80. A.v.Speyr, Dimanches T.O. 1-4

 

80

Adrienne von Speyr et Hans Urs von Balthasar

Matériaux pour les homélies. Dimanches T.O. 1-4


2e dimanche   A   (Is 49,3.5-6; 1 Co 1,1-3; Jn 1,29-34)

1 – Le sens véritable du temps se situe dans l’éternité. Le non-chrétien ne voit dans la vie chrétienne qu’une perte de temps, et avec raison, car il considère le temps du monde comme la durée véritable et essentielle. Le chrétien, par contre, ne voit dans ce temps qu’un emprunt fait à l’éternité; tout ce qui est essentiel repose caché dans le dessein de ce qui est au-dessus du temps (Sur Jn 1,30. Jean. Le Verbe se fait chair II,12-13).

2 – On ne pourra jamais définir le Fils sans dire qu’il est le Fils de Dieu et possède le Saint-Esprit, ni désigner le Père sans dire de lui qu’il a le Fils en lui et envoie l’Esprit; quant à l’Esprit, il est impossible de le décrire par des mots de ce monde, car il est toujours autre chose que ce que l’on voit en lui : il est le lien, la vie, il est ce qui est envoyé et qui va vers l’envoyé, il est celui qui possède les dons et qui les distribue. Le Saint- Esprit comme tel n’est jamais saisissable, sauf pendant la vie terrestre du Fils (Sur Jn 1,32-33. Jean. Le Verbe se fait chair II,14).

2e dimanche  B   (1 S 3,3-10.19; 1 Co 6,13-15.17-20; Jn 1,35-42)

1 – Le Père ressuscite le Fils, mais avec le but de nous ressusciter aussi. De la sorte le sens de l’existence humaine se contemple à partir de la résurrection. Depuis que le Fils est ressuscité, le sort de l’humanité est scellé définitivement. L’homme ne peut plus se conduire comme un être purement terrestre, temporel, transitoire. Et si la puissance du pécheur s’arroge le droit de disposer de soi dans le temps, la résurrection du Fils l’avertit que la puissance de Dieu disposera de lui dans l’éternité et en a déjà disposé. Là où l’homme se heurte à sa limite inconditionnelle, la mort, là intervient la puissance inconditionnelle de Dieu. Par la résurrection s’effacent les limites de notre existence. Elles s’effacent pas la puissance de Dieu qui se révèle pleinement là où notre totale impuissance atteint elle aussi sa pleine manifestation.

Notre puissance à façonner notre existence est tout aussi temporelle et transitoire que cette existence elle-même. En raison de la liberté que Dieu nous a donnée, nous pouvons nourrir l’illusion de disposer de toute notre existence. En fait le Père dispose de nous en raison de la résurrection du Fils. Par la résurrection, l’existence chrétienne reçoit un tout autre aspect que celle de l’homme de l’Ancien Testament. Là, on demeurait dans l’incertitude sur ce que Dieu ferait de l’homme qui sombre dans la mort. La résurrection du Fils a mis en route un mouvement irréversible vers le Père, un mouvement qui  nous condamne à la résurrection (Sur 1 Co 6,14. Cf. Première épître de saint Paul aux Corinthiens I, 164-165).

2- Les chrétiens doivent glorifier Dieu dans leur corps, et cela non avec des mines de victimes mais avec des mines d’enfants reconnaissants parce qu’ils peuvent percevoir dans le corps du Christ le prix versé pour qu’ils soient rachetés. C’est le corps qui est le prix. Ils peuvent faire de leurs propres corps des membres véritables de Son corps (Sur 1 Co 6,20. Cf. Première épître de saint Paul aux Corinthiens I,172).

3 – Les deux disciples suivaient Jésus. Jésus se retourna et il vit qu’ils le suivaient. Le Seigneur voit venir les disciples; ils marchent vers lui sous son regard. Le Seigneur pose ce regard sur chaque instant de notre vie où nous cherchons à le suivre (Sur Jn 1,38-39. Cf. Jean. Le Verbe se fait chair II, 20).

