55. A.v.Speyr, Carême 1

 

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Adrienne von Speyr et Hans Urs von Balthasar

Matériaux pour les homélies

Mercredi des cendres (Jl 2,12-18 ; 2 Co 5,20-6,2 ; Mt 6,1-6.16-18)

1 – « Mon Père qui voit dans le secret te le rendra ». L’homme qui prie se tient comme nu devant Dieu après s’être défait de tout ce qui l’entoure. Il n’a pas de secret devant Dieu. Il se présente à découvert et Dieu voit tout. Et, dans le secret, il laisse Dieu faire tout ce qu’il veut. Il se laisse creuser et dilater par Dieu, car le secret de Dieu est bien plus grand et plus puissant que le sien… Et que le Père le voie dans le secret est déjà sa récompense : le fait qu’il existe vraiment une telle intimité entre Dieu et lui (Sur Mt 6,6. Le sermon sur la montagne 140.

2 – Toute l’ascèse, les exercices de pénitence, les humiliations corporelles, ont pour but ici-bas de rendre le corps libre pour l’Esprit (Nachlassbände – désormais NB - 4,118).

3 – On peut faire pénitence par mortification – pour se séparer personnellement de tout désordre de la chair -, mais aussi pour se préparer à une tâche, à une mission…  On peut faire pénitence dans ce sens, dans le but de montrer à Dieu sa bonne volonté, de lui faire un petit cadeau en quelque sorte qu’il peut utiliser comme bon lui semble. Et on lui explique de l’employer aussi un peu pour la tâche à venir… On doit se préparer à cette tâche par la pénitence comme la fiancée se pare pour la noce, comme on jeûne avant une fête pour se séparer du charnel et pour ainsi mieux percevoir la voix de Dieu parce qu’elle retentira alors dans un espace vide, un réceptacle purifié (NB 8, n.967).

4 – Ce n’est pas pour être récompensé par Dieu que nous faisons pénitence, c’est d’abord parce que nous suivons simplement le Christ, avec reconnaissance, ensuite aussi parce que, face au monde dans lequel nous vivons, nous voyons clairement qu’on ne peut l’aider en profondeur autrement que par la pénitence. Jésus nous en indique trois formes efficaces : l’aumône, la prière et le jeûne. On peut jeûner de multiples manières : par le renoncement aux aliments, aux agréments de toute sorte, au sommeil, à la joie, pour leur préférer les pauvres, les indigents, les infirmes. Ces hommes qui ne peuvent nous le rendre (Cf. HUvB, Lumière de la parole. Commentaire des lectures dominicales. Année A, 49).

1er dimanche de carême A (Gn 2,7-9 ; 3,1-7 ; Rm5,12-19 ; Mt 4,1-11)

1- L’histoire de la chute de l’humanité (première lecture) est expliquée dans la légende de la séduction des premiers êtres humains comme tentation d’être l’égal de Dieu. Le plus important dans ce récit est d’abord que Dieu n’a pas créé l’homme en étranger par rapport à lui, mais dans une relation d’amitié offerte par la grâce. Et ensuite que Dieu doit placer dans le libre choix une créature à laquelle il remet le don suprême de la liberté ; un être « endurci » dans le bien ne serait absolument pas libre. Et bien que Dieu sache par avance que l’homme libre de choisir ne résistera pas à la tentation d’être comme Dieu, il sait plus profondément dans son plan sur le monde, que l’Unique qu’il enverra comme son Fils dans la même tentation, résistera et par là remportera pour l’humanité entière, au milieu de la tentation, la victoire sur elle. Les premiers humains avaient cru que la connaissance non seulement du bien mais aussi du mal, les rendrait semblables à Dieu, mais qui veut explorer les secrets de Satan (cf, Ap 2,24) perd le goût et la connaissance du bien, qui est Dieu. Et parce que le bien est la vérité et le mal le mensonge (le serpent ment, le diable est le père du mensonge : Jn 8,44), l’homme qui pèche tombe dans une profonde ignorance (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année A, 49-50).

2L’évangile dépeint la victoire de Jésus après un jeûne de quarante jours : à un moment donc où il est naturellement le plus affaibli et le plus vulnérable à la tentation, mais surnaturellement le plus fort et le plus certain de vaincre. Sa tentation est parfaitement authentique, il éprouve l’incitation du mal, non pas superficiellement à une satisfaction sensible défendue, mais beaucoup plus profondément à la désobéissance à l’égard de sa mission divine : il pourrait se procurer la faveur de la foule par un miracle spectaculaire, le pouvoir sur le monde par l’acceptation de l’offre de celui qui est effectivement le prince de ce monde (Jn 12,31), mais à condition de le reconnaître comme tel. Aucune tentation n’était plus authentique et plus séduisante. Jésus qui, dans la tentation, connaît la puissance du mal autant que celle du bien, de Dieu, se décide en vertu d’une authentique liberté humaine pour le bien. L’obéissance à Dieu élève la liberté de choix dans la liberté parfaite (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année A, 50).

