41.20 La vie d’Adrienne von Speyr

DEUXIÈME PARTIE . LA MISSION   (1940- 1967)

1944-1945

10. Adrienne et le Père Balthasar

4 janvier 1944 - Le deuxième jour d’une retraite prêchée par le P. Balthasar à Einsiedeln, Adrienne lui dit au téléphone qu’aujourd’hui elle avait vu sa mère au ciel. « C’était le quinzième anniversaire de sa mort (je l’avais tout à fait oublié) ». Adrienne a une relation singulière avec ma mère. Elle est convaincue que je lui ai été confié par ma mère. Et en effet il s’est passé ceci : ma mère est décédée le matin du 2 janvier 1929. Sa dernière prière avait été : “Seigneur, reste avec nous car il se fait tard”. Le même jour, le soir – c’est ce que raconta Adrienne – à un tournant décisif de sa vie, elle avait dit les mêmes paroles. C’était des années où elle ne priait plus guère; le jour et l’heure de cette prière lui étaient donc restés plus profondément en mémoire. – A Einsiedeln, Adrienne me donna aussi à nouveau quelques exhortations, me montra clairement mes fautes et me dit que je devais absolument trouver les moyens de les vaincre. Surtout mon irrégularité dans mes relations avec les gens, mon manque d’amour prévenant, ma trop grande familiarité avec les jeunes gens, etc.

Après le 19 janvier – Le soir chez Adrienne; elle parle de Marie. Quand je pris congé, elle vit soudain derrière moi un feu énorme, une flamme qui monta pure et claire et s’engouffra dans le tringle du rideau. Elle regarda un moment étonnée et dit : “Eh” et sourit. Puis : “Oui, on a parfois l’amour, on ne le désire pas, mais on l’a”. Ce jour-là, le matin, elle n’avait été qu’une heure dans le “trou”. Mais humainement elle redoute celui qui va venir.

Après le 30 janvierMercredi soir, comme nous étions assis en silence auprès du feu de la cheminée, je vis Adrienne sursauter tout d’un coup. Au même moment quelque chose s’enflamma dans la cheminée, une bûche s’était retournée avec bruit. Adrienne perdit presque connaissance. Une angoisse infinie la saisit. Bientôt elle se remit et elle me demanda si je n’avais rien remarqué. Non, dis-je. Elle raconta qu’elle avait été transpercée par derrière d’un trait brûlant; il traversa le coeur et sortit sur le devant de la poitrine; elle-même vit l’éclair sortir d’elle et finir dans le feu de la cheminée. Le lendemain elle me dit que son linge de corps derrière et devant avait vraiment été touché par le feu, qu’il avait également une forte odeur de brûlé. Les plaies qui en résultaient étaient manifestement des plaies causées par le feu. Sa robe ne portait aucune trace de trou. Le lendemain, la plaie ne faisait plus très mal. Adrienne dit qu’elle savait que c’était une grâce pour moi et pour mon apostolat.

11 février – Adrienne a beaucoup d’angoisse et cela, comme elle le laisse entrevoir, en grande partie pour moi. Je perds le contact avec le Seigneur. Ces derniers mois, je me suis tellement enfoncé dans le travail extérieur que je n’avais plus guère de temps pour la contemplation. Elle a aussi de l’angoisse pour le clergé en général.

Autour du mercredi des cendresEn conversation avec le P. Balthasar, Adrienne s’interrompt tout d’un coup et dit en levant le doigt et en regardant le mur avec angoisse : “N’entendez-vous pas ce que le pécheur réclame de moi?” Je demandai quoi. Elle, dans la plus grande angoisse : “Il voudrait que je pèche. Il me demande d’entrer dans le péché. Vous comprenez : non seulement participer au péché d’une certaine manière, mais pécher en fait et en vérité! C’est terrible! Cela, je ne le peux quand même pas! Cela, je ne le veux pas! Il dit qu’il serait alors un peu moins seul. Il pense qu’il y aurait alors pour lui une proximité, un passage”. Adrienne qui ce soir était très malade du coeur et extrêmement faible, se leva et traversa la pièce en vacillant jusqu’au poêle, toute proche de la syncope. Elle fixait sans cesse le mur et disait pour elle-même : “Je ne peux quand même pas faire cela pour lui faire plaisir”. Je craignis qu’elle ne tombe sur le sol comme l’année dernière et je la reconduisis à son fauteuil où aussitôt elle tomba dans une longue syncope qui ressemblait à la mort. Elle recommença à chuchoter doucement; de nouveau tout le ciel s’ouvrit, tous les saints étaient là, Ignace également. Elle me demanda en chuchotant et en suppliant de la laisser aller. Cela ne dépendait que de moi, elle le savait très bien. Ceux qui étaient là étaient prêts à l’accueillir. Je lui dis que la vie et la mort n’étaient pas à ma disposition. Elle dit : “Mais vous ne pouvez donc pas lier et délier?” Puis à nouveau, toujours avec de longues pauses, en chuchotant doucement : “Voyez-vous les fleurs? Un champ de fleurs, les unes contre les autres, toutes blanches comme des camélias, vous les voyez? » Puis elle demande au P. Balthasar s’il voit Ignace. Il répondit par la négative. Elle : “Il pense que pour lui personnellement cela lui est indifférent de lier amitié avec nous là-haut ou ici. Ce n’est pas très gentil de sa part de me dire cela. Mais je sais que c’est avec une bonne intention. Bien que je doive toujours me disputer avec lui. A vrai dire je ne sais pas si je ne suis pas déjà morte. Je crois vraiment que je suis déjà de l’autre côté”. Un instant elle écouta à nouveau la musique du ciel. – Puis elle se tut longtemps et soudain elle reprit ma main et la plaça dans une main invisible. Elle le fit deux fois de suite. Les deux fois, dit-elle ensuite, c’était le Seigneur. Quand elle alla un peu mieux, elle dit : “Vous ne savez pas combien il est beau de pouvoir mettre la main de quelqu’un dans la main du Seigneur. Pendant toute l’éternité, je ne voudrais rien faire d’autre”. Puis elle pria pour l’enfant et pour différentes personnes. Tout à coup une douleur indicible au coeur. C’était comme si quelque chose d’incandescent traversait le plus intime de son âme. Et elle dit que c’était très dur ce que nous avions promis à nouveau aujourd’hui. Mais maintenant le oui est dit et on ne peut pas revenir en arrière. “Et nous ne le voulons pas non plus, n’est-ce pas?” Comme nous continuions à parler ensuite, elle vit à nouveau derrière moi dans la pièce le Seigneur et Marie. Et quand je m’en allai, elle leva soudain les yeux étonnée pendant un moment : elle avait vu passer une bande de grands anges avec des ailes dorées qui brillaient comme des éclairs. “Ils ont bien des choses là-haut, dit Adrienne, et rien n’est de mauvais goût”. A la fin elle me remercia de tout coeur de pouvoir être catholique. – Adrienne revint sur la journée précédente. Elle dit que je m’étais chargé d’une grande responsabilité en la forçant à rester ici. Et il avait été infiniment humiliant de dépendre si totalement du bon vouloir d’un homme. Elle avait été comme une chose au sujet de laquelle on discute de ce qu’on va en faire. On ne lui a même pas demandé son avis. Elle a maintenant compris aussi 1 Co 11 : ce que veut dire pour la femme d’être soumise à l’homme. L’autre aspect, que je lui oppose, que la femme est en même temps la gloire de l’homme, elle ne peut pas le voir maintenant. – L’après-midi Adrienne vient me voir en grande angoisse. Le tout lui semble trop dur. A côté d’elle il y a constamment quelqu’un d’invisible; elle ne sait pas qui c’est. Je lui demande ce qu’il veut d’elle. Elle dit : “Il m’en demande trop. Il veut toujours plus et toujours plus, et il y a longtemps que je n’ai plus rien à donner”. Moi : “Alors justement on doit lui donner les mains vides”. Pendant que nous parlons, elle cherche constamment du regard autour d’elle cet être invisible bien qu’elle fasse un effort sur elle-même pour ne pas le faire. Elle me demande si je sais qui c’est. Je lui dis : “C’est aussi bien le Seigneur que le pécheur, le Seigneur exige pour le pécheur et le pécheur exige au nom du Seigneur”. Adrienne est étonnée de cette réponse et en même temps apaisée. Le soir, elle me dit que j’avais vu juste.

3 marsIl y a quelques jours j’ai parlé d’Adrienne à M. Gr. – Adrienne sut à nouveau que je “l’avais vendue à quelqu’un”. Elle me fit aussi le léger reproche de ne pas le lui avoir dit tout de suite.

Après le 3 mars - Constamment des visions de personnes qui veulent quelque chose d’elle ou qui vivent d’elle. Elle m’appelle souvent au téléphone quand quelqu’un est avec moi pour me dire que je ne dois pas oublier de lui dire ceci ou cela, par exemple qu’il doit prier davantage. Elle me donne souvent aussi pour des lettres des indications précieuses, exactes. En deux ou trois phrases elle résout une situation compliquée, humainement mal engagée.

Dimanche de Laetare (4e dimanche de carême) Adrienne arrive à Einsiedeln très fatiguée, mais c’est comme une fenêtre qui s’ouvre pour une journée. Elle voit la Mère et Ignace et cela la divertit. Elle voit le sens du sacrifice et elle promet, comme elle dit, « le bleu du ciel” pour nous deux. Elle prie pourtant ceux qui sont là-haut de ne pas l’épargner pour le temps qui vient, mais de prendre tout ce qui est nécessaire même si cela la fait crier. Elle me remercie et elle me demande également de ne pas l’épargner.

Après le dimanche de Laetare (4e dimanche de carême)A Einsiedeln Marie a offert à nouveau une grâce spéciale. Adrienne pensait que nous devions la mettre à la disposition des jésuites, surtout de tous les jeunes qui se trouvent à la porte de la Compagnie, entre autres R. Celui-ci me rend visite à Bâle pour parler de vocation. Je demande à Adrienne sa prière. Le matin elle me téléphone et elle m’indique exactement ce que j’ai à lui dire, les points sur lesquels il faut être attentif.

21 mars - Après une journée très dure, le soir elle a comme perdu la tête. Comme si soudainement elle avait disparu dans un abîme. Elle s’arrête de parler au milieu d’une phrase et au bout de cinq minutes elle se réveille comme perdue, regarde autour d’elle pleine d’angoisse et dit : “Où suis-je donc vraiment?” Toute son existence se décompose en mondes séparés; des parties entières de son être “manquent” (comme elle dit). Elle oublie des parties entières de sa vie. C’est extrêmement pénible de la voir dans cet état de totale confusion, mais à aucun moment il n’est question du manque de dignité de la folie. Entre-temps elle dit les choses les plus sublimes. La plaie de la main est ouverte et fort visible. Peu à peu les souffrances spirituelles passent dans les souffrances physiques; elle gémit de temps en temps : on lui enfonce les clous dans les mains. “Oh! Mais maintenant vous m’avez cassé l’os. C’est sûr qu’il est cassé. Bon! Si cela vous fait plaisir, ça m’est égal”. Puis elle est soudainement très effrayée de nouveau au sujet de ses mains; elle les cache, elle me demande si elle ne peut pas les mettre dans le feu de la cheminée. Je n’aurais en fait qu’à dire un mot et elle le ferait aussitôt sans hésiter. Puis les pieds commencent à lui faire mal, puis le dos, d’abord un point au milieu du dos, puis la croix; le tout par à-coups. Entre deux, de petits répits. Elle s’agenouille par terre un long moment; entre deux elle raconte, comme assez souvent déjà dans cet état, de charmants petits souvenirs d’enfance. Il semble vraiment que l’enfance et la croix (une croix réelle) se correspondent. – Le matin, un coup de téléphone de Lucerne : mon père est très malade, double pneumonie, le médecin trouve que c’est très sérieux. J’en fais part à Adrienne; elle dit qu’elle ne sait pas, elle a tellement le sentiment qu’un délai est expiré. Je lui demandai si le délai était depuis la dernière guérison jusqu’à maintenant ou si une prolongation était possible. Elle ne le savait pas, mais elle prit ma demande avec elle dans la chapelle de l’hôpital Sainte-Claire où elle se trouva l’après-midi vers quatre heures et elle la présenta à Dieu sans pouvoir vraiment prier. Pendant qu’elle était à la chapelle, elle entendit trois fois nettement le mot “délai”. Elle comprit aussi que c’était un délai surtout à cause de ma belle-mère qui devait apprendre à offrir le sacrifice avec plus de générosité. A la même heure, la fièvre était descendue de 39 à 36,5. A Lucerne, on attribua le résultat au Cibazol. – Aujourd’hui O.R. m’a rendu visite. Il logeait chez Adrienne pour deux jours. Il s’agissait de sa vocation au sacerdoce qu’Adrienne tient pour indubitable. Elle put me dire encore beaucoup de choses sur son état intérieur et elle me donna des indications sur la manière de traiter avec lui. Au reste elle le fait souvent maintenant et je le lui demande également souvent. A chaque fois elle ne veut pas s’exprimer tout de suite mais elle demande une nuit de prière ou quelques heures pour réfléchir à la chose en Dieu.

Après le 21 mars – Peu de visions seulement ces jours-ci. Dimanche je vais à Zurich; elle me donne une indication pour quelqu’un à qui je voulais rendre visite. Elle ne savait pas qui c’était. – Après sa consultation elle corrigea mes épreuves d’imprimerie pour le “Soulier de satin”; les scènes avec Prouhèze et l’ange gardien la touchèrent si fort qu’elle en fut toute troublée. Elle s’arrêta et partit en voiture pour faire des courses. Dans le premier magasin où elle entra se trouvaient les deux hommes qui récemment avaient tiré sur elle. – Un matin, après une très mauvaise nuit, elle perdit plusieurs fois connaissance par angoisse. Elle m’appela au téléphone et me demanda ce qu’il fallait faire et si je ne pouvais pas lui dire un mot d’assistance. Elle me dit aussi qu’elle avait découvert ces derniers jours qu’une grande partie de ses papiers avait disparu une fois encore de manière inexplicable. Elle avait rédigé un certain nombre de notes, de prières, maintes pages sur saint Paul (de celles-ci il n’en restait que très peu); curieusement il y avait par contre à nouveau dans ses papiers une description du samedi saint qu’elle m’avait donnée. Avaient disparu également les esquisses pour une nouvelle sur Marie et une mère, sur le “curé à la campagne”. Elle en fut un peu malheureuse. Elle ne cesse de regretter surtout que soit disparu son écrit sur l’eucharistie qu’elle avait composé il y a deux ans environ et qu’elle avait relu un jour avec beaucoup de joie. Ces pages sont les seules qui lui aient vraiment plu. Elle ne savait plus exactement ce qu’elles contenaient. La nuit suivante, ces feuilles lui furent montrées à nouveau et même mises en main, mais le lendemain matin elles n’étaient pas là quand même.

Un mardi après le 21 mars – La même chose qu’hier mais plus fort. Elle me raconte toute sa journée; elle a tout à coup de fortes douleurs et elle est ravie en esprit. Cela dure environ une heure : je suis à côté d’elle, je cherche à soulager ses douleurs, mais elle ne me voit pas, regarde à ma droite et à ma gauche; quand son regard tombe sur moi, elle ne me reconnaît pas. Elle s’agenouille ou se couche par terre et elle parle à voix basse avec le Seigneur et avec elle-même. Il est touchant de l’entendre. Tout d’abord elle est très inquiète, elle cherche, elle fouille dans ses papiers, prend quelques pages remplies et essaie de les jeter dans le feu. Je les lui prends de la main. Puis elle réfléchit, cherche à se souvenir, dans la plus grande angoisse. Tout à coup elle tombe par terre. Puis ses membres commencent à lui faire mal. Elle gémit et prie. C’est d’abord un cri : “Non, non, non, non! C’est trop!” Puis plus doucement : “Ou bien je n’ai pas le droit de dire non?” Lentement elle lutte contre elle-même jusqu’au oui total. Entre deux, tout d’un coup, en regardant tout étonnée autour d’elle : “Oh! Qu’est-ce que c’est donc pour un temple?” Elle s’agenouille comme si elle était à l’église et elle prie. Puis de nouveau les douleurs.

