86. A.v.Speyr, Dimanches T.O. 25-28

 

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Adrienne von Speyr et Hans Urs von Balthasar

Matériaux pour les homélies. Dimanches T.O. 25-28

 

25e dimanche A (Is 55,6-9 ; Ph 1,20-24.27 ; Mt 20,1-16)

1 – La parabole des ouvriers à la vigne a pour but de montrer que Dieu, dans sa libre bonté, peut très bien dépasser la mesure de la justice qui mesure et qu’il le fait aussi continuellement. « Faut-il que tu sois jaloux parce que je suis bon » … pour d’autres? » On peut certainement appliquer la parabole au judaïsme et au paganisme : les juifs ont travaillé depuis le petit matin, les païens ne sont venus qu’à la onzième heure. Et les deux peuples reçoivent leur salaire conformément à une bonté libre et hors de toute mesure de Dieu. Mais la parabole est significative pour tous les temps et tous les peuples qui veulent comprendre la pensée fondamentale de Jésus. Dieu a toujours déjà franchi le plan de la simple justice distributive et c’est pourquoi il demande dans le Christ qu’on agisse de même. Les pensées du maître de la vigne dépassent celles des ouvriers qui travaillent plus ou moins longtemps ; en tout cas elles sont les meilleures pour tout homme et donc aussi les plus riches de grâces (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année A, 125-126).

2 « Pour moi vivre, c’est le Christ » (Ph 1,21). Depuis que le Fils a été enfanté sur terre, toute vie n’est plus que vie en lui. Vie créée par le Père mais offerte de nouveau par le Fils. A présent, vivre ne signifie plus seulement être créé par le Père, mais également être nouvellement créé par le Fils ; la vie jaillit tout autant de la naissance du Fils que de la création. Le nouvel Adam apporte avec lui un état, une vie qui est durée, une vie de racheté, qui ouvre la vie éternelle aux êtres temporels, si bien que la durée de la vie humaine, mesurée à partir du Seigneur, s’étend à toute l’éternité. Dorénavant, le croyant ne peut plus vivre simplement sa propre vie dans la durée de son temps et dans l’espace de la terre, il doit savoir que l’espace et le temps se sont infiniment élargis, que toute l’infinité du ciel y est incluse, que son temps est le point de départ de l’éternité (Cf. Au service de la joie. Méditations sur l’épître aux Philippiens 29).

25e dimanche    B    (Sg 2,12.17-20; Jc 3,16-4,3; Mc 9,30-37)

1 - De quoi parliez-vous en chemin? Naturellement Jésus sait de quoi ils ont parlé. Mais il ne craint pas de poser la question. Il sait que la réponse leur sera pénible. Le Seigneur voit ce qui peut s’améliorer en eux, ce qu’il peut leur apporter là où ils en sont. Il pose donc une question, et une question qui exige une réponse. C’est un dialogue incessant avec le Seigneur; nous sommes tentés parfois de l’interrompre ou de ne pas répondre.

Mais le Seigneur reprend toujours le dialogue interrompu et il pose une fois encore la question, la même peut-être : toute la vie chrétienne est faite de ce dialogue avec le Seigneur. Nous demandons au Seigneur de bien vouloir ne jamais cesser de nous interroger et la grâce d’y répondre en toute vérité (Sur Mc 9,32-33. Cf. Saint Marc 427).

2 - « Eux se taisaient, car ils avaient discuté en chemin la question de savoir qui était le plus grand ». Ils mesurent comme on a l’habitude de mesurer en toute communauté. On connaît ses propres vertus, ses propres fautes aussi, et l’on connaît les fautes des autres et leurs qualités. Pendant leurs longues marches en commun, les disciples ont assez de temps pour comparer entre eux leurs progrès et leurs reculs. Ils mesurent. Mesurer est une activité humaine. Si Dieu juge à son tribunal, il ne mesure pas comme les hommes. Il a d’autres mesures. Les hommes ne peuvent pas concevoir que tous sont égaux. Ils ont une soif de hiérarchie. Ils savent déjà en quelque sorte, ou le pressentent tout au moins, qu’il y a de grands saints et des gens avec de petites missions. Ils ont posé la question que l’on ne doit pas poser dans la communauté du Seigneur. Car la première chose que le Seigneur attend de nous dans son amour est une réponse de notre amour, qui ne peut se faire que dans l’humilité. Or l’humilité, pas plus que l’amour, n’applique de mesure (Sur Mc 9,34. Cf. Ibid. 428-429).

