97. A.v.Speyr, Fêtes d’août

 

97

Adrienne von Speyr et Hans Urs von Balthasar

Matériaux pour les homélies. Fêtes d’août

 

15 août – Assomption de la Vierge Marie (Veille au soir) (1 Ch 15,3-4.15-16 ; 16,1-2;1 Co 15,54-57 ; Lc 11,27-28)

1« Ô mort, où est ta victoire ? » (1 Co 15,55). La mort avait été instituée par Dieu comme châtiment. L’homme était tellement endurci dans sa faute que le fait de penser à l’arrêt de sa vie ne suffisait pas à le convertir. C’est alors que Dieu a entouré la mort de cette atmosphère d’obscurité, de fatalité, de perdition. Il est juste que celui qui a dédaigné la lumière de Dieu, la joie de Dieu, l’obéissance aimante à Dieu soit banni de la vie éternelle de Dieu, soit jeté dans les ténèbres et les tourments. Il est juste qu’il ait constamment soif de ce que Dieu lui avait offert et qu’il a refusé, par suffisance et arrogance. Mais maintenant un nouveau combat doit être mené entre Dieu et l’homme, un combat dans lequel ce que Dieu fait sera plus puissant que l’œuvre de l’homme. Le Fils a pris sur lui la mort, avec toutes ses ténèbres et son délaissement par Dieu. Il est descendu de la croix dans cette nuit de la mort. Et, en ressuscitant de cette nuit, il a enlevé à la mort son atmosphère de désespoir et de perdition (Cf. Première épître de saint Paul aux Corinthiens II,259-260).

15 août – Assomption de la Vierge Marie   (Ap 11,19 ; 12,1-6.10 ; 1 Co 15,20-26 ; Lc 1,39-56)

1 – Dans ses relations quotidiennes avec son Fils devenu adulte, dans ses paroles d’homme, elle reçoit quelque chose de nouveau de son Fils. Elle est prête à être mise par lui partout où il a besoin d’elle, même si souvent elle ne comprend pas ses desseins, même si elle ne se trouve pas placée là où elle s’y serait attendue (Qui sont ma mère et mes frères?). Son entrée dans les vues de son Fils a le caractère fondamental de l’obéissance. Une obéissance qui est en même temps un échange, mais un échange rempli de mystère.

Et Marie n’est pas introduite dans le mystère. On pourrait aussi bien dire qu’elle est introduite dans le mystère de l’absence d’échange. D’une manière bien plus profonde que tout croyant, Marie a conscience du caractère mystérieux de Dieu et du monde de Dieu, sans qu’elle y soit introduite elle-même plus que le Fils ne le veut… Elle a vu l’ange…, mais elle sait définitivement qu’elle doit rester à sa place… Elle sait qu’à chaque instant elle doit rester disponible pour le Seigneur dans une attente virginale (Nachlassbände – désormais NB - 5,21).

2 – Marie ne vit pas qu’au ciel, elle continue tout autant à vivre dans l’Église (La Servante du Seigneur, éd. 1980, 169).

3 – Dans le christianisme, partout où la Mère apparaît, ce qui est abstrait et crée des distances est supprimé, tous les voiles tombent et chaque âme est immédiatement touchée par le monde céleste. Marie, l’être le plus pur qui se puisse penser, ne communique rien de la vérité céleste sans la collaboration des sens. Ce qu’elle a vu, entendu et senti, ce qu’elle a éprouvé des mouvements de l’enfant en elle et sur son sein, toute l’évidence sensible de l’existence corporelle de son Fils, continue de vivre dans ce qu’elle révèle de lui.

Elle est femme et elle comprend les choses comme une femme… Elle a la grâce de nous rendre sensiblement proche ce qui est lointain pour nous le faire comprendre (La Servante du Seigneur, éd. 1980, 191).

4 – Quand on prie Marie ou un saint, on participe à sa grâce. Ne pas souhaiter être reine si Dieu a prévu de faire de nous une servante (NB 9, n. 1289).

5 – Pour chaque individu et pour tout groupe d’hommes, il y a un chemin précis visiblement tracé, qui va de la Mère à eux et d’eux à la Mère. Cela suppose toujours chez l’homme, il est vrai, une disponibilité à se donner, mais elle se trouve déjà incluse dans la grâce débordante de la Mère… A qui lui reste fidèle, elle gardera une fidélité à toute épreuve. Jamais son aide n’a manqué, jamais quelqu’un ne s’est perdu, qui ne se soit expressément et volontairement détourné d’elle.

Il n’est pas dit que la Mère nous conduira toujours sur le chemin le plus facile et le plus agréable. Elle ne peut ni ne doit le faire, car elle doit conduire les hommes au Fils qui a suivi le chemin de la croix et l’a emmenée avec lui sur ce chemin… Elle ne veut pas donner l’impression d’avoir de meilleures intentions que lui sur les hommes. Elle sait à quel point il a raison en réclamant l’abnégation et l’ascèse. Elle-même a pratiqué l’une et l’autre à la perfection.

Tout chemin que nous ménage la Mère est un chemin de renoncement, de pénitence intérieure et extérieure. Mais du fait qu’on la rencontre sur ce chemin, il perd tout caractère triste et inhumain. Elle nous rend doucement attentifs à la nécessité de la croix (La Servante du Seigneur, éd. 1980, 193-5).

