41.27 La vie d’Adrienne von Speyr

DEUXIÈME PARTIE . LA MISSION   (1940-1967)

1963-1967

 

1963


Pour l’année 1963, le « Journal » du P. Balthasar compte 12 pages (Erde und Himmel III p.311-323).

3. Souffrances imposées et souffrances spontanément offertes, stigmates, « trou », désolation

Les notes du Père Balthasar pour les jours de la Passion 1963 se trouvent dans « Kreuz und Hölle » I, p. 397- 405.

7. Matériaux pour l’intelligence de la foi

Janvier 1963Sur la Tradition.

13 mars Sur la prière de Marie.

25 mars - Sur l’Annonciation.

Début avrilComment le Fils et l’Esprit coopèrent dans les sacrements.

Début avril (ou à la Pentecôte?) - Accueillir l’Esprit Saint.

Fête de la TrinitéLa Trinité et les vœux – Sur la prière chrétienne à l’intérieur de la Trinité – Sur la lecture de l’Écriture.

27 décembreSur saint Jean.

9. Adrienne elle-même. Adrienne devant Dieu, sa prière, sa mission

29 mars 1963Adrienne : Quand on médite la Passion du Seigneur, on ne s’en rapproche pas par ce qu’on a traversé soi-même comme souffrance. Parfois ce peut être comme une « illumination »: on souffre quelque chose pour le Seigneur, à quelque distance de lui, peut-être pour une chose précise; mais même si on sait cela, on ne se sent pas pour autant participant. Au contraire, on est isolé de lui par une couche de « non-participation ». On se sent étranger, incapable de comprendre. Puis si l’on médite la Passion du Seigneur, on comprend très bien (on prie même peut-être pour cela) qu’on doit souffrir avec lui, qu’on doit aider à porter les choses qu’il a à porter ou que les autres hommes auraient à porter; on comprend que la souffrance personnelle peut donner à d’autres hommes la liberté d’un travail apostolique, ou écarter de ces hommes ce qui pourrait les empêcher (d’un point de vue profane) d’accomplir pleinement leur service. Mais durant ce temps, il y a comme une séparation entre la souffrance et la prière. La souffrance accordée pour une prière n’apparaît pas du tout alors comme l’accomplissement de la prière, comme la réponse à une question. Et pourtant (peut-être est-ce ridicule) dès qu’on est à nouveau libéré, on ne peut s’empêcher de demander une fois encore : Permets-moi de porter avec toi! Permets-moi de participer à ceci ou à cela, donne-moi ce pour quoi celui-ci ou celui-là aurait à souffrir. Mais dès que cela vient, c’est une souffrance « étrangère », incompréhensible, lointaine dans son caractère impératif, imprévisible dans ses effets. Comme une bobine sans fin. Il arrive aussi que, pendant qu’on a tout ce mal, on sache que le Seigneur est présent : on le voit peut-être dans le désert, en prière, sur la croix, quelque part où c’est dur pour lui; ou bien on est conscient qu’il est présent invisiblement, on comprend très bien ce que la souffrance veut dire pour lui; mais les relations avec notre propre personne sont totalement abolies. D’autre part on peut être très triste au sujet du Seigneur qu’on voit ou qu’on sent dans la méditation, on peut comprendre que sa situation est désespérée et pourtant reconnaître parfaitement les relations : les relations de sa souffrance avec la chrétienté, avec ceux qui veulent se mettre à sa disposition et peut-être mon propre moi. Peut-être se fait-il aussi que, dans la souffrance, on ne s’oublie pas totalement soi-même tandis que dans la prière et dans la méditation on peut s’oublier totalement soi-même avec sa misère.

Début avril Adrienne : Je voudrais bien savoir ce qu’a été le temps de la croix. Il a sans doute tellement appartenu à l’éternité qu’il ne fut pas pour le Seigneur souffrant un temps enregistrable. A cause de l’ouverture des tombeaux (Mt 27,51), il ne pouvait pas l’être non plus, car cette ouverture est quand même le signe que l’éternité (l’au-delà) était totalement présente. Déjà dans la vie ordinaire il y a l’expérience que certains événements, joyeux ou douloureux, se rejoignent en passant par-dessus le temps intermédiaire pour ne faire qu’un événement unique. Du reste il y a parfois aussi, lors d’exercices de pénitence, une abrogation du temps du même genre, surtout là où est dépassée la limite d’une exigence démesurée, où on n’en peut plus. Qu’on n’en puisse plus est vécu au-delà de l’assez! qui se trouve encore en deçà de la limite de l’expérience ordinaire du temps ».

