83. A.v.Speyr, Dimanches T.O. 13-16

 

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Adrienne von Speyr et Hans Urs von Balthasar

Matériaux pour les homélies. Dimanches T.O. 13-16

 

13e dimanche A (2 R 4,8-11.14-16; Rm 6,3-4.8-11; Mt 10,37-42)

1 – Dans le Christ, Dieu donne tout à l’homme ; d’où l’exigence de mettre de côté tout ce que l’on a pour accorder à ce « Tout » l’espace nécessaire. La conscience que Jésus a d’être ce « Tout » est étonnante : « Celui-là n’est pas digne de moi ». L’exigence inclut expressément le chemin de croix, le risque de perdre sa vie. Saint Paul, dans la deuxième lecture, montre que cette mort et cet ensevelissement avec Jésus contient l’espoir d’une vie de résurrection avec le Christ pour Dieu. Le Christ vit pour Dieu, dans l’abandon sans réserve à Dieu et à sa volonté de salut concernant le monde. Dans le même sens, il est exigé que nous aussi, en tant que morts au péché, nous vivions pour Dieu dans le Christ Jésus, que nous cherchions comme lui à nous tenir à la disposition de l’œuvre de salut de Dieu dans le monde (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année A, 101-102).

13e dimanche     B    (Sg 1,13-15; 2,23-24; 2 Co 8,7-9.13-15; Mc 5,21-43)

1 - « Une force est sortie de moi ». Toute fatigue offerte, Dieu peut l’utiliser dans la communion des saints, on ne sait comment; de même toute nuit, toute absence de Dieu dans la prière (Nachlassbände – désormais NB - 10,2208).

2 - « Car elle se disait : Si je touche au moins ses vêtements, je serai sauvée ». La foi de la femme est si grande qu’elle est sûre qu’un contact suffira. Ce n’est pas qu’elle voudrait se limiter au vêtement, il n’est en aucun cas une fin en soi  ni un but, elle veut seulement par là entrer en contact, avoir accès au Seigneur tel qu’il est vraiment. Le contact est pour elle comme un porche qu’elle franchit. Ainsi sa foi est évidemment juste, elle est foi catholique. Il peut y avoir des choses matérielles auxquelles une bénédiction particulière est attachée, pourquoi pas même des reliques qui ont appartenu à un véritable saint. Et nous savons que de tels objets n’ont pas de forces magiques en eux-mêmes, mais conduisent plus loin. Ils ont appartenu à une existence pleine de grâce, et une telle existence a donné sur terre de l’espace à quelque chose de céleste, et le céleste ne se volatilise pas. Il ne renie pas la maison qu’il a habitée (Sur Mc 5,28. Saint Marc 250-251).

3 – « Aussitôt Jésus eut conscience de la force qui était sortie de lui ». Le Seigneur reconnaît ce qui s’est opéré à ce qu’une force est sortie de lui. L’action du Seigneur coûte quelque chose, et cela nous montre combien il est engagé dans ses miracles. Parce qu’il s’est fait homme, il fait l’expérience de la fatigue humaine, d’une perte de force, non pas à distance, mais dans son propre corps. Il est plus fatigué qu’avant. Il n’a pas donné quelque chose qui n’était pas à lui ou qui débordait d’une source infinie, il a donné quelque chose qui maintenant lui manque. Il a moins qu’avant parce qu’il a donné. Ici se trouve un des plus grands mystères de l’incarnation et de l’humanité du Seigneur (Sur Mc 5,30. Cf. Ibid. 252-253).

4Le plus important dans cette méditation est la parole du Seigneur à Jaïre, la parole… qui précède la foi avant qu’il y ait quelque chose à voir. Quand nous sommes dans l’obscurité, abattus par une nouvelle sans plus savoir comment continuer la route, nous le prions de pouvoir entendre sa parole de confiance. Elle doit nous enlever la crainte et nous offrir la foi en lui (Sur Mc 5,36-38. Cf. Ibid. 262).