6 – L’Incarnation du Fils… est l’œuvre par excellence. Et pourtant cette œuvre est  liée étroitement avec une autre: qu’il s’est créé une Mère… Il a aussi déterminé l’action et le devenir de sa Mère… Il l’a faite telle que, partout où elle se trouve, où elle est recherchée et vénérée, c’est lui qui se tient à l’arrière-plan… Elle n’est pas seulement sa Mère, mais la Mère éternelle de tous les croyants parce que, maternellement, elle montre toujours le Fils et le remplace là où sa présence n’est pas encore reconnue.

On peut s’approcher de la Mère dans un ignorance presque complète, et par elle se laisser guider jusqu’au Fils. Car la dévotion qui la vénère comme Vierge ou comme Mère, comme femme qui comprend, ou comme jeune fille pleine de confiance, ou comme consolatrice dans les dures épreuves, n’a jamais sa fin en soi. De même que personne ne peut jamais s’approcher du Fils sans être mené par lui au Père, de même on ne s’approche pas de la Mère sans qu’elle nous indique le Fils (Sur Jn 21,25, Jean. Naissance de l’Église II,181).

7 – Marie. C’est donc un mystère d’amour quand sa vie qui ne diffère en rien de celle du reste des hommes, s’incline vers la vieillesse et la mort. La petite vie ordinaire, qui fut celle de sa jeunesse, reprend, et les années passées avec le Fils, de l’apparition de l’ange jusqu’à l’Ascension, ont l’air à présent d’un épisode prodigieux, extraordinaire, presque invraisemblable dans sa sa vie de femme si paisible. Elle a commencé dans l’humilité et l’obscurité, fut brusquement mise en lumière, puis elle rentre dans l’ombre et l’obscurité.

Tant qu’elle vit, elle n’est l’objet d’aucun culte dans l’Église, elle est écartée, presque oubliée. Elle reprend la tâche qu’elle avait avant la venue du Fils. Elle ressemble à la petite Bernadette ou à Lucie qu’on met au couvent après les grandes apparitions et qui ne savent pas comment les choses évoluent au dehors. On n’entend plus parler d’elle. Quand elle sera morte et que sa vie aura été totalement sacrifiée, toute la lumière de son existence éclatera et commencera à briller irrésistiblement (La Servante du Seigneur, éd. 1980, 164).

8 – Marie meurt et est accueillie au ciel et, dans la vision de Dieu, sa propre apparence a reçu une forme tout à fait nouvelle. Elle qui était la servante du Seigneur est maintenant devenue la reine du ciel. Et elle doit se comporter aussi volontairement et aussi naturellement comme reine que comme servante, car le Seigneur a fait d’elle l’une et l’autre. Et peut-être s’est-elle faite davantage servante qu’elle ne pouvait se faire reine dans l’obéissance.

Peut-être sa contribution personnelle est-elle bien plus importante dans la servante que dans la reine. Mais cela n’a aucune importance; elle sera les deux pleinement. Pour la Mère, d’être servante était comme un but, tandis que pour le Fils ce n’était que comme un épisode; pour lui le but était qu’elle soit reine, et la servante a dû faire preuve de l’obéissance la plus complète à se laisser faire reine. Et plus elle devenait servante, plus peut-être le Fils l’a-t-il ressentie comme reine (Marie dans la Rédemption 63-64).

9« Et une couronne de douze étoiles sur la tête » (Ap 12,1). Le chiffre douze exprime à la fois une quantité bien précise et une multitude infinie d’étoiles, qui accompagnent et couronnent la femme, comme un nouveau signe céleste qu’elle est digne de porter et de se choisir comme parure. Comme nombre précis, c’est celui des apôtres qu’elle donnera au Fils. En mettant son corps à la disposition de l’Esprit, elle donne au Fils sa propre fécondité humaine et physique. Et c’est dans une sorte d’accompagnement de son service maternel que les apôtres serviront le Fils, ils diront oui pour suivre le Seigneur, ils accompagneront, ils feront ce qui est exigé d’eux, comme Marie a fait ce que l’Esprit demandait. Dans cette optique, l’effusion de l’Esprit sur les apôtres est l’ultime conséquence de la descente de son ombre sur la Mère, la fin de ce qui a été initié dans la femme. La question de l’Esprit transmise par l’ange est le point de départ de tout, et la descente de l’Esprit sur les apôtres, sur l’Église, est la conclusion. Marie porte donc à proprement parler le vêtement de soleil comme un tout, comme l’expression même de son être, et les étoiles des apôtres comme sa parure. Elle n’enlève rien à l’autonomie des apôtres, elle ne fait que l’enrichir (L’Apocalypse 161-162).

10 – La mort du Christ sur la croix n’était pas un semblant de mort ; elle a duré assez longtemps pour le faire participer au monde des morts. Il y a les heures et les jours où le Christ était mort, un mort parmi les autres morts ; son corps était enseveli comme tous les autres. Ce n’est qu’à partir de là que se produit la résurrection qui le distingue comme le premier de tous les mortels, et qui s’opère en Dieu, pour Dieu et par Dieu le Père. Il y a ce moment fulgurant où le Père relève le Fils d’entre les morts et où le Fils réalise l’obéissance de se laisser ressusciter. Ce moment est entre les mains du Père. Il le décide. Il le provoque… En ressuscitant, le Fils devient les prémices de ceux qui se sont endormis : par son acte vertical d’obéissance au Père, il ouvre horizontalement, à tous les morts, la porte de la résurrection. Cet acte comporte quelque chose d’analogue à l’eucharistie, qui est l’action de grâce absolue rendue au Père et, en même temps, le don absolu fait à l’humanité (Cf. Première épître de saint Paul aux Corinthiens II, 206-207)

02/09/2019. A suivre.

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