10. Adrienne et le Père Balthasar

Après un exercice de pénitence 1963 - (Dans un exercice de pénitence long et compliqué, décidé par saint Ignace, j’avais dû demander à Adrienne de se confesser alors qu’elle était en extase, d’abord devant une personne qu’elle ne voyait pas, puis devant plusieurs personnes, de sorte qu’elle devait avoir toujours plus le sentiment d’être en public et de ressentir par là une certaine « profanation de son intimité ». Il s’agissait en outre de lui arracher des choses toujours plus humiliantes qu’elle n’aurait jamais pu confesser elle-même parce qu’elle ne les avait jamais commises, mais dont elle avait à répondre en vertu de sa solidarité avec les pécheurs. Après l’exercice, quand Adrienne est revenue à elle, elle parle longuement du sens et de la profondeur salutaire de l’humiliation qu’elle a vécue) : Ce fut une affaire qui s’est passée totalement dans l’Esprit Saint. Il y avait un chemin qui allait de l’amour personnel d’un ami à la pure obéissance et, à partir d’elle, au pur don de soi jusqu’à se laisser dépouiller. Ce qui est personnel et qui donne l’impulsion à se livrer à un tel expériment fut intégré de force dans une obéissance de service, et les humiliations suivantes m’ont encore davantage dépersonnalisée: en présence de l’Eglise, il y eut en moi-même une extension jusqu’à la manière de penser ecclésiale. Il était important également que je n’eusse pas le droit de savoir qui étaient ceux qui entendaient. Le tout devait servir à l’anonymat de l’Eglise. J’ai aussi fait l’expérience que le confesseur, au nom de l’Eglise et pour le bien de l’Eglise, peut prendre davantage que ce que je suis capable de donner. Et il ne prend pas avec hésitation, avec des formules courtoises toutes faites, mais comme quelqu’un qui décide simplement au nom du Seigneur. (On peut également penser à ceci : lorsque l’épouse se livre pour la première fois à son époux, elle a le sentiment qu’au fond il prend beaucoup plus que ce qu’elle avait envisagé de lui donner ou qu’elle pensait pouvoir lui donner). Il y avait en outre dans toute l’affaire un processus qu’on ne pouvait pas arrêter. Je savais très bien que je ne pourrais jamais dire « Halte! » une fois que j’aurais été entraînée. Je n’aurais pas été non plus en mesure de le faire parce que mon consentement allait comme de soi et me traînait derrière lui. Malgré cela était exigé que dans la relation de service l’aspect personnel et l’amour ne disparaîtraient pas; et montrer ici de l’amour faisait partie de ce qu’il y avait de plus difficile. Mais on n’était pas seul; on savait que le prêtre lui-même se trouvait dans l’obéissance vis-à-vis de l’Esprit Saint et que ce qui paraissait être parfaite indiscrétion, et qui devait être vécu comme telle, était, au plan de l’Esprit (et d’Ignace qui avait tout organisé), parfaite discrétion. Parce que vous étiez dans une parfaite obéissance vis-à-vis de l’Esprit et d’Ignace, l’affaire avait une forme simplement ecclésiale. Pour moi (et en partie aussi pour vous) ce fut un savoir dans le non-savoir, les yeux fermés. Dans ce non-savoir réside un mystère qui concerne le trésor de prière de l’Eglise. Je prie dans l’Eglise, je ne sais pas à qui profitera ma prière. Dans le pur don de soi, je n’ai pas le droit de savoir qui recevra le don que je fais de moi-même. – Apparemment je fus induite en erreur, car il n’y avait en réalité personne dans la pièce. Mais le tout avait sa parfaite vérité au plan d’Ignace. Et à ce plan l’effet aussi devient vrai. La vérité de l’Esprit est donc infiniment plus grande que celle de notre conscience. En raison d’un plan qui existe, l’Esprit demande un don de soi qui doit exister. Ce plan est la vérité et, à partir de là, la situation fictive devient vraie. Finalement peu importe que quelqu’un ait été là ou non. Et c’est la même chose pour l’accroissement des péchés, depuis ce qui est plausible jusqu’à ce qui est le plus impossible : ce qui au plan matériel, au plan immédiatement historique, est irréel, devient proprement vrai au plan de l’Eglise, de la communion des saints. Si je dis oui au fait que je suis une pécheresse, je ne peux pas crier « Halte! » tout d’un coup si on me montre infiniment plus de péchés que ce que je pensais en avoir. Et quand on est ainsi « convaincu » et dépouillé on a le juste sentiment qu’on est une « quantité négligeable » que le Bon Dieu peut utiliser comme il veut ».

 

1964

 

Pour l’année 1964, le « Journal » du P. Balthasar compte 8 pages (Erde und Himmel III p.324-332).

2. Le ciel s’ouvre : « présence » et visions

Janvier 1964 - Ignace au sujet de la confession de Jean – Jean et Ignace – Sur la mystique de saint Ignace – Sur l’attitude de confession de saint Ignace.

Carême - Vision du samedi saint sur l’enfer.

3. Souffrances imposées et souffrances spontanément offertes, stigmates, « trou », désolation

Les notes du Père Balthasar pour les jours de la Passion 1964 se trouvent dans « Kreuz und Hölle » I, p. 406-409).

7. Matériaux pour l’intelligence de la foi

Janvier 1964Sur le dépouillement.

Carême - Réflexions sur la croix.

Après PâquesPrière et Eglise.

14 maiSur la connaissance du Fils.

15 août - Sur l’Assomption de Marie – Sur le rôle du prêtre dans la direction des jeunes filles qui se préparent à se consacrer à Dieu - Au sujet de la substitution dans la confession – Réflexions sur Marie dans l’Apocalypse (Ap 12).

