient comme reprises en connexion et en unité avec le tronc. Par la suite, les poutres transversales désignaient les chrétiens et plus exactement les “instruments”, ceux qui se mettent totalement à la disposition de Dieu et de l’Eglise. Eux aussi étaient d’abord comme distincts, puis comme inclus en Dieu. Pendant la messe, la croix n’était plus là. Mais quand Adrienne quitta l’église, elle se trouvait à nouveau dans le chœur comme au commencement.

Mardi 22 juin – Adrienne est à Otwil pour l’enterrement de la mère de Werner. Conversation avec des pasteurs protestants. A l’église, le pasteur parle dans son sermon de la Mère de Dieu : “Nous tous qui sommes nés de Marie ». A ce moment-là Marie apparaît dans le chœur, très vaguement et comme dans un nuage; elle sourit.

24 juin – Vers le matin elle voit saint Ignace au bord de son chemin. Mais au lieu de travailler à des pierres, il consacre des hosties. Chaque fois qu’il en posait une, le Seigneur était là et alors elle disparaissait aussitôt. Adrienne réfléchissait à la manière dont elle devait m’expliquer cela. Après quelques formulations mal venues, elle dit simplement : “Il transmet le Seigneur aux âmes”. Adrienne reçut alors une bénédiction, mais elle était trop indisposée pour communier aujourd’hui. – Elle vit de plus comment des anges portaient une communion invisible dans le monde entier, à de nombreuses âmes qui ne communiaient pas, également à beaucoup de prêtres. Cette communion était comme un grand cadeau de pardon et d’illumination : des prêtres, par exemple, qui depuis des années avaient sombré dans leurs aises ou dans leur activité reconnaissaient soudain à nouveau le vrai chemin, le don total d’eux-mêmes qu’ils avaient connu un jour.

26 juin – Syncopes constantes. Cela va sans cesse à la lisière de la mort. Adrienne dit que c’est chaque fois une grande tentation de demander de pouvoir aller de l’autre côté. Ces syncopes ne sont pas du tout horribles. Elle trouverait “délicieux” de pouvoir passer ainsi. Entre deux elle a de fortes douleurs. Cependant elle en sourit et, entre deux crises, elle me raconte mille histoires avec le visage le plus serein qui soit. Elle a constamment la vision d’anges. A la fin de la soirée elle dit : “Vous vous rendez bien compte qu’ils étaient là toute la soirée?”

27 juin – Adrienne a sans cesse des syncopes. Elle vit tellement dans une si grande proximité de la mort qu’elle dit que le monde lui paraît étranger et lointain. Elle voit constamment des anges. Dimanche soir j’étais chez elle. Quand je voulus partir, elle tomba tout d’un coup en syncope. Werner était là. Nous allâmes chercher de la coramine. Elle ne la prit pas, revint à elle au bout de dix minutes et quand Werner s’absenta un instant, elle dit en regardant autour d’elle : “Ils font toujours signe. Il est si difficile de devoir sans cesse se séparer d’eux et de leur dire non”.

29 juin – A l’hôpital Adrienne s’était sentie mal. Elle s’appuya au mur parce qu’elle craignait une syncope. Alors Ignace se trouva là tout d’un coup et il fit un geste comme pour la soutenir. Elle sut alors qu’elle n’aurait pas de syncope et elle continua son chemin.

Dimanche 11 juillet – Visite de beaucoup d’anges et de saints. Les anges étaient innombrables. La petite Thérèse. Puis Ignace tout seul avec ses pierres qu’il contemple et touche comme en les bénissant. Puis Marie à côté de lui. Ignace lui tend les pierres ; quand la Vierge les touche, elles deviennent toutes brillantes. Adrienne reconnaît aussi le rapport étroit qui existe entre Ignace et beaucoup de laïcs dans l’Eglise, également et précisément des femmes. Elle dit qu’il est tout à fait faux de soutenir qu’il n’a rien à faire avec les femmes. – L’après-midi elle me demanda de revoir avec elle sa traduction de la petite Thérèse (elle y travaillait depuis longtemps). Nous avons lu et corrigé durant plusieurs heures. La traduction n’était pas précisément bonne, au moins celle du premier chapitre. Nous parlâmes du style trop fleuri : fallait-il l’écarter ou non? Finalement Adrienne dit : “Naturellement ce n’est pas notre style. Mais j’aimerais justement continuer le travail pour bien établir que ce style fleuri a sa place et qu’il est juste et catholique, même si beaucoup de choses ne sont pas à notre goût. Pendant le travail, à un certain moment, elle regarda longuement du côté de la terrasse, elle était distraite, puis elle dit en riant : “Mais c’est éreintant”; elle se leva, alla sur la terrasse, revint. Puis elle dit : “Ils étaient de nouveau tous là, toute la compagnie du matin. Je suis allée voir combien il y en avait encore à droite et à gauche parce que je ne pouvais pas les voir de la chambre. Cela ne m’étonnerait pas qu’ils aient emporté quelques pois de senteur (qu’elle cultivait dans des pots). Au milieu, il y avait la petite Thérèse. Celle-ci regarda un instant le travail. Elle paraissait heureuse et semblait fleurie comme son style. Mais tout à fait ravissante. Ignace également y jeta un long coup d’œil”. Quand je partis, elle dit : “Ils vont vous accompagner. Vous savez, au fond nous avons reçu infiniment, une grâce débordante. Si seulement on pouvait la distribuer toute la journée!”

Vers le 15 juillet – Elle a dit récemment à Werner qu’elle voyait des anges. Cela s’est fait comme si ça allait de soi et elle en a parlé longtemps. Werner fut intéressé et amical.

Du 18 au 25 juillet – Durant toute la semaine, qui pour l’extérieur ne fut pas facile, elle vit souvent Marie et d’autres saints, mais dans le lointain et comme au-dessus d’elle à une hauteur inaccessible. Dès le soir de son retour d’Einsiedeln, elle vit deux fois Marie, très loin, grande et à distance, comme reine du ciel. Elle fut étonnée que les deux choses puissent se trouver l’une près de l’autre : tant de proximité humaine et puis à nouveau cette distance.

20 juillet – Elle me parle encore un peu d’Einsiedeln, de sa visite à l’église le dimanche après-midi. Dès la maison de J., en bas, Marie et Ignace étaient venus la chercher. Plus ils approchaient de l’église, plus nombreux se faisaient les accompagnateurs, anges et saints; à la fin, dans l’église, ce fut une troupe incalculable. Marie n’était pas du tout la première. Elle était parmi les autres. La chapelle des grâces semblait à ce moment-là ne pas exister. C’était comme si on la traversait parce que Marie justement était au milieu des autres. Adrienne resta un moment debout à regarder. Puis lui vint à l’esprit qu’elle n’était pas là pour savourer mais qu’elle était venue pour prier. Elle s’agenouilla sur le dernier banc et elle voulut dire un Magnificat. Mais elle ne le connaît pas très bien par coeur. Elle dit que ce n’est pas à proprement parler sa prière. Il est trop rayonnant, trop céleste. Sa prière, sa fonction, le lieu qui est le sien, c’est le “Suscipe”. Elle dit donc cette prière. – Puis elle vit Marie devant elle dans l’église tenant sur elle un long rouleau qui était entièrement écrit. S’y trouvaient les missions, les personnes, qui devaient être touchées par Adrienne (par nous). Certaines de ces missions étaient accomplies, mais d’autres, plus nombreuses, ne l’étaient pas encore. Marie demanda à nouveau si Adrienne était tout à fait résolue. Il y a tant de possibilités de quitter ce chemin. Et cela même sans faute. Adrienne attesta chaudement (pour nous deux) que nous le voulions sérieusement. – Quand elle sortit de l’église, ce fut de nouveau la grande procession qui se perdit peu à peu au fur et à mesure qu’elle s’approchait de la maison de J., mais sans que la séparation fût difficile ou douloureuse. Les derniers à la quitter furent Ignace et Marie.

30 juillet – C’était la nuit dont Marie avait dit à l’avance qu’il devait s’y produire certaines choses précises dans le monde. Adrienne était très inquiète. Souvent elle tendait l’oreille et regardait longtemps devant elle, tendue. “N’entendez-vous rien? Cette énorme inquiétude dans le monde. Il y en a bien plus qu’on se l’imagine. Cette nuit sont prises d’énormes décisions dont on ne connaîtra peut-être la portée que beaucoup plus tard”. Il s’agit, m’explique-t-elle, de la reconstruction du monde. Est-ce que ceux qui délibèrent là ensemble feront une place à Dieu ou non? Est-ce que tout ne sera qu’égoïsme et intérêt? Ou bien est-ce qu’on pense là à Dieu même sans le connaître et sans le nommer?

31 juillet – Quand je la quittais dans la nuit précédant la fête de saint Ignace, l’angoisse l’envahissait totalement. Elle ne put plus tenir dans sa chambre, passa dans toute la maison, de la cave à travers toutes les pièces pour trouver un endroit où elle serait à l’abri du démon. Finalement elle aboutit sur l’aire en ciment. Puis elle se dit que cela ne pouvait pas continuer ainsi, elle réveillerait toute la maison. Elle retourna dans sa chambre, l’angoisse dura jusqu’au matin. Puis elle dormit un peu et se réveilla libérée. Ignace lui apparut pour sa fête et comme cadeau nous donna de ses pierres. Adrienne me dit par la suite comme en passant : “Du reste, je dois vous dire qu’Ignace ne porte jamais son auréole”. Je dus rire et le lui demandai ce que cela voulait dire. Elle me dit : “Je ne l’ai jamais vu avec une telle lueur”.

