87. A.v.Speyr, Dimanches T.O. 29-34

 

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Adrienne von Speyr et Hans Urs von Balthasar

Matériaux pour les homélies. Dimanches T.O. 29-34


29e dimanche    B    (Is 53,10-11; He 4,14-16; Mc 10,35-45)

1 – « Accorde-nous de siéger, l’un à ta droite et l’autre à ta gauche, dans ta gloire ». Ils montrent qu’ils connaissent sa gloire; ils l’ont déjà vue en effet avec Pierre sur la montagne. Ils montrent aussi qu’ils savent qu’il possède tout pouvoir et peut dans sa gloire faire ce qu’il veut. Et voilà qu’il doit vouloir ce qu’ils veulent : les avoir tout près de lui, et c’est ce que le Seigneur veut aussi. Quant à la préséance qu’ils réclament, elle prendra une forme qu’ils ne connaissent pas encore, à savoir laisser aux autres la préséance, s’il y en a une. Ils aimeraient retenir d’avance les meilleures places, ce qui obligerait les autres disciples à se tenir derrière. Grâce à leur amour, ils sont sûrement capables de sentir que leur demande contient quelque chose de trop humain et ne fait pas partie de ce que le Seigneur accorde dans sa gloire (Sur Mc 10,37. Cf. Saint Marc 490-491).

2 - « Vous ne savez pas ce que vous demandez ». Le Seigneur se trouve face à une demande des disciples dont le contenu et la portée leur échappent. Foncièrement, les disciples ne se tiennent pas autrement que nous devant le Seigneur. Nous demandons, et même lorsque notre demande est réfléchie, nous ne savons jamais ce que nous demandons. Nous pouvons bien insérer toute demande dans cette parenthèse : si c’est ta volonté. Mais justement cet essentiel, la demande que la volonté de Dieu se fasse, nous ne le saisissons pas (Sur Mc 10,38. Cf. Ibid. 491).

3 – « Celui qui voudra devenir grand parmi vous, se fera votre serviteur ». Vouloir devenir grand est une intention que les chrétiens aussi peuvent avoir : gagner de la considération, s’assurer une place, être au sommet d’une hiérarchie, ou bien , s’il n’y a pas de hiérarchie, se distinguer de quelque manière. En tant que chrétiens, qui essayons de vivre aussi entièrement que possible pour le Seigneur, cette tentative nous semblera a priori très risquée. Si nous pouvons faire un peu plus que d’autres, fournir un plus grand travail, être remarqués peut-être par notre façon d’être, être pris en exemple, ce n’est jamais pour nous assurer un avantage dans la hiérarchie de la vie chrétienne, mais toujours pour aider les autres à servir le Seigneur (Sur Mc 10,43. Cf. Ibid. 500).

29e dimanche  C (Ex 17,8-13; 2 Tm 3,14-4,2; Lc 18,1-8)

1 – Le droit pour l’homme d’appeler Dieu à l’aide repose sur le devoir d’écouter Dieu et de demeurer dans un état de disponibilité. Sa raison, qui le pousse à prendre des décisions, doit se tenir ouverte à la vérité divine de telle sorte qu’elle ne sache pas seulement d’une manière vague que Dieu existe, mais qu’à chaque instant il demeure sensible à son appel (Sur Is 66,3-4. Isaias 231).

30e dimanche  A   (Ex 22,20-26; 1 Th 1,5-10; Mt 22,34-40)

1 – Qui a le commandement du Seigneur

et le garde, qui aime donc son prochain, celui-là aime le Seigneur. Il peut connaître ce rapport, il peut aussi l’ignorer complètement. Peut-être le Seigneur est-il un étranger pour lui, peut-être ne le connaît-il pas réellement. Mais s’il aime vraiment les autres, il aime le Seigneur, et le Seigneur l’attire à lui (Sur Jn 14,21. Jean. Le discours d’adieu I,175).

