84. A.v.Speyr, Dimanches T.O. 17-20

 

84

Adrienne von Speyr et Hans Urs von Balthasar

Matériaux pour les homélies. Dimanches T.O. 17-20

 

17e dimanche A (1 R 3,5.7-12; Rm 8,28-30; Mt 13,44-52)

1 – Le trésor dans le champ et la perle précieuse. Celui qui comprend la valeur de ce qu’offre Jésus n’hésitera pas à se dépouiller de tous ses biens, à devenir un pauvre en esprit pour acquérir ce qui est offert. . Mais ce n’est pas tout homme qui trouve le trésor et la perle, ce n’est pas tout homme qui se décide à l’engagement total. La troisième parabole en tire les conséquences : le filet qui est tiré sur le rivage contient du bon et du moins bon, les mauvais poissons sont rejetés. Cela signifie que derrière l’offre de Dieu, la chance unique, se trouve le sérieux de l’avertissement de ne pas la négliger. Il en va de tout le sens de l’existence humaine. Comme le négociant ou le paysan qui n’hésite pas un instant à tout perdre pour tout gagner, ainsi le chrétien, qui a compris de quoi il s’agit, saisira aussitôt l’occasion (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année A, 109).

17e dimanche   B   (2 R 4,42-44; Ep 4,1-6; Jn 6,1-15)

1 – « Jésus disait cela pour le mettre à l’épreuve ». Le Seigneur sait d’avance ce qu’il va faire; le disciple, lui, n’a pas besoin de le savoir. Philippe se tient prêt, mais il ignore à quoi il va servir. Il ne sait même pas qu’on se sert déjà de lui. Et il n’est pas nécessaire non plus qu’il le sache, car la décision qui le concerne repose entre les mains du Seigneur. Le Seigneur éprouve constamment quiconque participe à son œuvre. Dieu n’attend pas comme réponse que l’homme appelé sonde les plans divins, mais qu’il soit prêt sans cesse et aveuglément à laisser Dieu disposer de lui comme de son instrument (Sur Jn 6,6. Cf. Jean. Les controverses I, 13).

2 – « Jésus leur dit : Faites s’étendre les gens ». Le Seigneur désire que la foule soit à l’aise. Il faut qu’elle se considère comme son invitée, personne ne doit avoie le sentiment qu’on se débarrasse de lui rapidement ou comme en passant. Ce repas doit être une fête, même s’il est préparé en pleine campagne. Là où se trouve le seigneur, il est chez lui. Tout lieu lui appartient et partout il est celui qui reçoit. Il ordonne aux disciples de faire s’étendre les gens. Leur tâche est de préparer le miracle. C’est un travail très modeste, tout extérieur. Ils doivent apprendre comment traiter une foule qui n’a pas encore la foi. Il faut créer autour d’elle une atmosphère, éveiller même une certaine curiosité, se servir de son attente. Ensuite elle recevra la foi et l’amour; pour commencer, elle doit se sentir bien (Sur Jn 6,10. Cf. Ibid. 15).

3 – Le Seigneur rend grâce. C’est le geste par lequel il remet tout au Père. C’est la parole de bénédiction par laquelle ce qu’il touche il le transforme en quelque chose qui est du Père. Dans cette action de grâce, le Fils fait voir son intimité avec le Père et sa manière d’agir, puisqu’il ne fait rien sans la collaboration du Père; il montre son humilité, car il ne reçoit rien de quiconque sans en rendre grâce au Père. Extérieurement on ne voit que l’homme qui tient les pains dans sa main et rend grâce avec des paroles humaines. Mais cette action rejoint aussitôt l’éternelle action de grâce du Fils de Dieu au Père. Puis le Seigneur fait distribuer le pain (Sur Jn 6,11. Cf. Ibid. 16).

17e dimanche    C   (Gn 18,20-32; Col 2,12-14; Lc 11,1-13)

1 – Le Notre Père est un don du Seigneur pour tous les jours; on ne peut pas l’épuiser; et il est toujours capable de nous tenir éveillés dans notre foi (Nachlassbände - désormais NB - 5,29-30).