Dimanche 1er août – Le matin, lors de la messe à l’hôpital Sainte-Claire, toute la chapelle remplie d’anges. Ignace aussi est là. Adrienne parle de lui avec toujours plus d’amour et de chaleur. C’est un ami très fidèle et très sûr qui ne laisserait personne en plan. “Et il peut prier avec une intériorité merveilleuse et avec énergie. Il prie beaucoup pour le pape et la hiérarchie”. L’histoire avec l’auréole qu’il ne porte pas est plus qu’une simple plaisanterie, ainsi que je l’apprends maintenant. Ignace lui a expliqué que s’il n’a pas cette auréole, c’est parce que beaucoup de gens comprennent et acceptent mieux son métier s’il apparaît sous l’aspect de sagesse humaine plutôt que sous celui de sainteté. Il ajouta avec une légère ironie : une auréole convient bien aux bénédictins, aux dominicains et aux chartreux. Elle appartient à leur fondateur comme à leur nature. Chez les jésuites par contre il en va autrement. (Que ces dits d’Adrienne soient “authentiques” ressort du fait qu’Adrienne avait oublié le troisième des ordres cités; je lui proposai plusieurs noms, mais ce n’était pas cela. Puis je dis : “Est-ce que ce sont les cisterciens?” Elle demanda : “Qui les a fondés?” Je répondis sottement : “Saint Bruno”. Elle hésita et dit : “Oui, Bruno est le fondateur auquel je pense, mais ce ne sont pas les cisterciens”).

Un lundi au début d’août – “Une très belle journée”. Le matin, un grand nombre de saints : Marie, Ignace, accompagné pour la première fois de François-Xavier, la petite Thérèse, la grande Thérèse, Cécile (celle-ci, merveilleuse et “mystérieuse comme la Joconde”), Augustin et un grand nombre d’autres. Elle me parle longuement de cette visite et me décrit le caractère de chacun. Elle en vient à reparler de saint Augustin. Elle s’étonne qu’un si grand esprit puisse avoir dans le caractère quelque chose de si hésitant, de mesquin en quelque sorte. Elle dit qu’il est étrange comme sous la grâce le caractère demeure pour ainsi dire inchangé. On peut pratiquer des vertus, on peut s’exercer à ce qui est contraire à son caractère si bien qu’extérieurement on paraît un autre, mais la marque fondamentale demeure. – Adrienne dit que le jour de la fête de saint Ignace elle l’a vu avec tous les saints de la Compagnie de Jésus. Elle connaissait Canisius depuis longtemps. L’essentiel en lui est sa force absolument uniforme qui se maintient sans à-coup ni secousse. François-Xavier par contre a dans son enthousiasme quelque chose de plus changeant, et Ignace lui-même est plus proche de lui que Canisius. Lui, a ses périodes de dépression. Elle n’avait pas remarqué François-Xavier dans le passé. Quand elle voit beaucoup de saints, c’est comme dans un lieu où se trouve une grande compagnie : on passe à travers la foule et l’attention ne s’attache qu’à l’un ou à l’autre. Elle avait aussi Stanislas bien en mémoire. – Adrienne a parlé longuement aujourd’hui de ses visions. Il y a des périodes, dit-elle, où elle n’a qu’à penser à quelque chose pour le voir, la Mère de Dieu par exemple. Auparavant, cela allait pour elle de soi, elle le savait sans y réfléchir, presque dans son subconscient (bien qu’elle n’aime pas ce terme). Ce n’est que depuis sa rencontre avec le P. Schnyder qu’un problème se pose à elle. Auparavant il ne lui serait pas venu à l’esprit qu’il pouvait y avoir ici quelque danger. Durant des visions de ce genre, elle avait une discrétion qui allait tellement de soi que l’idée ne lui venait pas de demander ou de provoquer la moindre chose. Mais depuis cette rencontre, elle doit pour ainsi dire user de ce tact consciemment. Elle comprend maintenant qu’on peut soi-même dépasser les bornes sans remarquer tout de suite que le diable pourrait s’en mêler. D’abord imperceptiblement, puis plus fort chaque fois qu’on a goûté son pouvoir sur Dieu jusqu’à ce qu’il ait pris le dessus. A présent, elle voit cela nettement. Mais elle n’a jamais eu le moins du monde la tentation de demander à quelqu’un de venir, de le convoquer.

6 août – Le jour de la fête de la Transfiguration, elle dit ceci : A l’heure où elle a vu le Seigneur transfiguré, elle a vu en même temps qu’après cela on peut voir comment tout homme apparaîtrait s’il était transfiguré par la force du Christ. Ceci avait été une expérience particulièrement heureuse. – Plusieurs apparitions de la Mère de Dieu. Elle voit le caractère tout à fait personnel de son amour. Les chrétiens, dit-elle, la considèrent comme si éloignée, et considèrent son amour comme général et abstrait, et pourtant elle aime chacun en toute proximité, naturellement et d’une manière tout à fait personnelle.

8 septembre – Nous nous rencontrons à Einsiedeln. Après le surmenage des dernières semaines, elle est un peu refaite, de très bonne humeur, comme toujours à Einsiedeln. Elle voit constamment la Mère du Seigneur, comment celle-ci par exemple sur la place devant l’église caresse une femme qui passe, puis comment elle se présente à une vieille, etc. Puis Adrienne la voit soudain aidant partout dans le monde. Une fois encore le matin dans la chapelle des grâces, Ignace aussi est présent. Lors de la distribution de la communion, elle saisit le rôle du prêtre : tandis qu’à la consécration, le Christ seul agit et qu’un mauvais prêtre ne peut pas troubler son action, lors de la communion le prêtre donne aussi quelque chose de lui-même au croyant dans l’hostie. – A Vitznau, peu de visions. Une fois elle vit la Mère de Dieu, très grande, dans la direction de Gersau, avec les mains étendues et un geste de bénédiction, sur le lac.

20 septembre – Son anniversaire. Le matin, la Mère de Dieu et Ignace avec une grande troupe d’anges. Les relations d’Adrienne avec la Mère sont toujours plus confiantes. Elles lui sont devenues aussi nécessaires que la respiration. Je lui montrais récemment un livre : les “Fragments” de Tersteegen. Elle me le rendit en me faisant remarquer qu’elle en avait lu deux pages et qu’elle en avait eu assez. Je lui demandai pourquoi. “Il y manque tellement la Mère. Je croyais d’abord que cela irait, mais ensuite cela me parut comme des os épars sans colonne vertébrale, de beaux restes d’un monde qui avait été autrefois catholique d’une manière vivante”. – A la consultation, la Mère de Dieu est là constamment. Aujourd’hui commence la nouvelle neuvaine.

21 septembre – Elle passait en voiture sur le viaduc menant à l’église Saint-Paul. Là, elle vit, très grande au-dessus de l’église, comme une promesse, la Mère de Dieu. Elle comprend que partout où il y a quelque chose du Christ, la Mère aussi est là, même si on ne le veut pas. Quand elle rentra place de la cathédrale, elle vit la cathédrale et l’église Saint-Paul enveloppées ensemble comme dans une même promesse.

Après le 11 octobre – A nouveau beaucoup de visions. Sans cesse la Mère en larmes. Adrienne voulut dire le chapelet pour la nouvelle neuvaine dont elle était chargée, mais elle dut y renoncer parce que chaque mot amenait aussitôt une vision de souffrance qui n’était pas supportable. Dans la nuit du 16 au 17 octobre elle s’endormit mais elle se réveilla par suite d’une violente altercation dans sa chambre. Ignace se trouvait là et se disputait violemment avec un grand et solide gaillard à qui il donnait très brutalement son avis. Pour finir il lui donna un coup dans l’estomac et dit à Adrienne avec un clin d’œil ironique: “Bon! Maintenant tu peux continuer avec lui, il connaît à présent mon avis”. Adrienne ne connaissait pas l’homme. Je lui demandai si c’était un homme réel ou un symbole, le représentant d’une mentalité. Adrienne dit : “Les deux”. C’est la mentalité du pédant supérieur qui en toutes choses a une réponse toute prête, qui peut arrondir tous les angles, sur lequel on n’a pas de prise avec des arguments parce qu’il épointe le meilleur. Je lui demandai : Est-ce que ce n’est pas M.? Elle me regarda stupéfaite, c’était comme si elle avait reçu un coup au coeur. Elle se souvint d’une photo que je lui avais montrée un jour. Adrienne dit que ce n’était sans doute pas une mission directe de souffrir pour lui, maintenant. Peut-être Ignace avait-il voulu la renvoyer à une autre rencontre ultérieure. – Je ne sais pas avec certitude s’il s’agit bien de M.

18 octobre – Durant ces nuits, elle ne cesse de voir la Mère de Dieu dans l’affliction. Une fois, elle la voit sur un chemin de montagne qui devient toujours plus dangereux. Elle trébuche et dérape. On pense toujours qu’elle va tomber. Chaque fois c’est une peur nouvelle, mortelle. Une autre fois, elle voit la Mère qui, à Nazareth, cherche le Fils. Elle sait dès le début que viendra un jour la catastrophe, qu’il lui sera arraché. Et elle tremble dès maintenant pour lui. Quand, enfant ou jeune homme, il s’éloigne pour un temps et ne rentre pas à la maison, la pensée lui traverse chaque fois l’esprit que ce pourrait être déjà maintenant.

26 octobre – Jour gris mais sans la grande angoisse de la semaine dernière. Le matin, elle vit Marie inclinée vers Dieu dans l’adoration et la prière de demande : une demande infiniment pressante pour de grandes choses. Elle désire tellement que de toute son âme et de toute son existence elle n’est plus que prière. Pour Adrienne qui voit cela, c’est une invitation immédiate à être ainsi totalement prière devant Dieu. Mais c’est si douloureux qu’elle ne le peut pas.

Samedi 30 octobre – Toute la nuit elle a réfléchi sur les monastères et sur le monde, et elle a rédigé toutes sortes de notes. Avec cela des voyages et une vision constante de plaies. Tout lui semble être plaie. Elle voit Marie avec la plaie au coeur, puis avec les sept glaives, d’abord comment ils sont plantés dans le coeur puis retirés en laissant derrière eux un vide infiniment douloureux, beaucoup plus douloureux que lorsqu’ils étaient dans la plaie. Et puis sans cesse le glaive et le vide, le glaive et le vide. – Vision : la plaie au côté du Seigneur comme ce qui contient tout, étant donné que les mains du Seigneur sont clouées et fixées de sorte qu’elles ne peuvent plus embrasser.