Du 31 mars au 4 avril le P. Balthasar est à Dussnang, retraite pour étudiantes. Adrienne l’aide de loin. Nous nous téléphonons presque chaque jour. Adrienne me dit : “La petite noire, je la voyais presque tout le temps : elle veut simplement ne pas lâcher”. C’était X. de Berne, mais Adrienne ne connaissait pas son nom. Puis c’est une autre, avec des taches de rousseur, de taille moyenne, aux cheveux bruns un peu roussâtres. Je ne savais pas si c’était W ou Y. Finalement je devinai de qui il s’agissait en m’appuyant sur sa description. Adrienne eut à souffrir pendant des heures pour chacune d’elles et elle prit sur elle jusqu’aux souffrances du temps de la Passion. Elle avait le sentiment de savoir pour la première fois ce qu’est une retraite. Elle dit qu’elle a l’impression d’être comme quelqu’un qui a récuré une maison sur les genoux de la cave au grenier.

Après le lundi de PâquesAdrienne me dit au téléphone qu’à Stans j’avais commencé une conversation avec un jeune homme. Je devais avoir l’œil sur lui. Je savais que c’était X, qu’Adrienne ne connaissait pas du tout.

Dimanche 7 maiAdrienne aime parler au P. Balthasar des jeunes jésuites, elle les passe en revue un à un et lui dit ce qui est nécessaire.

Jours précédant l’AscensionCes jours-ci, Adrienne est remplie d’un besoin incoercible de pureté. Elle ne cesse de me demander de bien vouloir l’aider à acquérir une plus grande pureté. Son péché fait qu’elle ne peut pas sentir pleinement l’angoisse qui lui est donnée, ce qui serait pourtant son devoir. Elle a l’angoisse de ne pas porter totalement l’angoisse et c’est grave. Elle me demanda aussi si je lui permettais d’offrir au Seigneur qu’elle soit toujours dans le trou. Je refusai; on ne doit vouloir être dans le trou que quand le Seigneur le souhaite. Adrienne insista : mais elle peut quand même offrir au moins de vouloir toujours être dans le trou quand il le souhaite. Cela, je dus le lui permettre, et elle le fit aussitôt. – Le P. Balthasar prend désormais peu de notes; toute la force est employée maintenant pour le commentaire de saint Jean. Nous travaillons presque chaque jour, souvent plusieurs heures. De là vient aussi qu’Adrienne peut moins souvent me rapporter ce qu’elle a vécu personnellement.

19 septembre - Adrienne donne au P. Balthasar beaucoup d’indications pour traiter avec les jeunes gens.

19 octobre Le P. Balthasar est à Schönbrünn pour une conférence mariale pour laquelle Adrienne lui a encore donné de très bonnes idées.

10 novembreCette nuit, il lui est annoncé que bientôt il lui arrivera quelque chose de très dur et qu’elle doit s’y attendre. A présent elle me parle peu de ses visions et de ses « voyages » pour ne pas trop interrompre le travail de “Jean”.

12 novembre Avec Ignace, il y a de véritables explications. Ignace n’est pas tout à fait content qu’elle ne me parle plus assez de ses expériences vécues.

Mercredi 29 novembre - Pendant une nuit de souffrance, Adrienne avait en main son chapelet. Marie apparut avec un visage souffrant, elle prit le chapelet, le tint un peu en main, le rendit à Adrienne, et Adrienne sut qu’il m’était destiné. Le lendemain, elle me le donna comme un grand cadeau. Mais je n’ai pas le droit de le donner à quelqu’un d’autre. La nuit suivante, Adrienne avait en main le chapelet que je lui avais donné à la place de celui qu’elle m’avait offert; celui-ci aussi, la Mère le toucha, il était destiné à Adrienne elle-même.

Après le 3 décembreAdrienne parle encore d’Einsiedeln. Quand nous fûmes à l’église pour la dernière fois, j’étais agenouillé sur le côté à la grille de la chapelle des grâces. Adrienne vint derrière moi pour me chercher; elle vit autour de moi une grande quantité d’anges; plus précisément, c’était mes anges gardiens qui étaient en conversation avec les anges des futurs retraitants et des futurs convertis : dès ce moment-là s’établissaient entre eux certains accords, certains plans de travail en commun étaient arrêtés. Quand je me relevai, Adrienne vit la Mère, qui était à côté de moi, faire un mouvement pour me redresser sans se baisser elle-même et ce n’est pas tellement moi qu’elle recueillit que toutes les demandes que je lui avais présentées. Elle les prit en quelque sorte en dépôt, comme on se charge d’un fardeau précieux et fragile.

20 décembre A Bâle, le trou cesse peu avant Noël pour faire place à un grand bonheur. Ensuite le P. Balthasar donne des Exercices à Engelberg. Adrienne y est tout entière; nous nous téléphonons chaque jour. Au deuxième jour des Exercices, Adrienne me dit qu’il y a là deux incroyants : l’un endurci, l’autre tourmenté. Ce n’est que le dernier jour que je découvre de qui il s’agit. Adrienne est totalement à Engelberg par la prière et la pensée. Elle a encore deux ou trois nuits très douloureuses. Crises cardiaques.

Noël - Adrienne est tout entière au ciel; tous viennent à elle; et la Mère aussi bien qu’Ignace le lui confirment : nous sommes sur le bon chemin.

Aux environs de Noël – Le lendemain, elle raconte une deuxième vision : elle vit deux petit oiseaux rouges, extérieurement tout semblables, mais intérieurement très différents. L’un semblait avoir la nuque brisée; l’autre, qui était en bonne santé, tenait dans son bec celui paraissait mort. Puis la chose s’inversa : tout à coup celui qui était en bonne santé laissa pendre la tête et sembla avoir la nuque brisée, et celui qui auparavant semblait mort était maintenant en bonne santé et il prit le malade dans son bec comme pour le porter. Mais soudain un grand oiseau gris fondit sur les deux. On pensa d’abord que c’était un oiseau de proie et que les deux petits oiseaux seraient sûrement dévorés. Mais le grand oiseau gris prit alors place entre les deux et tous trois s’accordèrent bien ensemble. Cette histoire-là, Adrienne ne la comprenait pas du tout non plus alors que, dès le début, elle était pour moi évidente : les deux petits oiseaux, c’était nous deux, le grand, c’était la souffrance. Quelques jours plus tard, Adrienne raconta qu’une nuit les trois oiseaux avaient soudain volé bruyamment dans sa chambre; on les entendait voler seulement et on ne les voyait pas. Mais tout à coup le grand gris fondit directement sur sa poitrine comme un trait et la perfora du bec, à la suite de quoi elle eut une crise cardiaque très violente avec d’abondantes hémorragies.

11. Messe et communion

Après le 19 janvier – Le samedi, je lui donnai la communion. Adrienne dit qu’elle avait brûlé comme un feu; deux jours plus tard, la langue lui faisait encore mal. Le lundi soir, la douleur sur le devant de la langue se fit très forte, et d’une plaie il sortit encore une fois un petit caillou noir comme deux fois déjà à d’autres plaies.

18 février - Comme si souvent quand elle est dans le “trou”, elle hésitait à communier. Je lui dis qu’elle devait essayer de consoler le Seigneur. Avant de recevoir la communion, elle entendit une voix qui disait : Ce serait déjà beaucoup si une seule larme était épargnée au Seigneur. Quand elle reçut l’hostie, elle crut que le pain sec et cassant pourrait pour ainsi dire être utilisé pour sécher une larme. Mais alors un ruisseau, un fleuve, une mer, sortirent de la larme et il était impossible de faire quelque chose; on ne pouvait que se livrer à cet infini, entrer en lui.

3 mars - Quand Adrienne communie ces jours-ci, ou bien c’est un vide béant qui l’effraie, ou bien la communion la brûle comme un feu. A cet instant, elle a aussi le sentiment de ne pas pouvoir aimer et cela est particulièrement effrayant.

12. « Voyages »

Après le 19 janvier – Très lentement le “trou” s’annonce à nouveau. Mercredi 19 janvier, c’est encore une contemplation apaisée des missions dans l’Eglise; Adrienne vit ces missions partout : écoles, armée, État, Eglise, familles, etc. Voir les missions était beau et la remplissait de bonheur. Le jeudi, s’ajouta l’aspect difficile des missions; Adrienne sut ainsi que le “trou” arriverait bientôt.

25 janvierAprès une longue période, à nouveau un voyage à travers les pays d’Europe.

28 janvier Adrienne dans l’angoisse liée à beaucoup de visions épouvantables et atroces.

18 février - A la consultation de ces derniers jours, sans cesse un excès d’exigence. Sans cesse de nouvelles personnes, une surabondance dont il n’est pas possible humainement de venir à bout. Aujourd’hui c’est particulièrement difficile parce que Adrienne, avec tout son travail, a encore constamment des visions. Au lieu de se rendre en voyage comme d’habitude auprès des gens à qui elle doit donner quelque chose, ceux-ci viennent maintenant à elle. La consultation et la salle d’attente sont remplies de gens qui ne sont pas physiquement à Bâle, il y a aussi des anges parmi eux, plongés dans la tristesse. Adrienne, qui est dans le “trou”, ressent cela comme une charge insupportable et pense qu’elle est maintenant vraiment hystérique et mûre pour Friedmatt (l’hôpital psychiatrique).

4 mai - Durant l’avant-dernière nuit elle a refait pour la première fois un “voyage” dans lequel elle a vu aussi bien les destructions extérieures que les cœurs de nombreux prêtres et laïcs, surtout deux prêtres à Munich : un jésuite et le titulaire d’une haute fonction ecclésiastique.

Les jours qui précèdent l’Ascension – Une nuit, Adrienne a beaucoup de visions de couvents de femmes. Il lui fut montré toutes les possibilités de devenir infidèle à Dieu dans le cloître; depuis le noviciat jusqu’à la mort en passant par tous les stades de la vie du cloître. Les femmes sont réparties en catégories et, à l’intérieur de chaque catégorie, sont traitées à nouveau toutes les nuances particulières.

19 juillet – Un autre jour Adrienne fut de nouveau soudainement empêchée de continuer la dictée (de saint Jean). Elle était profondément dans le trou et elle tomba dans une extase de souffrance. C’était la première fois que j’étais présent lors d’un “voyage”. Elle voyait devant elle une foule de malheurs qui se passaient dans le monde juste à l’instant : des agonisants qui mouraient désespérés et sans foi, des personnes déplacées, des prisonniers. Tout à coup son expression se fit encore plus douloureuse : elle voyait ceux qui étaient torturés par les Allemands en France et aussi à l’Est. Elle était tout à côté d’eux, elle parlait avec eux, elle les encourageait avec un amour indicible et pénétrant. Ils devraient quand même tenir pour l’amour de Dieu. Elle était infiniment soulagée quand l’un d’entre eux avait tenu bon sans fléchir. Elle le louait et priait pour lui. Il me sembla que cette demi-heure avait exigé d’elle tant de force que de telles expériences ne pouvaient plus se répéter souvent. Mais elle me dit ensuite que cela arrivait presque chaque nuit maintenant, et même plusieurs fois et pendant des heures.

2 octobreFête des anges gardiens. Le matin, Adrienne voit deux grands anges qui vaquent à leur mission quelque part en Allemagne et qui tiennent conseil ensemble. Puis elle voit une foule d’hommes circuler en habits d’ouvriers et de paysans : ce sont des prêtres cachés qu’on recherche. Nombre d’entre eux disent la messe dans une cave. D’autres sont au travail à la campagne et dans une usine. Les anges ne cessent de donner des conseils. Puis on voit tout à coup que ce sont les anges gardiens de deux catholiques tièdes qui sont dans une prison centrale et qui ont pour mission de rechercher les prêtres. Ils ne se conforment qu’à moitié à cet ordre, s’occupent de leur affaire avec tiédeur. Les anges empêchent et ralentissent leur action. Puis viennent Ignace et Marie. Il lui dit : Non, ce n’est rien! L’Eglise ne doit pas être protégée par la tiédeur de catholiques apostats. Cela ne peut rien donner de bon. La Mère objecte que les anges font quand même ce qu’ils peuvent. Ignace dit curieusement : on peut les laisser dormir un peu; après cela ils reprendront mieux leur affaire. La Mère dit : “Alors je dois bénir les prêtres”. Et elle toucha légèrement chacun d’eux avec la main. Mais on ne sut pas si elle les protégea par là de la persécution et de la torture, ou bien si elle les affermit pour qu’ils les supportent.

19 octobre - Une nuit, elle est conduite au noviciat de Balzers. Après coup elle m’a décrit très exactement la maison qu’elle a vue avec son atmosphère extérieure et intérieure. Un novice de deuxième année ne va pas bien. Les avantages et les inconvénients du maître des novices, et comment on pourrait l’aider. Elle vit sur le chemin des trois qui entrent (M., R. et P.) une quantité de pierres : les unes provenant d’eux-mêmes, d’autres placées par le maître des novices. Ignace les regarda attentivement, il en enleva quelques-unes des deux catégories, mais en échange, il en replaça aussitôt d’autres qu’il avait choisies lui-même. Marie aussi était là. Elle ne peut pas enlever les pierres mais faire la route avec les novices et les aider à arriver au bout.

Mercredi après le 22 novembreUne nuit, d’innombrables destins de gens souffrants sont montrés à Adrienne – certainement mille, dit-elle. Et elle devait s’identifier à tous ces destins, porter un instant la croix de ces personnes, passer par leur désespoir, leur angoisse, leur désarroi, sans interruption. A peine un destin était-il porté qu’arrivait le suivant; les solliciteurs se pressaient. Le matin, Adrienne était totalement bouleversée et épuisée. Elle avait l’impression d’être une enveloppe vide dont on aurait tiré la dernière goutte. “Je ne sais plus qui je suis”, disait-elle. Son état lui semblait proche de la schizophrénie et pourtant elle savait que c’était quelque chose de tout autre.

Samedi et dimanche après le 22 novembre - Elle est hors du trou, mais extraordinairement fatiguée. Le dimanche, il lui fut dit que, durant la nuit, elle devait y retourner. Et de fait cela recommence : cette fois-ci, ce sont surtout des prêtres, un nombre incalculable. Le lendemain, il lui fut dit qu’elle mourrait la nuit suivante, non pas elle-même à vrai dire, mais elle aurait à vivre la mort d’autres personnes. Elle a peur de ce qui va arriver, mais elle y va courageusement. De fait, dans la nuit de lundi à mardi, elle vit l’expérience d’une quantité de personnes qui meurent justement à ce moment-là, surtout des martyrs dans les prisons de la Gestapo, exécutions de prêtres en Allemagne, liées le plus souvent à des actes de cruauté particuliers et aussi à des humiliations spécialement avilissantes, également des martyres et des mises à mort de femmes, mort de soldats au front, de femmes et d’enfants abandonnés, de pures horreurs qui l’épuisent totalement et lui inspirent de l’épouvante. Et pour chacun elle est entièrement présente dans leur peau et elle doit les accompagner intérieurement jusque dans l’au-delà. Souvent ce qu’elle doit faire avec eux n’est que le réveil dans l’au-delà qui a lieu après une mort soudaine.

29 novembre - Le trou continue les jours suivants jusqu’au samedi. Adrienne voit une foule d’horreurs, surtout en Allemagne. Tortures, scènes sadiques qui précèdent la mise à mort de prêtres et de religieuses, et qui sont si horribles qu’il ne m’est pas permis de les noter. Elle n’en raconte d’ailleurs qu’une petite partie; durant ces nuits, elle ne cesse de se laisser entraîner à la plus sévère pénitence. A plusieurs reprises, elle a déjà mis ses pieds nus sur les charbons ardents du feu de la cheminée ou bien elle s’en est mis sur la partie supérieure du pied. Elle ne raconte cela qu’avec hésitation et ajoute aussitôt pour s’excuser : mais je ne le supporte pas longtemps.

Après le 3 décembreUn jour, pendant la dictée (de saint Jean), Adrienne tombe dans une sorte d’extase de souffrances et d’angoisse. Elle est totalement absente, va et vient dans la pièce. Tout à coup elle tombe et reste un long moment par terre, geignant et gémissant dans les plus grandes souffrances. Elle supplie comme un petit enfant : “Pas plus! S’il vous plaît, pas plus!”, pour ajouter ensuite aussitôt : “Pourtant oui, pourtant oui!”… Elle ne me voit plus; dans un coin elle voit un prêtre qui est torturé et, par terre, de grandes mares de sang. Durant la nuit, elle voit beaucoup de scènes de supplices. Elle affirme que les salles de tortures des Allemands sont maintenant déplacées des territoires occupés vers l’Allemagne, d’abord vers la Bavière, et à présent on fait surtout la chasse aux prêtres et aux religieuses pour fournir une nourriture au sadisme des gens.

