76. A.v.Speyr, Pâques 7

 

76

Adrienne von Speyr et Hans Urs von Balthasar

Matériaux pour les homélies. Pâques 7

 

7e Dimanche de Pâques    A    (Ac 1,12-14; 1 P 4,13-16; Jn 17,1-11)

1 – Seul le Seigneur dispose de sa propre souffrance. L’Église n’a pas son mot à dire dans ce domaine. La décision de laisser quelqu’un participer à la souffrance du Seigneur est entre les mains du seul Seigneur; l’Église peut tout au plus guider celui qui souffre, lui communiquer une meilleure compréhension de sa souffrance. Là où le Seigneur attend le fruit d’une souffrance, l’Église doit veiller à ce qu’il l’obtienne en totalité; et là où quelqu’un qui souffre veut faire don de sa souffrance, elle doit l’aider à la donner en totalité. Et parce que les croyants sont membres de l’Église, le membre qui ne souffre pas doit ouvrir à Dieu celui qui souffre et l’aider à réaliser le plus pleinement possible ce qu’il demande. Celui qui souffre doit être ouvert pour qu’il y ait en lui plus de place pour la souffrance que le Seigneur veut lui envoyer. Il faut aussi lui rendre le Seigneur plus proche pour qu’il reste capable d’accéder à la demande de Pierre qui exige qu’on se réjouisse aussi de la souffrance.  Pour qu’il sache qu’il lui faut accomplir ce qu’il y a de plus difficile dans la joie du Seigneur même s’il ne la ressent pas et que l’Église se contente de garder cette joie pour lui (Sur 1 P 4,13. Traduction dans Communio, mai 1977, p. 41).

2 – Foi et souffrance sont devenues un tout par le Seigneur : quiconque veut servir le Seigneur en recevra quelque chose. La souffrance est une marque du Seigneur. Il y a des souffrances qui possèdent dès le début la marque indubitable de quelque chose imposé par le Seigneur. Il en est d’autres qui semblent n’être épargnées à aucun homme mais qui, par la foi, reçoivent également le caractère de souffrances imposées par le Seigneur de sorte que le chrétien peut y reconnaitre le signe de la foi et le signe que la volonté de Dieu les permet (Sur 1 P 4,16. Die katholischen Briefe I,384-385).

3 – « Ainsi parla Jésus, et levant les yeux au ciel… » Le Seigneur se tourne vers le Père. Il lève les yeux au ciel comme pour mieux regarder le Père. Et pourtant il voit toujours le Père partout où il tourne les yeux. Il quitte le monde et les disciples pour être tout à fait libre pour la prière et pour le Père, et il nous enseigne par là que nous aussi nous devons, pendant la prière, laisser derrière nous tout ce qui nous entoure et nous préoccupe dans le monde. Dans l’entretien avec Dieu, il faut qu’il ait ces moments où il nous trouve, selon son attente, disponibles, uniquement ses enfants. Et même si ce n’est pas facile de se tenir devant Dieu entièrement dépouillé de ses propres préoccupations, cela reste néanmoins la condition indispensable pour obtenir ses dons les plus précieux. Ce n’est pas que Dieu se désintéresse de nos affaires terrestres, mais il faudrait que nous ayons encore plus d’intérêt pour les siennes (Sur Jn 17,1. Jean. Le discours d’adieu II,193-194).

4 – « Glorifie ton Fils, afin que ton Fils te glorifie ». Cela veut dire avant tout : permets que se réalise en lui ce que tu as prévu pour lui de toute éternité; tu ne peux pas le glorifier mieux qu’en laissant s’accomplir pleinement ce qui a été décidé. Car pour le Fils, il n’y a pas de chose plus grande que de pouvoir faire exactement ce que le Père attend de lui. Si le Père lui permet de consommer l’œuvre parfaite, s’il ne lui épargne rien, ne reprend ni ne lui facilite rien, alors il prouve au Fils qu’il considère son amour comme parfait, qu’il n’y a rien à lui reprocher, que cet amour est si parfait qu’il sera en état de supporter même la passion parfaite (Sur Jn 17,1. Ibid. II,195-196).