1er novembre - Toussaint. Adrienne est dans une grande béatitude. Plus heureuse que jamais, dit-elle. Durant la nuit, au ciel au milieu de tous les saints et des anges. Elle me décrit ensuite brièvement les sens du mystère de la fête : comment les saints nous donnent le Christ et Dieu, ils sont comme les lunettes par lesquelles nous nous approchons de Dieu, nous pouvons le voir. – Durant la journée, raconte Adrienne, elle fut une fois touchée par un ange. Elle ne savait pas qu’il y avait des contacts de ce genre. C’était comme si elle avait perçu une réalité avec des sens tout nouveaux, rendant infiniment heureux.

4 novembre – A la Chaux-de-Fonds pour l’enterrement d’un oncle. Elle revient morte de fatigue après s’être allongée là-bas même pendant une heure dans l’épuisement le plus extrême. La nuit dernière et durant toute la journée elle fut occupée avec une vision de tours qu’elle me raconte lentement et par bribes et qui est vraiment subtile et compliquée.

5 novembre – La vision des tours continue tout le temps et s’approfondit de plus en plus. Adrienne me raconte encore beaucoup de détails à ce sujet, surtout sur la signification des tours. Je ne comprends pas très bien. Elle dit qu’on devrait inventer une nouvelle langue pour expliquer cela réellement.

17 novembre – Durant la journée, elle a plusieurs visions dont elle dit qu’elle n’y comprend rien. Le sens des premières n’en était pas clair non plus pour moi. Elle vit une prairie. Dedans, une ronde de petits enfants. Les enfants disparaissent; à leur place, de petits diables qui imitent la ronde. Les diables disparaissent. Marie marche dans la prairie. La prairie brûle, se dessèche, se change par la pluie en une tourbière, plus rien n’y poussera. Puis encore une fois une prairie : des adolescents jouent au ballon. Leurs anges gardiens se tiennent derrière eux. Les jeunes se rassemblent pour parler. Quelques diables apparaissent derrière eux, quelques-uns seulement. Les anges s’effacent, les diables s’emparent des jeunes. Ceux-ci s’effacent, puis également les diables. Marie revient dans la prairie. Elle se dessèche, devient ensuite une rivière qui la submerge totalement. Il est dit : Plus rien ne poussera dans ce champ, mais la rivière peut irriguer les champs d’alentour. Puis encore une fois la prairie avec des jeunes filles qui sont assises ensemble. A nouveau les anges gardiens puis les diables qui s’en emparent; Marie cette fois reste à la lisière de la prairie desséchée. Finalement, dans la prairie, un couple, tendre et sérieux. Leur enfant, tout petit. Le diable vient et regarde l’enfant, les parents s’effacent, l’enfant grandit, Marie apparaît et emporte l’enfant dans ses bras.

Dimanche 5 décembre – Avec Adrienne à Einsiedeln. Le “trou” profond cesse soudainement quand Adrienne est assise dans le train. Nous montons en voiture à l’église le soir à 7 H. Toute la place est pour Adrienne couverte du manteau de la Mère de Dieu, un voile qui est tout entier et non divisé et pourtant encore partagé entre d’innombrables personnes. Je m’agenouille un quart d’heure avec Adrienne sur le dernier banc; pendant ce temps, Adrienne a la vision d’innombrables saints. Elle n’en a encore jamais vu autant, dit-elle. J’étais agenouillé à une certaine distance d’elle. Après coup, Adrienne me dit : “Avez-vous senti que la Mère de Dieu a été agenouillée un certain temps entre nous et qu’elle a prié avec nous? Notre prière était comme recueillie par la sienne”. Ignace était tout proche. Puis nous nous dirigeons vers la maison de J. à travers la place enneigée. Je trébuchai un peu sur la neige glissante. Adrienne remarqua comment Ignace, qui marchait à côté de moi, me regardait exactement comme un homme et faisait un mouvement comme pour me retenir, avec un visage qui disait en quelque sorte : “Qu’est-ce que tu fais là?” – Einsiedeln. Les visions continuent toute la journée pour Adrienne. Elle vit totalement dans le ciel. Mais la plaie saigne, comme toujours à Einsiedeln. Quand J. est là, elle est très silencieuse et cela pour ne pas se trahir par une parole, ainsi qu’elle le dit après. Cela lui demande un effort d’être présente sur terre. Le soir nous allons encore une fois à l’église. Quand nous montons en voiture : sérieuse crise cardiaque : la lance. Elle sait qu’elle doit retourner dans le “trou”. Elle a vu à Einsiedeln le “trou” qui vient et elle l’a accepté avec joie maintenant qu’elle en connaît le sens.

8 décembre - Durant la nuit, la Mère comme lors de la première apparition il y a trois ans : avec le tablier bleu. Cette fois-ci le tablier avait tout autour de très fines franges, d’une sorte de soie écrue, elles étaient toutes tressées et formaient d’innombrables pompons. La Mère dit : il y aura encore beaucoup plus d’enfants que de pompons à son tablier. Adrienne vit ensuite comment le tablier bleu s’élargissait en une sorte de crinoline et se divisait en différentes parties qui, là où elles touchaient la terre, se transformaient en un enfant qui s’agenouillait devant elle et priait.

Jeudi après le 8 décembre – Adrienne est toujours en grande félicité. Également une vision incessante. Elle ne peut pas penser à la Mère ou à saint Ignace sans les voir. C’est d’en haut qu’elle vit totalement dans la vie d’ici-bas.

Samedi après le 8 décembre – Vendredi après la consultation, alors que, fatiguée, elle se trouvait à sa fenêtre, elle vit le ciel devenir d’un orange toujours plus clair. Il se forma une ellipse toute dorée et dedans apparut Marie. Son manteau s’élargit; sous son manteau il y avait aussi bien l’enfant, sous la forme de femmes agenouillées, que la grande politique de ces jours-ci. Adrienne voit aussi un rapport entre les deux.

3. Souffrances imposées et souffrances spontanément offertes, stigmates, « trou », désolation

Dimanche 17 janvier – Adrienne a beaucoup à souffrir : les plaies du coeur sont de nouveau ouvertes et saignent; le lundi il y eut constamment des coups de lance qui lui trouèrent la chemise. Je la vis le soir tressaillir plusieurs fois, bien que comme toujours elle s’y entendît pour se maîtriser. A sa consultation, beaucoup de travail et très énervant; avec cela le sentiment d’une faiblesse totale. A la maison, de nouveau des scènes qui se multiplient, les soucis du ménage et mille autres affaires.

21 janvier – En revenant de la consultation, Adrienne voulut travailler. Se fait alors entendre une voix qui semble exiger avec dureté qu’enfin maintenant cela avance avec l’enfant. Adrienne se tient d’abord toute disponible en expliquant qu’elle est prête tout simplement à faire la volonté de Dieu mais qu’il veuille bien faire connaître sa volonté. A peine avait-elle dit cela qu’elle fut comme balayée dans le “trou”. Ce qu’il en résultait était l’exigence de la foi nue. Es-tu prête à renoncer à l’espérance? “Oui! Mais laisse-moi l’amour!” Non. Il faut renoncer aussi à l’amour. Tout faire comme si on n’avait plus d’amour et de telle manière qu’on ne reçoit des autres aucune sorte d’amour. “Mais si on n’a pas l’amour, on ne peut rien faire!” Si. On doit tout faire malgré cela comme si on avait l’amour. Es-tu prête à comprendre la communion et à la recevoir comme la grâce de la participation aux souffrances du Christ et comme rien d’autre? Ni consolation, ni communion, ni avec les hommes ni avec Lui? Mais une nue participation à la croix? Et donc la solitude. Non une solitude comme on se la représente : rochers, glaciers, étendue et ciel, mais une solitude stricte et réellement privée de toute consolation et même de la jouissance de la solitude? Une solitude à la lisière de l’enfer. Es-tu prête à cela? Pendant ces questions, Dieu n’était plus que dureté. Son amour ne semblait plus être qu’une loi, une loi punissante, une loi d’airain, de diamant. “Aucune dureté terrestre, dit Adrienne, ne peut exprimer sa dureté. Dormir par terre serait un doux lit par contraste. Il n’y a pas la moindre possibilité de s’adapter à cette loi. On ne peut que l’accepter avec un oui aussi dur et aussi fait d’airain ». Adrienne se mit à genoux et récita un “Suscipe”. Ce fut le plus dur qu’elle ait jamais dit. Ce fut surtout l’abandon de l’intelligence qui lui sembla le plus douloureux. Ne plus aimer lui sembla presque facile en face de cette non-compréhension, de ce renoncement définitif à son propre jugement sur le juste et le faux, sur ce qui était sensé et insensé. Elle vit tout à fait concrètement la possibilité de mener une vie totalement dénuée de sens uniquement pour obéir à Dieu. Elle vit sa sublimité infinie par-delà toute folie de l’intelligence humaine et de tout jugement humains. Quand elle eut dit ce “Suscipe”, il y eut un tournant. L’absolue dureté de Dieu disparut et son amour devint visible. D’abord lui seul, sans un regard sur le monde. Cet amour de Dieu était identique à la dureté de la loi.

22 janvier – Le matin, d’abord encore un grand sentiment de bonheur. Elle mit quelque chose par écrit parce que la veille elle ne s’était pas exprimée clairement. Puis intérieurement, c’est la nuit totale : l’angoisse dure jusqu’au soir. Il s’agit des prêtres et des “attentistes”, c’est-à-dire de ceux, innombrables, qui attendent à présent la fin de la guerre et de la catastrophe pour se tourner ensuite à gauche ou à droite. Parmi eux elle voit aussi des prêtres qui sont prêts à mourir pour Dieu et à devenir martyrs au cas où il y a un Dieu; et au cas où il n’y en a pas, rien n’est perdu. En face de tout cela, l’exigence d’un engagement total au lieu de ce partage perfide!