3 – Prenant alors un enfant, il le plaça au milieu d’eux, l’embrassa et leur dit… Le Seigneur prend un enfant qui est dans la maison. Cet enfant n’est pas là par hasard; il sert sans en être conscient. Ce que le Seigneur utilise est sanctifié par le fait même qu’il l’utilise. Et il met l’enfant au milieu des disciples. Peut-être l’enfant a-t-il peur parce qu’il ne comprend pas ce qui lui arrive. Il était peut-être plongé dans une occupation enfantine. Et tout à coup il est contraint, il est pris par le Seigneur et placé au milieu des disciples. Jésus ne lui pose pas de questions. On ne sait rien non plus de ses impressions, de sa peur, de ses résistances. On sait seulement qu’il est là, que le Seigneur peut le prendre et le placer au milieu de ses disciples. – Et on voit alors quelque chose de très beau. Quand le Seigneur se sert de quelqu’un pour lui faire comprendre une vérité ou un chemin nouveau, il le serre dans ses bras. Il prend l’enfant de telle sorte que l’enfant sent combien le Seigneur lui veut du bien. Et ainsi il ne se sent pas étranger au milieu des disciples… Il ne sent qu’une chose, c’est que le Seigneur l’entoure solidement de ses bras, qu’il l’a pris réellement, qu’il ne se sert pas de lui pour le renvoyer quand il n’en aura plus besoin, mais que désormais il l’assure de son amour. Quand on est embrassé par le Seigneur, il n’est pas difficile de s’abandonner à sa volonté et de se laisser mettre par lui à la place et au rang qu’il a prévus (Sur Mc 9,36. Cf. Ibid. 431-432).

4 – « Le Fils de l’homme est livré aux mains des hommes, ils le tueront et, trois jours après sa mort, il ressuscitera ». Les disciples ont entendu cet enseignement sans en comprendre un mot. Ils discutent alors entre eux pour savoir qui est le plus grand. Là-dessus, Jésus prend un enfant dans ses bras : le plus grand, Dieu, manifeste sa grandeur en s’abaissant et en se mettant, comme le serviteur de tous, à la dernière place ; le Fils est humilié dans son service d’esclave, mais le Père aussi est humilié, lui qui a consenti à cette humiliation de son Fils. Qui a le courage de l’imiter ? (Cf. HUvB, Lumière de la parole… Année B, 126-127).

25e dimanche C (Am 8,4-7) ; 1 Tm 2,1-8 ; Lc 16,1-13)

1 – Le gérant qui a gaspillé les biens de son maître nanti et qui doit rendre compte de sa gestion, choisit la malhonnêteté comme issue « prudente ». Il sait se tirer d’embarras : menacé de perdre sa gérance, il espère être reçu chez ceux dont il a diminué les dettes. Le Christ ne loue pas la malhonnêteté, mais l’habileté qui, dans le domaine terrestre, dépasse très souvent l’habileté des chrétiens, bien qu’il s’agisse pour eux aussi d’être ou de non-être. Ils devraient entreprendre quelque chose pour être reçus dans les demeures éternelles au lieu d’attendre passivement le jugement et le renvoi éventuel. – Le plan divin de salut inclut tous les hommes. L’Église doit, au-delà de son domaine propre, se soucier de l’humanité tout entière. L’Église doit donc prier pour le grand domaine non chrétien (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année C. 127-128).

26e dimanche A (Ez 18,25-28 ; Ph 2,1-11 ; Mt 21,28-32)

1 – Cette parabole des deux fils, avec sa conclusion, contient deux enseignements. Le premier est qu’une conversion tardive est meilleure que le pharisaïsme qui s’imagine n’avoir besoin d’aucune conversion : ce ne sont pas ceux qui se croient en bonne santé, mais les malades, que Jésus est venu appeler et guérir (Mt 9,12 ss.). Le second enseignement distingue nettement entre le dire et le faire., entre de pieuses assurances à l’égard de Dieu, avec lesquelles on se trompe soi-même parce qu’on pense qu’elles suffisent, et l’exécution effective qui souvent est accomplie par ceux dont le comportement extérieur ne la ferait pas présumer (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année A, 127).

