53. A.v.Speyr, Temps de Noël

 

53

Adrienne von Speyr et Hans Urs von Balthasar

Matériaux pour les homélies du temps de Noël

 

Nativité du Seigneur (Lc 2,1-14; 2,15-20; Jn 1,1-18)

1 – Il n’est pas facile pour le Fils de devenir homme. Ce qui le lui rend plus facile est qu’il comprendra toutes choses comme volonté du Père, qu’il verra toutes choses de ce point de vue. En tant que Dieu, il n’a pas de vœu plus ardent que d’être homme comme le Père l’attend de lui. Et il voit que sa Mère aussi, en tant que sauvée, vit entièrement de ce vœu (Nachlasswerke -  désormais NB – 6, 140-141).

2 – Il s’est fait homme sans renier sa divinité, pourtant il n’a pas cru devoir s’attacher à elle, il l’a déposée auprès du Père et a pris délibérément la condition d’homme sans se plaindre continuellement de ce que tout est bien plus beau et plus confortable au ciel que sur la terre (Choisir un état de vie, 92-93).

3 – Le Fils se choisit comme Mère l’être humain qui appartient entièrement à Dieu, dans lequel rien n’est opposé au Père. On pourrait en venir à penser que le Fils se facilite ainsi les choses. Qu’il se prépare un nid où chacun au fond se plairait. N’aurait-il pas mieux fait de choisir une pécheresse pour la convertir par sa venue? Mais ce n’est pas de cela qu’il s’agit à présent. Le choix de Marie implique la plus haute considération pour le Père : le Fils veut lui montrer que la créature que le Père avait en vue lors de la création existe réellement… Mais pour le Fils, il sera bien plus difficile d’emmener dans sa Passion celle qui est innocente, de se servir de sa pureté au point de l’intégrer dans l’œuvre de la Rédemption, de faire d’elle la corédemptrice. Il sera beaucoup plus difficile d’associer à tout  cela un être immaculé plutôt qu’un converti qui a tant à expier lui-même et qui sera heureux de porter ainsi quelque chose de la dette commune. L’immolation de la Mère est ici toute proche du massacre des saints innocents (Marie dans la rédemption, 28-29).

4 – Jésus a été totalement homme. Il ne fut pas un enfant prodige. Marie a dû certainement aussi l’éduquer, comme le sont les autres enfants. Elle lui a appris à parler, à marcher, elle a dû laver ses couches. Il serait faux aussi de penser que, tout enfant, il a eu déjà pleine conscience de sa divinité et de sa mission. Ceci ne lui est advenu que lorsqu’il en a eu besoin, peut-être à douze ans dans le Temple, et puis sans doute aussi toujours plus souvent quand il a eu dix-huit, vingt ans. De même il était éveillé autant qu’un homme peut l’être. Sa jeunesse consistait à être purement enfant. Marie, par contre, en tant que mère, savait dès le début quelque chose du sacrifice, du moins qu’il aurait lieu, même si elle en ignorait le comment et le quand (NB 8, n. 843).

5 – Même si l’homme… ne veut pas entendre la parole (de Dieu), cela ne change rien au fait que le fond de son être… se trouve impliqué dans un dialogue avec Dieu, qu’il le veuille ou non (Sur Jn 1,3. Jean. Le Verbe se fait chair I,34).

6 – Pour la vie divine, nous ne sommes ni ne restons indispensables. Mais le fait même que nous soyons superflus nous amène à comprendre sa surabondance. En nous oubliant, en ne tenant pas compte de nous-mêmes, nous rencontrons sa grâce. Dans la grâce, le problème du moi, et donc aussi celui de saisir Dieu, n’existent plus. Dieu ne veut pas que nous cherchions à le différencier et à le comprendre comme on étudie un objet terrestre. Il nous montre de lui ce qui nous comble, nous unifie et nous décante :  sa grâce. Et tant que l’homme se contente de ce que Dieu lui donne de sa propre vie, i lvit en Dieu et de Dieu, et toutes choses sont ce qu’elles doivent être. Il est  alors comme un amoureux, ravi lorsque celle qu’il aime lui accorde une heure par jour, et qui ne s’inquiète aucunement de ce qu’elle peut bien faire pendant les autres heures. C’est quand l’homme commence à calculer, à scruter au-delà de ce que Dieu lui donne, lorsqu’il tente de comprendre et de dépasser la vie qu’il a en Dieu, afin de percer le mystère de la vie éternelle, que le malheureux tombe hors de la vie. (Sur Jn 1,4a. Jean. Le Verbe se fait chair I,44-45).