23 janvier – Les mains saignent à nouveau, la tête fait mal à éclater. Elle se tient la tête dans les mains pendant qu’elle parle et ne fait que dire : “Je ne sais pas ce qui va se passer avec cette tête, il va se passer quelque chose”. Avec cela aucune possibilité d’atteindre Dieu, uniquement solitude horrible. “Je vous raconte cela comme si c’était une histoire. Et en vérité c’est la plus terrible réalité! Si du moins on savait qu’ici et là il y a un homme qui sait aussi pourquoi!” – L’après-midi vers quatre heures elle m’appelle au téléphone dans la plus grande angoisse pour que j’aille la voir. J’y vais et je la trouve avec une grande plaie entre les yeux. Elle s’est ouverte peu auparavant, elle a beaucoup saigné et elle est encore maintenant toute fraîche et pleine de sang. Adrienne est dans la plus grande angoisse. Je cherche longuement à la tranquilliser et à la fortifier. Elle dit : “Je ne crois pas que j’ai de l’angoisse pour moi. Je ne suis pas en cause. Mais je ne crois vraiment pas! J’ai de l’angoisse pour le monde. Cela paraît si important, mais c’est pourtant comme ça. Pour l’Eglise, pour les prêtres, pour l’enfant, pour tous, pour tous ceux qui se perdent”. Elle tremble de tout son corps et se tient la tête de douleur. Les mains et les pieds lui font aussi extrêmement mal. Elle raconte qu’à la consultation elle a vu une femme qui voulait interrompre sa grossesse. Adrienne parla du catholicisme. La femme dit qu’elle ne croyait plus depuis longtemps à des bêtises de ce genre, Dieu merci. Elle est mariée à un protestant. Adrienne dut la laisser partir. Au retour, en passant le pont sur le Rhin, la foi lui revint un instant. Elle avait le sentiment que quelque chose tout d’un coup était résolu, que l’enfant ferait un pas. Puis il lui sembla soudain, dans l’escalier chez elle, que quelque chose avait changé à son front. Dans la salle de bain elle vit le sang qui lui coulait sur le visage. – Constamment durant cette heure elle me pria de la donner à Dieu et cela irrévocablement, car elle ne pouvait pas aller plus loin et elle n’avait plus accès à Dieu. Elle me pria instamment de le faire à sa place. “Le tout est une grande méprise, dit-elle, que Dieu m’ait choisie, moi, la plus pécheresse de toutes les créatures”.

Dimanche soir 24 janvier – Toute la journée dans l’angoisse et l’éloignement de Dieu. Par angoisse elle ne vint même pas non plus à la messe parce qu’elle craignait tellement de se trouver dans la foule, parce qu’elle craignait le sermon et tout d’une manière générale. En plus de cela une sévère crise cardiaque. Elle me décrivit son état comme suit : il lui semblait qu’elle était enterrée vivante, sans espérance et sans perspective d’avenir. Elle était comme dans une sombre caverne de la pierre la plus dure et la plus noire. Cette pierre était l’incroyance du monde. Elle était enterrée dedans. Elle savait certes que sa foi de naguère aurait été capable de traverser cette incroyance, de dissoudre la pierre la plus dure. Mais justement cette foi lui était dérobée. Elle n’avait plus aucune espèce d’espérance ni d’amour et elle était sûre d’être perdue éternellement. D’une étrange façon, le souvenir de sa foi ancienne et la conscience de son “incroyance” actuelle couraient parallèlement sans se toucher. Mais sa foi ancienne ne lui était d’aucun secours. Elle cherchait à se cogner la tête à ce caveau parce que peut-être la douleur que cela lui causerait pourrait lui fournir une issue. Mais elle savait qu’il était impossible de ne jamais pouvoir en sortir. – Elle disait aussi que, dans cet état, elle avait expérimenté d’une étrange manière l’immortalité de l’âme, non seulement parce que ses souffrances étaient si insupportables que l’âme serait morte ou insensibilisée depuis longtemps au cas où elle pourrait mourir. Mais encore d’une autre manière : “L’âme vit quand même pour une grande part de communion, elle est enfoncée dans une communion avec la plus grande part d’elle-même. Cette communion lui est maintenant totalement retirée. Il ne lui reste plus que la partie de l’âme qui se distingue de toute autre, elle est comme un moi négatif. D’habitude, pour vivre, ce moi a besoin constamment d’un apport de vie, d’amour, de pensée, aussi bien de Dieu que des hommes. Maintenant cet apport est interrompu; il ne reste qu’un moi nu, laissé totalement seul, sans que Dieu ou un homme s’en soucie encore. Malgré cela il ne meurt pas mais il demeure éternellement dans cet état d’enterré vivant qui coïncide avec celui de l’angoisse ». – L’étrange double conscience – incroyance absolue et conscience de la foi ancienne – la conduit aux formules les plus paradoxales. Ainsi elle dit : “Si maintenant je croyais (mais justement je ne crois pas!), je dirais que ma foi est plongée dans l’incroyance du monde. Je dirais que je suis angoissée pour le monde parce qu’il n’est pas près de Dieu. Mais je ne peux pas dire cela parce que moi-même je ne sais pas s’il y a un Dieu”. Son angoisse, elle l’appelle “sans nom” au sens propre parce qu’il n’y a rien à quoi elle serait comparable. Elle est quelque chose qui n’appartient pas à ce monde et en sépare tout à fait. Elle peut dire aussi que maintenant elle est seule avec Dieu et que c’est terrible. Oui, on peut le dire de cette manière bien que naturellement elle ne sache pas s’il y a un Dieu. Tout le reste est parti. Il n’y a plus de Christ ni de Mère de Dieu ni de saints ni d’anges, et tous les hommes sont loin.

25 et 26 janvier – L’abandon se poursuit tout aussi fort. Lundi la plaie du front saigne pendant toute la consultation. Elle peut difficilement travailler, doit constamment s’essuyer, faire des pauses. Avec cela de vrais cas concernant des problèmes religieux : elle doit conduire des gens à Dieu et elle le fait comme mécaniquement. Elle dit : “ Il serait si facile de se mettre pour tout à la disposition de Dieu si seulement on savait qu’il y en a un. Mais il est impossible de s’adresser de toute son âme à un Dieu dont on ne sait pas s’il existe. C’est quelque chose de faux et de mensonger. Bien sûr si vous me dites que cela sert à quelque chose, je veux bien rester”. – Je lui demande si elle voit un rapport entre son état et l’enfer. Elle dit : “Oui, sûrement. C’est une absence de foi, sans l’espoir de pouvoir croire à nouveau un jour. Mais si je savais que je pouvais épargner cet état à quelqu’un, même si ce n’était qu’une seule personne, je voudrais bien rester toujours ici”.

26 janvier – Pendant un instant, il lui semble voir dans cet état une tâche, un sens. Puis tout disparaît de nouveau aussitôt, et maintenant c’est son propre péché qui se détache très fort. Elle voit toute sa vie comme une unique chaîne de trahison envers Dieu : elle s’est constamment refusée tout en l’assurant de son amour, elle a constamment dormi, c’est une tiédeur qui est bien pire qu’un péché déclaré. “Maint péché qui peut paraître petit aux yeux du confesseur est souvent aux yeux de Dieu infiniment grand. Croyez-moi: je suis réellement la plus grande pécheresse! N’est-ce pas que vous me croyez telle? Vous devez le croire! Je le sais, bien que je ne puisse me comparer à personne; je ne veux comparer à cela la faute de personne. Et de savoir que le sens de toute cette souffrance est réduit à néant parce que je suis si pécheresse est une nouvelle et terrible souffrance”. – Après la consultation elle me demande d’aller chez elle parce qu’elle ne peut plus le supporter. Elle a rarement fait cela. Chaque fois que je la quitte, elle va jusqu’à me promettre qu’elle veut tout supporter. Elle se sent par là en quelque sorte davantage liée. Elle le fait par “convenance humaine” quand font défaut tous les autres motifs. – Elle parle de deux grosses tentations : la première était de “se détourner de ce Dieu, de lui tourner simplement le dos puisqu’il me tourne le dos, qu’il ne m’aime plus et que je ne puis plus l’aimer parce qu’il m’a retiré l’amour”. La deuxième tentation est d’aller voir John Staehelin (à l’hôpital psychiatrique) et de se faire enfermer pour la nuit avec une Sœur garde-malade, avec des somnifères et un diagnostic clair. Ce serait si soulageant d’être déclarée folle. Elle pense qu’elle en est tout près. – Elle dit: “Le Père s’est détourné, et avec lui tous les autres aussi. Car c’est seulement dans le rayonnement de l’amour du Père que nous possédons le Christ, Marie et les saints ». Cependant le mardi soir elle a une vision de Marie. Bien qu’elle ne lui procure pas de joie, elle a quand même un instant la conscience qu’ils sont encore là.

27 janvier – Toute la journée dans le “trou”. Pendant la consultation, la plaie du front saigne à nouveau; c’est extrêmement gênant. Des gouttes tombent même sur la feuille de maladie. Avec cela constamment la double conscience : elle cherche à conduire les patients au Christ et pour elle-même elle ne croit pas en Dieu. Mais elle sait qu’il ne peut en être autrement à présent. – La grande tentation serait aujourd’hui de tout faire simplement d’une manière mécanique, de considérer les patients comme des numéros et des cas sans âme. Au fond les hommes ne méritent pas mieux. C’est simplement ridicule qu’un Dieu meure pour cette racaille. “Qu’on nous fourre donc en enfer et qu’on n’en parle plus”, dit-elle. Elle éprouve un dégoût pour les âmes. “Comme quand on a avalé trop de sucreries et qu’on ne peut plus les voir”, elle s’est gavée de l’amour des âmes. A la consultation elle voudrait ne plus rien mettre de son âme dans ce qu’elle fait. Ce serait comme cela beaucoup plus facile; justement pour son coeur qui va souvent si mal en raison de sa participation intérieure! Mais elle n’a pas le droit de faire cela et elle ne le fait pas non plus. – Récemment, chez le Professeur Henschen, le coeur avait de nouveau beaucoup saigné et il avait taché tous ses sous-vêtements jusqu’aux bas.

Du vendredi 29 janvier au mardi 2 février – Le “trou” dure sans interruption. Le samedi tout entier est vraiment le samedi saint avec une foule de visions de l’enfer. Elle voit constamment chez les hommes et chez toutes ses connaissances le mal par lequel ils favorisent la puissance de l’enfer dans le monde et en ce temps. Avant tout, une sorte de volonté cachée d’être méchant, de vouloir blesser, d’absence d’amour. C’était pour elle comme si chacune de ses connaissances lui présentait une petite bouteille de poison concentré et qu’elle dût les boire jusqu’au bout les unes après les autres.