4 – Jésus se retourne et il dit aux disciples : Qui cherchez-vous? C’est le Seigneur lui-même qui se retourne et s’adresse à eux. Il les laisse s’approcher, il est à leur disposition. A tout homme qui le suit, il donne aussitôt le tout. Nul ne peut dire qu’il a suivi le Seigneur sans que celui-ci se soit retourné ni lui ait prêté attention. Il n’arrive jamais non plus que le Seigneur laisse jamais courir un homme sans qu’il le rejoigne. Bien au contraire tout homme qui le suit voit sa vie comblée et conduite par lui. Non pas dans le sens d’une consolation sensible; il se peut même que ce soit un accomplissement dans la nuit et la sécheresse. Le comment de l’accomplissement est l’affaire du Seigneur. Aussi certain qu’est l’accomplissement même, aussi imprévisible est la manière dont il est réalisé (Sur Jn 1,38-39. Jean. Le Verbe se fait chair II,20).

5 – André dit au premier qu’il rencontre, son frère Pierre : « Nous avons trouvé le Messie ». Toute grâce du Seigneur doit être aussitôt transmise à d’autres (Sur Jn 1,40-42. Cf. Jean. Le Verbe se fait chair II,21).

2e dimanche  C (Is 62,1-5; 1 Co 12,4-11; Jn 2,1-12)

1 – La Mère de Jésus y était (à Cana). C’est la première fois que Jean mentionne la Mère de Dieu. Il est significatif que Jean commence à parler de la Mère et du Fils dans une situation où apparaît l’amour… La réponse du Seigneur à la suggestion de sa Mère est brusque et souligne la différence de leurs points de vue… Et  malgré tout, sans aucune parole d’amour, ils se témoignent l’amour suprême, car le Fils fait par amour ce que la Mère veut par amour… Il donne toujours plus de grâce que l’homme n’en demande et n’en attend. Il en va de même quand nous demandons à Dieu quelque bien déterminé; qu’il l’accorde ou non, il nous donne en tout cas toujours davantage que ce que nous avons sollicité. C’est ce qu’exprime ici le symbole du vin meilleur et, plus tard, la surabondance lors de la multiplication des pains et des pêches miraculeuses (Sur Jn 2,1-12. Jean. Le Verbe se fait chair II,33-37).

2 – Plus Dieu prend possession de l’âme, plus il augmente en elle la soif de lui-même. Mais personne ne peut dire  que son désir de Dieu sera demain plus grand qu’aujourd’hui. L’accroissement se fait uniquement en Dieu et ne se laisse pas répercuter dans le temps (Sur Jn 2,1-12. Ibid. 38).

3e dimanche  A (Is 8,23-9,3; 1 Co 1,10-13.17; Mt 4,12-23)

1 – La grâce et la mission du Seigneur sont toujours claires et absolues. Et plus grande et différenciée est la mission que le Seigneur offre à quelqu’un, plus clair et marqué est l’appel. Celui qui a été ainsi touché par l’épée porte une blessure. Il peut bien tenir tête et résister, faire comme s’il n’était pas blessé, il reste marqué et n’a d’autre choix que de se mettre à la disposition du Seigneur sous peine de mourir d’hémorragie (Sur Ap 2,12. Cf. L’Apocalypse 173).

3e dimanche  B   (Jon 3,1-5.10; 1 Co 7,29-31; Mc 1,14-20)

1 – Quand les évangiles relatent comment les apôtres abandonnent tout avec simplicité pour suivre le Seigneur et que les difficultés qu’ils ont rencontrées ne sont rapportées que plus tard, il ne faut pas conclure que le premier pas leur a été facile; suivre le Christ reste dans la vie une rupture douloureuse. Le renoncement est réel, mais le poids de l’appel l’emporte sur tout. Celui qui est appelé doit tout faire pour demeurer dans cette voix; si elle se tait, il a tout perdu; et il préférerait perdre tout le,reste plutôt qu’elle ne se taise. C’est la voix qui nous permet de suivre le Seigneur. L’idée d’une vie sans cette voix apparaît comme une solitude insupportable. Il nous faut donc obéir, car qui sait si la voix se fera entendre une autre fois?