30e dimanche   B     (Jr 31,7-9; He 5,1-6; Mc 10,46-52)

1 – « Quand il apprit que c’était Jésus le Nazarénien, il se mit à crier : Fils de David, Jésus, aie pitié de moi ». Et voilà l’inespéré, l’événement dans la vie du mendiant. Le Seigneur passe par là. Il y a une rencontre avec le Seigneur, une rencontre telle qu’elle peut nous être accordée dans la prière, dans la vocation, mais ici de façon visible. Et le mendiant, dont c’est le travail de mendier, se met à crier : « Aie pitié de moi! » Il ne dit pas du tout d’abord ce qu’il souhaite. Il ne souhaite que la pitié du Seigneur. Et en ne souhaitant rien de concret, il nous donne un exemple. Il nous montre le saut dans la confiance (Sur Mc 10,47. Cf. Saint Marc 504-505).

2 – « Rabbouni, fais que je voie! » Un aveugle parle, qui ne sait pas ce qu’est la lumière, qui demande donc quelque chose qu’il ne connaît pas, mais qui lui semble pourtant désirable parce que d’autres, la connaissant, la lui ont décrite, et qu’il puise dans leur expérience pour nourrir ce désir. Il est difficile d’imaginer combien grande doit être la foi de cet homme qui résume en une phrase tout son désir : « Fais que je voie! » C’est comme si un incroyant se présentait devant le Seigneur et lui demandait : donne-moi la foi. Ou comme si un croyant implorait du Seigneur une foi plus grande (Sur Mc 10,51. Cf. Ibid. 509).

3 – « Va, ta foi t’a sauvé ». C’est comme si tout d’abord le Seigneur ne le liait pas du tout à lui : « Va! » Aller où? Probablement son chemin. Celui-ci ne lui a pas été expressément défini. Mais c’est sûrement un chemin de foi. Et le Seigneur lui accorde la grâce de la vue comme une grâce qui était déjà contenue dans sa foi. Sa foi était assez forte, non seulement pour demander la grâce, mais pour l’obtenir : elle a sauvé. C’est donc la foi qui a conduit l’aveugle au Seigneur, c’est la foi qui le lie à lui. Voir signifie pour nous : avec la foi que le Seigneur nous donne, essayer d’accomplir ce qu’il attend de nous pour qu’il puisse nous dire : « Va, fais ton devoir, ta foi t’a sauvé » (Sur Mc 10,52. Cf. Ibid. 510).

31e dimanche  B (Dt 6,2-6; He 7,23-28; Mc 12,28-34)

1 – « Un scribe demanda : Quel est le premier de tous les commandements? » Nous voulons essayer de nous mettre à la place de ce scribe qui assiste à la scène, et de suivre ses pensées. Il entend par hasard une conversation qui d’abord ne le concerne pas directement. Il entend la réponse pertinente du Seigneur. Soudain il est attiré, le sujet l’intéresse, surtout qu’il a lui aussi une question. Sa question correspond sans doute au besoin de montrer au Seigneur qu’il veut entrer en contact avec lui. Il est intelligent et sa question aussi est intelligente (Sur Mc 12,28. Cf. Saint Marc 567-568).

2 - « Aimer Dieu de tout son cœur et le prochain comme soi-même ». On peut d’abord se demander, en commençant par la fin : avons-nous le droit de nous aimer nous-mêmes? Comment comprendre cela chrétiennement? Dieu nous a aimés le premier; si nous aimons Dieu de toute notre âme, nous avons toujours part à son amour; et s’il nous aime, nous n’avons pas le droit de nous haïr. De là découle aussi l’amour du prochain. Car lorsque nous le mettons en pratique, nous aimons les hommes pour lesquels le Fils est venu dans le monde et a donné sa vie. Nous les aimons parce qu’ils sont entourés de l’amour de Dieu (Sur Mc 12,32-34. Cf. Ibid. 570-571).

3 - « Jésus voyant qu’il avait fait une remarque pleine de sens, lui dit : Tu n’es pas loin du Royaume de Dieu ». C’est le premier scribe dont on nous dit qu’il a fait une remarque sensée. Tous les autres sont restés dans leur entêtement. Selon le jugement du Seigneur, il n’est pas loin du Royaume de Dieu. Il est en route  parce qu’il a compris la sainteté. Il n’y a pas d’autre chemin pour parvenir à la sainteté, sinon l’amour. Le scribe a acquiescé intérieurement à la sainteté qui lui est apparue dans le Seigneur (Sur Mc 12,34. Cf. Ibid 571-572).

