57. A.v.Speyr, Carême 3-5

 

57

Adrienne von Speyr et Hans Urs von Balthasar

Matériaux pour les homélies. Carême 3-5


3e Dimanche de carême   A    (Ex 17,3-7; Rm 5,1-2.5-8; Jn 4,5-42)

1 – La Samaritaine. Le Seigneur prend contact avec cette femme inconnue. Il le fait en lui demandant un service. Quand le Seigneur demande quelque chose à quelqu’un, cela veut dire qu’il s’ouvre à lui et se met à sa merci. Le service que la femme doit lui rendre fait partie de ses occupations quotidiennes. Le Seigneur ne nous demande pas plus que ce que nous possédons (Sur Jn 4,7. Jean. Le Verbe se fait chair II, 87-88).

2 – L’eau vive. L’eau vive dont le Seigneur parle ici, est l’ensemble de ce qu’il a à donner : depuis la simple notion de l’eau courante qui purifie et désaltère, à l’eau du baptême, à lui-même qui répand son sang, à la source de l’Esprit Saint, qui est don du Père et conduit au fleuve de la foi qui pour finir se jette dans la mer de la vie éternelle (Sur Jn 4,10. Ibid. 90).

3 – « Va, appelle ton mari ». Il l’envoie chercher le complice de son péché. Elle doit aller chercher celui avec qui elle fait ce qui avant tout lui est interdit; elle ne doit pas l’envoyer chercher, mais l’amener elle-même. Le Seigneur, avant de poursuivre, fait apparaître l’abîme qu’il y a entre ce qu’il promet, la vie éternelle, et ce qui est en elle : sa propre mort, le péché. Pour qu’elle puisse accueillir la lumière, il faut qu’elle rejette les ténèbres. Il prépare le chemin à la lumière en éclairant en elle ses ténèbres. Il faut qu’elle reconnaisse son péché. Il faut qu’elle cherche à se débarrasser de son péché pour que les flots de la lumière du Seigneur l’inondent (Sur Jn 4,16. Cf. Ibid. 94).

4 – « Seigneur, je vois que tu es un prophète ». Tu es un prophète, dit la femme, et elle veut dire : tu me scrutes jusqu’au fond. Tu vois ce que je suis et ce que j’étais. Le Seigneur ne lui fait aucun reproche. Il ne lui demande aucun détail, il les connaît à l’avance. Comme il sait la vérité, il n’a pas besoin d’y insister. Ce qui lui importe, c’est la lumière seule. Ce qui prime, ce n’est pas que les ténèbres soient éclairées, c’est la lumière. Et à présent il a atteint ce qu’il recherchait : la clarté entre lui et la femme (Sur Jn 4,19-20. Cf. Ibid. 97).

5 – Les deux premières lectures préparent le merveilleux entretien de Jésus avec la Samaritaine. Une première prévenance de la grâce est la demande de Jésus de lui donner à boire. Un don que la pécheresse ne comprend pas, bien qu’elle refuse pas la demande ; nous ne savons pas si elle a donné à boire à Jésus. Vient alors en second l’offre de l’eau vive, du don céleste de la vie éternelle, offre que la pécheresse est incapable de concevoir. Seule la troisième gce se crée un accès au cœur fermé : la confession que Jésus donne à le femme en la tirant de son propre savoir ; la femme est désormais accessible à la parole du « prophète » : l’entretien sur l’adoration de Dieu commence. En deux ou trois échanges, on arrive à l’adoration en esprit et vérité, et à la révélation de Jésus par lui-même comme le Christ de Dieu. Ici l’eau de la grâce a pénétré jusqu’au fond de l’âme pécheresse, l’a purifiée et l’a poussée à l’action apostolique. La pénitence de la femme – le fait qu’elle reconnaît de bon gré le péché qui lui est dit en face – est presque insignifiante en regard de la grâce qui détermine tout depuis le début (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année A, 54).

