44. Le filet du pêcheur

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Le filet du pêcheur

Introduction

1. Dans Adrienne von Speyr et sa mission théologique (traduction française de Erster Blick auf Adrienne von Speyr, paru en 1968), le P. Balthasar évoquait déjà Le filet du pêcheur (Das Fischernetz – 219 pages – qui ne sera imprimé qu’en 1969. La traduction française n’en est pas encore parue). Voici comment le P. Balthasar présentait alors cet ouvrage (p. 67-69) :

« Le filet du pêcheur : nous appelions ainsi le livre qui donne une (une, non la seule) interprétation du nombre johannique des cent-cinquante-trois poissons pris dans le filet de Pierre. C’est le plus « donné » des ouvrages d’Adrienne ; je ne peux en faire qu’une présentation très imparfaite. Il peut et doit prouver qu’elle ne tirait pas ses inspirations de n’importe où. Il restera une énigme pour tous les psychologues des profondeurs.

Cent-cinquante-trois, c’est ici la somme de la sainteté de l’Église, composée des nombres premiers qui y sont contenus ; ces nombres sont des principes déterminés de sainteté, représentés par certains saints choisis. Pendant longtemps ne furent donnés que les sept nombres premiers fondamentaux (de 11 à 31, puisque les nombres jusqu’à 10 appartiennent à la divinité ; 5 toutefois était Marie), ensuite le système s’élargit jusqu’à 53 (= Jean), enfin jusqu’à 153 (avec le denier nombre premier 151 = Pierre). Chaque fois, Adrienne connaissait les nombres et les combinaisons de nombres, avec lesquels des biographies entières de saints pouvaient être présentées, avant qu’elle eût la moindre idée de la personne qui pouvait être désignée par ce nombre ; parfois c’était moi qui devais le « deviner », ou bien le nom survenait plusieurs mois plus tard, tout à fait accessoirement, pendant une dictée ».

Le P. Balthasar donne alors comme exemple la série suivante qu’Adrienne lui dicta un jour très rapidement :

97 + (3 x 17) + 5

97 + (2 x 19) + 17 + 1

97 + (4 x 13) + 4

97 + (2 x 19) + 11 + 7

97 + (5 x 11) + 1

97 + (4 x 11) + 12

97 + (4 x 11) + 7 + 5

97 + 31 + 12 + 5 + 7 + 1

97 + 53 + 3

Le P. Balthasar commente : « On remarquera d’abord que chaque ligne donne 153, c’est-à-dire que le saint considéré (désigné par 97) parfait sa sainteté en sainteté ecclésiale grâce à certains principes (ou patronages) de sainteté. Le nombre 11 est Ignace (1-1 : Deus semper maior, et aussi le Dieu nu devant l’homme nu) ; 13 est Paul (1-3, le Dieu de l’Ancien Testament, s’ouvrant comme Trinité) ; 17 est François d’Assise (Dieu répandu dans les charismes de l’Esprit) ; 19 est le curé d’Ars (la confession, 9, est toujours aussi le nombre du mystère de Dieu) ; 23 est Irénée (le théologien fondamental : 2 = l’Homme-Dieu compris en fonction de 3 = la Trinité) ; 29 est Canisius (l’obéissance, le Christ qui s’abandonne dans le mystère de Dieu ; 31 est Monique (celle qui représente l’Ecclesia orans ; 131 sera Augustin) ; 2 est l’Homme-Dieu, 3 la Trinité, 4 la croix, 5 Marie, 7 l’Esprit. Maintenant on peut montrer comment 97, en 9 différentes phases de son existence, se détermine par les composantes de sa spiritualité.

Naturellement, le choix des saints, dans Le filet du pêcheur, est, d’un point de vue humain, arbitraire ; aussi représentent-ils dans une large mesure le nombre immense des autres. Et, bien entendu, ce choix fut aussi consciemment opéré en fonction de la spiritualité que nous devions faire valoir dans nos fondations, il contient des saints que nous connaissons, que nous aimons et qui nous sont proches. De plus, il fut toujours souligné que la « mathématique » déployée ici n’est qu’un infime aperçu, détaché de la mathématique infinie de la Jérusalem céleste.

Mais la véritable doctrine de ce livre étonnant (qui ne peut pas être présenté ici, même sommairement) est celle-ci : il existe une concordance exacte entre le ciel et la terre. La correspondance entre le Christ et la volonté du Père est parfaite, mais aussi la correspondance entre le oui de Marie-Eglise et l’exigence du Verbe, et il est possible de se laisser parfaire, achever, dans l’Église (153) et dans la communion des saints. De plus, la Parole que Dieu adresse à l’homme est précise, et non pas vague et approximative. Enfin, les grandes missions des saints sont indivisibles (en tant que nombres premiers). Elles proviennent de l’unité et de l’unicité de Dieu. Instructifs ont été les exemples d’apparentes grandes missions qui, à première vue, ressemblaient à des nombres premiers, mais qui ensuite se révélèrent divisibles, c’est-à-dire humainement inventées et artificiellement composées ; il leur manque une transparence suprême et aussi la fécondité.

Que le système de la Jérusalem céleste corresponde à une mathématique infinie, ici-bas insaisissable, c’est ce que montrent aussi les sections du « commentaire de l’Apocalypse », qui s’occupent des nombres. Mais la grandiose finale de ce commentaire avec l’explication de la cité céleste montre de nouveau ce qui est décisif : que tous ces nombres ne sont que des formes de l’amour infini, de même que tout ce qui est figure dans l’Église terrestre n’est, pour nous pécheurs, que l’ensemble des formes inventées et cristallisées de l’amour de Dieu ».

2. En 1984, dans L’Institut Saint-Jean (paru en traduction française en 1986), p. 54, le P. Balthasar présente à nouveau Le filet du pécheur : « Il est un ouvrage tout à fait singulier d’Adrienne, Le filet du pêcheur, où cette sainteté englobante est symbolisée par le nombre de 153 poissons dans le filet indéchirable de Pierre ; tous les nombres premiers indivisibles contenus dans cette plénitude représentent chacun une des missions fondamentales, mais de telle sorte qu’avec les autres nombres premiers qui influent sur lui par leur tâche particulière, chacun atteint toujours au nombre total de l’Église. Il n’y a pas lieu de présenter ici toute la subtile mathématique de cet ouvrage étonnant qui est du reste typique d’Adrienne dans la mesure où pour elle l’obéissance de la terre aux desseins du ciel peut être et doit être absolument exacte et adéquate. Plus un saint correspond adéquatement à sa mission, plus il prie et chemine dans la désappropriation de soi, sans réflexion sur soi, de façon transparente, plus il est parfait ; et plus Dieu est en mesure de réaliser à travers lui sa volonté ‘sur la terre comme au ciel’. Sans doute a-t-on tenu compte de nous deux dans cette œuvre, en ce sens que seuls nous furent montrés les saints que nous connaissions et dont le comportement pouvait nous apprendre quelque chose. Que la mathématique céleste dépasse infiniment notre compréhension, c’était clair également ; les derniers calculs de nombres, avec leurs relations, leurs écarts, etc., ne furent plus montrés qu’aux confins sans être expliqués.

Différents aspects de la mystique des nombres (sont évoqués) dans le Journal. Cette mystique des nombres commença en même temps que les visions et les dictées de l’Apocalypse qui sont également la propriété exclusive d’Adrienne… Il ne servirait donc à rien d’étudier un saint particulier et de le présenter dans sa singularité, de montrer combien il est digne d’imitation si on ne le présentait pas simultanément comme une porte particulière qui mène à la totalité du Seigneur… Tous les saints doivent laisser transparaître le Seigneur ; c’est lui qu’on doit voir, éclairé par les saints, mais en même temps ceux-ci doivent avoir, bien sûr, leur lumière, leur figure, leur relief, pour que tout ne se dissolve pas dans la figure du Seigneur… C’est pourquoi il s’agit toujours à la fois d’universalisation et d’individualisation ».

