41.2 La vie d’Adrienne von Speyr

 

41.2

La vie d’Adrienne von Speyr   (Résumé)

 

I . L E S   P R É P A R AT I O N S   (1 9 0 2 – 1 9 4 0)

I. L’enfance (1902-1913)

(suite)

11. L’opération à Bâle

Depuis un certain déjà Adrienne devait être opérée d’une appendicite. La veille du départ pour l’hôpital, à Bâle, son père l’emmène faire une promenade, elle toute seule. « Quand je me promenais avec mon père, je lui donnais souvent la main. Il me semblait qu’il n’y avait pas de bonheur plus parfait que de marcher à côté de papa, la main dans la sienne ». Et le papa explique à sa fille que toute opération comporte un risque : elle peut entraîner un accident mortel. Cette opération était vivement conseillée par le chirurgien, le papa en avait accepté la responsabilité. Mais il avait voulu prévenir sa fille, elle devait réfléchir avec lui et donner elle-même son accord. Adrienne est toute heureuse : son père lui parle comme si elle était une grande personne, et elle répond : « Si le professeur de Quervain et toi, vous êtes d’accord, c’est donc suffisant ».

Mais le papa insistait, il voulait qu’elle sache quelque chose de la mort : « Tu pourrais mourir, nous n’aurions plus qu’une seule petite fille ». Adrienne : « Mais papa, j’aimerais mourir ! ». Son père la regarda d’une façon étrange et dit : « Es-tu vraiment malheureuse ? » – « Mais non, bien sûr, j’étais heureuse, de toute mon âme heureuse, mais évidemment je serais encore bien plus heureuse au ciel, et j’avais vraiment envie de mourir, et aussi un tout petit peu envie de vivre ». L’opération fut décidée. Willy, le petit frère, devait aussi se faire opérer (de la jambe) ; frère et sœur furent logés dans la même chambre à l’hôpital.

Pendant la convalescence à l’hôpital, Adrienne trouva le moyen de renvoyer prestement le pasteur qui était venue lui rendre visite et qui au premier coup d’œil lui avait déplu : « Moi, je ne suis pas protestante, il ne faut pas vous occuper de moi, et d’ailleurs c’est le moment où je suis obligée de dormir un peu ». Et dignement, elle se retourna dans son lit, le visage contre le mur. La maman fut évidemment mise au courant…

Un dimanche matin, le père vient à Bâle rechercher Adrienne. Willy et sa mère restaient encore à l’hôpital. Adrienne fit une promenade avec son père et c’est alors qu’il lui annonça qu’elle pourrait commencer le lycée (le gymnase, dit-on en Suisse), mais il fallait encore qu’elle prenne quinze jours de convalescence à la Waldau. Adrienne et son père retournèrent à l’hôpital pour prendre congé de la mère et de Willy, et « c’est je crois la première fois qu’elle dit à papa devant moi, avec un mécontentement réel : cette enfant finira par devenir catholique, tu verras ». Puis avec une sorte de logique elle avait ajouté : « Elle fait vraiment assez de sottises pour avoir besoin de se confesser ».

Dans le train, Adrienne demande à son père : « On peut devenir catholique ? – Oui, dit papa, on peut. – Qu’est-ce que c’est se confesser ? – C’est dire ses péchés. – Oui, je sais bien, mais encore, pourquoi est-ce que j’ai besoin de me confesser ? – Papa ne savait pas, moi non plus. Mais de ce moment, il me resta qu’il y avait des gens qui avaient besoin de se confesser. Le catholicisme répondait-il en cela à un besoin ?

Pour un bilan de cette enfance

1. Adrienne est une fille très éveillée et audacieuse comme pas une. Un vrai garçon manqué. Ce qui explique peut-être que la sœur aînée Hélène était la préférée de sa mère : une petite fille modèle comparée à cette imprévisible Adrienne ! Adrienne sentait cela très fort. C’est peut-être la raison pour laquelle, à l’école, elle n’aimait pas être la préférée d’une maîtresse. Elle devait sentir là-dessous une certaine injustice. Elle ne supporte pas une injustice faite à quelqu’un. C’est une fille pleine de vie, manifestant très vite une certaine force de caractère.