13. Diable et tentations

2 mars Elle se rend à l’hôpital en voiture. Dans le couloir de l’hôpital elle eut une vision. Elle vit le mur d’une chapelle assez ancienne et devant, en bas, un homme vêtu de blanc, plongé dans ses réflexions. Tout à coup le mur commença à trembler; éclairs et orage; le mur se fendit et il était tout près de s’écrouler. Elle vit une troupe d’anges passer à travers les fentes du mur à une vitesse prodigieuse, comme dans une fuite éperdue. Après quelque temps, des diables passèrent à travers, plus lentement, d’une manière mesurée, lourds et menaçants, comme de grosses chauves-souris noires. Elle vit alors comment l’homme en bas commençait à prier. Mais sa prière n’était pas authentique. Les diables la captaient et quand ils la captaient, elle sonnait creux. L’homme n’avait pas la vraie foi. Il avait une foi vide, comme une foi de fonctionnaire, elle ne jouait qu’un rôle. Adrienne vit que les anges avaient fui cette absence de foi car ils ne peuvent aider que là où il y a de la foi. La foi doit être là soit dans l’homme lui-même soit dans un autre qui croit pour lui, à sa place. Tout à coup apparut la Mère de Dieu, elle était bouleversée, éperdue, décontenancée, c’était bien pire que lorsqu’elle avait pleuré.

Pâques Le soir, elle appelle le P. Balthasar au téléphone, elle est très agitée. L’après-midi elle lui avait montré son projet de livre sur le mariage : trois chemises avec cinq lettres terminées auxquelles elle avait travaillé longtemps et avec peine; deux chemises avec des lettres commencées et des brouillons. Puis elle avait tout rangé pour le donner au P. Balthasar. Ensuite elle était partie manger; quand elle revint, la chemise avec les lettres terminées avait disparu. Adrienne comprit aussitôt que c’était le diable. Elle ne le vit pas mais elle l’entendit toute la soirée. Elle était consternée; pas tellement à cause du temps et du travail perdus que parce que cela devait lui arriver le jour de Pâques. Plus tard Ignace apparut; il lui dit pour la consoler : “Que cela ait dû encore nous arriver, c’est vraiment un peu trop!”

Lundi de PâquesNous allons en voiture ensemble jusqu’à Lucerne puis je continue jusqu’à Stans, elle jusqu’à Vitznau. Je lui fis promettre de repartir à zéro immédiatement. Elle le promit; cependant elle devait d’abord se reposer, laisser se guérir la fracture des côtes et la meurtrissure des vertèbres qui étaient encore toujours aussi douloureuses. Mais au bout de deux jours déjà elle m’envoya une lettre et une enveloppe jaune avec une nouvelle lettre de mariage (pour son livre en chantier). Elle vit souvent le Seigneur et la Mère; elle eut encore beaucoup d’autres visions, mais elle était cependant toujours légèrement inquiète; elle sentait le diable épier de loin et rôder autour d’elle.

Après le lundi de PâquesLe temps qu’Adrienne passe à Vitznau est intérieurement serein mais le diable rôde autour d’elle de loin. Elle raconte qu’elle n’a encore jamais si bien perçu les relations entre le ciel et l’enfer. Elle vit Ignace et Satan, la Mère de Dieu et Satan. Satan n’a sur elle qu’un pouvoir extérieur. Un jour qu’elle classait sur sa table les papiers qui lui restaient pour le livre sur le mariage, elle vit disparaître sous ses yeux un tas de notes. A la fin des vacances elle a encore environ le quart de ce qu’elle possédait au début.

25 avril – Ces jours-ci, Adrienne lit la vie de Gemma Galgani. Elle est indignée au sujet du P. Germano et des épreuves insensées d’obéissance auxquelles il la soumet à propos de rien. Elle est très étonnée du fait que le diable, qui avait volé à Gemma un grand manuscrit, l’avait rapporté sur l’ordre de Germano, presque carbonisé mais encore lisible.

22 juinAdrienne passe en voiture rue Holbein et elle voit devant elle sur le trottoir un prêtre qui boite et qui porte sous le bras un gros paquet. Elle le voit de derrière, et de le voir la remplit de crainte et la met mal à l’aise. En passant à côté de lui, elle voit qu’à un pied il a une chaussure tandis que l’autre pied est un pied de cheval. A cet instant, la forme disparaît en brume. Adrienne me dit par la suite que c’est vraiment très gênant de penser aux substances dont est rempli l’air qui nous entoure. La nuit suivante, elle revit le même diable dans sa chambre à coucher.

19 juillet – Le diable aussi la tracasse à nouveau. Un soir, quand elle voulut monter dans sa chambre, elle trouva la cage d’escalier pleine de diables, grands et petits. Ils étaient si menaçants qu’à leur vue elle fit un faux pas, tomba par terre et resta assise environ deux heures dans l’escalier sans avoir le courage de se lever.

Dernier dimanche d’octobreFête du Christ Roi. Adrienne a derrière elle une belle nuit, elle est heureuse. Mais le lundi après-midi elle me téléphone, triste et déprimée : le deuxième manuscrit sur le mariage, qui était presque terminé, 150 pages environ, a disparu une fois encore. Ces derniers temps déjà, fréquemment, des parties de ce livre et des brouillons, également pour Jean, s’étaient envolés. Elle remarque aussi des vides tout à fait incompréhensibles dans sa bibliothèque : ce sont toujours exactement les livres dont elle a besoin qui sont partis. Il y a quelques jours, elle voulait commencer à écrire : tous ses stylos avaient disparu; elles les trouva ensuite enfermés dans son secrétaire où elle ne les avait jamais mis, et les plumes étaient cassées. La disparition du manuscrit me contrarie d’autant plus que le même jour j’avais décidé de le lui demander pour le faire copier; mais aussitôt après la disparition, elle se remit résolument à l’ouvrage et recommença ce travail des Danaïdes comme elle l’appelait.

2 novembreAdrienne a vu aussi aujourd’hui son manuscrit volé et d’autres livres et écrits volés précédemment. Ils étaient chez le diable et celui-ci était assis dessus. De temps en temps il tirait l’une des feuilles de dessous lui, la chiffonnait et la jetait devant lui dans l’eau. Je dus bénir ses nouveaux cahiers et ses nouveaux papiers pour qu’ils ne soient plus volés.

14. Les grandes dictées : l’évangile de Jean

Début mai - Ces jours derniers, Adrienne a vu assez souvent l’apôtre Jean. Cela a commencé comme ceci : un jour Ignace l’a amené avec lui. Puis lui-même disparut aussitôt comme si on devait laisser Jean tout seul. Une autre fois, Jean apparut avec la Mère et on voyait que les deux étaient davantage l’un pour l’autre que n’importe quel homme ou n’importe quelle femme. Jean est l‘amour et la parfaite virginité. Adrienne en parle longuement. Elle compare sa pureté à celle de Joseph. Joseph est un homme qui a son combat pour la pureté et doit sans cesse renoncer. Non pas qu’il ait jamais regardé Marie avec convoitise, mais il doit combattre la tentation en lui-même. Il est pur parce qu’il n’est jamais vaincu. Jean par contre, par son particulier attachement d’amour avec le Seigneur, est préservé de toute tentation. Il est au-delà de la sexualité, non qu’il serait efféminé, mais son amour répand simplement ses rayons sur toute la sphère érotique. Sa pureté vit totalement de la grâce et dans la grâce. – Plus tard, Adrienne voit la Mère de Dieu avec son tablier bleu. Celui-ci devient d’un bleu toujours plus profond, un bleu comme sur de vieilles vitres; puis au milieu il se forma une clarté et dedans apparut à nouveau l’image de Jean. Adrienne comprit alors à quel point il était pris dans le mystère de Marie. La Mère se tient absolument derrière son évangile, il pense avec elle et en elle, même quand il ne la nomme pas. Puis l’image de Jean disparut et, à sa place, on vit une flamme qui s’élevait toute pure et toute bleue. Adrienne dit que cela avait été une vision tout à fait merveilleuse, rien que sous l’aspect visuel. Elle dit aussi qu’on prie sans doute Jean beaucoup trop peu car il peut beaucoup auprès du Seigneur. – Une nuit, Jean apparut dans sa chambre à coucher près de son lit. Cette fois-là il voulait lui expliquer quelque chose pour l’enfant. Il prit le petit Nouveau Testament qui se trouvait sur la table de nuit, l’ouvrit au prologue de son évangile et commença à expliquer. “Au commencement était le Verbe”. Jean lui montra un triple sens de ces paroles et elle en donna un résumé oral au P. Balthasar. – Quand Adrienne avait expliqué au P. Balthasar les versets du prologue de Jean sur les ténèbres, le P. Balthasar avait été incapable de suivre. Tout était si incroyablement compact et profond qu’il ne comprenait plus. Elle lui dit seulement : “Avez-vous remarqué que la dernière fois, à la fin, ce n’est plus moi-même qui parlais? J’étais simplement une embouchure. C’est la première fois que cela m’arrive”. Et Adrienne expliqua à nouveau au P. Balthasar ces versets sur les ténèbres.

4 mai - L’après-midi, Adrienne continue à me parler du Prologue de Jean. Pour la première fois je lui demande si je peux prendre des notes pendant qu’elle parle; ce qui suit a été sténographié presque littéralement. Elle parle avec mesure, sans un mot de trop, le regard au loin, sans hésiter. Elle est étonnée que j’aie pensé que de prendre des notes pût la gêner : “Vous savez quand même bien que je ne me sens jamais gênée devant vous. Et vous devez bien savoir ces choses. Jean ne les dit pas pour moi”.

Dimanche 7 mai - Les jours suivants, les dictées sur Jean continuent. Nous écrivons chaque jour trois ou quatre pages (en sténo) que j’écris au propre et que je soumets ensuite à Adrienne. Souvent je n’ai pas compris exactement, souvent aussi elle a oublié de dire quelque chose qu’elle ajoute après coup. Le mode d’inspiration est très variable. Jean lui parle tantôt avec des mots, tantôt par gestes et allusions, tantôt en ne lui montrant que les grandes connexions. Tout comme dans une conversation entre amis on fait souvent des allusions qu’un tiers ne comprend pas et qu’on doit lui expliquer. C’est pourquoi ce qui est dicté rend parfois directement ce qui a été entendu. Dans un cas extrême, Adrienne peut dire des choses que sur le moment elle répète plus qu’elle ne les comprend. Mais souvent elle doit s’arrêter dans la dictée et elle dit alors : “Je vais d’abord vous expliquer le sens”. Alors j’écoute et je note ensuite aussi clairement que possible ce que j’ai compris. – Un jour qu’Adrienne me dictait Jean, elle s’arrêta soudainement et elle vit le Seigneur, la Mère et Jean. Elle vit l’amour du Seigneur et du disciple, totalement humain, chaud et amical, puis la remise de la Mère au disciple et celle de Jean à la Mère, tandis que le Seigneur disparaissait. L’amour entre Marie et le disciple était un véritable prolongement de l’amour entre Jésus et le disciple même si Jean regrettait de ne plus avoir le Seigneur immédiatement auprès de lui. – Jean apparaît maintenant chaque nuit et il fait quelques corrections. Il est loin devant dans son exégèse. “Ils” sont déjà au chapitre 3 par exemple alors que la dictée n’en est encore qu’à la fin du prologue. Mais Adrienne n’oublie rien, elle sait toujours tout de suite à nouveau de quoi il s’agit. Qu’on se réfère aux volumes sur saint Jean. – Jean donne ses leçons sans se soucier si Adrienne est dans le trou ou non. Et Adrienne dicte aussi dans le trou quoique alors cela lui soit plus difficile. Elle a souvent alors l’impression de m’induire en erreur ou plus encore d’être empêchée par son péché de rendre exactement ce qu’elle a entendu, ce qui la plonge dans une grande angoisse.

Jours précédant l’AscensionLe P. Balthasar prend désormais peu de notes; toute la force est employée maintenant pour le commentaire de saint Jean. Nous travaillons presque chaque jour, souvent plusieurs heures.

Après l’Ascension - Chaque nuit Jean continue à dicter. Alors que j’en suis aux environs du chapitre 4 avec mes notes, son explication en est déjà au chapitre 8. Adrienne a souvent plus envie de dormir que de veiller encore la nuit. Une nuit apparut aussi saint Paul qui commença à expliquer un passage de la 2e Lettre aux Corinthiens. Adrienne en fut indignée et elle le pria instamment d’arrêter : elle ne peut quand même pas tout faire à la fois. Paul sourit et disparut. Mais, la nuit suivante, il fut là à nouveau et il recommença ses explications. Adrienne dit que ça n’allait certainement pas : elle est tout à fait sûre que je ne le permettrais pas. Paul dut rire et il demanda quand il pourrait venir. Adrienne dit : dès que mon confesseur le permettra. – En maints endroits de la dictée, j’ai nettement l’impression qu’en plus de Jean Ignace aussi doit se trouver là. Ainsi pour l’explication de l’Esprit au chapitre troisième. Adrienne sourit quand je lui en fis la remarque et elle dit : oui justement Ignace a été présent ici et il a « co-inspiré ». Adrienne ne voudrait en aucun cas que quelqu’un sache qui a dicté ce commentaire.

Après la PentecôteJe donne les soixante premières pages du commentaire de Jean au Père G. qui n’est pas convaincu de leur origine surnaturelle. Il pense que c’est mon inconscient qui parle là. J’essaie de le convaincre que c’est impossible.

Après le 21 juin – Adrienne est de nouveau profondément dans le trou. Bien que la foi et l’amour lui soient retirés, cela ne l’empêche pas de continuer à dicter “Jean” avec une précision absolue et sans dommage pour le contenu.

29 juin Au point de vue santé, cela va lentement mieux pour Adrienne. Elle tousse encore très fort et elle a de la fièvre la nuit. Depuis le 30 juin, elle est à nouveau dans le trou. Malgré cela, nous travaillons tous les jours à “Jean”. Nous avançons avec persévérance et lentement. Nous en sommes au chapitre 7.

19 juillet – Elle est souvent dans le trou le plus profond. Un jour elle est convaincue que non seulement elle est perdue éternellement mais qu’elle est le mal en personne; avec cela elle a un désir infini de pureté et de prière, et même dans cet état elle continue chaque jour à dicter “Jean”. (Le 19 juillet, fin du chapitre 9). – Quand elle n’est pas dans le trou, elle voit presque constamment des choses de l’autre monde. Des anges l’entourent, souvent ils vont et viennent entre elle et moi pendant qu’elle dicte. Souvent Ignace et Marie sont là, et elle s’entretient de tout avec eux. – Au cours d’une vision, la nuit, il fut indiqué que nous ne devions pas accélérer le commentaire de Jean plus que nous ne le faisons. Il fut décidé que Jean ne devait plus continuer à être expliqué chaque nuit afin que l’écart entre la leçon et la dictée ne devienne pas trop grand et qu’Adrienne ne pense pas devoir activer. En fait, depuis lors, Jean ne vint plus la nuit; il avait dicté jusqu’au chapitre 19 alors que la dictée d’Adrienne n’en était qu’au chapitre 10.

1er septembre - Quand elle revint à Bâle, elle était plus fatiguée que jamais. Dans les deux ou trois semaines qui suivirent nous reprîmes une fois encore le prologue de Jean. Elle était épouvantée de la piètre qualité et des défauts de la première dictée, et elle l’attribuait à son inaptitude. Elle avait également pensé que je pourrais comprendre et élaborer convenablement ses indications. Le travail était souvent passablement pénible et, au bout d’une heure, elle devait toujours faire une pause parce qu’elle était trop fatiguée pour continuer à dicter.

19 septembre – Adrienne est de retour à Bâle; le 20 nous recommençons le travail avec Jean.

26 septembreLe trou qu’elle pressentait depuis quelques jours s’abat soudainement sur elle avec violence. Angoisse et doute, plus de foi. Le travail sur “Jean” continue plus péniblement. Adrienne dit : tout ce qu’elle dicte est contre sa “conviction intime”, ce qui fait apparaître son imposture. Aujourd’hui Adrienne remarque, je ne sais à quoi, que je rédige des notes depuis longtemps déjà. C’est pour elle, dans le trou, une grande souffrance, elle se sent enregistrée, trahie, abusée. Elle ne me fait aucun reproche mais elle dit que c’est elle qui est coupable. Elle comprend bien que je me suis senti obligé de le faire.

19 octobre Visite du P. Benoît Lavaud qui retourne bientôt en France. Il est extrêmement amical et deviendra un bon ami. Il a commencé à traduire le commentaire sur saint Jean et il a l’intention de continuer ce travail en France si possible.

