53. A.v.Speyr, Temps de Noël

 

53

Adrienne von Speyr et Hans Urs von Balthasar

Matériaux pour les homélies du temps de Noël

 

Nativité du Seigneur ABC   (Messe de la nuit : Is 9,1-6; Tt 2,11-14; Lc 2,1-14. Messe de l’aurore : Is 62,11-12; Tt 3,4-7; Lc 2,15-20. Messe du jour : Is 52,7-10; He 1,1-6; Jn 1,1-18)

1 – Il n’est pas facile pour le Fils de devenir homme. Ce qui le lui rend plus facile est qu’il comprendra toutes choses comme volonté du Père, qu’il verra toutes choses de ce point de vue. En tant que Dieu, il n’a pas de vœu plus ardent que d’être homme comme le Père l’attend de lui. Et il voit que sa Mère aussi, en tant que sauvée, vit entièrement de ce vœu (Nachlasswerke -  désormais NB – 6, 140-141).

2 – Il s’est fait homme sans renier sa divinité, pourtant il n’a pas cru devoir s’attacher à elle, il l’a déposée auprès du Père et a pris délibérément la condition d’homme sans se plaindre continuellement de ce que tout est bien plus beau et plus confortable au ciel que sur la terre (Choisir un état de vie, 92-93).

3 – Le Fils se choisit comme Mère l’être humain qui appartient entièrement à Dieu, dans lequel rien n’est opposé au Père. On pourrait en venir à penser que le Fils se facilite ainsi les choses. Qu’il se prépare un nid où chacun au fond se plairait. N’aurait-il pas mieux fait de choisir une pécheresse pour la convertir par sa venue? Mais ce n’est pas de cela qu’il s’agit à présent. Le choix de Marie implique la plus haute considération pour le Père : le Fils veut lui montrer que la créature que le Père avait en vue lors de la création existe réellement… Mais pour le Fils, il sera bien plus difficile d’emmener dans sa Passion celle qui est innocente, de se servir de sa pureté au point de l’intégrer dans l’œuvre de la Rédemption, de faire d’elle la corédemptrice. Il sera beaucoup plus difficile d’associer à tout  cela un être immaculé plutôt qu’un converti qui a tant à expier lui-même et qui sera heureux de porter ainsi quelque chose de la dette commune. L’immolation de la Mère est ici toute proche du massacre des saints innocents (Marie dans la rédemption, 28-29).

4 – Jésus a été totalement homme. Il ne fut pas un enfant prodige. Marie a dû certainement aussi l’éduquer, comme le sont les autres enfants. Elle lui a appris à parler, à marcher, elle a dû laver ses couches. Il serait faux aussi de penser que, tout enfant, il a eu déjà pleine conscience de sa divinité et de sa mission. Ceci ne lui est advenu que lorsqu’il en a eu besoin, peut-être à douze ans dans le Temple, et puis sans doute aussi toujours plus souvent quand il a eu dix-huit, vingt ans. De même il était éveillé autant qu’un homme peut l’être. Sa jeunesse consistait à être purement enfant. Marie, par contre, en tant que mère, savait dès le début quelque chose du sacrifice, du moins qu’il aurait lieu, même si elle en ignorait le comment et le quand (NB 8, n. 843).

5 – Même si l’homme… ne veut pas entendre la parole (de Dieu), cela ne change rien au fait que le fond de son être… se trouve impliqué dans un dialogue avec Dieu, qu’il le veuille ou non (Sur Jn 1,3. Jean. Le Verbe se fait chair I,34).

6 – Pour la vie divine, nous ne sommes ni ne restons indispensables. Mais le fait même que nous soyons superflus nous amène à comprendre sa surabondance. En nous oubliant, en ne tenant pas compte de nous-mêmes, nous rencontrons sa grâce. Dans la grâce, le problème du moi, et donc aussi celui de saisir Dieu, n’existent plus. Dieu ne veut pas que nous cherchions à le différencier et à le comprendre comme on étudie un objet terrestre. Il nous montre de lui ce qui nous comble, nous unifie et nous décante :  sa grâce. Et tant que l’homme se contente de ce que Dieu lui donne de sa propre vie, i lvit en Dieu et de Dieu, et toutes choses sont ce qu’elles doivent être. Il est  alors comme un amoureux, ravi lorsque celle qu’il aime lui accorde une heure par jour, et qui ne s’inquiète aucunement de ce qu’elle peut bien faire pendant les autres heures. C’est quand l’homme commence à calculer, à scruter au-delà de ce que Dieu lui donne, lorsqu’il tente de comprendre et de dépasser la vie qu’il a en Dieu, afin de percer le mystère de la vie éternelle, que le malheureux tombe hors de la vie. (Sur Jn 1,4a. Jean. Le Verbe se fait chair I,44-45).