9. Adrienne elle-même. Adrienne devant Dieu, sa prière, sa mission

Janvier 1964 Adrienne : Saint Ignace dit qu’il a eu vis-à-vis de la croix une tout autre relation qu’Adrienne : la croix tombe sur elle verticalement pour ainsi dire. Pour lui, ce qui a été au premier plan, c’est la recherche du Seigneur : il a cherché à s’approcher de la croix avant tout à partir de la nature humaine, à partir du péché, à partir de ses propres insuffisances. Souvent son chemin a été : « Qu’est-ce que je subis! Mais ce que le Seigneur a subi a été incomparablement plus douloureux ». Il part de lui et, de là, il regarde ce qui dans le Seigneur est toujours plus grand. La plupart des jésuites contemplaient la croix à partir de la terre vers le ciel. Pour Surin, c’était l’inverse, surtout vers la fin. Et pour les martyrs aussi; seulement ils sont rapidement écrasés par la croix qui tombe sur eux tandis qu’Adrienne est écrasée très lentement – Ignace inspire à Adrienne ce qu’elle a à dire en confession. « J’ai été imparfaite dans tout ce que j’ai essayé de faire et en tout ce que j’ai fait ». C’était aussi la manière dont il s’y prenait autrefois quand il rendait visite à un mauvais prêtre pour lui montrer comment on se confesse. Il lui montrait point par point comment était imparfait ce que lui, Ignace, avait essayé de faire et avait fait : a) vis-à-vis de lui-même. b) dans sa relation aux autres. c) vis-à-vis de Dieu aux exigences de qui il n’avait en rien correspondu. Et à partir de ce dernier point, il esquissait de lui-même un tableau tout à fait noir. Le confesseur pouvait voir par là comment un chrétien pouvait se représenter une vie chrétienne et aussi quelle allure pourrait avoir une juste confession.

14 maiPendant que le P. Balthasar se trouvait à Lausanne pour une exposition, Adrienne a perdu un œil par suite d’une hémorragie. Peu après, la même chose est arrivée pour l’autre œil. Elle dut renoncer totalement à la broderie, qu’elle aimait faire à son bureau, et ce n’est qu’avec peine qu’elle pouvait encore tricoter un peu jusqu’à ce qu’en ses derniers mois elle fût totalement clouée au lit. – Le soir, elle écoutait volontiers un peu de musique classique ou moderne, par exemple Rameau, Bach, les messes de Haydn et de Schubert, tout de Mozart, et la musique plus récente jusqu’à Bartók et Schönberg.

Pour une pause à la fin de cette année 1964

- « En 1964, elle perdit la vue presque complètement ; toute lecture cessa pour elle, de même les travaux de fine broderie ; elle tricotait un peu, mais plus sa vue baissait, plus ce travail lui-même devenait difficile : une maille tombée ne pouvait plus être reprise. Bien qu’elle ne vît plus, ou à peine, ce qu’elle écrivait, elle cherchait chaque jour à écrire encore plusieurs lettres, surtout à quelques moniales d’Allemagne et de France, dont l’amitié signifiait beaucoup pour elle. Si l’encre de son stylo venait à manquer, des lignes ou même des pages entières restaient blanches, et la lettre était quand même envoyée » (HUvB, Adrienne von Speyr et sa mission théologique, p. 36-37).

 

1965

 

Pour l’année 1965, le « Journal » du P. Balthasar compte 7 pages (Erde und Himmel III p.333-340).

2. Le ciel s’ouvre : « présence » et visions

Début de l’année 1965 – Adrienne : Durant la nuit, j’ai vu tout d’un coup une lumière traverser la chambre, une lumière mobile. Je pensais : c’est comme une lumière de procession parce qu’elle se déplace; et pourtant c’était une seule lumière, non pas beaucoup de lumières; chaque source de lumière appartient aux autres. Toutes sont dans l’unité de la lumière qui est exigée, une lumière qui est aussi une lumière donnée, donnée aussi bien par celui qui la demande que par celui de qui elle est exigée. La lumière traversait la chambre dans une direction précise, elle n’éclairait pas toute la chambre mais, en se déplaçant, elle était répartie de manière régulière. Pendant que je contemplais la lumière, je vis Marie avec les maisons et les nôtres. Je la voyais tour à tour dans sa propre lumière et dans la lumière de Dieu, que Dieu lui donne mais qu’il requiert aussi d’elle. Et cette lumière ne faisait qu’un avec la lumière des « enfants » qu’elle portait. C’était la vision habituelle de la Mère avec nos « enfants »; mais la lumière particulière qui entourait la Mère était nouvelle. Elle plongea alors les « enfants » dans cette lumière qui était là depuis le début, et elle-même aussi passa par cette lumière. Celle-ci restait la même; Marie en quelque sorte ne voulait plus rayonner, elle voulait n’avoir à sa disposition que ce qui était là à l’avance. Puis le tout apparut comme le chemin dans la lumière du Fils. – Apparurent alors les dix vierges de l’évangile; mais parce qu’elles étaient avec les vierges de l’enfant, on ne pouvait plus préciser leur nombre. Les nombres coïncidaient, c’était une multiplicité, mais ce n’était plus un nombre dénombrable. – La chose resta telle qu’elle était auparavant quand il n’y avait qu’une lumière; elle se déplaçait et elle était également forte. On savait seulement que la Mère et les enfants étaient dedans. Puis entrèrent en scène deux vierges qui portaient chacune leur lampe. Leurs lampes étaient les mêmes et les vierges ne pouvaient se distinguer. Retentit alors l’appel du Seigneur, non comme une voix mais comme une exigence valable pour tout le monde, que tout le monde connaît, et les deux se préparèrent pour répondre à cet appel en emportant leurs lampes. Mais l’une mit dedans de l’huile, qui peut éclairer le Seigneur, c’est-à-dire qu’elle y mit toute sa vie qui brûle pour le Seigneur. L’autre emporta bien sa lampe mais elle ne la remplit pas de l’huile dont le Seigneur avait besoin. Celle qui avait la lampe vide demanda alors de l’huile à l’autre; mais celle-ci refusa parce qu’on ne peut pas partager ce qu’on a donné totalement au Seigneur. On ne peut plus en disposer. – Et il fut alors soudain totalement évident que les vœux et la vie dans les vœux ne sont pas partageables. Et on vit que la vierge folle est « seulement vierge »; elle n’est pas consacrée au Seigneur; elle fait seulement « quelque chose » pour la venue du Seigneur, à sa guise; elle ne laisse pas le Seigneur disposer d’elle-même. Les vierges folles qui après coup vont encore acheter de l’huile sont en quelque sorte les vieilles bigotes qui ont perdu le temps de leur fécondité. « Je ne vous connais pas ». Elles veulent rattraper le don d’elles-mêmes qu’elles ont manqué. Et elles chercheront toujours à emprunter quelque chose à celles qui sont vraiment consacrées. – Celles qui appartiennent totalement au Seigneur, Marie les place dans la lumière du Seigneur. Mais on ne peut pas se représenter de manière assez frappante la méprise des vierges folles. Constamment « elles font ce qu’elles peuvent », mais surtout pas ce qui leur est demandé. Jusqu’à ce que finalement elles crient : « Seigneur! Seigneur! »; elles le reconnaissent comme l’Epoux, elles vont à sa rencontre, elles emportent leurs lampes, elles courent de toutes leurs forces… Tant de « bonne volonté »! C’est presque incroyable que le Seigneur se montre si difficile pour ses épouses!