2 février, la Chandeleur – La nuit, elle a maintenant le plus souvent de très fortes douleurs. Souvent elle est assise toute la nuit au pied de son lit, la couverture sur elle, parce que le fait d’être couchée lui donne de trop vives douleurs. Alors elle sent de nouveau “la croix dans le dos”. La plaie du front, qui était si visible, a disparu de nouveau soudainement; Adrienne dit: “comme enfoncée de force à coups de marteau”, si bien qu’elle souffre davantage encore qu’avant. En tout cela elle garde patience. Elle dit seulement de temps en temps que cela ne peut simplement pas continuer ainsi. Elle me demande : “Croyez-vous que je doive rester éternellement dans ce ‘trou’?”

10 février – Elle sent d’une certaine manière, comme elle dit, une proximité effrayante entre Dieu et l’enfer. Si elle savait où la Mère de Dieu se tient cachée, elle essaierait de l’avertir. Et également mettre les saints et aussi le Christ en garde contre ce Dieu qui est si juste et rien que juste. Elle est d’une certaine manière “douloureusement étonnée” de ce Dieu qui n’est que sévérité, de le rencontrer alors que la rédemption a déjà eu lieu. “Cela sent l’enfer dans son voisinage”. – Pendant des intuitions sur le monde d’en haut, demeure toujours pour Adrienne elle-même la tentation du blasphème. Et c’est comme un reste de bienséance qui la retient de s’emporter contre Dieu, de ne pas lui tourner le dos avec mépris (”s’il existe”, ajoute-t-elle toujours). Cette bienséance lui semble être seulement humaine, pas vraiment religieuse.

11 février – La souffrance ne cesse d’augmenter encore, s’approche sans doute de son maximum. C’est une démesure qui n’est plus guère supportable. Pour la raison que le tout doit être souffert dans l’incroyance et qu’il cause par là une horrible scission de toute la personnalité. Pendant qu’Adrienne sait pertinemment qu’elle est damnée, pendant qu’elle pense voir le non-sens de sa souffrance, elle rédige des notes sur Marie et travaille aux statuts de l’enfant. – Angoisse et dégoût dominent toute la journée. Elle ne se voit pas seulement perdue elle-même, mais le monde entier. Le monde lui semble comme un esquif sur le Niagara. Avec cela le sentiment que si on avait peut-être commencé plus tôt, si on avait fait autrement dans les premières années – quoi, elle ne le sait pas -, on n’en serait pas arrivé là. Mais à présent c’est inéluctablement trop tard. Comme dans une mine où beaucoup d’hommes sont ensevelis; on creuse fiévreusement pour les libérer. Mais on a un instrument qui indique que l’eau monte dans la galerie et qu’il est presque trop tard quoi qu’on puisse faire. La propre damnation d’Adrienne n’a plus guère d’importance. Il serait ridicule d’en parler. Cette damnation serait prise en compte évidemment si elle servait à quelque chose. Elle a bien plutôt le sentiment d’avoir augmenté encore la folie de l’humanité par sa “manie religieuse”, qu’elle est donc coupable de ce que les hommes ont peur de l’enfer et même pèchent pour aller en enfer. – Aujourd’hui elle n’a plus aucune sorte de joie pour ses capacités humaines, pour sa profession, etc. Il n’est plus question de cela non plus. Il ne reste plus que des “impossibilités”. – Le matin, au lit, elle a toujours une soif horrible. Une soif d’eau, de prière, d’amour, de pureté : le tout ne fait qu’un. Elle pourrait sonner pour avoir de l’eau mais elle ne le fait pas, ce ne serait pas convenable. – Elle souffre encore beaucoup. Il s’agit maintenant de quelque chose d’incompréhensible qui serait à formuler à peu près comme ceci : “Le monde est damné au cas où il ne…” Un délai est laissé, une condition est posée. Mais elle ne sait pas de quoi il s’agit. Que doit-on faire? Que peut-on faire pour échapper à la ruine? Ce qui précédemment déjà avait valu pour Bâle seul (”La ville va à sa ruine si…”) concerne à présent le monde entier. – Elle se plaint d’être au bout de ses forces. « N’est-ce pas que la prochaine fois vous me mettrez en garde contre le ‘trou’! Ma vie tout entière ne consiste qu’à faire un effort sur moi-même et sans cesse à faire un effort sur moi-même. Ne plus avoir une volonté propre. Ne plus jamais se reposer un instant. Je devrais dormir à proprement parler dix à douze heures, et à présent je dors en moyenne de une à trois heures! Je suis comme une machine avariée, surmenée, devenue folle! »

20 février – Le tableau du Christ en croix la poursuit partout, il s’impose à elle avec une force absolue de devoir aimer, lui semble simplement déchirant. C’est comme si la peau la plus intime lui était retirée, “celle qui adhère le plus “. Les plaies du côté sont toutes irritées au maximum. Elles saignent en partie. La plaie du ventre également est ouverte.

28 février – Je lui recommande Mlle G. Il ne lui manque plus sans doute qu’une offre. Elle le fait aussitôt, et aussitôt commencent les douleurs aux mains, aux pieds et à la tête.

2 mars – Dans la nuit qui a suivi la confession, elle est aussitôt de nouveau dans le “trou”, et précisément pour tous ceux qui ne se confessent pas. Ceux qui ne connaissent pas ce bonheur et qui pourtant devraient se confesser.

5 mars – Angoisse. On n’est pas seulement abandonné de tous mais aussi de soi-même. On ne se connaît plus. On n’a plus de passé. Rien là-dedans qui serait reconnaissable. Seulement un sol étroit de présent. Avec cela l’attente constante d’une catastrophe imminente. Chaque fois que la porte s’ouvre, que le téléphone sonne… Mais ce n’est pas une catastrophe précise sous laquelle on pourrait se représenter quelque chose, par exemple un tremblement de terre, un coup de pistolet ou quelque chose de ce genre. Toutes les occasions concrètes sont incluses dans une unique angoisse qui englobe tout. Ce n’est pas une angoisse “sensationnelle”, justement parce qu’on ne peut pas lui donner de forme. Qu’elle soit imposée, Adrienne ne le voit plus. – Puis cela se change en une nouvelle forme : une angoisse qui ne lui appartient plus, qui est trop grande pour être son angoisse. Avec cela, le Christ est pour elle comme irréel, une “histoire”, une idée. Cette irréalité est un tourment particulier. Par instants émerge soudain comme un éclair que le tout est réalité, et cet éclair laisse plonger la vue dans un tel abîme qu’il se ferme aussitôt parce qu’on ne pourrait pas le supporter longtemps. L’angoisse est alors de nouveau absolue, non adaptée. Ses lisières et ses coins ne correspondent pas aux lisières et aux coins de l’âme qui la “porte”. – Adrienne se fait l’effet d’être suspendue à un abîme, agitée de-ci de-là par la natte dans le vide, heurtant de la tête le mur du rocher tantôt d’un côté tantôt de l’autre.

Les notes du Père Balthasar concernant la semaine sainte 1943 se trouvent dans « Kreuz und Hölle » I, p. 51-67.

Deux jours après Pâques – Elle est de nouveau dans le “trou”. Elle a vu Marie voilée : il y a encore tant à souffrir qu’on doit recommencer tout de suite.