2-3 décembre – Au retour à Bâle, Adrienne retombe dans le trou et plus précisément dans une angoisse sans limites et sans formes, qui dure jour et nuit. Elle se plaint peu, mais elle est totalement bouleversée et ne peut que difficilement parler avec les autres. Elle n’entend ni leurs propos ni leurs questions et elle doit faire très attention pour ne pas répondre tout à fait à côté. Nous continuons à travailler à “Jean” tant bien que mal. Le chapitre 16 est dicté, je copie les chapitres 14 et 15, et nous corrigeons les 5 et 6.

Après le 3 décembreAdrienne me parle encore un peu de la dictée de “Jean”. Jean montre ce qu’il veut dire surtout en images, en tableaux et par des idées d’ensemble. Pour dicter, Adrienne traduit ce qu’elle voit, en quelque sorte la “species impressa”. Il peut se faire aussi que Jean ne lui montre que quelque chose de général et il lui laisse achever certains détails “dans son sens” à lui. Comme par exemple un tailleur (l’image vient d’Adrienne) donne des indications : ici encore deux boutons, là une garniture assortie, etc., sans se soucier de chaque accessoire. Puis Adrienne complète aussitôt; la nuit même, elle y pense jusqu’au bout. Ensuite tout est mis de côté comme dans un tiroir, est oublié, pour n’être ressorti qu’au moment de la dictée. A ce moment-là tout est à nouveau là, tout frais comme autrefois, même si des mois se sont écoulés; c’est-à-dire que les pensées sont totalement claires, elles n’ont pas besoin d’être cherchées. Souvent, il n’y a que l’expression orale qui doit être cherchée. Adrienne me demande alors de ne pas écrire pendant un instant mais d’écouter d’abord : elle m’explique ensuite l’affaire, peut-être avec quelques images et comparaisons, et je mets alors par écrit un texte cohérent, aussi fidèle que possible à son exposé. – Ignace est un peu mécontent que “Jean” ne soit pas encore terminé, et Jean aussi semble un peu triste que tout ne sera pas fini avant Noël. Il semble se réjouir de l’édition du livre. Le premier volume est terminé et va à la censure.

Pour une pause à la fin de cette année 1944

- C’est en mai 1944 que commencent les grandes dictées. C’est quelque chose qui est imposé à Adrienne et au P. Balthasar. Une mission de plus après la souffrance et l’enfant. – « La mission théologique au sens strict ne débutera (avec les dictées sur l’évangile de Jean, en mai 1944) que lorsque Adrienne sera initiée avec assez de profondeur aux mystères de la passion et de la vie nouvelle qui en découle » (HUvB, L’Institut Saint-Jean, p. 38).

- Il est question de « dictée ». Mais comme le « Journal » l’explique : ce n’est pas du mot à mot. C’est une « dictée » très complexe (Cf. Ibid., p 45-50 : « Les dictées et leur facture« ).

- En 1944, il s’agit de l’évangile de Jean. Rien n’est dit de l’avenir. Mais on apprend déjà que saint Paul aussi voudrait bien « dicter » quelque chose à Adrienne.

- Plus d’une fois au cours de cette année, le P. Balthasar relève qu’il prend désormais peu de notes concernant la vie d’Adrienne. Par exemple, on ne trouve rien entre le 19 juillet et le 1er septembre. Les événements n’ont certainement pas manqué, mais on n’en sait rien. Toutes les forces sont employées pour le commentaire de saint Jean. Adrienne elle-même parle peu de ses visions et de ses « voyages » pour ne pas trop interrompre le travail de Jean. Elle-même ne se voit plus que comme « un organe, un moyen, pour la mission divine ».

- Il est peut-être temps d’indiquer le nombre pages que comporte chaque année du « Journal » :

1940-1941 : 155 p.    1947 : 148 p.   1953 : 21 p.       1959 : 9 p.       1965 : 7 p.

1942 : 95 p.                1948 : 77 p.      1954 : 24 p.      1960 : 11 p.      1966 : 7 p.

1943 : 165 p.              1949 : 37 p.      1955 : 41 p.       1961 : 11 p.      1967 : 6 p.

1944 : 105 p.              1950 : 41 p.      1956 : 12 p.       1962 : 10 p.

1945 : 86 p.                1951 : 24 p.       1957 : 13 p.       1963 : 12 p.

1946 : 128 p.              1952 : 22 p.      1958 : 12 p.       1964 : 8 p.

 

1945


Pour l’année 1945, le « Journal » du P. Balthasar compte 86 pages (Erde und Himmel II, p. 56-142).

1. Santé

20 janvier 1945 - Adrienne est fréquemment dans le trou. D’abord ce sont des souffrances plus physiques, très changeantes : la croix dans le dos, une nouvelle plaie pour les prêtres et surtout la plaie du coeur, qui saigne comme jamais auparavant. Adrienne en devient si faible qu’elle pense mourir. Un jour elle me téléphone et me demande si elle doit faire venir le médecin : la perte de sang est si grande que – naturellement parlant – il y a danger de mort. Je dis non, ce qui la réjouit et la tranquillise beaucoup. Son linge est plein de sang, elle doit éliminer dans la salle de bain des caillots de sang tels que les canalisations en sont bouchées pour quelques heures. Autant que faire se peut, elle lave ses affaires la nuit et les remet le matin à la bonne pour qu’elle les donne à la lessive. Son lit aussi est plein de sang. La plaie lui fait fort mal.

2. Le ciel s’ouvre : « présence » et visions

21 marsNous allons à Einsiedeln pour deux jours, ce qui fatigue beaucoup Adrienne dans son état actuel. Elle s’affaisse un jour devant J. dans une légère syncope. Une autre fois, alors qu’elle sort de l’église et prend l’escalier de l’habitation de J., elle se voit entourée d’une grande troupe d’anges et de saints qui l’invitent d’une manière pressante à les rejoindre là-haut. Elle s’arrête un long moment dans l’escalier; elle aurait bien voulu mourir mais elle sait qu’elle doit rester. A Einsiedeln, comme toujours, beaucoup de visions, mais le tout comme voilé, d’une manière appropriée au temps de la Passion. Adrienne dit que c’est comme si elle allait dans une maison de deuil à un moment où on ne devrait vraiment pas déranger. La Mère était certes d’une bonté touchante, mais tout renvoyait à la mort du Fils.

Pâques - Adrienne vint pour la messe de 7 H 30 à la maison des étudiants. Elle me raconta après combien belle avait été la résurrection, mais différente des autres années, plus sérieuse, plus astreignante. Ce fut comme si sa vie était introduite, scellée dans le mystère du Seigneur. Elle vit aussi la Mère et Ignace; avec ce dernier, elle se “réconcilia” car, dans la nuit de vendredi à samedi, dans l’enfer, elle s’était disputé violemment avec lui et elle lui avait finalement tourné le dos. Cette dispute entre les deux était quelque chose de si amusant que je dus souvent en rire aux éclats : une dispute à l’intérieur du plus grand amour mais qui pouvait, de la part d’Adrienne, se transformer en une indignation la plus totale. Il vous joue un tour, on ne peut pas compter sur lui; avec son éternelle “reservatio mentalis”, on ne s’y reconnaît plus. Ignace par contre soutenait avec une mine innocente qu’il avait toujours dit la vérité, qu’il n’avait à se reprocher aucun mensonge, qu’on devait seulement apprendre à l’entendre correctement. Adrienne lui demanda aussi s’il savait que c’était à cause de lui surtout qu’elle était en enfer; c’est-à-dire à cause de son Ordre, et pourquoi il ne mettait pas enfin un peu d’ordre chez ces jésuites. Ignace répliqua : parce que c’est aujourd’hui le samedi saint, il veut aussi se laisser dire une fois quelque chose. Le matin de Pâques, il apparut, très amical et avec la volonté de remercier sincèrement. Puis il voulut faire une plaisanterie et commença à raconter : “Oui, autrefois à Manrèse, cela n’avait pas non plus été drôle”. Adrienne l’interrompit : “Laisse-moi tranquille avec ton éternel Manrèse, ou bien tu veux peut-être aussi devenir paulinien?”

20 novembreDimanche, nous étions à Zurich avec d’autres connaissances pour la messe en si mineur. Pendant le prodigieux Sanctus, Adrienne eut une vision dont elle dit que tout son sens avait été faste et beauté, ressemblant à la vision que, dans son enfance, elle avait eue de Marie : dans la lumière et l’or et les anges. Elle vit le Seigneur dans un septuple manteau blanc et, bien que tous les manteaux fussent d’un blanc éclatant, ils devenaient quand même de plus en plus brillants vers l’extérieur. Sept anges entraient toujours pour retirer l’un des manteaux. Les sept derniers anges restèrent avec le dernier manteau autour du Seigneur.

24 novembreToute la journée, elle est alternativement au ciel et en enfer. Au ciel, elle doit regarder l’enfer du point de vue du ciel et, de l’enfer, regarder le ciel. Ce va-et-vient est infiniment laborieux et pénible, elle en est toute malade. – Récemment elle est venue chez moi complètement absente et éperdue; elle me raconta, avec beaucoup d’interruptions, quelque chose du « livre de vie » (non du livre céleste, mais du livre de chaque vie sur terre). Elle voulait m’apporter le livre, dit-elle, il a une reliure rouge et elle l’a encore eu dans sa voiture quand même; à vrai dire, elle n’en est plus très sûre… Elle a pensé en même temps qu’elle le trouverait chez moi. Puis elle s’approcha de ma bibliothèque et chercha longuement. Elle avait donc vu comment tout d’abord les bons anges commencent à écrire dans le livre; puis vinrent les diables pour déchirer le livre. Ils le déchirèrent en petits morceaux et, malgré cela, le livre resta entier; mais ce qui avait été écrit auparavant disparut et devint invisible. Puis Adrienne vit une main : le petit doigt se posa sur le livre et l’intéressé dit trois fois non. Puis elle en vit un deuxième qui dit nettement sept fois non. Il commença à écrire dans le livre en tamponnant à chaque fois sa plume au petit doigt pour prendre une goutte de sang. Il écrivait avec du sang sur l’ancien écrit devenu invisible. Puis vint un troisième, quelqu’un qui souffrait. Il ne faisait rien, il ne faisait que souffrir, on savait qu’il saignait. Il regarda le livre d’une manière infiniment douloureuse et, pendant qu’il le regardait, l’écrit primitif reparut et ce qui était écrit par dessus disparut. C’était sans doute la même personne à différents âges de sa vie. – La même nuit, Adrienne vit neuf prêtres. Trois d’entre eux s’étaient nichés dans le sacerdoce sans avoir la vocation. Trois auraient dû devenir prêtres et ne l’étaient pas devenus. Les trois derniers le sont devenus et ont fait défection. Elle souffrit pour ces neuf; elle sut aussi que saint Ignace s’occupait d’eux particulièrement. Le lendemain, cette affaire avec les neuf se poursuivit. Elle était assise avec Mme R. au buffet de la gare pour attendre un train. Mme R. la quitta. Elle resta assise encore un instant, vit tout d’un coup que quelqu’un était assis à la table voisine et mangeait vraisemblablement quelque chose. Elle regarda : c’était saint Ignace, apparemment très occupé. Elle lui demanda ce qu’il faisait. Il dit mystérieusement : “Je conçois un plan”.

3. Souffrances imposées et souffrances spontanément offertes, stigmates, « trou », désolation

20 janvier - On se dirige clairement vers le temps du carême. Les temps de trou et d’angoisse se font plus fréquents, surtout la nuit, et Adrienne fait de nouveau une pénitence extrêmement sévère. Il y a maintes nuits où elle ne va guère au lit, une fois elle veille pour K., puis de nouveau pour une autre connaissance, pour E., etc. Je ne cesse de lui ordonner de dormir au moins un peu.

23 janvier - Le trou devient toujours plus profond. Adrienne est pleine d’angoisse. Elle ne cesse de chercher de l’aide. Est-ce que je ne connaîtrais pas un remède contre l’angoisse? Durant la nuit, elle a perdu connaissance, elle est tombée par terre et s’est cassé la clavicule. Les jours suivants, très fortes douleurs à l’épaule à chaque mouvement. Adrienne continue pourtant le ménage et la consultation. Elle dit qu’en comparaison du trou une douleur physique n’est rien du tout. Mais le trou s’approfondit. Une nuit, Ignace la prépare à quelque chose de très dur. Il a “presque” pitié d’elle. Une fois, elle voit le Seigneur, à genoux en prière devant le Père. Il s’agit de la souffrance. Elle entend le Seigneur dire : “Je sais qu’il y a davantage de souffrance dans le monde parce qu’il y a en lui davantage d’amour”. – La nuit, il lui est montré à quoi sera utilisée la souffrance qui vient maintenant. C’est presque illimité : l’enfant, les novices, toute la Compagnie de Jésus, surtout le pape, les prêtres en général, la Suisse, toute la situation politique mondiale. Et puis encore particulièrement son apostolat et le mien. – La nuit, Adrienne est dans un trou dans lequel elle sombre totalement. Elle a l’impression d’être dans un profond marécage, une main seule émerge encore et appelle à l’aide. Mais personne ne la regarde. Ou bien elle se trouve au bord d’une paroi rocheuse verticale avec un espace très étroit pour ses pieds et elle sait qu’elle sera bientôt précipitée dans l’abîme qu’elle doit toujours regarder.

21 févrierDe nouveau une nuit horrible. Pas de foi et pas d’espérance. Tout paraît totalement perdu, on ne voit plus de limites entre le monde véritable et un monde chimérique et irréel. Quand Adrienne cherche à aider et à consoler quelque part, tout se dissout dans la brume, et là où elle présume un simple rêve d’épouvante, il s’avère être une vérité sanglante. Elle ne cesse de demander si je ne pourrais pas lui permettre de mourir ou de dormir ou d’aller quelque part ailleurs. Constamment elle ressent une soif surnaturelle que rien ne peut apaiser.

22 février - La semaine dernière à nouveau terrible : Adrienne voit le Seigneur dans la plus extrême souffrance. Ignace se tient à côté de lui et lui montre tout ce qui doit encore être pris dans la souffrance : il lui montre son Ordre, son imperfection et son péché. Il contraint pour ainsi dire le Seigneur à souffrir davantage. Ce tableau devient si insupportable qu’Adrienne se trouve prise dans une sorte de folie de souffrance et n’a plus qu’une pensée : on doit les tuer tous les deux pour que cela cesse. Comme hors d’elle-même, elle descend à la cave en chemise de nuit pour chercher une hachette mais elle n’en trouve pas et retourne dans son lit comme elle est venue. Ignace se tient auprès d’elle alors qu’elle est couchée et il exige d’elle qu’elle se confesse et dise tout, tout jusqu’au fond, jusqu’à la dernière chose. Elle est d’accord et le ferait volontiers. Mais elle ne peut se souvenir d’aucun péché qui n’aurait pas déjà été confessé. Ignace est inexorable et il ne cesse si bien d’exiger qu’Adrienne est assaillie par une sorte d’horreur de la confession, presque plus encore que du péché lui-même. Le lendemain elle comprend d’une certaine manière que la scène jouait le rôle d’une substitution pour tous ceux qui ne veulent pas se confesser en toute honnêteté.

Mercredi des cendresLes stigmates sont plus visibles, souvent aussi du sang coule. Les mains et les pieds font très mal, une plaie au bas-ventre également. La plaie au front aussi est nettement visible. La nuit, Adrienne est souvent tourmentée d’une telle angoisse que plus d’une fois elle descend, s’assied dans sa voiture pour venir chez moi, et ce n’est qu’alors qu’elle remarque que c’est impossible. Une fois, elle voit la souffrance du Seigneur et le péché du monde, qui le torture d’une manière si pressante qu’elle n’a plus qu’une pensée : mettre fin à ses jours pour ne plus voir cela, ou bien tuer le Seigneur lui-même pour mettre un terme à cette souffrance. Cette pensée la tracasse toute la nuit, elle est comme hors d’elle-même et elle ne peut rien faire contre cette pensée. Souvent elle voit la Mère dans les souffrances : comment elle voit le péché, comment elle en est tourmentée à l’extrême et comment ensuite devant la croix elle offre au Crucifié toute sa souffrance avec son amour; ou bien elle la voit trébucher sur les chemins glissants (du péché) et il semble toujours que l’enfant qu’elle porte tombe dans l’abîme. Une fois, Adrienne doit se tenir sur une toute petite saillie au-dessus d’un abîme infini (de péché et d’enfer), elle y tombe (elle se trouvait alors physiquement au lit) et s’y abîme la colonne vertébrale si bien que, pendant plusieurs jours, elle ne put marcher qu’avec peine et avec de fortes douleurs.