3e Dimanche de carême   B   (Ex 20,1-17; 1 Co 1,22-25; Jn 2,13-25)

1 - Si, en chassant les vendeurs du Temple, le Christ avait laissé libre cours à sa colère divine, il n’aurait pas seulement renversé les tables, dispersé la marchandise et frappé les hommes, il aurait aussi détruit le Temple, car il sait fort bien qu’à peine parti les hommes reviendront s’installer pour faire leur commerce. Une mère peut châtier son enfant dans une vraie colère sans renoncer un seul instant à son amour pour lui (Nachlassbände - désormais NB - 6,313-314).

2 – Une foi basée uniquement sur le calcul d’un spectacle n’est pas la foi. La foi n’est jamais le résultat d’un calcul. Elle peut bien naître à l’occasion d’un miracle visible, mais personne n’a le droit d’en faire dépendre sa foi. Même les Juifs n’avaient pas ce droit devant Dieu, bien que la nouveauté de la foi puisse dans une certaine mesure rendre plausible leur réticence à croire sans preuves sensibles. Et pourtant ils n’ont pas le droit de marchander avec Dieu. Mais pas davantage les chrétiens, en raison des grâces reçues, n’ont-ils le droit d’en revendiquer d’autres. Si la grâce est invisible, et peut-être le demeurera-t-elle toujours, on n’a jamais le droit de réclamer qu’elle devienne visible et nous devons nous contenter de cette obscurité. Quelle que soit la nature de la grâce, Dieu exige en tout cas la foi (Sur Jn 2,19. Jean. Le Verbe se fait chair II,46).

3e Dimanche de carême   C  (Ex 3,1-8.10.13,,,-15; ,1 Co 10,1-6.10-12; Lc 13,1-9)

1 – « Peut-être donnera-t-il du fruit à l’avenir ». L’évangile d’aujourd’hui est fait de purs avertissements. Pour Jésus, tous les hommes son menacés dans la mesure où ils sont pécheurs. Pour finir, Jésus raconte l’histoire du figuier qui ne porte pas de fruit. A la demande du jardinier, l’arbre reçoit une dernière chance : « Peut-être donnera-t-il du fruit à l’avenir. Sinon, tu le couperas ». Une grâce est offerte à l’arbre, une grâce qu’il n’a pas méritée. La grâce ne produit pas automatiquement du fruit ; l’homme doit collaborer avec la grâce. – La deuxième lecture donne un aperçu des grâces reçues par Israël dans le désert, et le peuple a été ingrat, il murmura contre Dieu, et ainsi la plupart ne parvinrent pas au but promis par Dieu. C’est un avertissement pour l’Église. Justement parce qu’elle est plus comblée de grâces, elle est plus menacée. Ceux qui sont prédestinés à une plus grande sainteté peuvent devenir les apostats les plus dangereux et entraîner avec eux dans le reniement des parties entières de l’Église. La patience de Dieu n’a pas de limite, mais Dieu ne peut verser aucun salaire pour une vie stérile, comme le montre la parabole des talents (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année C. 51-52).

2 - Dieu est Dieu, sa volonté est suprême, absolue, et qui lui résiste se fait du tort à lui-même. La volonté de l’homme ne peut se déployer que si elle s’insère dans la volonté de Dieu Trinité (Sur 1 Co 10,10. Cf. Première épître de saint Paul aux Corinthiens II,14).

4e Dimanche de carême   A (1 S 16,1.6-7.10-13; Ep 5,8-14; Jn 9,1-41)

1 – Un homme aveugle de naissance. Le Seigneur remarque le défaut physique d’un homme. Et il y reconnaît la similitude de la cécité spirituelle. Tout homme est aveugle jusqu’à ce que le Seigneur touche ses yeux. Et même c’est l’humanité tout entière qui était aveugle jusqu’à la venue du Seigneur. C’est depuis les origines que retentit la promesse divine de la lumière, mais les hommes, au lieu de vivre dans la lumière de cette promesse, se sont rendus peu à peu insensibles à son égard. Leur péché a tellement rempli le vase dans lequel la grâce devait se répandre qu’au moment où elle leur est offerte, ils ne la reconnaissent plus ni ne peuvent l’accueillir. Tout homme qui ne possède pas une foi vivante est aveugle. Lorsque le Seigneur a une fois touché les yeux d’un homme en lui donnant de voir, le monde entier prend pour lui un visage nouveau. Il voit ce que Dieu a mis dans l’homme, ce qu’il voudrait voir en lui et voit réellement et ce qu’il permet aux croyants de voir (Sur Jn 9,1. Cf. Jean. Les controverses II, 5-6).

