71. A.v.Speyr, Pâques 3 à 6

 

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Adrienne von Speyr et Hans Urs von Balthasar

Matériaux pour les homélies. Pâques 3 à 6

 

3e Dimanche de Pâques A (Ac 2,14.22-28; 1 P 1,17-21; Lc 24,13-35)

1 – Dans la merveilleuse histoire des disciples d’Emmaüs, nous voyons la foi pascale de l’Eglise croître grâce à la manière dont Jésus explique, dans toute l’Écriture, ce qui le concerne. Cheminant avec l’inconnu, les disciples parlent de Jésus comme d’un prophète seulement qui a été exécuté. Les récits des femmes n’ont pas suffi à supprimer leur découragement. Jésus part de l’Écriture que les disciples connaissent : il ne s’agit pas d’un prophète, mais du Messie lui-même, et toutes les Écritures parlent de sa mort et de sa résurrection. Tout ce qui est raconté prophétiquement indique que souffrance et mort ne sont pas le dernier mot de Dieu sur l’homme. Que Dieu soit un Dieu des vivants et non des morts, Jésus l’avait déjà dit aux sadducéens. Comme preuve de son interprétation suit le récit de la bénédiction eucharistique du pain et de la disparition de Jésus qui laisse à l’Église sa parole et son sacrement (Cf. HuvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année A, 71-72).

3e Dimanche de Pâques B (Ac 3,13-15.17-19 ; 1 Jn 2,1-5 ; Lc 24,35-48)

1 – Dans son apparition aux disciples rassemblés, Jésus leur enlève d’abord la peur d’un fantôme en leur faisant reconnaître sa réalité corporelle d’une manière aussi tangible que possible : ils doivent voir les plaies aux mains et aux pieds, ils doivent les toucher, pour se convaincre de la réalité de son corps ; ils doivent enfin le voir manger une nourriture terrestre : du poisson grillé. Mais tout cela n’est qu’une introduction à son enseignement proprement dit : les disciples doivent comprendre que tout ce qu’il a dit durant sa vie mortelle sur l’accomplissement des Écritures s’est réalisé dans sa mort et sa résurrection. Toute l’histoire d’Israël est l’initiation à l’intelligence de la mort et de la résurrection de Jésus pour le monde entier. Pour cela, Jésus doit d’abord « ouvrir les yeux » de ses disciples (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année B, 70-71).

3e Dimanche de Pâques     C (Ac 5,27-32.40-41; Ap 5,11-14; Jn 21,1–19)

1 – « Jésus se manifesta de nouveau aux disciples ». Le fait que le Seigneur se révèle à ses disciples comprend le mystère de toutes ses apparitions futures dans l’Église. Il se montre à ceux qui aiment. Il choisit, pour apparaître, le lieu où se trouvent ses fidèles, ses disciples. Dans ces apparitions après la résurrection, le naturel côtoie le surnaturel, de sorte que le surnaturel prévaut, de la même manière qu’avant la croix, dans l’aspect visible du Seigneur, c’était le naturel qui avait prévalu (Sur Jn 21,1. Jean. Naissance de l’Église II, 7).

2 – « Jésus se tient sur le rivage ». Les disciples ont passé la nuit au nom du Seigneur; c’était la première fois que, sans le Seigneur, ils passaient la nuit rassemblés en son nom. L’accomplissement de cette nuit consiste dans le fait que Jésus, sans qu’ils le sachent, se tient le matin sur le rivage. Ils ne pouvaient pas attendre plus que cette présence du Seigneur. Cela surpasse toute attente. Même s’ils se trouvaient dans la barque pour s’approcher de Dieu par une voie nouvelle et même s’ils savaient parfaitement que Jésus est le chemin qui mène à Dieu, ils ne s’étaient tout de même pas attendus à le voir ici en personne (Sur Jn 21,4. Ibid. II,23).

3 – Il se tient là où ils abordent; il est donc l’aboutissement du chemin vers Dieu. Il l’est parce qu’il résume dans sa personne tout le chemin du pécheur vers Dieu et qu’il est lui-même ce chemin. Un homme peut avoir fait fausse route pendant cinquante ans avant de rencontrer le Seigneur. Mais dès qu’il l’a trouvé, tout le passé est aussitôt liquidé. Il n’y a pas de comparaison possible entre le chemin qui mène au seigneur et le chemin qu’il est lui-même. Le fait que le Seigneur se trouve là, inattendu, est un don qu’il fait aux disciples. Ils se sont réunis pour mieux le servir, et il y avait là comme une prière, comme une sollicitation pour obtenir ce don du Seigneur. Le Seigneur ne donne que rarement exactement ce qu’on lui demande; souvent il donne quelque chose d’inattendu (Sur Jn21,4. Ibid. II,25).

4 - « Un filet plein de poissons ». Les disciples n’avaient la force de le tirer, tant il était plein de poissons. Jamais l’accomplissement opéré par Dieu ne correspond à la mesure de l’attente humaine, quelle qu’elle soit. Par là, les disciples s’approprient un dangereux enseignement : à savoir que le Seigneur donne toujours plus que ce que l’on attend; à la fois davantage et autrement. Il donne comme bon lui semble, de façon imprévisible. Le Seigneur se réserve de donner comme il veut. Il dispense des souffrances et des joies; à l’un qui prie, il donne des cadeaux destinés à être transmis à d’autres (Sur Jn 21,6. Ibid. II, 34-36).

5 – Le paradis de Dieu est si simple que c’est un festin avec un gâteau de miel et un poisson grillé. Si terrestre que c’est un matin de pêche sur le lac de Génésareth, les vagues viennent mourir sur la grève, le soleil matinal brille à travers la brume, sur le rivage un homme est debout, il appelle, il fait signe, on jette le filet du côté droit, et à l’instant c’est un fourmillement de poissons dans le filet. Sur la rive le déjeuner est prêt, tous s’installent pendant que les pierres sèchent, et comme aucun d’eux n’a besoin de demander qui est l’étranger, le silence n’est troublé que par le clapotis des vagues.

Ô paix qui dépasse toute question : c’est le Seigneur. Et tout cela est aussi simple que s’il n’en avait jamais été autrement. Le Maître bénit le pain comme à l’ordinaire, il le leur tend après l’avoir partagé. Comme s’il n’y avait jamais eu la croix, les ténèbres, la mort. La paix soit avec  vous. Comme si la trahison, le reniement, la déroute, ne s’étaient jamais élevés dans leurs cœurs. La paix soit avec vous, je vous donne la paix, non comme le monde la donne. Que votre cœur ne se trouble pas et ne s’effraye pas. Car voyez : j’ai vaincu le monde (HUvB, Le cœur du monde 173-174).