2 – La lecture d’Ézéchiel tient compte de la conversion tardive. Les chemins de la vie sont souvent inextricables. On se perd d’abord un jour dans les champs du péché, loin de Dieu. On dit peut-être un non clair au Père, comme le second fils de la parabole. Mais pouvoir dire ce non, il faut d’abord avoir entendu un jour l’exigence divine, et parce qu’elle résonne en écho, la conduite du pécheur le met mal à l’aise. La mauvaise conscience le poursuit et lui gâte le plaisir du péché. Il murmure, comme Israël, contre le Dieu trouble-fête et il sait pourtant que Dieu ne peut avoir tort. C’est ce qui est arrivé à la pécheresse qui s’est convertie aux pieds de Jésus dans la maison du pharisien (Lc 7). L’événement d’une conversion, même tardive – qu’on pense au larron sur la croix – est pour Dieu si essentiel que tout ce qui est de travers est effacé dans le silence ; et Dieu commence avec celui qui s’est tourné vers lui un compte de vie entièrement nouveau. C’est pourquoi les publicains et les prostituées peuvent parvenir au Royaume des cieux avant les pharisiens (Cf. Ibid., 127-128).

3« N’accordez rien à l’esprit de parti, rien à la vaine gloire… » (Ph 2,3). Les choses que fait le chrétien, les plus extérieures comme les plus secrètes, mais également son être, son attitude, ses relations et ses conditions de vie : tout cela a reçu un nouveau sens grâce à l’humilité. Si le Fils vient dans le monde et remplit toute sa mission, il la remplit dans l’extrême obéissance au Père, dans une obéissance qui ne se relâche pas un instant, qui est considérée comme le plus grand bien, qui attribue toute gloire au Père et la refuse pour soi-même. L’attitude du Christ envers le Père est une attitude d’humilité. En toutes choses, il estime le Père plus que lui-même ; en toutes choses, il cherche le Père, et cette recherche et cet accomplissement de la volonté paternelle sont l’expression de l’humilité divine du Fils, pour qui rien n’a de valeur que ce qui vient du Père (Cf. Au service de la joie. Méditations sur l’épître aux Philippiens 50).

26e dimanche     B    (Nb 11,25-29; Jc 5,1-6; Mc 9,38-48)

1 - Les chrétiens doivent toujours se souvenir que, par leur foi, ils font partie de l’Église et donc que c’est en tant que membres de l’Église qu’ils peuvent scandaliser le Juif, le païen et même celui qui partage leur foi; ils peuvent les scandaliser et par là faire du tort à l’Église (Sur 1 Co 10;32. Cf. Première épître de saint Paul aux Corinthiens II,37).

2 – « Un de ces petits qui croient ». Le Seigneur considère tous ceux qui croient comme petits, car la foi comporte un renoncement à la fausse maturité. Est faussement mûr celui qui se figure posséder une maturité qui lui permet de mener sa vie selon son bon vouloir. Le croyant sait, quant à lui, qu’il doit oser essayer de prendre le chemin que le Seigneur lui indique, et de ne pas prétendre savoir mieux que lui. La fausse maturité signifie se targuer d’une fausse liberté qui ne vient pas de Dieu; car la liberté que Dieu nous donne est la liberté du Fils de l’homme de faire la volonté du Père (Sur Mc 9,42. Saint Marc 439).

3 – « Mais si quelqu’un doit scandaliser ». Nous pouvons tous inciter au péché, parce que nous sommes tous pécheurs nous-mêmes. Mais il n’y a pas pire péché que d’entraîner au péché d’autres qui sont purs, qui ne connaissent pas encore certains péchés, au lieu de leur montrer le chemin vers le Seigneur. Et il y a pour nous un nombre incroyable de façons d’entraîner les autres à pécher. Comme chrétiens, nous sommes exposés. Les non chrétiens nous observent, ils veulent savoir ce que notre foi fait de nous. Et s’ils constatent que nous commettons même des péchés que ne font pas ceux qui affichent moins leur foi, nous devenons pour eux cause de scandale (Sur Mc 9,42. Cf. Ibid. 440).