3. Souffrances imposées et souffrances spontanément offertes, stigmates, « trou », désolation

Les notes du Père Balthasar pour les jours de la Passion 1965 se trouvent dans « Kreuz und Hölle » I, p. 410-413).

9 novembre 1965Adrienne : « Tous les sacrifices de ce jour sont pour vous » – mais que sont-ils, regardés de plus près? Des bagatelles, des futilités. Que je ne m’emporte pas tout de suite, que je mange la soupe insipide. Des riens. On parle de sacrifices qu’on offre à Dieu. Mais quand survient la souffrance réelle, démesurée, vient aussi le moment où je ne puis plus offrir le sacrifice. On n’a qu’une seule pensée : que cela puisse cesser. Et ici justement où je n’en puis vraiment plus, où on ne fait plus que me prendre, je devrais comprendre que le vrai sacrifice s’accomplit quand le pouvoir d’en disposer m’est retiré. Le Bon Dieu se comporte alors tout à fait comme un voleur. Il me montre de loin ce qu’il m’a dérobé et dont je ne peux plus disposer; moins parce que je ne voulais pas le lui donner que parce qu’il me l’a soustrait de son propre chef.

7. Matériaux pour l’intelligence de la foi

Début de l’année 1965 – Réflexions sur « Conduire en étant conduit »

2 juilletLe mystère de la Visitation.

Vers le 15 août ?Marie devant sa mort.

9 novembreSur les sacrements et la vie éternelle.

9. Adrienne elle-même. Adrienne devant Dieu, sa prière, sa mission

Vers le 15 août 1965 Adrienne dit qu’aujourd’hui elle est presque morte d’amour : je sais maintenant comment c’est. Je priais, et quand j’eus fini de prier, je voulus ouvrir une fenêtre et réfléchir à quelque chose de moins important. Je pensai alors aux enfants que j’avais recommandés au Bon Dieu auparavant, puis à d’autres personnes, et tout d’un coup à toute l’humanité d’une manière générale. Déjà pour les enfants j’avais le sentiment : Comme on peut les aimer! On devrait les aimer totalement. Et puis : tous les hommes! Et d’abord le Père qui les a tous créés. Je fus prise ainsi dans un tourbillon d’amour; la Mère de Dieu y était, le Fils, l’Esprit, et bien que je n’aie pas été hors du monde – que j’aimais toujours -, je suis presque morte d’amour. Tout d’un coup je remarquai que je ne pouvais plus respirer et que mon coeur était arrêté. Je dois cesser tout de suite de penser à l’amour, sinon je meurs. – Je n’ai jamais compris jusqu’à présent comme cette fois-ci le souffle de l’Esprit, sa fonction d’amour dans toute son ampleur. C’était comme une bourrasque qui arrive et à laquelle on se livre dans le jeu de l’amour, on rit de ce que le vent soit si fort, qu’il nous porte et nous entraîne toujours plus au milieu de cette véhémence; on ne peut plus se mouvoir parce qu’on est emporté, et si on ne rassemble pas ses dernières forces pour en sortir, personne ne sait où il nous enlèverait. Dans cet Esprit, rien d’autre n’a de place que l’amour. Ce n’était pas du tout prodigieusement sublime ; plutôt joyeux, divertissant. Tous les problèmes de l’amour, tous les si et tous les mais étaient comme éliminés dans l’absolu de l’amour. Et l’Esprit nous donne la force d’avoir part à l’amour absolu, mais pas longtemps, sinon on devrait quitter ce monde. – Ce que je ne comprends pas, c’est que je ne l’ai pas remarqué. Pas du tout visionnaire, d’un monde à l’autre. Mais tout à fait simplement, naïvement, en ce monde. Dans la foi, mais justement dans l’amour. Comment est-ce possible que tout d’un coup on puisse dire : « Halte! », je ne le comprends pas. Après cela l’amour ne fut pas diminué, ni plus mesuré, ni calculateur, il ne préférait pas une direction, il n’en évitait pas une autre, il était simplement à nouveau humainement supportable.