5 – Les lectures d’aujourd’hui posent des questions redoutables. Le Christ guérit une malade, ressuscite un mort. C’est sa vocation. Pourquoi alors tant de gens après lui seront-ils de nouveau malades, pourquoi tous devront-ils mourir ? Dieu veut-il la mort ? Si rien ne change dans le monde, à quelle fin alors le Christ est-venu ? Dieu n’a pas fait la mort, nous dit la première lecture. La présence de la mort dans le monde est attribuée à la jalousie du diable. Comment le sage peut-il dire cela alors qu’il sait bien que tous, justes ou injustes, doivent mourir ? Comme Jésus, il distingue une double mort : une mort naturelle, donnée avec la finitude de l’existence, et une mort non naturelle provoquée par la révolte des hommes contre Dieu. Si Dieu a créé l’homme fini, l’homme a, par son péché, créé la seconde mort, la vraie. Surmonter cette œuvre de destruction de l’homme n’est pas pour Dieu une bagatelle. La deuxième lecture le dit : « Jésus-Christ, de riche qu’il était s’est fait pauvre pour nous, afin de nous enrichir par sa pauvreté ». Ce n’est pas par sa toute-puissance qu’il a vaincu notre mort, mais en descendant dans l’impuissance de cette mort. C’est de l’intérieur seulement que cette seconde mort pouvait être vaincue, elle ne pouvait l’être que par la force divine qui sortait de Jésus pour couler en nous à la croix et dans l’eucharistie (Cf. HUvB, Lumière de la Parole… Année B, 102-103).

13e dimanche     C    (1 R 19,16.19-21; Ga 5,1.13-18; Lc 9,51-62)

1 – Personne ne peut, par ses propres forces, amener quelqu’un à croire au Seigneur tel qu’il est; par ses propres forces, on ne peut l’amener qu’à une fausse image du Seigneur. Le passage est souvent imperceptible entre le désir de convertir quelqu’un au Seigneur et celui de le convertir à soi (Sur Ap 19,20. Cf. L’Apocalypse, 763-764).

2 – « Laisse les morts enterrer leurs morts ». Trois hommes offrent à Jésus de le suivre. Le premier, il le renvoie à son destin et à son exemple propres : il n’a plus de maison. Même la maison dans laquelle il a grandi, la maison de sa mère, ne compte plus. Il ne regarde pas en arrière. Il est plus pauvre en cela que les animaux, il vit dans une insécurité totale. Il ne possède rien d’autre que sa tâche. Et où le mène sa tâche ? A la croix ? Au ciel ? Luc laisse la question ouverte. – On ne reçoit pas Jésus dans le village samaritain où il voulait s’arrêter. Il est donc inutile de faire descendre le feu du ciel. Que « les siens ne le reçoivent pas » (Jn 1,11), c’est normal. – Le deuxième homme veut enterrer son père. Alors le Seigneur de la vie répond : « Laisse les mort enterrer leurs morts ». Les morts sont les mortels qui s’enterrent les uns les autres. Jésus est élevé au-dessus de la vie et de la mort ; il meurt et ressuscite « pour être le Seigneur des morts et des vivants » (Rm14,9). – Le troisième homme veut prendre congé de sa famille. Ici Jésus va plus loin qu’Élie. Pour celui qui est l’objet d’un appel radical, il n’y a pas de compromis entre la famille et le décision pour le Royaume. La décision exigée est indivisible et immédiate (HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales C. 103-104).

14e dimanche A (Za 9,9-10; Rm 8,9.11-13; Mt 11,25-30)

1 – La révélation aux tout-petits. Tout vient du Père. Jésus est le révélateur, il remercie le Père de ce qu’il puisse l’être; il est prévu déjà dans le plan du Père que Jésus n’atteindra pas « les sages et les savants » avec sa révélation, car ceux-ci pensent déjà tout savoir et savoir mieux que les autres; il atteindra les « tout-petits » , c’est-à-dire ceux qui ne baignent pas dans la théologie des docteurs de la Loi. Les « pauvres en esprit » ont un esprit ouvert et non bourré de mille théories, même s’ils sont méprisés par les savants. Dieu les a réservés comme destinataires de sa révélation (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année C, 103).