2 – « Je suis la lumière du monde ». Il est toujours la lumière en tant que telle, même dans l’éternité. Mais aussi longtemps qu’il est dans le monde, il est la lumière du monde. Il est la lumière éternelle dans la lumière du Père, il est la lumière du monde dans la ténèbre. Car c’est pour elle qu’il est dans le monde. Il est prêt à la faire briller et à la dévoiler, à la montrer à tout cœur qui ne la connaît pas. Et comme il n’est  pas question ici de la ténèbre abstraite du péché mais de la ténèbre concrète du pécheur lui-même, le Seigneur est prêt à prendre sur lui tout le poids de son péché et de le porter sur la croix afin de la transformer ainsi en lumière (Sur Jn 9,5. Cf. Ibid. 19).

3 – Les aveugles verront. Les aveugles sont ceux qui se savent aveugles, qui savent que la lumière leur manque. Donc ils cherchent et connaissent une tension. Ils ont, sinon des yeux, du moins une oreille ouverte à la vérité, ils ne s’y sont pas fermés hermétiquement.  Ils savent que quelque chose en dehors d’eux doit les combler. Ils sont vraiment humbles et on ne saurait leur reprocher de n’avoir pas encore la foi. Ils sont là comme des mendiants avec leur péchés, leur manque d’amour, leur vie mauvaise. Aussi le Seigneur peut-il les guérir en passant (Sur Jn 9,39. Cf. Ibid. 38).

4 – La longue histoire de la guérison de l’aveugle-né tend à cette alternative : celui qui reconnaît qu’il doit sa vue, sa foi, au Christ, vient, par pure grâce, à la lumière ; par contre, celui qui pense être voyant et bon croyant par lui-même et sans en être redevable à la grâce, celui-là est déjà aveugle et le sera définitivement. L’aveugle de naissance que Jésus rencontre ne demande pas tout d’abord à Jésus de le rendre voyant. Ensuite il se transforme lentement en un parfait croyant. D’abord il obéit sans comprendre : « Va te laver à la piscine de Siloé. L’aveugle s’en alla, il se lava ». Ensuite il ne sait même pas qui l’a guéri. Devant les pharisiens, il s’enhardit et reconnaît dans son guérisseur un prophète. Puis il acquiert le courage de défier ses adversaires : « Auriez-vous envie vous aussi de devenir ses disciples ? » Il se laisse expulser de la synagogue, il est mûr alors pour rencontrer Jésus et pour l’adorer en croyant. Sortant des ténèbres sans espoir, il grandit dans la plus pure lumière de la foi, tout cela par la force d’une grâce offerte dont il suit la logique avec obéissance (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année A, 55-56).

4e Dimanche de  carême   B (2 Ch 36,14-16.19-23; Ep 2,4-10; Jn 3,14-21)

1 – Le Seigneur élevé sur la croix devient transparence vers le Père. Ce n’est qu’à travers lui et seulement les yeux levés vers lui que nous pouvons voir le Père. En regardant dans la foi vers le Seigneur ainsi élevé, nous sommes débarrassés de notre péché, comme les Juifs croyants le furent de leur maladie lorsqu’ils levaient les yeux vers le serpent d’airain. Car le péché n’est jamais supprimé du fait qu’on le regarde, mais toujours et seulement par le regard sur la pureté qui nous entraîne vers le haut. C’est la contemplation de la pureté qui purifie, mais de la pureté en tant que chemin vers l’amour. Jamais la pureté n’est un but en soi. Être libre du péché n’est jamais un lieu de halte, mais toujours un chemin pour avancer, et avancer en se quittant soi-même, le chemin partant de la morsure du serpent vers le Dieu qui guérit (Sur Jn 3,14-15. Jean. Le Verbe se fait chair II,66).