6 – Et toi, Simon Pierre, fils de Jean, m’aimes-tu? M’aimes-tu, ô âme qui m’a renié trois fois? Ne m’as-tu pas toujours aimé, et n’était-ce pas encore de l’amour lorsque tu te glissais à ma suite au lieu de fuir comme les autres dans quelque sûre cachette, de l’amour lorsque, transi de froid et comme hors de sens, troublé et paralysé, tu assistais au bivouac nocturne? Tu te chauffais, mais quelle chaleur s’efforçait de pénétrer dans ton âme engourdie, qui niait sans savoir comment la chose lui arrivait, parce qu’il fallait que vous m’abandonniez tous afin que je puisse aller seul mon chemin – un chemin qu’il faut être seul à parcourir – ton âme qui  niait pour que l’amer torrent des larmes vint me la livrer tout entière au chant du coq. – Tout cela est maintenant lointain et à  peine visible encore, une nouvelle page est tournée. Ce n’est pas seulement la mort que j’ai vaincue, et pas seulement le péché, c’est aussi son opprobre, la honte infâme, la lie amère de ta faute, et ton remords et ta mauvaise conscience : tout cela a disparu sans laisser plus de traces que la neige qui fond au soleil de Pâques. Maintenant tu me regardes si franchement dans les yeux, avec une telle liberté et une mine si innocente (pas même avec l’air affecté de l’enfant qui voudrait cacher sa sottise derrière un visage limpide), tu me regardes avec plus d’aisance encore que ne s’élève un chant de printemps, et ton regard est jusqu’au fond aussi bleu que le ciel pur au-dessus de nous, de telle sorte que je dois bien te croire quand tu dis : « Oui, Seigneur, tu sais que je t’aime! » – C’est là mon cadeau de Pâques à ton adresse : ta bonne conscience, et tu dois le recevoir aussi avec une bonne conscience, ce cadeau, car je veux, au jour de ma victoire, ne voir autour de moi aucun cœur aigri… Les parents pardonnent à leurs enfants, et les amis se pardonnent les uns aux autres, eux qui pourtant sont des hommes et ne peuvent créer : comment pourrais-je alors, moi votre Créateur, ne pas accomplir cette action d’une fécondité créatrice au jour de ma naissance glorieuse?  (HUvB, Le cœur du monde 174-176).

7 – Bien des personnes âgées, à la suite des infirmités de l’âge et des difficultés croissantes de la vie quotidienne, se souviennent de la parole du Seigneur à Pierre : Tu seras conduit où tu ne veux pas (Ils suivirent son appel 47).

8 – L’atmosphère des rencontres de Jésus ressuscité avec ses apôtres est incroyablement tendre et est tout le contraire d’une contrainte. Le Seigneur demande à Pierre : M’aimes-tu? Il ne lui demande pas : Pourquoi m’as-tu trahi? (Nachlassbände - désormais NB 6,300).

9 – « T’emmener là où tu ne voudrais pas aller ». L’évangile de l’apparition du Seigneur au bord du lac de Tibériade finit par l’investiture de Pierre dans son ministère de pasteur. Tout ce qui précède le prépare : la pêche vaine, puis la pêche miraculeuse à la suite de laquelle Pierre se jette à l’eau pour aller rejoindre le Seigneur. Le reste de l’Église leur apporte sa pêche, puis Pierre seul ramène à terre tout le filet. Et finalement la question décisive lui est adressée : « M’aimes-tu plus que ceux-ci ? » Toi, le renégat, plus que ce disciple bien-aimé-là, qui se tenait debout au pied de la croix ? Pierre, conscient de sa faute en entendant la triple question, dit un premier oui repentant, puisqu’il ne peut absolument pas dire non. Sans la déclaration de ce plus grand amour, le Bon Pasteur, qui donne sa vie pour ses brebis, ne pourrait pas confier à Pierre la charge de faire paître son troupeau. Et pour que l’unité du ministère et de l’amour soit définitivement scellée, la crucifixion est prédite à Pierre, le don de suivre Jésus jusqu’au bout. Désormais la croix restera liée à la papauté, même s’il doit y avoir des papes indignes ; mais, plus un pape assume authentiquement son ministère, plus lourdement il sentira la croix peser sur ses épaules (Cf. HUvB, Lumière de la parole. Commentaire des lectures dominicales C, 73).

10A celui qui siège sur le trône (Ap 5,13) et qu’ils ne voient pas, et à l’Agneau qui est lui aussi sur le trône et qu’ils voient. A celui que nul n’a jamais vu parce que sa gloire est trop éclatante pour le regard de l’homme, et à son Fils unique, dont l’aspect comme d’un agneau égorgé est digne de compassion, parce que l’œil ne retrouve plus rien en lui qui corresponde à ce qui serait du Père, et qui occupe néanmoins la même place que le Père : à eux soit la louange, car il ont racheté le cosmos par leur amour mutuel, dans le sacrifice du Fils et son acceptation par le Père ; l’honneur parce qu’ils ont persévéré dans leur grand décret, et parce qu’ils furent capables d’unir toutes les créatures en sorte qu’elles reconnaissent leur indignité pour sentir d’autant plus profondément la dignité du Père et du Fils ; la gloire, parce que le Fils est venu pour glorifier le Père, et que le Père s’est glorifié dans le Fils ; la puissance, parce que le Père a pu envoyer le Fils et que le Fils a eu le pouvoir de devenir l’impuissance totale. Et ce chant de louange doit durer aux siècles des siècles, donc par-delà tous les temps (L’Apocalypse, p. 301).

4e Dimanche de Pâques A (Ac 2,14.36-41; 1 P 2,20-25; Jn 10,1-10)

1 – Nous avons le devoir de nous laisser mettre par le Seigneur sur les traces qu’il veut nous voir suivre. Si quelqu’un croit vraiment, le Seigneur lui montre d’une certaine manière tout son chemin, l’ensemble de ses traces. On peut être impressionné par telle ou telle partie du chemin; cependant on doit s’offrir pour n’importe quelle partie : il peut nous mettre où il veut, nous utiliser comme il l’entend, non comme nous pourrions l’estimer nous-mêmes. Nous nous sentons fort poussés à le servir dans la prédication ou la science, mais absolument pas doués pour prier au mont des oliviers et encore moins pour vivre au désert et y jeûner. Mais peut-être que c’est justement cela qui nous échoira parce que nous pensons en être incapables. Nous devons, sans montrer de signes de désappointement, nous laisser mettre tantôt sur une trace du Seigneur, tantôt sur une autre (Sur 1 P 2,21. Die katholischen Briefe I,329).

2 – Il n’y a donc qu’une porte qui mène à la bergerie et non plusieurs. Le chemin vers Dieu passe par le Seigneur; il n’y a pas d’autre voie d’accès. Dès que le Seigneur paraît, il n’est plus possible de s’imaginer que l’on peut trouver un autre chemin qui mène vers Dieu, différent de celui dont il s’est servi lui-même. Tout homme qui se trouverait sur d’autres sentiers et détours et prétendrait cependant être en route vers le Père est suspect et objet de méfiance. Certes il existe les chemins les plus divers pour parvenir jusqu’à la porte, mais il n’y a qu’une porte par laquelle on puisse entrer légalement (Sur Jn 10,1. Cf. Jean. Les controverses II, 40).