3. En plus de ces deux brèves présentations du Filet du pêcheur par le P. Balthasar, il faut maintenant parcourir l’introduction qu’il a donnée à l’édition de ce livre (p. 7-12). « Le présent volume ne peut pas et ne doit pas être compris comme une œuvre isolée, mais comme un complément aux autres œuvres d’Adrienne von Speyr et sur elle, un complément en particulier aux commentaires de l’Evangile de Jean et de l’Apocalypse, aux tableaux des prières des saints et à mon Journal des années 1940 à 1950. Le livre éclairera de lui-même le rapport avec les écrits johanniques; la parenté avec les prières des saints n’a pas besoin d’explication, mais l’histoire de sa genèse, décrite dans le Journal, est indispensable pour le comprendre et il faut la rappeler ici au moins partiellement ».

« Le contenu de ce livre fut dicté petit à petit entre juin 1945 et 1948, avec quelques compléments ultérieurs, et cela en grande partie d’une manière tout à fait abrupte dans ce qui a été appelé les états d’enfer, qui sont caractéristiques de la forme de la mystique d’Adrienne von Speyr : avant tout suivre le Christ le samedi saint – ce qui est l’un des centres de sa mission de souffrance et d’explication – puis aussi transport dans un état apocalyptique dans lequel des choses sont transmises avec une objectivité instrumentale absolue ».

« Au cours des années précédentes, depuis sa conversion le 1er novembre 1940, Adrienne avait déjà eu un grand nombre de visions dans lesquelles elle avait rencontré des saints de tous les siècles de l’histoire de l’Eglise, et qu’elle voyait surtout dans leurs missions, dans leurs tâches divines, que les saints réalisèrent ici-bas avec plus ou moins de pureté; et sur ce point justement certaines différences furent mises au jour entre la pure mission et son accomplissement. Et ceci est relié à son tour à la mission propre d’Adrienne d’incarner l’obéissance absolue, la parfaite transparence dans l’amour johannique et ignatien, donc aussi le principe de confession comme attitude de vie permanente, et de lui donner, pour autant que cela dépendait d’elle, une valeur et une portée universelles pour l’histoire de l’Eglise ».

« La dictée du commentaire de l’évangile de saint Jean était commencée et demandée depuis longtemps quand, au cours d’une retraite à Estavayer qui commença le 5 août 1945, les visions de l’Apocalypse fondirent sur elle avec tonnerre et éclairs, la bouleversant au plus haut point; et à côté de l’interprétation de ces visions, presque comme un sous-produit, s’ajouta l’interprétation du nombre 153 et des nombres premiers contenus dans ce nombre sur la sainteté de l’Eglise et les saints qui sont inclus dans ce nombre ».

« Cependant ce thème était déjà apparu pour la première fois le 1er juillet 1945 dans une grande vision de l’enfer où il s’agissait avant tout du sens de la descente du Christ en enfer pour le salut, du rapport entre la croix et l’enfer, mais aussi des différentes significations de l’enfer chez un certain nombre de saints, entre autres chez des docteurs de l’Eglise. Dans l’extase, à un certain moment, tombèrent les mots : La croix est soit 2 soit 4, jamais 3. Et un peu plus tard : Je connais encore les nombres : 85, 39, 15, 5… et 9. Après être revenue à elle, elle dit à ce sujet : Ce sont les nombres de la souffrance. Eux aussi, comme les nombres positifs, font un total de 153, le nombre des poissons; mais ils sont constitués de parties qui n’expriment tous que le vide. C’était l’après-midi. Le soir, Adrienne fut de nouveau dans un état d’enfer où elle parla tout d’abord du sang du Christ et de l’ancienne Alliance, puis elle s’assit et commença à répéter avec une grande sûreté et plusieurs fois de suite les séries suivantes de nombres qui lui étaient manifestement soufflées : 3, 7, 11, 13, 17, 19, 23, 29, 31. Elle ajouta : Ce n’est qu’ainsi qu’on peut comprendre la pêche. En revenant à elle, elle dit : Celui qui me montrait les nombres me montra aussi que la somme en fait 153. Quand elle répéta les nombres, elle n’en avait aucune idée. 3 est le nombre de la Trinité et 7 le nombre des dons de l’Esprit. Les deux ensemble font 10. Les nombres de 1 à 10 sont réservés à Dieu. Les nombres suivants jusqu’à 31 seront les nombres premiers. Le nombre premier 1 est souligné, ce serait le nombre de Dieu, mais ce nombre est inexprimable et n’entre dans aucune catégorie de nombres. Manque aussi le nombre premier 5 parce que ce n’est pas un nombre divin. A la fin de la série seulement se trouve le nombre 31 dans lequel la Trinité s’unit à l’unité de la divinité ».

« A Estavayer, dans une conversation qui portait sur des sujets tout autres, elle dit tout à coup : Vous savez quand même que saint François est 17? Je ne comprenais pas ce qu’elle voulait dire. Elle dit : A cause des nombres premiers. J’ai oublié de vous dire qu’ils sont sept. 3 et 7 sont les nombres de Dieu, les autres sont occupés par des saints. Elle savait encore que 11 était Ignace et 31 Monique. Ce qu’elle avait dit des nombres de Dieu, surtout de 1 et de 5, fut complété plus tard et alors légèrement modifié ».

« Entre-temps, les dictées sur l’Apocalypse continuèrent; les nombres qui s’y trouvent furent expliqués en leur lieu, mais sans relation avec le système des nombres premiers, qui ne fut brièvement mentionné qu’occasionnellement mais ne fut pas développé. Adrienne parla en partie des nombres (par exemple 19), qu’elle comprenait en quelque sorte comme des principes sans pouvoir les attribuer à une personne ».

« Dans une extase, elle dit : Savez-vous qui est 23 ? Je répondis négativement. ‘Je ne le sais pas non plus, mais c’est une plaie’, car elle avait besoin de son principe pour expliquer une relation en enfer : le principe qu’on n’a pas le droit de se tailler des marches de l’enfer au ciel, mais qu’on doit planer au-dessus de l’abîme au péril de sa vie, sans assurance. Puis elle dit : Qui est 23? Quel est le premier Père de l’Eglise que vous avez étudié? Je réfléchis un instant et dit : Irénée. Elle continue aussitôt : Donc Irénée dirige ses attaques contre les gnostiques, contre les degrés pour aller à Dieu. Pouvez-vous me dire le caractère d’Irénée? Je ne sais que répondre. Elle dit : La crainte respectueuse devant le mystère, n’est-ce pas? »

« Il fallut un certain temps avant que soit trouvé le vrai nom pour tous les nombres de 11 à 31. Déjà alors – comme plus tard, d’une manière plus éclatante encore, pour les vies tirées des nombres – beaucoup de choses furent démontrées dans ces nombres avant même qu’on sût qui était le nombre en question ou ce qu’il signifiait ».

