42/3. Les lois du Royaume

130. PentecôteLe Père, personne ne l’a jamais vu; le Fils est visible en tant qu’homme, en tant que Ressuscité, en tant qu’apparaissant, visible à côté de son invisibilité. L’Esprit Saint n’est ni invisible comme le Père, ni visible comme le Fils. Il peut ou bien n’être qu’invisible ou bien prendre une sorte de visibilité indirecte, quand il comble le monde et les hommes. Mais il n’est ni colombe, ni langue de feu, etc. Il dresse des signaux de lui-même : Attention! L’Esprit est à l’œuvre! – Le Seigneur appelle quelqu’un, Jean par exemple ou la petite Thérèse; mais c’est la descente de l’Esprit Saint qui les rend aptes au service, qui les rend saints. Il leur laisse leur personnalité qu’ils ont de par la création, mais il les élève pour en faire des personnalités saintes. Si on cherche à déterminer et à vénérer chez un saint l’une ou l’autre qualité humaine particulière, on le rabaisse, car sa sainteté se trouve avant tout dans le fait qu’il a été rempli par l’Esprit Saint et qu’il lui appartient. C’est l’Esprit qui s’empare des forces du saint. Par l’Esprit Saint, elles dirigent elles-mêmes quelque chose sur une voie déterminée; le fait qu’il « souffle où il veut«  s’exprime dans le caractère d’ensemble, mais elles ont la possibilité de le diriger sur un point précis. Qu’un saint soit possédé par l’Esprit, on le remarque particulièrement à sa patience; mais cette qualité ne sort pas de l’unité qu’elle forme avec les autres qualités conditionnées par l’Esprit. Si le culte spirituel d’un saint régresse et se conjugue avec de la superstition (comme pour Antoine), c’est notre péché qui en est responsable : notre foi perd la faculté de sentir l’Esprit dans le tableau d’ensemble du saint. Si je sélectionne la qualité qui me manque pour la retrouver et la vénérer dans le saint, c’est moi que je prends pour mesure et non plus l’Esprit. L’Esprit choisit des signes de peu d’importance (comme la colombe, la langue de feu) pour souligner que la supériorité de son action se trouve dans l’invisible. Il nous incite par là à toujours chercher dans tous ses signes la grandeur et la totalité (Pentecôte 1950).

131. Le quotidien - Il peut se faire qu’au monastère cela me dégoûte un jour terriblement de devoir dire tous les jours ces heures de l’office. Toujours les mêmes psaumes et les voix aiguës des consœurs. Mais alors je devrais justement penser que le Seigneur se trouve derrière tout cela. Une mère qui chaque jour doit préparer pour son enfant une bouillie compliquée et laver une quantité de langes ne va jamais la trouver mauvaise, justement parce que c’est son enfant. Elle ne va pas un beau jour tout envoyer promener et partir en voyage. Elle est heureuse d’avoir un enfant. Et si on comprend vraiment le Seigneur et son amour, on ne se laissera jamais énerver. Ce qui me déplaît n’a pas d’importance par rapport à la santé de l’enfant et à son bien-être (Juin 1950).

132. Sur la parenté spirituelle – Quand on reconnaît des personnes à l’entrée du ciel, elles ne sont plus pour nous un époux ou un fils mais un frère, ni non plus une mère ou une fille mais une sœur. Les relations que les religieux ont entre eux sont un avant-goût du ciel. Marie quittant la croix en la compagnie virginale de Jean devient sa sœur. Le Fils lui-même, bien qu’il soit Dieu, adopte à notre égard la relation de frère. Lors de l’Incarnation, il a pris sur lui les relations naturelles, mais pour finalement les écarter. Sa Mère, il la confie à Jean; mais eux aussi, ils doivent renoncer à la relation mère-fils à la suite du Fils (Début octobre 1950).

133. Le néant – Angoisse physique devant la mort, mais angoisse infiniment plus profonde de paraître dans l’au-delà. Aller directement en enfer. Il y a quelques mois encore, c’était l’angoisse d’aller dans le néant parce que aussi bien Dieu n’existe pas; et à partir de là, l’exigence de retirer un sens maximum aux quelques jours, aux quelques heures qui restent encore ici-bas. Mais quel sens si Dieu n’existe pas? Le néant ruine tout sens, il est plus horrible que l’enfer. Il n’y a pas de raison évidente pour laquelle je dois avoir été si par la suite je ne suis plus. Par exemple pour remplir un quelconque commandement de la « terre ». J’étais donc ainsi sur terre le produit d’une goutte de sperme et d’une cellule, un pur produit de la nature, comme quelque autre fruit, en quelque sorte un pont vers la génération suivante, une pierre quelconque d’un édifice social. Et tout cet édifice, quel rapport a-t-il au néant? Y a-t-il un sens au néant ou y a-t-il pour lui le néant? Dans les quelques petites heures qui me séparent de la mort, je n’arriverai plus à trouver la solution. – Mais si Dieu existe, il est sûr qu’il voulait quelque chose de moi; d’abord ce qu’il requiert de tout être humain : l’amour et l’obéissance; et aussi, en plus, quelque chose de particulier (25 avril 1951).