4 – « Il serait mieux pour lui de se voir passer autour du cou une de ces meules que tournent les ânes et d’être jeté à la mer ». Une mort inévitable serait pour le chrétien qui scandalise une plus grande grâce que ce qui l’attend. Nous devons vivre et demeurer dans une proximité de Dieu telle que tout ce qui nous éloigne de Dieu doit nous faire craindre d’être en route vers le péché. Dieu nous a pris dans ses bras, il nous donne sa grâce. Mais nous devons aussi toujours vouloir recevoir cette grâce (Sur Mc 9,42. Cf. Ibid. 440).

5 – Première partie de l’évangile : un homme qui n’appartient pas à la communauté du Christ peut faire quelque chose de salutaire au nom de Jésus. La communauté doit le savoir : ce n’est pas seulement en elle qu’il y a une pensée et une action chrétiennes. Dieu est assez puissant pour faire naître une certaine disposition chrétienne – le verre d’eau offert – même en dehors de l’Église, et pour en récompenser le bienfaiteur. – Deuxième partie de l’évangile : le sort de celui (chrétien ou non) qui en séduit d’autres qui ne sont pas affermis spirituellement ou moralement (des « petits »). Faire tomber le croyant simple est satanique et mérite un châtiment sans pitié. Mais l’homme peut aussi se séduire lui-même : sa convoitise mauvaise peut se loger dans sa main, son pied ou son œil. Ce qui séduit est à détruire. Un homme spirituellement partagé ne parvient pas à Dieu ; ce qui est anti-divin en lui a sa place en enfer (Cf. HUvB, Lumière de la Parole… Année B, 128-129).

26e dimanche C (Am 6,1.4-7 ; 1 Tm 6,11-16 ; Lc 16,19-31)

1 – « Le riche mourut aussi et on l’enterra ». L’évangile souligne avant tout le fossé infranchissable entre la vie de bombance du riche et la misère du pauvre qui est couché devant le portail et voit donc tout ce qui se passe à l’intérieur sans que personne ne se soucie de ses plaies, sinon les chiens sales et vagabonds. Dans l’au-delà, le fossé devient l’abîme définitif, infranchissable entre le repos dans le sein d’Abraham et la torture dans les enfers brûlants. L’abîme est insurmontable pour Abraham lui-même. La parabole de Jésus est simplement une concrétisation de la parole que nous ne comprenons peut-être que difficilement : « Heureux vous les pauvres. Malheur à vous, les riches » (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année C. 129-130).

2 – « Conquiers la vie éternelle » (1 Tm). Conquérir la vie éternelle ne signifie pas chercher à se saisir de Dieu. Dieu habite une lumière inaccessible, personne ne l’a jamais vu, personne ne peut le voir, il ne peut qu’être adoré, il ne peut jamais être saisi par l’homme. Se décider pour lui, porter témoignage pour lui, signifie au contraire que l’on a été saisi par lui et que l’on se tient à sa disposition (Cf. Ibid. 130).

27e dimanche     A    (Is 5,1-7; Ph4,6-9: Mt 21,33-43)

1 - Il la loua à des vignerons. D’une certaine manière, le Père donne en location au Fils le monde créé. Mais on peut dire qu’il le loue aussi aux hommes. Tout homme peut considérer sa tâche comme un fermage de Dieu, surtout la tâche qu’il a reçue de Dieu à l’heure où celui-ci l’a appelé et convoqué à la fécondité. Selon son plan, Dieu nous a plantés, soignés entourés d’attention. Il a planté en nous son enseignement, l’amour chrétien,  et en lui nous devons porter du fruit. Notre mission ne nous appartient pas. Elle nous est confiée, il la remet à notre propre responsabilité. C’est nous qui devons porter du fruit pour lui. Nous prions instamment le Seigneur de bien vouloir nous montrer à nouveau notre mission afin que nous reconnaissions comment il souhaite que cela porte du fruit (Sur Mc 12,1. Cf. Saint Marc 544-545).