« A la fin d’octobre, il fut clair que tout nombre premier était inclus dans 153 : Tout ce qui est dans l’Eglise doit être contenu dans ce nombre. 17 sans 11 : l’amour pur sans la sagesse aimante n’arriverait à rien. C’est ainsi que tous les nombres doivent toujours être présents. Par exemple on ne pourrait pas fonder un Ordre où il n’y aurait pas 153, où manquerait un nombre ». Peu de temps après, la série des nombres s’étendit jusqu’à 53. Mais ce ne fut que dans les semaines qui suivirent qu’on put mettre définitivement un nom sur les sept premiers. Elle les appelle les sans-préalables, qui construisent sur rien, mais qui vivifient à nouveau le tout pour ainsi dire comme à partir de la tradition primitive remontant au Seigneur. Les nombres ultérieurs construiront sur un trésor déjà présent ou sur un inspirateur. Mais au début, pour les chiffres de 37 à 53, elle ne put donner que peu de noms. Elle voit le rapport entre 31 et 13, elle voit une lutte entre 11 et 13; dans 153, elle voit 9 x 17, et l’étrange calcul suivant : 1000 – 847 (= 7 x 11 x 11) = 153 : comme exemple de la manière dont on doit remonter lors d’une fondation, dans l’Esprit (7) d’Ignace (11), arriver à un point de départ correct qui est le total de 153 qui doit toujours se trouver au début d’une fondation ».

« Quand commença la dictée sur Isaïe, il fur précisé au chapitre 7,9 : Au fond l’usage des nombres par Dieu signifie une certaine accommodation à notre intelligence. Il recourt à un système de mesure que nous comprenons pour exprimer de plus hautes mesures. De sa propre grandeur absolue, il nous donne des grandeurs mesurables, comme consolation, mais aussi comme signe que ses nombres ne sont pas nos nombres, que toute précision humaine renvoie à quelque chose au-delà d’elle-même, à une précision plus grande, d’une espèce différente et divine ».

« En ce sens, Le filet du pécheur reste aussi une approximation. Dans la manière dont il fut communiqué, tout était destiné à montrer que ce n’était pas une invention humaine : des biographies entières furent présentées en chiffres bien avant que ne fût livré le nom correspondant. Mais si l’exactitude des nombres devait être une preuve de l’exactitude en vigueur chez Dieu – beaucoup d’autres preuves encore en furent données dans la vie d’Adrienne -, il fut en même temps souligné que le système apparemment ainsi fermé n’était qu’un tout petit échantillon des calculs de la sagesse divine et de l’immensité de la merveille qu’est la communion des saints. Si au début les nombres furent donnés lentement et de manière tout à fait intermittente – avec des interruptions de plusieurs mois -, les derniers nombres présentés – les nombres descendants, les correspondances entre les deux séries de nombres, le système des vertus, le système des écarts – arrivèrent à une vitesse stupéfiante, si bien qu’à la fin Adrienne elle-même ne pouvait plus les répéter et les noter que partiellement; et comme aussitôt après, d’autres thèmes redevenaient prioritaires, le tout resta finalement comme une tour gothique inachevée, un fragment. Le mathématicien pourrait certainement découvrir encore toutes sortes de relations éclairantes, et justement le système des vertus est, dans sa richesse, une invitation à réfléchir et à déceler des rapports significatifs. Mais tout se perd quelque part dans la ‘ténèbre supra-lumineuse’ de Dieu ».

« Pour tout observateur, il sera clair que c’est 11 qui inspire le tout, et également que, pour 11, il ne s’agissait pas d’un jeu; il s’agissait de la mission de vivifier son esprit, qui n’apparaît plus ici comme un esprit particulier et séparé, mais comme un esprit qui est introduit et élevé dans la communion des saints. Le choix de ceux qui sont désignés par des nombres est sans aucun doute conduit par un dessein souverain. Un dessein qui peut établir si librement des connexions parce qu’il porte en lui la conscience de s’imposer de lui-même malgré la résistance de l’histoire ».

« En ce qui concerne la forme du livre édité, il a semblé opportun de laisser tomber le développement chronologiquement tumultueux et d’adopter autant que possible une suite systématique et ordonnée. Les sections qui figurent maintenant en tête sont en partie les dernières dictées. Les explications sur les différents nombres premiers – dictées avec une rapidité vertigineuse – ont été mises en ordre et les descriptions des saints qui ne sont venues que plus tard ont été placées avant les biographies des nombres. Adrienne a dit un jour : Les noms se rapportant aux biographies des nombres, je ne les ai toujours appris en général que lorsque tout était fini. Comment les aurais-je déterminés moi-même ? Elle voulait dire : Comment mon subconscient aurait-il été en jeu ? »

« Quelques chiffres restent sans nom, soit que l’éditeur ait jugé bon de ne pas exposer les vivants sans nécessité, soit que les noms des chiffres opposés n’aient pas été donnés. Que 143 (François de Sales) ne soit pas un nombre premier ne fut découvert que lors de la préparation de l’impression, mais cela s’accorde avec ce qu’Adrienne dit par ailleurs de ce saint. Le texte s’y rapportant comme aussi la comparaison avec le 143 de la série descendante (Eusèbe de Verceil) ont été laissés tels quels. Ce qui est frappant, c’est qu’un saint soit représenté par deux chiffres : ceci certainement pour montrer que l’ordre présenté échappe par un sourire à la volonté de l’homme d’avoir une vue d’ensemble, mais que cette mesure importait surtout à 11″.

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Table des matières du Filet du pécheur

Introduction 7

I. Généralités. Les nombres divins……………………………….. 15

II. Les sept premiers…………………………………………………..  41

III. Les autres nombres jusqu’à 153……………………………..   59

IV. La série descendante et les compléments polaires …… 121

V. Le système des vertus…………………………………………….  191

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Quelques pages du Filet du pêcheur

1. Communion des saints - Aucun saint dont le nombre appartient au total de 153 ne peut jamais s’isoler sur son seul nombre détaché des autres. De même qu’il appartient à l’ensemble, il fait partie de l’accomplissement de sa mission que, par sa vie, son don de lui-même, sa foi, son sacrifice, il fasse mieux comprendre aux autres croyants quelque chose de l’essence du Dieu unique (1), de la médiation de la Mère (5), de la Trinité divine (3). Aucun par exemple ne peut vouloir servir uniquement la Mère sans se souvenir en même temps de la médiation procurée par la Mère entre 1 et 3. Aucun ne peut vouloir penser de manière exclusivement trinitaire sans penser au rôle de Marie, aucun même ne peut se limiter au Dieu unique sans vouloir inclure le Fils et l’Esprit. Autant chaque nombre doit rester entier et indivisible, autant aussi chacun doit passer sous forme de rayon à travers l’ensemble des nombres et se laisser compléter d’une manière infiniment variée et pourtant toujours précise pour arriver à cette totalité (p. 24).

2. La pêche miraculeuse – A la fin de l’évangile de Jean est racontée la pêche miraculeuse. Pierre va pêcher, mais auparavant déjà il avait reçu du Seigneur la promesse qu’il serait pêcheur d’hommes. En général, quand on pêche, il se fait que tantôt on prenne beaucoup de poissons, tantôt peu, tantôt aucun. Quand il retire ses filets, le pêcheur n’a pas pour premier souci de compter les poissons mais de savoir de manière toute générale s’il y en a beaucoup : il les pèse. Ici, au lac de Tibériade, il en va autrement. D’abord le nombre de poissons qui a été pris suite à l’ordre du Seigneur est très grand comparé au rien en fait de nombre; malgré leurs efforts, les apôtres n’avaient rien pris de la nuit. Ensuite, une fois le filet retiré, les poissons sont aussitôt comptés par Pierre. C’est la pêche du Seigneur qui n’appelle pas des masses, c’est une pêche dans laquelle Pierre, le pêcheur d’hommes, est déjà impliqué, et il a le droit et la mission de se soucier du contenu du filet : il est conscient que le Seigneur appelle toujours chacun en particulier pour leur donner part à l’unité et que lui, Pierre, en tant qu’associé et coresponsable, doit compter les poissons. Il y en a 153 (p. 26).