11. Messe et communion

1er novembre 1965Toussaint. Le P. Balthasar dit la messe place de la cathédrale en présence de la communauté. Adrienne dit : Il fut d’abord étrange de participer à une messe qu’on ne pouvait pas suivre des yeux. (Adrienne est maintenant presque totalement aveugle). Et parce que je ne vous voyais pas, que je ne devinais que quelques mouvements, le tout passa dans le ciel. Je vis alors à votre place, absolument sans aucun doute, des anges et le Seigneur. Le Seigneur était comme caché à l’arrière-plan, puis il s’approcha devant de plus en plus. Ce fut comme un combat entre ce que je devinais des yeux et ce que je voyais de manière surnaturelle. J’étais fort éblouie par la lampe, par les cierges également; je dus incliner la tête en avant, me protéger les yeux, mais cela ne causa aucune interruption de la vision. Il se produisit une unité toujours plus grande entre l’autel et le Christ, l’autel au fond n’était plus là, mais le Seigneur l’apporta avec lui et il ne fit qu’un avec lui. Mais il m’est difficile de décrire la présence spécifique du Seigneur pendant la messe parce que d’ordinaire aussi je le vois très souvent. – La sainte communion fut tout à fait semblable à la communion quotidienne, je ne peux pas noter de différence. Car la communion quotidienne est justement aussi toute semblable à la sainte messe.

 

1966

 

Pour l’année 1966, le « Journal » du P. Balthasar compte 7 pages (Erde und Himmel III p. 341-348).

2. Le ciel s’ouvre : « présence » et visions

14 janvier 1966Coup d’œil rétrospectif sur la première apparition de saint Ignace dans la ruelle en escalier de La Chaux-de-Fonds. Adrienne au P. Balthasar : Ce qui frappait dans son allure extérieure, c’était sa pauvreté, sa touchante simplicité. De ce fait elle n’était pas adaptée au milieu en quelque sorte; il y avait comme une barrière autour d’elle. Cela fut montré de manière très nette. Je n’aurais pas pu dire d’où venait cet homme, la profession qu’il pouvait avoir. Le plus clair était sa pauvreté qu’il rayonnait tout simplement. Je ne savais pas comment je devais me comporter vis-à-vis de lui. On ne va pas avec un étranger. Mais était-il réellement un étranger? Jusqu’à aujourd’hui je suis pleinement persuadée de l’avoir rencontré dans cette ruelle, tout aussi réellement que nous sommes ici ensemble. D’autres ne l’auraient pas vu. – Adrienne : Récemment, le Seigneur a dit le Notre Père. Ce fut incroyablement magnifique. Chaque mot, chaque demande recevait un sens tout nouveau, son sens véritable. Et en l’écoutant on fut emporté comme par un fleuve.

Après l’Ascension ?Adrienne : Récemment j’ai vu et entendu chanter un chœur au milieu duquel se trouvait Marie. Et quand je voulus entendre sa voix, je remarquai alors seulement qu’elle ne chantait pas avec les autres. Cela m’étonna. Je pensais : peut-être sa voix est-elle trop belle, cela porterait préjudice aux chanteurs. Mais non, ce n’était pas cela. Marie dit : « Il faut bien que quelqu’un écoute ».

7. Matériaux pour l’intelligence de la foi

14 janvier 1966Sur le manque d’authentique méditation dans les monastères.

2 février ?Adrienne commente : « Un glaive transpercera ton cœur ».

Après le 2 février ? - Porter le péché des autres dans la confession – A propos de la lecture de l’Évangile – A propos de Marie-Madeleine. Corps et sainteté – Commentaire sur Ananie (Ac 5,1 ss.).

Ascension - Sur l’Ascension.

15 aoûtAssomption de Marie et conseils évangéliques.

Avent - Le Christ dans le sein de sa mère.

9. Adrienne elle-même. Adrienne devant Dieu, sa prière, sa mission

14 janvier 1966Le tablier de la Mère. Adrienne : Autrefois, quand je pouvais encore marcher, de joie je saisissais le tablier là où je pouvais le saisir. Mais parce que maintenant je ne peux plus marcher, je dois m’y tenir pour ne pas tomber. Et c’est pourquoi je dois le saisir près de son corps, c’est comme cela que je puis me tenir. – Adrienne est maintenant aveugle. Quand elle rêve qu’elle voit, elle est chaque fois très étonnée, elle l’a déjà dit plus d’une fois au P. Balthasar. Quand par contre elle voit le Seigneur ou les saints durant la nuit, elle n’est pas étonnée; cela va absolument de soi. Elle en conclut qu’on voit alors justement avec des yeux surnaturels, avec des yeux de l’au-delà.

1967

Pour l’année 1967, le « Journal » du P. Balthasar compte 6 pages (Erde und Himmel III p. 349-355).

2. Le ciel s’ouvre : « présence » et visions

18 juillet 1967Adrienne : Jean a certains traits féminins qui le rendent très proches de la Mère.