134. Pentecôte – Que le Fils puisse envoyer l’Esprit et l’envoie de fait, nous l’apprenons par sa parole. Nous voyons cette parole accomplie le jour de la Pentecôte et nous recevons l’Esprit dans le sacrement de confirmation. Beaucoup de choses de l’Ancien Testament donnent déjà une certaine connaissance de l’Esprit : les paroles des prophètes, ce qui se passe quand l’Esprit est donné et le fait que déjà lors de la création l’Esprit de Dieu planait sur l’abîme. A la lumière de la nouvelle Alliance, nous percevons que, tout comme le Père et le Fils, l’Esprit aussi était en Dieu de toute éternité, et que les relations des trois personnes sont des relations d’un amour éternel qui, pour la divinité, est tellement originel que la création du monde aussi ne pouvait être projetée et réalisée qu’à l’intérieur de l’amour trinitaire (Pentecôte 1951).

135. Paroles intérieures – « Nous ne chercherions pas Dieu s’il ne nous avait pas trouvés », s’il n’avait pas mis en nous les conditions voulues pour le trouver. Ses inspirations sont pour nous compréhensibles. Il peut suivre plusieurs chemins : nous éclairer soudainement comme frappe la foudre, transformer et réorienter notre vie tout entière. Il peut, avec la même soudaineté, nous montrer quelque chose qui nous était déjà connu mais, à présent, cela nous apparaît irrévocable et urgent, et cela a des conséquences beaucoup plus profondes que nous ne le pensions. Mais il peut aussi procéder tout autrement : nous donner, dans un clair-obscur, les unes après les autres, des intuitions, des considérations, des suppositions auxquelles on ne donne pas suite. Mais une fois qu’un nombre suffisant de foyers est allumé, il y a un embrasement soudain de l’ensemble. Pendant longtemps il n’y eut que de la fumée, l’esprit humain ne percevait pas l’Esprit Saint, il demeurait imbu de ses propres pensées, qui ne paraissaient pas particulièrement éclairantes ni alléchantes. Mais tout d’un coup jaillit la flamme parce qu’il ne manquait plus que très peu de chose pour la libérer (Juin 1951).

136. Marie durant l’Avent – Pendant que Marie attend son enfant, elle reste cachée dans son oui qui, par son Fils, reçoit en elle sa force, affermit sa foi et donne à sa vie quotidienne une plénitude sentie. Pour ce don de la plénitude, elle remercie Dieu : cela la dispense de se creuser la tête sur ce qu’elle est capable de faire et de ne pas faire, cela la dispense de faire des projets parce que, à l’autre partie du quotidien, à sa partie prévisible, il manque la certitude; et parce que l’enfant devient lourd en elle et que dès maintenant il représente un signe d’exigence démesurée, un avertissement qu’elle a promis à Dieu des choses qui restent cachées en lui. Cette fatigue en elle est moins physique que spirituelle parce qu’elle est insérée dans toute sa foi, dans toute son âme, dans un mystère du ciel et qu’elle doit cependant vivre et prier sur terre et participer par là à la répartition céleste de la prière. Elle dit dans sa prière des choses qu’elle ne comprend pas tout à fait et qui l’effraierait peut-être si elle y réfléchissait, mais qui sont cependant parfaitement justes parce qu’elles correspondent à l’inspiration de l’Esprit et sont un complément de son oui, un indice que le Seigneur demeure en elle et reçoit sa prière (Avent 1951).

137. L’Immaculée Conception – Le mystère de la conception immaculée est tellement lié à tous les autres mystères de Marie qu’il s’intègre indissolublement à son image d’ensemble telle qu’elle se présente aux yeux de l’Eglise, telle aussi qu’elle provient de l’unité indécomposable de Dieu et tend à y retourner. Quel que soit celui de ses mystères que nous abordons, chacun d’eux est une clef pour tous les autres. Si nous contemplons Marie dans sa vie terrestre, elle est certainement élue d’abord pour donner naissance au Fils éternel. Mais ensuite elle est aussitôt également la deuxième Eve, l’épouse du nouvel Adam, la quintessence de son Eglise. Et comme celle-ci, elle est vierge, une simple vierge qui a vécu sur terre et qui était si transparente à Dieu que tout en elle était aussitôt utilisable pour l’accomplissement de ses desseins. Cette transparence était amour pur qui recevait tout l’amour de Dieu sans aucune ombre. Et elle était ainsi la manifestation visible de l’amour de Dieu pour sa créature comme de l’amour de la créature pour Dieu. Un foyer d’amour (8 décembre 1951).