5 – « La vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent ». La vie éternelle est donc une connaissance. Le Seigneur prononce ce mot en se tournant vers le Père, pendant qu’il séjourne encore en ce monde; il le dit de la terre vers le ciel et indique par là le mouvement de cette connaissance qui embrasse la vie éternelle. Il ne dit pas quand aura lieu l’entrée dans la vie éternelle. Et pourtant il devient clair que le commencement de la vie éternelle coïncide avec le commencement de la connaissance de Dieu. Elle a donc déjà commencé en ceux qui vivent sur terre dans la foi. Il y a un début de la vie éternelle dans l’homme là où commence sa vraie connaissance de Dieu, c’est-à-dire sa connaissance dans la foi et dans  l’amour (Sur Jn 17,3. Ibid. Ii, 203-204).

6 – Les croyants sont ceux qui reconnaissent que tous les biens du Fils viennent du Père. Il est évident que toute distinction est impossible entre une simple foi en Dieu et la foi dans le Fils. La foi chrétienne se tient au milieu entre le Père et le Fils (Sur Jn 17,7. Ibid. II,221-222).

7e Dimanche de Pâques    B    (Ac 1,15-17.20-26; 1 Jn 4,11-16; Jn 17,11-19)

1 - Dieu est amour; l’amour constitue l’être du Père, du Fils et de l’Esprit. Non pas un être fermé sur lui-même, en opposition à nous, mais communication essentielle et insertion de tous les hommes en lui. Nous sommes introduits dans l’amour du Fils, et le Père ne peut faire autrement que de nous voir inclus dans le Fils, inclus dans son amour pour le Fils, comme des êtres aimés du Fils (Sur 1 Jn 4,16. Die katholischen Briefe II,177-178)

2 – Le péché : mieux vaut l’avoir derrière soi – on peut alors s’en repentir – que devant – on a encore l’intention de le commettre (Cf Jn 17,12. Jean. Le discours d’adieu II,241).

3 – Nul croyant véritable n’est de ce monde. Il y en a parmi eux qui aboutissent à une connaissance claire de l’autre monde; d’autres, tout en restant dans ce monde, sentent et devinent par une part d’eux-mêmes qu’il existe quelque chose d’autre que ce monde. Et plus cet autre, ce monde divin, devient transparent à l’homme, plus grande sera pour lui l’obligation de vivre dans l’action et la contemplation au service de l’Église, pour ce monde divin (Sur Jn 17,14. Ibid. II,253).

4 – La vie du chrétien est destinée à être un combat où victoires et défaites sont possibles; mais les victoires ne comptent pas parce qu’il faut les attribuer à la grâce du Seigneur, et les défaites non plus, parce qu’il ne cesse de les effacer et de les compenser. La seule chose qui compte, c’est la volonté de combattre selon l’esprit du Seigneur (Sur Jn 17,15. Ibid. II,257).

5 – L’obéissance est à la fois l’expression et la preuve la plus humaine et la plus divine de l’amour. L’amour veut obéir, il ne voudrait faire que la volonté du bien-aimé, sans être pris lui-même en considération. Et cela nullement par « abnégation », par « sanctification de soi », pas « mortification », ou par un autre entraînement ascétique, mais par la simple nécessité de l’amour lui-même. Dans toute sa faiblesse, mais entièrement résolu, il s’offre : « Fais de moi ce que tu veux! »

Ainsi est l’amour, prêt à tout, disposé à suivre à travers tout, que cela plaise ou non. Il n’a en tête que l’honneur et la gloire du bien-aimé. Il ne pense pas à ce qu’il abandonne et à quoi il renonce, il ne considère pas les difficultés de son entreprise ni ce que les autres font ou disent. Il fait son chemin dans la force de l’amour qu’il a reçu… Et il ne se demande pas davantage s’il est capable ou non. Au pire des cas, il succombe dans l’accomplissement de sa mission. Qu’importe? (Sur Jn 17,18. Ibid. II,266-7).