2C’est justement parce que Jésus, et lui seul, connaît les sentiments du Père, qu’il peut prononcer le mot souverain : « Tout m’a été confié par mon Père ». La conséquence est que le Fils seul connaît le Père jusqu’au fond : cette déclaration soulève le voile du mystère trinitaire, et la transmission qui suit des sentiments du Fils aux hommes indique l’Esprit Saint, qui nous met dans le coeur les sentiments des deux, du Père et du Fils. Grâce au regard qui nous est accordé dans la relation réciproque la plus intime du Père et du Fils, nous connaissons encore quelque chose de décisif : le Fils n’exécute pas tout simplement les ordres du Père, il a en tant que Fils qui est Dieu, sa propre volonté souveraine ; il révèle le Père et lui-même seulement à ceux qu’il a élus pour cela. Quelles sont ces personnes ? La fin de l’évangile nous le dit (Cf. Ibid., 103-104).

14e dimanche     B    (Ez 2,2-5; 2 Co 12,7-10; Mc 6,1-6)

1 - « D’où cela lui vient-il? » Les gens étaient frappés d’étonnement en l’entendant, ils ne peuvent pas se représenter l’origine de tout cela. Il y a tout ce qu’ils connaissent depuis longtemps de la ville, de l’entourage, du voisinage. Et tout le monde sait que les voisins sont toujours mieux informés  qu’on ne le pense : comment la vie de la famille de Nazareth se déroulait; les moyens dont ils disposaient et ce qui leur manquait. C’étaient de pauvres gens. Et voilà qu’ils doivent reconnaître la sagesse. L’enseignement leur paraît étonnant, mais assurément grand. Leur reconnaissance est mêlée d’étonnement, plutôt remplie de stupéfaction inquiète que d’admiration. Et pour se calmer, ils se disent : « N’est-ce pas le fils du charpentier? » (Sur Mc 6,2. Cf. Saint Marc 271).

2 - « Le fils de Marie, le frère de Jacques, etc ». Il ne suffit pas aux gens de situer Jésus comme voisin et charpentier, ils le situent aussi dans sa famille : le fils de Marie. Ils savent que c’est vrai, qu’il est le fils de Marie. Et en dehors de la pureté, de la bonté, de la simplicité de la Mère de Dieu, probablement rien de particulier ne les a frappés. Elle vit comme n’importe quelle femme, elle a ce fils, et il n’y a rien de plus à en dire. Elle ne se fait pas remarquer. Elle n’a jamais attiré sur elle les regards au point que son entourage en serait venu à penser qu’elle avait une destinée spéciale. Elle vit dans la discrétion de la vie chrétienne. Bien plus tard seulement, on verra ce qu’elle est vraiment (Sur Mc 6,2-3. Cf. Ibid. 271-272).

3 – « Et il s’étonnait de leur manque de foi ». En se faisant homme, pour le salut de tous, il voulait évidemment sauver aussi les gens de sa patrie. Et il s’est rendu spécialement à l’endroit où vivait sa famille, sa venue était liée au souhait de pouvoir œuvrer là aussi. Pour un homme de foi, c’est toujours une expérience douloureuse de voir que cette foi qui remplit sa vie et signifie tout pour lui, est repoussée par les autres. Cette expérience douloureuse, tout croyant la partage avec le Seigneur. Et maintenant il en tire la conséquence. Il ne perd pas son temps avec une occasion manquée, il va plus loin et il enseigne (Sur Mc 6,6. Cf. Ibid. 274).

4 – Personne ne peut, par ses propres forces, amener quelqu’un à croire au Seigneur tel qu’il est; par ses propres forces, on ne peut l’amener qu’à une fausse image du Seigneur. Le passage est souvent imperceptible entre le désir de convertir quelqu’un au Seigneur et celui de le convertir à soi (Sur Ap 19,20. Cf. L’Apocalypse, 763-764).