3 – Le Seigneur ne fait lui-même aucune distinction entre les brebis qui font depuis longtemps partie du troupeau et celles qui viennent à peine d’y entrer, celles qui lui sont plus fidèles et celles qui le sont moins. Il ne les sépare pas en classes et en catégories. Les droits sont égaux pour tous dans le troupeau. Du côté du seigneur, il n’existe pas de degré dans le fait d’être chrétien. Chaque brebis du troupeau, chaque chrétien dans l’Église a sa liberté de vivre comme il l’entend, à condition que cela se fasse dans l’amour du Seigneur. La seule chose demandée, c’est d’entrer par lui dans le troupeau (Sur Jn 10,2. Cf. Ibid. 42).

4 – Avant que le Seigneur ne s’approche de ce troupeau, le troupeau était là et attendait le berger. Bien des bergers ont déjà essayé de conduire le troupeau. Mais le troupeau ne s’est pas laissé conduire. Il était là et attendait. C’est l’humanité, c’est la masse, qui attend le Seigneur. Sans doute elle n’est pas gagnée au Seigneur, mais elle ne lui est pas non plus si hostile qu’elle ait déjà pris position contre lui. Elle n’est pas dans la grâce, mais elle n’est pas non plus dans l’état de damnation (Sur Jn 10,7-8. Cf. Ibid. 49).

5 – Le Bon Pasteur. Jésus est l’unique berger de ses brebis, c’est pourquoi il les connaît et elles le connaissent, le suivent quand il les appelle. Il est le berger légitime. Ses brebis se distinguent par leur flair pour ainsi dire instinctif pour le vrai berger, et elles reçoivent ce flair par le son de la voix du Bon Pasteur, le son unique de la Parole de Dieu qui les atteint en Jésus. Cette parole résonne tout autrement que tous les sons des conceptions du monde, religions et idéologies purement humaines., et Jésus sait que son appel n’est comparable à aucun autre. « Je suis le Chemin. Nul ne va au Père que par moi » (Jn 14,6). C’est pourquoi toutes les autres voies sont des chemins qui égarent. Celui qui revendique pour lui toute la vérité ne peut faire connaître qu’un intolérance divine pour toutes les voies inventées par les hommes, aucune ne mène au pâturage éternel qui rassasie, à la maison du Père. Sûrement l’intolérance du « Je suis » de Jésus a-t-elle indigné jusqu’à nos jours le monde postchrétien qui oppose à cette soi-disant prétention la doctrine des nombreuses voies et par là des nombreuses vérités. Mais la vérité de Dieu est indivisible, précisément lorsqu’elle se manifeste comme l’amour absolu : le Bon Pasteur donnera sa vie pour ses brebis ; il n’existe pas une vérité plus haute, ni même seulement comparable (HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année A, 73-74).

4e Dimanche de Pâques B (Ac 4,8-12; 1 Jn 3,1-2; Jn 10,11-18)

1 – Le Fils, en tant que bon pasteur, représente le Père et il le représente de manière si plénière qu’il devient le père de ses brebis. Les brebis lui ont été remises par le Père pour qu’il leur donne la vie, c’est-à-dire sa propre vie, la vie du Fils. En leur donnant sa vie, il leur donne la vie. Il perd sa vie humaine dans la souffrance pour que les brebis obtiennent sa vie éternelle dans l’amour. C’est en cela qu’il est le bon pasteur : le pasteur qui mène paître vers Dieu, qui conduit vers le Père (Sur Jn 10,11. Jean. Les controverses II,53).

2 – La puissance de la foi, dans laquelle un chrétien reconnaît le Seigneur par sa grâce, est si grande qu’elle n’est plus de ce monde : elle a son origine dans l’au-delà et est elle-même dans l’au-delà. Dans la sûreté de cette foi, les chrétiens sont à même de reconnaître le Seigneur partout où il est. Il n’est pas nécessaire que cette certitude soit visible pour autrui. Elle peut être toute cachée en Dieu. Le Seigneur sait que sa petite brebis lui appartient, non seulement parce que lui-même la connaît en l’aimant, mais tout autant parce que l’âme qui lui appartient le connaît en l’aimant par la grâce qui lui est infuse (Sur Jn 10,14. Ibid. 57-58).

3 – Un chrétien peut offrir quelque chose à un autre homme, il peut même lui donner la réalité la plus haute possible : il peut lui procurer la foi. L’autre, qui accepte le don, lui rendra cependant ce don : s’il l’a vraiment reçu, s’il croit vraiment, il ne pourra rien faire d’autre que de prier pour son bienfaiteur, mettre son âme et sa force à la disposition de l’autre, s’offrir pou son apostolat. Ce que le donateur a rayonné lui revient sous forme de lumière. Ce qu’il a planté dans l’amour lui rapporte des fruits d’amour  (Sur Jn 10,17. Cf. Ibid. 61).

4 – La meilleure chose qu’on puisse attendre d’un autre homme ici-bas est qu’il nous conduise à Dieu (NB 11,342).

5 – Deux caractéristiques sont indiquées concernant le bon pasteur : d’abord le dévouement du berger pour le troupeau jusqu’à la mort, ensuite une connaissance réciproque entre le berger et les brebis, dont la profondeur est ancrée dans le mystère le plus intime de Dieu. Le dévouement du berger pour ses brebis jusqu’à la mort : dans le domaine purement naturel, c’est difficilement imaginable ; dans le domaine de la grâce, par contre, cela se mue en une vérité centrale. Pour la connaissance réciproque : Jésus connaît ses brebis comme ses brebis le connaissent, de même le Fils connaît le Père comme le Père connaît le Fils. La connaissance suprême d’amour entre le Père et lui, Jésus l’applique à la réciprocité intime entre lui et les siens. La connaissance réciproque du Père et du Fils ne fait qu’un avec leur parfait abandon réciproque de même que la connaissance réciproque de Jésus et des siens ne fait qu’un avec le parfait abandon de Jésus aux siens et pour eux jusqu’à la mort. Mais parce que l’amour de Jésus est divin, il a aussi le pouvoir de vaincre la mort, il a le pouvoir de « reprendre la vie » (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année B, 72-73).