7e Dimanche de Pâques    C    (Ac 7,55-60; Ap 22,12-14.16-20; Jn 17,20-26)

1 – « Je ne prie pas pour eux seulement, mais aussi pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi ». C’est la première fois que le Fils présente au Père non seulement les siens, mais ceux qui, par les siens, acquièrent la foi en lui, qui sont en route vers lui et se trouvent encore en dehors du seuil de l’Église… Ce sera plus difficile pour eux que pour les disciples… Les disciples ont connu en lui le Messie… Ils pouvaient nettement sentir qu’en lui et derrière lui vit un infini mystérieux qui les regarde et auquel ils se sont sonnés… Mais ceux qui viennent à la foi par les disciples ne voient pas le Seigneur; ils n’entendent de lui que la description des disciples et ne comprennent peut-être que très confusément comment ceux-ci vivent de la grâce du Seigneur…

(Le Seigneur) inclut ces éloignés dans sa prière exactement de la même façon que les disciples. Il faut qu’ils soient capables de percevoir le Seigneur par la foi, l’amour et l’espérance, même à travers l’enseignement imparfait des disciples, de discerner aussitôt dans l’apôtre ce qui vient de Dieu et ce qui ne vient pas de Dieu. L’amour priant du Seigneur est assez fort pour leur communiquer cette clairvoyance… Ceux qui cherchent le Seigneur ne doivent pas, dans un premier temps, croire à l’apôtre et l’aimer, pour être conduits dans un second temps auprès du Seigneur. Il faut qu’ils croient dans le Seigneur et l’aiment aussi immédiatement que les apôtres eux-mêmes…

Et l’apôtre n’a pas le droit d’accaparer l’amour de ceux qui cherchent; il ne peut pas conduire ses disciples au Seigneur par le détour de son propre amour; tout leur amour doit aussitôt être orienté vers le Seigneur. Si quelque chose en revient à l’apôtre, ce n’est que pure grâce du Seigneur, grâce à laquelle il n’a aucun droit… Celui qui s’approche de l’Église y vient attiré par la prière du Seigneur. C’est lui qui amène au prêtre ceux qui cherchent et celui-ci, à son tour, leur fait passer le seuil (Sur Jn 17,20. Jean. Le discours d’adieu II, 269-271).

2 – « Père, ceux que tu m’as donnés, je veux que là où je suis, eux aussi soient avec moi ». Père, je veux, dit le Seigneur. Il semble s’avancer vers le Père avec une revendication. Il proclame sa propre volonté et cherche à l’imposer au Père. Il n’atténue pas cette volonté, ne la cache pas sous l’humble forme d’une demande. Il lui laisse la forme directe d’une volonté clairement énoncée. Il faut que les siens, ceux que le Père lui a donnés, se trouvent là où il est. Il ne tolère pas de séparation. Il ne veut pas qu’ils soient présents seulement durant sa vie terrestre; il veut qu’ils parent sa vie éternelle dans le Père (Sur Jn 17,24. Ibid. II,293).

3 – Nul ne peut prétendre n’avoir jamais perçu l’exigence du Seigneur, car le Seigneur parle de manière telle que quiconque veut, peut entendre. Sa voix peut aller de l’inquiétude la plus légère à l’exigence la plus retentissante, elle peut être perceptible dans la nuit et l’abîme, elle peut aussi ravir au ciel, jusqu’à la perception physique de ses paroles; elle peut être entendue en lisant l’Écriture ou en écoutant le sermon, en recevant l’exhortation du confesseur ou encore dans le secret du cœur : c’est toujours la même voix du Seigneur, et nul ne peut dire ne pas l’avoir entendue…

Même si on entend correctement, il y a dans la parole plus qu’on ne saisit, et ainsi chaque mot est déjà, en soi et comme tel, exigence et injonction de continuer à écouter (Sur Ap 22,17. L’Apocalypse 969).

13/09/2018. A suivre.

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