138. Noël - Le premier homme fut placé dans l’existence comme cela correspondait au plan de Dieu, avec la faculté de se développer en direction de Dieu ou en s’éloignant de lui; il ne lui a pas été demandé s’il voulait être créé. Il est simplement placé là et il est requis de son humilité de le reconnaître. Le Fils de Dieu s’humilie encore plus profondément par le fait qu’il n’apparaît pas à l’état d’adulte mais qu’il est conçu, porté, mis au monde : il offre ce temps de sa minorité au Père qui doit voir en lui que l’enfance et la croissance d’un être humain correspondent parfaitement aussi à la volonté du Créateur. Il grandit entre sa mère et son père nourricier, mais il grandit aussi d’emblée en direction du Père divin pour le louer dès son plus jeune âge, pour tendre vers lui ses bras dès son premier mouvement (25 décembre 1951).

139. Les saints Innocents – Les enfants innocents sont massacrés afin que le message chrétien ne parvienne pas au monde. Et pourtant l’enfant que cela concerne n’est pas atteint; ce sont les autres qui le sont. Ni eux-mêmes en tant que victimes, ni leurs parents ne savent de quoi il s’agit; les enfants sont trop petits, les parents ne voient que l’acte de vengeance du roi. A la question de savoir pourquoi le Seigneur permet cela, il n’est pas facile de répondre; elle ne peut recevoir de réponse finalement que de la croix. C’est pour tous, également pour ces enfants, que le Seigneur subit la mort, et sa mort a des effets dans le temps qui le précède et dans le temps qui le suit (27 décembre 1951).

140. Sur la joie – En créant le monde, Dieu le Père était heureux car il créait une œuvre qui devait trouver constamment son assentiment. Il plaça Adam dans la joie du paradis, et son dessein était que l’homme vive dans l’amour et la joie. Le péché a ruiné la joie et apporté la souffrance. Puis Dieu, par l’ange, a voulu entendre le oui de la Mère et ce oui devait résonner joyeusement parce qu’elle pouvait accomplir la promesse et voir le Messie, et parce que la rédemption et la nouvelle vérité au sujet de Dieu venaient dans le monde. Et après la venue du Fils, les siens vivent dans la joie de le suivre, une joie qui a un autre caractère que la joie de la création parce que maintenant demeure sur terre cet amour divin qui, en tant qu’homme, a aimé tous les hommes et, en tant qu’homme, aime le Père avec tous les autres. C’est maintenant un amour de fécondité et Marie, dans sa joie de pouvoir concevoir, a reçu les deux ensemble : l’amour nouveau et la nouvelle fécondité. De sorte que toute joie du chrétien porte désormais la caractéristique suivante : du fait qu’il a été pris par l’Esprit, il a la possibilité de donner le Fils. Marie a été insérée la première dans le circuit de l’amour et de la joie trinitaires mais le Fils, en tant qu’homme, a pris rang avec elle dans ce circuit et, comme il est homme parmi nous tous, nous sommes pris avec lui tous ensemble (1er janvier 1952).

141. Pentecôte – L’Esprit Saint est envoyé du point même où il procède du Père et du Fils. Dans le ciel, le Père engendre le Fils pour lui en quelque sorte; on peut dire que l’envoi du Fils dans le monde et à la croix a lieu en même temps qu’il est engendré, car la vie éternelle, en tant que mode de durée, ne coïncide pas avec le temps de ce monde. On peut seulement dire que le Fils – qui est Fils dans sa relation au Père – porte caché en lui, dans son être de Fils, son envoi « futur ». L’Esprit par contre entre d’emblée dans sa mission, avant que le monde soit, parce qu’il est avant tout l’échange d’amour, le dialogue entre le Père et le Fils, la mission de l’un à l’autre. Il souffle où il veut dans la liberté du dialogue et il se laisse envoyer d’emblée dans cette liberté (Pentecôte 1952).

142. Christ-Roi – Quand le Christ fait une fête – les fêtes intimes de son enfance et de sa jeunesse auxquelles participent Joseph et Marie, ou les fêtes plus tard avec ses apôtres -, ce qui est décisif, c’est toujours sa présence. De même que toutes choses ont été créées pour lui, les fêtes sont orientées vers lui; elles sont célébrées pour sa gloire même là où sont présents des gens qui ne se doutent de rien, qui consomment en quelque sorte leur participation sans être effleuré par l’idée qu’une fête à laquelle le Seigneur participe doit avoir absolument un sens supérieur. Mais pour le Seigneur et pour les siens, chaque fête devient une fête chrétienne. Elle est célébrée en présence de Dieu Trinité, dans l’intimité de la doctrine chrétienne. Pour le Seigneur lui-même, c’est toujours une fête dirigée vers le Père, avec au centre un mystère d’évidence éclatante qui l’unit au Père et à l’Esprit. Pour les fêtes qu’il célèbre sur terre, le mystère de son obéissance et de son don de soi doit toujours aussi être célébré en même temps (Fête du Christ-Roi 1952).