7 – Lorsqu’une personne a perdu ce qu’elle avait de plus cher, ce pour quoi elle a uniquement et exclusivement vécu, un  vide infini se fait en son âme et, de ce vide, elle crie vers Dieu. Elle voudrait que Dieu le comble. Il se peut que de cette détresse réelle surgisse sur un chemin qui mène à Dieu, qu’un reconnaissance de Dieu devienne possible. Mais il se peut également que ce Dieu ainsi imploré ne soit qu’une compensation passagère, oubliée dès qu’un autre objet terrestre vient remplir le vide qui s’était créé. Dans ce cas aussi, le monde n’a pas reconnu Dieu. Chaque fois que Dieu n’est qu’une fonction de ce je d’ici-bas, il demeure inconnu, fût-il fonction du besoin religieux. Car l’homme peut s’inventer un Dieu qui apaise en lui ses besoins religieux, comme le pain apaise sa faim, ou un partenaire ses appétits sexuels. On paie à un tel Dieu une sorte de tribut, on lui assigne dans sa vie une place bien circonscrite et déterminée; il a le droit de combler le petit vide qu’on lui a préparé provisoirement et qu’on pourra éventuellement réduire encore. Accueillir Dieu ainsi, c’est en vérité ne pas le reconnaître (Sur Jn 1,10-11. Jean. Le Verbe se fait chair I,108-109).

8 – Lorsqu’une personne commence à croire et s’engage sur le chemin de l’amour, elle croit tout d’abord au nom du Seigneur. C’est le début… Le nom lui donne accès au mystère… Même si elle ne connaît pas encore la plénitude de l’amour, même si elle ne saisit pas du tout la portée du mot croire. Elle sent seulement que, par la foi, quelque chose est entré en elle, a pris possession d’elle, quelque chose qui ne cesse de devenir plus grand et plus riche; elle perçoit en elle cette croissance inconnue qui n’a pas de nom, ce Verbe devant qui toutes les portes s’ouvrent. Et soudain elle comprend qu’en lui elle possède le pouvoir suprême, un pouvoir sur Dieu. Le pouvoir de contraindre Dieu à la reconnaître comme son enfant. Le pouvoir qui transforme le croyant… en quelqu’un qui désormais exige aussi; qui, avec la liberté des enfants de Dieu, peut se présenter devant le Père, pour réclamer son droit et son héritage. Il y a des choses que dorénavant il est en notre pouvoir d’exiger catégoriquement de Dieu. Nous pouvons exiger qu’il transforme les pécheurs que nous sommes en ses enfants. Nous pouvons exiger qu’il nous donne son Esprit. Nous pouvons exiger qu’il nous rende capables d’accomplir sa volonté.  Nous pouvons exiger de vivre en son Fils. Nous pouvons exiger que  tout contribue à notre bien. Nous pouvons exiger la vie éternelle. Bien sûr, nous n’avons pas le droit d’exiger de Dieu des choses qui procèdent toujours de sa liberté; qu’il nous appelle au sacerdoce, qu’il nous accorde tel ou tel charisme particulier dans l’Église. Mais nous avons le droit d’exiger son amour et, à l’intérieur de cet amour, il ne peut rien nous refuser (Sur Jn 1,12. Jean. Le Verbe se fait chair I,119-120).

9 – Dieu a vécu parmi les hommes une vie humaine; il nous a mis humainement devant les yeux ce que veut dire mener une vie sur terre pour Dieu et en Dieu. Il l’a fait à l’intérieur des limites et des possibilités mises à la disposition de tous… Il est comme le fils d’un riche employeur, qui s’offrirait à habiter avec les plus pauvres ouvriers de son père, afin de vérifier si, avec ce salaire et dans ces conditions de vie, on peut réellement joindre les deux bouts…  Il vit chez nous dans les mêmes conditions que celles où nous devons vivre. Et il fournit la preuve que cela est possible :  que l’on est capable de mener une vie chrétienne parfaite en ce monde-ci, avec toutes ses limites, son obscurité, sa mort. Il nous montre que, dans le cercle fermé de cette existence, l’on peut vivre une vie parfaitement ouverte à Dieu, une vie où l’on attend tout de Dieu seul… Il accueille toute son existence comme un don de la Trinité (Sur Jn 1,14a. Jean. Le Verbe se fait chair I, 138-139).

- 10 Être né de Dieu n’est pas un événement fait une fois pour toutes comme la naissance selon la chair. C’est un événement qui ne cesse de se réaliser ( Sur 1 Jn 3,10. Die katholischen Briefe 114).

- 11 En s’incarnant, le Fils a accompli toute l’espérance de l’ancienne Alliance. Il est venu nous montrer que Dieu pouvait vivre parmi nous, comme nous-mêmes pourrons vivre dans l’éternité (Sur 1 Co 13,13. Première Épître de saint Paul aux Corinthiens II,141).

- 12 Jésus-Christ : « Sa puissance est si grande qu’en tant que Dieu il peut se lier, se limiter lui-même comme homme » (NB 6,174).