7 – Lorsqu’une personne a perdu ce qu’elle avait de plus cher, ce pour quoi elle a uniquement et exclusivement vécu, un  vide infini se fait en son âme et, de ce vide, elle crie vers Dieu. Elle voudrait que Dieu le comble. Il se peut que de cette détresse réelle surgisse sur un chemin qui mène à Dieu, qu’un reconnaissance de Dieu devienne possible. Mais il se peut également que ce Dieu ainsi imploré ne soit qu’une compensation passagère, oubliée dès qu’un autre objet terrestre vient remplir le vide qui s’était créé. Dans ce cas aussi, le monde n’a pas reconnu Dieu. Chaque fois que Dieu n’est qu’une fonction de ce je d’ici-bas, il demeure inconnu, fût-il fonction du besoin religieux. Car l’homme peut s’inventer un Dieu qui apaise en lui ses besoins religieux, comme le pain apaise sa faim, ou un partenaire ses appétits sexuels. On paie à un tel Dieu une sorte de tribut, on lui assigne dans sa vie une place bien circonscrite et déterminée; il a le droit de combler le petit vide qu’on lui a préparé provisoirement et qu’on pourra éventuellement réduire encore. Accueillir Dieu ainsi, c’est en vérité ne pas le reconnaître (Sur Jn 1,10-11. Jean. Le Verbe se fait chair I,108-109).

8 – Lorsqu’une personne commence à croire et s’engage sur le chemin de l’amour, elle croit tout d’abord au nom du Seigneur. C’est le début… Le nom lui donne accès au mystère… Même si elle ne connaît pas encore la plénitude de l’amour, même si elle ne saisit pas du tout la portée du mot croire. Elle sent seulement que, par la foi, quelque chose est entré en elle, a pris possession d’elle, quelque chose qui ne cesse de devenir plus grand et plus riche; elle perçoit en elle cette croissance inconnue qui n’a pas de nom, ce Verbe devant qui toutes les portes s’ouvrent. Et soudain elle comprend qu’en lui elle possède le pouvoir suprême, un pouvoir sur Dieu. Le pouvoir de contraindre Dieu à la reconnaître comme son enfant. Le pouvoir qui transforme le croyant… en quelqu’un qui désormais exige aussi; qui, avec la liberté des enfants de Dieu, peut se présenter devant le Père, pour réclamer son droit et son héritage. Il y a des choses que dorénavant il est en notre pouvoir d’exiger catégoriquement de Dieu. Nous pouvons exiger qu’il transforme les pécheurs que nous sommes en ses enfants. Nous pouvons exiger qu’il nous donne son Esprit. Nous pouvons exiger qu’il nous rende capables d’accomplir sa volonté.  Nous pouvons exiger de vivre en son Fils. Nous pouvons exiger que  tout contribue à notre bien. Nous pouvons exiger la vie éternelle. Bien sûr, nous n’avons pas le droit d’exiger de Dieu des choses qui procèdent toujours de sa liberté; qu’il nous appelle au sacerdoce, qu’il nous accorde tel ou tel charisme particulier dans l’Église. Mais nous avons le droit d’exiger son amour et, à l’intérieur de cet amour, il ne peut rien nous refuser (Sur Jn 1,12. Jean. Le Verbe se fait chair I,119-120).

9 – Dieu a vécu parmi les hommes une vie humaine; il nous a mis humainement devant les yeux ce que veut dire mener une vie sur terre pour Dieu et en Dieu. Il l’a fait à l’intérieur des limites et des possibilités mises à la disposition de tous… Il est comme le fils d’un riche employeur, qui s’offrirait à habiter avec les plus pauvres ouvriers de son père, afin de vérifier si, avec ce salaire et dans ces conditions de vie, on peut réellement joindre les deux bouts…  Il vit chez nous dans les mêmes conditions que celles où nous devons vivre. Et il fournit la preuve que cela est possible :  que l’on est capable de mener une vie chrétienne parfaite en ce monde-ci, avec toutes ses limites, son obscurité, sa mort. Il nous montre que, dans le cercle fermé de cette existence, l’on peut vivre une vie parfaitement ouverte à Dieu, une vie où l’on attend tout de Dieu seul… Il accueille toute son existence comme un don de la Trinité (Sur Jn 1,14a. Jean. Le Verbe se fait chair I, 138-139).