4e Dimanche de Pâques C (Ac13,14.43-52; Ap 7,9.14-17; Jn 10,27-30)

1 – Parce que les brebis du Seigneur entendent sa voix, c’est-à-dire croient à son amour, elles se rendent de ce fait accessibles à son amour. La voix du Seigneur comporte certes pour elles l’ordre de le suivre, mais bien davantage encore l’assurance de son amour, qui consiste à le suivre. Elles savent qu’elles doivent exécuter ce que cette voix leur dit, mais que c’est dans l’amour dont cette voix est porteuse qu’elles peuvent l’accomplir. De quelque nature que soit le chemin que le Seigneur choisit pour les siens, il est toujours son chemin. Il l’a choisi pour chacun parce qu’il connaît les siens. Il sait quel service ils peuvent lui rendre en son amour (Sur Jn 10,27. Jean. Les controverses II, 69).

2 - Le Seigneur offre son amour à ses brebis pour l’éternité. Il ne leur offre jamais un amour simplement temporel, simplement passager, toujours par contre un amour définitif. Voilà pourquoi elles ne courent aucun danger de se perdre : elles sont nourries et maintenues dans la vie éternelle par cet amour éternel. Mais nous ne mesurons pas le don de Dieu en cette vie. Nous sentons un instant presque sensiblement que nous sommes aimés, que tout le sens de la vie consiste en cet amour infini de Dieu pour nous et dans notre tentative de l’aimer en retour. Mais ensuite nous retombons dans notre oubli et ne poursuivons pas le chemin frayé (Sur Jn 10,28. Ibid. 71).

3 – Le Père est la raison dernière pour laquelle nul ne peut ravir les brebis de la main du Seigneur. C’est lui qui les offre au Fils et il les offre de telle manière qu’elles sont définitivement et irrémédiablement à lui. Il ne s’offre pas les âmes à lui-même, il les offre d’abord à son Fils. Car il offre tout à son Fils; lui-même, dans la génération éternelle du Fils et, dans la ligne de cette génération, la création tout entière et chaque âme choisie. Il lui a tout remis : le jugement, la vie, l’amour et en même temps la possession des âmes. Il fait cela parce qu’il  ne veut rien avoir à lui qui n’appartienne en même temps au Fils (Sur Jn 10,29. Cf. Ibid. 73).

4 – « Je leur donne la vie éternelle ». Cette promesse du Bon Pasteur dépasse toute mesure. Aux brebis de Jésus, qu’il connaît et qui le suivent, il est assuré, à trois reprises, qu’elles appartiendront définitivement à lui et au Père. Et cela parce qu’elles ont reçu dès maintenant le don de la vie éternelle. Car ce que Jésus nous donne ici-bas par sa vie, sa passion, sa résurrection, son Église et ses sacrements, est déjà vie éternelle.Qui la reçoit et ne la refuse pas, ne peut jamais plus « périr », personne ne peut « l’arracher de ma main » ; et ce n’est pas assez dire : personne ne peut l’arracher non plus de la main de Dieu le Père, dont Jésus dit qu’il est plus grand que lui (parce qu’il est son principe), et pourtant qu’il est, lui le Fils, un avec ce Père plus grand. Les brebis abrités entre le Père et le Fils possèdent la vie éternelle ; aucune puissance terrestre, pas même la mort n’a de prise sur elles. Cependant ce n’est pas à n’importe qui, au hasard, que le ciel est promis ici, mais à ceux qui « écoutent ma voix » et « suivent » le berger. Une condition préalable absolument infime pour une conséquence infinie, immensément grande (Cf. HuvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales C, 75).

5 – « Celui qui est assis sur le trône habitera parmi eux » (Ap 7,15). Celui qui est assis sur le trône est partout où ils sont., parce qu’ils sont partout où il est. Il est sur eux de manière si uniforme qu’il est entièrement en eux. Sur terre l’eucharistie pouvait être tout extérieure, tout inaccomplie, lorsque l’homme qui la recevait se dérobait à elle, par péché et négligence. Ici, Dieu qui habite en eux assume toute leur relation à lui. Sur terre, il reste malgré la grâce beaucoup d’œuvre humaine dans l’eucharistie, parce que même le chrétien le plus pieux y apporte son moi et ne se laisse pas complètement absorber dans le Seigneur. Au ciel, toute œuvre humaine se fond et disparaît dans l’œuvre divine. Plus rien n’est inachevé, plus rien n’est partiel, car c’est le cœur de la vie céleste que Dieu habite entièrement en eux, et donc que plus rien d’eux ne les sépare de Dieu (L’Apocalypse 345).

5e Dimanche de Pâques     A (Ac 6,1-7; 1 P 2,4-9; Jn 14,1-12)

1 - « Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures, je vais vous préparer une place ». Y entre celui qui vraiment a été à la recherche. Nul ne trouve la demeure qui n’a pas fait l’effort de la chercher. Et il fait cet effort, il la cherche, parce qu’il voudrait être auprès du Père. Il connaît donc le Père, et s’il le connaît et désire se trouver auprès de lui, alors il ‘aime aussi. Pour ceux donc qui aiment le Père, ces demeures existent, pour tous ceux qui l’aiment, sans distinction. Cependant il n’y a pas qu’une seule demeure, il en existe beaucoup, parce qu’il y a beaucoup de voies qui mènent au Père. L’ancienne Alliance aussi y possède sa demeure, et même les païens qui n’ont pas pu connaître le Christ (Sur Jn 14,2. Jean. Le discours d’adieu I, 101-102).

2 – Certes, après la résurrection il est au ciel, mais il est tout autant auprès de chaque homme et en tout homme qui croit en lui et qui l’aime. Désormais on ne peut plus le localiser, il a la liberté de se trouver simultanément en plusieurs endroits. Il est au ciel, et il est auprès de nous sur terre. Et puisque lui, l’Incommensurable, est avec nous, créatures limitées, nous aussi nous sommes partout où le Seigneur se trouve, que nous le sachions ou non (Sur Jn 14,3. Ibid. I,106).

3 – Le but de toute la rédemption, c’est ceci : que nous soyons là où se trouve le Seigneur…, que le Seigneur ait accompli ce qu’il a promis au Père, à savoir : lui rapporter du monde davantage d’amour qu’il n’en a reçu (Sur Jn 14,3. Ibid. I, 106).

4 – Des miracles, le Seigneur aurait pu en faire beaucoup plus qu’il n’en a fait. Il aurait pu guérir tous les malades de la terre. Et ceux qui croient vraiment pourraient le faire aussi… Mais ils font l’œuvre de Dieu plutôt en s’abstenant de faire des miracles qu’en en faisant. Ils sont pareils au Seigneur quant à son attitude réservée. L’essentiel concernant les miracles consiste dans cette réserve. Car le miracle principal de Dieu sur la terre, c’est la croix. Qui ternirait par l’éclat des miracles la gloire de la croix ne serait plus chrétien. Les miracles ne sont que des signes de Dieu, ils ne sont pas plus que des indications et des allusions discrètes qu’il y a encore plus grand… Il faut qu’ils soient délicats comme l’est l’effleurement du divin. On n’aura aucun égard pour l’instrument du miracle, mais tout égard pour celui qui en est témoin et qui doit être incité à la foi, à l’amour et à l’espérance (Sur Jn 14,12. Ibid. I, 140-141).