2 juin, veille de l’Ascension – Pour la première fois depuis Pâques elle est de nouveau profondément dans le “trou” et toute perdue. Elle est poursuivie par le péché du monde. Ne voit dans les hommes que des pécheurs. Voit en tous qu’ils se dressent contre la grâce, qu’au fond ils ne veulent pas se convertir parce que les hommes préfèrent leurs plaisirs passagers à l’éternité qu’ils écartent et masquent jusqu’à ce qu’ils aient imposé leur volonté. Il s’agit la plupart du temps de bagatelles, mais leur manière de penser n’en est pas moins laide : il n’y a ici aucune distinction entre péché grave et péché véniel. Au contraire : le péché véniel semble presque encore plus minable que le péché grave, parce qu’on sacrifie ici l’éternité à une babiole. Adrienne est totalement dégoûtée, elle voudrait ne plus jamais avoir à faire avec un pécheur. – La soirée fait partie des plus horribles que j’aie vécue avec Adrienne. Toute la journée elle n’avait vu que des abominations. Une sorte de galerie apocalyptique de tableaux. Maints tableaux tout à fait compréhensibles, d’autres uniquement atroces et surtout effrayants, comme si les figures menaçantes n’étaient là que pour la chasser dans une profonde angoisse. Cela commença par un sentiment général d’angoisse et d’oppression : pour le clergé, pour les protestants, plus tard pour la Suisse pour laquelle elle souffrit une angoisse terrible. “Jusqu’à présent je ne savais pas qu’on pouvait tant aimer sa patrie”, dit-elle. Puis pour l’Eglise en général. Puis tout devint visionnaire et apocalyptique. Elle vit des feux éclater partout, des tremblements de terre, des monstruosités et des figures grimaçantes. – Le matin, lors de sa communion dans la chapelle Sainte-Claire, quand le prêtre leva l’hostie, tout vacilla autour d’elle comme dans un tremblement de terre général, une sorte de fin du monde. Et la petite hostie était là-dedans comme quelque chose de totalement sans défense et livrée aux forces du monde et de l’enfer. La demande aurait été d’offrir à l’hostie un refuge dans son coeur. Mais Adrienne se sentit manquer de force pour cela et ainsi tout devint effrayant, y compris la communion. Quand ensuite elle passa dans les rues en voiture, les flammes du péché jaillissaient des maisons. Dans la Leimenstrasse, elle vit monter du N° 47 une sorte de fumée, pas un vrai feu. “La maison à côté brûlait du moins vraiment, même si c’était à cause du péché. Sur le 47 on devrait un jour vraiment verser du pétrole”. – La plaie du coeur saignait constamment. La nuit précédente, la plaie du front avait également beaucoup saigné et le matin tout le linge était taché de sang. Emma fit la chambre et demanda à Adrienne si elle l’avait vu. Elle dit toute honteuse, comme prise sur le fait : “Bon! Mettez cela tout de suite à la lessive”. – Puis le soir, épouvantables crises cardiaques. Elle gémissait de douleur. C’est comme si on lui retournait et lui tordait le coeur. Le front, les mains et les pieds lui faisaient également fort mal, d’une manière particulièrement angoissante. La nuit, elle avait vu le coeur du Christ au milieu d’un tumulte de batailles et de fin du monde. Le coeur très grand et battant et travaillant paisiblement tandis qu’à côté le sien était torturé à l’extrême. On aurait dit : tant que le sien aime, le coeur du Christ peut opérer tranquillement. – Elle arriva en grande angoisse. Dans sa chambre, il y avait des serpents et des figures grimaçantes, et à l’intérieur d’elle-même une pure angoisse. “Habituellement, pensa-t-elle, je ne serais pas effrayée ainsi par ces figures grimaçantes”. C’était des péchés qui se montraient de la sorte. Puis du feu dans tous les coins de sa chambre, puis du sang. Elle dit : “Sang des martyrs dans lequel tout baigne…” Cela avait été pour elle une inquiétude. Elle pensait à Friedmatt (l’hôpital psychiatrique) ces dernières semaines. Avec cela, absence de foi, éloignement de Dieu, conscience de la damnation éternelle. “J’avais essayé d’aimer mais maintenant il est trop tard. Vous comprenez combien cette Ascension est triste? Demain il s’en va et il laisse le monde derrière lui! Personne ne veut savoir quelque chose de lui. Le monde ne semble pas sauvé. Pas un sur mille ne tient vraiment à Lui. Et ainsi il doit se taire. Et puis l’insécurité parce qu’il ne peut plus bâtir lui-même son Eglise et qu’il doit la mettre entre les mains des hommes”. Tout à coup elle cria très fort (c’était la première fois que je l’entendais ainsi) et regarda dans un coin, pleine d’épouvante : “Non, non, pas cela. Cela ne peut pas se faire”. Je demandai ce qu’elle voyait. “Maintenant ils torturent aussi la Mère. Ils se moquent d’elle et lui montrent toutes ces abominations”. Adrienne vit comment des femmes, des chrétiennes, conscientes, venaient à Marie comme pour la piétiner. Elles ne reconnaissent pas son mystère, elles seraient contentes qu’elle n’ait aucune place et elles cherchaient à l’écarter totalement. Sociétés mariales, mois de Marie, mais qui sont si égoïstes qu’à aucun prix ils ne voudraient admettre le mystère de Marie. – Puis à nouveau : “Voyez-vous là?” “Où?”, demandai-je. “Là dans le coin; non, partout maintenant. Comme une danse et un tourbillon”. Elle voyait des foules de gens qui dansaient ensemble dans des voiles noirs jusqu’à ce qu’ils y soient totalement empêtrés. C’était des péchés. Mais les gens croyaient que c’était des voiles multicolores et comiques. – A un certain moment, elle sortit dans le laboratoire pour boire un peu d’eau. Elle revint effrayée : “Dehors, là où la Mère de Dieu s’était assise, c’est maintenant plein de serpents et de figures grimaçantes, c’est très dense”.

Vendredi avant la Pentecôte – Elle est dans le “trou” le plus profond. Elle se sait de nouveau damnée. Elle est triste à mourir au sujet du monde. “Comme j’aurais voulu aimer Dieu. Mais maintenant c’est fini”. Je lui dis qu’après-demain c’est la Pentecôte. “Cela, je ne le sais pas, dit-elle; le présent est éternel”. Elle voit la croix devant elle. D’abord la croix vide, sans le Seigneur. C’était horrible à voir. Puis elle vit le Seigneur suspendu sans la croix. C’était encore plus insupportable. “Vous devez m’aider, m’implorait-elle, car je suis ici en dessous aussi à cause de vous… J’ai certes tout assumé. Ce ne sont plus des péchés grands et tout ronds comme auparavant, mais les plus petites infidélités sont plus horribles, beaucoup plus douloureuses, parce qu’elles sont justement très sérieuses”. Elle me regarda implorante et profondément triste, m’adjurant de ne plus pécher. Elle souffrait surtout pour le clergé.

Pentecôte - La Pentecôte ne fut pas très joyeuse. Le matin, elle reçut un coup d’épingle, l’après-midi elle subit une scène. Intérieurement elle était heureuse, mais elle vit son énorme responsabilité qui n’était aucunement proportionnée à ses forces. La nuit précédente, elle avait pris la discipline pour “faire quelque chose”. Quand elle commença à se frapper, chaque coup la brûla comme un feu jusqu’au plus intime de l’âme, une douleur tout à fait surnaturelle qui lui fit pousser des cris. Elle s’arrêta au bout de quelques coups, s’assura que personne dans la maison ne pouvait l’entendre et elle continua à se frapper. Son dos ensuite lui brûla tellement qu’elle ne put se coucher dans son lit et elle se remit donc à genoux. Puis elle se dit tout d’un coup : “Tu t’agenouilles uniquement parce que c’est plus confortable pour toi”, et elle se remit au lit. Le matin de la Pentecôte, elle se réveilla à nouveau comme les années précédentes dans un grand feu. “Ce n’est pas tellement à proprement parler le feu de l’amour, dit-elle, que la libre force de Dieu qui prend possession avec autorité”.

18 juin“Trou” profond, angoisse et abandon. Constamment des tableaux de la Passion, du Mont des oliviers à la croix. Communs à tous est la “démesure” qui fait sauter tout le cadre humain de la souffrance. Et ceci avec des variantes toujours nouvelles. Elle-même est introduite dans cette démesure : elle se plaint à nouveau que c’est une exigence démesurée absolue. Et ce qu’elle ne supporte pas, c’est premièrement de voir la souffrance du Christ; et deuxièmement surtout pas la moindre comparaison entre sa souffrance à elle ou celle de l’humanité avec la souffrance du Christ.

Samedi, fête du Précieux Sang – Elle a quelques heures très difficiles, tellement qu’elle pensa aller jusqu’à Genève où je me trouvais pour deux jours. Elle vit et entendit couler et goutter le sang du Christ. C’était comme une offre constante : tu es un pécheur mais je veux souffrir pour toi et, par mon sang et ma souffrance, tu peux devenir pur. Veux-tu recevoir mon sang? La chose terriblement difficile qui était demandée était de dire oui à la souffrance incommensurable du Christ. Le pécheur doit consentir à être sauvé sur ce chemin et sur nul autre. Mais plus difficile encore était de voir comment quelques personnes cherchaient à conclure avec le Seigneur une sorte de compte subtil; ils lui disaient pour ainsi dire : “Nous avons compassion de toi, nous te proposons un compromis. Tu n’as pas besoin de souffrir. Et nous alors, nous aurons l’avantage de pouvoir rester dans notre péché dans lequel nous nous trouvons bien”. “Une sorte de pensée d’humanité, dit Adrienne, qui est encore beaucoup plus répugnante que la conduite de ceux qui font souffrir le Seigneur”.

6 juillet – Recommencement de la Passion. Angoisse et abandon. L’angoisse est si grande que le moindre mouvement la plonge dans l’effroi. Si, au lit, elle vient dans un endroit frais, elle pense toucher un serpent. Elle se sent entourée de diables de partout et, intérieurement, elle a perdu toute foi, toute espérance et tout amour. Elle est extrêmement fatiguée et tombe plusieurs fois en syncope. Une fois aussi à l’hôpital, après avoir fait trop de visites de malades.

13 juillet – Hier matin, le stigmate de la main saigne à nouveau. Adrienne était dans une grande angoisse; elle n’osa pas se lever pour aller à la communion. Vers midi, le saignement cessa.

Dimanche 1er août – Mercredi soir. Après deux jours de relative tranquillité (seul le pied droit a saigné pendant toute la neuvaine, bien que légèrement), je suis là encore une fois quand Adrienne tombe dans le “trou” alors qu’elle est en bonne forme. C’est une plongée rapide, sans préavis, dans les ténèbres et l’angoisse; d’abord une angoisse générale et sourde comme prélude à la grande angoisse, puis un éloignement croissant de la foi. Elle me dit que, quand elle s’enfonce dans le “trou”, elle a coutume toujours de dire inconsciemment le credo pour se tenir à quelque chose. Puis elle remarque soudain qu’elle ne peut plus dire l’un des articles du credo. Cette fois-ci, elle s’arrêta devant la résurrection et la vie éternelle. Elle dit ensuite : “Le point fixe qui reste le même dans le ‘trou’ et en dehors du ‘trou’, c’est la conscience absolue qu’il faut aider les hommes”. Seulement, dans le “trou”, cette conscience lui apparaît chaque fois comme de l’hypocrisie ou comme une tentation ou comme chimérique. Elle me reproche doucement de trop peu l’aider et de trop peu la soutenir quand elle est dans le “trou”. C’est très vrai car je sombre la plupart du temps dans une sorte d’irritation découragée au vue de l’impossibilité apparente de l’aider étant donné qu’elle déforme tout renvoi à Dieu et au Christ et qu’elle s’y entend pour les réfuter. Mais elle assure que ce n’est pas vrai qu’on ne puisse pas l’aider, qu’on peut au contraire indiquer la direction de la foi à son incroyance, à laquelle on ne peut pas remédier, afin qu’elle ne tourne pas en révolte, qui est toujours toute proche.

15 septembre, fête des Sept douleurs – La plaie du coeur fait fort mal. Toute la nuit et toute la journée une “souffrance de syncope” et en même temps une souffrance de désir qui fait qu’on ne comprend plus ce qu’on cherche encore en ce monde. Adrienne s’attend à devoir retourner prochainement dans le “trou”.

Vendredi après le 15 septembre – Dans un “trou” très profond. L’après-midi elle est venue chez moi, toute bouleversée, pleine d’angoisse. Elle n’est restée que peu de temps. Je lui ai conseillé d’aller à la chapelle. Elle y est allée; là, la même chose se répéta plusieurs fois. Un instant l’angoisse disparaît, oubliée. Adrienne s’offre à nouveau : “Fais avec moi ce que tu veux”. Au même moment elle est replongée dans l’angoisse plus fortement qu’avant.