4e Dimanche de carême C  (Jos 5,10-12 ; 2 Co 5,17-21 ; Lc 15,1-3.11-32)

1 – « Le père courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers ». La parabole de l’enfant prodigue est peut-être la plus émouvante de toutes les paraboles de Jésus. La personnalité des deux fils ne sert qu’à révéler le cœur du Père. Jamais Jésus n’a décrit le Père du ciel d’une manière plus frappante qu’ici. L’admirable commence déjà par le geste du père qui exauce la demande du fils et lui remet la part d’héritage qui lui revient. Pour nous, cette part d’héritage donnée par Dieu, c’est notre existence, notre liberté, notre intelligence, notre responsabilité personnelle. Que nous dilapidions tout cela et tombions dans la misère et que la misère nous amène à réfléchir, ce n’est pas cela au fond qui est intéressant. Ce qui l’est, c’est le père qui guette le retour de son fils, c’est sa compassion, son accueil extraordinaire du fils, la fête décidée pour lui. Et même pour le fils jaloux, pour le fils rétif, le père n’a pas de parole dure : ce qu’il lui dit c’est la simple vérité : à celui qui persévère aux côtés de Dieu, tout appartient en commun avec Dieu (HuvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année C. 53).

5e Dimanche de carême   A (Ez 37,12-14; Rm 8,8-11; Jn 11,1-45)

1 – Le Seigneur annonce que Lazare ne mourra pas, bien qu’en fait il meure tout de même. Mais aux yeux du Seigneur, cette mort de Lazare n’est pas vraiment une mort, non pas tellement parce que Lazare sera bientôt rappelé à la vie, mais bien plutôt parce qu’elle sert à glorifier Dieu. La mort en tant que telle est quelque chose de définitif, une disparition, un terme. Mais ici elle mène à tout le contraire : à un début, à une promesse. Tout le mystère de la rédemption du Seigneur se trouve préfiguré ici. La mort corporelle n’a plus aucun poids en comparaison de la promesse divine qu’elle fait naître : elle est tout simplement dépassée, elle est illuminée de l’éclat de la glorification du Fils (Sur Jn 11,4. Cf. Jean. Les controverses II, 91).

2 – Le Christ est la résurrection et la vie. La résurrection est le passage vers la vie nouvelle lorsque l’ancienne se termine. Or cet achèvement n’est pas une fin, la vie ancienne a plutôt sa place dans la nouvelle. Le Seigneur est la résurrection, et il est en même temps la vie. La résurrection est un moment, une étape à l’intérieur de la vie du Seigneur. C’est l’étape de l’épanouissement subit, direct et réel, le tournant infini, un processus si abrupt qu’on ne lui trouve aucun point de comparaison dans la nature. Ce qui reste de l’ancienne vie ne peut être considéré comme insignifiant parce qu’elle est une vie formée par le Seigneur. Cette ancienne vie n’est pas abandonnée, elle est passée dans la nouvelle. Le souvenir de notre vie passée reste vivant. Nous n’arrivons pas comme des intrus, nous sommes depuis longtemps attendus par lui et donc les bienvenus.  Nous apportons nos dons. Nous apportons tout ce que nous avons reçu du Seigneur au cours de notre vie terrestre, si mal traité que ce soit, car ses dons sont indestructibles et ineffaçables (Sur Jn 11,25-26. Cf. Ibid. 128-129).

3 – « Alors Jésus leva les yeux ». Le Seigneur détourne son regard des hommes pour le porter vers Dieu. Il remercie le Père de lui avoir donné ce frémissement devant la tombe car il renferme le prélude de l’accomplissement de sa mission, et donc aussi de sa glorification. Car l’essentiel ne réside pas dans le miracle, mais dans la glorification. L’homme ne sait jamais quand s’accomplit l’essentiel. Le malade ne connaît pas l’acmé de sa maladie. La femme ne sait pas quand elle conçoit. L’homme ne sait pas quand Dieu lui pardonne et quand il le gratifie. Lors même que le Père et le Fils livrent leurs secrets en les révélant, il y aura toujours entre eux des rencontres auxquelles les hommes n’ont pas accès. Le Père et le Fils se réservent une ultime intimité dont les hommes ne peuvent percevoir l’éclair (Sur Jn 11,41. Cf. Ibid. 151-152).