143. Sur la prière – Les heures de la nuit, durant lesquelles les choses sont présentes mais invisibles et elles redeviennent visibles le matin, offrent une image d’une sorte particulière de prière et de vision. Si sérieusement on veut prier, chercher la proximité de Dieu, percevoir ce qu’il a à nous dire, on doit créer en soi un vide, placer les choses dans l’invisible, ce qui ne veut pas dire les détruire mais leur assigner une autre place dans notre monde intérieur. La fin de la prière peut alors être un lever du jour : les choses réapparaissent mais elles ont devenues autres, elles sont purifiées par la prière, elles sont peut-être aussi rendues utilisables d’une manière nouvelle, inconnue jusque-là. C’est pourquoi le temps de la nuit aide à chercher Dieu d’une manière simple; l’âme est convaincue que sa présence est remplie de grâce, convaincue de la nécessité d’implorer sa venue, d’en faire l’expérience de manière renouvelée, de se livrer à elle sans vouloir entrer de force dans quoi que ce soit que Dieu ne veut pas donner lui-même (Fête du Christ-Roi 1952).

144. Sur la place de la descente aux enfers – En devenant homme, le Fils descend sur la terre pour demeurer dans l’horizontal de la vie humaine jusqu’à ce qu’il meure et descende encore plus bas : jusqu’en enfer. Il y a donc ainsi une double descente. A celle-ci correspond pour ainsi dire une double montée difficile à comprendre et difficile à exprimer : premièrement la résurrection avec les quarante jours qui suivent sont quelque part à nouveau à l’horizontal, et puis l’Ascension qui correspond au mouvement inverse de l’Incarnation. Et du ciel le Fils envoie l’Esprit sur l’Église. – La descente aux enfers, durant les trois jours entre la croix et la résurrection, est unique et ne se reproduira plus; on peut tout au plus avoir part à cet événement unique par la grâce du Seigneur. Le purgatoire qu’il y a depuis lors n’est pas une descente mais une forme de chemin vers le ciel. Le point le plus bas est dès lors la terre (pas étonnant qu’elle ressemble parfois à l’enfer). – Le Fils envoie l’Esprit sur le monde, mais il ne fait pas partie de la mission de l’Esprit de descendre en enfer. Il reste sous la forme de la flamme et il touche ceux pour lesquels il est venu. L’image de la Pentecôte est quelque chose comme un point final. – C’est au Fils que l’enfer a été offert en raison de son Incarnation et de sa Passion. C’est le plus grand cadeau que le Père pouvait lui faire. Il ne sent pas le Père là et il n’envoie pas l’Esprit. Il suffit qu’il se soit montré là (Avant l’Ascension 1953).

145. Ascension du Christ – D’abord j’ai vu la Mère avec les apôtres. Il n’est pas facile de décrire l’état d’âme des apôtres. Et cependant en même temps ce n’est pas difficile parce que c’est aussi l’état d’âme des chrétiens d’aujourd’hui : quelque chose entre le regret et l’espérance, entre l’angoisse et l’amour, entre l’occultation et l’évidence. Ce qui est attendu arrivera, mais cela aura un autre poids que l’attente. Nous n’arrivons pas à vivre totalement dans le jour présent, à ne porter que le souci d’aujourd’hui et à nous interdire tout coup d’œil sur l’avenir. – Le Seigneur va aller au ciel, il va quitter ses disciples, il va envoyer l’Esprit promis : tout cela semble si étrange. Lui qui a comblé tant de nos désirs, qui nous a accordé sa proximité comme le plus grand des cadeaux, va nous quitter. Et comme il connaît nos lacunes et notre peu de courage, il va nous envoyer l’Esprit Saint que nous ne pouvons pas imaginer. Il l’a en quelque sorte rendu au Père comme son propre Esprit et maintenant il va demander qu’il lui soit rendu afin qu’il nous transforme d’une manière qui ne sera pas la manière du Fils : il ne va pas prendre chair pour engager avec nous des entretiens. – Le fait de ne pouvoir se représenter l’Esprit Saint qui va venir ajoute à l’accablement des apôtres : ils ont participé à la Passion, ils ont vécu le retour du Seigneur qui fut si difficile à accepter pour Thomas. Et voilà que maintenant un nouveau départ est en vue avant même qu’ils soient seulement venus à peu près à bout de ce qui est arrivé : la croix et la résurrection. Est-on un converti? Un disciple du Seigneur? Mais comment cela s’il nous laisse tomber? Et il dit pourtant qu’il va au Père pour tout accomplir; nous devrions donc être enchantés de son départ, nous devrions voir dans la nouvelle séparation une nouvelle grâce. Mais nous ne sommes pas habitués à renoncer à nos propres réflexions pour accepter simplement ce que le Seigneur dit et demande. – Puis j’ai vu le Seigneur monter au ciel; cela semblait être comme un prolongement infini dans le ciel de la poutre verticale de la croix, qui laissait là l’horizontale, l’amour du prochain qui doit faire son chemin dans le monde entier et revenir sans cesse à la croix ou aussi à la résurrection. En montant au ciel, le Seigneur emporte donc quelque chose et il abandonne quelque chose. Il abandonne certainement l’éphémère qui nous caractérise, qui nous appartient et qu’il anime de l’éternel qui est sien. Il abandonne ses instructions et ses paraboles et l’Ecriture Sainte et sa Mère et les apôtres et l’Eglise. Il abandonne aussi une croix vivante que nous devons chercher et embrasser pour la reconnaître comme quelque chose qui est sien, que nous devons porter telle qu’elle est donnée, sans réfléchir, parfois aussi sans la comprendre. – Toutes les questions vont ainsi se passer entre temporalité et éternité, et il ne sera plus là pour répondre à nos questions impatientes et élucider ce que nous ne comprenons pas. Il est retourné dans le mystère de la vie trinitaire dont il nous a montré sur terre un reflet mais qui s’est retiré à nouveau dans le ciel dans son prolongement infini. Nous restons avec nos questions, mais lui, il est au ciel, dans la joie parfaite. Réjouissez-vous, vous qui posez des questions, car le Seigneur est dans la joie. La joie est requise de nous et elle doit vaincre tout abattement. – C’est une joie double : une joie qui sait que le Seigneur est au ciel, mais une joie aussi qui croit parce qu’elle n’est pas en mesure de voir ce qui se passe au ciel. La nouvelle foi de l’Ascension doit être tellement vigoureuse qu’elle soit pleine de joie. Elle ne doit pas seulement l’être, elle l’est, parce que le Seigneur non seulement la requiert mais aussi parce qu’il la donne. – Et quand, après l’événement, la Mère et les disciples rentrent à la maison, leur état d’âme est tout autre qu’après la croix. Ils manifestent une foi parfaite dans la joie et pourtant, parce qu’ils sont sur terre, ils doivent avoir part à la croix leur vie durant. Ils n’en seront jamais quittes. Ainsi leur joie ne sera pas sans inquiétude, ni sans ombre. La foi leur montrera leur tâche, mais ils se heurteront plus fort qu’auparavant aux limites de leur nature et de leurs possibilités, et pourtant ils ne cesseront d’être portés par la foi au-delà de ces limites (Ascension 1953).

