84. A.v.Speyr, Dimanches T.O. 17-20

 

84

Adrienne von Speyr et Hans Urs von Balthasar

Matériaux pour les homélies. Dimanches T.O. 17-20

 

17e dimanche   B   (2 R 4,42-44; Ep 4,1-6; Jn 6,1-15)

1 – « Jésus disait cela pour le mettre à l’épreuve ». Le Seigneur sait d’avance ce qu’il va faire; le disciple, lui, n’a pas besoin de le savoir. Philippe se tient prêt, mais il ignore à quoi il va servir. Il ne sait même pas qu’on se sert déjà de lui. Et il n’est pas nécessaire non plus qu’il le sache, car la décision qui le concerne repose entre les mains du Seigneur. Le Seigneur éprouve constamment quiconque participe à son œuvre. Dieu n’attend pas comme réponse que l’homme appelé sonde les plans divins, mais qu’il soit prêt sans cesse et aveuglément à laisser Dieu disposer de lui comme de son instrument (Sur Jn 6,6. Cf. Jean. Les controverses I, 13).

2 – « Jésus leur dit : Faites s’étendre les gens ». Le Seigneur désire que la foule soit à l’aise. Il faut qu’elle se considère comme son invitée, personne ne doit avoie le sentiment qu’on se débarrasse de lui rapidement ou comme en passant. Ce repas doit être une fête, même s’il est préparé en pleine campagne. Là où se trouve le seigneur, il est chez lui. Tout lieu lui appartient et partout il est celui qui reçoit. Il ordonne aux disciples de faire s’étendre les gens. Leur tâche est de préparer le miracle. C’est un travail très modeste, tout extérieur. Ils doivent apprendre comment traiter une foule qui n’a pas encore la foi. Il faut créer autour d’elle une atmosphère, éveiller même une certaine curiosité, se servir de son attente. Ensuite elle recevra la foi et l’amour; pour commencer, elle doit se sentir bien (Sur Jn 6,10. Cf. Ibid. 15).

3 – Le Seigneur rend grâce. C’est le geste par lequel il remet tout au Père. C’est la parole de bénédiction par laquelle ce qu’il touche il le transforme en quelque chose qui est du Père. Dans cette action de grâce, le Fils fait voir son intimité avec le Père et sa manière d’agir, puisqu’il ne fait rien sans la collaboration du Père; il montre son humilité, car il ne reçoit rien de quiconque sans en rendre grâce au Père. Extérieurement on ne voit que l’homme qui tient les pains dans sa main et rend grâce avec des paroles humaines. Mais cette action rejoint aussitôt l’éternelle action de grâce du Fils de Dieu au Père. Puis le Seigneur fait distribuer le pain (Sur Jn 6,11. Cf. Ibid. 16).

17e dimanche  C (Gn 18,20-32; Col 2,12-14; Lc 11,1-13)

1 – Le Notre Père est un don du Seigneur pour tous les jours; on ne peut pas l’épuiser; et il est toujours capable de nous tenir éveillés dans notre foi (Nachlassbände - désormais NB - 5,29-30).

2 – Quand le Fils nous apprend le Notre Père, il nous montre sa manière d’aimer le Père, et il aime le Père avec l’expression et le contenu de l’amour qu’il a reçus du Père lui-même (Sur 1 Jn 3,22. Die katholischen Briefe II, 140).

3 – « Demandez, vous obtiendrez; frappez, la porte vous sera ouverte ». Si on frappe vraiment à la porte de Dieu, on ne sait pas ce qu’on va recevoir… S’en remettre totalement (NB 1/2,280-281).

4 – « Quiconque reçoit, qui cherche trouve ». Le Seigneur livre ici un secret du ciel. Il montre l’attitude Dieu vis-à-vis des hommes. Une attitude immuable, éternelle, par laquelle il révèle constamment sa disposition à accueillir ceux qui croient et ceux qui cherchent… Comme si Dieu conformait continuellement ses possibilités à celles des hommes… Dieu demeure prêt à les recevoir tels qu’ils sont et à se conformer le premier. Ils peuvent donc d’abord rester eux-mêmes, puis Dieu, en les accueillant, les formera…

Avec Dieu, ce qui est personnel est pris en considération… Dieu est assez libre et assez puissant pour s’y conformer afin de le façonner ensuite selon sa volonté. Sa vérité, sa doctrine, son Église auront de la place pour ceux qui ont la vie facile et pour ceux qui ont des difficultés. Bien que Dieu soit unique, sa volonté d’adaptation est infiniment variée… Qu’ils viennent à lui avec le sentiment de faire la chose la plus naturelle du monde. Qu’ils ne pensent pas qu’il leur faut tout mettre sens dessus dessous pour être de bons chrétiens. Qu’il leur faut se transformer radicalement pour devenir peu à peu dignes de Dieu. Dieu s’occupera lui-même de la dignité. Il leur suffit de venir, de rester simples, sachant que dans la simplicité toutes les voies sont ouvertes (Sur Mt 7,8. Le Sermon sur la montagne 214-215).

