98. A.v.Speyr, Fêtes de sept.-nov.

 

98

Adrienne von Speyr et Hans Urs von Balthasar

Matériaux pour les homélies. Fêtes de septembre et novembre

 

14 septembre – La croix glorieuse

1 - Les hommes oublient sans cesse… combien tout dans l’Église doit se tenir sous le signe de la croix, doit être compris et se dérouler à partir de la croix. Or, la croix n’est pas quelque chose d’obscur, c’est la grâce de la rédemption à travers le sacrifice corporel du Seigneur. Toutes les dispositions de l’Église doivent être portées par la pensée de la rédemption réalisée sur la croix (Sur 1 Co 11,17. Première épître de saint Paul aux Corinthiens II,54).

1er novembre – Fête de tous les saints

1 - Au ciel on ne perd pas purement simplement le sens du temps. Les fêtes de l’Église ont au ciel quelque chose qui leur correspond. On y fête encore Noël et Pâques et l’Ascension. Il y a encore au ciel de la musique, de la poésie et des couleurs. Toutes les fêtes chrétiennes sont présentes au ciel, mais en plus beau. Ciel et terre sont l’un dans l’autre. Sur terre, le ciel est présent dans les fêtes, et donc aussi la terre est présente aux fêtes du ciel. Par son péché au paradis, l’homme a perdu le sens de la présence, à chaque seconde, de l’éternité (Nachlassbände – désormais NB - 9, n. 1397).

2 – L’Église sait que ses membres qui meurent ne l’oublieront pas une fois dans la vision de Dieu, lui rendront son amour, lui viendront en aide. Finalement on ne sait pas si l’église… pourrait subsister si tous les saints – ceux qui sont encore en ce monde, ceux qui ne sont pas encore nés et tous ceux qui un jour ou l’autre iront au ciel – n’aidaient pas efficacement l’Église à préparer les hommes à la vision de Dieu. L’éternité étant un éternel présent, l’Église peut, dans sa préparation à l’éternel-présent, se référer sans problèmes aussi bien à l’avenir qu’au passé; Dieu met tout à sa disposition, le futur tout autant que le passé.

Pas plus que je ne puis dire si la prière que je fais maintenant aura un effet au Canada dans cinq minutes, on ne sait avec l’aide de quel amour du ciel l’Église bâtit maintenant son œuvre. Les aides de tous les temps participent à un endroit ou à un autre à ce qui se passe actuellement. L’événement temporel est imbriqué dans l’éternel et Dieu, dans son omniscience, peut faire agir toutes les causes qu’il veut (NB 5,181).

3 – Adrienne souffre pour des âmes qui veulent aller au ciel mais pas au purgatoire : elle trouvent qu’elles n’en ont pas besoin (NB 9, n. 1467).

4 – Nous aurions peur du purgatoire si nous ne comprenions pas qu’il s’agit ici d’un mystère d’amour. Mais puisqu’il en est ainsi, nous nous soumettons volontiers à ce processus, et même avec un vif désir de participation; nous comprenons, à l’intérieur de l’amour, qu’il faut satisfaire la justice (Sur Jn 17,8. Jean. Le discours d’adieu II,223).

5 – Le Seigneur veut … que ses saints soient en lumière. Il veut en décorer l’Église… Ce que le Seigneur fait dans l’éternité du ciel, l’Église doit le faire sur la terre en lien avec le ciel, en octroyant à ses saints une espèce d’éternité dans l’aujourd’hui vivant de l’Église. Et embellir les saints consiste moins pour elle à organiser des manifestations extérieures en leur honneur qu’à les imiter… L’extérieur est justifié tant qu’il est l’expression de l’intérieur.

Ce que l’ange montre à l’apôtre est plénitude de gloire, merveilleuse beauté céleste, pureté, fraîcheur, spontanéité. La vénération des saints sur la terre doit en refléter quelque chose. Tout ce qui est suranné, kitsch, douceâtre et faux contredit profondément cette vision de Jean. Et c’est avant tout l’humilité des saints, le verre transparent qui se transforme en splendeur de l’or et des pierreries, une humilité si grande quelle ne peut qu’être glorifiée par le Seigneur (Sur Ap 21,19-20. L’Apocalypse 894-5).

6 – (Le Fils est venu dans le monde pour nous) initier doucement au goût et au style du Père, afin que lorsqu’un jour Dieu nous fera entrer dans la plénitude de son unité, nous nous sentions chez nous dans notre royaume céleste (Sur Mt 5,10. Sermon sur la montagne 27).