146. La croix – Adrienne : Je pensais au Seigneur sur la croix, au début; il est très humilié, il a mal partout, tout s’embrouille, afin qu’ensuite il puisse vraiment tout remettre à l’Esprit et au Père. A la fin, il doit même souffrir le tout sans l’Esprit; ce qu’on s’était imaginé raisonnablement, en tant qu’homme disons, il doit l’abandonner. Il doit faire l’expérience des obstacles. Et à côté de cela il doit vivre le plan de salut qui embrasse le monde entier. Qu’a-t-il fait vraiment? Que peut-il donc encore faire dans les dernières minutes qui lui restent? N’aurait-il quand même pas mieux fait de descendre de la croix? Ou bien, avant cela, au Mont des oliviers, avant que n’approche le malheur, n’aurait-il pas mieux fait de disparaître sans bruit et de recommencer en un autre coin du monde, avec plus de succès peut-être? Il sait qu’il n’y avait pas de chemin dans tout cela, que le chemin devait bien plutôt le conduire justement ici, là où il n’y a plus de chemin, là où tout droit à disposer de lui-même lui est retiré et où il doit dire oui à ces ténèbres. – En pensant ainsi au Seigneur, on est libéré de tous les problèmes personnels qui nous tracassent, car on sait que l’action la plus audacieuse qu’on aurait pu mener, le livre le plus audacieux qu’on aurait pu écrire, sont comme rien comparés à ce que le Seigneur a fait et laissé. Il est tout. – Et alors je vis la Mère. Elle endure sous la croix sa souffrance la plus profonde. L’angoisse de l’Avent n’en fait pas partie au fond. Et pour la naissance du Fils, elle n’avait pas le droit de souffrir. Elle doit souffrir pour sa mort. C’est ce que comportait son oui bien qu’humainement cela paraisse déraisonnable. Toute sa capacité de souffrir devait avoir son centre à la croix et de là rayonner dans le temps étant donné qu’elle vivait et priait avec le Fils en tant que Mère, en tant qu’épouse. Lorsque le Fils, encore garçon, commença par exemple à souffrir du fait de l’état de péché des autres garçons, il y avait déjà un accompagnement de sa Mère; quand il lui parlait, elle pouvait lui enlever sa souffrance, qui était aussi la sienne. Le Fils lui ouvrait les yeux sur ce qui était pénible pour lui, et elle pouvait aussitôt avoir part à tout. Tout ce qu’il lui cause de souffrance provient de la croix. – Avant la croix, elle souffrait à cause de sa mission à lui. Maintenant elle souffre pour lui. Ce qu’avait d’intact sa maternité est d’une certaine manière mutilé. Elle comprend que tout se termine, elle participe à sa mort plus profondément qu’elle a pu participer à sa naissance, avec l’engagement parfait de sa capacité de souffrir. L’Avent aussi contenait certaines souffrances, mais elles allaient vers la joie; elles préparaient certes à une naissance douloureuse mais, au moment de la naissance, la souffrance disparut. Ici par contre, sous la croix, tout va vers la mort inéluctable; rien ne lui est épargné pas plus qu’à son Fils (28 janvier 1954).