Après le 15 septembre – A Vitznau, la plante du pied gauche a commencé à faire mal. Au début, on ne voyait pas ce que c’était. Cela faisait seulement très mal. Maintenant, à Bâle, la douleur augmente tellement qu’elle ne peut plus mettre le pied par terre. Pour la première fois, la plaie est visible à la plante du pied. La plaie traverse tout, comme pour les mains.

Du 23 au 25 septembre – Depuis plusieurs jours, le pied gauche lui fait mal d’une manière insupportable. C’est comme si un clou entrait par en dessous. Elle a si nettement l’impression d’une grosse tête de clou dans sa chaussure qui la gêne quand elle pose le pied par terre qu’elle regarde plusieurs fois pour voir si vraiment rien n’est visible.

Lundi après le 25 septembre – Angoisse croissante et en même temps apathie croissante dans la foi. Durant la nuit, douleurs au pied. Adrienne est convaincue qu’il doit y avoir un caillou sous la plante du pied. Puis la douleur cesse tout d’un coup. Adrienne sait que le caillou doit se trouver dans son petit sac. Elle l’ouvre tout naturellement, il s’y trouve deux petits cailloux noirs. Elle les met dans le tiroir. Le matin, elle croit avoir rêvé, mais les cailloux se trouvent toujours à la même place. Elle me les donne. Toute la journée, grande souffrance qu’elle peut difficilement me décrire. C’est comme si en elle il y avait quelque chose d’infiniment avide qui, au moment où la foi, l’espérance et l’amour pour Dieu s’éveillent, les saisit et les dévore d’avance et les transforme en leur contraire. En haine contre Dieu, en accusation, en mépris. Dans l’abandon d’un Dieu qui laisse souffrir le monde et Adrienne elle-même d’une manière si sadique. – Le soir, entre cinq heures et six heures, tout à coup un inexplicable cyclone d’angoisse. L’angoisse est si grande qu’elle ne peut vraiment pas me téléphoner pour demander de l’aide. Elle n’aurait pas sorti un mot. Ensuite arrive chez elle Mlle G. qui la couvre de honte pour son égoïsme.

Mardi après le 25 septembre – L’après-midi une fois encore la même folle crise d’angoisse. Souper chez Gigon. Adrienne n’a plus rien de correct à se mettre. Elle cherche partout des épingles de sûreté pour fixer un col. Comme elle n’en trouve pas, finalement elle descend pour le coudre. Dans son tiroir elle trouve une foule d’épingles brillantes soigneusement rangées comme il n’y en jamais eu dans la maison. Mais pendant toute la soirée s’accumulent les visions d’épouvante. D’un côté la politique : des conseillers dont chacun est possédé par son lourd égoïsme. De l’autre : les prêtres et leurs péchés. Comment ils tourmentent Marie. Surtout par leur immoralité (car la pureté du prêtre se trouve dans une relation particulièrement étroite à la Mère), par l’indifférence avec laquelle ils prêchent des choses auxquelles ils ne croient pas. Adrienne ne cesse d’essayer de prier, mais à l’instant où une prière se formule, elle lui est enlevée. Elle a en quelque sorte l’impression que cette prière est utilisée pour les choses qu’elle a vues, mais elle se trouve elle-même à côté, vide et impuissante. Puis de nouveau apparaît ce qui est menaçant, énorme et anonyme : comme une inondation qui envahit tout, un feu qui dévore tout, un vacarme qui couvre tout, dans lequel chaque mot est perdu. Une fois elle vit Marie infiniment triste et faible, comme mourante, comme si elle ne pouvait plus continuer à exister en ce monde. Adrienne vint me voir pour chercher consolation. Mais je ne pus guère lui en donner, paralysé que j’étais par ce qu’elle me racontait.

Jeudi 30 septembre – Après que le pied gauche  a cessé de la tourmenter, le genou gauche a commencé à lui faire si mal qu’Adrienne peut à peine marcher et il lui est impossible de s’agenouiller après la communion. En se levant, elle crie involontairement. Mais elle dit toujours que ce ne sont que des bagatelles si cela peut être vraiment utilisé.

Du 3 au 11 octobre, le P. Balthasar est absent de Bâle. Il mentionne des lettres d’Adrienne dont il ne donne pas le contenu. Le temps de son absence, Adrienne le caractérise comme une sorte de suspension de la souffrance aiguë. Ce fut une sorte d’obscur état de souffrance sans événements particuliers. Elle souffrit d’une impuissance spirituelle générale, une sorte de tiédeur absolue et imposée. Quand le P. Balthasar fut de retour, elle se confessa, communia et retomba aussitôt dans le « trou” proprement dit avec des états d’angoisse épouvantables. C’en était souvent au point que la nuit elle se cramponnait des deux mains aux bords de son lit pour le supporter. Elle claquait des dents et était glacée d’angoisse jusqu’aux os. Une nuit, elle entendit, sans rien voir, les propos des pécheurs : des conversations de tiédeur, de blasphème, toutes les formes de propos pécheurs. Elle-même ne prenait pas part à ces péchés, mais elle les éprouvait comme un fardeau qui lui était particulièrement réservé.

18 octobre – Le front saigne à nouveau assez bien, même quand elle est en compagnie. Les mains, les pieds et le coeur lui font très mal. Samedi après-midi, une longue crise. Elle croit mourir; durant deux heures, elle est hors du “trou” et elle peut à nouveau prier. Cela fut certes pénible mais beau.

22 octobre – Toute la journée se passe dans une angoisse indescriptible; plus exactement il y a deux angoisses : l’angoisse devant la croix et l’angoisse sur la croix. Les deux sont séparées par un cheveu et s’accroissent réciproquement pour faire une angoisse d’ensemble. Cette distinction des deux angoisses doit à chaque instant être vécue et consommée activement. Adrienne doit être constamment présente d’une manière active dans l’angoisse, il ne lui est pas permis de la supporter simplement avec patience. Elle doit tout saisir et assimiler. – La tête lui fait mal à éclater. Elle la change souvent de côté, mais cela ne sert à rien. Elle perçoit que le Seigneur sur la croix ne savait pas comment il devait tenir sa tête. Chaque fois qu’il pensait qu’une autre position serait bien meilleure, ça allait toujours de pire en pire.

23 octobre – Elle me téléphone de sa consultation : que doit-elle faire maintenant? Cela ne va plus; par angoisse, elle ne peut même plus écrire correctement les noms de ses patients. Elle a de l’angoisse pour chaque seconde qui vient et également pour tout le passé. Le jour passé lui paraît toujours doré en comparaison du jour présent. Toutes ses plaies saignent. Hier soir elle avait perdu beaucoup de sang par la plaie du côté. Elle était justement occupée à laver du linge dans la salle de bain quand Werner entra; il l’interrogea longuement sur ce qui se passait. Hier, Mlle G. a fixé continuellement ses yeux sur ses mains. Dans son obéissance volontaire et sa bienséance, elle n’y tient plus. Pouvoir être une fois réellement “inconvenante”! Ce serait peut-être une issue. Prier est impossible. Prier Marie, ce serait comme si on voulait importuner un mourant d’une sotte question. Par suite de la perte de sang d’hier et d’aujourd’hui, elle se sent sérieusement affaiblie, y compris physiquement. Avec cela constamment des visions. Dans un coin de la chambre se trouve, menaçante, une croix nue. – Le soir, extrême faiblesse. Aucun endroit de son corps n’est plus sain. En plus des cinq plaies et du front s’ajoutent les deux épaules, là où s’appuie et s’incruste la croix, le dos où elle sent la croix, les deux plaies suppurantes du ventre (qui ne se sont plus refermées), les cuisses fort enflées et le genou fracturé et enflammé. Pour le coeur, toutes sortes de douleurs; elle a toujours froid si bien que, la nuit, même plusieurs bouillottes n’arrivent pas à la réchauffer. “Tout cela ne serait rien, dit-elle, s’il n’y avait pas les tourments de l’âme et les visions d’épouvante”.

26 octobre – Jeudi, en se lavant, elle vit tout à coup briller quelque chose dans la glace, et aussitôt après elle sentit un coup au coeur, si fort, qu’elle perdit presque connaissance. Depuis lors le coeur saigne constamment, très douloureusement et, à chaque mouvement, la plaie s’ouvre à nouveau. La main gauche aussi saigne visiblement surtout pendant les consultations.

12 novembreDepuis hier soir, à nouveau dans le “trou” le plus profond. Angoisse, surtout pour l’enfant, qu’il ne va pas naître, qu’il ne trouve pas l’amour – surtout pas chez elle – dont il a besoin pour pousser. Adrienne prévoit le temps horrible qui suivra la guerre. C’est dans cette tempête que l’enfant devra naître. Durant la nuit, elle a vu Marie pleurer sur le monde, sur l’Eglise et sur nous. Elle vit la plaie du côté du Christ et elle dit que le Seigneur a très bien ressenti ce coup de lance comme un ultime outrage. Partout elle voyait des traces de sang : assassinats, exécutions comme otages d’enfants qu’on mettait au mur, et beaucoup de ces gens mouraient sans la grâce. Cependant leur sang se mêlait au sang du Seigneur sans qu’Adrienne comprît comment cela se faisait. Ce qui est sans grâce et la grâce se mêlaient. Dans son angoisse elle ne comprenait rien et pourtant l’exigence catégorique était faite de comprendre ce mystère du sang. Elle me regarda tout à coup et demanda : “N’entendez-vous pas? Ce grondement énorme! Si l’on regarde à droite, il vient de la gauche; si l’on regarde à gauche, il vient de la droite. Il n’y a rien à y comprendre”. Je l’encourageais. Elle dit : “Du courage? Ne savez-vous pas que, quand on a de l’angoisse, il n’y a plus de place pour rien dans l’âme à côté de cette angoisse?” Finalement elle se leva péniblement et dit, comme souvent en une telle circonstance : “Je vais partir, cela ne sert à rien. Pouvez-vous me pardonner?” – Tout le samedi se passe dans le “trou” : constante obsession de devoir imaginer un monde sans Dieu, avec une “pure moralité”, avec des idéaux, etc. Ceci est d’autant plus torturant que ce jour-là Adrienne désire de toute son âme pouvoir croire.