10 - Être né de Dieu n’est pas un événement fait une fois pour toutes comme la naissance selon la chair. C’est un événement qui ne cesse de se réaliser ( Sur 1 Jn 3,10. Die katholischen Briefe 114).

11 - En s’incarnant, le Fils a accompli toute l’espérance de l’ancienne Alliance. Il est venu nous montrer que Dieu pouvait vivre parmi nous, comme nous-mêmes pourrons vivre dans l’éternité (Sur 1 Co 13,13. Première Épître de saint Paul aux Corinthiens II,141).

12 – Jésus-Christ : « Sa puissance est si grande qu’en tant que Dieu il peut se lier, se limiter lui-même comme homme » (NB 6,174).

13 – C’est pour Dieu un vrai travail que de se faire entendre sur terre et même de se faire homme. Nous sommes tellement endurcis et tellement sans intelligence qu’il doit pour ainsi dire intervenir avec violence pour briser notre endurcissement et notre manque d’intelligence par les paroles et les visions des prophètes. Cela demande à Dieu beaucoup de peine pour qu’il puisse enfin oser venir dans le monde (NB 9, n. 1880).

14 – Pour l’acte central de l’histoire du monde, la providence de Dieu crée la constellation parfaite qu’il requiert. Le Messie doit dans l’évangile non seulement descendre par Joseph de la race de David, mais aussi naître dans la ville de David. C’est à quoi doit contribuer l’ordre de l’empereur à Rome. Le Messie doit naître comme un enfant, car ainsi le veut la prophétie : « Un enfant nous est né », et c’est seulement parce quil est enfant que « son règne sera grand ». L’enfant doit naître dans la pauvreté du monde (ce n’est pas un hasard s’il n’y a pas de place à l’hôtellerie), pour partager dès le début sa pauvreté. Noël comme descente de Dieu dans la pauvreté, n’est que le prélude pour ce qui s’achèvera à la croix et à Pâques : non seulement la rédemption d’Israël, mais le salut de toute l’humanité. Comme le disent les Pères de l’Église : « Il a été fait homme pour pouvoir mourir » (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année C, 19-20).

15 – Les bergers obéissent à l’indication de l’ange. Ils en reçoivent confirmation pour eux-mêmes, ils racontent ensuite ce qui leur est arrivé ; leur expérience personnelle devient une confirmation pour les autres qui n’avaient rien entendu de l’ange et du chant céleste de louange. Si nous faisons un peu attention dans notre vie chrétienne, nous verrons que ce n’est pas une simple foi qui nous est demandée, mais qu’il se présente sans cesse des preuves que la foi est vraie et que, dans la grisaille de notre vie quotidienne aussi, nous sommes sur le vrai chemin de Dieu. Ces preuves peuvent être légères et ne pas apparaître, c’est pourquoi celui qui s’attend à recevoir une preuve tangible méconnaît les signes de Dieu. Il devrait imiter Marie qui médite sur tout ce qui lui est arrivé (Cf. Ibid. 21).

16Dans le puissant prologue de saint Jean, toute la plénitude du plan divin du salut est déployée devant nous. Noël n’est pas un événement simplement intrahistorique, mais l’irruption de l’éternité dans le temps. De même, Pâques ne sera pas un événement simplement intrahistorique, mais le jaillissement du Ressuscité de l’histoire dans l’éternité. Le Fils unique de Dieu est venu dans le monde. Si tant d’hommes ne le connaissent pas et ne le reçoivent pas, à nous qui croyons et aimons, la grâce est donnée de le recevoir chez nous et, par lui, avec lui et en lui, « de devenir enfants de Dieu ». Noël n’est pas seulement sa naissance, ce doit être aussi notre naissance, avec lui, de Dieu (Cf. Ibid. 23).

