60. A.v.Speyr, Carême 6

 

60

Adrienne von Speyr et Hans Urs von Balthasar

Matériaux pour les homélies. Carême 6

 

Dimanche des rameaux (Is 50,4-7; Ph 2,6-11; Mt 26,14-27,66; Mc 14,1-15,47; Lc 22,14-23,56)

1 - Les trois apôtres à Gethsémani. Le Seigneur va prier seul dans l’angoisse. Il revient vers ses apôtres pour leur en faire part. Ils dorment. Ils sont tiraillés entre l’obéissance : « Priez », et le souci d’eux-mêmes (leur capacité de prière est petite). Ils ne sont pas prêts à entrer avec lui dans son angoisse. Ici se remarque la tiédeur de l’Église, mais aussi la faiblesse du Seigneur devant son Église. Il ne peut employer la force pour briser ce qui lui résiste. Non parce que Dieu serait faible devant sa créature, mais parce qu’il a choisi cette faiblesse pour s’en aller seul sur le chemin de l’abandon (Nachlassbände - désormais NB - 5,98-99).

2 – Les larrons crucifiés avec le Seigneur… sont pour lui des étrangers, des inconnus… Sans se lasser, le Seigneur associe à sa mort les hommes les plus étrangers. Et l’Église n’a pas le droit de refuser l’accès à l’Église et à ses sacrements, au moment de leur mort, à des hommes qui, comme les larrons, étaient apparemment loin de la foi, n’y avaient peut-être adhéré qu’extérieurement  et qui, comme les larrons, après quelques essais, s’en étaient à nouveau détournés. Ceux-là aussi, à l’heure de leur mort, peuvent recevoir la grâce de la conversion et,  par les derniers sacrements, être introduits à l’improviste au centre du mystère de la mort du Seigneur. Et le Seigneur prête assistance aux larrons au moment de leur mort en partageant, de manière divine, leur mort humaine. L’un des deux, il le sauve tout de suite  et de façon visible; l’autre, il le laisse cheminer sur la route des pécheurs, qui demeure invisible; tout ce qu’on sait de lui, c’est que le Seigneur est mort aussi pour lui (Sur Jn 19,18. Jean. Naissance de l’Église I,118).

3 – « L’un de vous me trahira ». Tous se mettent à poser la question, y compris Jean : « Pas moi quand même? » Toute l’Église doit toujours participer à cette incertitude; personne ne peut dire avec assurance : ce n’est pas moi. Et si l’un tombe, tous sont concernés. Leur tristesse est justifiée ; si ce n’est pas eux, c’est l’un de leurs frères. (Sur Mt 26,20-23. Passion nach Matthäus 19).

4 – Chaque péché en particulier aggrave le sort du Seigneur… Il faut que nous sachions que nous rendons sa voie plus douloureuse par chacun de nos péchés… Le pénitent doit savoir que son péché (comme la gifle du serviteur) augmente les souffrances du Seigneur (Sur Jn 18,24. Jean. Naissance de l’Église I,37-38).

5 – « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné? » Si le Fils est abandonné du Père, que nul ne songe que le Père lui aussi ne soit pas abandonné du Fils. Car si le Fils ne peut plus atteindre le Père, il est impossible que le Père puisse encore atteindre le Fils. Le Père aussi est abandonné à la croix et séparé de son Fils, séparé de lui.Il en est ainsi parce que l’amour est une unité et que dans l’amour il est impossible que l’un soit frappé sans que l’autre aussi soit frappé (Sur Jn 8,18. Jean. Les controverses I,150-151).

6 – Le Fils a quitté deux fois sa vie pour se mettre à notre service dans l’amour : en quittant la Trinité pour devenir homme, en quittant sa vie terrestre par sa mort. En se dépouillant ainsi deux fois, il a montré ce dont l’amour était capable. Il a montré aussi que l’amour est réduit à un mot sans contenu s’il ne peut aller jusqu’à donner sa vie pour se réaliser (Sur 1 Jn 3,16. Die katholischen Briefe 128).