2 – Quand le Fils nous apprend le Notre Père, il nous montre sa manière d’aimer le Père, et il aime le Père avec l’expression et le contenu de l’amour qu’il a reçus du Père lui-même (Sur 1 Jn 3,22. Die katholischen Briefe II, 140).

3 – « Demandez, vous obtiendrez; frappez, la porte vous sera ouverte ». Si on frappe vraiment à la porte de Dieu, on ne sait pas ce qu’on va recevoir… S’en remettre totalement (NB 1/2,280-281).

4 – « Quiconque reçoit, qui cherche trouve ». Le Seigneur livre ici un secret du ciel. Il montre l’attitude Dieu vis-à-vis des hommes. Une attitude immuable, éternelle, par laquelle il révèle constamment sa disposition à accueillir ceux qui croient et ceux qui cherchent… Comme si Dieu conformait continuellement ses possibilités à celles des hommes… Dieu demeure prêt à les recevoir tels qu’ils sont et à se conformer le premier. Ils peuvent donc d’abord rester eux-mêmes, puis Dieu, en les accueillant, les formera…

Avec Dieu, ce qui est personnel est pris en considération… Dieu est assez libre et assez puissant pour s’y conformer afin de le façonner ensuite selon sa volonté. Sa vérité, sa doctrine, son Église auront de la place pour ceux qui ont la vie facile et pour ceux qui ont des difficultés. Bien que Dieu soit unique, sa volonté d’adaptation est infiniment variée… Qu’ils viennent à lui avec le sentiment de faire la chose la plus naturelle du monde. Qu’ils ne pensent pas qu’il leur faut tout mettre sens dessus dessous pour être de bons chrétiens. Qu’il leur faut se transformer radicalement pour devenir peu à peu dignes de Dieu. Dieu s’occupera lui-même de la dignité. Il leur suffit de venir, de rester simples, sachant que dans la simplicité toutes les voies sont ouvertes (Sur Mt 7,8. Le Sermon sur la montagne 214-215).

5 – Beaucoup de demandes seront adressées au Père au nom du Fils, et le Fils ne les appuiera pas. Il n’appuiera aucune demande égoïste, se cachant sous le manteau du Fils. Il n’appuiera pas la demande de ces pécheurs qui, détournés de Dieu, se souviennent il est vrai de la prière, mais l’exercent en dehors de la foi et de l’amour comme une formule magique (Sur Jn 16,20. Jean. Le discours d’adieu II,177).

6 – Prenons l’exemple de quelqu’un qui croit que Dieu est son Père. Il examine comment les pères s’occupent de leurs enfants, combien les parents aiment que leurs enfants leur demandent quelque chose pleins de confiance et de reconnaissance, et comment ceux-ci acceptent, sans faire de manières, les dons qui leur sont faits. Alors il demande à Dieu : donne-nous notre pain de ce jour. Il lui demande tout ce dont sa famille et lui-même ont besoin. Il connaît ses besoins, et sa prière est fonction de ceux-ci.

Quelqu’un d’autre peut aller plus loin et implorer la foi de personnes qu’il ne connaît pas du tout. Il essaie aussi de prier pour que la volonté de Dieu se fasse dans des situations qu’il ne connaît pas et qu’il n’a absolument pas besoin de formuler. Dans la prière, plus on s’éloigne de ses idées et de ses besoins, plus on s’approche du domaine de Dieu; on franchit les limites de son propre domaine pour entrer dans les idées et les besoins de Dieu (Choisir un état de vie 143).

7 – « Vas-tu vraiment faire périr l’innocent avec le coupable ? » (Gen 18). L’intercession d’Abraham pour les justes de Sodome est le premier grand exemple, et reste le modèle, de la prière de demande. Elle est aussi humble qu’insistante. Elle progresse à petits pas : de cinquante justes qui suffiraient pour empêcher la destruction de la ville, à quarante-cinq, à quarante, à trente, à vingt, à dix. Le demande ne peut finalement pas être exaucée, parce que même ces dix font défaut ; pourtant le récit ne peut être compris que comme une incitation pour les croyants à pénétrer dans le cœur de Dieu aussi loin qu’il le faut pour que la compassion qui est en lui commence à se répandre. Dieu peut se laisser « retourner ». L’homme qui se tient dans l’alliance avec Dieu a reçu de Dieu pouvoir sur le cœur divin (HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année C. 111).

