68. A.v.Speyr, Pâques 2

 

68

Adrienne von Speyr et Hans Urs von Balthasar

Matériaux pour les homélies. Pâques 2

 

2e Dimanche de Pâques    ABC    (Jn 20,19-31)

1 - Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. (Le Seigneur) ne veut pas que nous nous occupions sans cesse de nos possibilités limitées : « Si j’étais moins pécheur, si j’avais plus de talents, une meilleure santé… » Il faut tout simplement faire ce que nous pouvons, sans déterminer jusqu’où nous irons (Sur Jn 20,21. Jean. Naissance de l’Église I,237).

2 – Les apôtres n’étaient pas au complet lorsque le Seigneur leur est apparu : il manquait Thomas… Thomas n’a pas vécu l’expérience des autres… Les autres ne racontent rien de plus que le fait d’avoir vu le Seigneur… Ils partagent un mystère qu’ils ne peuvent pas lui expliquer, bien que Thomas soit l’un des leurs… Tout ce qu’ils ont le droit de raconter, c’est qu’ils ont vu le Seigneur, et Thomas doit participer à leur joie d’avoir vu le Seigneur… A l’ouverture que lui font les autres, Thomas répond que pour croire il exige des preuves… et des preuves sensibles… Thomas, guidé par sa foi, demande ce qu’il faut demander… Au milieu de son incrédulité, il est vraiment à la recherche de la foi… Il ne dit pas qu’il ne croira pas, mais qu’il veut vérifier pour croire, vérifier par tous les moyens qui sont à sa disposition… « Puis il dit à Thomas : Porte ton doigt ici » (20,27)… Il lui offre ses mains et son côté, et par là sa personne tout entière… Le Fils s’abaisse, dans son humanité, jusqu’à devenir cette preuve que Thomas a fixée lui-même, au service de sa foi… L’humilité du Seigneur est tout humaine. Il agit comme s’il oubliait qu’il est Dieu et surtout que le Père est en lui… L’acte du Seigneur qui se montre est une grâce. « Ne sois pas incrédule mais croyant »… Le Seigneur ne tolère pas que ceux qui ont déjà la foi et ont vécu dans la grâce ne croient qu’à moitié… Tout à l’heure il semblait que le Seigneur s’abaissait et faisait des concessions à l’incroyance. Mais au moment où tout est préparé, le caractère inexorable de son amour devient évident et oblige à se mettre à genoux… « Mon Seigneur et mon Dieu »… L’homme qui était jusque-là avec toutes ses hésitations, n’existe plus; n’existe plus que celui que le Seigneur a fait de lui… Maintenant il vit tout comme dans un éclair : il faut que le Seigneur soit tout en moi (Sur Jn 20,24-28. Ibid. I,252-273 passim).

3 – Jean a vu d’autres miracles qu’il ne relate pas en détail. Le Seigneur a accompli tous ces miracles par amour, il les fit pour le Père et dans le Père, pour faciliter l’œuvre de la rédemption, pour attirer l’attention des hommes sur le fait qu’ici il se passerait quelque chose de plus qu’humain. Jean renonce à une énumération détaillée parce qu’il voudrait intégrer tous ces miracles dans la lumière de l’unique miracle qu’est la vie du Seigneur. Pour Jean, le miracle par excellence c’est que le Fils soit venu comme homme dans ce monde, qu’il ait partagé notre vie, qu’il ait tout fait pour nous montrer que le Père a daigné permettre à son Fils de vivre comme homme parmi les hommes (Sur Jn 20,30. Ibid. I,279).

4 - Il est impossible de ne pas être concerné par l’Évangile. Puisque toute mission du Seigneur s’y trouve, il s’y trouve aussi une tâche pour chaque homme. Qu’il le veuille ou non, chacun est placé par l’Écriture devant une responsabilité. La lecture de l’Écriture nous pousse tôt ou tard à une décision. Même ceux qui ouvrent ce livre pour une raison toute profane, sont saisis quand ils se mettent à le lire. Ils sont touchés par le feu du Seigneur. Ils sont « illuminés ». On ne peut pas se dispenser de donner une réponse à l’Évangile, si éloignée que soit l’époque où on le lit (Sur Jn 20,31. Ibid. I, 286-287).