7 – Placé dans un tombeau neuf, le Seigneur bénit toutes les sépultures jusqu’au jugement dernier. Le Seigneur met sa résurrection comme gage dans tous les tombeaux à partir du moment où, par sa mort, il a vaincu le monde… Le tombeau sert comme d’une sorte de lieu de rencontre secret sur terre entre le Père et le Fils. Le corps est laissé seul dans le tombeau avec la grosse pierre qui le ferme. Il est abandonné à Dieu. Il est inaccessible aux hommes. Les hommes ont fait leur œuvre; ils l’ont tué et mis au tombeau. Ce qui reste, c’est quelque chose de divin. Dans le corps ici couché est continuée une œuvre céleste commencée avant l’Incarnation. Pour Dieu, il n’était pas plus difficile de faire un corps là où il n’y avait pas de corps que de tirer d’un cadavre un corps ressuscité. Le sépulcre intact, jamais utilisé, renvoie à la virginité de Marie. Des deux côtés, quelque chose qui est déposé, semble-t-il par un Joseph. Des deux côtés, Dieu va faire éclater les lois humaines pour manifester sa vie. Il va briser les lois humaines. Le Fils se met à la disposition du Père… (Sur Mt 27,60. Passion nach Matthäus 202-205).

8 – Quand Jésus est tout petit, toute la vie de Marie baigne dans la grâce. Quand Jésus est devenu adulte, le plus dur pour Jésus est qu’il doit faire partager à sa Mère les souffrances incluses dans sa mission (NB 9, 1992).

9 – La plus grande douleur qu’on puisse infliger (au Père), c’est de tuer son Fils; mais en mourant, le Fils lui témoigne un amour si grand qu’il surpasse même cette douleur… Là où l’opprobre du monde infligé à Dieu parvient à son comble, là aussi l’amour du Fils pour le Père et la glorification du Père atteignent leur perfection. Là où le Père est le plus douloureusement touché, le Fils lui enlève toute souffrance. Après la mort du Fils par la main des hommes, le Père est plus riche en amour; car sa création lui est rendue par l’amour plus grand du Fils (Sur Jn 18,32. Jean. Naissance de l’Église I,562).

10 -  (Jésus accomplit une petite prophétie : s’asseoir sur le petit d’une ânesse). En accomplissant cette prophétie, il réalise ce qui est grand : la volonté du Père, ce qui est la chose la plus importante… Tout ce qui est petit dans la voie du chrétien participe à ce qui est grand… à condition toutefois que ce qui est grand s’humilie, devienne petit et quotidien et insignifiant (Sur Jn 12,14-15. Jean. Les controverses II,186-187).

11 – Le mystère de la souffrance substitution du Serviteur de Dieu s’étendra par sa grâce à certains des siens qui ont été sauvés par lui… Sans que ce soit de leur faute, il y a des temps où Dieu leur cache son visage : c’est la nuit de Jean de la croix, le crépuscule de Thérèse de Lisieux (Sur Is 54,6-10. Isaias 107).

12 – Sa mort sur la croix ne sera pas un trait final sur tout ce qu’il a réalisé jusqu’ici de sorte que rien d’entièrement nouveau ne pouvait désormais se produire. Sa vie au ciel sera le prolongement de sa vie terrestre et il n’y cessera pas d’agir comme il l’a fait ici-bas (Sur  Mt 5,18. Le sermon sur la montagne 55-56).

13 – La croix du Fils contient aussi en vérité celle du Père; la manière dont Dieu le Père est touché par le péché et comment il y remédie en intervenant constamment contre l’offense qui lui est faite. C’est pour ainsi dire la « croix » du Père que l’image de la colère lui soit attribuée dans l’Ancien Testament jusqu’à ce que le Fils en dévoile sur la croix le sens dernier (Sur Is 59,15-20. Isaias 155).

14 – (Le monde) ne saura pas que le point culminant de cette Passion n’est pas la mort physique du Seigneur, mais son ultime délaissement où, chargé de tous les péchés du monde, il est séparé du Père. Cette séparation qui ne durera que peu de temps aura, pour le Seigneur, le poids de l’éternité. Il se sentira sur la croix délaissé jusqu’à la mort, une mort infinie et éternelle, où tout instant et tout point de vue temporels ont totalement disparu. Ce qui pour les hommes ne sera que peu de temps représentera pour lui une éternité (Sur Jn 14,19. Jean. Le discours d’adieu I,165).

15 – (Le repentir de Pierre) Éloigne-toi de moi, car je suis un pécheur. Pourquoi suis-je encore en train de parler avec toi? Le souffle de ma bouche te touche comme un poison et te souille. Éloigne-toi de moi et défais ce lien impossible entre nous. Il fut un temps où j’étais un pécheur entre d’autres pécheurs, et je pouvais alors saisir le présent de ta grâce… comme le mendiant reçoit la petite monnaie qu’on lui jette. Je pouvais m’en servir pour acheter du pain et de la soupe, et ainsi vivre par toi. J’avais la joie de goûter la joie du repentir. Il m’était permis de savourer l’herbe amère de la contrition comme un bienfait de ta grâce. La douceur de ta grâce l’emportait sur l’amertume de ma faute.