17 novembre – J’ai dit hier à Adrienne que la retraite après Noël était mise en question. Avec cette préoccupation, Adrienne me demanda une “nuit libre”. Elle utilise souvent cette expression maintenant quand elle veut faire des exercices particuliers de pénitence. Elle regrette la présence de Béguin, étant donné qu’elle ne peut pas se donner la discipline et qu’elle ne peut rien faire d’autre non plus qui fasse du bruit. – Durant la nuit, sentiment d’abandon et d’angoisse. Adrienne se plaint de sa naïveté et de sa crédulité infinies pour qu’elle soit devenue catholique. Toute l’après-midi, doute. Souffrance, “trou” et angoisse. Chaque chose séparée des autres, chaque chose pour soi. Mais elle doit sans cesse tout réunir et rassembler. Cela éclate tout de suite à nouveau en morceaux. C’est comme si elle devait toujours cirer un lino sur lequel vont une foule de gens : à chaque instant il est de nouveau plein de traces de pas. Durant la nuit, elle sent très fort la croix dans son dos. – Quand Adrienne est à nouveau au lit, l’angoisse la tourmente : tout n’est qu’une erreur. Sans cesse elle prend le Nouveau Testament dans le tiroir pour s’assurer qu’il y a vraiment des histoires qui parlent du Christ. Elle se tient à Matthieu parce qu’il est le plus simple. Elle n’ose pas ouvrir saint Jean, elle a l’angoisse d’y rencontrer l’amour et d’être “poussée” par lui à continuer dans l’angoisse. Quand Werner vient la voir, elle a de l’angoisse parce qu’elle sent si fort la croix à ses épaules qu’elle pense involontairement qu’il doit la voir dépasser.

Après le 24 novembre – Jeudi. Journée très paisible, calme et reposante. Vendredi : à nouveau dans un trou d’angoisse. Angoisse et vision d’épouvante; une montée et une descente où on ne peut se tenir à rien, même pas au Christ qu’on n’a pas le droit de charger encore étant donné qu’il est déjà surchargé. Le tout n’est pas sans amour, mais extrêmement angoissant. – Après-midi : toutes les plaies sont ouvertes, la plaie du coeur plus grande que jamais. Les mains saignent très visiblement; à la consultation la plaie du front également. A l’hôpital, Adrienne a une syncope dans l’escalier. Puis elle a à faire une petite intervention; pour cela, elle porte des gants; à la fin, ils sont pleins de sang. Elle les enlève, elle ne sait pas ce que la Sœur en pense. A la consultation, il semble qu’il se soit passé une fois encore des choses étonnantes. Cela la remplit d’inquiétude, c’est plus de l’inquiétude que de l’angoisse. Elle ne croit plus à l’enfant qui pourtant dans quelques jours, le 8 décembre, doit être “fondé”. Elle se sent toute proche de la folie; aujourd’hui elle voulait sérieusement aller voir John Staehelin (à l’hôpital psychiatrique). – A la consultation, la plaie du front lui faisait tellement mal qu’elle regarda involontairement dans la glace; elle vit alors la plaie grande ouverte en forme de coeur au-dessus des yeux; dans le coeur il y avait une croix. Plus tard en se lavant les mains entre deux patients, elle regarda une fois encore dans la glace; elle vit alors soit la croix dans la plaie, soit la chair rouge et brillante. Mais elle est convaincue que personne d’autre qu’elle n’a vu cela. Cela ne correspondait pas non plus à ce que sa main sentait en touchant la plaie. – Pendant toute la consultation, les diables étaient là, attendant et menaçant.

1er dimanche de l’Avent – Dimanche soir. Adrienne n’est pas dans le “trou”; par contre la plaie du côté lui fait si mal que souvent elle peut encore à peine parler. C’est comme si constamment la pointe de la lance lui était enfoncée et qu’elle lui était retournée dans le coeur. Quand on pense que la douleur est maintenant si forte qu’elle ne peut plus croître, l’épaule gauche commence aussi : elle est comme déboîtée (comme lors du dernier vendredi saint). Mais Adrienne est joyeuse de tout ce tourment; elle dit seulement : “Croyez-vous vraiment que cela peut servir à quelque chose? Si oui, cela n’a qu’à continuer tant que la machine le supporte”. Une autre fois, alors que la souffrance devenait insupportable, elle dit : “Si cela continue encore longtemps, il va se passer quelque chose : ou bien je m’en vais, ou bien cela doit cesser”. (En parlant de partir, elle voulait parler de sa mort). – Lundi. Toujours encore le coeur. Durant la nuit, c’était si fort qu’elle devait souvent crier tout haut ou du moins gémir. Maintenant la plupart du temps elle ne peut plus distinguer entre ce qui est angine de poitrine naturelle et ce qui fait partie de la plaie au côté. Les deux s’accroissent réciproquement.

Après le 1er dimanche de l’Avent – Pendant tout ce temps, “trou” profond. Adrienne ne dort guère. Elle m’avoue à la fin de la semaine qu’elle a toujours dormi la nuit sur la planche à laver. Elle ne peut plus se coucher par terre à cause de son coeur, alors elle a eu l’idée de prendre la planche dans son lit. Sur la planche elle met le cilice que je lui avais donné et elle par dessus. Plusieurs fois, par pénitence, elle s’est couchée en laissant pendre la tête sur le côté, ce qui était rapidement extrêmement douloureux. Une fois elle en perdit connaissance. Je la pousse constamment à la mesure. Elle répond : quand elle voit toutes les horreurs et toute la misère, quelque chose doit se passer! Cela se fait sans cesse en pur désespoir de pouvoir en faire trop peu.

Les 6 et 7 décembre, encore profondément dans le “trou”. Il s’agissait surtout du “péché contre le Christ”. Le péché des élus : Judas, Pierre, l’incrédulité de Thomas; la profanation du Seigneur; le manque d’engagement, le manque de volume de ce qu’on sait; l’action extérieure. A cela s’ajoutèrent de violentes accusations provenant de son entourage. Adrienne pleura. Tard le soir, elle pria pendant une heure. Le “trou” était passé.

Samedi après le 8 décembre – Adrienne est fort enrhumée,elle a une bronchite. Malgré cela, elle fait quand même pénitence la nuit, elle ne peut pas du tout dormir à cause de la toux. Pour la journée, elle a trouvé quelque chose de nouveau : elle a mis deux pierres dans une ceinture en caoutchouc et elle la porte autour du corps. Mais les douleurs deviennent insupportables. Quand elle enlève la ceinture, d’un côté la chair est arrachée près de la plaie du coeur, de l’autre il y a une tumeur de la grosseur d’un poing. Adrienne est atterrée et elle ose à peine me dire la chose. Elle promet de ne plus le faire. Le 8 décembre, j’avais parlé aussi de pénitence aux jeunes filles; Adrienne avait tout pris sur elle et elle avait pensé qu’elle devait doubler ses exercices de pénitence. Durant la nuit de samedi à dimanche, elle s’agenouilla une fois de plus pendant un certain temps au pied de son lit, elle en attrapa un lumbago qui, le lendemain matin, lui rendit la marche presque impossible.

Après le 12 décembre – Adrienne s’est offerte librement pour retourner dans le “trou”… Elle sait que c’est accepté et elle me dit l’après-midi : « Je vous dis adieu; la prochaine fois, je vous verrai encore une fois dans le trou, cela commencera dès ce soir”. – Lundi. Adrienne dans un “trou” profond, angoisse et abattement, grande lassitude : le tout ne sert à rien. Elle a le sentiment que vis-à-vis de moi aussi elle a trop tendu l’arc, qu’elle m’a entraîné dans des choses pour lesquelles je ne suis pas de taille et elle se sent coupable. – Mardi. Le “trou” se fait toujours plus profond et plus étendu. Le sang du Christ remplit tellement tout qu’elle ne voit plus rien d’autre que ce sang qui l’aveugle de son rouge. Elle doit lutter pour parvenir aux choses, elles se trouvent derrière. C’est un sang qui coule éternellement, mais il coule dans l’éternité. Il n’a pas de direction ni vers le bas ni sur le côté, il coule simplement, sans fin. Mais il s’échappe de la plaie du côté. C’est un sang qui ne se coagule jamais. S’il se coagulait, ce serait la fin, la forme, le terme. Adrienne dit qu’elle sait maintenant aussi pourquoi il y a de l’eau dans ce sang : justement parce qu’il ne peut pas se coaguler et qu’il doit demeurer fluide éternellement. Le front d’Adrienne saigne, plus tard la main gauche, si fort qu’elle doit la panser. Elle est infiniment fatiguée et désespérée. Tout lui paraît compromis. Cela lui semble être comme une tromperie quand elle essaie de conduire les hommes au Christ : ce qui est absolument inadéquat et même totalement absurde. Le Seigneur lui parle à l’intérieur, et au dehors on fait un bruit d’enfer avec des mots. Elle est désespérée aussi pour elle-même: elle devrait enfin en finir avec cette vie désordonnée. – Le mardi soir, elle donne un grand souper avec le Recteur Henschen, Muschg, Béguin et moi. Elle est totalement muette dans sa souffrance. Quand je lui demande comment ça va, elle dit : “N’attirez pas l’attention sur moi, personne ne remarque que je ne suis pas bien”. De fait elle n’a rien mangé pendant ce grand souper, ce que personne n’a remarqué sauf moi. – La main (toujours la gauche) lui fait tellement mal le soir qu’elle examine la plaie. Comme précédemment quand deux petits cailloux durs sortirent de la plaie de son pied, elle peut maintenant retirer de la plaie de sa main un petit caillou noir encore beaucoup plus petit. Le cilice avec deux pierres qu’elle s’était fabriquée et qui l’avait blessée avait provoqué deux tumeurs. A droite, avec la petite plaie, il s’en forme une grande qui commence à suppurer et ne veut pas guérir. A gauche, l’affaire semble s’arranger. Adrienne est consternée de ce qu’elle a provoqué sans me le demander. Elle porte maintenant par nécessité un pansement, mais il ne cesse de se déchirer et il lui cause par là de nouvelles douleurs.

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