8 – Dans la parabole de l’homme qui, à minuit, réveille son ami endormi et lui demande trois pains, il faut que l’homme se fasse importun pour obtenir ce qu’il demande. Avec Dieu, ce n’est pas l’indiscrétion qui est nécessaire, mais la constance dans la demande, la recherche, les coups frappés à la porte, afin que Dieu le Père ouvre à ses créatures. Dieu ne dort pas, il est prêt à « donner l’Esprit saint à ceux qui le demandent », mais il ne gaspille pas ses dons les plus précieux à ceux qui ne les désirent pas ou ne les demandent qu’avec tiédeur ou négligence. Ce que Dieu donne, c’est son propre amour ardent, et celui-ci ne peut être reçu que par ceux qui en ont une vraie faim. « Si nous demandons quelque chose à Dieu selon sa volonté, il nous écoute » (Cf. Ibid. 111-112).

18e dimanche    A   (Is 55,1-3; Rm 8,35.37-39; Mt 14,13-21)

1 – Cinq pains et deux poissons. Plus de pain que de poissons, comme c’est le cas probablement dans un repas ordinaire. Les cinq pains et les deux poissons étaient prévus pour le repas de quelques personnes. Il ne s’agit certainement pas de  restes.Ce sont sans doute les provisions des disciples pour le repas du Seigneur et le leur. Il n’est pas prévu qu’une multitude en soit rassasiée. Comment cela serait-il possible? Les disciples font simplement savoir ce qu’ils possèdent. A la brièveté de leur réponse, nous reconnaissons que toutes nos réponses chrétiennes à la parole du Seigneur se trouvent dans un rapport analogue à celui qui s’établit entre cette parcimonie et une plénitude infinie. Le contenu de ce que nous possédons de chrétien est sans rapport avec ce que le Seigneur nous offre (Sur Mc 6,37-38. Cf. Saint Marc 307).

2 - Il rompit les pains… Il donne les pains et les poissons à partager : on ne voit d’abord rien d’une multiplication. Mais il a été question de bénédiction : le miracle procédera de cette bénédiction. La bénédiction telle qu’il la donne montre qu’il reconnaît les auditeurs comme les siens, qu’il se sent obligé à leur égard, qu’il contracte avec eux un lien qui n’aura pas de fin. C’est étonnant que l’évangéliste ne rapporte rien sur la multiplication elle-même, comme s’il craignait de montrer tout le contour de la grâce. Le miracle lui-même reste non mentionné, comme la grâce à jamais incommensurable (Sur Mc 6,41. Cf. Ibid. 310-311).

3 - Au nombre de cinq mille hommes. Essayons d’abord de nous représenter ce nombre. Quelles dimensions devrait avoir une église pour les contenir! Tous ont profité de la grâce du Seigneur. Bien plus : ils ont coopéré, dans la mesure où, par eux, la nourriture a été produite pour d’autres. Ils sont participants non seulement pour eux-mêmes, mais aussi pour donner à leur tour. Avec les restes, ils ont coopéré à la surabondance de grâce, sans le savoir. Là où agit la grâce du Seigneur, elle agit aussi à travers ceux qui y participent (Sur Mc 6,44. Cf. Ibid. 310-311).

4Depuis Cana – la première révélation publique de Jésus – l’homme a trop peu, et Dieu lui offre trop. Il n’y avait plus de vin, et puis il y en a en surabondance. Ici, cinq pains, et après le rassasiement de milliers de personnes, douze corbeilles avec les restes. Le paradoxe matériel n’est qu’un signe. Paradoxe que Dieu devient pauvre pour nous enrichir tous de sa richesse inconcevable : pauvreté de l’homme et richesse de Dieu. La gratuité de la grâce rassasie la faim insondable de l’âme (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année A, p. 111-112).