3. Les nombres de 1 à 10 appartiennent au Seigneur – Le Fils a reçu le 1 du Père parce qu’il est de même nature que le Père. Il est 2 parce qu’il est la deuxième personne et c’est en tant que telle qu’il est devenu homme. Il est le 3 parce qu’il est le Dieu Trinité et qu’ici-bas il incarne toujours aussi pour nous le Père et l’Esprit Saint. Il est le 4 parce qu’il a la croix. Il est le 5 parce qu’il a Marie en lui avant qu’elle l’ait. C’est en partant d’elle qu’il a réalisé sa rédemption. Il est le 6, parce qu’il est la deuxième personne dans le Dieu Trinité et, plus précisément, dans la multiplication de sa démesure. Les nombres 2 et 3, il nous semble qu’on puisse en quelque sorte en avoir une vue d’ensemble et les comprendre, mais la multiplication (2 x 3) nous retire cette fausse intelligibilité.(Au 6 se rattache la tentation qui peut conduire au mal. C’est s’arroger la démesure de Dieu, c’est tout savoir mieux que Dieu, c’est le reflet illusoire de l’infini de Dieu). Il est 7 parce qu’il a les dons de l’Esprit Saint qui reposent sur lui et il distribue ces dons aux hommes. Il est 8 parce qu’il est en même temps Dieu et homme : 3 et 5. C’est ainsi qu’il peut encore attribuer le 8 à sa Mère de manière particulière parce qu’elle est l’être humain vers lequel le Dieu Trinité s’est penché de manière unique. Il est 9 parce qu’il a le nombre trois fois saint de la Trinité et qu’il le révèle en devenant homme, mais il le fait connaître comme le mystère permanent de Dieu. C’est ainsi que 9 est de manière particulière le nombre du mystère. Il est 10, qui est le nombre de la perfection divine, parce qu’il l’intègre par tout ce qu’il est et opère (p. 28-29).

4. Les sept premiers nombres premiers11 Ignace de Loyola : Il doit réaliser deux fois le 1. Il doit s’approcher le plus possible du Fils, mais chercher, dans cette proximité, l’œuvre du Père, la création : le 1 comme Dieu l’a mis en Adam, comme Dieu le Père l’a mis dans le Fils incarné. – 13 Paul : Le 1 divin qui va vers le 3 divin. – 17 François d’Assise : Le 1 de Dieu, d’Adam et du Christ en face du nombre de l’Esprit Saint. L’Esprit est l’amour entre le Père et le Fils. Mais le 7 se trouve ici confronté au 1 de Dieu et de l’homme et de l’Homme-Dieu. L’Esprit est l’amour entre Dieu et l’homme dans le Christ. – 19 Vianney : Le 1 de Dieu et de l’homme, et de plus le nombre du mystère de Dieu : 9. Le mystère est enveloppé dans quelque chose qui n’a pas de nom, mais qui empêche le mystère de se développer parce que l’enveloppe est trop solide. Cela empêche qu’il se perde et pourrait être laissé de côté, mais cela permet de rendre le mystère utilisable comme un tout. Dans le 1, Vianney voit l’homme individuel et Dieu qui est devenu homme ; et il comprend le 9 comme le mystère par lequel il peut rétablir la relation entre l’homme et l’Homme-Dieu. Pour lui, c’est la confession. – 23 Irénée : Le 2 en tant que Christ, Celui qui est devenu homme, qui a pris l’homme en lui et se tient à la place de l’homme devant le Père, lui présente l’homme accompli en se présentant lui-même. Et le 3 comme mystère de la Trinité, non surtout telle qu’elle est dans le ciel avant le monde, mais telle qu’elle agit dans le monde par Celui qui est devenu homme. Il doit toujours chercher le Dieu unique qui est trois à partir du Dieu unique qui est deux. – 29 Canisius : Le 2 du Christ et le 9 du mystère. Un mystère de Dieu comme pour 19, mais cette fois-ci devant le Fils devenu homme. On peut certes trouver chaque vérité chrétienne accomplie dans le Fils ; ainsi par exemple la confession dans sa vie totalement transparente devant le Père, quand il s’explique lui-même devant ses apôtres et ses disciples. Mais le mystère fondamental du Christ est quand même l’obéissance. Pour Canisius aussi, dans un choix qui est basé sur une réflexion, il choisit l’obéissance que Dieu lui présente comme un mystère. – 31 Monique : Le 3 de la Trinité est en tête, l’homme suit. Dans la confrontation, c’est Dieu qui prédomine. Dieu prend la parole, Dieu montre, et Monique accueille (p. 39-50).

5. Une discussion sur la confession – 11 (Ignace) requiert du confesseur qu’il cherche à tout prix un point de départ. Peu importe d’une certaine manière où se trouve celui-ci pourvu que ce soit un point de départ juste à partir duquel on peut avancer. Du pénitent, il exige qu’il comprenne que par lui-même, tout seul, il n’est capable de rien. – 13 (Paul) voudrait qu’en chaque confession on montre la déviation qui a eu lieu depuis l’état d’absolution de la confession précédente. J’avais compris alors exactement ce qui devait être changé dans ma prière, dans mon amour du prochain, etc. Je n’ai pas agi sérieusement en conséquence. Je ne devrais donc pas non plus recevoir d’absolution avant que je sois totalement pénétré que cette contradiction est insupportable. Le confesseur devrait montrer clairement le chemin pour l’éviter. – 17 (François d’Assise) requiert que le pénitent découvre son manque d’amour. Et pas seulement de manière abstraite : « J’ai trop peu aimé Dieu » (ce que chacun peut et doit toujours dire), mais le manque évident d’amour du prochain qu’il aurait absolument fallu éviter. Le confesseur et le pénitent devraient insister ensemble sur ce point et chercher les voies d’une amélioration. – 23 (Irénée) : Quand le pénitent vient se confesser, il devrait se sentir comme rejeté de la communion de l’Église. Dans la confession, il devrait voir où il s’est opposé à l’Église en tant que communion des saints. 23 voit les choses très objectivement et très sobrement. « J’ai menti » : sur ce point, c’est absolument la même chose dans la nouvelle Alliance que dans la loi de Moïse : « Tu ne dois pas mentir ». Par le mensonge, j’ai nui à l’Église, je me suis éloigné de sa communion ; je comprends que cette communion ne peut exister que si nous vivons tous dans la vérité afin que tous ceux qui sont dehors reconnaissent par notre vie que la vérité est dans l’Église. Et c’est le confesseur qui accueille à nouveau dans l’Église. Pour cela, il doit montrer au pénitent qu’il s’est éloigné, mais aussi lui donner l’envie d’y entrer à nouveau et de s’en tenir désormais avec plus de fidélité aux principes de l’Église. La confession est une sorte de devoir officiel vis-à-vis de l’Église. – 29 (Canisius) : Le confesseur doit faire deux choses : remettre le pénitent au centre de la doctrine et éveiller en lui le sens apostolique. Non en lui imposant des tâches particulières, mais en lui montrant que celui qui vit de la doctrine doit la représenter à ceux qui ne la connaissent pas encore. Du pénitent il requiert qu’il comprenne qu’il n’a pas été un exemple. Par contre, la confession du péché en détail est pour lui moins importante ; il va rapidement au-delà. Ce qui est important pour lui est que le pécheur a trahi la foi, du moins qu’il lui a nui. – 31 (Monique) suggère tout autre chose que les autres. Le confesseur doit absolument insister sur ce qui est le plus pénible, sur ce qui humilie le plus. Y insister presque avec une certaine impudence. Ce n’est qu’après une confession de ce genre qu’une bonne prière serait à nouveau possible. Le confesseur aussi doit prier beaucoup. Et pendant la confession, il devrait écouter le péché d’une oreille, et Dieu de l’autre. – Arrive enfin 19 (Vianney) et il emballe la confession dans un grand drap : dans l’amour. Le pénitent doit se confesser de telle manière qu’il devienne capable d’aimer Dieu. Il doit se confesser dans l’espérance d’être à nouveau aimé par Dieu et d’avoir le droit de l’aimer à nouveau. Et le confesseur doit être si pénétré de cet amour pour Dieu qu’en passant à travers lui cet amour inonde le cœur du pénitent, de sorte que cet amour lui dévoile le cœur du pécheur et qu’il soit ainsi en mesure de faire entrer le pénitent dans le même amour. – Ce sont les 7 qui participent particulièrement à la grâce de l’Esprit Saint dans la confession si bien qu’à certains égards le nombre 7 peut désormais représenter aussi la grâce de la confession (p. 54-56).