17 – A toute fête de Noël, la venue de Dieu dans le monde redevient actuelle. Les fêtes nous rappellent à nous, hommes oublieux, que l’avènement de Dieu dans l’histoire se réalise toujours maintenant. Le Seigneur reste sans cesse en train de venir. C’est précisément ce qu’il faut considérer pour sa venue eucharistique (Cf. Ibid. 24).

18 – Les textes de la messe de la veille au soir de Noël tournent autour du thème : le Sauveur promis d’Israël sera son roi. L’arbre généalogique des descendants de David finit à Joseph., l’époux de Marie, de laquelle provient le Messie. Pour les Juifs, est considéré comme le père légal celui qui reconnaît l’enfant. C’est ce que fait Joseph, sur l’indication de l’ange. Cela place Jésus dans la série royale, et les mages s’informeront sur « le roi des Juifs qui vient de naître » (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année B, 15).

Dimanche de la Sainte Famille    ABC    (Si 3,2-6.12-14; Col 3,12-21)

1 - Tout croyant… reçoit une mission de parole… Même pendant les moments de repos, de détente, de congé de la parole, il n’est pas permis de se griser de la musique de sa propre parole ou de mener une conversation pour le seul plaisir de parler. La responsabilité envers la parole ne connaît pas de pause, et pourtant elle n’est pas opposée à la gaieté et au repos de l’homme. Lorsque l’enfant Jésus joue avec sa Mère, il ne le fait pas par devoir mais par plaisir, et la Mère certainement aussi; toutefois même dans ce jeu, la parole demeure vivante, l’attitude d’ascèse, de foi, se maintient (Ils suivirent son appel 51-2).

2 – Quand Marie prie avec son enfant, elle emploie les mots qu’elle connaît, elle demande les choses qui lui semblent nécessaires, elle prie comme le fait une croyante; mais elle sait que le Fils, qui entend ces paroles, les reprend et les présente au Père d’une manière qui la dépasse. Parce que la manière dont le Fils parle au Père lui est inaccessible : cela fait partie du mystère trinitaire (NB 5,21)

3 – Le Fils est unique et nous venons immédiatement après lui, si nombreux que nous nous croyons innombrables, et pourtant nous sommes les fils dénombrés par Dieu malgré notre multitude (Sur Jn 1,18. Jean. Le Verbe se fait chair I,156).

4 – Le chrétien ne peut prendre ses distances vis-à-vis d’aucune des expressions de sa vie; tout doit le révéler comme chrétien. Ce qu’il dit ou fait doit faire savoir qu’il est conscient que Dieu est présent : Dieu le Fils, Dieu le Père qui peut être atteint par le Fils… Les croyants vivent en lui de sorte que, si le Seigneur habite en eux, ils annoncent sa présence par toute leur existence… L’existence appartient au service de sorte qu’ils n’entrent pas au service du Christ à certaines heures tandis qu’ils en gardent d’autres pour eux et pour le monde;… ils sont simplement  là au nom du Seigneur (Sur Col 3,17. Kolosserbrief 105).

Dimanche de la Sainte Famille A (Mt 2,13-15.19-23)

1 – Ce qui est décrit dans l’évangile, c’est avant tout le dévouement du père (et indirectement aussi de la mère) pour le destin de l’enfant. Les instructions que Joseph reçoit de l’ange du Seigneur ont pour seul but le bien de l’enfant. Il n’est pas fait mention de la difficulté que ces recommandations comportent pour le père. Les ordres sont donnés de manière catégorique : « Lève-toi, prends l’enfant et sa mère (l’enfant est à la première place) et fuis en Égypte« . Comment tu le feras, cela reste ta propre affaire ; que tu perdes ta place n’a aucune importance. Comment Joseph peut trouver son chemin en Égypte et gagner suffisamment pour sa famille, cela n’est pas dit. Ensuite il reçoit l’ordre du retour, uniquement de nouveau pour le bien de l’enfant. Le père nourricier est au service de l’enfant et de deux paroles prophétiques dont il ne devinait rien par avance. « Ce n’est pas aux enfants à thésauriser pour les parents, mais aux parents pour les enfants [2 Co 12,14] (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année A, 25).

Dimanche de la Sainte Famille    B    (Si 3,2-6.12-14; Col 3,12-21; Lc 2,22-40)

1 – Vous, les enfants, obéissez à vos parents en tout. Il ne s’agit pas pour les enfants d’obéir pour obéir, mais d’obéir dans le Seigneur, même quand ils ne comprennent pas, parce que cela a un sens dans le Seigneur (Sur Col 3,20. Der Kolosserbrief 108).