2 - Allons-y, tuons-le. La suite nous fait comprendre que le fils, c’est Jésus. On le saisit, on le tue, on le jette hors de la vigne. On se débarrasse de lui en l’empêchant de rester ne serait-ce que comme prisonnier dans la vigne. C’est Jésus lui-même qui raconte ici son arrestation, sa mort, son rejet, avant même d’aller à la croix. Il le raconte comme s’il l’avait déjà vécu, donc dans une connaissance tout à fait claire de ce qui vient. Cette situation drastique de l’arrestation, de la mort et du rejet du Fils revient sans cesse. Au fond, c’est notre défaillance constamment renouvelée qui l’actualise. Nous sommes ces vignerons, nous rejetons la grâce, nous tuons, ne fût-ce qu’un instant, le Fils dans notre coeur et l’empêchons de récolter le fruit sur lequel il a un droit (Sur Mc 12,6-8. Ibid. 551).

3 - Ils cherchaient à l’arrêter. Ils voudraient arrêter le Seigneur, le mettre en prison, l’empêcher d’agir. On voit bien qu’à leurs yeux il n’est qu’un homme qu’on peut prendre et rendre inoffensif. Pour eux, il n’est en aucun cas l’homme-Dieu, mais un simple être humain. S’il peut être arrêté, il apparaîtra que le peuple a bien trop attendu de lui, toute distinction surnaturelle lui fera défaut. Ils ne croient pas qu’après son arrestation des signes puissent se produire qui leur rappelleraient à eux-mêmes, aux gardes et au peupla qu’il est le Messie. Nous devrions nous examiner et voir si nous sommes toujours conscients, quand nous prions et pensons au Seigneur, qu’il est vraiment Dieu (Sur Mc 12,12. Cf. Ibid. 554).

4 – Sans aucun doute la parabole des mauvais vignerons a été prononcée d’abord à propos du comportement d’Israël dans l’histoire du salut. Mais la parabole ne se trouverait pas dans le Nouveau Testament si elle ne concernait en rien l’Église. Demandons-nous si Dieu reçoit réellement de l’Église le fruit qu’il en attend. Il le reçoit avant tout des saints chargés de mission, qu’ils soient canonisés ou non. Mais la question qui nous est adressée demeure : comment l’Église les a-telle reçus et comment les reçoit-elle encore ? Le plus souvent mal, très souvent pas du tout ; beaucoup (parmi eux aussi des papes, des évêques, des prêtres) vivent un martyre au sein de l’Église elle-même : refus, suspicion, moquerie et mépris. Et si on les canonise pour cela après leur mort, combien de fois leur image est-elle faussée selon les désirs des gens : Augustin devient le promoteur de la persécution des hérétiques, François un enthousiaste de la nature, Ignace un stratège rusé, etc. La parole de Jésus reste vraie à travers les temps : « Un prophète n’est méprisé que dans sa patrie, sa parenté et dans sa maison (Mt 6,4). Et chacun dans l’Église doit se demander si la déception de Dieu à l’égard de la vigne qu’il a plantée ne le concerne pas personnellement, lui qui est habitué à critiquer l’Église comme telle (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année A, 129-130).

5 – « Ne soyez inquiets de rien » (Ph 4,6). A travers l’exhortation à n’entretenir aucun souci, l’homme semble être arraché à tout son espace vital sur terre. Il doit considérer sans souci tout ce qui fait son quotidien, ce qui concerne ses besoins, devenir libre intérieurement de tout ce qui est extérieur. Si libre qu’il peut s’en remettre à Dieu pour tout ce qui est sien ; ses requêtes, il les a confiées à Dieu, son quotidien n’est plus à sa charge, mais élevé dans une sphère qui appartient à Dieu. Le quotidien n’est pas oublié mais transformé. L’homme doit à présent se faire du souci pour ce dont Dieu se soucie. Tout ce qui auparavant paraissait manqué et sans issue ne peut plus l’être. L’action de grâces est le mot de la fin : l’homme remercie parce que quelque chose lui a été confié, parce qu’il est désigné pour gérer une chose à laquelle Dieu attache de l’importance (Cf. Au service de la joie. Méditations sur l’épître aux Philippiens 134-135).