5 – Et toi aussi, Thomas, avance, sors de l’antre de tes douleurs, place ici ton doigt et vois mes mains; tends la main et mets-la dans mon côté. Et ne pense pas que ta souffrance aveugle soit plus clairvoyante que ma grâce. Ne te retranche pas dans la citadelle de tes tourments. A vrai dire tu crois voir plus clair que les autres, tu as en mains des preuves, tu tiens solidement une évidence irréfutable, et ton être tout entier crie : impossible! Tu vois la distance à franchir, tu peux mesurer l’écart entre l’acte mauvais et l’expiation, entre toi et moi. Qui oserait s’attaquer à de telles évidences? Tu te retires dans ta mélancolie, celle-ci du moins est à toi; tu te sens vivre dans le sentiment aigu de tes douleurs. Et si quelqu’un voulait y toucher, s’il essayait d’arracher leurs racines, il t’arracherait le cœur de la poitrine, tellement tu t’es identifié avec ta souffrance.

Mais à présent je suis ressuscité. Et ta douleur que tu estimes sensée, ta vieille douleur, dans laquelle tu t’enfonces, par laquelle tu crois me prouver ta fidélité, dans laquelle tu penses être avec moi, elle ne vient plus du tout à son  heure. Car aujourd’hui je suis jeune et bienheureux. Et ce que tu nommes ta fidélité, c’est de l’attachement à toi-même. Possèdes-tu une mesure dans la main? Ton âme est-elle la règle de ce qui est possible à Dieu? Ton cœur, lourd d’expériences, est-il l’horloge sur laquelle tu lis les desseins de Dieu sur toi? Ce que tu tiens pour de la profondeur de pensée n’est qu’incroyance.

Mais puisque tu es si blessé et que la plaie de ton cœur a atteint le fond même de ton être, tends-moi la main et sens à son contact le battement d’un autre cœur; dans cette nouvelle expérience, ton âme s’ouvrira et évacuera son poison. Il faut que je l’emporte sur toi. Je ne peux pas renoncer à exiger de toi ce que tu as de plus cher, ta mélancolie. Rejette-la, même si c’est au prix de ton âme et si ton moi estime qu’il va mourir. Rejette cette idole, ce froid bloc de pierre dans ta poitrine, et je te donnerai à sa place un nouveau cœur de chair qui battra au rythme du mien…

Comprends-le : lorsque ton cœur t’accuse, je suis pourtant plus grand que ton cœur, et je sais tout. Ose accomplir le saut dans la lumière, ne tiens pas le monde pour plus profond que Dieu, ne pense pas que je n’en finirai jamais avec toi. Ta cité est assiégée, tes provisions sont épuisées : tu es contraint de te rendre. Qu’y a-t-il de plus simple et de plus doux que d’ouvrir les portes à l’amour? Qu’y a-t-il de plus facile que de tomber à genoux et de dire : Mon Seigneur et mon Dieu? (HUvB, Le cœur du monde, 176-178).

6 – Pâques est la fête où l’Église reçoit le pouvoir de pardonner tout péché dont on se repent, c’est pour cela qu’elle reçoit de Jésus l’Esprit Saint. La confession n’est pas une pénitence, elle est un don reçu, personnellement, avec le pardon transmis par l’Église, qui nous rend purs comme des enfants nouveau-nés, nous qui sommes souillés (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année A, 70).

2e Dimanche de Pâques A (Ac 2,42-47 ; 1 P 1,3-9 ; Jn 20,19-31)

1 – Dans la deuxième lecture, Pierre prononce l’éloge mémorable de ceux qui aiment le Seigneur sans le voir et ceci non dans la contrainte d’une foi imposée. C’est une foi qui est portée par la vivante espérance fondée sur la résurrection de Jésus-Christ. C’est une joie qui ne veut nullement s’attacher à la jouissance du moment présent, mais qui fait l’expérience de lâcher prise constamment et de se hâter en avant vers le but. Ce n’est pas nous qui avons saisi : nous avons été saisis par le Christ (Cf. Ibid. 70-71).