6. Les autres nombres premiers jusqu’à 15337 Dominique. Le 3 de la Trinité au premier plan, l’Esprit ensuite. – 41 Thérèse d’Avila. Le 4 de la croix et du sacrifice, le 1 de Dieu et en même temps de l’homme. – 43 Thomas d’Aquin. Le 4 de la croix avant la Trinité. – 47 Basile. La croix et l’Esprit Saint. – 53 Jean. Marie et la Trinité. – 59 Bernadette. Marie et le mystère. 61 Benoît. Se rappeler qu’au nombre 6 se rattache la tentation ; 61 c’est la confrontation du diable et de l’homme, mais aussi du diable et de Dieu. Benoît voit le combat de Dieu contre le démon. – 67 Thérèse de Lisieux. Thérèse est tellement convaincue de sa mission et accaparée par elle, elle est tellement occupée par ce qu’elle a à faire et à expliquer que la confrontation du mauvais esprit et du Saint-Esprit est depuis toujours le lieu d’où elle parle. – 71 Le nom n’est pas donné, c’est sans doute que la personne concernée est encore vivante. 71 vit dans le contraste entre l’Esprit et le Christ, le un qui signifie en même temps Celui qui est devenu homme et l’homme en général. – 73 Denys. Esprit et Trinité, dans un face-à-face qui est toujours comme fonctionnel. – 79 Benoît Labre. Esprit de Dieu et mystère de Dieu. – 83 Jean de la croix. Tous ceux qui commencent par un 8 ont comme fondement ce qui est marial. Dans le sens du mystère le plus profond de la Providence et du sens de la présence de Dieu, de l’accompagnement de l’homme par Dieu, de l’union entre Dieu Trinité et l’homme. 83 a de plus le 3 de la Trinité ; cela veut dire que, par le mystère le plus profond de l’habitation de Dieu en l’homme, il doit revenir à Dieu, il doit constamment signaler le caractère mystérieux non seulement de la relation de Dieu à l’homme, mais aussi du croyant à Dieu. – 89 Pierre Claver. Le 8 marial et le 9 du mystère. Le mystère concerne le fait que Dieu Trinité se penche vers l’homme, vers tous les hommes. – 97 Le nom n’est pas donné parce que la personne est encore vivante. C’est le mystère – le mystère divin – qui est partout perceptible dans la mission de 97. Et ce mystère se trouve avant l’Esprit, c’est donc un mystère de l’Esprit. – 101 Jean d’Avila probablement. Le 1 de l’incarnation et le 1 de l’homme, l’un en face de l’autre. Mais le 1 de l’incarnation est en même temps le 10 divin qui contient la mission donnée au Fils de devenir homme et de ramener les pécheurs au Père. De sorte qu’il faut mettre une relation entre ce 10 et l’homme, une relation qui est durable. – 103 Bonaventure. Il a le 10 en tant que chiffre divin et l’Esprit trinitaire. Mais dans le 10 il y a aussi le 1 de Celui qui est devenu homme et le 1 de l’homme. Sa mission est de rapprocher l’homme de Dieu par le Dieu-Homme. – 107 Sophie Barat. Toutes les missions avec 10 ont en même temps le 10 divin et les deux 1. Sophie Barat a de plus le 7 : elle doit si bien faire comprendre l’Esprit Saint aux hommes qu’ils deviennent aptes à suivre le Christ. – 109 Le nombre n’a pas reçu de nom, pas plus dans la série montante que dans la série descendante. – 113 Le nombre n’a pas reçu de nom parce que la personne est encore vivante. Le 1 de Dieu incarné, le 1 de l’homme, le 11 de saint Ignace ; ce 11 avec son face-à-face intérieur des deux 1, le 3 de la Trinité. Si bien que le sens principal de cette mission est de révéler les relations de la Trinité au Fils devenu homme aussi bien que les relations de la Trinité à l’homme, de garder à ces relations leur caractère ignatien, de le remettre en lumière là où il est obscurci et d’ouvrir, à partir de ce caractère ignatien, de nouvelles voies. – 127 François-Xavier. Le nombre des apôtres et celui de l’Esprit Saint. Et dans le 12, le 1 comme nombre du Christ et nombre de l’homme, et le 2 comme nombre du Fils incarné dans la Trinité. – 131 Augustin. Un mélange de 13 et de 31. Le 3 du milieu est la médiation par Dieu Trinité qui fait sortir le 13 du 31. – 137 Marie de l’Incarnation. Le 13 en face du 7, mais aussi 1 et 3 en face du 7. Et en fait on peut distinguer deux périodes : la première serait 1 et 3 ; le 1 de l’Incarnation et aussi de l’existence humaine en face de Dieu Trinité, et cela doit se réaliser dans l’Esprit. La deuxième qui est engendrée par la prière, étant donné que du 1 et du 3 naît le 13 de l’apostolat, et elle doit façonner cet apostolat avec l’Esprit. – 139 Louis de Gonzague. 13 et 9 : Louis de Gonzague a le 13 comme élément paulinien, mais cet élément aussi comme 3 et 1. Dans le 9, il a un mystère intact qu’il doit porter de manière paulinienne, mais aussi dans le sens d’un homme qui est donné à Dieu Trinité. – 149 Charles de Foucauld. 1 de l’incarnation et de l’homme, 4 de la croix, 9 du mystère. – 151 Catherine de Sienne. Le 1 de Celui qui s’est fait homme et de l’homme, le 5 de la Mère de Dieu et à nouveau le 1 de Celui qui s’est fait homme et de l’homme (p. 57-113).

7. La série descendante (généralités) – Dans la série descendante, le saint est renvoyé à ce qui existe, à ce qui est transmis, ou bien il est comme encadré par les voies d’autres saints, et il a sa mission personnelle qui lui est donnée en plus, comme un plus à trouver dans la tradition. Il doit aussi compter avec les relations existantes, il a en général un caractère moins direct, il est moins exposé, moins inopportun que les nombres ascendants. Il doit souvent amener à une nouvelle perfection quelque chose qui existe déjà ou réaliser un progrès avec ce qui est disponible. Pour les nombres ascendants, l’exigence de Dieu est plus rude. Les deux saints qui ont le même nombre ont l’un vis-à-vis de l’autre une relation de complémentarité polaire qui est créée par Dieu de manière purement surnaturelle, ils sont le reflet l’un de l’autre. Chacun voit en ce que possède l’autre quelque chose qu’il aimerait bien avoir ou être. Et cela non en raison de sa volonté libre, liée à sa personne, mais en raison de la mission qu’il a reçue… La petite Thérèse (67) par exemple n’aspire pas à être égale à la grande ; mais c’est peut-être justement le genre d’humilité et de modestie qui s’exprime en Newman (67) qui est pour elle extrêmement importante ; Newman avait pour ainsi dire sous les yeux, peut-être à l’époque de sa conversion, l’idéal de la « petite voie » thérésienne (p. 121-122).

