66. A.v.Speyr, Pâques 1

 

66

Adrienne von Speyr et Hans Urs von Balthasar

Matériaux pour les homélies. Pâques 1

 

 

Veillée pascale   ABC   (Année : Mt 28,1-10; Année  B ; Mc 16,1-8; Année C : Lc 24,1-12 )

Dimanche de Pâques   ABC    (Ac 10,34.37-43; Col 3,1-4; Jn 20,1-9)

1 - Tant qu’un homme ne croit pas, il n’a pas le droit à proprement parler de voir le Seigneur autrement que sur la croix, mort. Mon droit de le voir ressuscité commence quand je le laisse vivre en moi (Die Schöpfung 44).

2 – Notre vie est cachée avec le Christ en Dieu : cela veut dire que moins encore que le Fils nous connaissons notre heure. Demain et tout notre avenir nous sont cachés parce qu’ils se trouvent inclus dans le secret du Fils. Nous ne sommes pas des marionnettes aux mains d’un étranger. Nous sommes des vivants qui vivons de la vie du Seigneur…, capables avec lui d’accomplir la volonté du Père. Si la vie du Fils lui-même, qui était pleinement soumis à la volonté du Père, est demeurée cachée en Dieu, nous n’aurons pas la prétention de vouloir tout connaître de la nôtre. Rendre grâce seulement parce que la vie a un sens dans le Christ qui est assis à la droite du Père (Sur Col 3,3. Der Kolosserbrief 88).

3 – Se savoir liés, de manière vivante, à la vie éternelle par la résurrection (du Christ)… Le Seigneur ressuscité n’a pas disparu dans un ciel inaccessible; tout comme lorsqu’il cheminait sur terre, il est toujours le pont efficace reliant le quotidien humain à Dieu. De même qu’il est près du Père, il est près de nous (Sur 1 Co 15,34. Première épître aux Corinthiens II,223-224).

4 – La résurrection de Jésus d’entre les morts signifie l’absolution pour le monde entier (Nachlassbände - désormais NB - 5,119).

5 – La résurrection est le but de la rédemption. Elle est la rédemption même. L’humanité n’est pas sauvée dans sa vie à elle mais dans la vie ressuscitée du Fils… Le Fils n’est pas une idée, il est le Ressuscité qui fait entrer ses frères dans sa résurrection (Le mystère de la mort 52-53).

6 – Personne n’a vu l’heure de ta victoire. Personne n’est le témoin de la naissance d’un monde. Personne ne sait comment la nuit infernale du samedi s’est transformée en la lumière du matin de Pâques. C’est en dormant que nous avons été transportés sur des ailes par-dessus l’abîme, en dormant que nous avons reçu la grâce de Pâques. Et personne ne sait comment l’événement lui est arrivé. Chacun ignore quelle main a caressé sa joue de telle sorte que soudain le monde blême éclata pour lui en vives couleurs et qu’un sourire involontaire s’épanouit sur son visage à cause du miracle qui s’accomplissait en lui…

Tu étais encore à genoux, il y a un instant, en larmes auprès du tombeau vide. Et tu ne penses toujours qu’à une chose : le Seigneur est mort, la vie si douce entre lui et moi a cessé. Tu te contentes de fixer le vide béant du sépulcre, un souffle glacé qui donne le frisson émane de ton âme, où repose le défunt, où tu l’as embaumé et enveloppé des bandelettes de ton respect qui n’attend plus rien. Tu veux entourer son tombeau d’un culte immortel, prier sans relâche, faire célébrer dans les églises des cérémonies autour d’un absent, un service sans espoir en l’honneur de ton amour défunt. Hélas, que signifie maintenant la résurrection? Qui le sait parmi ceux qui ne sont pas ressuscités? Que signifie maintenant la foi? Elle est scellée dans le tombeau. Que signifie maintenant l’espérance? Une pensée morne sans force et sans élan. Et l’amour? Ah, peut-être encore le regret, la douleur vide et inconsolée, la lassitude qui ne peut même plus s’affliger.

Ainsi tu es fixée dans le vide. Car en fait le tombeau est vide, toi-même es vide, mais, par là-même, tu es déjà pure, seule une raideur t’empêche de regarder en arrière. Tu regardes fixement devant toi, et derrière toi se trouve la Vie! Elle t’appelle, tu te retournes et tu ne la reconnais pas; ton œil désaccoutumé de la lumière est incapable de la percevoir. Et soudain un seul mot : ton nom! Ton nom propre, celui que tu aimes tant, sortant de la bouche de l’amour, ton être, ton essence, toi-même, jailli des lèvres qu’on croyait fermées à jamais. Ô parole, ô nom, ô toi, mon nom propre! Dit à mon adresse, émis dans un sourire et dans une promesse, ô fleuve de lumière, ô foi, espoir, amour!