5 – Jésus se sait l’Élu de Dieu; c’est pourquoi quand les hommes le rejettent, il sait aussi, douloureusement, que les hommes rejettent Dieu. Dans la conscience de son élection, il doit comprendre le rejet entier et total du Père par les hommes. Il est venu pour glorifier le Père, et il expérimente que, par sa venue, le Père, en lui, est rejeté. Cependant il sait combien il est précieux pour le Père, justement parce qu’il est l’Élu du Père, qui a fait de lui une pierre vivante (Sur 1 P 2,4. Die katholischen Briefe I,293).

6 – Si un homme désire en convertir un autre, il dispose pour cela de l’action et de la contemplation. De façon active, il peut chercher à le persuader, lui prouver et lui montrer bien des choses, l’initier à l’ensemble de la vie chrétienne. Mais il peut aussi, de façon contemplative, prier pour lui, souffrir pour lui et faire pénitence (Sur Jn 17,9. Jean. Le discours d’adieu II,231).

7 – Jésus exhorte ses disciples à ne pas se laisser bouleverser : « Croyez en moi ». Ayez confiance : je fais pour vous ce qui est le meilleur. C’est avec le plus grand ménagement que Jésus parle ensuite de son départ : je pars vous préparer une place, et je reviens vous prendre avec moi, ce sera auprès du Père. Les disciples appréhendent le grand éloignement et ils demandent le chemin à prendre. La réponse de Jésus est surabondante : le chemin, il l’est lui-même, il n’y en a pas d’autre. Mais il est bien plus encore : il est aussi le but, car le Père à qui mène le chemin est en lui. Jésus s’étonne qu’un disciple n’ait pas encore reconnu cela après le long temps de vie commune. En lui, qui est la Parole de Dieu, Dieu le Père parle au monde. Les miracles de Jésus devraient vraiment amener tout homme à croire que le Père est dans le Fils, comme le Fils est dans le Père. Pourtant la figure terrestre de Jésus doit disparaître quand il va vers le Père, afin que nul ne confonde cette figure avec Dieu. Jésus ne va pas laisser les siens orphelins ; il habitera avec le Père en secret chez eux, de manière toutefois à se révéler à eux, et l’Esprit Saint de Dieu leur donnera l’intelligence : ils sauront qu’il est dans le Père, « et vous en moi et moi en vous ». L’Eglise fera même des œuvres plus grandes que le Fils : à l’Église est réservée une influence jusqu’au cœur du monde, une influence que lui-même ne voulait pas avoir. Sa mission à lui était d’agir, d’échouer et de mourir ; l’Église, mise en échec et persécutée, renversera toutes les barrières dressées devant elle (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année A, 75-76).

5e Dimanche de Pâques     B (Ac 9,26-31; 1 Jn 3,18-24; Jn 15,1-8)

1 – Le Père nous fait don du Fils et le Fils nous fait don du Père… Quand des parents reçoivent un enfant, le père peut faire don de l’enfant à la mère, la mère peut faire don de l’enfant au père, mais cela seulement parce qu’ils se sont d’abord donnés mutuellement l’un à l’autre et parce que, par là, ils se sont donné l’enfant l’un à l’autre (Sur 1 Jn 3,23. Die katholischen Briefe II,142).

2 – Dans la vie de tout homme vient un moment où l’offre de la grâce de Dieu et la décision de l’homme forment une sorte d’équilibre. C’est en ce moment que se décide si la grâce est acceptée ou non, si l’homme est disposé à porter du fruit ou non. A l’instant même, l’homme doit se jeter sans résistance dans le plateau de la balance pour le faire basculer. S’il ne le fait pas, sa vie restera aride et stérile. Même si plus tard il devient un homme modèle qui accomplit de bonnes œuvres en quantité, qui peut-être vit chastement et essaie d’éviter le péché et toute faute, il lui manquera une chose : la fécondité qui provient uniquement de la grâce acceptée. Cette fécondité peut être tout à fait insignifiante, qui sait, cachée, dans un  modeste ménage chrétien, sans éclat extérieur, mais à l’intérieur elle sera toujours pleine de grâces et rayonnante d’amour (Sur Jn 15,2. Jean. Le discours d’adieu II, 12).

3 – La purification a lieu quand une personne s’abandonne à ce que le Seigneur exige d’elle, même si elle-même ne le comprend pas (Sur Jn 15,3. Ibid. II,15).

4 – Celui qui demeure dans le Seigneur malgré tous les arguments contraires et bien qu’il reconnaisse que dans l’Église beaucoup de choses pourraient être différentes et meilleures que ce qu’elles sont, celui qui demeure en lui comme un enfant de Dieu sait que c’est une grâce que de pouvoir y demeurer et qu’il serait prétentieux de vouloir tout juger et comprendre,celui qui ne désire rien d’autre que de vivre de la grâce et de l’amour du Seigneur, celui-là, outre les grâces déjà reçues, recevra la grâce nouvelle de pouvoir demander ce qu’il veut et d’être sûr de l’obtenir (Sur Jn 15,7. Ibid. II,23).

5Dans la parabole de la vigne, il y a d’abord une merveilleuse assurance : nous sommes enracinés quelque part, nous ne sommes pas des enfants abandonnés, des isolés. Nous sommes bien plutôt liés à une Origine qui donne force et produit des fruits, une Origine à partir de laquelle nous pouvons vivre une existence remplie de sens et utile. Mais cette assurance est basée sur l’exigence urgente de persévérer dans cette Origine : « Demeurez en moi comme moi en vous ». L’exigence est si pressante qu’elle est assortie d’une menace : qui ne demeure pas, se dessèche, il est coupé, brûlé. Dieu le Père lui-même prend soin de l’unité du Fils avec les rameaux qui sont ses membres. Cette unité est l’événement central du monde et de son histoire ; elle est si étroite qu’elle ne tolère aucune demi-mesure : ou bien le sarment reste attaché au cep, ou bien il en est séparé. « Hors de moi, vous ne pouvez rien faire », quoi que vous pensiez pouvoir réaliser par vous-mêmes (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année B, 75-76).

5e Dimanche de Pâques C (Ac 14,21-27; Ap 21,1-5; Jn 13,31-35)

1 – La trahison de Judas. Ce péché pourrait constituer pour l’Église un sujet de méditation infinie et épouvantée. Mais le Seigneur ne la laisse pas s’y attarder. Il rappelle aussitôt que rien ne peut entraver sa glorification, il détourne toute l’attention de la trahison et l’oriente vers la glorification. L’Église doit apprendre que c’est son devoir de viser immédiatement plus haut que toutes les nuits de la trahison et de lever les yeux vers la lumière de la gloire de Dieu (Sur Jn 13,32. Cf. Jean. Le discours d’adieu I, 83).