4 – La résurrection de Lazare est le denier signe de Jésus avant sa passion. Celui qui va au-devant de la mort, veut auparavant voir la mort en face. C’est pourquoi il laisse expressément mourir Lazare malgré les demandes de ses amies ; il veut se tenir devant le tombeau de son ami, fermé par une pierre, et pleurer, bouleversé à cause de la terrible puissance de ce « dernier ennemi ». Sans ces larmes au tombeau, Jésus ne serait pas l’homme qu’il est. Ensuite tout se précipite : d’abord vient l’ordre d’écarter la pierre (en dépit des objections), ensuite la prière adressée au Père, car le Fils implore encore d’en haut tout miracle qu’il opère, jamais ce n’est de la magie. Puis l’ordre : « Lazare, viens ici. Dehors ! » Sa puissance sur la mort est une partie de sa mission ; elle ne sera pourtant un « plein pouvoir », même pour nous, que lorsqu’il mourra lui-même en exhalant l’Esprit Saint vers Dieu et vers l’Église. C’est seulement parce qu’il meurt de cette mort d’amour obéissant qu’il peut se nommer lui-même « la résurrection et la vie », et dire de lui la parole dépassant la mort : « Qui croit en moi, fût-il mort, vivra » (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année A, 58).

5e Dimanche de carême   B (Jr 31,31-34; He 5,7-9; Jn 12,20-33)

1 – « Si quelqu’un me sert, mon Père l’honorera ». Le Père sait que servir le Fils n’est rien d’autre qu’aimer le Fils. Il y a quelque chose de très délicat dans ce  mystère du Père qui nous honore. Lorsque quelqu »un arrive au ciel, lorsque le Père l’embrasse tout simplement avec amour et le traite comme son enfant chéri, l’homme concerné devrait se demander comment il en arrive à être à ce point surestimé; il pourrait en être gêné et se demander ce qu’il a fait pour mériter cela. Or cette gêne gâcherait tout. A notre grand étonnement, le Père nous compte comme mérite le service que nous avons rendu au Fils. Ce n’est qu’à l’intérieur de l’amour qu’on peut parler de mérite, parce qu’il renferme en lui un des plus beaux mystères de l’amour (Sur Jn 12,26. Cf. Jean. Les controverses II,202-204).

2 – « Là où je suis, là aussi sera mon serviteur ». Ce n’est pas le Seigneur qui se trouvera à l’endroit du serviteur, c’est plutôt le serviteur qui se verra assigner un endroit dans le domaine du Seigneur. Il y aura des moments où il saura cela avec précision. Il y aura d’autres moments dans l’obscurité où il ne s’en rendra pas compte. Mais même dans la nuit il retiendra cette parole mystérieuse du Seigneur : que le serviteur sera réellement là où est le Seigneur. Le serviteur peut avoir l’impression de s’être éloigné du Seigneur ou que le Seigneur s’est éloigné de lui, mais s’il est vraiment un serviteur et s’il n’a pas abandonné le service et s’il ne le résilie pas, il se trouve néanmoins là où est le Seigneur (Sur Jn 12,26. Ibid. II, 200).

3 – Celui qui hait sa vie ici-bas, la livre tout entière à Dieu pour qu’il en fasse ce qu’il veut. Lui, qui est la vie éternelle, nous comblera. Celui qui donne sa vie et la garde pour la vie éternelle trouvera sa vie d’ici-bas dans l’au-delà, car même la vie terrestre du Seigneur se poursuit dans la vie éternelle. Celui qui vit sa vie d’ici-bas dans le Seigneur participe déjà actuellement à la vie éternelle. S’il meurt, il emporte sa vie éternelle dans l’éternité comme quelqu’un qui vient de l’éternité, et ainsi sa vie éternelle dans l’au-delà ne pourra pas être sans relation avec sa vie éternelle d’ici-bas. Il continuera donc là-haut à aimer ceux d’ici-bas et à vivre pour eux dans la ciel (Sur Jn 12,25. Cf. Ibid. II,198-199).