5 – Les gens de la patrie de Jésus ne peuvent faire autrement que de s’étonner de son enseignement ; ils ne comprennent pas d’où cela lui vient. Sa sagesse et surtout ses miracles les dépassent. Il était un simple menuisier ; d’où pouvait-il avoir tout cela subitement ? Jésus généralise cette objection, il l’étend au destin de tout prophète dans son pays, sa famille et sa propre maison. Telle est bien la situation que doit endurer celui qui est envoyé par Dieu. C’est ce que montre la première lecture. Dieu envoie expressément le prophète Ézéchiel vers des renégats, des révoltés, des rebelles, ceux qui ont le cœur endurci. Que le prophète ait du succès grâce à sa prédication ou non, ne le concerne en rien, cela n’atteint pas non plus sa mission. L’énigme de cette disposition de Dieu s’éclaire dans le destin total de Jésus qui détermine ensuite aussi celui de ses successeurs. Nul ne fut refusé aussi radicalement que Jésus : trahi par un de ses disciples, rejeté par les Juifs, condamné à mort par les païens. Telle était la mission de Jésus, à la fois humaine et divine : prendre sur soi le refus des siens et obtenir le oui pour leur coeur. « La puissance se déploie dans la faiblesse ». La croix était la puissance du Christ. A partir de là, ceci est vrai pour le chrétien : « Lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort » ; le destin victorieux du Christ produit aussi tout son effet en moi (Cf. HUvB, Lumière de la Parole… Année B, 104-105).

14e dimanche C (Is 66,10-14 ; Ga 6,14-18 ; Lc 10,1-12.17-20)

1 – « Comme des agneaux au milieu des loups ». Dans le grand discours évangélique de mission, Jésus envoie ses disciples « comme des agneaux au milieu des loups ». Image effrayante quand on se la représente concrètement ; humainement considérée, une telle mission pourrait apparaître comme l’acte d’un irresponsable. Jésus peut oser quelque chose de semblable parce que le Père lui-même l’a envoyé comme « l’Agneau » parmi les hommes. Ceux-ci se comportent envers lui comme des loups, afin que soit remportée cette victoire de « l’Agneau comme égorgé », qui le rend digne et capable de briser tous les sceaux de l’histoire du monde (Ap 5). Jésus est venu parmi les hommes complètement désarmé. Lui-même désarme complètement ceux qui doivent annoncer son message, les « ouvriers peu nombreux » ; ils doivent d’abord souhaiter la paix, peu importe qu’elle soit acceptée ou non ; si elle n’est pas acceptée, on ne doit pas l’imposer par quelque violence, on doit se rendre ailleurs. Mais à ceux qui les accueillent comme à ceux qui les refusent, ses messagers doivent annoncer que le Royaume de Dieu est proche afin que tous, compte tenu de la brièveté du temps, se préparent à sa venue. Du succès ou de l’échec, ils ne doivent pas se réjouir ou se troubler ; le succès n’est pas inclus dans la mission, et le vrai succès se trouve uniquement dans le Seigneur des missions, qui par sa croix a jeté Satan hors du ciel. L’Agneau de Dieu seul a vaincu. C’est uniquement en lui et non en eux-mêmes que les envoyés ont « plein pouvoir sur toute la puissance de l’Ennemi ». Cette certitude doit suffire aux envoyés comme consolation (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année C. 105-106).

15e dimanche   A    (Is 55,10-11; Rm 8,18-23; Mt 13,1-23)

1 – Le semeur sortit pour semer. Cela commence comme un conte : il était une fois un semeur. C’est un semeur parmi d’autres. On ne dit pas où il se rend, sinon l’endroit où il peut semer, et on ne décrit pas ce qu’il sème.Il sème parce que c’est son métier. Tout à coup nous remarquons que nous avons peut-être tous ce métier, que nous devrions sortir pour semer. C’est de nous tous qu’il s’agit, de l’un de nous, de  celui dont le Seigneur se sert pour raconter cette parabole (Sur Mc 4,3. Cf. Saint Marc 169-170).