2 – La joie de la foi : on ne peut la perdre même si, pour un temps, il y a devant nous une montagne qui la soustrait à nos regards (Sur 1 P 1,6. Die katholischen Briefe I, 258).

2e Dimanche de Pâques B (Ac 4,32-35 ; 1 Jn 5,1-6 ; Jn 20,19-31)

1 – L’évangile dépeint l’apparition du Ressuscité le soir de Pâques et huit jours après. Il souhaite la paix aux disciples, la paix qu’il est lui-même. ; il le fait en montrant ses plaies. C’est précisément la plaie mortelle que les hommes lui ont faite qui fonde la paix à partir de lui ; la haine s’est déchaînée sur lui, mais son amour a eu le souffle plus long. Il n’y a pas de scène de réconciliation avec les disciples qui l’ont renié outrageusement et pris la fuite, tout cela est enfoui dans la grande paix qu’il leur offre. Puis Jésus souffle sur eux et leur donne son propre esprit de mission, dans lequel ils sont mandatés pour transmettre aux hommes en vertu de son pouvoir la paix qui leur a été donnée. Tout cela doit se produire dans la foi, d’où l’épisode de Thomas. Ne pas voir, ne pas vouloir expérimenter, est le présupposé de la réception de la paix, l’abandon dans la foi est la condition de toute réception des dons divins. Tant qu’un homme doute et ne veut pas se livrer, il ne peut pas avoir la paix. Il doit se prosterner et dire dans la foi : « Mon Seigneur et mon Dieu » (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année B, 68-69).

2e Dimanche de Pâques C (Ac 5,12-16; Ap 1,9-13.17-19; Jn 20,19-31)

1 – « Et tous étaient guéris » (Ac 5,16). A son Église, Jésus donne part à sa puissance de résurrection et de vie, c’est ce que montre la première lecture qui raconte les miracles qui se produisent dans l’Église primitive, ceux de Pierre surtout : des vivifications aussi bien spirituelles que corporelles : des hommes et des femmes étaient conduits à la foi, les malades qu’on apportait étaient guéris, pour peu qu’ils soient touchés par l’ombre de Pierre. Les apôtres ne se vantent pas des miracles qu’ils opèrent, Paul ne mentionne qu’accessoirement ceux qu’il accomplit (2 Co 12,12). Bien plus importante est pour lui la force vitale spirituelle de la parole de Dieu annoncée par l’Église. Ce n’est pas la force vitale de l’apôtre qui est efficace, au contraire : « Lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort ». Le Seigneur manifeste sa force divine à travers l’apôtre : « La puissance se déploie dans la faiblesse«  (2 Co 12,9s ; 13,4) (HUvB, Lumière de la parole. Commentaire des lectures dominicales C. 72).

2 – « Quand je le vis, je tombai comme mort à ses pieds » (Ap 1,17). Après avoir accueilli en lui toute l’image du Seigneur, Jean est terrassé à tel point qu’il tombe à ses pieds comme mort. Dans la vision, on doit d’abord accueillir ce qu’on voit. Ce que le voyant a perçu avec ses yeux et leur prolongement surnaturel doit encore pour ainsi dire être traduit en langage et réalité spirituels pour prendre son sens. Mais le sens, l’interprétation, ce sont ici le terrassement devant le toujours-plus-grand. Tout ce que le Seigneur fait connaître de son mystère contient caché en soi quelque chose de plus grand : la vision conduit jusqu’à un certain point, puis elle a une limite, même la vision surnaturelle. Elle ne peut jamais transmettre le tout du Seigneur, car saisir le tout serait saisir aussi le Père (L’Apocalypse, p. 113-114).

19/07/2019. A suivre.

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