2 – « Vous me chercherez. Où je vais, vous ne pouvez venir ». Jésus ne veut pas consoler ses apôtres de son départ. Il leur dit qu’il vont éprouver un vide, car ils vont le chercher et le regretter.  En les appelant petits enfants, il leur a dévoilé son amour; maintenant il leur montre aussi leur amour pour lui, en leur promettent qu’ils le chercheront. Ainsi il les lie encore plus étroitement à lui, non seulement en tant qu’être aimés, mais comme de vrais amants qui le chercheront, lui le bien-aimé (Sur Jn 13,33. Cf. Ibid. 84).

3 – « A ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres ». La mesure de l’amour, c’est qu’il prend tout sur soi. Il ne calcule pas, il prodigue seulement; tout ce qui peut être porté au nom de l’amour, il le porte. Aimer et souffrir ne connaissent pas de mesure, et il faut pour les hommes que ce soir pareil. Certes les hommes ne posséderont jamais l’amour dans sa véritable plénitude. L’amour reste un commandement, mais cette étoile doit briller au-dessus d’eux. Leur vie doit tendre vers cet amour et y pénétrer. Ils doivent se laisser entraîner progressivement par le Seigneur dans son amour incommensurable qui se prodigue totalement et supporte tout. Le Seigneur livre son commandement comme un commandement infini. Personne n’a jamais eu le pouvoir de s’arrêter sur ce chemin et de dire : ça suffit (Sur Jn 13,34. Cf. Ibid. 88-89).

4 – « Aimez-vous les uns les autres… A ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples ». A ceci et à ceci seulement. Aucune autre caractéristique de l’Église ne peut convaincre le monde de la vérité et de la nécessité de la personne et de la doctrine du Christ. L’amour rayonnant vécu par les chrétiens sera la justification de toutes les doctrines, de tous les dogmes et de toutes les prescriptions morales de l’Eglise du Christ (HuvB, Lumière de la parole. Commentaire des lectures dominicales C, 77).

5La voix dit : « Voici la demeure de Dieu avec les hommes » (Ap 21,3). La voix indique cette demeure de Dieu, ce lieu où il habite, mais qui est aussi un lieu de réunion en tant que demeure avec les hommes. Un lieu où Dieu fait en sorte que les hommes laissent sa volonté se faire en eux. Dans une communion de devenir, de chemin, d’obéissance, de sainteté, où chacun offre à chacun tout ce qu’il possède et où Dieu, le Toujours-plus-grand, met à la disposition des hommes tout ce qui sert à leur accomplissement. Et la demeure promise par la voix est déjà là : Voici ! Ce n’est pas une demeure future ; le futur est ce qui est toujours présent. La demeure est présence, la communion existe, elle est approuvée par Dieu et par tous ceux qui l’accompagnent. C’était depuis toujours la demeure de Dieu, et elle prend maintenant les hommes en elle. Ils sont en communion céleste avec Dieu (L’Apocalypse 828-829).

6e Dimanche de Pâques A (Ac 8,5-8.14-17; 1 P 3,15-18; Jn 14,15-21)

1 – Tous nos défauts et tous nos péchés proviennent uniquement du fait que nous n’aimons pas assez (Sur Jn 14,15. Jean. Le discours d’adieu I,148).

2 – Le Fils sait qu’il est  impossible de vivre sur terre sans consolateur. Etre privé du consolateur est à ses yeux l’épreuve suprême qu’il devra supporter, quelque chose d’absolument inhumain. Mourir dans la foi est facile; mais mourir dans la déréliction est atroce. Jusqu’ici sur son chemin terrestre, il avait toujours le Père à sa disposition, il demeurait en lui; et il voit que les hommes eux aussi ont besoin de quelque chose qui demeure en eux, qui les rende capables d’appartenir réellement à lui et au Père, d’accorder à eux deux plus d’espace, et cela ne peut être que l’Esprit Saint (Sur Jn 14,16. Jean. Le discours d’adieu I,152).

3 – Jamais le Fils n’aurait réussi à imposer ses exigences aux hommes s’il n’y avait pas l’Esprit pour introduire ceux-ci dans la pensée et l’attitude du Fils. C’est l’Esprit qui transplante dans l’attitude du Christ. Et cela ne se fait pas par hasard. Car c’était déjà l’Esprit qui avait préparé la place dans la Mère du Seigneur pour la naissance du Fils. La Mère prononce son oui, elle le dit elle-même. Mais une fois qu’elle l’a prononcé, le Fils s’incarne en elle par l’Esprit Saint. Ainsi nous devons, nous aussi, prononcer notre oui à un moment donné; ensuite le Saint Esprit fait grandir le Fils en nous. L’Esprit est la vivification permanente du Fils, il épanouit dans les âmes l’esprit du Fils (Sur Jn 14,16. Ibid. I, 152-153).

4 – Le Seigneur envoie le Paraclet, non pas comme Esprit d’amour ou d’espérance, de joie ou d’enthousiasme, mais bien comme l’Esprit de vérité. Il nous montre par là que tout ce qui vient du Père est foncièrement vrai et générateur de vérité, et que cela transforme notre vie trompeuse et trompée en vraie vie.- Et cette vérité précisément, malgré l’apparence contraire, est ce qu’il y a de plus existentiel. Pour qu’un homme, dans toute sa perplexité subjective, puisse s’approcher de Dieu, il faut qu’il soit amené d’abord à la vérité objective. La réalité de Dieu, la certitude infaillible, voire prouvable, qu’il existe, la mission du Christ et sa divinité, les signes distinctifs de l’Église authentique, les exigences de la vie chrétienne et de l’apostolat personnel, le contact avec Dieu dans la prière, tout cela forme le cadre solide dans lequel la vie nouvelle peut se développer.- C’est l’Esprit Saint qui place l’homme devant cette vérité inéluctable, par le prochain, par un livre, par une rencontre quelconque, et cette rencontre avec la vérité fait éclater d’un coup le petit univers subjectif de cet homme. L’Esprit vient à la demande du Fils et il conduit au Fils.  La reconnaissance de l’Esprit se fait grâce à la faculté de l’homme de ne pas accepter ses propres limites comme des limites rigides et définitives. Cela vaut pour tout chemin qui conduit au christianisme. Et cela vaut également à l’intérieur du christianisme même. Celui qui a reçu l’Esprit n’a plus la possibilité de prendre du repos. De nouvelles portes s’ouvrent sans cesse là où l’on croit avoir déjà franchi le seuil de la dernière pièce (Sur Jn 14,17. Ibid. I,156-162).