18e dimanche   B    (Ex 16,2-4.12-15; Ep 4,17.20-24; Jn 6,24-35)

1 – « Vous me cherchez ». Ils cherchent le Seigneur bien qu’ils soient devant eux et l’aient trouvé. Un côté de son être sera toujours l’objet d’une recherche, même si on l’a déjà trouvé. Ici cela ne veut pas dire : qui cherche trouve, mais : qui cherche, devra chercher éternellement. Celui qui reconnaît le Seigneur devra le chercher comme le Toujours-plus-grand. Celui qui a commencé à le chercher se trouve pris dans un mouvement qui, en ce monde, ne cessera plus, parce que c’est le mouvement vers Dieu; de ce fait il reste ouvert et s’ouvrira toujours plus aux possibilités divines toujours plus grandes (Sur Jn 6,26. Jean. Les controverses I, 30-31).

2 – « L’œuvre de Dieu, c’est que vous croyiez en celui qu’il a envoyé ». L’œuvre de Dieu comporte deux éléments : ce que Dieu fait et ce que nous devons faire. L’union des deux, c’est la foi, qui cependant a son origine en Dieu. Dieu éveille en l’homme la foi en son Fils. Et l’œuvre que nous avons à accomplir  n’est rien d’autre que cette œuvre de Dieu : croire en son Fils. Et la foi va agir en l’homme de manière que tout le reste en découle : aussi bien l’amour que l’œuvre. La foi sera si puissante qu’elle devient l’origine de toute chose (Sur Jn 6,29. Ibid. 36-37).

3 – « Qui vient à moi n’aura jamais faim ». Tout d’abord cette parole signifie que quiconque est dans le péché ne peut véritablement croire ni s’approcher du Seigneur. Peut-être tente-t-il de croire, s’efforce-t-il d’avancer. Mais ces tentatives n’aboutissent pas et, en ce sens, elles éveillent une faim et une soif humaines à l’intérieur du péché. L’accomplissement de la foi et de la marche vers le Seigneur ne se réalisera qu’au ciel pour la plupart des hommes. Car c’est là seulement qu’ils seront délivrés de leur péché (Sur Jn 6,35. Ibid. 41).

18e dimanche C (Qo 1,2; 2,21-23; Col 3,1-5.9-11; Lc 12,13-21)

1 – « Et ce que tu auras mis de côté, qui l’aura ? » Jésus fait la distinction entre l’avoir et l’être. L’être est la vie et l’existence de l’homme, l’avoir est la fortune plus ou moins grande qui lui permet de continuer à vivre. L’avertissement est simple : l’homme ne doit pas faire du moyen le but, ni identifier la signification de son être avec l’augmentation de ses moyens. L’absurdité de cette identification ne saute aux yeux que si l’on ne considère pas seulement la mort de l’homme, mais qu’il doit répondre de sa vie devant Dieu. En présence de Dieu, ce qui importe, ce n’est pas la quantité de l’avoir, mais la qualité de l’être. « Là où est ton trésor, là est ton cœur » (Mt 6,21). Si Dieu est notre trésor, nous devons être aussi intimement convaincus que la richesse infinie de Dieu consiste dans son don d’amour et son dépouillement de soi, donc qu’elle est le contraire de toute volonté d’avoir. Dans le souci constant de l’éphémère se trouve une contradiction qui se renouvelle à chaque génération et montre ainsi clairement la vanité de toute volonté terrestre d’avoir. La vérité de notre être se trouve dans le Christ. Il est « notre vie ». Car tout ce que nous sommes en Dieu et pour Dieu, nous ne le devons qu’à lui, en qui sont cachés tous les trésors. (HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année C. 113-114).

19e dimanche      A     (1 R 19,9.11-13); Rm 9,1-5; Mt 14,22-33)

1 - Jésus dans la montagne pour prier. Il retourne pour un temps dans la solitude, la solitude de sa vie éternelle trinitaire. Non que son humanité signifierait une séparation de l’Esprit et du Père, mais malgré tout sa prière est un retour. Un retour dans lequel Dieu le Fils emmène également l’homme qu’il est, à la place qu’il a dans la Trinité en tant que Dieu le Fils. Lors de la guérison de la perte de sang, il disait qu’une force était sortie de lui. Dans tous ses actes, il s’engage et laisse ses dons lui coûter. Mais dans la prière, il retrouve ce qu’il a perdu dans l’action (Sur Mc 6,46. Cf. Saint Marc 314).