8. La série descendante (détail : quelques points seulement)151 Pierre. Il a deux fois 1, chaque fois en tant qu’incarnation et en tant qu’homme et, au milieu, la Mère de Dieu en tant qu’épouse du Seigneur, la Mère au milieu de son Epoux, entourée de son Epoux, mais entourée aussi des hommes en tant que pécheurs. – 149 Ignace d’Antioche. Au centre, la croix. Mais pas une croix qu’on peut contempler, c’est une croix qui doit être subie. Et cela en face de 1 et de 9. C’est-à-dire que ce qui est en vue, c’est plus le caractère mystérieux de la croix que la croix elle-même, et ce caractère mystérieux est souligné par Celui qui est devenu homme, qui veut sauver les pécheurs. – 139 Ambroise. Le Christ et l’homme, la Trinité, le mystère. Et également ce qui est paulinien (13) et le mystère. Au début, sa mission semble constituée de 1, de 3 et de 13, comme si le mystère n’existait pas encore. – 137 Bernard. L’incarnation et l’homme en face de la Trinité, mais celle-ci entourée par l’incarnation et par l’Esprit. Le centre est Dieu Trinité qui envoie le Fils dans l’incarnation salvatrice et qui envoie l’Esprit pour que les croyants reçoivent une direction et connaissent leur chemin. – 131 Élisabeth de Thuringe. Deux fois l’incarnation, deux fois l’homme, et la Trinité au centre, comme la lumière que Dieu répand et la nourriture qui remplit toute l’âme, tout l’être, d’étonnement et de gratitude. – 127 Jeanne de Chantal. L’homme et Celui qui est devenu homme, la double nature du Christ, l’Esprit. Mais aussi les douze apôtres. – 107 Élisabeth de la Trinité. (Note du P. Balthasar : En travaillant à ce livre, il me fut dit tout d’un coup qu’il manquait encore pour 107 une contemplative : je devais donner rapidement un nom. Comme je travaillais justement sur Élisabeth de la Trinité, c’est ce nom qui se présenta le premier à mon esprit. Par la suite, j’ai regretté de ne pas avoir donné le nom d’une « plus grande », Mechtilde de Magdebourg par exemple ou Brigitte). 10 et 7. Si elle a consacré et offert sa vie à Dieu par amour du 10 divin, pour le servir en se donnant à lui dans la voie carmélitaine, elle est continuellement attirée par le 7, travaillée par l’Esprit pour qu’elle le perçoive et envisage sa fonction en Dieu Trinité et la détermine. – 103 Madeleine. Elle a le 1 de l’homme pécheur comme de Celui qui est devenu homme. Et puis tout de suite dans le 1 l’unité du 10 divin. Et celui-ci en face du 3 : ce n’est que par le 10 que le 1 se tient devant Dieu Trinité. – 101 Zacharie. Il a le 10 divin et le 1 de l’homme et de l’Incarnation. – 89 Hildegarde. 8 comme Marie dans la Trinité, 9 comme le mystère divin qui se présente à elle comme un tout, qui est pour elle comme un mystère, dans la vision en même temps que dans la connaissance. – 83 Jean Eudes en tant que fondateur. Le mystère trinitaire de la Mère (8 = 5 + 3) comme mystère d’abandon. En être rejeté parce qu’arrive l’inattendu, pour être ensuite placé de nouveau devant Dieu Trinité. C’est ainsi que le trinitaire apparaît deux fois : dans le 8 et dans le 3. Dans le 8, comme uni à Marie, dans le 3 mis à part. – 79 Charles Borromée. L’Esprit est placé en tête parce que Charles connaît l’Esprit Saint avant de connaître le mystère et parce qu’il doit se tenir à la disposition de l’Esprit pour apprendre le mystère. L’apprendre non comme ce qu’on ne peut pas apprendre, comme l’incompréhensible, mais comme ce en quoi on vit et qui alors se révèle aussi autant qu’il lui plaît et garde en réserve ce qu’il veut. – 73 Daniel. L’Esprit et Dieu Trinité. Le 7 en tant qu’exigence permanente à laquelle il doit se conformer et à laquelle aussi il consent parfaitement dans une obéissance parfaite. Il n’offre jamais de résistance à l’Esprit ; ce qui vit en lui de l’Esprit, il le tient continuellement à la disposition de l’Esprit Saint. – 71 Lacordaire. Le 7 de l’Esprit et le 1 aussi bien de l’homme que de Celui est devenu homme. L’Esprit est en tête. L’Esprit qui éveille, révèle, exige et accompagne. Lacordaire, en tant qu’homme, doit suivre cet Esprit, mais en tant qu’homme qui s’en tient à Celui qui est devenu homme. Il doit prêter obéissance à l’Esprit de telle sorte que les hommes peuvent sentir quelque chose de l’Esprit. C’est pour lui une obéissance de chaque instant, étant donné que son être, aussi bien dans son travail spirituel que dans sa prédication et ses conférences, doit chaque fois être poussé par l’Esprit : non que l’Esprit l’inspirerait au cours de sa prédication mais, quand il se prépare, il faut qu’il cherche l’Esprit, en fasse l’expérience, et il lui est ensuite permis de communiquer aux hommes ce qu’il a vu et expérimenté. – 67 Newman. Il a le 6 des difficultés et des résistances, de la tentation par le diable, le 6 au fond de l’inquiétude, et le 7 de l’Esprit. De l’Esprit victorieux auquel on peut se donner non seulement pour vaincre avec lui le 6, mais pour servir l’Église. Si bien qu’un travail constant devient une grâce constante. Le 6 est chez lui très radical, il est le 6 des mille difficultés, des questions, jusqu’à la limite des critiques importunes et incessantes, de l’obscurité et de l’incertitude, qui sont ensuite vaincues par l’Esprit. Mais le destin de Newman apparaît très rayonnant pour la postérité : en tant que force de conversion, en tant qu’assurance tranquille que l’Esprit dirige et qu’il est présent, en tant que dévoilement des mystères de l’Église, de la grâce, de l’Esprit, de Dieu Trinité. – 61 Joseph de Copertino. Le 6 de la tentation démoniaque et le 1 dont ressort particulièrement Celui qui est devenu homme. Au début de sa vie de foi, Copertino en tant que chrétien a fait l’expérience de la tentation, il appris à connaître la force du tentateur et en même temps il a été si envahi par l’amour du Christ et sa pureté et sa perfection que cette force a été