15 marsConstamment dans le trou le plus obscur. La nuit, souvent chassée du lit par une angoisse effrayante; il faut qu’elle se rende en un endroit quelconque : chercher quelque chose qui n’est pas trouvable, empêcher une catastrophe qui est cependant inévitable; une fois ce sont les prêtres dont elle doit empêcher la tiédeur, puis toutes les confessions fausses, pharisaïques. Elle passe de nombreuses heures à trembler de froid dans l’escalier, assise ou debout, tantôt en haut, tantôt en bas; elle dit qu’elle a ainsi la possibilité de recueillir ce qui tombe ou bien – en haut – empêcher la chute. Elle voit aussi à l’occasion la Mère en larmes, cherchant son Fils perdu. – La plaie au ventre est ouverte et extrêmement douloureuse, elle saigne constamment et nécessite des soins incessants et fâcheux. Récemment, elle a de nouveau eu une syncope; elle heurta si durement un meuble qu’elle se luxa le genou et maintenant elle ne peut plus guère marcher. Elle ne mange presque plus.

16 marsPendant la dictée de l’après-midi, une extase de souffrance. Adrienne voit la Mère qui cherche le Fils dans l’angoisse et l’abandon. Elle voit en même temps un événement diabolique qui se déroule juste à l’instant présent : peut-être torture de prêtres ou bien défection de catholiques qui, par amour de la politique, renoncent à leur point de vue. Pendant un long temps, elle est comme éperdue de souffrance. Puis elle voit la Mère et le Seigneur : les deux tiennent chacun une extrémité des cordes auxquelles les hommes sont liés : mais des hommes qui ne veulent pas être liés. Les tenir quand même est pour le Seigneur comme pour la Mère une charge très lourde. Adrienne est invité à porter avec eux. D’autres encore portent, entre autres Ignace, mais la charge des cordes est infiniment lourde. Adrienne est assise là, les bras ouverts, presque haletante sous la charge; elle ne comprend pas que je ne voie rien. Cela dure longtemps. Souvent elle chuchote simplement : “Ne pas crier! Dire oui! Ne pas se sauver…!” Comme un enfant se parle à lui-même pour se donner du courage. – Ces derniers temps, une vision inquiétante la poursuit : elle voit sept tableaux du Christ. L’un d’entre eux est le vrai, les autres sont faux. Pas moyen de trouver lequel est le Christ authentique et pourtant on devrait le savoir. Cela la tourmente tellement que, la nuit, elle cherche le vrai Christ durant des heures. Pour la tranquilliser, je lui dis que l’un d’entre eux est le vrai, et finalement il suffit qu’il sache que nous le cherchons.

Les notes du Père Balthasar concernant la semaine sainte 1945 se trouvent dans « Kreuz und Hölle » I, p. 86-115.

14 avrilA Einsiedeln, Adrienne a de graves troubles cardiaques. Elle saigne si fort qu’elle doit changer des serviettes de toilettes entières pleines de sang. Elle dut nettoyer le sol de l’église avec son mouchoir et, le matin, elle dut longuement laver celui de sa chambre pour faire disparaître les mares de sang. Pourtant elle est de bonne humeur. Il lui fut aussi montré les grâces qui sont données par ces hémorragies : elle vit en Allemagne une troupe tout entière qui, avant la bataille, se confessait.

Avant la Pentecôte – Adrienne est presque constamment dans le trou. Elle est un fardeau pour elle-même et ne supporte pas que ce fardeau charge encore le Seigneur. Elle dit qu’il est si humiliant de n’être toujours que traînée, de ne jamais marcher soi-même vraiment. Elle ressent toute la passivité de sa souffrance comme une manière d’être traînée par le Seigneur. Puis lui vient tout à coup la pensée :”Peut-être pouvez-vous transmettre tout ce fardeau au Seigneur de l’autre côté, là où le Seigneur ne souffre pas? Là, cela ne le surchargera peut-être pas?” Elle voit constamment des tableaux de la Passion; à chaque tableau, on a le sentiment que si le monde (ou moi seulement) le voulait, tout pourrait être arrêté. Chaque tableau est une question insistante aux hommes. Mais personne ne veut. Le Seigneur offre tout ce qu’il a, sans cesse, toujours d’un nouveau côté. Mais les hommes veulent quelque chose de tout autre et se détournent de lui avec mépris. Puis les tableaux deviennent encore plus horribles. Une autre fois, Adrienne revoit ces tableaux de souffrance; chaque tableau est une question qui lui est posée à elle; et quand le moindre effort est fait de son côté pour dire oui et vouloir aider, ce oui est aussitôt noyé dans un surplus de souffrances. Cette intensification est si pressée qu’elle ne laisse pas le oui arriver jusqu’à la conscience. Adrienne voit que cela m’accable, également l’incertitude concernant la suite de mon chemin dans l’Ordre. Après l’avoir quittée, elle me téléphone pour me dire : “Je sais que tout se terminera bien. Mais moi-même je n’ai pas le droit de le savoir”.

Trinité - Plusieurs jours du trou le plus profond, surtout avant la Fête-Dieu. Partout dans le monde, Adrienne voit ce qui n’a pas été accompli, le vide. Même l’Eglise, elle ne la voit que comme une enveloppe vide, et même l’hostie lui semble vide, pure impuissance. Avec cela l’absolue nécessité de devoir chercher dans ce vide où manifestement il n’y a aucune plénitude à trouver.

10 octobre - La veille de la fête de la maternité de Marie, nous allons commencer le triduum. Adrienne est dans le trou, dans la plus grande agitation : elle ne peut pas assumer la maternité, elle veut dénoncer l’obéissance qui la lie à moi. Je n’arrive pas à la consoler. Elle se sent non seulement indigne, mais totalement incapable, pécheresse jusqu’au plus intime, sans foi. Avec cela, elle a constamment la vision du sang. Cela a commencé la nuit. Elle voyait le Seigneur en croix et, à côté, Marie qui recueillait soigneusement chaque goutte du sang qui tombait par terre. A l’égard du sang du Seigneur, Marie a une tout autre relation que nous : elle n’est pas seulement sauvée par ce sang, elle est préservée du péché d’une manière générale. C’est pourquoi ce sang la concerne d’une manière encore beaucoup plus intime, elle le prend d’une manière beaucoup plus personnelle que le pécheur, qui ne comprend toujours qu’après coup quelque chose de la rédemption, et encore! Adrienne voit ce sang partout, toute la journée, il goutte, il remplit tous les récipients, il colle même au pain qu’elle va acheter.

20 octobreJ’ai été absent quelques jours. Pendant ce temps, Adrienne fut le plus souvent dans le trou et très fatiguée. Le 20, elle a une sorte d’intoxication de l’estomac; toute la journée, elle doit vomir et elle se sent très faible, si bien que le soir elle peut à peine dicter un verset.

26 octobre - Adrienne est tout à fait dans le trou. Elle voit partout l’absence du Christ. Dans les hommes, dans toutes les affaires de ce monde : partout le vide. Et en elle aussi, tout est vide et exige absolument d’être rempli. Elle peut décrire cet état de vide de la manière la plus exacte psychologiquement, mais elle dit : ce n’est pas l’état qui est important, mais l’objet qui le provoque. Ce vide n’est pas d’abord en moi, comme mon besoin, mais dans les choses, comme un manque objectif.

Mi-novembre - Elle est souvent dans le trou, surtout la nuit. Un jour elle m’avoue, avec mauvaise conscience, qu’elle a attrapé un refroidissement. J’en demande la raison et j’apprends qu’elle s’était couchée toute la nuit en haut sur la terrasse parce que le bois est là plus mauvais et beaucoup plus sensible que dans sa chambre à coucher.

20 novembreA Zurich, une campagne est montée contre les jésuites et en particulier contre le Père G. – Adrienne en a entendu parler et elle a passé toute une nuit sur le plancher pour G.

24 novembreCes temps derniers, elle a beaucoup de crises cardiaques. La nuit même où les diables déchirent ses papiers, elle a une déchirure sous le sein gauche. Ce n’est pas une plaie, c’est un morceau de peau qui est déchiré. Depuis quelques jours, elle a au nez une suppuration très incommode et douloureuse qui lui déforme le visage. Mais elle ne lâche pas un mot à ce sujet.

8 décembre - Ma tante J. est malade : paralysies soudaines. Je vais la voir pour lui donner les derniers sacrements. Adrienne souffre pour elle, elle est très inquiète parce qu’elle voit exactement que tante J. ne s’est pas confessée avec la transparence qu’il aurait fallu. Elle veut tout prendre sur elle; une terrible douleur se fait alors sentir à son pied si bien que temporairement il lui est impossible de mettre le pied par terre. Elle a le sentiment qu’un épais boulon lui est enfoncé dans le pied. Le jour suivant, on lui voit de fait au pied un exhaussement, comme une cheville ou un bouchon. Adrienne me le montre à travers son bas. Elle a aussi à souffrir moralement : elle se tourmente à cause de la confession générale, elle doit se confesser et elle ne sait pas de quoi. – Ces jours-ci, Adrienne souffre beaucoup. Quand elle n’est pas dans le trou, elle doit le payer de spasmes vasculaires effroyables dont elle dit qu’elle n’avait jamais pensé qu’un être humain pût endurer de telles souffrances. Une nuit, elle a dû crier et gémir plusieurs heures durant. Une fois elle s’est levée, mais elle est tombée par terre et, comme elle ne pouvait plus se relever, elle frappa par terre avec un pied de chaise pour réveiller Niggi qui dormait en dessous. Mais il n’entendit rien et Adrienne dit qu’à l’avenir elle s’abstiendrait de demander de l’aide. – Après comme avant, Adrienne fait une pénitence qui dépasse la mesure. Elle ne peut pas le faire chaque nuit parce qu’elle est trop malade pour cela. Mais quand elle décide de faire pénitence, c’est le plus souvent alors toute la nuit. Elle se donne la discipline, se tient couchée pendant des heures sur le sol froid, s’agenouille sur une bûche de bois ou sur les pointes du cilice que je lui avais donné, ou bien elle se couche dessus en changeant sans cesse de position. Elle a encore trouvé une foule d’autres méthodes qu’elle ne m’indique que vaguement. A l’occasion, quand elle a le sentiment d’en avoir trop fait (cela veut dire alors certainement déjà beaucoup), elle m’avoue le lendemain : “Je crois que j’ai fait une bêtise. Est-ce que je suis pardonnée?”

4. Événements insolites, prémonitions, guérisons inexpliquées

4 févrierDepuis peu, quelque chose de pénible est en cours. Une vieille connaissance, X, qui fréquente beaucoup la maison, montre tous les symptômes d’une maladie vénérienne mais ne veut pas l’avouer et soutient qu’il a une cystite. Récemment, Adrienne a demandé dans sa prière de pouvoir prendre sur elle toutes les choses écœurantes que les autres ne veulent pas porter. Elle découvre maintenant en elle une tumeur, en même temps que la maladie disparaît chez l’autre. Cette tumeur grandit pendant plusieurs jours, les glandes inguinales grossissent, le tout est très douloureux et elle est gênée pour marcher. Son sommeil également est compromis, des frissons de fièvre l’affaiblissent. Je lui conseille de ne pas appeler de médecin et de ne prendre aucun remède.

3 mars - Une tante du P. Balthasar est paralysée par une attaque. Adrienne lui téléphone, prend sur elle pour quelques jours la paralysie; pendant ce temps, la malade est libérée. – Il y a une semaine, le P. Balthasar avait une grippe intestinale. Dès qu’Adrienne l’apprend, elle la prend sur elle; à l’heure même cesse l’indisposition du P. Balthasar. Malgré cela, elle veille à ce que j’aie tous les médicaments nécessaires. La même chose se reproduisit dix jours plus tard quand j’allai la voir avec une infection de la gorge; la nuit, j’avais à peine dormi à cause des douleurs mais, le jour qui suit celui où elle l’apprend, tout a subitement disparu tandis qu’elle, elle a maintenant des maux de gorge. Elle se réjouit beaucoup de ces prières exaucées. Au milieu du trou le plus obscur du carême, où la foi et l’amour lui sont retirés, c’est en quelque sorte une preuve qu’il peut y avoir une réelle substitution et que tout ce qui est souffert a peut-être quand même un sens.

15 mars Par deux fois, augmentation inexpliquée du bois à la cave. La veille, il n’y en avait presque plus; quand Adrienne y jeta un coup d’œil, il y avait à nouveau un gros tas, et le jour suivant le tas était encore plus gros. Personne n’a apporté quelque chose à la maison.

21 marsQuand je rentrai à la maison, Adrienne était tout à fait au bout de ses forces. Elle avait encore à peine le courage d’entrer dans la semaine sainte. Quelques guérisons à l’hôpital ou à la consultation avaient augmenté son angoisse. Constamment elle voyait des scènes de la Passion, mais la foi et l’amour et toute possibilité de prier lui étaient retirés. Et pourtant elle éprouvait une soif énorme de prière. Elle me demanda de prier à sa place ou de dire des prières devant elle pour qu’au moins elle pût suivre ce qu’elle entendait.

28 juin - Ces jours-ci, j’ai à nouveau une grippe, avec fièvre, etc. Quand Adrienne l’apprend, elle prie à nouveau pour pouvoir la prendre sur elle; exactement à l’heure où la grippe me quitte soudainement, Adrienne ne se sent pas bien et commence à avoir de la fièvre, mercredi entre 9 H et 10 H. C’est bien la cinquième ou la sixième fois que cela arrive.

Début juillet – Ces jours-ci, elle va chez le dentiste pour enfin, au bout d’un an, mettre ses dents en ordre. Il y a un an, le dentiste lui avait ouvert et préparé les dents, il avait préparé Adrienne elle-même et il était prêt à achever le travail. Grand étonnement des deux côtés : la moitié de la bouche est absolument sans aucun vide et tout ce qui avait été préparé aux dents avait disparu.

7 octobre Le beau-frère de J. est très malade, abandonné par les médecins. J. téléphone, très inquiet. Adrienne, qui ne sait pas si elle peut prier pour la guérison, fait en tout cas de sévères exercices de pénitence en disant à “ceux qui sont là-haut” qu’ils doivent s’en servir comme bon leur semble. Deux jours plus tard arrive la nouvelle que l’homme est guéri.

10 octobre - Ces derniers jours, j’avais une grippe sournoise. J’essayai de la cacher à Adrienne. Hier pourtant elle la remarqua; aujourd’hui la grippe a disparu tandis qu’Adrienne en ressent tous les symptômes : nausées, rhume, maux de gorge.

26 octobre - Ce soir-là, Werner rentre tard à la maison et il se met à parler politique. Il demande à Adrienne ce qu’elle pense de la situation. Adrienne commence par lui donner un aperçu de la situation spirituelle et religieuse de l’Europe, avec des détails pour chaque région, à expliquer le combat contre le communisme, le tout avec une connaissance des faits qui lui avait été soudainement donnée d’en haut comme elle dit. Werner est stupéfait et dit qu’il avait toujours pensé qu’elle ne comprenait rien à la politique.

Mi-novembre - J’apprends d’Adrienne, comme en passant, que l’argent que Madame le Docteur H. avait mis à sa disposition ne s’épuise pas. Il ne cesse d’y avoir quelque chose en caisse. J’avais demandé à Adrienne si je devais acheter certains livres qui seraient à avoir. C’est à cette occasion que je l’ai appris. – Il faut noter ici aussi que, chaque fois que je vais chez elle pour travailler, je trouve pour le thé une fraîche tablette de beurre. C’est grâce à ce supplément que j’ai pu si bien travailler ces derniers mois. Chaque jour Adrienne trouve des tickets de beurre dans son sac à main alors que le beurre est strictement rationné. Elle l’appelle “le beurre de la Mère” et elle m’incite à me servir, la Mère le veut ainsi. Pour l’hiver qui arrive, elle a peu de combustible et ne sait que faire. Mais elle ne se fait pas de souci. Elle dit : “Si ceux qui sont là-haut veulent que je travaille, ils trouveront bien quelque chose”.

20 novembre - Invités le soir chez Mlle E. Zellweger. Nous parlons de la Bible. Mlle Zellweger cite un texte et elle dit qu’il se trouve quelque part, elle ne sait pas où. Je ne le sais pas non plus. Adrienne dit tout d’un coup : il se trouve chez Jean. Je réfléchis longuement; finalement je me souviens qu’il se trouve dans le dernier chapitre de l’Apocalypse (que nous n’avons pas encore fait). Jean avait soudain été là et il avait donné à entendre que la phrase était de lui.