- 13 C’est pour Dieu un vrai travail que de se faire entendre sur terre et même de se faire homme. Nous sommes tellement endurcis et tellement sans intelligence qu’il doit pour ainsi dire intervenir avec violence pour briser notre endurcissement et notre manque d’intelligence par les paroles et les visions des prophètes. Cela demande à Dieu beaucoup de peine pour qu’il puisse enfin oser venir dans le monde (NB 9, n. 1880).

Dimanche de la Sainte Famille ABC (Si 3,2-6.12-14; Col 3,12-21)

1 - Tout croyant… reçoit une mission de parole… Même pendant les moments de repos, de détente, de congé de la parole, il n’est pas permis de se griser de la musique de sa propre parole ou de mener une conversation pour le seul plaisir de parler. La responsabilité envers la parole ne connaît pas de pause, et pourtant elle n’est pas opposée à la gaieté et au repos de l’homme. Lorsque l’enfant Jésus joue avec sa Mère, il ne le fait pas par devoir mais par plaisir, et la Mère certainement aussi; toutefois même dans ce jeu, la parole demeure vivante, l’attitude d’ascèse, de foi, se maintient (Ils suivirent son appel 51-2).

2 – Quand Marie prie avec son enfant, elle emploie les mots qu’elle connaît, elle demande les choses qui lui semblent nécessaires, elle prie comme le fait une croyante; mais elle sait que le Fils, qui entend ces paroles, les reprend et les présente au Père d’une manière qui la dépasse. Parce que la manière dont le Fils parle au Père lui est inaccessible : cela fait partie du mystère trinitaire (NB 5,21)

3 – Le Fils est unique et nous venons immédiatement après lui, si nombreux que nous nous croyons innombrables, et pourtant nous sommes les fils dénombrés par Dieu malgré notre multitude (Sur Jn 1,18. Jean. Le Verbe se fait chair I,156).

4 – Le chrétien ne peut prendre ses distances vis-à-vis d’aucune des expressions de sa vie; tout doit le révéler comme chrétien. Ce qu’il dit ou fait doit faire savoir qu’il est conscient que Dieu est présent : Dieu le Fils, Dieu le Père qui peut être atteint par le Fils… Les croyants vivent en lui de sorte que, si le Seigneur habite en eux, ils annoncent sa présence par toute leur existence… L’existence appartient au service de sorte qu’ils n’entrent pas au service du Christ à certaines heures tandis qu’ils en gardent d’autres pour eux et pour le monde;… ils sont simplement  là au nom du Seigneur (Sur Col 3,17. Kolosserbrief 105).

Dimanche de la Sainte Famille C (Lc 2,41-52)

1 – En voyant Dieu, nous deviendrons ce à quoi il nous a destinés. Pour l’instant il doit nous suffire de savoir que nous sommes ses enfants; ce qui arrivera plus tard, nous pouvons le lui laisser. Parce que nous ne pouvons pas à présent le voir tel qu’il est, nous ne pouvons pas non plus nous représenter ce que nous serons. Mais nous n’avons pas besoin de nous en soucier.

Au ciel, Dieu ne va nous laisser dans l’ignorance de ce nous aurons à devenir. Pour le moment nous n’avons rien d’autre à faire que de devenir toujours plus ses enfants, nous devons lui laisser aveuglément comme des enfants tout ce qui va suivre. Notre tâche est claire : accueillir l’amour de Dieu de telle sorte que nous devenions ses enfants, et continuer à recevoir ce don de plus en plus (Sur 1 Jn 3,2. Die katholischen Briefe II, 96-97).

2 – Dieu montrer directement son amour à quelqu’un; il peut le faire aussi par d’autres, l’aimer par les autres, car l’amour vrai du prochain appartient à Dieu (Sur 1 Jn 3,1. Die katholischen Briefe II,93).

Épiphanie

1 - Pour les rois mages, l’étoile n’est pas seulement un phénomène surnaturel qui stimule leur foi, mais quelque chose de terrifiant qui fait éclater toutes les attentes des calculs humains et terrasse leur esprit jusqu’à l’agenouillement. Le droit chemin consiste pour eux à se laisser désormais guider par l’étoile qui leur fait connaître la puissance suprême du ciel. Ils suivent. Ils font l’apprentissage d’une obéissance de laquelle jusque-là ils ne savaient rien : non pas une obéissance aveugle, au contraire : une obéissance qui voit; une obéissance qui déjà permet de voir – car ils tiennent en effet leurs yeux fixés sur l’étoile -  et qui, à plus forte raison, débouche dans cette vue : la contemplation du Fils (Le Dieu sans frontière 59-60).

2 – On ne sait jamais comment on va rencontrer le Seigneur… Il en est de même pour le théologien qui étudie la foi (NB 9, n.1939).

3 -


27/04/2018. A suivre.

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