brisée. Il a appris à connaître ce qui est tentant, non seulement en lui-même mais aussi dans les autres, dans le monde dans son ensemble et aussi par les lumières qu’il recevait dans la prière. – 59 Athanase. Marie et le mystère. En tant qu’il a Marie : mystère du service, du don de soi, du oui. En tant qu’il est mystère divin, c’est ce qui l’occupe, ce sur quoi il aimerait concentrer ses forces, mais cela ne lui est pas permis, parce que sa vocation est déjà prévue, sa mission est déjà donnée, son apostolat est déjà mis en route, chaque fois avec la directive et l’accompagnement du mystère, dans un don de lui-même qui ne fait que s’intensifier, qui ne laisse pas le temps d’étudier le mystère en tant que tel. – 53 Origène. Le 5 de Marie et le 3 de la Trinité. – 47 Stanislas. Il a part à l’Esprit Saint dans la croix. A la relation du Seigneur suspendu à la croix et de l’Esprit que le Christ mourant envoie au Père, mais qui, parce qu’il est l’Esprit de Dieu, veille sur la croix pour le Père. – 43 Marie de Béthanie. Le 4 de la croix et le 3 de la Trinité. Elle accompagne le Seigneur dans sa Passion, et cet accompagnement ne commence pas seulement avec le début de la Passion et la prière au mont des oliviers, il commence quand débute l’amitié avec le Seigneur. Marie l’accompagne dans la prière, et cette prière peut consister à écouter ce que le Seigneur dit, mais elle peut aussi consister à se tenir simplement à sa disposition pour tout. – 41 David. L’ancienne Alliance ne connaît pas la croix. Mais comme précurseur de la croix, il connaît le combat contre le mal au nom du Dieu juste. C’est une collaboration aux côtés de Dieu pour aider celui qui est bon et juste à obtenir justice au nom du Créateur. En ce sens, avec le 4, David connaît par avance la croix et, avec le 1, l’homme qui s’est décidé pour Dieu. – 37 Jeanne d’Arc. Elle se trouve entre 3 et 7, écoutant ce que Dieu Trinité et ce que l’Esprit Saint ont à dire, parce qu’elle doit comprendre et qu’elle doit obéir, obéir en comprenant exactement. Elle ne se tient pas au milieu (entre 3 et 7) pour puiser de la sagesse, pour expliquer la parole de Dieu, mais pour obéir à partir de ce qu’elle a perçu, pour transformer en acte ce qu’elle a entendu. – 31 Gertrude. La Trinité et Celui qui est devenu homme – l’homme. Une vie de prière. Et dans la prière, une ligne qui se répète toujours et qui va de Dieu à l’homme par le Christ. – 29 Jean Eudes. Il a le 2 de la christologie et le 9 en tant que mystère de Celui qui est devenu homme. Le 2 l’engage personnellement très fort dans la foi, dans toute sa conduite ; il lui donne le cadre solide qui se fait toujours plus précis au cours du temps pour que son obéissance s’adapte toujours plus nettement à la volonté de Dieu Trinité. Le 9, il l’a d’abord en tant que mystère divin qui reste caché et qui se tient derrière chaque exigence de Dieu : du Père au Fils, du Père et du Fils à l’Esprit, du Fils à l’Église, du Fils à ceux qui sont appelés. – 23 Anselme. Le Christ et Dieu Trinité. Le centre de sa mission se trouve très profondément dans Anselme personnellement. Il est subjugué par le fait que Dieu Trinité condescend à envoyer son Fils et que le Fils qui a été envoyé reste continuellement devant Dieu Trinité et que, dans la fidélité et l’obéissance, il fait exactement, à tout instant même le plus court, ce que veut le Père. – 19 Abraham. L’homme devant le mystère de Dieu. Le mystère lui est confié comme un tout. Et au départ, il doit le porter sans savoir où il va. Il se connaît lui-même, il connaît son ascendance et ses origines, mais le fardeau voilé dont il est chargé reste pour lui inexpliqué. Il doit vivre en vénérant ce qui lui a été confié et avec la volonté de le laisser tout entier, il doit grandir près de la connaissance du mystère sans l’entamer, sans l’explorer, sans se creuser la tête. – 17 Antoine le grand. Le 1 de l’incarnation et de l’homme, Antoine fait aboutir les deux l’un dans l’autre, il veut vivre dans le Christ pour les hommes. Et il laisse disparaître totalement sa propre personne au service du Seigneur et des hommes. Il disparaît d’abord dans son prochain, puis avec lui dans le Christ. C’est alors seulement qu’arrive le mystère de l’Esprit Saint. Il sait que seul l’Esprit rend possible de donner à l’incarnation de Dieu et à l’imitation du Christ un sens fécond pour les hommes. – 13 Matthieu. Matthieu a le 13 de telle manière que ni le 1 de l’homme ni le 3 de Dieu n’ont besoin d’être très clairs pour lui personnellement. Il est ouvert au 1 de Dieu et au 1 de l’homme, ouvert aussi au 3 de Dieu. Mais ouvert comme un passage. Il assume vis-à-vis des deux un rôle de médiation : il laisse passer par lui, il a un rôle d’envoyé qui perçoit le message et le transmet tel quel ; sa qualité principale est la transmission dans le sens exigé. Il n’a pas comme Paul à ajouter du sien, il n’a pas à fournir ce service actif d’interprétation. – 11 Job. Le 1 – 1 avant la venue du Christ est pour Job question, désir, cri. Il sait qu’il n’y a qu’un Dieu. Il sait que l’homme est seul et il connaît son humiliation devant la justice de Dieu. Mais, pour lui, l’homme est béant et Dieu est béant. Dans cette souffrance, l’homme est ouvert à Dieu, mais la forme de la grâce qui est attendue n’est pas encore visible. Et la réponse réelle de Dieu, l’action de sa grâce n’est pas encore visible. Mais dans le cri de l’homme, Dieu aussi est béant, car la question de l’homme à Dieu montre à Dieu lui-même qu’il doit devenir homme, cette béance est une promesse qui réclame qu’elle soit accomplie. Job est comme un vase ouvert qui se trouve face à l’ouverture de Dieu et qui attend quelque chose qui change tous les contenus : la compréhensibilité de Dieu aussi bien que son incompréhensibilité, sa puissance aussi bien que sa miséricorde et sa grâce (p. 123-182).