147. Sur l’Esprit - L’Esprit est surtout dans l’homme un Esprit de prière. C’est de là qu’il jaillit, qu’il crée l’échange et l’équilibre, qu’il offre la certitude sereine, le oui constant; cela prend naissance dans la paix de la prière, dans l’isolement et la solitude. Mais il peut aussi se faire reconnaître à l’extérieur si bien que d’autres sont attirés parce qu’ils comprennent qu’ici souffle l’Esprit. Elisabeth reconnaît la mission de Marie, nous reconnaissons les missions des saints, beaucoup de pécheurs reconnurent la vocation de Vianney; l’Esprit Saint est reconnu aux charismes. Jamais le don ne peut être expliqué dans ce qu’il a d’unique, il renvoie et ramène à la divinité de l’Esprit, à sa fonction dans la Trinité. Et la foi, l’amour et l’espérance vivent en lui et se nourrissent de lui pour s’accomplir au fond; leur vie propre n’est pas à séparer de la vie de l’Esprit en Dieu. Une espérance qui ne serait pas animée par l’Esprit ne serait pas chrétienne. Elle serait une confiance simplement humaine qui serait comblée ou non selon le hasard (27 mai 1955).

148. Prière et mystère – Si toute connaissance de foi est accompagnée d’un supplément de mystère, cela ne veut pas dire que la connaissance doit s’y résigner; au contraire celui qui prie doit espérer être introduit, avec le temps, plus à fond dans le mystère. – Mais si Dieu confie un mystère à celui qui prie et le dévoile partiellement, il appartiendra aussi à Dieu fondamentalement de le conduire à une plus grande clarté. Celui qui prie sait que Dieu est omniscient. Non seulement Dieu le voit parfaitement, il voit aussi le prochain pour lequel il lui faut prier maintenant. Dieu peut révéler à celui qui prie une image plus complète de son prochain s’il le juge nécessaire; mais il se peut aussi que son savoir divin lui demeure fermé comme une inaccessible sphère de mystère. Celui qui prie doit alors demeurer dans l’abstrait; tout se déroule dans un acte où il se donne lui-même et où il est reçu par Dieu; il serait indiscret d’appeler les choses par leur nom, Dieu laisse dans l’obscurité la manière dont il utilisera la prière. Mais ce qui pour l’homme est abstrait est concret en Dieu et est toujours susceptible, si Dieu le veut, de devenir concret aussi pour celui qui prie, de représenter quelque chose qui lui est connu, qui lui sert d’indication pour sa conduite future. – Quand nous méditons la vie du Seigneur, il est frappant de voir combien il a peu parlé. Et de ce qu’il a dit, le peu qui a été mis par écrit. Lui qui possède la vision du Père, il ne parle pas beaucoup de la prière. Il ne donne pas beaucoup d’indications, il montre seulement « l’unique nécessaire ». Dans la clarté de ses paroles, deux choses s’expriment : sa parole et son silence. Dans ce silence, il y a certainement sa vision du Père, sa joie et son angoisse, mais sans doute aussi pourtant très fortement sa faculté de garder les choses – tout comme sa Mère gardait dans son coeur ce qu’elle avait vécu – comme un trésor auquel il peut revenir à tout moment s’il en a besoin pour remplir sa mission. Ce trésor aussi a subi ses changements parce que le Fils a changé : en lui-même et dans ses relations avec sa Mère. De même que toute parole est toujours d’aujourd’hui, de même aussi tout silence (Juillet 1955).

149. La prière et les saints – Quand on prie, on peut d’emblée recommander sa prière à tous les anges et à tous les saints : ils voudraient entendre, ils voudraient nous soutenir et nous aider à utiliser les mots justes vis-à-vis de Dieu Trinité, nous les inspirer, mais aussi, d’autre part, s’approprier notre prière telle qu’elle est maintenant, avec son contenu, ses intentions, faire leurs nos propres besoins, trouver peut-être à nos demandes des raisons que nous ne connaissons guère, les vêtir de leurs mots, les transmettre ainsi, les présenter à Dieu comme s’il s’agissait de ce qui leur est le plus personnel (9 septembre 1955).