Mais aujourd’hui? Que faire? Dans quelle cachette me glisser afin que tu ne me voies plus, que je ne te sois plus à charge, que l’odeur de ma pourriture ne t’incommode plus? Je t’ai offensé en plein visage et la bouche qui s’est posée mille fois sur tes lèvres divines a aussi baisé les lèvres du monde et prononcé cette parole : « Je ne le connais pas ». Et en vérité je ne le connais pas, cet homme. Si je le connaissais, je n’aurais pas pu le trahir ainsi : d’une manière si effrénée, si naturelle. Ou, si je le connaissais par hasard, en tout cas je ne l’aimais pas. Car l’amour ne trahit tout de même pas ainsi, il ne se détourne pas de l’air le plus innocent, l’amour n’oublie pourtant pas l’amour.

Que j’aie pu t’abandonner après tout ce qui s’est passé entre nous, prouve seulement une chose : que je n’étais pas digne de ton amour, que moi-même je n’ai jamais réellement possédé l’amour. Ce n’est pas de l’orgueil, ce n’est pas de l’humilité, c’est tout simplement la vérité, si je te dis : c’est assez. Je ne veux pas qu’un rayon de ta pureté s’égare encore dans mon enfer… Il y a une trahison qu’il n’est pas possible de réparer. Éternellement il en restera quelque chose, jamais mon regard ne pourra de nouveau rencontrer ton regard…

Cette fois-ci, je sais qui je suis. Cette fois-ci, c’est définitif… Laisse-moi seul. Que ta mère aussi ne me touche pas. Je ne suis pas pour vous un objet à regarder. Ne gaspillez pas votre pitié en moi, elle serait mal placée. Qu’il m’arrive ce qui doit m’arriver. A celui qui est là, à ta droite, tu as promis le paradis. Je le lui laisse de bon cœur. Il l’a bien mérité. Il ne savait pas ce qu’il faisait. Soyez heureux, tous les deux ensemble, dans votre jardin céleste. Quant à moi, ne te torture pas à mon sujet. Je demeure celui qui est à gauche… Essaie de m’oublier… (HUvB, Le cœur du monde, édition 1956, 156-161).

16 – Sur la croix, Jésus n’a rien perdu de son pouvoir de toucher les hommes. Ils répondent par la vérité ou le mensonge, l’amour ou la haine. Sa chair est tellement habituée aux hommes qu’il n’oublie à aucun moment de servir le prochain et d’entrer en communion avec eux (Sur Mt 27,38. Passion nach Mathäus 161).

Jeudi saint (Jn 13,1-15)

1 – Si les chrétiens n’étaient plus conscients qu’ils ont à lutter contre le diable, leur christianisme tomberait dans un optimisme superficiel; une exaltation étourdie prendrait la place du sérieux de l’amour (Jn 13,2. Jean. Le discours d’adieu I,19).

2 – (Dans la Passion du Fils), c’est le Père qui doit faire la volonté du Fils, car comme tout le reste, il a aussi remis la Passion entre les mains du Fils… Le Père lui-même en quelque sorte accepte difficilement l’abaissement du Fils dans l’Incarnation et dans sa Passion. Il aurait pu atteindre tout à moindres frais, il aurait pu témoigner autrement de son amour subordonné envers les disciples et obtenir du Père plus rapidement l’œuvre rédemptrice. Le fait d’aller si loin, de se présenter face aux disciples comme leur serviteur, et face au Père comme un homme, est une invention de son amour suprême (Sur Jn 13,3-5. Jean. Le discours d’adieu I,20-21).

Vendredi saint (Jn 18,1-19,42)

1 – (Le Père laisse souffrir le Fils injustement) pour nous le donner en exemple : on peut souffrir injustement (Sur 1 P 2,22. Die katholischen Briefe 330).