24 novembreAujourd’hui elle me dit qu’elle sait depuis hier qu’elle devra aller à Fribourg cette semaine. Chez l’Abbé J. Elle l’a su soudainement, elle n’en connaît pas la raison. Elle ira mercredi. – Mme Lucy R. doit me rendre visite aujourd’hui. Adrienne le sait. Elle a vu son âme et elle me donne des détails sur sa vie, son foyer, en me demandant de lui dire quand même quelque chose de sérieux. Je le fais. Elle me dit également ce que je dois dire à B.H. lors d’une promenade; saint Ignace ne l’a pas encore abandonné.

8 décembre - Adrienne me donne des indications, qui viennent de saint Ignace, sur la manière de traiter différentes personnes. Par exemple, des indications très précises sont fournies pour E.C. Saint Ignace se soucie souvent de ce qui semble être des détails. R. est à Bâle avec M. Gr. – Adrienne donne pour eux des indications sur la manière de les traiter. Et comme je conseillai à R. de faire une surprise à sa mère, saint Ignace me fait dire par Adrienne qu’il ne doit pas partir avant de lui avoir téléphoné, car sa mère est malade du coeur (ce qu’Adrienne ne savait pas) et elle ne supporterait pas le choc. – Durant l’Avent et au temps d’une grande épreuve pour Adrienne, il lui est montré que quelque part à l’Est (Adrienne dit : vraisemblablement en Croatie) une sorte de schisme est préparé pour Noël. Un groupe de prêtres, une dizaine environ; l’un d’entre eux est un notable. Ils veulent faire un cadeau aux gens à Noël, tout est prêt pour la distribution, et les gens y comptent déjà. A cette occasion, ils veulent aussi annoncer qu’ils se séparent de Rome et entraîner les gens avec eux. Adrienne est très agitée à ce sujet. On pourrait l’empêcher, dit-elle, et la demande aussi est faite de l’empêcher. On doit faire sauter l’affaire. Je lui dis que sa souffrance actuelle est certainement utilisée à cette fin. Le lendemain, Adrienne me dit qu’elle ne sait plus où est le schisme. Car maintenant elle a vu un mouvement semblable en Allemagne, et puis à nouveau le tout lui semblait se trouver ailleurs. Il y a dans l’Eglise beaucoup de nids qui ont tous la tendance à se séparer de Rome, et cette séparation, à chaque fois, ne veut pas seulement dire schisme, mais en même temps et expressément hérésie. Avec la séparation, libre accès est donné aux bons plaisirs de chacun, et ceux-ci veulent toujours changer le dogme. Le mariage des prêtres joue là un rôle essentiel. – Adrienne décide d’aller voir Bleuler à Zurich pour parler avec lui de l’état de santé d’un proche parent. Dès qu’elle a pris la décision, elle commence à voir l’âme de Bleuler, comme auparavant elle avait vu J. : elle le voit avec une grande angoisse.

5. Connaissance des cœurs (cardiognosie)

Aux environs du 10 août Pendant les « Exercices » à Estavayer, Adrienne eut plusieurs fois certaines visions qui lui dévoilaient les âmes des retraitantes. Elle vit chez l’une une faute cachée qu’elle n’avait pas confessée et, dans un entretien, elle l’engagea discrètement à en parler. Tout rentra ainsi dans l’ordre. Une autre fois (elle était justement occupée à l’interprétation d’un animal d’Apocalypse 13,1 et de ses blasphèmes), elle se trouva prise dans une angoisse terrible. C’était comme si elle se trouvait devant le jugement imminent de Dieu. Elle disait en tremblant : “J’ai tout confessé, je ne sais rien de plus, je n’ai sûrement rien caché…!” Elle défaillit presque d’angoisse : “Mon Dieu, qu’est-ce que j’ai donc caché…?” Mais c’était l’une des jeunes filles qui avait passé sous silence quelque chose d’important. A partir de ce moment-là, je me demandai si cette jeune fille, qui en fait vint bientôt confesser sa faute, faisait partie de la communauté.

6. L’enfant

4 févrierCes derniers jours, le plus souvent dans le trou. Grande angoisse devant le carême qui vient. Elle réfléchit beaucoup à l’enfant. Une nuit, une sorte de vision. Adrienne voit les murs de sa chambre se rapprocher toujours plus, l’air autour d’elle se fait rare, elle risque d’étouffer. C’est l’enfant dont on cherche à enfoncer les murs de l’extérieur. La pression est très forte. Ignace arrive et elle lui fait part de son angoisse : qui peut résister à une telle pression? Ignace dit : on devra justement construire les murs très solidement, beaucoup plus solidement que prévu tout d’abord. – J’ai une conversation avec le Père G. au sujet de l’enfant; il me donne une petite brochure sur les Dames de Nazareth, qui préoccupe beaucoup Adrienne à cause de la similitude de la conception de base des deux communautés.

21 avril – Ces jours-ci, quelque chose de grand est décidé au ciel. Pendant plusieurs jours, cette délibération est montrée à Adrienne sans qu’elle comprenne de quoi il s’agit. Mais elle doit obtenir mon consentement. C’est en quelque sorte une fondation. Le Seigneur est là, la Mère, Jean et Ignace. A la fin, il y a comme une acte solennel ouvert par une sorte d’entrée : d’abord Jean et Ignace, la main dans la main, puis la Mère seule, enfin le Seigneur. Le tout se termine par une bénédiction du Seigneur et une promesse. En ce qui concerne les jeunes et la communauté, c’est pour le moment très mystérieux. Ignace dit qu’il espère que cela ne viendra que dans quelques années. Ce serait alors le signe que cela se fera à l’intérieur de la Compagnie, que les jésuites peuvent s’adapter à leur temps. Mais j’ai le sentiment très fort que ce ne sera pas le cas. Ignace me fait dire d’autre part que je dois me tenir prêt. Il voudrait toujours que ses règles et ses pensées soient adaptées à la situation actuelle. Il promet de ne pas nous laisser dans l’obscurité mais de nous donner des indications précises quand le moment sera venu.

Après le 21 avril – Nous cherchons une maison pour la communauté. Les « Exercices » sont décidés pour l’été. Nous cherchons de nouveaux membres.

28 juin - Nous cherchons partout une maison pour l’enfant. La nuit, Adrienne voit un instant l’abbé Blum et un étage vide. Elle me le dit et me demande si on ne devrait pas demander à Blum. Le soir, je vais chez lui et il me conduit à une maison, 6 avenue de Wettstein, qui est à louer. Il m’indique aussi d’autres maisons dans le voisinage.

5 aoûtLe soir, commencent les « Exercices » à Estavayer, où Adrienne m’avait précédé : c’est la retraite de fondation de la nouvelle communauté (l’enfant). Y participent neuf personnes avec Adrienne. Le premier jour, tout va à peu près bien. Adrienne me dit par la suite que, les deux premières nuits, elle les avait passées intégralement debout pour prier. Dès le début, Adrienne est très fatiguée. C’est pour elle tout à fait inouï de rester debout depuis le matin pendant huit jours et de participer à tout. Les jours suivants, elle est dans une angoisse grandissante. Les plaies du côté s’ouvrent toutes, les sept l’une après l’autre, par des perforations nouvelles, la grande plaie tout d’un coup; enfin les mains aussi commencèrent à saigner, et cela à table, visiblement.

Septembre Le travail se poursuit à la maison de la communauté, avenue de Wettstein. La maison est rénovée, toute l’installation vient comme du ciel. Adrienne est chez l’Abbé Blum pour lui demander s’il ne pourrait pas l’aider; il va dans la pièce à côté chercher un testament qui lui lègue toute une maison avec mobilier, cuisine et cave, et en plus du charbon et du bois à brûler. Il le donne à Adrienne pour qu’elle en dispose librement. Après mille difficultés qui proviennent de la nature distraite et compliquée de Mme le Docteur H., ses grandes caisses avec tout le nécessaire du ménage arrivent finalement : le tout a été choisi à merveille et acheté généreusement, en outre du linge et quelques caisses remplies de vivres du couvent de Wil. Mme R. fait le reste si bien que fin septembre la maison est toute prête. L’oratoire, auquel Adrienne a apporté un soin particulier (“pour l’oratoire on ne regarde pas à la dépense”), est orné d’un tableau que j’avais acheté à Berne. Des prie-Dieu furent d’abord loués, le tout fut tapissé, pourvu de rideaux, finalement fut placé un petit autel.

Début octobre - Les trois premières postulantes font leur entrée : Mlles Gisi, Glutz et Capol. Au dernier moment, Mlle Chr. a des doutes et veut réfléchir. Les autres se tiennent à distance et veulent faire partie du cercle extérieur. Mlle Auderset voudrait suivre; elle regrette d’avoir manqué la retraite durant l’été. Pour les deux demoiselles A., on ne sait pas si elles ne seront pas expulsées en tant qu’Allemandes. Chacune des trois jeunes filles apporte, sans qu’elles se soient concertées, un bouquet de roses rouges; Madame Rudolph également envoie des roses rouges et d’autres pareilles viennent encore d’un autre côté. Adrienne et toutes les trois sont très touchées par cette coïncidence. On orne l’oratoire avec toutes ces roses et on célèbre un premier office. Les jours où les jeunes filles s’installent, je suis encore à Lucerne. Mais Adrienne me dit par la suite que la chapelle avait été pleine d’anges et de saints et qu’elle était déjà comme “investie par la prière”. Quand l’Abbé Blum visita la maison, il s’arrêta en entrant, tout saisi, et dit : “C’est vraiment l’opulence…” Les habitantes sont à peine maîtrisables de joie intérieure. Le pays de cocagne spirituel qui menace ici de s’étendre sera certainement bientôt dégrisé. Cependant Adrienne aussi est très heureuse, et ce début, qui s’est effectué si totalement dans la grâce et dans une abondance symbolique offerte par le ciel, est certainement celui qu’il fallait.

10 octobre - Hier j’étais à Solothurn pour informer l’évêque au sujet de la communauté. J’étais un peu angoissé avant cet entretien et je demandai à nos filles de prier. L’une d’entre elles a dormi par terre, elle a avoué qu’elle le faisait fréquemment. Durant l’été, elle a dormi par terre neuf jours de suite. Une autre nous cause du souci.

11 octobreFête de la maternité de Marie. Aujourd’hui commence avenue de Wettstein l’ordre du jour. Points de méditation; triduum jusqu’à dimanche.

15 octobreOuverture de la maison. Messe dans la chapelle de Lindenberg. Je donne une prédication, plutôt sèche. Tout à coup, je ne sais pourquoi, je commence à parler de Marie. Comment elle tient la communauté dans les bras; la voix alors me fut coupée. Adrienne me dit ensuite que, pendant tout un temps, avant que je commence à parler d’elle, la Mère se trouvait derrière moi avec l’enfant dans les bras. Après la messe, la maison est bénite. Nous allons ensemble de pièce en pièce et nous prions partout à genoux. – Chaque soir, Adrienne donne des points de méditation; trois fois par semaine, des instructions qui sont transcrites par Mlle Capol. Une fois par semaine, je donne une heure de dogme. Ignace indique à Adrienne comment faire pour les points de méditation qu’elle donne; il ironise : naturellement quand on est toujours aussitôt emporté dans les hauteurs, on sait peu de choses de la prière méthodique. Lui, il ne l’a pas eu facile, il a dû s’esquinter… Puis il se fit très amical et il lui montra comment elle devait faire.

20 octobreOn apprend que le Père H. est nommé visiteur de la province : cela pourrait créer des difficultés pour la communauté. On prie.

Mi-novembre - Avenue de Wettstein, Adrienne donne chaque jour des points de méditation et, deux ou trois fois par semaine, des instructions. Il n’est pas facile d’apprendre à nos filles le sens de toutes choses. Sans cesse elles viennent avec toutes sortes de sottises; l’esprit n’entre que lentement, bien que la volonté soit bonne.

7. Matériaux pour l’intelligence de la foi

Par ordre chronologique, thèmes abordés par Adrienne ou contenu de ses échanges avec le P. Balthasar.

3 janvier Comment comprendre les voix du ciel – Les saints dans le ciel.

23 janvier - Le samedi saint.

15 marsInitiation au “Suscipe » – La manière d’être d’Ignace – La vie selon les conseils évangéliques.

16 marsLa crucifixion du Seigneur et le sens de la souffrance.

Pâques La mystique – Les enfants et les anges.

Après Pâques - La Mère de Dieu – La prière .

21 avril – La fin d’une vision – Ignace – Marie.

6 mai Le diable.

Veille de la Trinité La Trinité.

TrinitéLa Trinité.

3 juin La vie des bienheureux dans le ciel.

10 juin Le monde sans Dieu.

Fin juinSaint Paul.

Aux environs du 10 août Le livre des « Exercices ».

14 août La pénitence.

15 aoûtLe chemin de Marie depuis le Ecce ancilla jusqu’à sa réception dans le ciel.

10 octobre - Points de méditation par Ignace.

20 octobreUne nuit de la petite Thérèse.

21 octobre - Le pouvoir des saints dans le ciel et leur impuissance.

27 octobre Les outils entre les mains du Seigneur.

Mi-novembre - La grande parenté entre visions et confession – Les visions : en avoir ou ne pas en avoir – La conception de Marie.

20 novembre La vie en Dieu – Une discussion entre Ignace et Paul – Les imperfections des saints – Au ciel, nous ne perdrons pas le sens du temps – Le péché originel – Tout appartient au Seigneur – Irénée – La dictée et l’extase – Différentes formes de chasteté – Pénitence et prière.

7 décembre - L’acte sexuel.

8. Adrienne et ses relations

3 mars - La nuit, Adrienne est presque toujours debout maintenant : elle cherche de l’aide, circule dans la maison dans une inquiétude mortelle. Noldi aussi bien que Niggi le remarquent; une fois même, au milieu de la nuit, elle entre chez Niggi avec chapeau et manteau sans remarquer qu’elle est prête à sortir. Le lendemain, il lui demande où elle a été la nuit. Elle doit répondre qu’elle n’est pas sortie du tout.

16 marsSes mains et son front saignent. Adrienne mange seule le soir avec Niggi, le front saigne et Niggi le lui fait remarquer. Il lui tient un long discours : elle ne doit pas gratter, etc. Ces mains qui saignent aussi sont quelque chose de singulier, il l’a remarqué depuis longtemps et fréquemment. Adrienne est persuadée que Niggi tient les plaies pour quelque chose de tout à fait naturel.

Après PâquesAdrienne dit : Ignace a prédit pour l’été deux autres jours dans l’enfer parce que sinon on “n’en viendra pas à bout”. Dans les journées qu’elle passe à Vitznau, elle réfléchit souvent à la future communauté. Elle raconte aussi comment elle a été reçue dans les différents monastères de la Suisse de l’ouest : comment tout de suite elle s’est entendue avec l’abbesse de la Maigrauge et avec Mère Ignatia, o.p. Quand une sœur de la Maigrauge eut avec elle une conversation au téléphone et que l’abbesse entendit la voix d’Adrienne (sans savoir qui parlait), elle dit : c’est une voix que j’attends depuis de nombreuses années. Quand Adrienne parut, l’abbesse fut toute déférence et humilité avec toute la sagesse de ses paroles.

22 juillet – Adrienne se fait beaucoup de souci pour Niggi qui est manifestement impliqué dans mille sombres aventures et ne rentre plus du tout à la maison. Elle prie pour lui et pour toutes les mères abandonnées par leurs fils.

12 août - Fin des « Exercices » à Estavayer. Adrienne est extrêmement heureuse. Elle va en voiture à Fribourg avec le P. Lavaud. Visite à Mme l’Abbesse de la Maigrauge et à Mère Ignatia, o.p., retour à Bâle.