4 – Dieu doit savoir que, si nous l’aimons, nous aimons aussi notre prochain; et le prochain doit sentir que notre amour pour lui découle de l’amour de Dieu (Sur 1 Jn 4,10. Die katholischen Briefe II,165).  

32e dimanche    B   (1 R 17,10-16; He 9,24-28; Mc 12,38-44)

1 - « Gardez-vous des scribes… » Est-ce grave de porter des robes spéciales, ou d’être salué, ou de prendre les premières places dans les synagogues et les premiers divans dans les festins? Pas forcément. En soi, ils avaient le droit de se distinguer par leurs vêtements, le droit d’occuper des places particulières. Ces droits faisaient partie de leur ministère légitime. Toute la mise en garde du seigneur vise à montrer que personne n’a le droit de revendiquer la dignité du ministère s’il n’a pas le sens du ministère, la foi, l’amour (Sur Mc 12,38. Cf. Saint Marc 575).

2 – « S’étant assis face au Trésor, il regardait la foule mettre de la petite monnaie dans le Trésor ». L’offrande des gens ne lui est manifestement pas indifférent. Il les regarde faire, probablement sans être remarqué. Et les riches et les pauvres ne se seront pas comportés autrement qu’aujourd’hui dans les églises. Peut-être faut-il le regard surnaturel du Seigneur pour faire la distinction en toute assurance entre les riches et les pauvres. Il y a eu peut-être parmi eux de faux riches et de faux pauvres. Le Seigneur regarde attentivement. Dans tout ce qui est rapporté du Seigneur, nous pouvons être sûrs qu’il a des raisons importantes, divines finalement. Cela vaut pour toutes ses paroles et ses actions que nous ne comprenons pas pour le moment et qui nous resteront peut-être mystérieuses jusqu’à la fin des temps (Sur M, 12,41. Cf. Ibid. 577).

3 - « Elle, de son indigence, a mis tout ce qu’elle possédait ». Le Seigneur est dans le temple et il enseigne. Et quelque part se trouve le Trésor, un accessoire du temple. Et voilà que la conduite de la veuve est intégrée dans son enseignement comme une incitation venue de l’extérieur, et elle rentre dans l’attitude des disciples et de l’Eglise. C’est justement ce que le Seigneur avait attendu pour exposer plus profondément à ses disciples son enseignement sur le sacrifice (Sur Mc 12, 44. Cf. Ibid. 577-578).

33e dimanche    B   (Dn 12,1-3; He 10,11-14.18; Mc 13,24-32)

1 – « Et alors on verra le Fils de l’homme venir dans les nuées avec grande puissance et gloire ». Si nous regardons le Seigneur dans la prière, il se montre parfois à nous entouré d’une splendeur inouïe. Il ne garde pas celle-ci pour lui, il nous la communique. Mais souvent il se communique aussi dans la prière en nous faisant sentir sa proximité. Cette expérience n’est accompagnée d’aucun phénomène extraordinaire, mais elle offre une assurance. Nous sommes consolés. Nous savons que le Seigneur est là. Et il n’est nulle part aussi présent que là où l’on cherche à se rapprocher de lui (Sur Mc 13,24-27. Cf. Saint Marc 601).

2 - « Et alors il enverra les anges et ses élus pour rassembler… » Ses anges et ses élus sont envoyés pour la même mission. Si nous contemplons cette grande promesse, nous devrions vivre en communion avec les anges, de façon toute nouvelle, de la mission du Seigneur. Nous pouvons être fermement assurés que le Seigneur est auprès de nous; et nous devons essayer toujours plus dans tout ce que nous faisons, dans toute conversation que nous menons, dans chaque livre que nous lisons, dans tout travail qui nous incombe, aussi profane soit-il, de vivre de la pensée qu’il est avec nous, que nous avons part à sa mission et que nous devons l’accomplir avec les anges (Sur Mc 13,24-278. Ibid. 601-602).