2 – Et lorsque le Verbe de Dieu vit que sa descente en ce monde ne pouvait aboutir qu’à sa mort et à sa perte, lorsqu’il comprit que sa lumière devait s’anéantir dans les ténèbres, il accepta le combat et la déclaration de guerre. Et il imagina cette ruse inimaginable : plonger comme Jonas dans le ventre du monstre, et s’enfoncer jusqu’à la cellule la plus profonde de la mort. Faire l’expérience de la maladie du péché jusqu’en sa prison la plus sombre et vider le calice jusqu’à la lie…

Démontrer l’inanité du monde par l’inanité de sa propre mission. Manifester l’impuissance de la révolte par l’impuissance de son obéissance envers le Père. Mettre en lumière la faiblesse mortelle de cette défense désespérée contre Dieu par sa propre faiblesse mortelle. Laisser le monde accomplir sa volonté et par là accomplir la volonté du Père. Accorder au monde sa volonté, et par là rompre cette volonté…

Avec l’effusion d’une seule goutte de sang jailli du cœur divin adoucir l’océan d’amertume… Car la faiblesse du Verbe serait déjà la victoire de son amour pour le Père, et comme déploiement de sa force suprême cette faiblesse serait si grande qu’elle dépasserait de loin et absorberait en elle la pitoyable faiblesse du monde… Il voulait s’enfoncer à une telle profondeur que toute chute à l’avenir fût une chute en lui-même…

Il n’est pas de combattant plus divin que celui qui peut se permettre de vaincre par la défaite. A l’instant où il reçoit la blessure mortelle, son adversaire tombe à terre, définitivement touché. Car il atteint l’amour et il est ainsi atteint par l’amour. Et c’est en se laissant atteindre que l’amour prouve ce qui était à prouver : qu’il était justement l’amour. Atteint au cœur, celui qu’animait la haine reconnaît ses limites et comprend enfin cette vérité : qu’il se comporte comme il le voudra, partout il se heurtera à un amour plus vaste. Tout ce qu’il peut infliger à cet amour : injure, indifférence, mépris, moquerie, silence mortel, calomnie diabolique : tout ne fera que démontrer la supériorité de l’amour…

Car toute vie du monde s’incline finalement devant la mort et, courbée dans la faiblesse, doit passer sous son porche; et dans cette démarche elle reproduit enfin, bon gré mal gré, le geste du Fils de Dieu qui donne sens et figure à toute faiblesse. Tout autour de nous est tracée une frontière mortelle, et ceux d’entre nous qui croyaient encore pouvoir exclure Dieu de notre monde bien clos, ou l’y tenir enfermé, nous avons par là même démontré la force de son amour qui nous tient enveloppés dans ses bras infranchissables (HUvB, Le cœur du monde, édition 1956, 38-40).

3 – Mais le plan de Dieu et, si l’on peut dire, la ruse de Dieu ne sont pas encore à leur terme; il y manque encore la pièce médiane, le moyen suprême. Il y manque encore le moyen de pénétrer à l’intime du monde… Alors Dieu créa son cœur et l’installa au milieu du monde. Un cœur humain, connaissant l’élan et la nostalgie des cœurs humains, exercé dans tous les détours et les cheminements, dans toutes les sautes d’humeur et les impulsions subites, dans toutes les béatitudes amères et les amertumes bienheureuses qu’un cœur humain peut goûter. Un cœur, cette créature la plus folle, la moins docile, la plus changeante de toutes. Ce siège de toute fidélité et de toute trahison, cet instrument plus riche que tout un orchestre, plus pauvre que le grésillement de la cigale…

(Mais) où est le cœur qui peut se protéger lui-même? Ce ne serait pas un cœur s’il avait coque et carapaces… Le cœur est sans défense parce qu’il est la source, c’est pourquoi tout ennemi vise au cœur. C’est là que demeure la vie, c’est là qu’on peut la toucher…

Ainsi le Verbe vint dans le monde. La Vie éternelle élut domicile en un cœur humain. Elle résolut d’habiter sous le frisson de cette tente, elle décida de s’y laisser toucher. Ainsi sa mort était-elle chose résolue. Car la source de la vie est sans défense. Dans le château fort de son éternité, dans sa lumière inaccessible, Dieu était inattaquable, les flèches du péché rejaillissaient comme des traits d’enfant sur l’airain de sa majesté souveraine. Mais Dieu dans le frêle abri d’un cœur : comme il est facile maintenant à atteindre! Comme il est vite blessé! Plus facile encore qu’un homme; car un homme n’est pas seulement un cœur; il est os et cartilage, muscle résistant et peau durcie; pour le blesser il faut au moins une intention mauvaise. Mais un cœur : quelle cible de choix! quelle tentation! Presque inconsciemment le canon du fusil se dirige de ce côté. Quelle nudité Dieu ne s’est-il pas donnée, quelle folie n’a-t-il pas commise!… Son cœur qui est sans défense ne le défendra pas…