1er dimanche de carême   B    (Gn 9,8-15; 1 P 3,18-22; Mc 1,12-15)

1 – Devant la croix, nous demeurons toujours des injustes qui ont provoqué cette croix. Le Fils conduit au Père tous les désobéissants, le Père les reçoit de la main du Fils et en fait des obéissants. Mais le Fils accompli toute la rédemption sans la consolation de cette certitude (Sur 1 P 3,18. Die katholischen Briefe I, 358-359).

2 – « Et il demeura dans le désert quarante jours, tenté par Satan ». Le Seigneur reste quarante jours dans le désert et il est continuellement tenté par Satan. Il doit continuellement repousser des tentations. La durée des tentations indique déjà leur intensité. Il n’y a pas eu de trêve, ni de relâchement dans leur virulence. Or, si le Seigneur a eu besoin de quarante jours pour en venir à bout, il ne faut pas nous étonner d’avoir besoin, nous pécheurs, de beaucoup plus de temps, même si le Seigneur nous a déchargés de bien des tentations. Personne après lui ne devra les traverser toutes; lui, il les a toutes affrontées, et pas seulement des ébauches de tentations, mais de véritables tentations sataniques. Il ne faudrait pas penser que ce fût facile pour le Seigneur de tenir bon. Même s’il n’a jamais connu le péché, il est, pendant sa vie sur terre, un homme que les tentations touchent d’une manière aussi sensible que les autres hommes. La seule différence par rapport aux pécheurs, c’est qu’il les terrasse (Sur Mc 1,12. Marc 29).

3 – « Et il proclamait l’Évangile de Dieu ». Jésus quitte le désert et proclame l’Évangile. Il ne proclame pas son propre message, il ne proclame pas comme bon lui semble : il annonce la Bonne Nouvelle du Père. Il proclame la Bonne Nouvelle telle que le Père l’a mise sur ses lèvres et telle qu’il l’a préparée dans sa vie contemplative pour passer maintenant à l’action. Nous aurons nous aussi à reprendre des missions dont l’origine n’a pas été placée entre nos mains. Nous aurons la certitude de pouvoir la reprendre et la remplir correctement si nous la reprenons comme le Fils a repris la mission de Jean, si nous nous plaçons au cœur de la Bonne Nouvelle du Père, dans l’obéissance et dans la fidélité du Fils (Sur Mc 1,14. Marc 31-32).

4 – « Repentez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle ». Ici, il annonce ce qu’ils ont à faire, comment ils ont à se préparer, ce que le Père et lui attendent d’eux : « Repentez-vous et croyez ». Les hommes sont toujours appelés à se repentir, mais ils doivent maintenant espérer, croire à la bonté, à la joie de la Bonne Nouvelle. Ce qu’ils ont fait de mal, qu’ils s’en repentent, et qu’ils se réjouissent dans la foi en la Bonne Nouvelle que le Seigneur va leur annoncer, qu’ils vivent entièrement de la foi en cette Bonne Nouvelle, en cette joie. Mais seulement une fois repentis (Sur Mc 1,15. Cf. Marc 33).

1er dimanche de carême C (Dt 26,4-10 ; Rm 10,8-13 ; Lc 4,1-13)

1 – D’après ce récit évangélique, l’activité de Jésus commence par une errance dans le désert. L’histoire de l’Église nous montre qu’assez souvent des saints n’ont commencé leur mission parmi les hommes qu’après des années de désert et de solitude avec Dieu. Au désert, Jésus traverse les grandes tentations relatives à sa mission messianique. En aucun cas, nous n’avons le droit de mettre en doute ou de sous-estimer la profondeur des combats de Jésus. Lui qui a pris sur lui notre péché voulut aussi apprendre à connaître nos tentations, leur force sournoise et trompeuse de séduction. « Eve vit que l’arbre était bon à manger et séduisant à voir, et qu’il était, cet arbre, désirable pour acquérir l’entendement » (Gn 3,6). A celui qui a jeûné plus d’un mois et qui est affamé, un pain à portée de la main devait paraître désirable, la possession de ce monde qu’il devait apporter à son Père, souhaitable, et le miracle proposé, bien utile pour affermir sa position dans le peuple. Tout cela était très compréhensible ; pourquoi s’engager sur le chemin du renoncement ? Les trois versets de l’Écriture que Jésus oppose au diable, ne sont pas des formules récitées par cœur, mais des réponses amèrement conquises. On peut les appeler, en un sens plus élevé, une profession de foi existentielle (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année C. 47-48).

2 – « Confession de cœur et de bouche » (Rm 10,8-13). « Jésus est le Seigneur » et « Dieu l’a ressuscité des morts ». Les deux formules se tiennent parce qu’il est le Ressuscité, Jésus est le Seigneur qui règne sur le monde entier, donc aussi sur moi, sur mon cœur, sur ma vie. Il est le Seigneur « généreux envers tous ceux qui l’invoquent », qu’ils soient Juifs ou Grecs, Chinois ou Indiens (Cf. Ibid. 48-49).

19/01/2019. A suivre.

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