5 – Jésus s’était lui-même désigné comme « la Vérité », dans la mesure où en lui – dans sa vie, sa mort et sa résurrection – l’essence du Père est déployée parfaitement et définitivement. Ce n’est que par le destin humain de Jésus qu’a été prouvée la vérité de la formule inouïe : Dieu est amour (1 Jn 4,8.16), rien d’autre qu’amour ; tous les autres attributs de Dieu sont des formes et des aspects de son amour. Les disciples ne pouvaient pas saisir cette Vérité qu’est le Christ avant de recevoir l’Esprit de vérité. Cette vérité exige des hommes admis dans l’amour de Dieu qu’ils vivent eux-mêmes totalement pour l’amour, sinon ils ne pourraient pas être introduits par l’Esprit dans l’amour divin. C’est que la grâce contient toujours aussi l’exigence de la recevoir pour la comprendre (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année A, 78).

6Le chrétien doit être « toujours prêt à la défense contre quiconque demande raison de l’espérance qui est en lui » (deuxième lecture). Le chrétien doit montrer à travers sa vie que l’Esprit de vérité l’anime en tout. Il n’y réussit pas en soutenant avec arrogance qu’il possède la vérité : notre réponse à ceux qui nous sondent doit bien plutôt être modeste et respectueuse. Modeste, parce que nous ne sommes pas les propriétaires de la vérité, mais qu’elle nous a été donnée ; respectueuse, parce que nous devons avoir le nécessaire respect devant l’opinion des autres et leur recherche de la vérité. En outre, le compte que nous avons à rendre ne consistera pas avant tout dans des discours polémiques et dans la manie de vouloir toujours avoir raison, mais en deux choses : une vie droite en face de laquelle les calomnies d’autrui doivent se taire, et la souffrance pour l’amour de la vérité, parce que nous devenons par là davantage encore conformes à la vérité dont nous faisons profession : le Christ lui aussi, le Juste (ce que nous ne sommes pas) est mort pour les injustes ; c’est en marchant à sa suite que nous lui rendons le meilleur témoignage (Cf. Ibid. 78-79).

6e Dimanche de Pâques      B (Ac 10,25-26.34-35.44-48; 1 Jn 4,7-10; Jn 15,9-17)

1 – On ne peut pas être aimé par le Seigneur sans recevoir de lui une grâce, grâce qui est si réelle, quand même elle serait cachée, qu’elle ne peut pas échapper entièrement aux yeux d’un frère dans la foi. Si une personne nous est étrangère, mais que nous savons que le Seigneur l’aime, et si nous-mêmes nous prétendons aimer le Seigneur, alors cette personne ne peut pas nous rester indifférente : nous chercherons en elle l’amour du Seigneur. Nous la regarderons avec les yeux du Seigneur, nous chercherons ce que le Seigneur aime en elle et ce qu’il déposé en elle par son amour. Nous l’atteindrons à travers cet amour du Seigneur et non point par ce qui en elle nous paraît naturellement attirant (Sur Jn 15,12. Jean. Le discours d’adieu II,36).

2 – Tout chrétien doit, à un moment donné, se demander à quel état de vie il est appelé; chacun devrait se mettre une fois à la disposition de Dieu, tant pour l’un que pour l’autre, et se décider d’après le choix de Dieu (Sur Jn 15,14. Jean. Le discours d’adieu II,41).

3 – L’obéissance n’est pas l’invention de l’Église; elle est ordonnée et vécue par le Seigneur lui-même… Si le Seigneur ne s’était pas fait obéissant jusqu’à la mort sur la croix, alors l’obéissance du chrétien n’aurait effectivement aucun sens. Mais puisque le Seigneur a suivi ce chemin, la vie chrétienne n’a pas de sens en dehors de cette obéissance… Le fondement ultime de l’obéissance est  l’amour : car le modèle de toute obéissance est la relation entre le Père et le Fils. Tout ce que le Père ordonne est amour, même quand c’est dur; tout ce en quoi le Fils obéit est amour, même si, dans la nuit de la Passion, il ne comprend plus le sens du commandement… L’obéissance d’amour du Fils envers le Père est donc la norme de tout ordre et de toute obéissance humaine : on n’a le droit d’ordonner et d’obéir que dans l’amour. Il peut arriver que l’ordre ne soit pas donné dans l’amour, l’obéissance n’ira pas à sa perte… Le Seigneur s’en porte garant (Sur Jn 15,14. Jean. Le discours d’adieu II, 42-3).

4C’est toujours le Seigneur qui appelle le premier; et si nous consentons à l’écouter, notre marche à sa suite n’est qu’une réponse… Il peut, par un appel particulier, nous appeler au sacerdoce ou à la vie religieuse, mais si cet appel ne se fait pas entendre pendant un certain temps, alors il est clair qu’il a choisi pour nous la vie laïque et que nous avons à sanctionner ce choix par un acte explicite… Quant à l’homme qui s’est choisi lui-même son état de vie, le Seigneur lui donne aussi une grâce qui, dans cette voie, lui permet de vivre selon sa volonté. Ce sera toutefois une grâce de pénitence pour une vie de pénitence. Cette grâce peut être si puissante qu’elle nous permet de porter dans la joie du Seigneur la pénitence douloureuse pour notre surdité d’autrefois (Sur Jn 15,16. Jean. Le discours d’adieu II,46-8).

5 - (Dans le Seigneur, il n’y a pas de stérilité). Même dans un mariage sans enfants, le corps ne demeure pas stérile; s’étant mis au service du Seigneur, celui-ci lui  indiquera d’autres possibilités de porter du fruit. (Il y a le fruit du mariage et il y a celui de la continence (Sur Jn 15,16. Jean. Le discours d’adieu II,48-9).

6 – (Porter du fruit). Le vrai fruit est toujours le fruit d’un dépouillement, d’un désir réel de se donner, de donner même ce que nous aimerions plutôt garder, ce à quoi il est pénible et désagréable de renoncer… Il y a dans les offrandes des hommes à Dieu tant de réserves qu’elles empêchent la fécondité de leur fruit. – Quand l’homme et la femme se donnent l’un à l’autre en pensant à tout autre chose, ils sont incapables de s’unir vraiment dans l’amour. Il en est de même pour l’amour entre l’homme et Dieu. Bien des choses dans les prières et dans les exercices de pénitence du chrétien son égoïstes, mesquines, détournées de Dieu : tout cela entrave leur fécondité (Sur Jn 15,16. Jean. Le discours d’adieu II,52-3).

7 – La participation du Seigneur à notre vie s’exprime aussi dans le fait qu’il nous fait participer à tout ce qui est sien. Le Fils, de toute éternité, a reçu du Père le droit de recevoir tout ce qu’il lui demande et de glorifier par là le Père. (Ceux qui appartiennent au Seigneur, les prêtres)… partagent le droit d’aller trouver le Père et de recevoir de lui ce dont ils ont besoin pour leur existence terrestre. Le  Fils est venu pour glorifier le Père, et il invite tous (les hommes) à le faire avec lui (Sur Mt 7,7, Le sermon sur la montagne 212 et 211).