Dans le temps d’un éclair, je suis devenue l’être nouveau, je le suis, je le peux, j’en ai le droit, je suis rendue à moi-même pour pouvoir me jeter dans le même instant, dans le même transport d’allégresse, aux pieds de la Vie. Je suis la Résurrection et la Vie! Qui croit en moi, qui est touché par moi, qui entend son nom de ma bouche, celui-là vit et il est ressuscité des morts. Et c’est aujourd’hui ton jour de naissance,  le plus neuf, le plus jeune de tes jours, pour toi il n’y en aura jamais de plus jeune que ce jour d’aujourd’hui, où la Vie éternelle t’a appelé par ton nom.

Maintenant je sais qui je suis, maintenant je peux l’être, car mon amour m’aime, mon amour me fait don de la confiance… Va  et annonce à mes frères! Déjà je vois tes ailes battre avec impatience, va, ma colombe, ma messagère de Pâques, va porter l’annonce à mes frères. Car voici l’état de résurrection et la vie : répandre le message, porter la flamme. Être disponible dans ma main pour la construction de mon royaume dans les cœurs…

Et lorsque les disciples ivres de bonheur cherchent à le voir de leurs yeux, à le palper de leurs mains, il s’esquive et leur indique la voie à suivre : Allez et portez le message! Et il les entraîne dans un tourbillon à perdre haleine. Et enfin, le soir, ils sont réunis dans la salle, le cœur brûlant, et, pleins de son amour, ils se racontent les uns aux autres les événements du jour. Et, pendant qu’ils parlaient encore, le voici au milieu d’eux, qui les salue : La paix soit avec vous (HUvB, Le cœur du monde 169-173)!

7 – Marie-Madeleine a le cœur fidèle. De manière féminine, par besoin de se sentir proche du Seigneur, elle se soucie de la tombe du Seigneur. C’est lui qui lui a enlevé ses péchés, lui qu’elle a perdu. Par sa conversion, Marie s’est tellement libérée d’elle-même qu’elle n’est plus qu’un espace pour l’amour. Elle avait péché à cause d’un amour détourné; l’amour véritable l’a libérée. Elle a expérimenté de manière exemplaire que la contrition chrétienne est tout autre chose que le regret stérile d’une faute commise. Marie commence sa besogne tôt le matin, « comme il faisait encore sombre ». C’est l’amour qui la pousse à vérifier si la tombe est en ordre. Elle sait de quoi le Seigneur l’a délivrée, de sorte qu’elle est constamment prête au sacrifice, plus que d’autres, et ce n’est pas un hasard si elle apparaît la première près du tombeau (Sur Jn 20,1. Cf. Jean. Naissance de l’Église I, 174-175).

8 – Marie-Madeleine avec son message court chez les deux disciples. C’est une femme simple; elle se sert de son intelligence humaine. Son amour pour le Seigneur, qui est un amour vivant, ne réclame pas de miracle. Il lui suffit de pouvoir œuvrer dans l’amour du Seigneur. Elle ne pense pas à exiger quelque chose d’extraordinaire.  Elle est évidemment prête à accueillir tout miracle qui lui viendrait du Seigneur. Mais sa pensée n’est plus aux miracles. Si le corps du Seigneur n’est plus là, c’est, pense-telle, qu’on l’a emporté. Et elle ne sait pas où on l’a mis. Elle-même ne s’est pas mise à sa recherche. Sa tâche pour le moment, n’est rien d’autre que ce message (Sur Jn 20,2. Ibid. 179).

9 – Les deux disciples courent, l’un et l’autre aussi vite que possible, mais dans l’Église l’amour court toujours plus vite que le ministère. Il voit plus vite les tâches à remplir, il est toujours prodigue de lui-même. Le ministère, même en déployant sa plus grande rapidité, n’arrive pas à rattraper l’amour. Le ministère doit s’occuper de tous, il doit autant que possible les entraîner tous, tenir compte de tous. Il ne peut pas seulement amener au Seigneur ceux qui se hâtent le plus; il doit se soucier de tout le troupeau qui lui a été confié, de ceux qui sont lents et tièdes (Sur Jn 20,4. Cf. Ibid. I,180-181).

10- (Le disciple)… ne se met jamais en avant. Il ne demande pas à tout instant à son ami quel service il pourrait lui rendre ou quels sont ses désirs… Par ces questions indiscrètes, il mettrait en lumière plutôt son propre amour au lieu de penser à celui qu’il aime. Ce n’est pas la même chose si quelqu’un prie pour adorer Dieu ou s’il prie pour rappeler au Seigneur qu’il est est là et qu’il attend ses faveurs. Le vrai amour se tient prêt pour le moment où l’on voudra s’en servir. Jean pose sa tête sur la poitrine du Seigneur au moment où le Seigneur a besoin de lui. Maintenant qu’il a reconnu que le Seigneur est vivant, il sait que celui-ci viendra le chercher au bon moment, quand il aura besoin de lui. L’amour ne se fait jamais remarquer (Sur Jn 20,5. Ibid. I,183).

17/09/2018. A suivre.


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