5 – Beaucoup de demandes seront adressées au Père au nom du Fils, et le Fils ne les appuiera pas. Il n’appuiera aucune demande égoïste, se cachant sous le manteau du Fils. Il n’appuiera pas la demande de ces pécheurs qui, détournés de Dieu, se souviennent il est vrai de la prière, mais l’exercent en dehors de la foi et de l’amour comme une formule magique (Sur Jn 16,20. Jean. Le discours d’adieu II,177).

6 – Prenons l’exemple de quelqu’un qui croit que Dieu est son Père. Il examine comment les pères s’occupent de leurs enfants, combien les parents aiment que leurs enfants leur demandent quelque chose pleins de confiance et de reconnaissance, et comment ceux-ci acceptent, sans faire de manières, les dons qui leur sont faits. Alors il demande à Dieu : donne-nous notre pain de ce jour. Il lui demande tout ce dont sa famille et lui-même ont besoin. Il connaît ses besoins, et sa prière est fonction de ceux-ci.

Quelqu’un d’autre peut aller plus loin et implorer la foi de personnes qu’il ne connaît pas du tout. Il essaie aussi de prier pour que la volonté de Dieu se fasse dans des situations qu’il ne connaît pas et qu’il n’a absolument pas besoin de formuler. Dans la prière, plus on s’éloigne de ses idées et de ses besoins, plus on s’approche du domaine de Dieu; on franchit les limites de son propre domaine pour entrer dans les idées et les besoins de Dieu (Choisir un état de vie 143).

18e dimanche   B    (Ex 16,2-4.12-15; Ep 4,17.20-24; Jn 6,24-35)

1 – « Vous me cherchez ». Ils cherchent le Seigneur bien qu’ils soient devant eux et l’aient trouvé. Un côté de son être sera toujours l’objet d’une recherche, même si on l’a déjà trouvé. Ici cela ne veut pas dire : qui cherche trouve, mais : qui cherche, devra chercher éternellement. Celui qui reconnaît le Seigneur devra le chercher comme le Toujours-plus-grand. Celui qui a commencé à le chercher se trouve pris dans un mouvement qui, en ce monde, ne cessera plus, parce que c’est le mouvement vers Dieu; de ce fait il reste ouvert et s’ouvrira toujours plus aux possibilités divines toujours plus grandes (Sur Jn 6,26. Jean. Les controverses I, 30-31).

2 – « L’œuvre de Dieu, c’est que vous croyiez en celui qu’il a envoyé ». L’œuvre de Dieu comporte deux éléments : ce que Dieu fait et ce que nous devons faire. L’union des deux, c’est la foi, qui cependant a son origine en Dieu. Dieu éveille en l’homme la foi en son Fils. Et l’œuvre que nous avons à accomplir  n’est rien d’autre que cette œuvre de Dieu : croire en son Fils. Et la foi va agir en l’homme de manière que tout le reste en découle : aussi bien l’amour que l’œuvre. La foi sera si puissante qu’elle devient l’origine de toute chose (Sur Jn 6,29. Ibid. 36-37).

3 – « Qui vient à moi n’aura jamais faim ». Tout d’abord cette parole signifie que quiconque est dans le péché ne peut véritablement croire ni s’approcher du Seigneur. Peut-être tente-t-il de croire, s’efforce-t-il d’avancer. Mais ces tentatives n’aboutissent pas et, en ce sens, elles éveillent une faim et une soif humaines à l’intérieur du péché. L’accomplissement de la foi et de la marche vers le Seigneur ne se réalisera qu’au ciel pour la plupart des hommes. Car c’est là seulement qu’ils seront délivrés de leur péché (Sur Jn 6,35. Ibid. 41).

19e dimanche  B (1 R 19,4-8; Ep 4,30-5,2; Jn 6,41-51)

1 - Tout l’amour du Père et toute la mission du Fils en ce monde se ramènent à ceci : que par le Fils les croyants participent à la gloire éternelle du Père. Que tous ceux qui se sont éloignés parce qu’ils ne voulaient pas rencontrer le Fils, ne voulaient pas croire en lui ni revenir à Dieu, que tous ceux-là soient malgré tout atteints par la mission du Fils, parviennent à la foi, trouvent l’amour et soient finalement ramenés à l’origine : au Père. Et cela en sorte que le Fils les ressuscite (Sur Jn 1,40. Jean. Les controverses I,47).