27e dimanche     B    (Gn 2,18-24; He 2,9-11; Mc 10,2-16)

1 – « Ainsi ils ne sont plus deux, mais une seule chair ». De même que le péché met en danger l’unité entre l’homme et la femme dans le monde, voire peut la déchirer au point qu’il n’en reste plus rien, de même tout péché déchire notre unité avec Dieu. Sans le péché, il y aurait eu la possibilité pour Adam et Eve d’être parfaitement un en Dieu, chacun pour soi en Dieu et tous les deux dans l’unité parfaite avec l’autre en Dieu, si bien que la question du mariage ou du célibat ne se serait pas posée, mais tous auraient suivi l’unique chemin préparé par Dieu (Sur Mc 10,8. Saint Marc 451).

2 – « On lui présentait des enfants pour qu’il les touchât ». « On », c’est-à-dire des personnes anonymes, manifestement convaincues que les enfants recevront une sorte de bénédiction en étant touchés par le Seigneur. Il est remarquable qu’ils ne demandent pas à être touchés eux-mêmes. Pour eux, les enfants qui n’ont pas encore l’intelligence ont besoin d’un contact corporel. Un contact qui doit agir comme une caresse, avec la différence qu’il vient du Seigneur et a donc bien plus d’effet. Ils souhaitent la bénédiction du contact, ils aimeraient procurer à leurs enfants quelque chose de l’Esprit Saint du Seigneur. Il y a quelque chose de grand dans le désir de la foule que soient touchés des enfants qui ne sont pas malades ni infirmes, mais à qui simplement par ce contact du Seigneur, doit être procuré pour leur avenir un don rempli de grâce (Sur Mc 10,13. Ibid. 456).

3 – « Car c’est à leurs pareils qu’appartient le Royaume de Dieu ». Le Royaume est donc pour les enfants, ceux qui ne font pas de problèmes, les naïfs, ceux  qui aiment. Le Royaume n’est pas là comme un problème pour esprits surdoués, pour questionneurs hyper intellectuels, mais tout simplement pour des enfants aimants. Et le Royaume est la réponse à l’attente des enfants. Le Seigneur lui-même avec son amour, avec sa soif de voir venir à lui les enfants, forme ce Royaume, incarne le Dieu Trinité à qui appartient le Royaume de Dieu (Sur Mc 10,14. Cf. Ibid. 458).

4 – L’évangile règle la question du mariage : l’homme et la femme deviennent une seule chair. L’union, qui remonte à un acte de Dieu, est définitive, elle ne peut être dissoute par l’homme. L’évangile ajoute alors l’épisode de la bénédiction des enfants. Les enfants sont expressément le modèle de tout homme qui reçoit le royaume de Dieu, donc précisément aussi des gens mariés qui, s’ils gardent en face de Dieu une attitude d’enfant, ne peuvent pas adopter l’un envers l’autre l’attitude supérieure de l’adulte. Rester ensemble comme des enfants devant Dieu, rend possibles une entente et une bienveillance réciproques qui survivent aux inévitables tensions de l’existence (Cf. HUvB, Lumière de la Parole… Année B, 130-131).

27e dimanche C (Ha 1,2-3 ; 2,2-4 ; 2 Tm 1,6-8.13-14 ; Lc 17,5-10)

1« Prépare-moi à dîner ». La foi ne consiste pas à s’asseoir et à attendre que le Seigneur vienne et nous serve avec sa grâce. Il ne peut pas souffrir qu’on se laisse servir par lui sans agir. Au contraire, le Seigneur trouve tout naturel qu’on serve avec lui, c’est-à-dire qu’on le serve. Et cela non en pensant orgueilleusement que l’apport de mes services sera utile au Seigneur, mais inversement, dans la modestie de celui qui sait : « Sans moi, vous ne pouvez rien faire » (Jn 15,5). La juste manière de nous apprécier est prescrite par le Seigneur : « Nous sommes des serviteurs quelconques, nous n’avons fait que notre devoir » (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année C. 132).

28e dimanche     A    (Is 25,6-9; Ph 4,12-14.19-20; Mt 22,1-14)

1 – La grâce du Seigneur demeure grâce là même où elle impose épreuve et privation (Sur Ph 4,12. Cf. Au service de la joie 143).