Celui qui dit oui sait qu’il aura bien à lutter. Il ne sera pas toujours dans la joie, il connaitra des heures de doute, ses fautes et ses faiblesses ne le laisseront pas en repos. Il n’a pas le sentiment que le monastère, le séminaire, la communauté qui l’accueillent gagnent grand-chose. Il est un cadeau douteux, moins qualifié pour rendre service que la plupart des autres qui auraient pu se présenter. Toutefois il n’a pas le choix puisque c’est lui que Dieu a désigné (Ils suivirent son appel 23-25).

2 - « Après que Jean eut été livré ». Marc nous a introduits dans la mission du Baptiste. Et voilà qu’il dit pour conclure, froidement semble-t-il, sans commentaire : « Après que Jean eut été livré ». Un envoyé a fait ce qu’il devait, et puis il a été livré : exposé le plus concis possible de la vie d’une saint, d’un martyr. Puis la vie continue. La fin d’un chrétien n’a pas d’intérêt, comparée à sa mission. C’est elle qui a du poids. C’est l’obéissance qui importe, et puis peut-être sera-t-on livré. L’Église ne perd rien par là, au contraire. C’est presque comme si on entendait dire : au suivant, s’il vous plaît. C’est que la mission est plus importante que la vie et que la mort ne signifie pas achèvement, mais prolongement, voire commencement (Cf Mc 1,14. Saint Marc 30-31).

3 – « Et aussitôt ils laissèrent là leurs filets ». Ils laissent là leurs instruments et ils viennent. Ils ne font pas de préparatifs, ils n’essaient pas de gagner du temps, ils n’interrogent pas. Ils suivent. Parce qu’ils ont été appelés. Ils suivent parce que le Seigneur leur a dit de le suivre. C’est une obéissance absolue, une obéissance difficile parce qu’elle signifie l’adieu à ce qui existait jusque là et l’aventure complète avec le Seigneur. Pour l’avenir, rien n’est assuré, aucun plan n’est proposé, rien, on demande seulement un changement dans la profession. Le Seigneur exige tout : subitement, totalement, et pour toujours (Sur Mc 1,18. Cf. Ibid. 36).

4 - Le Seigneur laisse dans « la barque Zébédée avec ses ouvriers ». Zébédée aurait préféré garder ses fils plutôt que ses ouvriers. Mais il se soumet et il accepte ce que le Seigneur lui laisse. Toute cette situation ne manquera pas de se répéter, elle intervient aussi dans notre destin personnel : il y a un appel, on suit, on sait qu’il y en a d’autres qui ne sont pas appelés mais qui demeurent sous le regard du Seigneur. L’appel dépend de son bon plaisir. Notre devoir est de le suivre si nous avons été appelés. Ceux qui restent en arrière doivent demeurer dans leur tâche; c’est une obéissance qui n’est pas moindre ni plus facile. Et il n’est pas rare qu’elle puisse être pour notre obéissance un modèle et un aiguillon (Sur Mc 1,20. Cf. Ibid. 40).

3e dimanche  C (Ne 8,1-6.8-10; 1 Co 12,12-30; Lc 1,1-4. 4,14-21)

1 – Les dons spirituels suscitent le désir ardent de l’Esprit Saint, le désir de le posséder pour pouvoir mieux lui correspondre. Les dons de l’Esprit Saint éveillent le sens que Dieu est toujours plus grand, ce qui veut dire que, du côté de l’homme, ne peut correspondre qu’un mouvement continuel… Et le mouvement vers le Seigneur est toujours prière, dialogue avec lui, par quoi celui qui est en marche acquiert la certitude  d’être sur la bonne voie (Sur 1 Co 12,31. Cf. Première épître de saint Paul aux Corinthiens II, 113-114).

4e dimanche  A (So 2,3;3,12-13; 1 Co 1,26-31; Mt 5,1-12)

1 – Les cœurs purs sont ceux qui ne cessent d’ouvrir leur cœur tout entier devant Dieu de façon qu’il puisse tout voir. Dieu peut, puisqu’il voit tout, percer l’homme à jour, même contre sa volonté. Et il discerne aussi bien ce qui est dissimulé que ce qui est à découvert. Si quelqu’un présente son cœur à Dieu et lui montre tout ce qu’il est, il sait que Dieu le purifiera et le délivrera ainsi purifié de tout souci le concernant lui-même. Personne ne reçoit de Dieu un cœur pur pour le posséder pour lui-même. Il n’est donné qu’avec l’exigence divine de s’en servir.