9. Marie (5) entre 1 et 3 dans 153 – Dieu crée le monde en tant que Dieu unique qui est pourtant trois et un. Au coeur de cette entreprise se trouve Marie qui, en tant qu’être humain, est l’être humain unique qui rend possible ici-bas que le Dieu unique se présente lui-même comme étant trois en un. Marie se trouve donc au centre en tant que médiatrice de toutes les grâces pour les hommes, mais aussi de la visibilité de Dieu et de l’évidence de sa Trinité dans l’unité. Elle est l’être humain à qui Dieu Trinité donne la mission fondamentale qui ouvre la nouvelle Alliance et permet aux croyants, dans cette Alliance, de porter un regard sur la vie trinitaire. Par elle, ce n’est pas seulement le Fils qui est né en tant qu’homme, c’est aussi Dieu le Père qui prend soin définitivement de sa création pour l’introduire par l’Esprit dans la vie trinitaire qui s’est manifestée (p. 22-23).

10. Charles de Foucauld (149) – 1 de l’incarnation et de l’homme, 4 de la croix, 9 du mystère. Le mystère est celui de Celui qui s’est fait homme avant la croix, le mystère aussi de Celui qui s’est fait homme et de sa croix, de toute la mission du Christ. Et plus précisément, devant le 1 qui est aussi l’homme. Dès que Foucauld comprend qu’il peut être cet homme pour qui le Seigneur a inventé et souffert le mystère de la croix, il disparaît. Il disparaît dans le Seigneur pour lui laisser tout le 1, tout le mystère de son être et le mystère de se trouver devant sa propre croix et devant le mystère de son être et de la croix. Le laisser, non en abandonnant le Seigneur et en laissant le Seigneur seul sur la croix, mais au contraire en se laissant commander par le Seigneur, en se laissant donner la part du mystère qui est prévue pour lui, dans une disponibilité et un don de soi parfaits. Quoi qu’il puisse faire (dans sa prière, dans sa méditation, dans son apostolat), il le fait sous le poids de la croix, sous la charge dont le Seigneur le charge, dans un amour parfait pour le mystère parfait du Seigneur, qu’il ne cherche pas à découvrir : il se tient à la disposition du mystère tel qu’il est. Toute sa mission est une mission de don de soi, de présence constante, du oui dans la durée et dans une continuité qui n’est interrompue par rien ; et ce qui est là voilé et mystérieux, c’est justement que cela reste toujours tel quel. C’est pourquoi il n’y a pas à attendre de lui des explications grandioses, ni de nouvelles connaissances ecclésiales, ni des vérités théologiques auxquelles on n’avait pas prêté attention jusque là, mais un adsum qui se répète à travers tout sans faiblir, sans qu’il faille tenir compte de la personnalité de celui qui parle, un adsum qui se perd et disparaît dans sa mission, pourvu que soient mises en lumière par lui la totalité de la croix et la nécessité pour tout homme d’être touché par elle. Ce que le Seigneur attend de tous, Charles le fait au nom de beaucoup. Son don de lui-même est une réponse au Seigneur, un merci pour le don de lui-même qu’a fait le Seigneur, la promesse aussi de ne jamais considérer son propre don de lui-même comme quelque chose de personnel, mais de le tenir d’emblée disponible pour que le Seigneur puisse en façonner un nouveau don de soi, de nouvelles missions qui seront toutes marquées du signe de la croix et qui chercheront toutes à rendre une force et une actualité nouvelles au mystère de la rédemption de tous les hommes par la croix, au mystère de la rédemption de l’humanité.

(Avant le dévoilement)

a) 149 + 1 + 3

b) 149 + 1 + 1 + 1 + 1

c) 149 + 4

(Explication)

Pour a). D’abord d’une manière tout à fait juste : de Dieu à Dieu Trinité. C’est son unique occupation. La majeure partie de son apostolat consiste dans le fait qu’il est en Dieu. C’est une prière très contemplative.

Pour b). Puis il y a comme un aplanissement. Dieu et toujours Dieu seulement, dans une sorte de monotonie. Dans la difficulté aussi du service. Comme si sa contemplation était rendue plus difficile du fait qu’elle n’a plus de ligne, qu’elle n’a plus de contours.

Pour c). Et puis émerge la croix qui consiste en une sorte de persécution. Il ne voit plus de chemin devant lui. Il lui devient très pénible de prier et de rester fidèle. Mais il tient bon. Il offre tout à la croix. Dans un premier temps, la croix semblait venir comme du dehors et il en est accablé. Puis il a accepté la croix totalement, c’est une croix de proximité et de présence de Dieu.

Il a une ressemblance avec le curé d’Ars, il semble aussi très apparenté au carmel. C’est probablement un saint récent (p. 109-111).

11. Exemple des corrélations entre série montante et série descendante : Athanase (59) et Bernadette (59) - Bernadette dit les prières qu’on lui a apprises et elle reste dans une pureté qui n’a pas été éprouvée en quelque sorte. Ce n’est pas pour rien que Marie justement lui dit : « Je suis l’Immaculée Conception », parce que l’Immaculée est très chère à l’âme de Bernadette, son âme est sans tache comme une page vierge. Elle est préparée pour ce qui lui est montré, elle a l’ouverture naturelle de l’enfant qui ne connaît pas le mal. Et ce que son chemin a de pénible et de monotone lui permet d’être attachée de manière particulièrement forte à ce qu’elle apprend vraiment, le bien. Elle est ce qui est vierge, ce qui est pur, si bien que l’apparition de Marie et les miracles qui s’y rattachent ne sont pas opposés à son attente ; ils sont plutôt comme quelque chose de nouveau qu’il faudrait apprendre en plus, qui la remplit d’étonnement et de joie, mais ne diffère pas beaucoup de sa prière jusqu’à présent. Elle doit se souvenir que cela existe, que la Dame vient en ce lieu, qu’elle a dit justement ces paroles, des paroles qu’elle garde tout aussi difficilement qu’une nouvelle prière par exemple ou n’importe quel autre bout d’enseignement. Il n’en résulte aucun problème, seulement l’obéissance qu’on lui impose et qui concerne ce qu’elle doit dire, ou par la suite au couvent, dans l’Église. Ce qu’elle doit apprendre est toujours encadré par l’apparition, il ne lui viendrait jamais à l’esprit de chercher quelque chose en dehors du cadre qui lui est présenté. Même quand elle est au couvent et qu’on lui impose des pénitences et qu’on la tracasse, ou qu’on l’interroge sur les apparitions, la mesure de mortification la satisfait totalement chaque fois. C’est aussi suffisamment difficile! Sa spontanéité n’arrivera jamais à faire ou à dire plus que ce qu’elle doit, elle n’y sera jamais employée. Chaque fois Dieu lui donne pour ainsi dire une si parfaite mesure qu’il n’y a aucune raison de poser davantage de questions. Tous ses moments libres, toutes ses pensées libres, elle les remplit de prière. Elle connaît une sorte de discipline de prière déterminée qui remplit tous les vides. – Elle est le contraire d’Athanase qui ne cesse de devoir chercher sa forme de prière, de pénitence, de conduite, de réflexion théologique. Ce que Bernadette expérimente comme cadre rempli, il ne le connaît que comme point de départ pour autre chose. Sa prière aussi de don de lui-même et de sacrifice est une prière qui l’oblige à aller plus loin, une prière qui le fait continuer à chercher, une prière d’attente de l’inattendu qui va le concerner. Tout ce qu’il assume en fait de sacrifice doit servir à consolider les mots de la foi, à façonner de manière neuve une relation à Dieu qui donne à Dieu l’occasion de se communiquer de telle sorte que ses contemporains et la postérité puissent la comprendre. Quand il est fatigué, il lui serait souvent agréable de saisir d’un seul coup d’œil la tâche qui est devant lui, de voir un bout de chemin limité et encadré, de mettre la dernière main à quelque chose qu’il a commencé. Mais il est conscient que ce n’est pas pour lui et que tout moment de recueillement le place en Dieu devant de nouvelles exigences, que tout terme théologique qu’il a trouvé ouvre de nouveaux aspects. – En ce qui concerne la révélation aussi, les deux sont opposés. A l’enfant de Lourdes, Dieu peut se communiquer dans une sorte de paix et de plénitude qui ne laisse pas de place pour autre chose. Mais, à l’évêque, il se montre de telle manière que ses révélations ne sont que des points de départ pour davantage. Pour Athanase, ce qu’il doit saisir est devant lui, le cadre se trouve derrière lui. Pour Bernadette, le cadre se trouve toujours devant elle et elle y entre. Le point de rencontre des deux, ce qui leur est commun, c’est le « cadre », ce qui les oppose c’est leur attitude vis-à-vis de ce cadre (p. 159-160).

 

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Table des matières des textes choisis

1. Communion des saints – 2. La pêche miraculeuse – 3. Les nombres de 1 à 10 appartiennent au Seigneur – 4. Les sept premiers nombres premiers – 5. Une discussion sur la confession – 6. Les autres nombres premiers jusqu’à 153 – 7. La série descendante (généralités) – 8. La série descendante (détail : quelques points seulement) – 9. Marie (5) entre 1 et 3 dans 153 – 10. Charles de Foucauld (149) – 11. Exemple des corrélations entre série montante et série descendante : Athanase (59) et Bernadette (59).

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