2 - Ils crurent que c’était un fantôme. Du bateau, les disciples voient quelqu’un venir vers eux, toujours plus proche, plus net et plus inconcevable. Dans cette dimension toujours plus incompréhensible de sa proximité se trouve quelque chose qui peut avoir du sens pour nous. Plus nous appartenons au Seigneur, plus nous nous tenons près de lui, plus nous voyons nettement la différence entre Dieu et nous. Nous nous débattons, nous avons le vent contraire. Le Seigneur fait ce que nous ne pouvons faire, il se rapproche de nous par un chemin que nous tenons pour impraticable (Sur Mc 6,50-51. Cf. Ibid. 317).

3 - « Courage, c’est moi, n’ayez pas peur ». D’abord le courage. Il est exigé par le Seigneur. Mais il ne peut l’exiger que lorsque le courage a un sens, quand il peut s’enraciner dans une confiance en lui. Cette confiance, c’est lui qui la fonde en ajoutant : « C’est moi ». Simplement moi. Cela suffit. Lui seul est le motif. Parce que c’est lui, ils doivent prendre courage. Il se trouve un profond mystère dans le fait que le Seigneur a vu l’angoisse et l’enlève provisoirement. Il entreprend quelque chose contre elle, et l’on ne sait pas ce qu’elle deviendra (Sur Mc 6,50-51. Cf. Ibid. 319).

4 – Jésus qui marche sur les eaux, Jésus qui permet à Pierre d’en faire autant, puis sa puissance souveraine sur le vent et les flots : tout cela montre à ses disciples combien il est élevé au-dessus de leur humanité, sans pourtant être un fantôme. Il est simplement un homme comme eux, c’est ce que prouvera irrésistiblement sa passion, mais il l’est dans un libre vouloir qui révèle son origine divine. Il peut appartenir à sa mission de dévoiler sa divinité, mais il appartient à cette même mission de la voiler le plus souvent (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année A, 113).

19e dimanche    B     (1 R 19,4-8; Ep 4,30-5,2; Jn 6,41-51)

1 - Tout l’amour du Père et toute la mission du Fils en ce monde se ramènent à ceci : que par le Fils les croyants participent à la gloire éternelle du Père. Que tous ceux qui se sont éloignés parce qu’ils ne voulaient pas rencontrer le Fils, ne voulaient pas croire en lui ni revenir à Dieu, que tous ceux-là soient malgré tout atteints par la mission du Fils, parviennent à la foi, trouvent l’amour et soient finalement ramenés à l’origine : au Père. Et cela en sorte que le Fils les ressuscite (Sur Jn 1,40. Jean. Les controverses I,47).

2 - « Ne murmurez pas entre vous ». Par cette parole, Le Seigneur ne rejette pas la critique comme telle, mais la critique qui murmure et se soustrait au dialogue. Tant que la critique est murmure, il lui est loisible de s’étendre secrètement, d’avancer peu à peu des affirmations, d’inventer des arguments qui s’éloignent toujours plus de la base objective d’une discussion. La critique fait bien sûr partie de la vie, mais elle doit garder l’honnêteté de laisser remonter jusqu’à la source (Sur Jn 6,43. Cf. Ibid. 50)

3 – Nul ne peut venir à moi si le Père qui m’a envoyé ne l’attire… Le Seigneur réaffirme sa mission reçue du Père. Personne ne peut comprendre cette mission, sinon celui que le Père attire… Que les auditeurs ne croient surtout pas que c’est le Fils qui attire à lui et cherche à gagner des adeptes, car l’attirance ne se fait que par le Père… Celui qui va au Fils n’y parvient qu’en raison d’un désir du Père que celui-ci a suscité en lui. Personne ne peut arriver au Fils, personne ne peut trouver le Fils, sinon celui qui cherche le Père. Or le Fils facilite cette recherche en éveillant chez l’homme le désir de chercher; et c’est comme s’il aidait à la fois le Père à attirer les hommes, et les hommes à se laisser docilement attirer (Sur Jn 6,44. Cf. Ibid. 51).