2 - La Parole semée au bord du chemin. La semence qui est tombée au bord du chemin n’arrive pas à porter du fruit.C’est presque comme si cette semence avait été gaspillée. Il n’est dit nulle part que le semeur aurait pu ou dû faire mieux. La semence tombe sur un sol impropre. L’accent est mis ici sur la qualité du sol. C’est le Seigneur qui sème et la semence est sa Parole. Et cette semence atteint des âmes qui n’en font rien. Nous sommes tous chargés de semer. C’est à nous tous que la Parole a été confiée de quelque manière. Et si le Seigneur déjà comme premier semeur laisse tomber sa Parole là où il n’y a pas de fruit à espérer, combien plus devons-nous nous attendre à ce que notre parole aussi puisse tomber dans le vide, que nous rencontrions des gens qui ne savent rien faire de notre semence. Il n’est écrit nulle part que nous devons éviter ces gens-là (Sur Mc4,15. Cf. Ibid. 183-184).

3 - Porter du fruit. Dans toute mission chrétienne, le plus important est toujours de porter du fruit. Accueillir la Parole simplement pour soi ne sert à rien. Le Seigneur fait trois demandes : écouter sa Parole, l’accueillir, et porter du fruit. Dans toute Église, on trouve des gens qui courent d’un office à l’autre, qui veulent constamment recevoir. Peut-être cela vaut-il particulièrement pour les vieilles demoiselles parce qu’elles ont du temps. Dans la plupart des cas, la volonté d’entendre toujours plus n’est pas exempte d’avidité. Or amasser constamment rend stérile et se situe aux antipodes d’un accueil véritable, qui a pour but de donner à son tour et d’ainsi porter du fruit (Sur Mc 4,20. Cf. Ibid. 189).

4 – « Pourquoi parles-tu en paraboles ? » La réponse de Jésus indique que dans les cœurs des auditeurs il doit se trouver au moins un début de compréhension des choses divines si la « Parole du Royaume » doit porter du fruit en eux. Celui dont le cœur est endurci, ou n’est pas prêt à comprendre à cause des soucis du monde ou de son esprit superficiel, celui-là ne peut pas parvenir à la réalité divine signifiée dans les paraboles. La grâce de Dieu est comme la pluie qui féconde la terre, donne au semeur la semence et le pain comestible. Le chrétien ne peut pas entendre ce cri de victoire de dieu sans penser à la croix du Fils : si l’œuvre de sa vie a paru échouer devant la dureté de cœur de ses auditeurs, la croix qui supplée fut la pluie qui abreuva la terre desséchée (Cf . HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année A, 105-106).

15e dimanche    B    (Am 7,12-15; Ep 1,3-14; Mc 6,7-13)

1 - Si on ne reçoit pas les disciples quelque part, qu’ils aillent plus loin… La mission ne s’arrête jamais. Si quelqu’un la refuse, elle cherche plus loin. Personne ne peut dire : je possède une vérité qui appartient au Seigneur, mais personne n’en veut. Il y a toujours quelqu’un qui la cherche : peut-être le cinquantième, le centième, le millième. En poursuivant son chemin, la mission cherche celui peut recevoir le message et le messager (Sur Mc 6,9-11. Cf. Saint Marc 279).

2 - « Cela leur servira de témoignage ». Pour le Seigneur, pour lafoi chrétienne, il y a un témoignage composé de deux parties : une partie consiste en paroles, l’autre en action. Le Seigneur veut que les croyants soient distincts des incroyants. On doit reconnaître sans aucun doute possible à son comportement si quelqu’un croit ou ne croit pas. La tiédeur, l’indécision, le « tout se vaut » ne sont jamais acceptés par le Seigneur et ne servent de rien au témoignage. Et les disciples qui viennent d’être envoyés ont à porter témoignage, encore et toujours, sans pouvoir déterminer eux-mêmes où celui-ci commence et où il cesse (Sur Mc 6,11-3. Cf. Ibid. 279).