7 – La sainteté ne consiste pas en ce que l’homme donne tout, mais en ce que le Seigneur prend tout… L’homme offre peut-être tout en paroles, il fait cette offrande avec les lèvres. Mais il a toujours en tête quelque chose de limité… Cependant, le Seigneur entend (l’offrande) comme elle aurait dû être dite. Et quand il prend ensuite tout dans son sens à lui, peut-être l’homme pousse-t-il un cri et pleure-t-il ce qu’on lui a pris, mais la grâce de la sainteté consiste justement en ce que le Seigneur permet la méprise…

Au moment où quelqu’un renonce à tout et s’est mis entièrement à disposition, même si c’est avec une profonde joie, il est jugé et recevra en conséquence quelque souffrance à porter… La vie de tout saint est une vie difficile qui porte le sceau du jugement… Le chrétien ordinaire peut en quelque sorte constater sa croissance dans le bien, elle ne lui est pas cachée… (Mais le saint) ne peut se mesurer qu’à l’absolu, où l’on ne peut voir de progrès (Sur Ap 20,6. L’Apocalypse 779-781).

8 – Dieu sert de la sainteté pour illuminer le monde. Et sa sanctification de la cité et des divers saints est un cadeau au monde. Et ce que Dieu a donné comme grâces aux saints, c’est au monde qu’il l’a offert; en comptant que les saints le transmettent, et que le monde soit assez humble pour l’accepter de la main des saints qui agissent en médiateurs de Dieu, sans passer outre, dans une espèce d’orgueil, à la médiation instaurée par Dieu, pour s’arroger ou dérober une lumière de Dieu obtenue sans l’intermédiaire de la ville (Sur Ap 21,24. L’Apocalypse 906).

9 – Le propre du faux prophète est de se donner de l’importance; il veut toujours paraphraser ce que Dieu dit. Il a peut-être une vraie mission, mais il ajoute trop du sien parce qu’il veut se mettre en vedette. Le saint disparaît dans sa mission : Bernadette (Sur 1 Jn 4,1. Die katholischen Briefe II,148).

10 – Quand le Fils ressuscite, il est pur, mais comme celui qui a porté le péché. Et quand l’homme arrive au ciel, il doit aussi être pur bien qu’il ait commis le péché. Son visage doit être libéré de la grimace du péché (NB 3,233).

11 – L’Église ne doit pas compléter artificiellement la perfection des saints. Elle doit souffrir de leurs lacunes : c’est meilleur pour les croyants. Pas trop de perfections partout (NB 4,454-5).

12 – Les saints ont implanté sur terre l’amour céleste; pour eux, sur terre, le céleste était plus essentiel que le terrestre. Ils ont mené une existence prophétique en proclamant par leur amour le ciel sur la terre, l’éternité dans le temps. Il est faux de louer la relation conjugale terrestre comme la plus haute forme de l’amour. Le faire serait le signe que l’Église n’a plus une conscience vivante de son devoir d’être l’Épouse du Seigneur (NB 10, n. 2125).

13 – Les saints ne nous serviraient à rien s’ils ne nous rendaient pas le ciel plus proche (Sur Is 11,10-16, Isaias 30)

14 – Le saint est celui qui, sérieusement, ne vit qu’en Dieu, qui n’aspire qu’à Dieu, qui, dans tout ce qu’il fait, cherche Dieu et s’efforce de se tenir devant lui. Il sait que, par sa propre force, il ne peut rien; c’est pourquoi il voudrait tout faire par la force de Dieu, de sorte qu’il ne fasse rien d’autre que ce que veut  Dieu et ne réclame rien de plus et rien de moins de la force de Dieu, que ce que Dieu veut lui donner.

Son désir de vivre uniquement de la force de Dieu ne l’amène pas à réclamer cette force exagérément et de façon indiscrète; il a l’humilité de ne vouloir demander que ce que Dieu veut lui accorder. Dans sa prière, il cherche à comprendre de Dieu tout ce que Dieu veut lui montrer… (Le saint) apprend à prier auprès des saints… (Saint Ignace par exemple) voit comment les autres  ont prié, il prie Dieu de lui donner une prière semblable pour sa plus grande gloire, mais il se sent si maladroit qu’il se tourne vers les saints pour qu’ils l’aident à prier (Le monde de la  prière 195-6)

15 – Un saint peut agir davantage lorsqu’on l’invoque que lorsqu’on le laisse dans l’oubli (Le monde de la prière 204).