2. Toute petite, elle ressent le désir de devenir médecin, comme son père. Aider les autres dans leurs souffrances. Mais elle souhaitait quelque chose de plus. Non seulement aider les autres, les soigner, mais aussi, si c’était possible, porter quelque chose de leurs souffrances à leur place.

3. Un sens de Dieu très averti pour son âge. La grand-mère des Tilleuls y est peut-être pour quelque chose. Mais aussi cet ange mystérieux dont la présence paraît toute naturelle à l’enfant. Et puis la rencontre avec « l’homme » : cette rencontre a un rapport avec la prière. Ignace jouera plus tard un grand rôle dans la vie d’Adrienne. Elle éprouve aussi un sentiment d’insatisfaction dans la religion qu’on lui enseigne. Souvent déjà elle pose des questions sur le catholicisme : à des enfants, à l’occasion aussi à des adultes, espérant toujours une réponse plus satisfaisante. Elle prie toute seule, parfois sans paroles, comme le faisait sa grand-mère.

4. Elle aimait beaucoup le cantique de l’école du dimanche: « Entends-tu l’appel du Maître ? ». Elle voulait se donner à Dieu. Se donner à Dieu, cela voulait dire pour elle, être missionnaire, tout en étant aussi médecin.

 

Tous les détails rapportés dans les deux autobiographies d’Adrienne n’ont pas été reproduits ici. A surtout été retenu ce qui est significatif pour l’avenir. L’essentiel provient des Fragments autobiographiques, p. 13-71 et de Geheimnis der Jugend, p. 13-28.

 

II . Les années de lycée (1914-1918)

1. La première année

Les trois premières années de lycée étaient appelées progymnase à La-Chaux-de-Fonds. Il y avait dans la classe d’Adrienne cinquante garçons et six filles. Adrienne arrive quinze jours après la rentrée des classes. Elle a donc du retard. A la première récréation, elle demande à une fille de lui apprendre vite ce qu’ils avaient fait pendant les deux premières semaines. Aussitôt un garçon Charles Wolf (+ 1964, qui deviendra chirurgien-chef des hôpitaux publics de La Chaux-de-Fonds et Le Locle) vient dire à Adrienne : « Avec les filles tu n’apprendras rien ; si tu veux, je te montrerai ». Il lui montra si bien qu’à la fin de la première semaine il y eut des travaux écrits en allemand et en latin, et elle a eu la première note dans les deux branches.

« Il me semblait que tout était fabuleusement intéressant ». Elle aimait tout particulièrement trois branches : le latin, le français et les mathématiques. « J’avais une vraie joie, presque une fièvre d’apprendre. Je commençai aussi à lire beaucoup et ce fut de nouveau Charles qui m’aida à faire un choix de lectures. Il lisait énormément et me passait ce qui lui semblait me convenir ». Charles et Charles-Henri (Charles-Henri Barbier, qui devint directeur des VSK) étaient très amis ; avec Adrienne, ils étaient les trois meilleurs élèves. « Charles-Henri était toujours troisième, tandis que Charles et moi nous alternions assez régulièrement comme premier et deuxième » (F 72-79). « C’est ennuyeux, les autres aimeraient bien aussi être un jour les premiers. Alors souvent,pour Charles et Charles-Henri, j’ai fait exprès une faute dans la dictée… L’ambition, ce n’est quand même pas sympathique ! » (G 15).