3 - « Ils s’en allèrent ». Nous pouvons nous imaginer que bien des chemins partent de Nazareth. Les disciples cheminent deux par deux, dans toutes les directions, sur des voies bien tracées, sur des chemins montagneux, et bien que leurs directions diffèrent, ils vont tous sur l’unique chemin de l’obéissance, qui ne connaît qu’un seul but : Dieu. Et ce chemin est le chemin de Dieu quel que soit son aspect terrestre. Le chemin humain d’un chrétien ne se distingue en rien de celui d’un autre chrétien quand on le considère du point de vue de la mission. Tout chemin doit être parcouru dans la mission pour conduire à Dieu et la mission elle-même vient de Dieu. C’est un chemin qui va de Dieu à Dieu (Sur Mc11-13. Cf. Ibid. 280).

4 – Jésus appelle les Douze sans aucune autre explication. Pourquoi ceux-ci justement ? On ne dit rien à ce sujet. Ni vertu, ni sagacité particulière, ni don d’orateur ne les distinguent. S’il leur manque quelque chose pour l’accomplissement de leur mission, cela leur sera donné par surcroît. Il leur manque très certainement ce qui leur sera donné lors de leur envoi en mission : l’habilitation à proclamer le Règne de Dieu, et ceci avec le pouvoir de chasser les esprits impurs, ce qui n’est possible que si l’on a l’Esprit Saint qui, en se répandant, refoule la sphère d’action de l’esprit impie. Ce dont les Douze sont chargés, c’est la prédication, l’appel à la conversion, pas le succès. Fait-il défaut, cela ne les concerne en rien, ils doivent simplement continuer leur chemin et faire une tentative ailleurs. Amos n’a pas choisi d’être prophète, les pêcheurs de Galilée n’ont pas désiré pour eux leur mission : ils ont simplement été mis sur le chemin comme Amos : « Va, prophétise à mon peuple ». C’est la vocation originelle, dans laquelle l’homme ne réfléchit pas longtemps pour savoir s’il doit ou non, s’il peut ou non (par exemple devenir prêtre ou entrer dans un ordre). Dieu le pousse ; s’il ne résiste pas, il le remarquera. Continuer sa route comme Jésus le recommande peut parfois aussi consister simplement à continuer ce qu’on fait. Ce que je suis et dois être a été fixé de toute éternité avant la création du monde. Nul n’est une île, mais chacun n’est compréhensible qu’inséré dans un paysage qui s’étend à perte de vue et où tout réfléchit « la louange de gloire de la grâce de Dieu«  (Cf. HUvB, Lumière de la Parole… Année B, 106-107).

15e dimanche    C   (Dt 30,10-14; Col 1,15-20; Lc 10,25-37)

1 – Nous n’avons plus besoin de nous faire de souci, de nous plaindre du non-sens de l’existence, de perdre courage : de chaque chose et de chaque relation nous pouvons supposer qu’elle a été créée pour lui, le Fils. Tout possède en lui sa vérité… Rien n’existe qui aurait son sens en dehors du Fils (Sur Col 1,16. Der Kolosserbrief 26).

2 – « Va, et fais de même ». La parabole du bon Samaritain est apparemment une histoire dans laquelle Jésus n’apparaît pas. Et pourtant elle porte sa marque, et nul autre que lui ne pouvait la raconter telle quelle. Le prêtre et le lévite devraient éprouver de la pitié, mais ils poursuivent leur route. C’est l’étranger qui a de la compassion pour le malheureux. Seul Jésus peut raconter cette histoire. Ce que fait l’étranger, Jésus l’a opéré lui-même pour tous au-delà de toute mesure. Le Samaritain est un pseudonyme de Jésus. Un humanitaire aurait fait quelque chose, il aurait peut-être alerté un poste de secours, fait son rapport et poursuivi sa route. Dans la surabondance de l’engagement se trouve la marque du Christ. Le Bon Samaritain a versé son sang pour tout le monde. « Aime de tout cœur », dit Jésus : pas seulement Dieu, mais aussi le prochain (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année C. 107-108).