2 – Le roi, dans l’évangile, est Dieu le Père. Il prépare un repas de noce pour son Fils. Dans la célébration eucharistique, c’est le Père qui est le dispensateur : « J’ai apprêté mon banquet, venez aux noces ». Dans la prière eucharistique, l’Église remercie le Père pour son don suprême : le Fils comme pain et vin. Le Père donne son don extrême et le meilleur, il n’en a pas de plus grand, c’est pourquoi celui qui méprise ce don le plus précieux ne peut rien attendre de plus. Il se juge lui-même, il se perd (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année A, 131).

3 – Dédaigner l’invitation, c’est soit mépriser l’invitation à la noce, soit y participer indignement. Matthieu lie ces deux manières d’être indigne du don suprême du Père. La première, c’est l’indifférence : les invités ne se soucient pas de la grâce qui leur est offerte, ils ont quelque chose de plus important à faire, leurs tâches terrestres sont plus urgentes. Mais Dieu ne peut pas laisser passer pareil mépris de son offre. La seconde forme d’indignité, c’est l’indifférence de l’homme qui vient en promenade à la fête, à l’eucharistie, comme s’il entrait dans un cabaret. A quoi bon se donner la peine de mettre l’habit de fête, le roi doit être heureux que je vienne somme toute, que je pratique après tout, que je me donne la peine de quitter mon banc pour mettre un petit morceau de pain dans ma bouche. Il est amené à rendre compte : as-tu le moindre pressentiment que tu participes à la fête suprême du roi du monde, à l’aliment le plus précieux que lui seul peut offrir ? « L’autre resta muet ». Peut-être est-ce seulement après son expulsion que lui apparaîtra ce qu’il a négligé par sa grossièreté (Cf. Ibid., 131-132).

4 – « Je puis tout en celui qui me rend fort » (Ph 4,13). Le tout dont parle Paul embrasse les situations les plus radicales et les plus extrêmes qui peuvent se présenter dans la vie humaine, mais aussi les plus quotidiennes et les plus ennuyeuses. Paul est au bord d’une source inépuisable qui est à sa disposition, à laquelle il peut puiser sans cesse pour rencontrer ce que le Seigneur lui envoie. Le Seigneur met sans compter ses moyens à sa disposition et ne semble pas préoccupé de savoir combien il en faut, du moment que la charge est remplie. Paul est l’administrateur à qui sont confiés les biens du Seigneur afin qu’il acquière, qu’il se procure ceci ou cela comme l’exigent les intérêts du Seigneur. Et l’administrateur paraît encore une fois comme sans importance et transparent, parce que toute la vigueur vient du Seigneur. Si Paul peut, ce n’est que réponse à l’authenticité et à la justesse de sa mission (Cf. Au service de la joie. Méditations sur l’épître aux Philippiens 143-144).

28e dimanche    B    (Sg 7,7-11; He 4,12-13; Mc 10,17-30)

1 – « Suis-moi ». Suivre le Seigneur veut dire marcher sur ses pas, faire ce qu’il veut et ce qu’il montre. Et il permet que cette vie à sa suite devienne une vie pleinement dans sa grâce. C’est qu’il veut façonner le tout. A l’homme qui a eu le courage de devenir pauvre en réponse à son appel,il offrira de le suivre d’une façon inouïe.Il lui montrera tout ce qu’il est, et lui donnera tout ce dont il a besoin en tant que chrétien. Il le lui donnera en puisant dans sa propre plénitude, pour que l’homme puisse vraiment le suivre. Nous ne sommes pas traités comme des inconscients, nous devenons des invités qui sont autorisés à entrer, à qui sont révélés tous les mystères qui peuvent être révélés en ce monde (Sur Mc 10,21. Cf. Saint Marc 467-468).

2 – Le Seigneur ne nous promet pas que nous porterons toujours notre sacrifice avec plaisir, joyeusement et le cœur léger. Il nous promet la vie éternelle que nous désirons et qui se trouve tout à fait ailleurs. Il se peut qu’il attende de nous que nous accomplissions toujours la plus petite chose le cœur lourd et que, malgré cela, il nous accorde de pouvoir le faire dans un don total de nous-mêmes (Sur Mc 10,22-23a. Cf. Ibid. 471).