8 – Jésus parle de son plus grand amour, qui repose dans sa mort pour ses amis ; mais pour que nous soyons ses amis, nous devons faire ce qu’il nous demande. Jésus promet à ses disciples que son amour demeurera en eux s’ils demeurent dans son amour, obéissent à son commandement d’amour. Il nous a partagé tout l’abîme de l’amour de Dieu et il nous a choisis pour y vivre ; qu’y a-t-il de plus naturel que nous laissions ce Tout nous suffire ? Et même ce Tout partagé est ce que nous pouvons toujours redemander au Père : si nous demeurons dans le Fils, « tout ce vous demanderez au Père, il vous l’accordera » (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année B, 77-78).

9Les païens reçoivent l’Esprit. La grâce de devenir chrétien ne dépend d’aucune tradition purement terrestre, ecclésiale, mais est toujours un libre don de Dieu « qui ne fait pas acception des personnes », à qui, « en toute nation, celui qui le craint et pratique la justice est agréable ». C’est ce que montre la première lecture, dans laquelle l’Esprit Saint est conféré au centurion romain et à sa maison avant même qu’il ne soit baptisé. L’Église, représentée ici par Pierre, obéit à Dieu quand elle reconnaît ce choix de Dieu et qu’elle reçoit sacramentellement les élus en elle. La liberté de Dieu, même vis-à-vis de toute institution expressément fondée par le le Christ à son départ, est inculquée à Pierre à la fin de l’évangile de Jean : « S’il me plaît… que t’importe ? Toi, suis-moi ». L’Église doit s’efforcer de gagner tous les hommes pour lesquels le Christ est mort et est ressuscité. L’amour surnaturel peut être parfaitement présent hors de l’Église, mais c’est certainement aussi cet amour qui pousse le centurion Corneille à entrer dans l’Église où l’amour de Dieu Trinité se trouve au centre (Cf. Ibid., 78).

6e Dimanche de Pâques     C (Ac 15,1-2.22-29; Ap 21,10-14.22-23; Jn 14,23-29)

1 - La cité sainte avait l’éclat d’une pierre très précieuse comme le jaspe cristallin. Tout ce que l’épouse peut faire, c’est de capter autant que possible cette lumière et de la refléter avec la plus grande pureté possible vers celui qui l’a émise. Mieux se laisser irradier par Dieu, voilà la véritable sainteté; tout le reste serait parodie et tromperie. Tous les efforts ne doivent avoir qu’un seul but : que la lumière de Dieu puisse mieux nous irradier et nous traverser. Or la moindre chose faite dans la lumière de Dieu irradie véritablement sa lumière, sans aucun affaiblissement. – Le point de départ, la racine de toute sainteté est donc l’humilité : vouloir se laisser aimer par Dieu et vouloir aimer soi-même dans cet amour de Dieu. Le saint qui voudrait irradier sa propre lumière ne serait pas transparent comme le cristal mais opaque. Il étoufferait la vie de Dieu par sa propre vie. La véritable sainteté est pure instrumentalité : se laisser irradier et traverser par l’unique lumière dans la parfaite transparence (Sur Ap 21,11b. Cf. L’Apocalypse 857-858).

2 – « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole ». Garder la parole du Seigneur veut dire avant tout : laisser sa parole agir en nous. Sa parole est quelque chose de croissant qui doit s’épanouir dans chaque personne. Elle va transformer la nature de l’homme à tel point que le Seigneur sera de plus en plus le principe de la conformation de son moi. Et cela ne se fait que dans l’amour de celui qui accueille la parole. Car c’est en aimant que nous accordons à la parole la place qu’il lui faut pour s’établir et pour s’épanouir toujours davantage. Quand l’amour du Seigneur s’épanouit en nous, notre amour devient capable d’offrir au Seigneur une place en nous de plus en plus importante (Sur Jn 14,23. Jean. Le discours d’adieu I, 179-180).

3 – Dieu ne veut pas convertir le monde en une fois, par un miracle retentissant. Il veut plutôt conquérir des individus et faire d’eux une demeure pour d’autres. Il veut distribuer sa lumière, la faire rayonner dans les ténèbres du monde à partir de nouveaux centres. L’unique condition posée par Dieu, quand il s’apprête à prendre demeure chez un homme, c’est l’amour. L’amour est aussi l’unique signe distinctif qui relie entre eux ces hommes ainsi distingués par Dieu (Sur Jn 14,23. Cf. Ibid. 181).

4 – Nous avons reçu une invitation si pressante à faire ce chemin (vers le Père, avec le Christ) qu’en fin de compte il importe peu que nous disions oui ou non, car nous sommes obligés de nous y engager, ni plus ni moins. Comme si le Seigneur montrait une montagne très haute et annonçait qu’il monterait là-haut et que nous tous irions avec lui. Il ne demande qui  en a envie ou non, qui espère réussir et qui désespère de jamais y arriver.- La seule chose qu’il nous laisse entendre, c’est qu’il n’aura point de cesse que tout le monde soit arrivé là-haut : les bons alpinistes aussi bien que les boiteux et les malades incapables de faire trois pas, ceux qui sont aussitôt près à marcher avec lui, comme ceux qui d’emblée estiment qu’une telle exigence ne les regarde pas. Par la témérité apparente du Seigneur et son insouciance, tous se voient entraînés dans une aventure qui semble insensée, dirigée vers une hauteur à laquelle un homme raisonnable n’aurait jamais osé songer, où normalement il ne pourrait même pas respirer. Et c’est précisément cette chose excessive qui est à présent l’exigence absolue adressée à chacun (Sur Jn 14,28. Ibid. I,203).

5 – « Nous avons décidé à l’unanimité » (Ac). L’Église doit être un lieu de paix dans un monde sans paix. Mais elle a à résoudre en elle-même certains problèmes qui provoquent d’abord des tensions et qui ne peuvent être résolus dans la paix que sous la conduite de l’Esprit Saint, en le priant et en l’écoutant. Le problème le plus grave peut-être qui se posait à l’Église des origines était la coexistence vraiment pacifique entre le peuple élu qui possédait une tradition divine millénaire et les païens de la nouvelle vague. Atteindre ici une coexistence vraiment pacifique exigeait des deux côtés des renoncements. De l’Église primitive, nous pouvons tirer exemple pour les renoncements qui s’imposent à nous afin qu’entre les différentes tendances dans l’Église s’établisse non un simple armistice, mais la vraie paix du Christ. Jamais un parti n’est complètement dans son droit, et l’autre complètement dans son tort. On doit s’écouter les uns les autres au sein de la paix du Christ, peser les raisons du côté adverse, ne pas absolutiser les siennes. Cela peut aujourd’hui comme autrefois exiger de véritables renoncements, mais c’est seulement si nous les acceptons que la paix du Christ nous sera donnée (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales C, 79-80).

22/07/2019. A suivre.

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