150. Réflexions sur la mer et la prière – Vacances d’Adrienne à Ronchi. Au sujet de la mer. Adrienne : Les vagues vont et viennent, personne ne peut les saisir, on ne peut jamais les prévoir d’avance. Si on essaie de remonter à l’origine des vagues qui s’approchent, l’œil échoue très rapidement et il doit y renoncer. La mer comme image de l’infini, de l’éternel; la vague comme l’instant qui vient et qui passe et qui cependant ne cesse de revenir et d’exiger quelque chose. La mission vient du Dieu infini, imbibée d’éternité, et elle se fractionne en décisions et en réponses actuelles et rapides. Sur le rivage, on a l’impression d’être saisi par un événement éternel, et quand survient la peur d’avoir manqué une vague, une décision qui s’imposait, on se rassure : d’autres vagues arrivent, de nouvelles réponses seront exigées, et cela si rapidement que la nouvelle vague est déjà là avant que la dernière se soit étalée sur le sable et se soit retirée. La petite vague est comme l’action et la grande mer comme la contemplation. Les deux forment une unité, celle-ci se trouve en Dieu, mais elle est sans cesse présentée à l’homme dans la vague. Il doit agir, mais il ne peut le faire qu’à partir de la contemplation, il ne peut prendre ses petites décisions qu’à l’intérieur de la grande décision de Dieu, et cela lui donne aussi un sentiment de sécurité : la vague, en se retirant, retrouve l’abri de la mer, l’eau dans l’eau, sans qu’elle doive garder sa forme personnelle. De même les nombreuses actions de ceux qui appartiennent à Dieu sont abritées dans son activité englobante, elles ont là leur constance et leur demeure. Le mouvement recommence toujours : chaque vague reçoit ses propres contours, chacune les perd à nouveau, se perd dans le tout. Elle reste présente dans l’omniprésence, insérée dans la grande liberté des eaux, demeurant en ce lieu d’où elle est sortie et fut envoyée en mission. – Quelque chose de semblable dans la prière. Un instant elle a un visage et une forme, elle est soit demande soit adoration. Mais elle retourne toujours dans le tout. Un homme ne se met à prier que parce que innombrables sont ceux qui prient, prieront ou ont prié, parce que Dieu ne se lasse pas de prodiguer des forces de prière, de remplir de contenu les prières des hommes, d’exaucer et d’utiliser dans son éternité la moindre prière pourvu qu’elle émane d’une foi authentique. Il l’accueille volontiers comme si cette toute petite contribution justement complétait la somme qu’il attendait. On peut s’imaginer que la mer n’est complète que lorsque cette vague aussi lui revient. La mer l’a en quelque sorte prêtée au sable, mais elle appartient toujours à son origine. Ainsi la contemplation de la mer devient un encouragement à la prière et à l’action de grâces. Il est bon de se savoir en sûreté avec sa prière, il est bon de savoir qu’il existe une unité infinie et de ressentir à travers toute chose l’amour de Dieu et de pouvoir retourner à cet amour (Du 23/9 au 15/10 1955).

151. Dieu et la beauté – Coup d’œil rétrospectif sur Florence. Adrienne : Cette fois-ci, ce qui m’a le plus touché à Florence, c’est la perspective qu’on a du palais des Offices : la vue sur la ville et le ciel, le sentiment que, dans cette ville, tant de choses ont été construites par amour de Dieu parce que dans un échange d’amour entre ciel et terre. Les hommes construisent pour Dieu des demeures où il doit se sentir bien, et il leur donne la grâce de la beauté, si bien que s’élève vraiment quelque chose qui rend attentif à lui. A lui qui montre ce ciel au-dessus de Florence et qui fait mûrir sur terre le fruit de cet effort humain, les deux pour sa plus grande gloire. – Puis bien sûr la question : est-ce qu’on ne tombe pas dans un éclectisme quand on est tellement saisi par Dieu parce qu’il offre cette beauté. Mais la question n’atténue pas l’action de grâce qui se transforme en louange. Et ce que nous voulons louer ne dépasse pas seulement nos mots insuffisants et nos œuvres et nos capacités, cela se dépasse toujours aussi lui-même parce que c’est divin et que le toujours-plus se trouve en Dieu. La louange se transforme ainsi en adoration : de Dieu Trinité , de l’Esprit Saint qui partage et prodigue tant et tant de Dieu. Et quand on compare la beauté de Dieu qui se révèle avec nos propres capacités, une profonde confusion nous envahit. On se sent impuissant et on aimerait tant créer quelque chose, une hymne, une symphonie qui révélerait au moins l’ombre de Dieu, qui serait un indice signalant que Dieu est beaucoup plus grand que tout ce qui est saisissable, plus grand aussi que les belles œuvres que les hommes ont créées pour sa gloire. Créer quelque chose devant quoi les hommes ne font pas qu’échanger des propos sur l’histoire de l’art, mais devant quoi ils devraient sentir un peu la présence de Dieu, également en ce temps qui ne bâtit plus de cathédrales parce que les hommes n’aiment plus regarder en direction de Dieu, mais surtout parce qu’ils ne veulent plus commencer une œuvre qui demande davantage de temps que leurs propres jours, car ils ne veulent plus et ne peuvent plus compter sur les générations suivantes. Ce dont nous ne faisons pas nous-mêmes l’expérience, nous ne le laissons pas non plus à d’autres pour qu’ils en fassent eux aussi l’expérience. Nous voulons toujours saisir nous-mêmes et terminer et nous ne remarquons pas que nous prenons par là une place dangereuse, nous nous mettons au centre et nous fermons le monde autour de nous. Nous oublions que c’est l’amour de Dieu qui est le centre et que nous devrions rester ouverts à l’Esprit Saint. Dieu devrait garder la possibilité d’agir là aussi où notre esprit planificateur n’a plus accès. Nous devrions laisser à l’Esprit la liberté de souffler où il veut, sur nous et sur nos œuvres, même s’il commence par notre foi et notre action. Certes il peut être pénible pour un érudit de ne pouvoir mener jusqu’à son terme une œuvre commencée. De ne pas avoir le droit d’exprimer jusqu’au dernier mot ce qu’il a expérimenté et qui lui semble neuf. Mais si Dieu a compté ses jours et qu’il sait jusqu’où il ira avec son ardeur et son obéissance, il fera lever la semence chez quelqu’un qui viendra plus tard. En tout cas, il lui laissera continuer son œuvre aussi loin que nécessaire pour faire paraître les traces de Dieu qui devaient être visibles. – Tout cela me vint à l’esprit à cette fenêtre des Offices qui donne sur l’Arno quand le ciel et la ville allaient tellement ensemble. L’éternel et l’éphémère. Et ce ne sont pas les seules inspirations de la beauté qui ont créé ces tableaux, ce sont aussi celles de l’amour. Dieu permet à l’homme de créer des choses qui se profilent sur son ciel comme les contours de ces toits ici; et le ciel fait partie du tableau et achève la beauté du monde. Dieu nous permet, dans son amour, que nous dessinions nos œuvres et nos pensées, notre foi et notre disponibilité comme des lignes dans son ciel, et il prend tout en lui, et il les fait appartenir à son ciel (31 octobre 1955).