2 - « Ne murmurez pas entre vous ». Par cette parole, Le Seigneur ne rejette pas la critique comme telle, mais la critique qui murmure et se soustrait au dialogue. Tant que la critique est murmure, il lui est loisible de s’étendre secrètement, d’avancer peu à peu des affirmations, d’inventer des arguments qui s’éloignent toujours plus de la base objective d’une discussion. La critique fait bien sûr partie de la vie, mais elle doit garder l’honnêteté de laisser remonter jusqu’à la source (Sur Jn 6,43. Cf. Ibid. 50)

3 – Nul ne peut venir à moi si le Père qui m’a envoyé ne l’attire… Le Seigneur réaffirme sa mission reçue du Père. Personne ne peut comprendre cette mission, sinon celui que le Père attire… Que les auditeurs ne croient surtout pas que c’est le Fils qui attire à lui et cherche à gagner des adeptes, car l’attirance ne se fait que par le Père… Celui qui va au Fils n’y parvient qu’en raison d’un désir du Père que celui-ci a suscité en lui. Personne ne peut arriver au Fils, personne ne peut trouver le Fils, sinon celui qui cherche le Père. Or le Fils facilite cette recherche en éveillant chez l’homme le désir de chercher; et c’est comme s’il aidait à la fois le Père à attirer les hommes, et les hommes à se laisser docilement attirer (Sur Jn 6,44. Cf. Ibid. 51).

19e dimanche  C (Sg 18,6-9; He 11,1-2.8-19; Lc 12,32-48)

1 – Alors il leur faut tout de même amasser des trésors; mais à savoir là où est le Père, là où va le Fils et d’où il vient : dans le ciel. Car dans le ciel, il n’y a rien de périssable, au ciel tout participe de la vie éternelle… Le Seigneur ne dit pas que les voleurs n’y vont pas, mais seulement qu’ils n’y volent pas. Supposons qu’un voleur arrive au ciel parce que, en somme, c’est un brave type, il n’y volera plus. Car il se trouve au ciel où Dieu habite, et au ciel l’homme se conformera à Dieu. Parce que Dieu est ainsi, il n’est plus possible au ciel de voler (Sur Mt 6,20. Le Sermon sur la montagne 165-166).

20e dimanche  B (Pr 9,1-6; Ep 5,15-20; Jn 6,51-58)

1 - Les œuvres du chrétien sont aussi en rapport avec le temps… Tout temps est en relation avec l’éternité et, même si seule l’éternité a de la valeur, Dieu a cependant attribué à chaque instant une valeur précise du point de vue de l’éternité… « Car les jours sont mauvais ».. Ils s’écoulent sans que les hommes leur donnent cette plénitude voulue par Dieu… Ils ne veulent pas mettre le temps au service de l’éternité, ils voudraient laisser au temps son cours apparemment naturel sans lien avec Dieu… C’est pourquoi les jours sont mauvais parce qu’ils les utilisent dans le sens de leurs intentions de pécheurs. Ils se font indifférents non seulement au Fils et à son message, mais en même temps au Père et  au temps dont il leur fait présent, temps qui, comme don de Dieu, devrait toujours servir ses intentions saintes et éternelles.

Mais parce que les jours sont mauvais, mal remplis, mal utilisés, les chrétiens doivent racheter le temps. D’emblée ils sont avertis qu’ils ont un surplus à acquitter : racheter non seulement leur propre temps, mais aussi le temps en général, le temps de ceux qui le gaspillent; ou mieux : ils ont à l’acheter au prix de leur sacrifice, de leur parole, de leur obéissance, toutes choses qui n’ont de valeur qu’en Dieu, de même que le temps, lui aussi, n’a finalement sa valeur qu’en Dieu. Il y a dans cette requête de Paul l’idée d’expiation (Sur Ep 6,17. L’Épître aux Éphésiens 178-179).

2 – La vie que le Seigneur veut transmettre est  vie à l’intérieur de la foi, de l’amour et de l’espérance. Lui-même en est l’accès. Ce qu’il souligne à présent, c’est que tous, nous avons toute vie par lui et en lui seul. Et cette vie veut dire mouvement vers le Père. Cette vie qu’ils accueillent est si vivante que non seulement elle devient déterminante pour ce qu’ils ont vécu jusqu’ici, mais que désormais tout en eux est jugé en fonction de cette vie nouvelle (Sur Jn 6,53. Cf. Jean. Les controverses I,60).

3 – « Ma chair est vraiment une nourriture ». L’âme ne saurait se développer sans le Seigneur. Il voudrait éveiller en nous un désir de lui incessant et sans limite. Il voudrait que nous le considérions comme l’unique réalité dont nous avons besoin (Sur Jn 6,55. Cf. Ibid. 63).

4 – Au cours de sa vie avec le Seigneur, tout chrétien, qu’ils soit enfant ou adulte, devra progressivement ou par un brusque discernement passer d’une conception de l’eucharistie en tant que fête, cérémonie extérieure, à la compréhension de son essence comme nourriture intérieure de l’amour et ainsi à une vie toute simple avec le Seigneur et dans le Seigneur (Sur Jn 6,57. Ibid. 65).

5 – Chaque communion individuelle est une tentative de recevoir en nous le Seigneur, de nous approcher de lui, de prendre ce qu’il nous donne et de donner ce qu’il veut nous prendre (Sur Jn 6,58. Ibid. 67).

24/08/2018. A suivre.

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