5e Dimanche de carême    C (Is 43,16-21; Ph 3,8-14; Jn 8,1-11)

1 – La femme adultère. Au centre se tient la femme dans son angoisse muette. L’importance que le péché avait pour elle n’apparaît pas; ni même si elle est contrite ou seulement honteuse à se trouver ainsi compromise. Elle se tient là comme une personnification de ce péché et doit s’attendre à la peine prévue pour ce péché. Pour elle, tout se passera comme cela doit se passer car la Loi est inexorable. Elle se trouve dans la situation du pécheur damné. Le Seigneur se trouve confronté avec le péché déclaré, tout d’abord avec le péché de la femme dénoncée publiquement, et ensuite avec le péché de tous les autres, dont nul ne souffle mot (Sur Jn 8,3-9. Cf. Jean. Les controverses I, 133).

2 – La seule qui avoue, c’est la femme. Elle ne le fait pas librement mais du fait qu’on l’a prise en défaut, que son aveu lui est extorqué au milieu de cette foule. Son péché est dénoncé et connu. Elle s’est confessée. Le Seigneur peut lui pardonner. En elle, le Seigneur reconnaît l’essence de la confession. Et il voit aussi le sacrifice que ce pardon implique pour lui. Il ne peut exiger du Père de pardonner à ces pécheurs  du simple fait que lui, le Fils, les aime. Il doit répondre d’eux en prenant sur lui leur péché. Dans son amour, il voit cette femme, il voit l’amour possible entre lui et elle. C’est pourquoi il voit en elle, comme en transparence, l’image de sa Mère (Sur Jn 8,3-9. Cf. Ibid. 134).

3 – « Moi non plus, je ne te condamne pas, lui dit Jésus ». Après que la femme s’est confessée et que ses ténèbres sont dévoilées, elle comprend soudain qu’il n’y aura d’autre jugement que celui-ci : se présenter à la lumière. Elle sait maintenant que par la seule présence du Seigneur elle est comblée de sa grâce nouvelle. Son péché a disparu. Il ne s’est cependant pas évaporé, ni simplement réduit à néant; il n’a  disparu que parce que le Seigneur était prêt à s’en charger, à s’engager pour lui. Il a pris sur lui le péché de cette femme et c’est celui-ci qu’il veut porter. Où les autres sont allés, la femme ne le sait pas. Elle ne sait que ce qui s’est passé en elle-même. Elle comprend une chose : qu’elle se trouve seule et sans péché avec le Seigneur (Sur Jn 8,9-11. Cf. Ibid. 138).

4 – L’évangile nous montre des pécheurs qui, sous les yeux de Jésus, accusent un autre pécheur. Jésus qui écrit sur le sol est comme absent. Deux fois seulement il rompt son silence : la première fois pour rassembler les accusateurs et l’accusée dans la communauté de la faute, la seconde fois pour prononcer son pardon – puisque personne ne peut plus condamner un autre. Devant sa souffrance muette pour tous, toute accusation devra aussi se taire, puisque « Dieu a enfermé tous les hommes dans la même désobéissance », non pour les punir, comme le voudraient les accusateurs, mais pour faire à tous miséricorde » (Rm 11,32). Si personne ne peut condamner la femme, ce n’est pas dû seulement à la première parole de Jésus, mais davantage à la seconde : il a souffert pour tous, afin d’acquérir pour tous le pardon du ciel, et pour cette raison plus personne ne peut accuser un autre devant Dieu (Cf. HuvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année C. 55).

5 – « J’oublie ce qui est derrière moi » (Saint Paul). Paul est totalement subjugué par ce pardon de Dieu à travers la passion et la résurrection de Jésus. A côté de cette vérité, rien d’autre ne garde encore de valeur : tout est abandonné comme des « balayures » pour gagner l’événement de la passion et de la pâque du Christ. Il sait que ce qui est arrivé est notre véritable avenir, vers lequel notre vie se dirige ; et nous y allons par la voie directe sans regarder à droite ou à gauche, mais seulement avec « les yeux fixés sur le but ». Le but est le présent : l’homme a été saisi par le Christ. Il poursuit ce but sans penser l’avoir saisi lui-même. Le chrétien ne regarde pas en arrière, mais toujours vers l’avant : par cette course, toute son existence reçoit son sens. Si nous allons vers le Christ, tout regard en arrière sur une faute passée pour s’en chagriner, ne peut qu’être néfaste, car elle a été pardonnée (Cf. Ibid. 56).

31/03/2019. A suivre.


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