3 - « Quant à la date de ce jour… » Après avoir dit que ses paroles ne passeront pas, le Fils remet le tout, la fin du monde et tout ce qui s’y rapporte, au Père. Il y a donc un mystère du Père que le Fils lui laisse. Le Fils, homme et Dieu en même temps, les anges et plus encore tous les hommes croyants remettent finalement tout au Père. Le Père connaît toute heure. En croyant et en nous insérant dans la volonté du Fils, nous remettons comme le Fils au Père l’heure de la croix et de la persécution, l’heure des grandes décisions, l’heure de l’apparition dans la gloire… et cela non par entêtement ou découragement, mais dans une attitude qui rejoint le renoncement du Fils. Il y a des mystères que le Père garde pour lui en accord avec le Fils (Sur Mc 13,32. Cf. Ibid. 604).

34e dimanche – Christ-Roi –    A   (Ez 34,11-12.15-17; 1 Co 15,20-26.28; Mt 25,31-46)

1 – Le Seigneur permet le culte de sa royauté et de son cœur bien qu’il sache qu’on va en abuser. Ce ne sont pas les abus possibles qui sont le plus déplorable dans l’Église, mais avant tout l’orgueil spirituel se croyant supérieur à de tels abus. Aux vrais chrétiens il revient de mettre en évidence le vrai sens des signes de l’Église, celui d’une vraie vie chrétienne (Sur Jn 19,23. Jean Naissance de l’Église I,127).

34e dimanche – Christ-Roi –    B   (Dn 7,13-14; Ap 1,5-8; Jn 18,33-37)

1 – Pilate va tout de suite au centre : « Tu es le roi des Juifs? » Au moment où le Seigneur est livré et totalement renié par les Juifs. Pilate lui demande malgré tout s’il est leur chef. Il est bien conscient que si Jésus était vraiment leur roi, il serait très proche de Dieu. Seul un homme qui vient de Dieu pourrait être roi des Juifs. Par sa question, Pilate vient au devant du Seigneur. Il lui donne l’occasion de lui donner une réponse décisive (Sur Jn 18,33. Jean. Naissance de l’Église I, 53).

2 – Jésus à Pilate : « Dis-tu cela de toi-même ou d’autres te l’ont-ils dit de moi? » Cette même question se pose à chacun de nous : T’es-tu vraiment ouvert à la grâce ou n’as-tu suivi que des rumeurs? Si quelqu’un a réellement la foi, il s’est ouvert à la grâce comme à une puissance qui, dans l’âme, sera aussitôt plus forte que moi. Si on ne croit pas réellement, on essaie de faire de sa foi une espèce de réserve condamnée à tarir tout de suite, car elle n’est pas enracinée dans une âme vivante. La foi chez l’homme a droit d’asile; si elle n’est pas accueillie, elle dépérit forcément. Elle veut être accueillie comme ayant et exigeant aussitôt tous les droits dans l’âme, car c’est l’âme tout entière qu’elle veut conduire à Dieu (Sur Jn 18,34. Ibid. I, 55).

3 – « Mon royaume n’est pas de ce monde ». Le Seigneur possède donc un royaume. C’est le royaume de son Père, le royaume de l’amour. A qui ne croit pas, à qui n’aime pas, il est totalement fermé. Seul l’amour, qui implique la foi, peut y donner accès. C’est un royaume dans le Père, un royaume sans frontières, parce que les frontières du royaume et celles du Père se perdent dans la même infinité.  Le Fils connaît ce royaume dans sa totalité. Lui seul est capable, dans le Père, de l’embrasser et de le circonscrire. Quiconque a l’amour peut en trouver le chemin. Il sera accueilli pr le royaume de façon qu’il en deviendra lui-même une partie (Sur Jn 18,36. Cf. Ibid. I, 56-57).

4 - « Jésus répondit : Tu le dis : je suis roi ». Mais le Seigneur ne donne aucune précision sur son royaume, car finalement toute région fait partie de son royaume, puisque toutes appartiennent au Père. Sa puissance est la toute-puissance du Père et le nombre de ses sujets est égal à celui de tous les hommes, qui tous appartiennent au Père. Son royaume appartient à l’éternité et peut attendre jusqu’à ce que toute résistance temporelle ait pris fin. Le Fils règne partout où il y a le Père qui l’a investi du pouvoir total, il règne en tous lieux et à tous les moments de l’espace et du temps qui sont du Père; et ses sujets sont tous les hommes créés par le Père, c’est-à-dire les hommes dans l’éternité (Sur Jn 18,37. Cf. Ibid. I,65-66).

03/11/2018. A suivre.

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