19e dimanche     C    (Sg 18,6-9; He 11,1-2.8-19; Lc 12,32-48)

1 – Alors il leur faut tout de même amasser des trésors; mais à savoir là où est le Père, là où va le Fils et d’où il vient : dans le ciel. Car dans le ciel, il n’y a rien de périssable, au ciel tout participe de la vie éternelle… Le Seigneur ne dit pas que les voleurs n’y vont pas, mais seulement qu’ils n’y volent pas. Supposons qu’un voleur arrive au ciel parce que, en somme, c’est un brave type, il n’y volera plus. Car il se trouve au ciel où Dieu habite, et au ciel l’homme se conformera à Dieu. Parce que Dieu est ainsi, il n’est plus possible au ciel de voler (Sur Mt 6,20. Le Sermon sur la montagne 165-166).

2 – L’évangile fait de multiples variations sur l’exigence adressée aux chrétiens de vivre en état constant de départ. La tâches de Dieu sont le mieux remplies quand le serviteur n’oublie jamais qu’à tout instant il peut être appelé à en rendre compte. Donc quand chacun de ses instants temporels est immédiatement vécu et rempli face à l’éternité et orienté vers elle (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année C. 116).

20e dimanche    A    (Is 56,1.6-7; Rm 11,13-15.29-32; Mt 15,21-28)

1 - Une femme vint se jeter à ses pieds. Cette femme était païenne, Syro-phénicienne de naissance. En tant que païenne, cette femme n’a pas la foi. Mais elle a entendu parler du Seigneur et, puisqu’elle le cherche, elle trouve un chemin vers la foi. Elle a entendu dire qu’il faisait des miracles, chasse les esprits mauvais, elle a l’espoir qu’il l’aidera. Même en tant que païenne, la femme sait ce qu’est un esprit impur. Elle connaît ses effets et elle les a en horreur. Elle voudrait que son enfant en soit libérée. Nous prions pour tous les hommes qui cherchent un chemin de l’impureté vers la pureté. Ils sont à la recherche de ce qu’ils ne connaissent pas encore (Sur Mc 7,24-26. Cf. Saint Marc 341-342).

2 - « Elle le priait d’expulser le démon hors de sa fille ». Elle voudrait un miracle du Seigneur. Elle espère que le Seigneur peut l’aider. En tant que païenne, elle ne connaît pas le Dieu vivant de l’Ancienne Alliance qui a annoncé la venue d’un Sauveur. Mais elle n’est pas fermée à la grâce de Dieu qui veut sauver tous les hommes. Elle est remplie d’espérance. Et parce que la foi, l’espérance et l’amour sont proches l’un de l’autre, rien ne s’oppose à ce que  l’espérance ouvre le chemin vers la foi, le chemin vers l’amour (Sur Mc 7,26-28. Cf. Ibid. 342).

3 - Le miracle. La mère n’est pas témoin du miracle en tant que tel. Elle en verra l’effet. Le Seigneur lui dit : « A cause de cette parole, va. Il montre par là qu’il comprend sa parole comme une parole de foi. Et il dit : « Le démon est sorti » non pas : « Il sortira », mais : « Il est sorti ». Et cela parce que le Seigneur a créé une simultanéité entre la foi de la femme et le miracle. Le mauvais esprit est sorti au moment où la grâce dans la foi de la femme et la grâce dans le Seigneur se sont rencontrées (Sur Mc 7,29-30. Cf. Ibid. 344-345).

4 – Nous oublions facilement que la mission terrestre de Jésus concerne réellement Israël : il est le Messie du peuple élu, autour duquel ensuite, une fois le peuple sauvé et parvenu à la vraie foi, les peuples païens devaient se rassembler. La mission de Jésus est accomplie à la croix, où, rejeté par Israël, il souffre non seulement pour Israël, mais pour tous les pécheurs. Dans l’évangile d’aujourd’hui Jésus trouve une confiance parfaite en dehors d’Israël, et cette juste réponse faite à Dieu le force pour ainsi dire à accueillir finalement la demande de la Cananéenne (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année A, 115-116).