21 juillet Adrienne se sent très mal. « On devrait plier tous ces draps. Il y en a tant. Et je suis trop fatiguée, je ne peux pas le faire ». Le P. Balthasar : « Personne n’aide? » Elle : « Lui peut-être, mais il n’est justement pas là ». Puis, pendant longtemps, elle semble écouter attentivement ce qu’on lui dit.

3. Souffrances imposées et souffrances spontanément offertes, stigmates, « trou », désolation

23 juillet 1967Adrienne dans de grandes souffrances : Les heures de la croix sont intemporelles. Nous ne les voyons que de l’extérieur.

7. Matériaux pour l’intelligence de la foi

21 avril 1967 Sur la Trinité et la croix.

9. Adrienne elle-même. Adrienne devant Dieu, sa prière, sa mission

21 avril 1967 Dans une crise de fatigue, Adrienne : Je vais écrire maintenant un nouveau livre : Sur les joies du Père. Mais elle ne peut pas commencer à dicter, elle est trop fatiguée pour cela.

Jeudi saint - Adrienne : Je me sens engagée dans une mort étrangère, je meurs continuellement une autre mort.

Vendredi saint – P. Balthasar : Ce ne sont plus les nombreux tableaux de la Passion comme autrefois, mais elle est intérieurement très associée. – Adrienne : On sent le Seigneur mourir, on se sent mourir soi-même, on ne sait plus en quelle mort localiser cela; dans cette mort on ne peut plus rien dire étant donné qu’on est déjà mort. – P. Balthasar : Elle n’a qu’un désir : mourir. Elle me demande de la regarder : est-ce qu’à sa mine on ne voit pas de signes visibles d’une mort prochaine? Certes, depuis longtemps, elle ressemble à la mort en personne.

Samedi saint - Adrienne : L’enfer est si impersonnel. On le sent en quelque sorte avec la peau. Il forme une unité indéfinissable avec la nausée universelle. Mais on reconnaît alors quand même que le Seigneur sait là aussi ce qu’il atteint. – P. Balthasar : Tout ce qui est prévu, tout ce qui est donné est aussitôt englouti par la maladie. Cette année, elle n’a pas suivi le Seigneur dans l’enfer, mais il y eut comme une sorte d’osmose « entre son cheminement et la maladie, comme si la maladie tout entière recevait le sens d’un enfer ». Je pose quelques questions, mais Adrienne ne peut plus parler, elle doit constamment tousser, gémir, s’étrangler.

15 Août - Le jour de l’Assomption, Adrienne va pour la dernière fois de sa chambre à coucher à la pièce voisine pendant qu’on fait son lit. En y allant, elle tombe lourdement par terre et se blesse les deux tibias qui lui feront très mal jusqu’à sa mort. – Elle voit l’Assomption de la Mère, reçoit d’elle un regard affectueux. « Mais j’étais trop fatiguée pour avoir une conversation avec elle ». - Quelques jours plus tard, elle décrit sa situation : elle devrait pouvoir mourir, mais il n’y a pas d’issue. Toutes les portes sont verrouillées et il y a au-dessus d’elle une chape de plomb. Ce qui est nécessaire est impossible.

10 septembre - « C’est tellement beau de mourir! » Le P. Balthasar demande pourquoi. Elle : « Tous les problèmes sont effacés. Tout est très simple. On n’a plus que le Seigneur devant soi, la rencontre avec lui. Et si je ne vous vois plus, je sais quand même que vous m’accompagnez. On ne peut que remercier ceux qui nous aident à mourir ».

13 septembre« Bon! Tout est recommandé à Dieu. Je ferai ce qui est possible, je le promets. Mais tout d’abord je voudrais pouvoir me reposer un peu, s’il vous plaît ». Puis à haute voix : « Amen ». – Plus tard elle ne cessa de remercier pour sa vie tout entière. « Ce fut une belle vie, même si ce fut une vie difficile ». Moi : « Depuis le début? » Elle : « Oui ». – Plus tard : « Je vous souhaite aussi une bonne nuit et un bel avenir, et que vous fassiez beaucoup de bien pour le Royaume et que vous vous souveniez qu’il nous a été permis de faire de belles choses ensemble. La reconnaissance toujours! Et la transmettre aussi aux filles. Oui, en transmettre beaucoup… »

15 septembreAvant qu’Adrienne sombre dans le coma dans lequel elle mourra (le 17 au matin très tôt), elle cherche à dire « merci » avec les lèvres. Après quelque temps : « Oui! » Et une fois encore après quelque temps : « Volontiers ».

10. Adrienne et le Père Balthasar

21 avril 1967 Le matin, pendant la messe, Adrienne voit saint Jean, d’abord à côté de moi, puis me couvrant. Je la quitte, il reste auprès d’elle.

21 avril Le P. Balthasar demande à Adrienne si elle voit souvent la Mère. Elle : Oui, mais je la renvoie toujours. Je suis étonné. Elle : Je vous l’envoie.