3 - Je pense que nos pensées sur la toute-puissance de Dieu sont souvent trop théoriques. Nous ne voyons pas la force qu’il a de pénétrer dans notre vie, de transformer notre âme de telle sorte qu’il puisse l’utiliser, de vivifier nos actes de telle sorte qu’ils puissent témoigner vraiment de sa vie divine, de façonner chacune de nos pensées pour qu’elles soient telles qu’il veut les avoir dans sa toute-puissance. Et Dieu peut introduire chacun de nous dans chacun des domaines de sa vie. Et non seulement chacun de nous, mais tous les hommes et toutes les choses qui nous sont accessibles, et non moins celles qui ne le sont pas, et tous les temps et tous les lieux si bien que Dieu, peut, quand il le veut, faire de tout le créé un élément constitutif de son royaume (Sur Mc 10,26-27. Cf. Saint Marc 478).

4 – « Le jeune homme riche de l’Évangile n’a pas prié dans la pleine nudité de l’âme ». Une prière dans la pleine nudité de l’âme dirait ceci : « Tel que je suis, Seigneur, et tel que je peux devenir par toi, je voudrais te servir. Mais ce que je peux devenir par toi se trouve tellement et si exclusivement dans ta seule main que rien de ce que j’ai été jusqu’à présent n’ plus d’importance pour moi; tout ce que je suis et tout ce que j’ai est à ta disposition » (Cf. Le monde de la prière 129).

5 – L’évangile, c’est l’histoire de l’homme qui ne veut pas renoncer à sa fortune et des disciples qui ont tout quitté pour l’amour du Christ. Celui qui est attaché à sa fortune : la grandeur que cette fortune peut avoir est sans importance. Il peut fort bien y avoir des riches qui ne s’attachent pas à leurs biens (Jésus en a certainement connus et les femmes qui l’assistaient de leurs biens étaient-elles probablement fortunées), et il peut y avoir des pauvres qui ne sont pas prêts à renoncer au peu qu’ils possèdent. Pour Jésus il est impossible d’entrer dans le royaume de Dieu si on n’est pas disposé au renoncement, à tout abandonner au pouvoir souverain de Dieu. Il n’est pas question de mépriser les biens terrestres, mais de les faire passer derrière pour un motif précis : « à cause de moi et de la Bonne Nouvelle ». Celui qui se dépouille de ses biens ne parvient pas à un port sûr ; le centuple qu’il recevra n’est définitivement promis que pour la vie future. Suivre Jésus n’est vrai qu’ainsi : la croix en ce monde, la résurrection dans l’au-delà (Cf. HUvB, Lumière de la parole… Année B, 132-133).

28e dimanche C (2 R 5,14-17 ; 2 Tm 2,8-13 ; Lc 17,11-19)

1 – « Où sont les neuf autres ? » Il est clair que Jésus seul accomplit le miracle qui se produit quand les lépreux vont se présenter aux prêtres ; mais pour les Juifs, le geste liturgique prescrit par la Loi est si décisif qu’ils placent tout le sens de la guérison dans la cérémonie prescrite. De même bien des chrétiens considère le fait de « pratiquer » comme le centre de la religion, et oublient alors tout à fait la grâce reçue de Dieu, qui est l’origine et le but de la « démarche à l’église ». Le but disparaît dans le moyen, qui n’a souvent plus guère de rapports avec ce qui est spécifiquement chrétien, et qui devient pure coutume, tradition irréfléchie. Il faut un « étranger », c’est-à-dire celui qui n’est pas habitué à ce qui est traditionnel, pour percevoir la grâce comme telle qui est donnée sur le chemin, avant même d’arriver aux prêtres, et en remercier qui de droit. On a besoin de prendre de la distance par rapport à l’accoutumance religieuse pour apprendre ce qu’est le miracle et quelle reconnaissance lui est due. Si nous traitons Dieu comme un automate, il nous montrera qu’il n’est pas cela, mais qu’il est le Dieu libre et vivant (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année C. 133- 134)

05/08/2019. A suivre.

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