20e dimanche     B    (Pr 9,1-6; Ep 5,15-20; Jn 6,51-58)

1 - Les œuvres du chrétien sont aussi en rapport avec le temps… Tout temps est en relation avec l’éternité et, même si seule l’éternité a de la valeur, Dieu a cependant attribué à chaque instant une valeur précise du point de vue de l’éternité… « Car les jours sont mauvais ».. Ils s’écoulent sans que les hommes leur donnent cette plénitude voulue par Dieu… Ils ne veulent pas mettre le temps au service de l’éternité, ils voudraient laisser au temps son cours apparemment naturel sans lien avec Dieu… C’est pourquoi les jours sont mauvais parce qu’ils les utilisent dans le sens de leurs intentions de pécheurs. Ils se font indifférents non seulement au Fils et à son message, mais en même temps au Père et  au temps dont il leur fait présent, temps qui, comme don de Dieu, devrait toujours servir ses intentions saintes et éternelles.

Mais parce que les jours sont mauvais, mal remplis, mal utilisés, les chrétiens doivent racheter le temps. D’emblée ils sont avertis qu’ils ont un surplus à acquitter : racheter non seulement leur propre temps, mais aussi le temps en général, le temps de ceux qui le gaspillent; ou mieux : ils ont à l’acheter au prix de leur sacrifice, de leur parole, de leur obéissance, toutes choses qui n’ont de valeur qu’en Dieu, de même que le temps, lui aussi, n’a finalement sa valeur qu’en Dieu. Il y a dans cette requête de Paul l’idée d’expiation (Sur Ep 6,17. L’Épître aux Éphésiens 178-179).

2 – La vie que le Seigneur veut transmettre est  vie à l’intérieur de la foi, de l’amour et de l’espérance. Lui-même en est l’accès. Ce qu’il souligne à présent, c’est que tous, nous avons toute vie par lui et en lui seul. Et cette vie veut dire mouvement vers le Père. Cette vie qu’ils accueillent est si vivante que non seulement elle devient déterminante pour ce qu’ils ont vécu jusqu’ici, mais que désormais tout en eux est jugé en fonction de cette vie nouvelle (Sur Jn 6,53. Cf. Jean. Les controverses I,60).

3 – « Ma chair est vraiment une nourriture ». L’âme ne saurait se développer sans le Seigneur. Il voudrait éveiller en nous un désir de lui incessant et sans limite. Il voudrait que nous le considérions comme l’unique réalité dont nous avons besoin (Sur Jn 6,55. Cf. Ibid. 63).

4 – Au cours de sa vie avec le Seigneur, tout chrétien, qu’ils soit enfant ou adulte, devra progressivement ou par un brusque discernement passer d’une conception de l’eucharistie en tant que fête, cérémonie extérieure, à la compréhension de son essence comme nourriture intérieure de l’amour et ainsi à une vie toute simple avec le Seigneur et dans le Seigneur (Sur Jn 6,57. Ibid. 65).

5 – Chaque communion individuelle est une tentative de recevoir en nous le Seigneur, de nous approcher de lui, de prendre ce qu’il nous donne et de donner ce qu’il veut nous prendre (Sur Jn 6,58. Ibid. 67).

20e dimanche C (Jr 38,4-6.8-10; He 12,1-4 ; Lc 12,49-53)

1 – « Non pas la paix mais plutôt la division ». Le feu que Jésus est venu jeter sur la terre, est le feu de l’amour divin qui doit saisir les hommes. Mais tous ne se laisseront pas saisir par l’exigence absolue de ce feu, loin de là, si bien que cet amour qui voudrait conduire les hommes à l’unité les divise à cause de leur résistance. Plus nettement et plus inexorablement qu’avant le Christ, l’humanité se divisera en deux royaumes, qu’Augustin appelle deux cités : la cité de Dieu dominée par l’amour et la cité de ce monde dominée par la convoitise. Mais pour Jésus comme pour saint Paul, ce n’est pas une fatalité tragique, c’est un combat qui doit être mené jusqu’à la victoire : l’amour et la haine ne sont pas deux principes également éternels, nous pouvons « vaincre le mal par le bien » (Rm 12,21), c’est pour cela que nous avons reçu la force de la grâce divine (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année C. 117).

29/04/2019. A suivre.

Hôtellerie
Vous souhaitez faire une pause spirituelle ?

Hôtellerie de l'Abbaye

Spiritualité
Découvrez les richesses de la foi avec d'autres croyants.

Spiritualité

Paroisse
Célébrez les mystères de la foi avec d'autres croyants.

Wisques - Paroisse


LiensMentions légales | création site web arsitéo