2 – Le glaive dans l’âme de Marie. La mère cache le sacrifice de son don total à Dieu dans le voile épais de la cérémonie prescrite de purification. Arrive alors la prédiction : le glaive qui doit transpercer l’âme de la mère : elle sera introduite dans ce qui est plus grand, c’est-à-dire dans le destin de l’enfant ; elle ne devra pas seulement laisser partir l’enfant et par là le sacrifier, elle sera introduite avec lui, quand l’heure sera venue, dans ce sacrifice. La Sainte Famille n’est pas une idylle à Nazareth, elle a sa place entre le sacrifice du mont Moria (Abraham) et le sacrifice du Golgotha (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année B, 24-25).

Dimanche de la Sainte Famille    C (1 S 1,20-22.24-28; 1 Jn 3,1-2.21-24; Lc 2,41-52)

1 – En voyant Dieu, nous deviendrons ce à quoi il nous a destinés. Pour l’instant il doit nous suffire de savoir que nous sommes ses enfants; ce qui arrivera plus tard, nous pouvons le lui laisser. Parce que nous ne pouvons pas à présent le voir tel qu’il est, nous ne pouvons pas non plus nous représenter ce que nous serons. Mais nous n’avons pas besoin de nous en soucier.

Au ciel, Dieu ne va nous laisser dans l’ignorance de ce nous aurons à devenir. Pour le moment nous n’avons rien d’autre à faire que de devenir toujours plus ses enfants, nous devons lui laisser aveuglément comme des enfants tout ce qui va suivre. Notre tâche est claire : accueillir l’amour de Dieu de telle sorte que nous devenions ses enfants, et continuer à recevoir ce don de plus en plus (Sur 1 Jn 3,2. Die katholischen Briefe II, 96-97).

2 – Dieu montrer directement son amour à quelqu’un; il peut le faire aussi par d’autres, l’aimer par les autres, car l’amour vrai du prochain appartient à Dieu (Sur 1 Jn 3,1. Ibid.,93).

3 – La Sainte Famille. Le père reconnaît comme sien l’enfant conçu par l’Esprit, il doit le faire pour obéir à Dieu et faire de son fils un descendant de David. La mère à qui est prédit qu’un glaive transpercera son cœur, a de tout temps rendu son fils au Père divin. Le fils reconnaît ce Père divin comme le sien d’une manière si naturelle qu’il n’en dit rien à ses parents qui ne le comprendraient pas. Jusqu’à présent le fils était obéissant à ses parents et il le sera de nouveau, mais l’obéissance au Père éternel l’emporte sur l’obéissance terrestre, même si cela reste incompréhensible aux parents et leur inflige le chagrin d’une recherche vaine et celui plus profond encore provoqué par la question : « Ne le saviez-vous pas? » Dieu premier servi, disait Jeanne d’Arc (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année C, 25).

1er janvier. Sainte Marie, Mère de Dieu (Nb 6,22-27 ; Ga 4,4-7 ; Lc 2,16-21)

1 – La bénédiction pour l’année. C’est la formule solennelle de bénédiction de l’ancienne Alliance qui ouvre, dans la première lecture, la liturgie de la nouvelle année civile. Que Dieu veuille bien tourner vers nous son visage. Le regard de Dieu sur nous est, d’après saint Paul, bien plus salutaire que notre regard sur lui : « Si quelqu’un aime Dieu, celui-là est connu de lui » (1 Co 8,3). Mais nous sommes en même temps regardés par la Mère du Seigneur avec un amour infini comme ses enfants et bénis par elle. Cette bénédiction de la Mère ne doit pas être séparée de celle de son enfant et de tout le Dieu trinitaire. (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année C, 27).

2 – Marie gardait tout dans son cœur. Les mots simples de l’évangile, répétés deux fois, que Marie garde tout dans son coeur et le médite (Lc 2,19.51) montrent qu’elle est pour toute l’Église le vase inépuisable du souvenir et de lélucidation. Elle connaît au plus profond tous les événements et toutes les fêtes du temps liturgique que nous célébrerons à travers toute l’année. Placer toute l’année sous la protection de cette maternité signifie implorer d’elle une constante compréhension pour une marche constante à la suite de Jésus. De même que l’Église, dont elle est la cellule primitive, elle nous bénit, non en son nom propre, mais au nom de son Fils qui lui-même nous bénit au nom du Père et dans l’Esprit Saint (Cf. Ibid. 27-28).