Les trois discutaient beaucoup entre eux. Adrienne eut un jour un doute et une véritable inquiétude : « Que faisait le bon Dieu dans tout ça ? » Charles-Henri lui expliqua bien vite et très gentiment que le Bon Dieu était un dévoreur d’énergies d’une part et d’autre part remplaçait pour les imbéciles le raisonnement qui leur faisait défaut. Adrienne en est presque suffoquée, mais tout de suite elle en prit son parti : elle serait du côté des imbéciles. « Charles-Henri fut très gentil et me dit qu’il me laisserait mon Bon Dieu sans me compter pour cela parmi les imbéciles », vu que le rang d’Adrienne en classe pouvait lui servir de certitude qu’elle n’était pas une imbécile. « Charles-Henri me laissait le Bon Dieu à cause de mes bonnes notes, ou plus exactement mes bonnes notes l’empêchaient de voir en moi une imbécile. C’était horriblement troublant… Et subitement je me sentis responsable, il me fallait apprendre à défendre Dieu ».

« Je passais toutes les récréations avec les garçons, mais rentrais à la maison seule ou avec des filles, parce que maman n’aimait pas que je sois avec des garçons, mais je trouvais leur compagnie infiniment préférable, ce qui ne m’empêchait pas de faire des sottises avec les filles » (F 72-79).

2. Une randonnée dans les Alpes

Les premières vacances d’été arrivent. Le père emmène ses deux filles, Hélène et Adrienne, dans la montagne pour une course de plusieurs jours. Première nuit à l’hôtel. Avant de se coucher, Adrienne contemple la nuit du haut du balcon. « Le lac endormi et tout tranquille, avec de-ci de-là une petite lumière de pêcheur, me semblait d’une beauté étrangement nouvelle. Et ce collier de lumières au fond, qui montait bien haut et s’arrêtait brusquement quelque part sans qu’on sache pourquoi, me paraissait contraster avec la tranquillité du lac. Quelques étoiles au ciel se miraient dans le lac. Longtemps je regardai tout ce qui était si neuf pour moi, était en dehors de moi et me paraissait offert… A ce moment même, je sus d’une façon très sûre qu’il y aurait Dieu dans ma vie, toujours davantage, que ma joie était en lui, ne serait pas si lui n’était pas. Je m’agenouillai sur le balcon de pierre et remerciai Dieu de ce lac tranquille, de ces lumières sur la montagne, de cette joie profonde… »

Le lendemain soir, ils arrivent à l’hospice du Grimsel. Et là, avant de s’endormir, Adrienne goûte une fois encore le silence de la nuit. « Tout à coup je me dis que Dieu serait certainement plus facile à comprendre dans cette nuit et ce désert de neige… Depuis la conversation avec Charles-Henri, je sentais qu’il ne suffisait pas de dire : je crois en Dieu ; il fallait vraiment croire, défendre sa foi, aimer ». Les longues courses continuèrent quelques jours (F 79-85).

3. Retour au lycée après les vacances

« Une fois par semaine, nous avions des leçons de religion. Ces leçons avaient un singulier caractère et je crois que c’est elles qui exaspérèrent mon malaise religieux… Je crois avoir eu déjà là une sorte de certitude absolue d’une route mal engagée ». Chaque jour avant de se lever, Adrienne disait un Notre Père rapide et le soir encore une fois ; « ensuite je me taisais. Je pensais beaucoup à Dieu et à sa vérité ; j’étais très persuadée qu’il guidait nos vies, tout aussi persuadée qu’il attendait quelque chose de nous, mais j’ignorais la substance de ce quelque chose, en tous cas je savais que c’était autre chose » (F 90).

Les leçons de religion avait lieu entre onze heures et midi, c’est le pasteur Moll qui les assurait. Comme Adrienne avait toujours des questions à poser, il préféra finalement qu’Adrienne les lui posât en tête à tête et c’est ainsi qu’Adrienne prit l’habitude de rentrer chez elle avec le pasteur. « Il était toujours très gentil, mais jamais ses réponses ne me satisfaisaient. Nous parlions rarement de la Réforme, presque toujours de l’Évangile ; je prétendais toujours que les versets voulaient dire autre chose et surtout davantage que ce qu’il m’expliquait. Souvent il m’arrêtait en disant : Ça c’est catholique ; d’où donc tiens-tu cela ? Qui est-ce qui te monte pareillement la tête ? Alors je me défendais : je ne parlais à personne de mes préoccupations et je ne connaissais personne de catholique. D’ailleurs je ne crois pas du tout avoir eu à ce moment-là une attirance spéciale pour le catholicisme que je ne connaissais pas. Mais je lisais beaucoup dans la Bible, j’aimais le Bon Dieu et j’aurais voulu le servir, et je pensais que l’Évangile était un vrai chemin ; il me semblait que les pasteurs l’étriquaient » (F 91).