16 – Celui qui vit sa vie d’ici-bas dans le Seigneur et pour lui vit une vie que le Seigneur lui donne pour qu’il la vive comme sa vie. Un tel homme participe déjà actuellement à la vie éternelle… S’il meurt, il emporte sa vie éternelle d’ici-bas dans la vie éternelle de l’au-delà, il entre dans l’éternité comme quelqu’un qui vient de l’éternité; aussi sa vie éternelle ne pourra être dans l’au-delà sans relation avec sa vie éternelle d’ici-bas. Il continuera donc là-haut à aimer ceux d’ici-bas et à vivre pour eux au ciel. Les deux ne font qu’un dans le Seigneur, qui contient en lui toute vie éternelle (Sur Jn 12,25. Jean. Les controverses II,199).

17 -

2 novembre – Commémoration de tous les fidèles défunts

1 - Puisque nous arrivons dans l’au-delà avec bien des choses qui sont encore terrestres et qui déplaisent à Dieu, il y a le feu du purgatoire. Tout doit y brûler de ce qui en nous ne correspond pas à la grâce du Seigneur : notre disposition foncière pour le péché, toutes ces suites de notre état de pécheur sur terre. En nous préparant une demeure chez le Père, le Seigneur nous prépare aussi une antichambre où, une fois entrés, nous pouvons nous purifier. Ici, il faut se défaire de tout égoïsme : aussi bien de l’égoïsme qui s’occupe de son propre péché et de sa propre vertu (car il faudrait ne nous occuper que de l’amour de Dieu et du prochain), que de l’égoïsme qui considère les fautes du prochain au lieu de le regarder à la lumière de l’amour du Seigneur.

Mais ce double égoïsme ne sera consumé par le feu que si le Seigneur et sa Passion pour chaque pécheur deviennent présents en nous de façon de plus en plus personnelle et inéluctable. L’âme ne peut plus se contempler que dans son miroir à lui, et cela si longtemps et si intensément qu’elle s’oublie finalement, plongée dans le Seigneur et dans son amour. Celui qui se trouve en état de purification ne s’aperçoit ni du prochain ni de ses fautes, il n’est occupé que de Dieu et de lui-même. Il n’apercevra à nouveau le frère qu’au moment où lui-même sera si totalement purifié par l’amour du Seigneur qu’il deviendra capable de le regarder avec les yeux du Seigneur.

C’est alors qu’il sera en mesure de supporter le prochain sans envie ni critique, dans sa demeure qui diffère de la sienne, de comprendre la diversité des voies du Seigneur et de les admettre par amour, de se réjouir du caractère différencié des demeures auprès du Père. Dans toutes les demeures, il verra le Seigneur; ses voies personnelles, les missions, les directions, les ordres, tout ce qui lui a paru singulier, étrange et peut-être même insupportable, aura maintenant plein sens dans l’amour du Seigneur (Sur Jn 14,2. Jean. Le discours d’adieu I,104-5).

2 – En priant pour les mourants, l’Église veut les préparer à voir Dieu. Ceux qui prient pour les mourants ne voient pas Dieu mais, par la foi, ils savent que la vision existe. La prière contient une sagesse de la vision, une connaissance de la vision. En soi, il peut paraître étrange que des non-voyants préparent d’autres hommes à la vision. Mais il fait partie de la plus ancienne tradition de l’Église que certains de ses membres, dès ici-bas, commencent à voir et que c’est à l’Église que revient le soin de « gérer » leur vision…

Personne ne sait quand un mourant commence à voir Dieu. Mais l’Église sait qu’elle a à l’y préparer. La jalousie ne joue là aucun rôle, ni le désir de voir avec le mourant; l’Église agit avec l’amour le plus simple qui fait qu’un mère partage à ses enfants le pain qu’elle-même ne veut pas manger, dont elle prendra peut-être elle-même quelque chose quand ses enfants seront rassasiés (NB 5,180-1).

3 – Le purgatoire, qu’est-ce que c’est sinon s’ouvrir par le Seigneur à la nécessité de lui correspondre les yeux dans les yeux (Sur 1 P 4,6. Die katholischen Briefe I,373).

4 – Toute la vie du chrétien devrait être vécue de telle manière que la mort devienne un don du mourant à Dieu (NB 3,181).

5 – Dans l’homme créé,… le premier balbutiement du petit enfant est pur… Avant que la concupiscence et l’égoïsme ne ternissent le langage fondé en Dieu, … le balbutiement de l’enfant est un parler en Dieu et avec Dieu. Il est amour immédiat. Et la dernière parole de l’homme, son dernier soupir, dans lequel il s’abandonne et dépose son égoïsme et son mensonge pour retourner à Dieu, est à nouveau pur, parce qu’il s’exprime en Dieu. C’est un retour à la première parole balbutiée par l’enfant. C’est de nouveau une parole d’amour immédiat.