Septembre sans doute Au retour d’Adrienne à Bâle (après des vacances), il y a de nouveau des difficultés avec Ks. qui fréquente beaucoup la maison de la place de la cathédrale. Il mène depuis longtemps une double vie impénétrable, il disparaît pendant des semaines bien qu’à part cela il vienne régulièrement, il a manifestement une foule de dettes mais il cherche à les nier. De plus en plus fréquemment des objets disparaissent de la maison : des livres, de la nourriture dans des armoires fermées à clef (Ks. a certainement un passe-partout), finalement des bijoux précieux reçus en héritage dans un bureau fermé à clef, des choses qui plus tard réapparaissent au mont-de-piété et ailleurs. Comme Ks. nie tout avec la mine la plus amicale et accuse Adrienne de le soupçonner faussement, elle ne sait finalement plus que faire et elle demande conseil à John Staehelin (le psychiatre); elle avertit en même temps la police. Les deux la mettent en garde parce que Ks. possède certainement des pistolets chargés, les deux redoutent de rencontrer l’homme devenu inquiétant. Après de longues discussions où Adrienne assume toute la responsabilité, elle conduit Ks. en auto à Friedmatt après qu’il a déposé ses pistolets sur la table au dernier instant, et là il a un entretien avec John. Adrienne est présente, Ks. fait une confession, également au sujet de sa maladie vénérienne qu’Adrienne a prise sur elle pendant un temps six mois auparavant, mais qui aujourd’hui connaît à nouveau une phase aiguë. Après ces événements irritants, cela va bien avec Ks. pendant plusieurs semaines; il se donne visiblement beaucoup de mal, mais au début octobre la situation redevient peu claire, il a aussi une inconcevable manie de mentir. – Une amie, qui était à l’école avec Adrienne, Mme le Docteur H.B., qui n’a plus pratiqué pendant de longues années, recommence à se tourner vers la religion, impressionnée par le catholicisme d’Adrienne. J’ai deux entretiens avec elle. Elle emporte “Jean” 1 et 2 pour les congés.

8 décembre - Un soir, Adrienne me téléphone : je dois aller chez elle le plus tôt possible. J’y vais et je la trouve très agitée et défaite. Elle peut à peine parler. Quand elle s’est un peu apaisée, elle dit : C’est à cause de J. Et, en hésitant, elle commence à raconter. Elle a vu l’âme de l’Abbé J. : à proprement parler deux âmes différentes; l’une, bonne, avec des fautes manifestes et avec la connaissance de ces fautes et une sorte de repentir à leur sujet; l’autre, dans les griffes du diable. Adrienne me donne une description précise et longue de l’état de son âme; à l’arrière-plan de son christianisme : fierté, calcul, rigueur, ambition. Sa bonté excessive aussi est au fond calcul. A un certain endroit, ce calcul est l’assurance vis-à-vis d’un Dieu possible. Elle sait qu’elle doit aller trouver J. pour le secouer. Elle résiste à cet appel qui lui paraît inouï : “Que dois-je donc lui dire d’un ciel si serein?” Elle trouve qu’on lui en demande incroyablement trop. Toute son âme est dans un tourbillon, dans le même tourbillon que le manque de foi de l’Abbé. Le lendemain, elle y va de fait. Elle est dans la plus grande angoisse jusqu’au moment où elle se trouve en face de lui. Elle commence alors à parler, tout amour et sagesse et prudence. Elle parle d’une manière indirecte : d’un prêtre qui pourrait être comme ci et comme ça. Adrienne le décrit si exactement que J. fond en larmes et dit : “Ce prêtre, c’est moi. Qu’est-ce que je dois faire?”. Elle donne quelques directives et promet sa prière. Il dit : “Je retomberai”. Elle dit qu’elle priera et intercédera pour lui. Puis elle rend visite encore à l’Abbesse de la Maigrauge, sa grande amie, et revient à Bâle. Deux semaines plus tard, alors qu’elle est un jour dans le trou, il lui est montré que J. a de nouveau gaspillé la grâce offerte. Il s’est refermé. Et un petit prétexte (voyage de Béguin à Paris) donne à l’Abbé l’occasion d’envoyer à Adrienne un télégramme furieux. On doit attendre une occasion ultérieure.

9. Adrienne elle-même. Adrienne devant Dieu, sa prière, sa mission

20 janvier - A la consultation, beaucoup de travail. Un jour, Adrienne avait prié pour avoir une consultation “convenable”. Là-dessus il vint une telle foule de cas horribles, de prostituées, de gens atteints de maladie vénérienne, de ménages désunis, qu’elle dit par la suite qu’elle ne ferait plus jamais une prière de ce genre.

Pâques - Toutes les plaies étaient fermées, les stigmates des mains à peine visibles encore, la plaie du front tout à fait invisible; Adrienne dit que toutes les plaies du coeur aussi avaient totalement disparu; seule, la grande cicatrice qui allait jusqu’au milieu du dos était encore là. Elle semble devoir rester. – Adrienne part en voiture pour Sion, Estavayer, Fribourg, Vitznau, tandis que je vais à Emmetten pour un cours de deux semaines, puis à Einsiedeln pour des « Exercices ».

Après le 21 avril - Ce sont les jours qui précèdent la capitulation; Mussolini a été exécuté et les grands chefs nazis disparaissent. Adrienne sent l’appel pressant à prier pour ces grands criminels; elle s’agenouille toute une nuit au pied de son lit : elle prie et fait pénitence. Elle le fait parce qu’elle doit.

7 octobre Après une pause assez longue, je résume brièvement dans ce journal ce qui s’est passé depuis la mi-août. Je suis parti dans le Tyrol puis à Rigiklösterli où je donnai un cours. Entre-temps Adrienne alla au couvent de Wil chez les dominicaines. Là elle se sentit plutôt mal à l’aise, elle trouve tout absurde ou, comme elle dit : “bête” . Elle est heureuse de pouvoir prétexter des crises cardiaques pour s’en aller. Elle va pour peu de temps à Cassina où elle s’entend bien avec la vieille Madame R., elle lui donne des indications sur maintes questions de vie spirituelle et se repose un peu. Au bout de quelques jours, elle se rend à Vitznau où elle s’arrête pendant que se poursuit mon cours à Rigi. Je lui rends visite un jour, elle est très gaie. Ce sont quelques jours de congé, sans visions, sans exigences; enfin, dit-elle, il lui est permis d’être une fois une chrétienne normale. Mais elle se réjouit en même temps des missions futures. A Rigi, le cours se poursuit dans une ambiance excellente et les vocations religieuses sont affermies. De loin, Adrienne s’y associe par la prière et le sacrifice.

Premiers jours d’octobreDurant ces mois, Adrienne eut constamment des visions, plus ou moins régulièrement, et elle ne cessait de m’en parler. Comme j’ai oublié beaucoup de détails, je renonce à les reproduire d’une manière inexacte. La plupart des visions concernaient Marie, ses relations à la Trinité et aux hommes. Sur ma suggestion, Adrienne a commencé aussi à donner forme au livre sur Marie, qu’elle devait écrire. Elle distribue les chapitres et met en ordre sous les titres les pensées qui lui viennent. On devra encore voir si elle écrit le livre elle-même ou si elle va le dicter. Les lettres sur le mariage ne sont toujours pas finies, malheureusement.

20 novembreIl y a quelques jours, une nuit, au bord de la syncope, Adrienne s’en est remise de tout à Dieu et lui a demandé de bien vouloir tout reprendre pour le donner à quelqu’un qui en ferait un meilleur usage. Elle entendit alors tout d’un coup la voix de saint Ignace qui disait : “Sottise”. Elle leva les yeux et vit saint Ignace qui dit encore : “Quand on reçoit de Dieu une mission, ce n’est pas pour la lui rendre. Il est quand même clair que Dieu veut qu’elle soit réalisée et il y compte bien”.

24 novembreElle ne cesse de remarquer à quel point saint Ignace est un homme amusant et curieux. Il fait toujours quelque chose d’inattendu. Elle l’aime “chaudement”, bien que parfois elle se dispute un peu avec lui. Quand elle est vraiment dans le besoin et l’abandon, saint Ignace l’aide avec une merveilleuse fidélité.

8 décembre - Adrienne donne une conférence chez les étudiantes; là on l’interroge assez crûment sur la fondation avenue de Wettstein. Elle répond ouvertement et avec une sincérité qui les contraint toutes au silence et à la réflexion. La discussion se poursuit ensuite entre les étudiantes jusqu’au matin.

15 décembreCes jours-ci, Adrienne est très triste pour tout ce qu’elle a traversé. Elle m’explique la différence entre la tristesse et la souffrance de la croix. La souffrance est quelque chose de beaucoup plus grand que la tristesse personnelle la plus profonde. Le soir où elle fut dans une terrible angoisse pour Noldi, elle me disait ainsi : “Et cependant cette souffrance n’est pas comparable à la souffrance que je supporte à cause de Marie qui doit mettre au monde son enfant”. Je demande pourquoi. Elle dit : “La Mère sait exactement que le monde devrait être prêt à recevoir le Fils, et elle a l’angoisse de le faire sortir dans un monde hostile. Oh! Si seulement on pouvait l’aider! J’ai offert les miens : c’était un petit rien en face de cette douleur. On peut pleurer sur ses enfants. Sur le Seigneur en croix, on ne peut pas pleurer. Cette souffrance se trouve sur un tout autre plan”. Je lui rappelle le mot du Seigneur sur le chemin de la croix : “Pleurez sur vous et sur vos enfants”. Elle dit : “Tiens, c’est vrai! Oui, je comprends cela maintenant”.

10. Adrienne et le Père Balthasar

23 janvierUn étudiant, F.X., qui prépare le bac à Engelberg, écrit au P. Balthasar; il s’intéresse à la Compagnie. Je fais demander à Ignace par Adrienne ce qu’il en pense. Ignace acquiesce et Adrienne me donne le lendemain matin des détails précis sur le caractère du garçon, sur la manière dont je dois rédiger ma lettre, etc. Ces jours-ci, C. est également en cause. Ignace dit qu’il ne s’en désintéresse pas, indique là aussi une tâche, mais il laisse entrevoir que, finalement, il n’en sera sans doute pas question pour lui.

4 févrierPour me faire une surprise, elle a rédigé en quelques jours un petit écrit : « Quatre lettres au sujet d’une vocation au cloître ». Je lui demande de poursuivre le travail.

25 févrierAvant le mercredi des cendres, elle me dit que je devais prier parce qu’elle avait quelque chose de dur à me dire. Elle me dit dans les larmes que, depuis quelques jours, le matin à la messe, elle voit que je ne vis plus tout à fait dans l’amour, que beaucoup de choses en moi se sont assombries, que je prie trop peu. Elle a prié pour pouvoir enlever tout cela et, là-dessus, elle a eu un mal de tête épouvantable comme jamais auparavant quand elle avait pris sur elle quelque chose pour moi. Je dois de nouveau être mieux à mon affaire, il n’est pas permis que je la laisse seule dans la souffrance. Cela a dû être purifié avant d’entrer dans le temps du carême. Elle dit tout cela avec tant d’amour et de simplicité que cela me toucha profondément et que, depuis, je cherche à mieux y correspondre.

15 marsUn jour, dans une conversation avec F.B., elle apprend l’existence de ce journal sur elle. Comme elle est dans le trou le plus profond, cela lui donne un tel choc qu’elle croit que tout est fini entre nous. Elle voit là une telle profanation du secret que tout amour est devenu impossible; elle me fait venir et dit qu’elle ne veut pas continuer. Il ne fallut pas longtemps néanmoins pour lui faire comprendre que ce sacrifice aussi était inclus dans le grand sacrifice qui avait déjà été offert; elle le reconnut et demanda mille fois pardon. Elle craignait fort que le Seigneur ne pût lui pardonner cette “trahison”.

21 marsPuis je donnai à Einsiedeln les « Exercices«  pour des étudiantes. Adrienne était rentrée à Bâle et, de là, elle me donna des indications. D’une part elle connaissait les noms (elle avait la liste) de celles auxquelles je devais faire particulièrement attention, d’autre part elle les voyait en esprit sans connaître les noms et elle attira mon attention sur certains points. Il y avait par exemple une blonde très petite, fine, dont elle parla beaucoup : c’était H.V.; toutes les données correspondaient. Également pour Mlles R., H., I., elle savait à quoi s’en tenir. Pendant ce temps, elle ne dormit pas une heure, mais elle souffrit toute la nuit pour les jeunes filles; elle était tellement à Einsiedeln en esprit qu’elle savait aussi exactement si chacune dormait ou non, si elles étaient inquiètes la nuit, etc.

Après PâquesD’Emmetten où le P. Balthasar donne des cours, il rend visite à Adrienne à Vitznau. Elle est certes en bonne condition physique mais très inquiète par quelque chose qui me concerne. Elle n’a cessé de voir la Mère avec notre communauté et aussi quelques prêtres qui se trouvent en rapport avec cette œuvre. Qui sont ces prêtres? Un jour qu’Ignace est là, elle lui demande : “Est-ce que ce sont les jésuites qui vont à Balzers?” Ignace fait le mystérieux et disparaît. Il réapparaît au bout de quelque temps comme si de rien n’était. Adrienne lui demande à nouveau : elle doit quand même savoir clairement ce que nous aurons à faire. Devons-nous chercher à mener à Balzers les jeunes gens qu’Ignace a “désignés”? Ignace dit d’une manière assez énigmatique : pour le moment il n’y a pas d’autre voie. En outre il renvoie au dernier samedi saint comme s’il y avait là la solution toute prête. Pour cela, Adrienne en vint à penser que je pourrais peut-être être obligé de sortir un jour de la Compagnie. Je lui remets en mémoire que, tout au début, elle avait déjà vu quelque chose de ce genre : elle avait dit alors que pourrait venir un temps où d’être dans la Compagnie ou en dehors n’aurait plus aucune importance. Je dis : naturellement, je n’envisagerais une telle idée que si cela apparaissait comme la volonté tout à fait claire de Dieu sur moi. Je préférerais la volonté de Dieu à l’Ordre. De son côté, Ignace dit qu’il nous montrerait en toute clarté quand le temps serait venu pour une nouvelle fondation. Ces jours-là, je m’offris aussi pour ce sacrifice qui, certainement, serait le plus dur qui puisse m’être demandé. – Comme le cours à Emmetten ne se déroulait pas bien tout d’abord, je téléphonai à Adrienne pour lui dire de prier un peu. De fait, dans l’agitation du voyage, elle n’y avait pas beaucoup pensé. Dès qu’elle commença à prier, tout fut comme inversé, zèle et bonne ambiance furent manifestes.

14 avril – A Einsiedeln, Adrienne me parle de grâces particulières qui m’ont été accordées et que je ne note pas ici. Puis je donne mes deuxièmes « Exercices » pour étudiantes, et Adrienne retourne à Vitznau pour quelques jours. Une fois encore elle me donne des indications par téléphone. A la fin de son séjour, elle a des crises cardiaques qui s’intensifient. A la fin, elle est si faible qu’un soir elle oublie mon interdiction et qu’elle prie pour pouvoir mourir. Elle ressent un très grand désir d’être unie à Dieu. Sa prière est exaucée : elle est réellement et véritablement morte, dit Adrienne, et cela n’a certes pas été agréable. Mais, de l’autre côté, elle a rencontré aussitôt le Seigneur et tout a été si magnifique qu’elle ne pensait plus du tout revenir en cette vie. Il lui revint ensuite à la mémoire qu’elle était partie sans me le demander. Elle dit au Seigneur qu’elle devrait sans doute retourner une fois encore par obéissance. Le Seigneur lui demanda si elle retournait par obéissance ou par amour. Elle répondit que c’était difficile à décider, les deux étant si proches l’un de l’autre. Le Seigneur lui donna une bénédiction et lui promit d’aimer la nouvelle communauté, et cela tout autant qu’un autre Ordre comme les dominicains ou les jésuites. Elle emporta aussi une bénédiction du Seigneur pour moi.

Après le 21 avril – Pour moi aussi et pour mon apostolat, elle prie beaucoup; elle ne cesse de m’offrir une nuit. Il est clair que je retransmets aussitôt ces grâces dans nos travaux communs.

Dimanche 10 juin - Il est arrivé plus d’une fois qu’Adrienne m’a téléphoné pour me dire qu’elle devait me dire quelque chose mais qu’elle ne savait pas encore quoi. Comme cela lui semblait absurde, elle hésitait longtemps avant de prendre au téléphone. Mais la pression était la plus forte. Elle venait avec un secret qui était noué comme un nœud, et le nœud n’était défait que lorsqu’elle était chez moi.