« J’ai demandé un jour au pasteur s’il n’était pas juste d’être catholique. Il a dit non. D’abord il m’a grondée…. Il se demandait si on ne devrait pas en parler avec mon père avant qu’il soit trop tard. Il craignait que si un jour je rencontrais un curé catholique convenable il puisse me faire virer de bord. Il disait que je réfléchissais toujours aux choses de telle sorte que cela devait aboutir au catholicisme. Il n’aimait pas ça. Moi, il m’aimait beaucoup, il pensait que j’étais quelque chose de spécial. Ils m’ont toujours beaucoup choyée. Il affirmait que si je devenais catholique je deviendrais une sainte et que ce serait tout à fait bête, car c’était une conséquence tout à fait fausse du catholicisme. On adore les saints et c’est tout à fait faux. Mais j’étais quelqu’un qu’on pourrait très bien adorer… J’ai trouvé ça extrêmement stupide » (G 20).

4. La deuxième année de lycée. Le pasteur Junod

« Nous avions changé de pasteur aux leçons de religion ; c’était maintenant Monsieur Junod qui nous les donnait… Monsieur Junod était mon ami de toujours… Il avait sept enfants dont trois fils ». Le troisième suivait le même cours de religion qu’Adrienne. « C’est de lui que j’ai reçu mon premier billet doux. Il me le fit parvenir – il contenait une promesse de mariage sérieuse – pendant une leçon de son père. Je suffoquais presque d’indignation en le lisant ; pas à cause du mariage – pourquoi pas après tout ? -, mais bien parce qu’il me l’avait écrit pendant la religion qui était pour moi l’heure la plus belle de l’école ; et pourtant, je lus la lettre pendant cette même leçon et mon respect pour cette leçon ne me fit pas remettre à plus tard cette lecture intempestive » (F 98).

« Les enfants de Monsieur Junod étaient réputés à cause de leur manque évident de sagesse ». Un jour Mr Junod fit venir Adrienne chez lui, « dans un petit cabinet de travail avec un grand pupitre ». Elle demanda à Monsieur Junod s’il ne serait pas de beaucoup préférable que les pasteurs ne se marient pas. Il me dit avec une certaine gravité que, dans son cas, cela aurait été mieux, parce qu’il avait trop de soucis avec toute sa famille si turbulente, mais que d’autres pasteurs qui n’avaient point ou peu d’enfants étaient très heureux une fois mariés ». Adrienne insista : « Mais les curés ne se marient pas. Il répondit : Non, mais ils pèchent. Cela je ne le compris pas du tout. D’abord : ‘Nous sommes tous pécheurs’. Lui : ‘Évidemment, mais les curés pèchent avec des femmes, et cela est très mauvais’. Je renonçai à comprendre, mais vraiment, je ne crus pas que le célibat des curés équivalait à un péché, quel qu’il soit. Au fond de mon cœur, et malgré Monsieur Junod, je restai dès lors persuadée que le célibat des prêtres était absolument justifié » (F 99-100).