2e Dimanche après Noël   ABC   (Si 24,1-2.8-12; Ep 1,3-6.15-18; Jn 1,1-18)

1 – La sagesse de Dieu est répandue dans toute la création, mais ce n’est qu’en Israël que Dieu s’est révélé de façon définitive, et cette révélation s’est achevée dans le Christ et son Église. Aucune religion autre que celle de la Bible ne connaît une incarnation de Dieu ; cette incarnation de Dieu met en lumière d’une manière unique le plus profond et le plus caché de la sagesse de Dieu. Dieu incarné, c’est Jésus-Christ qui est homme comme nous. Cet homme a eu la force de révéler aux autres hommes, par toute son existence, le mystère de Dieu. Un ange n’en aurait pas été capable, car il ne peut pas mourir. Il fallait « la parole de la croix » (1 Co 1,18) pour dévoiler le dernier mystère de Dieu. Ce mystère est que Dieu est amour, amour allant jusqu’à abandonner dans la mort son Fils bien-aimé, par amour pour le monde. Aucune religion n’a rejoint, ne fût-ce que de loin, cette révélation. Le dessein de Dieu était de toute éternité, de nous intégrer nous, les hommes, dans la filiation du Fils éternel à l’égard du Père. C’est quelque chose de si inconcevable que l’apôtre demande pour nous l’Esprit Saint pour que nous puissions comprendre à quelle espérance nous sommes appelés par le Fils, car aucun homme ne pourrait concevoir pour lui-même une destination aussi démesurée (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année C, 29-30).

2 - « Tout fut par le Verbe ». La Parole créatrice de Dieu devient chair en Jésus-Christ, c’est-à-dire qu’elle devient homme comme nous. Toutes les choses doivent ce qu’elles sont à cette Parole. Mais qui est cette Parole en vérité, cela ne se révèle au monde que lorsque cette Parole devient un homme absolument particulier, un homme individuel. Cet homme a eu la force de révéler aux autres hommes par toute son existence non seulement qu’il est le Verbe de Dieu, créateur de toute choses, mais aussi le Verbe éternellement issu de Dieu : le Père qui est son origine. Pour dévoiler le dernier mystère de Dieu, à savoir qu’il est amour, il a fallu que l’amour aille jusqu’à la mort : que le Père, qui est amour, aille jusqu’à abandonner dans la mort son Fils aimé par excellence, par amour pour le monde. Aucune religion n’a rejoint, même de loin, cette parole qui s’est exprimée dans une figure humaine. La vraie religion n’est pas la tentative de devenir soi-même Dieu (mystique), ni celle de persister dans la distance de la créature par rapport à Dieu (judaïsme, islam), mais bien celle de gagner l’union suprême avec Dieu, justement sur la base de la distinction qui subsiste entre le Créateur et la créature (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année A, 29-30).

Épiphanie (Is 60,1-6; Ep 3,2-3.5-6; Mt 2,1-12)

1 – Pour les rois mages, l’étoile n’est pas seulement un phénomène surnaturel qui stimule leur foi, mais quelque chose de terrifiant qui fait éclater toutes les attentes des calculs humains et terrasse leur esprit jusqu’à l’agenouillement. Le droit chemin consiste pour eux à se laisser désormais guider par l’étoile qui leur fait connaître la puissance suprême du ciel. Ils suivent. Ils font l’apprentissage d’une obéissance de laquelle jusque-là ils ne savaient rien : non pas une obéissance aveugle, au contraire : une obéissance qui voit; une obéissance qui déjà permet de voir – car ils tiennent en effet leurs yeux fixés sur l’étoile – et qui, à plus forte raison, débouche dans cette vue : la contemplation du Fils (Le Dieu sans frontière 59-60).