C’est le Fils de Dieu qui confère cette pureté à nos cœurs. Le Fils, dans son cœur pur, ne cesse de contempler le Père. Et il assure à ceux qui ont le cœur pur qu’eux aussi contempleront le Père. Il sait que contempler le Père de toute éternité est le don le plus grand qu’il puisse nous faire. La pureté du cœur qui nous est demandée se présente comme un petit effort tout à fait insignifiant par rapport à une récompense infinie (Sur Mt 5,8. Le sermon sur la montagne 20-23).

2 – Est pur celui qui veut ce que Dieu veut (Sur Mt 7,15. Ibid. 229).

4e dimanche  B   (Dt 18,15-20; 1 Co 7,32-35; Mc 1,21-28)

1 – Aucun croyant ne peut façonner son service de telle sorte qu’il y trouve d’abord son bon plaisir et secondairement qu’il serve le Seigneur. Le service du Seigneur et le bon plaisir du croyant se présupposent réciproquement et se complètent. Cela veut dire aussi que celui qui est vierge porte du fruit pour le Seigneur et qu’une vie stérile est impensable dans la foi. Chacun a une mission propre qui réside dans le Seigneur et qui est en mesure de combler sa vie; cette mission peut combler sa vie non seulement s’il a de la chance, mais de manière absolue et catégorique, et elle la comble réellement (Sur 1 Co 7,32-33. Cf. Première épître de saint Paul aux Corinthiens I,206).

2 – « On était frappé par son enseignement ». Ils le connaissent. Ils savent d’où il vient. Ils savent qu’il a été pendant trente ans charpentier dans la maison de Joseph. Ils ont une certaine opinion d’ l’artisan qu’il était et de ses autres aptitudes. Ils le connaissent. Ils savent à quoi il a été formé. Et voilà qu’il enseigne comme si c’était son métier d’enseigner, comme s’il y avait été préparé. Ils sont stupéfaits. Il n’est pas un prophète, mais il semble inspiré. Il ne parle pas de choses dont on ne comprend rien. Cela surprend : d’où peut-il tenir cela, ce charpentier inculte? (Sur Mc 1,21-22. Saint Marc 41).

3 – « Tais-toi et sors de lui! » C’est le premier miracle du Seigneur dans l’évangile de Marc. Il l’opère en sachant que l’esprit impur doit lui obéir. Qu’il connaisse sa puissance sur l’esprit est déjà un miracle. Le Seigneur sait qu’il a pouvoir sur l’esprit impur. Il n’y a ici ni palabres, ni longues déclarations, ni prières, ni patientes discussions. Le Seigneur expulse l’esprit, il le rudoie. Ce n’est pas une affaire paisible. C’est un dur combat. Tout en le menaçant, il lui donne deux ordres différents : d’abord de se taire, ensuite de sortir. Ici est fondé quelque chose qui ne se perdra pas dans le christianisme, et l’Église forgera même pour cela des formules propres (Sur Mc 1,25. Cf. Ibid. 45-46).

4 – Ne pas considérer l’événement comme un épisode parmi beaucoup d’autres, mais être conscient de l’importance de ce premier miracle relaté par Marc : hostilité déclarée du Seigneur à l’égard du diable et défaite de l’esprit impur; et dans la défaite il est encore laissé à celui-ci la possibilité de montrer sa colère.  Il n’est pas tué mais vaincu. Il se retire en vaincu, mais comme tel il continuera à s’élever contre le Seigneur (Sur Mc 1,25-26. Ibid. 47).

4e dimanche  C (Jr 1,4-5.17-19; 1 Co 12,31-13,13; Lc 4,21-30)

1 – L’obéissance est la quintessence de la réponse d’amour du Fils au Père (Sur 1 Co 13,3. Première épître de saint Paul aux Corinthiens 120).

30/09/2018. A suivre.

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