16e dimanche    A   (Sg 12,13.16-19; Rm 8,26-27; Mt 13,24-43)

1 – Souvent le juste ne peut empêcher l’œuvre des non-justes, l’amour doit supporter à côté de lui le non-amour, l’Église doit supporter les non-saints à côté des saints, Dieu lui-même doit supporter dans son monde ceux qui le nient et ceux qui lui disent oui (Gleichnisse des Herrn 30).

2 – Sur terre, on ne peut parler du ciel autrement qu’en images. Les images d’aujourd’hui montrent toutes quelque chose du paradoxe de la croissance de ce Royaume de Dieu en ce monde si peu préparé au divin. D’abord la semence de Dieu croît au milieu de l’ivraie. Ce n’est pas Dieu, c’est son ennemi qui l’a semée dans le champ. Et Dieu la laisse croître pour ne pas mettre en danger le bon grain prématurément. Et puis le Royaume de Dieu est la plus petite de toutes les semences ; mais finalement elle dépasse toutes les autres plantes (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année A, 107).

16e dimanche   B  (Jr 23,1-6; Ep 2,13-18; Mc 6,30-34)

1 - « Ils partirent dans la barque vers un lieu désert, à l’écart ». De l’avis du Seigneur, il serait temps pour lui et ses disciples de se reposer. Sans bruit, ils se mettent en route, afin de se reposer sans être dérangés. Et le Seigneur compte sûrement se consacrer là-bas à la prière silencieuse. Il y a des temps où il a besoin de plus de prière. Il en a besoin pour des raisons humaines ou divines, moins pour lui que pour les autres, afin qu’ils reçoivent et apprennent toujours mieux le bienfait de la prière, afin qu’ils fassent l’expérience de la prière silencieuse. Il leur faudrait plus de temps calme pour la prière, la solitude avec lui, avec le Père et avec l’Esprit (Sur Mc 6,32. Cf. Saint Marc 301).

2 - (Le Seigneur veut se retirer à l’écart et, quand il arrive au lieu visé, il trouve une grande foule). Son dessein est donc contrarié. Le Fils a agi ici comme n’importe quel homme : il avait un but, il a cherché à le réaliser, mais il n’a pas réussi… Pour le moment il n’y fait pas attention. Il agit comme un croyant qui dispose d’une saine raison, qui fait des projets, cherche à les réaliser et en est empêché par les autres. Le Seigneur se lance dans ce projet humain en dépit de sa science divine. Il y a dans ce décalage un mystère fondamental du christianisme.

En agissant ainsi, le Seigneur nous oblige nous aussi à entreprendre des choses selon notre foi, conduits par notre raison : nous faisons qui peuvent être voués à l’échec. Cet échec n’est pas une défaite personnelle du Seigneur pas plus qu’elle n’est la défaite de celui qui marche à sa suite; il est l’expression de la rencontre du divin et de l’humain auquel souvent la pleine connaissance des desseins divins n’est pas donnée. Finalement toute la Passion du Seigneur, par laquelle il sauvera le monde récalcitrant, sera composée par des oppositions à ce qu’il aurait voulu atteindre humainement sur cette terre, et c’est dans cet échec humain que s’intégrera tout le dessein de Dieu (Sur Mc 6,34. Cf. Ibid. 303).

3 - « Et il se mit à les instruire longuement ». Il n’y a pas de compassion chrétienne ni de consolation chrétienne qui ne contienne en même temps un enseignement.Le Seigneur ne joue pas le rôle d’un consolateur qui abreuve de paroles douces et apaisantes; il donne aux hommes quelque chose d’utile, de substantiel, en les instruisant longuement. Si le Seigneur compatissant instruit longuement la foule, celle-ci doit reconnaître par son enseignement qu’il est leur berger, qu’il se tient au milieu de ses brebis et ne les abandonne jamais, indépendamment du fait qu’il soit visible ou non. Ils sont sous sa garde (Sur Mc 6,34. Cf. Ibid. 304).