Un jour, au cours de religion, Adrienne a proposé d’étudier toute une année les différentes religions. « Alors ils ont dit : Ce serait le bouquet ! On ne l’a pas fait ». Puis elle a fait un jour une rédaction dont le titre était « Les préjugés ». Pourquoi les préjugés ? « Parce qu’on ne veut pas nous parler des autres religions pour que nous restions avec des œillères. Les œillères, c’est tout ce qu’ils laissent de côté dans l’Ecriture. Ça a fait un méchant raffut » (G 21). « On a le sentiment que quelque chose est étouffé par des paroles. Ils disent : Rome est une ville maudite. Les curés catholiques mentent pour que Rome conserve son prestige. On bute là-dessus et on pense : si Dieu veut que je sois libre et que je ne dépende que de lui, il y a ici quelque chose qui ne va pas… Il ne peut quand même pas vouloir qu’on croie simplement ce que Mr Junod nous raconte mais ce que Dieu dit. Je suis tombée dans une fausse dépendance.. Nous sommes devenus dépendants de ce qu’ils nous disent… Quand le maître nous dit : rosa, rosae, etc., je crois ce qu’il dit, mais je peux contrôler dans le livre. Il est vrai que la grammaire aussi pourrait être fausse… Mais si je recherchais dans les vieux livres, je verrais finalement que rosa veut vraiment dire rose. Et maintenant on nous a appris à croire ce qu’on nous dit. Et il y a des cas où c’est juste, on peut contrôler. Quand par contre le pasteur dit : C’est comme ça, il ne me donne pas la possibilité de contrôler. Et on nous force à croire ce que croient les gens et non ce que Dieu dit… (G 26-27). Les jugements des autres me sont imposés et, si je les accepte, ce sont des préjugés qui sont faits chez les autres à l’avance. Et je n’ai pas le droit d’en dire quelque chose. Mais on pourrait un jour éclaircir la chose. Et ils doivent seulement voir qu’ils ne peuvent pas m’en faire accroire… Je dois simplement dire tout cela un jour à Mr Junod. Cela ne lui fera pas beaucoup plaisir… Je fais de longues, longues prières où je demande au Seigneur de m’envoyer la solution. ». Les autres ont pensé qu’elle n’avait pas écrit ça elle-même. « Je l’ai montré à papa. Il n’en a pas été très heureux. Il a dit qu’il y avait là-dedans beaucoup de choses qui étaient tout à fait catholiques. Et Mr Junod l’a dit aussi : Le catholicisme vu par les lunettes bleues d’une petite fille de treize ans… Mr Junod n’a pas été heureux du tout quand je lui ai dit : Je veux aller dans les missions comme jésuite. Il a dit : Si tu veux aller dans les missions, que ce soit comme médecin » (G 21).

Adrienne continuait à aller à l’école du dimanche, mais aussi au catéchisme au temple. « Entre deux il y aurait encore eu le temps d’aller à l’église, mais ma mère détestait que j’y aille, craignant l’exagération » (F 91-92). Sa mère lui demanda un jour à brûle-pourpoint à quoi elle pensait, Adrienne répondit : Au Bon Dieu. « Et maman déclara que c’était idiot, que cela ne tenait pas debout » (F 95).

A la fin de cette deuxième année de lycée, « Madame von Speyr, inquiète de voir sa fille sans cesse avec des garçons, estimant par ailleurs que la profession de médecin ne convient pas aux femmes, parvient à retirer Adrienne du lycée » (A 18). Monsieur von Speyr ne fut pas très content de cette décision mais il promit à Adrienne de ne pas la laisser à l’école des filles si elle y était malheureuse (F 107).

5. L’école supérieure de jeunes filles. Madeleine (1916)

Au printemps 1916 Adrienne entre donc à l’école supérieure des jeunes filles. Elle y retrouve Madeleine Gallet, une cousine un peu éloignée, avec qui elle ne se sentait pas a priori d’atomes crochus. Et c’est cette Madeleine qui dit à Adrienne pendant une récréation dès la fin de la première semaine : »Il faudrait convertir Madeleine Junod ». C’était la fille du pasteur qu’Adrienne aimait tant, mais la fille ne faisait guère honneur à son père… Adrienne trouva tout à fait lumineuse l’idée de sa cousine, et ce fut entre elles le commencement d’une très grande amitié. Quelque chose alors changea chez Adrienne. « Jusqu’à présent, je m’étais beaucoup occupée du Bon Dieu et de la vérité ; je cherchais, je priais, mais je ne me sentais pas responsable des autres. J’avais beaucoup aimé mes maîtres et mes camarades du lycée, mais jamais il ne me serait venu à l’esprit de les convertir, de les amener à changer d’opinion, de les rapprocher vraiment de Dieu. Je priais cependant pour eux, mais en quelque sorte sans intention ». Madeleine devint donc la grande amie d’Adrienne, « l’intime, celle à qui l’on peut tout dire et qui sait aussi tout dire ».