4 juinAdrienne : J’avais l’impression que je ne pourrais vous trouver que sur un autre plan, un plan qui n’est pas le plan terrestre, et je me demandais souvent comment on parvient à ce plan. J’étais oppressée par le sentiment de ne pas en faire assez pour vous et d’être souvent trop fatiguée ou trop paresseuse pour être totalement ouverte. – Puis tout d’un coup, ici en bas (dans son bureau) me saisit une vision : des saints et des anges en masses; ils se trouvaient serrés comme dans un tableau du Moyen Age. Je vous cherchai dans cette foule et vous avez été là tout de suite… Puis apparut le Seigneur et il dit : « Je viens bientôt ». – Je compris à ce moment-là que ma mort était proche mais que ce n’était pas encore pour maintenant. Quand cela me prit physiquement, quand j’eus des douleurs et des difficultés à respirer, etc., je fus vraiment « à la mort », et il me sembla que plus rien n’avait de sens, ni le temps, ni… J’étais seulement attachée à l’unique parole du Seigneur (qui restait pour moi incompréhensible) : « Je viens bientôt ».

29 juilletToute la journée, par intervalles, Adrienne dit doucement : « Il faut partir ». Puis: « Fermez toutes les portes. Qui ouvre? » Le P. Balthasar : « Je ne vous retiens pas ». Elle : « Y a-t-il des marches? Un escalier? Qui ouvre? » Le P. Balthasar : « Ceux qui sont au ciel ». Elle : « Il n’y a pas de ciel, seulement ce plafond et des portes fermées… Dois-je y aller seule?… Je sais très peu de prières par coeur. J’essaie de les dire ». – Le P. Balthasar : « Sume et suscipe… » Elle crie : « C’est un piège! » Puis elle le répète. « Je ne suis pas en mesure de dire Amen parce que je dois partir… Une prière très dangereuse. A-t-on le droit de l’apprendre à quelqu’un? Je préfère dire l’Ave Maria. C’est plus simple. On peut aussi partir en disant le chapelet… Il faut partir ».

1er août - Adrienne : « Je dois maintenant partir… Cela ne va simplement pas comme ça… Et il y a des barreaux qui manquent à cette échelle… Si c’est une échelle au fond… Peut-être serait-il mieux que je n’écoute pas… On ne sait pas non plus si elle a déjà beaucoup été utilisée… On est un objet qui n’est pas à sa place. Déplacé. Et il n’y a pas de clef pour la porte. (Longue pause). Ah! Sans cesse ce n’est rien… Je comprends bien… » Le P. Balthasar : « Que comprenez-vous? » Adrienne : « Quelqu’un a parlé? N’est-ce pas que cette échelle sans barreaux, cette porte sans clef… sont peut-être des symboles… » – Une demi-heure plus tard, elle semble au ciel; elle dit en souriant : « Merci ».

12. « Voyages »

18 juillet 1967Adrienne voit une grande foule d’apostats d’aujourd’hui. « On devrait pouvoir les embrasser tous… Tous ceux qui, ah! mon Dieu!, sont incapables d’amour, mais qui savent encore que l’amour existe, qui le pressentent. Mais que doit-on faire?… Qui est là?… On ne peut les appeler par leur nom que si on les aime réellement. Sinon ils restent pour nous anonymes… C’est tout à fait horrible. Et pourtant un peu ridicule aussi parce qu’ils cherchent à s’entourer de tant d’irréalité. Ils voudraient former des catégories pour en finir avec Dieu, mais il n’y en a pas… Que peut-on donc faire? L’effort est trop grand… (Avec un cri) : O don’t, please, don’t!!!… Ils attendent… la fin de leur état ».

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Les derniers mois

Le P. Balthasar évoque brièvement les derniers mois d’Adrienne dans son Journal et dans Adrienne von Speyr et sa mission théologique (p. 37). En voici l’essentiel : « Ses derniers mois au lit furent une longue torture, qu’elle supporta d’une âme apaisée, constamment soucieuse des autres et s’accusant de me causer tant de tracas. Une mort au compte-gouttes, au ralenti. La dernière de ses nombreuses maladies fut un cancer des intestins se développant très lentement. Au printemps, Adrienne paraissait encore à table le midi, dans la robe de chambre qu’elle s’était fait confectionner parce qu’elle n’avait plus la force de s’habiller complètement. Après le repas, avec toutes les peines du monde, elle descendait le grand escalier raide et parcourait le long couloir conduisant à son bureau. Le soir tard, tant qu’elle le put, elle remontait encore elle-même l’escalier jusqu’à sa chambre à coucher, pas à pas; cela pouvait durer un bon quart d’heure. Bientôt elle n’en fut plus capable et on dut faire venir chaque jour deux hommes du service de l’hôpital pour la porter dans l’escalier et la mettre au lit. Je lui suggérai à différentes reprises avec insistance de rester en haut toute la journée : on pouvait lui mettre son bureau dans sa chambre à coucher. Réponse : « Tant qu’ils (elle voulait dire : la Mère de Dieu et les anges) m’attendent en bas, il sera sans doute convenable que je descende ». – En juin, elle dut renoncer à descendre et resta alitée. Adrienne ne voulait à aucun prix aller à l’hôpital. Ce n’est que dans les deux dernières semaines qu’elle accepta qu’une vieille infirmière expérimentée vienne deux fois par jour à la maison.

Dieu remplissait tout son horizon. Trois jours avant sa mort, avant de sombrer dans la nuit, elle remercia de nouveau pour tout, fit la promesse de nous aider du haut du ciel, donna ses instructions pour notre œuvre terrestre. Elle était occupée de sa souffrance et de sa mort. Ce fut, comme il a été dit plus haut, une mort étrangère, épouvantable, mais qu’elle-même avait souhaitée et demandée. Le paysage spirituel intérieur semblait complètement assombri, bien qu’elle n’en parlât pas, et encore moins ne s’en plaignît. Pour combien de personnes a-t-elle assumé un purgatoire de substitution, je ne le sais pas; je posais le moins de questions possible.