4 – Jésus apparaît dans l’évangile comme le vrai berger vers lequel la foule accourt. Les gens sentent instinctivement en lui le bon pasteur envoyé par Dieu, qui ne veut pas exercer son pouvoir sur eux, mais les rassemble et les soigne pour eux-mêmes. Jésus voudrait avoir un instant de repos, mais on le poursuit et on l’accapare tellement qu’il ne trouve même pas le temps de manger. Il est là non pour se reposer, mais pour se laisser user jusqu’à la fin. « Je donne ma vie pour mes brebis » (Jn 10,15). Ses disciples sont avec lui. La conséquence du modèle que Jésus leur donne, c’est qu’à leur niveau de disciples, il ne leur arrivera essentiellement rien d’autre qu’à leur maître (Cf. HUvB, Lumière de la Parole… Année B, 108-109).

16e dimanche    C (Gn 18,1-10 ; Col 1,24-28, ; Lc 10,38-42)

1 – Marie, la sœur de Marthe, aux pieds du Seigneur. Marie s’assied tout naturellement aux pieds du Seigneur. C’est la première chose qu’on apprend d’elle, ce qui l’introduit, ce qui la distingue. C’est son caractère, son tempérament. Elle occupe le bon endroit pour l’écoute de la parole du Seigneur. Elle ne veut pas seulement écouter la parole, mais, en écoutant, accueillir le Seigneur en elle, être pour lui réceptacle. Marthe l’a accueilli dans sa maison extérieure. Marie le reçoit dans la maison qu’elle est. Elle a cet espace, il devient libre en elle parce qu’elle l’apporte avec elle dans son amour (Sur Lc 10,38-42. Cf. Trois femmes et le Seigneur 115).

2 – « Dis-lui donc de m’aider » . Marthe continue à agir par amour et tout ce qu’elle fait a pour but de servir le Seigneur. Mais cela doit le servir en proportion de ce qu’elle se propose elle-même. Elle ne voit absolument plus rien d’autre que son service, qui a pris entièrement la forme de ses propres désirs. Elle s’est en quelque sorte séparée de l’essentiel ; elle ne va plus directement au Seigneur. Elle s’adresse au Seigneur, non pour faire attention à lui mais pour qu’il prête attention à ce qui la concerne et fasse sa volonté. Elle met dans sa bouche les paroles qu’elle souhaite entendre de lui (Sur Lc 10,28-42. Cf. Ibid. 119-121).

3 – « Marthe, Marthe, tu t’inquiètes… » Le Seigneur montre à Marthe qu’elle a trop chargé son programme, qu’elle fait trop de choses, qu’elle détermine trop de choses par elle-même. Sans l’exprimer, elle réclame du Seigneur lui-même qu’il en vienne à se taire pour que Marie soit libre pour l’action. Marthe n’est pas très éloignée du Seigneur, elle veut finalement le bien, elle a la foi et elle aime à sa manière, elle entend le blâme, mais elle entend aussi – comme en récompense d’avoir entendu le blâme – cette parole importante : « Une seule chose est nécessaire ». Une seule chose dont elle n’est pas exclue (Sur Lc 10,38-42. Cf. Ibid. 124-125).

4 – « Une seule chose est nécessaire ». Ce n’est pas l’hospitalité affairée de Marthe qui occupe la première place, mais la parole de Dieu dite par Jésus. Aucune œuvre accomplie pour Dieu ne mérite qu’on reçoive sa parole, celle-ci est donnée gratuitement à Marie, parce qu’elle y est ouverte et peut l’écouter. L’homme ne peut pas agir correctement s’il ne s’est pas auparavant mis à l’écoute de la parole de Dieu. Déjà dans l’ancienne Alliance, tout commence par : « Écoute, Israël ». L’acte suprême de Dieu, le don de son Fils pour nous, est la substance de la parole qu’il nous adresse (HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année C. 109-110).

28/06/2019. A suivre


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