Ces deux paroles sont prononcées dans la faiblesse, dans l’impuissance face à l’amour de Dieu… Entre les deux se situe cette durée que nous appelons « notre vie », au cours de laquelle l’homme s’éloigne de Dieu, pour vivre sa propre vie, où il ne prononce plus sa parole en Dieu, mais tente de la dire en lui-même… Le Paradis, c’est la vie en Dieu, possible aussi pour l’esprit conscient de soi (Sur Jn 1,3. Jean. Le Verbe se fait chair, I,36)

6 – Dans la vie chrétienne, le vieillissement n’existe pas, car chaque instant de la vie temporelle s’ouvre sur la vie éternelle. Chaque fin devient un nouveau commencement… Le Seigneur a pu, par sa mort, abolir la mort terrestre et la transformer en vie. Dans le monde, la mort est un terme, une limite, une fin. En Dieu, elle n’est toujours que le point de départ d’une vie nouvelle.

Quand, de notre point de vue, un homme meurt, il continue de vivre en Dieu, qui est la vie éternelle… Du point de vue humain, la mort de quelqu’un suscite toujours un vide dans le cercle de ses amis, chez ceux qui l’aiment. Mais ce vide crée dans les cœurs une place pour Dieu… Depuis que le Christ est mort, toute vie éternelle jaillit de la mort (Sur Jn 1,4. Jean. Le Verbe se fait chair I, 47-49).

7 – Toute heure est la dernière parce que chacune exige une décision pour le Seigneur. Si on vit de la sorte, l’heure de la mort ne sera pas différente des autres, sauf quelle mettra un terme à une succession de dernières heures (Sur 1 Jn 2,18. Die katholischen Briefe II,68).

8 – Mourir, cela ne doit  pas être plus difficile que de naître : se laisser faire (NB 6,151-2)

9 – Aux enfers, pendant la purification, le pécheur est confronté de manière brute et solitaire au seul le Seigneur et à son propre péché (Sur Ap 5,3. L’Apocalypse 287).

10 – Au purgatoire, l’âme est plongée dans une souffrance à laquelle elle ne comprend rien, car ce n’est que peu à peu, à travers cette souffrance, qu’elle apprend à juger de la gravité de sa propre faute et en est purifiée (Sur Jn 16,26. Jean. Le discours d’adieu II,178).

11 – Le purgatoire est un état de solitude dans lequel l’âme s’occupe d’elle-même et de sa relation à Dieu. Mais dès que l’âme arrive au ciel, une relation vivante s’établit entre elle et toutes les autres âmes, qu’elles se trouvent au ciel, sur terre ou au purgatoire… Les hommes, au ciel, deviennent capables de se comprendre même dans les facettes de leur être qui leur étaient restées incompréhensibles sur la terre…

Le ciel… est pur mouvement en Dieu… A présent je suis tel que Dieu m’a pensé à l’origine; non plus prisonnier de la matrice du temps, mais né à la liberté de la vie éternelle (Sur Jn 16,21. Jean. Le discours d’adieu II,157-8).

12 – Le geste par lequel le Fils nous offre au Père est le même geste que celui d’une mère qui présente son enfant… De nous, il désire en ce moment d’abandon que nous soyons pareils à lui dans les bras de sa mère : rien qu’un enfant et confiance absolue. Que nous ne soyons que ce que nous sommes : des enfants de Dieu qui, par la grâce du Fils, retournent chez leur Père, sans aucune angoisse, ni devant cette reddition, ni devant la mort, ni devant l’amour. Tout ce que l’on ferait encore dans l’angoisse et le souci de notre salut ne ferait que nous détourner du Seigneur… La seule chose qu’il exige de nous est de nous laisser remettre par lui au Père (Sur Jn 14,6. Jean. Le discours d’adieu I,123).

13 – La mort, c’est une invention de Dieu, qui finalement empêche le pécheur de se défendre contre sa grâce (Lumina 47).

14 – Cela dure souvent longtemps avant qu’une âme comprenne qu’elle doit aller dans le feu, que tout ce qu’elle a fait est de travers, qu’elle doit prendre maintenant un tout autre chemin, le chemin de l’amour. Beaucoup comprennent tout de suite, d’autres après un temps qui semble infini. Une fois qu’ils se sont livrés aux flammes, alors ça va sûrement et vite (NB 9, n. 1196).

15 – (Au purgatoire)… je serai contraint de dire oui à ce à quoi j’ai dit non jusqu’à présent. Je devrai accepter de voir que toute ma vie passée, ordonnée à son bien-être, était vide (NB 9, n. 1548).

16 – Marie accueille (les âmes) à la sortie du purgatoire. Elle a un art incomparable pour les recevoir quand elles entrent au ciel. Personne n’est perdu, personne n’est oublié (NB 9, n. 1315).

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06/03/2018. A suivre.

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