Durant l’hiver 1916-1917, le père d’Adrienne, revenant de l’hôpital en pleine nuit, la surprend en chemise de nuit, grelottante, travaillant à un exercice de grec. Il n’eut pas besoin de poser beaucoup de questions, il lui fit rapidement réciter quelques verbes, décliner quelques mots et tout de suite il la félicita : C’est du bon travail. Le lendemain, son père l’envoya chez le maître de grec pour six leçons particulières ; le maître lui dit ensuite qu’elle était maintenant apte à reprendre la même classe que ses camarades à la prochaine rentrée au lycée (F 107-118).

6. Retour au lycée (printemps 1917)

« Un chahut énorme m’accueillit dans mon ancienne classe. J’étais maintenant la seule fille et comme il y avait vingt garçons nous ne manquions jamais de dire que nous étions vingt-et-une » (F 118-119).

« En religion, nous avions de nouveau mon cher pasteur Junod ». Un autre pasteur, le pasteur Luginbühl expliqua un jour que pour faire de la place pour une nouvelle vie, il fallait demander pardon à tous ceux que l’on avait offensés. « J’ai commencé par maman. Mais là tout est allé de travers. Papa a dit que ce n’était rien. Hélène non plus ne fut pas de bonne humeur, elle trouva que j’étais encore une fois un peu toquée. Elle dit aussi : Au lit, j’ai toujours les mains sous le drap et je fais ce que font les catholiques, quelque chose de tout à fait déréglé. Mais je ne sais pas ce qu’elle veut dire… Et puis je voulais aussi demander pardon à tous à l’école. Le lundi après-midi, au dessin. Ailleurs on n’aurait pas bien pu le faire. Je suis donc allée de l’un à l’autre et j’ai dit : Si j’ai fait quelque chose qui t’a blessé, je le regrette ». Caldé, un catholique (André Caldelari, futur jésuite de la province de Lyon), a dit : « On fait cela quand on se confesse. Non, non, je ne dois pas faire ça, ça regarde le confessionnal ». Ce qu’elle entend au lycée au sujet des catholiques, c’est qu’ils n’ont « pas le droit de tout comprendre, c’est pour cela que c’est en latin chez eux. C’est ce que disent beaucoup. Le pasteur aussi l’a dit. Je l’ai cru et je ne l’ai pas cru » (G 22-23).

Sa famille lui fait une petite fête pour ses quinze ans. Elle espérait fort le cadeau d’un vélo, qui ne vint pas. « Lorsque je fus au lit je fis, je crois, mon premier examen de conscience. Je tenais trop aux biens de ce monde puisque j’avais été désolée de ne pas avoir de vélo ; et puis je ne savais encore trop que faire de ma vie ; je voulais devenir médecin, c’était entendu, mais encore ? Faudrait-il devenir médecin sans savoir la vérité au sujet du Bon Dieu ? Tout à coup, je me relevai, je m’agenouillai au bord de mon lit – ce que je n’avais, je crois, encore jamais fait – et je priai longtemps, longtemps, sans paroles » (F 126).

23/04/2018. A suivre.

Hôtellerie
Vous souhaitez faire une pause spirituelle ?

Hôtellerie de l'Abbaye

Spiritualité
Découvrez les richesses de la foi avec d'autres croyants.

Spiritualité

Paroisse
Célébrez les mystères de la foi avec d'autres croyants.

Wisques - Paroisse


LiensMentions légales | création site web arsitéo