152. Dieu et la beauté – A Sainte-Croix (à Rome où Adrienne est sans doute allée en septembre), la beauté qui nous atteint comme un coup de tonnerre, nous coupe le souffle. Peu de gens prient dans l’église, la plupart regardent. Mais de regarder peut aussi rapprocher de Dieu. Quand Marie voit l’ange, quand Elisabeth voit Marie, quand Etienne voit le ciel ouvert, eux également sont saisis et ils ont le souffle coupé et il leur est demandé un surcroît d’amour et d’obéissance. Ce qui a existé jusqu’à présent n’était pas faux, mais ce qui est nouveau plane beaucoup plus haut. Et ce n’est rien de fermé; cela restera dans un constant devenir. – La contemplation de tableaux, surtout de tableaux conçus dans la foi, conduit l’esprit qui aime la beauté à de nouvelles possibilités de foi, le rend humble et par là plus ouvert à Dieu. Beaucoup de débris en lui sont balayés, et des chemins se font praticables là où auparavant il ne semblait pas y en avoir. Dans cette église, qui est visitée surtout pour sa beauté, on sent plus fort la foi du petit nombre de ceux qui prient. Si on va prier dans une église qui n’offre rien de particulier, il arrive qu’on est questionné et requis par la prière des autres, mais d’ordinaire, on ne fera que prier, et la présence des autres priants ne se fera pas sentir particulièrement. Le trésor de l’Eglise est ouvert mais on éprouve surtout la présence du Seigneur. Dans une église particulièrement belle par contre, la prière des croyants nous est comme imposée pour conduire les contemplateurs de la beauté de la bonne manière. – En beaucoup de tableaux, l’Enfant, la Mère, des saints ont quelque chose de si pieux que de les voir approfondit et enrichit la foi de celui qui les contemple; dans la simplicité et la pureté, dans des gestes de don de soi et d’adoration, il y a tant de formes de piété que celui qui les contemple doit trouver à un endroit ou à un autre des possibilités qu’il ne connaît pas encore. Après la visite d’une église de ce genre, après avoir contemplé de tels tableaux, on devrait prier avec de nouveaux degrés de don de soi et de joie dans la foi. Enrichi de beaucoup de chemins de foi qu’on peut suivre en partie soi-même et qu’en partie on peut connaître pour d’autres et qu’on peut leur montrer. Il me vint à l’esprit que, dans une foi pareillement structurée, il y a pour chaque chrétien quelque chose de particulier, que le même contenu produit pour chacun des formes tout autres, que chaque forme est éclairée par une autre lumière, de même que chaque peintre a sa manière propre, que chaque fabricant de tapis tisse autrement, que chaque architecte construit différemment. Mais on comprend que Dieu a besoin de tout et que tout a son sens en lui, que tous les dons qu’il fait aux hommes il voudrait les recouvrer développés afin qu’ils soient insérés dans l’échange de l’amour éternel. Et plus un artiste était ouvert et inépuisable dans son don de soi, plus ouverte aussi est son œuvre, plus inépuisables aussi sont les stimulations qui émanent de son œuvre sur ceux qui la contemplent (2 novembre 1955).

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