2 – L’histoire de Noël était, malgré le chant céleste de louange, une manifestation divine discrète, limitée à un petit nombre. Et pourtant elle n’était pas seulement valable pour tout Israël, mais aussi pour le monde entier : c’est ce qui est célébré dans la fête d’aujourd’hui ; l’épiphanie de Dieu est destinée au monde entier, notamment aux peuples païens qui n’avaient pas reçu, comme les Juifs, des annonces préalables. Les païens sont les premiers maintenant à venir rendre hommage. – A des astrologues païens, Dieu a adressé une parole par un astre inhabituel au milieu de leurs constellations habituelles, et cette parole les a émus et amenés à tendre l’oreille, tandis qu’Israël, habitué à la parole de Dieu, est devenu sourd à de telles paroles de révélation. Ainsi souvent l’Église quand, par un saint, un message inattendu la dérange. La question naïve de ces étrangers : « Où est le roi qui vient de naître ? » posée aux Juifs ou à l’Église, crée embarras et même effroi. La conséquence sera chez Hérode un projet meurtrier prudemment voilé. Mais les astrologues, guidés par l’étoile, parviennent à leur but, ils rendent hommage à l’Enfant et s’esquivent, conduits par la providence de Dieu, sans être inquiétés. L’événement est symbolique, il annonce l’élection des païens ; plus d’une fois, Jésus trouvera chez eux une plus grande foi qu’en Israël. Souvent ce sont des convertis qui ouvrent à l’Église des voies nouvelles et fécondes (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année C, 31-32).

3 – On ne sait jamais comment on va rencontrer le Seigneur… Il en est de même pour le théologien qui étudie la foi (NB 9, n.1939).

Baptême du Seigneur A (Is 42,1-4.6-7; Ac 10,34-38; Mt 3,13-17)

1 – Jean, le précurseur, recule devant l’idée de baptiser celui qui vient et qu’il annonce ; mais Jésus insiste parce que toute la justice doit s’accomplir. Cette justice, c’est que Jésus achève l’alliance entre Dieu et l’humanité. Mais Israël doit collaborer et c’est Jean-Baptiste qui est choisi pour cela. Jean-Baptiste commence par protester, puis il « laisse faire ». Et Dieu Trinité confirme l’accomplissement de l’alliance : la voix du Père manifeste Jésus comme son Fils bien-aimé, et l’Esprit Saint descend sur lui pour l’oindre comme Messie (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année A, p. 33).

Baptême du Seigneur   B   (Is 42,1-4.6-7; Ac 10,34-38; Mc 1,7-11)

1 – La tentative de l’homme de comprendre tout ce que contient la Parole de Dieu n’est pas un effort vain. Et pourtant à la fin, il saisit plus profondément la parole du début : « Mes pensées ne sont pas vos pensées ». Aucune révélation n’amoindrit le mystère de Dieu. Aucune ne lui fait perdre sa totale liberté de se révéler comme il veut et de garder pour lui ce qu’il veut. Sans doute les croyants sont-ils encouragés à faire l’effort de comprendre la Parole, mais non sans être avertis continuellement de ne jamais oublier que Dieu est inconcevable, qu’il est le Tout-Autre (Sur Is 55,8s. Isaias 117-118).

2 - « Il fut baptisé par Jean dans le Jourdain ». Il se laisse dispenser le sacrement de baptême. Il ne se le donne pas lui-même, mais se le fait donner; or le baptême de Jean est un baptême de repentir. Le Seigneur se laisse dispenser ce baptême de repentir; lui qui n’a jamais péché vient comme un pécheur et se place précisément sous ce signe. Comment un baptême de repentir peut-il lui être destiné? Comment peut-il le recevoir sans renier son être. Il porte déjà le péché comme il le portera sur la croix. C’est seulement le péché d’autrui qu’il prend sur lui. Il se repent pour les autres, il porte le péché des autres qu’il veut racheter. Son baptême appartient déjà sans équivoque à son œuvre de rédemption, il le place immédiatement au cœur de celle-ci. Il marque le commencement de sa vie publique. Du baptême à la croix, le chemin de la rédemption est clairement tracé (Sur Mc 1,9. Marc 25).

3 – « Et l’Esprit comme une colombe ». Il voit la colombe qui symbolise l’Esprit. Il voit la figure d’une colombe et reconnaît en elle l’Esprit qui a agi au nom du Père lors de sa conception, l’Esprit dont il aura besoin désormais pour rendre compréhensible aux hommes le chemin vers le Père, pour leur donner la foi. Il voit comment l’Esprit descend sur lui, vient à lui; et même dans les décisions difficiles de sa vie, dans sa Passion, dans la déréliction la plus profonde, où plus rien peut-être de sa mission divine ne lui sera tangible, il ne cessera de savoir que l’Esprit est avec lui, que l’Esprit est en lui. Comme preuve de son amour, le Père lui a envoyé  l’Esprit Saint divin (Sur Mc1,10. Marc 26).