Ainsi le Fils vint dans le monde, et son cœur l’avait traîné Dieu sait où… Signe incompréhensible érigé au milieu du monde, entre le ciel et la terre… L’océan divin contraint d’entrer dans la source minuscule d’un cœur humain… Dieu  trônant dans la gloire et le serviteur agenouillé dans la poussière désormais indiscernables l’un de l’autre. La conscience royale  du Dieu éternel ramassé dans l’inconscience de l’humilité humaine. Tous les trésors de la sagesse et de la science divines entassés dans l’étroite cellule de l’humaine pauvreté. La vison du Père éternel enveloppée dans l’obscurité de la foi. Le roc de la sécurité divine se risquant sur les flots de l’espérance terrestre…

Lorsque, fatigué et accablé par le poids du jour, le serviteur ici-bas tombe à terre, et dans un geste d’adoration touche le sol de son front, cet acte tout simple enferme le parfait hommage du Fils incréé devant le trône du Père… Mais jamais le Père n’a si bien aimé le Fils pour toujours qu’au moment où il aperçut ce geste las d’agenouillement… Et lorsque le serviteur, jouet de ses bourreaux, ruisselant de sang et couronné d’épines, cachait si bien sa face que le Père lui-même trouvait le meurtrier plus humain et l’absolvait, lorsque la foule grondante hurlait à la mort contre celui qui n’était plus le Fils, jamais n’avaient été accordés à la Majesté divine une gloire et un éclat si achevés, car, dans la face méconnaissable de ce réprouvé, se reflétait immaculée et rayonnante la volonté du Père (HUvB, Le cœur du monde, édition 1956, 43-47).

4 – Je crois que l’expression le « sacrifice de la messe » restera obscure tant que nous n’aurons pas rencontré cette femme voilée sous la croix, qui est la mère du Crucifié et à la fois l’icône de l’Église. Elle assiste à l’autodonation du Fils, ne pouvant intervenir; mais elle est loin d’être passive; une action surhumaine lui est demandée : consentir au sacrifice de cet homme qui est le Fils de Dieu, mais aussi son fils à elle. Elle préférerait mille fois être torturée à sa place. Mais ce n’est pas ce qu’on exige d’elle, elle n’a qu’à consentir. Activement, elle doit se laisser dépouiller. Elle doit répéter son oui initial jusqu’à la fin, mais cette fin était virtuellement incluse dans le premier élan (HUvB, Au cœur du mystère rédempteur, 52-53).

5 – Ce n’est pas de lui-même qu’il s’en va, on l’assassine sauvagement. Sa mort n’est pas naturelle, tout au contraire. Éternellement, les hommes se tiendront devant cet écroulement, le plus terrible de tous, et ils sauront : c’est nous-mêmes qui avons tué Dieu, qui avons réduit au silence le Verbe de Dieu… Sa mort ne nous rappelle rien d’autre que notre propre faute… Jean cite le mot de Caïphe au sujet d’un seul qui meurt pour le peuple, seulement pour faire ressortir plus vivement l’opposition entre la volonté des acteurs et le sens secret du salut… Dans la mort du Christ, il ne saurait être question de tragédie, c’est simplement la révélation du péché (HUvB, De l’intégration, 280).

6 – Les coups de fouet que le Christ a reçus se redoublent et se répètent, car sa Parole est flagellée : « Ils abattaient leurs fléaux sur moi » est-il dit, « et ils ne le savaient pas » (Ps 34,15). Il fut flagellé par les fouets des Juifs, et maintenant il est fustigé par les outrages des faux chrétiens : ils multiplient les coups sur leur Seigneur, et ne le savent pas (Saint Augustin, dans HUvB, De l’intégration 283).

7 – Il faudrait… comprendre aussi le silence de Jésus dans la Passion comme un mutisme du Verbe de Dieu qui ne parle plus ni ne répond; il faudrait considérer la réduction du torrent à une petite rigole, à un écoulement goutte à goutte (comme une « réduction » de la Parole de Dieu)… L’urne de la Parole est vide, parce que la source qui est dans le ciel, le Père, la bouche éloquente a cessé de couler. Le Père s’est retiré (HUvB, De l’intégration, 286).

8 -

29/04/2018. A suivre.

 

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