Abbaye

21. Au sanatorium

 

21

Adrienne von Speyr

Au sanatorium

1. Jeanne

Adrienne raconte l’histoire de Jeanne.

C’était pendant le deuxième hiver à Leysin, quand une autre Jeanne, qui était gravement malade, était dans une maison à côté de nous. Elle est devenue si sombre, elle est à la mort. C’est pourquoi les autres n’aiment plus aller la voir. Auparavant c’était amusant d’être avec elle. Maintenant c’est comme si elle avait un bonnet noir sur la tête. Elle trouve que c’est si dur de mourir. C’est une Française. Elle aime bien que j’aille la voir. Quand je me lève, je monte vite chaque jour auprès d’elle. Et… je dois la consoler comme si j’étais moi-même catholique. Ce n’est pas le moment de lui expliquer : « Je ne crois pas ce que tu crois ». Mais je lui raconte des histoires sur le Bon Dieu et sur les saints et sur les anges…

J’ai lu un petit livre avec des extraits de saint François de Sales et de sainte Jeanne de Chantal. Quelques-uns aussi de saint François. Pour moi, ils sont un peu trop élevés. Avec un style si « choisi » (en français). Mais je les traduis pour Jeanne… Elle est beaucoup plus âgée que moi, presque trente ans. Et puis je lui raconte toujours comment au ciel on se prépare à son arrivée, comment les jeunes se réjouissent qu’un nouveau jeune arrive au lieu que ce soit toujours des grands-mères de quatre-vingts ans. Jeanne ne demande pas si je suis catholique…

Chaque jour, la Soeur vient me demander si j’y vais. Mais je n’en ai plus le droit; quand j’ai de la fièvre, ça ne va pas. Je lui ai parlé aussi de la Mère de Dieu, mais je ne lui ai pas dit que je l’avais vue. Seulement un peu de l’amour de la Mère et comment elle est prête à parler de tout ce qui sur terre n’est pas résolu. Qu’il est bon de savoir qu’au ciel il n’y a pas que des hommes : Dieu et l’Esprit et le Seigneur Jésus et des papes et des curés. C’est ainsi que je dois égayer un peu le tableau pour Jeanne.

Mais maintenant elle doit descendre pour mourir. Elle a toujours prié avec joie et maintenant elle ne peut plus… Nous disons ensemble le Je vous salue Marie aussi, je le dis aussi avec elle. Mais cela, je ne le fais que si elle le veut; je ne m’impose pas. Et quand elle est trop faible, je dis en riant : « Je peux bien prier pour deux; vous n’avez pas besoin de tant penser »… (Pour prier), je m’agenouille à côté d’elle et je lui tiens un peu la main, elle a la main toute moite à cause de la fièvre… Mais maintenant (j’ai) … un problème de conscience. Elle a une tuberculose sévère et alors elle tousse dans sa main et elle me donne la main pour que je la tienne. Soeur Emilie a dit qu’on devait faire très attention! Je lui ai quand même donné la main. Je pensais qu’on ne pouvait quand même pas le lui refuser…

Comment nous avons prié? J’ai pris sa main dans mes deux mains et puis nous avons prié : « Seigneur Jésus, voici Jeanne, Jeanne qui est si fatiguée, malade, et qui ne peut pas prier elle-même. Mais elle prie quand même, son amie te dit tout ce qu’elle voudrait te dire. Donc elle te dit : Seigneur, tu m’attends au ciel, tu m’attends avec ta Mère, avec tous tes saints, dans la belle lumière de Dieu, et chaque fois que tu me vois, tu es heureux parce que tu penses : ma chère Jeanne sera bientôt là. Elle est maintenant si fatiguée qu’elle ne peut plus se réjouir. C’est pourquoi je dis au ciel entier qu’il doit se réjouir pour elle et lui montrer beaucoup, beaucoup de joie même si elle ne la sent pas. Et puis tu sais sans doute, Seigneur, quand Jeanne est seule et triste parce qu’il n’y a personne dans sa chambre et qu’elle a un peu peur, alors tu sais, Seigneur, que Jeanne pense à toi, qu’elle se souvient de sa première sainte communion quand elle était petite, avec une petite couronne sur sa tête : quelle joie elle a eue parce que le Seigneur était venu dans son coeur et comment elle t’a dit : maintenant je ne suis pas encore toujours avec toi, Seigneur, mais je me réjouis pour plus tard, pour le jour où je te connaîtrai mieux, et je me réjouis de ce que tu viendras un jour pour toujours dans mon coeur, dans le ciel avec ta maman et tous les saints et les anges. C’est pourquoi je te prie, Seigneur, de regarder Jeanne comme si elle était cette petite fille qui se réjouit, et de la consoler et de lui donner de ta joie et d’être toujours, toujours auprès d’elle même quand elle pense être seule et de lui mettre sur les lèvres le mot de tes amis, Amen ». C’est comme ça que j’ai prié. Et elle s’est toujours apaisée. Chaque jour nous avons fait un peu autrement, mais toujours de telle sorte que ça l’a consolée. (Cf. Geheimnis der Jugend, p. 37-39).


2. Noël à Leysin en 1919

Adrienne a 17 ans. Elle note : « Je suis heureuse à cause de Soeur Emilie; elle se donne tant de mal. Mais c’est le deuxième Noël sans mon père -décédé au début de 1918). Je pense beaucoup à mon père… J’aime bien Soeur Emilie. Elle aussi m’aime bien… Noël, c’est une belle fête. Je voudrais être un jour seule à Noël. Pour n’être qu’avec Dieu. Et avec la Mère de Dieu et avec l’Enfant… »

Et voici maintenant comment elle prie (elle est encore protestante,  elle emploie tantôt le tutoiement, tantôt le vouvoiement…) : « Notre Père qui êtes aux cieux, voici Noël, vous allez nous donner votre enfant Jésus. Et vous permettez que ce soit sa Mère qui nous le donne… A tous, à ceux qui croient et à ceux qui ne croient pas, et aussi à nous dont la foi n’est pas celle que tu attends de tes enfants. Mon Dieu, je sais que personne jamais n’a cru en toi comme ton Fils et qu’il vient pour nous donner sa foi. Et maintenant je pense à sa Mère que j’ai vue il y a deux ans et qui attend ton enfant, qui le porte, qui va nous l’offrir et qui croit en lui comme lui croit en toi. Mon Dieu, permets-moi de m’agenouiller à côté de la Vierge et de prier avec elle afin que ton Fils accomplisse tout ce que tu attends de lui et que sa naissance apporte la foi et le salut à tous ceux que tu veux sauver par lui. Laissez-moi prier à côté de la sainte Vierge et laisse-moi dire trois fois avec elle le Notre Père que ton Fils nous a appris à prier ».  (Cf. Geheimnis der Jugend, p. 95-96).

 

A suivre

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