4 – « Tu es mon Fils bien-aimé ». Voilà ce que le Fils doit savoir en ce moment. Il le sait en soi; il le sait à nouveau par la voix, il le sait une fois encore maintenant qu’il entre dans sa mission active et commence son apostolat au nom du Père. C’est pour cet apostolat qu’il reçoit l’assurance d’être le Fils. Sa mission de Rédempteur signifie : prendre avec lui les hommes qu’il rencontre et qu’il choisit, faire d’eux des fils de Dieu, en sorte qu’ils aient part à tout ce qui est à lui. Et ce qui est à lui est résumé dans ces paroles : « Tu es mon Fils bien-aimé, en toi j’ai mis tout mon amour » (Sur Mc 1,11. Cf. Marc 27).

Baptême du Seigneur     C (Is 42,1-4.6-7; Ac 10,34-38 ; Lc 3,15-16.21-22)

1 – « Je ne suis pas digne de me courber à ses pieds pour délier la courroie de ses chaussures ». Le Baptiste se compare au Seigneur qui vient ; d’abord il dit que celui-ci est beaucoup plus puissant, puis il confesse être parfaitement indigne de lui. Il ne prétend même pas à la position d’un serviteur. Il est inférieur : indigne de délier la courroie de ses chaussures. Pas même un esclave. Son rapport au Seigneur est celui de l’indignité absolue. Il assume cette indignité, il ne cherche en aucune manière à la réduire ou à l’éliminer par une explication. Il en reste là : indigne (Sur Mc 1,7-8. Cf. Saint Marc 23).

2 – « Pour moi, je vous ai baptisés avec de l’eau ». Il a posé un acte qui se comprend lui-même comme une préparation. Il l’a fait dans un mandat qui vient de l’Ancienne Alliance pour conduire à la Nouvelle. Les baptisés ne sont pas laissés dans le premier bonheur de leur baptême, ils sont aussitôt conduits plus loin dans quelque chose de plus grand. Ils auront révéré le Baptiste comme un saint (qu’il était d’ailleurs), mais ce saint ne les laisse pas s’arrêter à lui. Il ne les retient pas un instant. Le rôle du baptiste est de préparer. On n’arrive jamais à un terme. Nous voulons être intimement convaincus que nous non plus, nous ne parviendrons jamais à un terme, car chaque exigence débouche sur une exigence plus grande, au nom de celui qui baptise avec l’Esprit Saint (Sur Mc 1,7-8. Cf. Ibid. 23-24).

3 – « Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint ». L’eau, nous en avons une représentation claire. Mais nous ne savons pas tout à propos de l’eau, on peut toujours en apprendre davantage sur elle. Pour l’Esprit Saint, nous sommes capables d’énoncer à son sujet quelques pauvres affirmations, mais même en en formulant cent fois plus, nous ne serions pas plus proches de son infinité. A partir de divers passages du Nouveau Testament, nous pouvons tirer de son action des conclusions sur ses propriétés. Mais son être ne nous sera jamais vraiment dévoilé, parce que l’Esprit retourne toujours en Dieu (Sur Mc 1,7-8. Cf. Ibid. 24).

4 – Que Jésus se fasse baptiser avec le peuple qui cherche à se détourner de ses péchés, comporte quelque chose de profondément mystérieux ; c’est comme s’il voulait déjà, dans son premier acte public, manifester sa solidarité avec tous les pécheurs. Plus tard viendra le baptême chrétien. Jésus ne veut tien imposer aux siens qu’il n’aurait pas traversé lui-même. Le baptême dans le Jourdain est pour Jésus un baptême dans l’Esprit Saint, le baptême sur la croix est pour lui un baptême dans le feu. Le premier est un acte de solidarité avec les pécheurs à purifier, le second est la destruction par le feu de tout le péché du monde (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année C, 33).

 

21/05/2019. A suivre.

Hôtellerie
Vous souhaitez faire une pause spirituelle ?

Hôtellerie de l'Abbaye

Spiritualité
Découvrez les richesses de la foi avec d'autres croyants.

Spiritualité

Paroisse
Célébrez les mystères de la foi avec d'autres croyants.

Wisques - Paroisse


LiensMentions légales | création site web arsitéo