Elle mourut seule; depuis deux jours, elle était sans connaissance. Le soir, à onze heures, je suis allé la voir une dernière fois et j’ai été me coucher. Le matin vers deux heures, je la trouvai morte. Elle mourut le jour de la fête de sainte Hildegarde, le 17 septembre, et elle fut enterrée le jour de ses soixante-cinq ans, le 20 septembre. Albert Schilling sculpta sur sa pierre tombale un symbole de la Trinité : le cœur de sa théologie ».

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Quelques notes pour terminer

1. Cette « Vie » est un peu longue ; on pourrait en faire une « Petite vie » ou quelque chose de semblable ; et pourtant il faudrait la prolonger: les documents disponibles n’ont pas été reproduits intégralement ; en outre, des contemporains et des contemporaines d’Adrienne ont dû mettre par écrit leurs souvenirs, surtout depuis 1950 environ ; ces notes ne sont pas encore publiées, elles pourraient nous donner des renseignements complémentaires.

2. Cette « Vie » est un peu longue : on pourrait l’exploiter telle qu’elle est ici présentée et multiplier les recherches sur un point ou sur un autre. Il y en a ici pour les enfants de l’école primaire et aussi de quoi faire réfléchir les philosophes et les théologiens les plus pointus.

3. Deux parties dans cette « Vie ». Première partie : Les préparations (1902-1940) : c’est l’Ancien Testament. Adrienne cherche Dieu avec la rage du désespoir. Elle a l’impression qu’elle ne le connaît pas. Mais l’Esprit Saint sans doute est à l’œuvre, incognito. Deuxième partie : La mission (1940-1967) : c’est le Nouveau Testament. Dieu se révèle à Adrienne avec une rare intensité et lui confie une mission. Les premières années d’Adrienne après sa conversion, c’est comme si Adrienne avait reçu des « leçons particulières » du ciel pour l’initier à la plénitude de la foi chrétienne. C’est curieux la manière dont le ciel s’y prend. Ça part dans tous les sens, ça n’a rien d’un exposé didactique bien ordonné comme dans un catéchisme ou comme dans un traité de dogmatique. La Bible d’ailleurs, c’est le même style de désordre. « C’est avec la grande foule des saints qui lui apparaissent, seuls ou en groupes, dans des visions ou des transports, qu’Adrienne est introduite dans le monde de l’au-delà. Bien des lois du Royaume des cieux lui sont révélées par différents saints… en petites scènes symboliques, mais aussi sans paroles » (HUvB, Adrienne von Speyr et sa mission théologique, p. 26-27).

4. Tout le « Journal » du P. Balthasar n’est pas reproduit ici, mais un certain nombre de passages seulement qui donnent une certaine idée de la vie plus que remplie d’Adrienne von Speyr, surtout après sa conversion, une vie plus que remplie des choses du monde et des choses de Dieu. Mais le « Journal » n’est pas simplement la vie (une partie de la vie) d’Adrienne von Speyr, c’est tout un enseignement sur la foi chrétienne. La « Vie » d’Adrienne, c’est déjà toute une théologie capable de susciter la prière, de la nourrir.

5. Au terme de cette « Vie », se rappeler l’exergue : « La mission est plus importante que la vie. La mort ne signifie pas un achèvement, mais un prolongement, voire un commencement ». Cette « Vie » n’est qu’une introduction à toute l’œuvre d’Adrienne : une soixantaine de volumes. « Les charismes ne sont pas distribués au hasard, ils sont donnés par Dieu conformément aux besoins et aux nécessités de son Église, dans chaque conjoncture historique… Une grande lumière rayonne… de cette œuvre » (HUvB, Adrienne von Speyr et sa mission théologique, p. 79) : une théologie vivante qui favorise la rencontre de l’homme avec Dieu, qui éclaire l’intelligence des choses de l’au-delà. Une théologie qui a de quoi nourrir la foi des croyants de tous les âges, la rendre plus crédible et lui ouvrir de nouvelles perspectives. Adrienne : une voix simplement dans le chœur, une chemin dans l’immense forêt.

6. Laisser parler Adrienne elle-même. La plupart du temps, il n’est pas nécessaire de la commenter, elle s’explique très bien elle-même. Tout commentaire est superflu en un certain sens, il risquerait de défigurer Adrienne, de l’aplatir, de la gauchir. « Laissez-la parler, elle est assez grande pour s’expliquer elle-même ». Mais se rappeler quand même que le P. Balthasar lui-même avait parfois du mal à comprendre ce qu’elle disait. C’est pourquoi, de tous ces livres, il faudra un jour, et de multiples manières, dégager en termes simples la substantifique moelle : ce sera utile pour bien des gens, croyants ou non.

7. Le P. Balthasar et Adrienne ont une « mission à deux » (L’Institut Saint-Jean, p. 12) en vue d’une double tâche : 1. La publication d’une œuvre théologique et spirituelle qui compte une soixantaine de volumes. 2. La fondation d’un institut séculier (la Johannesgemeinschaft – littéralement : la Communauté Saint-Jean – qu’en France on appelle l’Institut Saint-Jean). L’institut séculier a été fondé d’abord, l’œuvre est venue après.

Patrick Catry

 

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