Fin juinVendredi, Adrienne était dans un trou affreux. Elle vint me voir le matin pour me dire qu’elle devait simplement me dire quelque chose. Tout ce qu’elle a fait est faux, elle ne croit plus et on ne peut plus lui demander de faire comme si sa vie dépendait totalement de la foi, alors qu’il n’y a plus en elle la moindre étincelle de foi. Je la tranquillise à grand peine et je la console jusqu’à l’après-midi. Mais l’après-midi, la même chose recommence : pendant deux heures je participe à cette peine indicible qui était en partie physique mais surtout morale. A la fin, elle me dit qu’elle a vu R.S. et qu’il est tout près de la vision. Seulement ce qu’il fait n’est pas tout à fait correct. Elle me donne des indications précises sur la manière dont il devrait se comporter : plus simplement, avec la confiance d’un enfant, sans réfléchir sur le don reçu. Et tout à coup elle entend la voix du Seigneur; elle écoute attentivement et répète mot pour mot : “Les dons que je fais, il doit les recevoir aussi simplement que je les lui donne sans les regarder et sans les éplucher”. J’écris encore le jour même à R.S. Elle me donne également des indications pour G.B. qui s’est éloigné intérieurement. Elle me décrit exactement sa situation. – Mercredi dernier j’ai été invité chez le P.G. qui voulait discuter avec moi de tout le problème. Il était inquiet au sujet de ma position vis-à-vis des jésuites. Je lui expliquai le tout aussi bien que je le pus : je suis prêt à faire la volonté de Dieu dans la Compagnie comme en dehors d’elle; renoncer à la Compagnie serait pour moi le sacrifice le plus dur qui pourrait m’être demandé. Adrienne sut exactement ce qui avait été discuté à Zurich. La nuit suivante, elle la passa tout entière à genoux et pria “avec une sorte de rage” (comme elle dit), comme elle n’avait plus jamais prié depuis la mort de son premier mari : Ignace doit quand même rendre possible que tout ce que nous devons faire puisse se réaliser dans la Compagnie. Ignace était là et il était très aimable. Ce jour-là, d’une manière étonnante, je n’avais pas le moindre rhume des foins bien que normalement j’aurais dû en avoir un très fort. Adrienne l’avait, comme je m’en doutais. J’y vis un signe qu’Ignace se soucie de tout, qu’avec lui c’est en bonnes mains, quelle que soit l’issue de l’affaire.

Début juillet - Adrienne expérimente à nouveau un grand enfer avec beaucoup de scènes symboliques dont elle m’explique ensuite le sens. Je pars en voyage aussitôt après cet événement. Les jours suivants, Adrienne m’écrit qu’elle vit encore toujours au bord de l’enfer. Elle a le sentiment que je n’aurais pas dû partir si rapidement en voyage étant donné que davantage de choses encore devaient lui être montrées sur l’enfer. Elle n’a plus de visions, mais il lui semble que l’abîme est encore toujours là, prêt à la prendre en lui. Ce n’est qu’après huit jours environ que cela change et que cela fait place à un temps de tranquillité de l’âme.

22 juillet – Nous nous rencontrons à Einsiedeln. Adrienne se plaint de douleurs à un œil. Le lendemain, les douleurs s’accroissent tellement qu’elle va chez l’oculiste, qui lui extrait un éclat de fer rouillé. Encore deux jours et l’œil aurait été perdu. Le médecin lui prescrit des lunettes qui lui causent dans les semaines qui suivent une souffrance grandissante : elle ne voit plus rien, elle ne reconnaît plus les personnes et ne peut plus travailler à cause des maux de tête. Comme chaque année, elle collabore cette fois-ci aussi aux « Exercices » que je donne à Einsiedeln et elle m’indique les vocations possibles. Pour l’un ou l’autre, elle passe souvent la nuit entière à genoux.

12 août - Le jour de mon anniversaire, le 12 août, dernier jour des « Exercices », je demandai le matin à Ignace de me choisir un beau texte de l’Ecriture. Quand j’ouvris le missel, mes yeux tombèrent sur l’évangile : Beati oculi qui vident quae vos videtis. Adrienne me dit par la suite qu’Ignace avait été avec elle le matin et lui avait donné, pour ainsi dire comme points de méditation, une petite explication du texte : Beatam me dicent omnes generationes.

Premiers jours d’octobre - Je vais une fois encore à Lucerne pour finir d’écrire un livre. Déjà au premier temps du travail, en août et septembre, Adrienne m’avait aidé de loin d’une manière remarquable. Elle priait, se couchait par terre la nuit, trouvait encore une foule d’autres choses qu’elle ne m’a pas révélées; en fait, le travail avançait avec beaucoup de facilité; le tout fut terminé en trois ou quatre semaines. Un jour, alors qu’elle était en enfer, Adrienne me parla de la confession, à moi, l’inconnu. Elle dit qu’elle a toujours voulu tout découvrir jusqu’au fond à son confesseur. Sur un point seulement, elle n’a pas tout à fait bonne conscience : elle ne lui a pas dit tout ce qu’elle a fait pour lui comme pénitence. Il en aurait peut-être été mécontent. “ Croyez-vous que cela a été contraire à la sincérité?” Je lui dis : “Non, et je veux en prendre sur moi la responsabilité”. Cela la tranquillisa; elle dit : “Ce sont les petites cachotteries de l’amour”.

10 octobreJe fais part aujourd’hui à Adrienne que je conclus, des notes sur l’enfer que j’ai prises, qu’elle vivrait sans doute jusqu’en mars-avril 1950. Elle est très étonnée de ce calcul, elle trouve le temps vraiment long et soupire.

21 octobre - Le soir, Adrienne me fait savoir, d’après ce qu’elle a compris de saint Ignace, qu’elle ne vivrait plus que deux ans tout au plus. Je lui réponds : il ne peut se faire qu’elle meure à cause de moi. Elle ne comprend pas ce que je veux dire. Je dis : elle ne peut pas mourir pour que je n’aie pas à sortir de la Compagnie de Jésus. Elle me regarde, ébahie, comme si j’avais deviné quelque chose de secret, et elle dit d’un ton mal assuré : “Comment avez-vous trouvé cela?” Je confirme ce que j’ai dit. Elle, finalement : oui, c’est lié. Alors, moi : “Dites à notre Père (saint Ignace) qu’il veuille bien regarder sa devise : Major gloria. Si la plus grande gloire de Dieu exige que je sorte de la Compagnie, je suis prêt à sortir tout de suite. Il ne peut pas se faire qu’en raison de mon refus quelque chose de la mission de Dieu soit réduit ou modifié”. Elle me remercie pour ces paroles bien que, humainement parlant, elle préférerait de beaucoup mourir plutôt que de vivre encore.

20 novembre Je lui suggère d’écrire davantage dans son journal. Elle dit : “Je préférerais écrire sur des feuilles volantes, parce que je ne suis pas sûre que mon bureau n’est pas visité. Puis le livre sur Marie ». Pour Noël, elle voudrait faire un cadeau au P. Balthasar. « Je voudrais écrire quelque chose sur la prière. Dois-je l’écrire d’une manière plus personnelle ou d’une manière impersonnelle?”. Moi : “Faites quelque chose de plus personnel”. Puis Adrienne s’agenouille et devient infiniment sérieuse. Elle dit très lentement : “Désormais voici ce qui va se passer : si vous avez quelque chose à demander, vous n’avez qu’à le dire. Et si, auparavant, vous dites : Je vais maintenant demander quelque chose, je ne le saurai pas si vous préférez le savoir sans que je sois au courant”. Je dis que je remercie pour ce cadeau. Elle dit : « Vous pouvez bien dire un grand merci d’une manière générale ». Je lui demande alors : “Comment puis-je faire mieux?” Adrienne répond : “En mettant toujours plus le Seigneur au centre. Nous ne pouvons pas être en même temps chez nous et avoir le Seigneur comme centre. Lui laisser la place libre. Mais comment faire? Il n’y a qu’un moyen, tout simple : nous devons donner la main à la Mère. Alors le centre sera libre pour le Seigneur. Dès qu’on commence à prier, tendre la main à la Mère afin que le Seigneur soit le centre de la prière. Vous comprenez? Surtout ne plus penser à soi. C’est la seule manière de faire mieux. Vous n’avez pas le droit de vouloir mesurer le centre. On est si souvent distrait en tout : lors de l’action de grâce à la messe, lors de la méditation, ici et là. On y introduit trop de ses propres plans. A la méditation, on peut bien sûr jeter un coup d’œil sur ce qui va venir et en quelque sorte réfléchir d’une manière évangélique sur ce qu’on a vu. Mais pas trop. Sinon le centre n’est plus libre pour le Seigneur. Après la messe, ne faire que rendre grâce. Nous sommes si habitués à savoir que le Seigneur à la messe est au centre, que nous oublions que nous devons toujours le connaître à nouveau… Mais maintenant nous allons prier, n’est-ce pas? » Je récite quelques prières; elle se réveille (d’une sorte d’extase). Quand elle se réveille, elle veut continuer à partir de l’endroit où elle s’était arrêtée. Mais elle remarque dans sa conscience un vide qu’elle n’arrive pas à combler. Elle ne saura pas à l’avenir ce qu’elle m’a dit dans cet état. – (Le phénomène se reproduira plus d’une fois par la suite. Adrienne est en extase. Le P. Balthasar lui pose des questions, elle y répond, toujours en extase. Après coup, elle ignore totalement ce qu’elle a pu dire dans cette extase, mais le P. Balthasar en a pris note). – (Adrienne en extase). Je devrais pouvoir parler avec quelqu’un de la mission. Je ne peux pas être si seule dans la mission et ne rien y comprendre. On peut même me jeter en prison – Inquisition -, mais me dire quand même au moins pourquoi. Où se trouve l’erreur? Qu’est-ce qui est faux? Pourquoi Dieu n’est pas content? Suis-je orgueilleuse? Je veux faire tout ce qui est la volonté de Dieu, mais je dois parler une fois de la mission car elle existe. Elle nous est venue et nous avons dit oui. J’ai beaucoup prié pour chaque enfant en particulier. Et aussi pour ceux qui vont venir, pour l’Église, pour les jésuites. Je les aime. Aussi pour les futurs jésuites. Peut-être me suis-je trop dispersée. Mais je pensais qu’on devait le faire. Je savais bien qu’on pouvait faire mieux. Il y a beaucoup de choses que je n’ai pas dites à cause du manque de temps, mais j’ai toujours essayé… Non, je ne veux pas présenter un plaidoyer. La seule chose qui ne peut pas être lésée, c’est l’amour de Dieu. Et si la méfiance autour de nous et toute opposition sert à ce qu’il soit mieux répondu à l’amour de Dieu, à ce que sa volonté s’accomplisse plus totalement, aucun de nous deux ne murmurera. Je me porte garante pour le P. Balthasar ; pour soi-même, on ne peut pas se porter garant. Pensez à Pierre, mes enfants! Il est difficile de décrire l’animal qui bouge sans arrêt, qui était et qui sera et qui n’est pas… Nous avons simplement répondu à l’exigence avec notre humaine faiblesse, faiblement, cahin-caha; il a vraiment fallu l’amour de Dieu pour former un oui avec nos soupirs. – Deux fois, ces jours derniers, la Mère dit à Adrienne que je dois veiller sur elle, Adrienne, prendre soin d’elle.

24 novembreLe jour où elle me parla du livre de vie, elle me dit encore : “Où dois-je mettre le caillot de sang?” Je fus plutôt contrarié et ne sus que répondre. Elle marcha dans la pièce. Puis elle découvrit à mon prie-Dieu un petit tiroir. Elle s’agenouilla, l’ouvrit et y déposa quelque chose d’invisible. Puis elle se frotta longuement les mains et dit : “Étrange qu’on doive toujours se purifier du sang même quand lui-même est pur”. – Comme j’ai des sténogrammes à l’infini et qu’avec cela et mes autres travaux je n’en sors plus, une espèce de panique me saisit. J’explique à Adrienne d’une manière assez rude que je dois absolument faire une pause pour recopier; nous pourrons ensuite continuer la dictée. Le jour suivant, Adrienne me dit que je ne dois pas être de mauvaise humeur avec elle. Notre amitié n’est pas de ce monde, elle appartient au ciel et là, on n’a pas le droit d’avoir des humeurs. Elle dit cela avec beaucoup d’amour. Puis elle ajouta que saint Ignace m’envoie son bon souvenir et que je ne dois pas prendre trop de peine maintenant pour recopier. “Plus tard” j’aurai bien assez de temps pour trier et mettre en ordre. Je dois mettre à profit maintenant le temps qui m’est donné.

8 décembre - La Mère apparaît à Adrienne le matin comme la première fois il y a de nombreuses années : toute vaporeuse et en état d’apesanteur. Mais la veille tout avait été le plus grand désordre spirituel, doute, intelligence du péché originel. Adrienne avait seulement dit que le lendemain elle viendrait me rendre visite avec la Mère. Elle était à ma messe avec Marie. – Durant tout le mois de décembre, chaque fois que nous travaillons ensemble à l’Apocalypse de Jean, après deux ou trois pages, saint Ignace apparaît et il explique beaucoup de choses. La présence de saint Ignace est d’une proximité et d’une familiarité merveilleuses. Il rend heureux et en même temps il élève, insistant strictement et inexorablement sur la clarté et la transparence, mais plein d’humour. Il explique quelque chose et, à la fin, il pose une question pour voir si j’ai compris. Il invente un cas que je dois résoudre. Entre deux, je peux toujours poser des questions; mais les questions doivent être claires (pas abstraites en quelque sorte), sinon il demande un exemple pour expliquer la chose. Il se tient quelque part derrière moi si bien que constamment le regard d’Adrienne va de moi à lui et de lui à moi. Quand elle reproduit une explication plus longue de saint Ignace, elle ressemble à un peintre qui ne cesse de regarder le modèle pour vérifier. Elle lit les mots sur les lèvres de saint Ignace, mais elle doit tout traduire de la langue céleste dans la langue terrestre. Souvent il lui suffit de jeter un bref coup d’œil pour lire toute une vérité qu’elle développe ensuite en plusieurs phrases. Elle compare la voix de saint Ignace à celle de l’eau mugissante de l’Apocalypse : tout est dit en même temps. Elle, Adrienne, doit le déployer dans le temps. – A la fin d’un entretien de ce genre, au cours duquel font rarement défaut les idées les plus inattendues et souvent amusantes – des idées dont on voit de loin qu’elles portent la marque de l’esprit de saint Ignace – je peux chaque fois poser des questions. Sur tout ce que je veux. J’ai donc établi toute une liste de questions et j’ai toujours reçu des réponses sur tout. Saint Ignace dit que c’est son cadeau de Noël pour moi. Un jour, à la fin, il dit par Adrienne quelque chose qu’elle ne me transmet pas volontiers : je dois savoir que ces vérités qu’il dit ici ne proviennent pas seulement de lui, elles proviennent aussi d’Adrienne. Je croyais tout d’abord qu’il voulait dire que ses “vérités célestes” étaient comme forcément broyées par un médium terrestre. Mais il veut dire quelque chose d’autre, ainsi qu’il le précise lui-même : il doit en partie à Adrienne que ses pensées peuvent continuer à vivre dans la langue et la manière de penser d’aujourd’hui. Et lui exprime par là sa reconnaissance. Adrienne est très gênée de me rapporter ces propos. – Ces jours-ci, Adrienne me prédit quelque chose sur mon avenir, que je ne peux consigner ici, mais qui m’étonne au plus haut point et me semble incompréhensible. – Je demande à saint Ignace, qui avait dit deux fois que je devais fonder une revue, comment il se l’imagine. Je ne vois pas la possibilité de le faire maintenant. Il dit : “Pas maintenant! Mais déjà faire des plans et penser à des gens avec qui on écrira”. (Première annonce de ce qui sera un jour la revue « Communio« ). – Un dimanche de l’Avent, je prêche dans l’église Sainte-Marie. Adrienne prie et ne pense pas du tout à moi. Puis elle voit tout d’un coup s’ouvrir les portes de la sacristie; deux anges en sortent avec une étole verte; je sors derrière eux à quelques pas, également avec une étole verte. Les anges marchent devant moi jusqu’à la chaire. On m’avait de fait donné une étole verte au lieu d’une violette; je ne m’en aperçus qu’après. – Mais la grande épreuve de cet Avent devait venir tout d’abord. Ce n’est que lorsqu’elle commença que je compris pourquoi Marie avait dit il y a quelque temps que je devrais prochainement prendre soin d’Adrienne et être gentil avec elle. Cette tentation ne peut pas être décrite ici parce que plusieurs personnes de son entourage immédiat y étaient impliquées. Ce fut une affaire énervante qui dura des semaines; de temps à autre, le soir, je trouvai Adrienne tout en larmes; de sévères crises cardiaques également en découlèrent. Adrienne est si absorbée que pour la première fois rien n’est dicté. Elle propose de le faire, mais je refuse. Nous allumons deux bougies de l’Avent, j’essaie de la consoler un peu.

La suite en 41.21

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