Abbaye

3. Des traces de Dieu

 

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Des traces de Dieu.

Adrienne von Speyr

 

 

(Le texte ci-dessous a été rédigé en vue du colloque de Rome sur Adrienne von Speyr en 1985. Il a été publié dans: Mission ecclésiale d’Adrienne von Speyr. Actes du colloque romain 27-29 septembre 1985  édités par H.U. v. Balthasar, G. Chantraine, A. Scola. Ed. Lethielleux, Paris, p. 19-37. Pour les besoins de l’édition, il avait été légèrement abrégé. Ci-dessous le texte intégral)

Patrick Catry


1. Ne laisser aucune trace

Si pour beaucoup la foi n’est pas facile, il est souvent encore bien plus difficile pour le croyant de parler dignement de Dieu. On connaît le plaidoyer passionné d’André Chouraqui en faveur d’une vraie théologie: « Dans un certain sens les athées ont raison de rejeter l’incroyable divinité que leur proposent des théologies captives des ghettos médiévaux, le langage incroyablement vieillot, inefficace, inadéquat d’hommes qui parlent d’un Dieu qu’ils ne connaissent visiblement pas »1. On pourrait simplement ajouter que toute époque a son langage scolastique et son hermétisme, et que la nôtre ne fait pas exception. Pour l’honneur de Dieu, surgit parfois dans l’histoire de Dieu avec les hommes une Adrienne von Speyr.

Marie-Antoinette de Geuser (1889-1918), plus connue sous le nom de Consummata, son nom de dévotion, avait dit un jour: « Je voudrais laisser derrière moi une longue traînée de feu sur la terre ». Réaction d’Adrienne: « Non, non, pas comme ça. Je voudrais ne rien laisser derrière moi, mais disparaître absolument…, ne laisser aucune trace visible. La pire chose qui puisse arriver à quelqu’un, c’est de devenir un saint. Je n’aimerais pas ça, ce serait un tel malentendu. les gens regarderaient de nouveau une statue au lieu de Dieu seul. Je voudrais seulement qu’à travers moi ils puissent découvrir un peu plus les traces de Dieu »2. Il faut évidemment situer cette déclaration d’Adrienne sur la sainteté dans l’ensemble de son œuvre. Ce qui nous intéresse ici, c’est de voir comment elle exprimait ce que pouvait être le sens de sa vie: qu’à travers elle on découvre un peu plus les traces de Dieu, elle-même ne laissant aucune trace visible.


2. Préludes

Quelques extraits de l’autobiographie charismatique d’Adrienne donneront une certaine idée des traces de Dieu dans sa vie avant sa conversion. A quarante-cinq ans, dans l’extase, elle retrouve l’état de conscience qui était le sien à l’âge de huit ans; elle ne sait plus qu’elle a quarante-cinq ans, elle n’est plus que la petite fille avec ses pensées et son langage. Se déroule le dialogue suivant: – Sens-tu Dieu? – Qu’est-ce que ça veut dire: sentir? Savoir? Quelque chose comme: être caressée? – Oui. – Comment dire? Familier? Ce n’est pas tout à fait le mot juste. – Alors, comment? – Je suis sa petite sœur… Il voit tout… Il entend tout… Il est partout. Tu sais? Quand tu fais ta prière, ou quand tu manges, ou quand tu joues, tu sais toujours qu’il est là. Mais c’est très drôle, tu sais, parce que tu ne peux pas dire qu’il se cache. Ce n’est pas comme au jeu de cache-cache où quelqu’un va derrière un arbre et on sait qu’il est là. C’est tout à fait différent. – Comment? – Tu ne peux pas le dire, toi? Tu sais tant de choses. Pourquoi les gens ne disent jamais rien? Ils disent toujours « des paroles », mais jamais « des choses ». Qu’est-ce que vous attendez? – Peut-être que toi, tu le diras? – Je ne peux pas l’expliquer. Je ne peux pas répandre des fleurs… sur le chemin du Bon Dieu. Un jour j’ai reçu des violettes… C’était peut-être le premier bouquet que j’ai reçu. Avec les fleurs, j’ai fait un chemin pour le Bon Dieu dans la chambre de jeux. On m’a beaucoup grondé: peut-être que je n’avais pas assez secoué les violettes pour éviter de mettre de l’eau par terre. Mais je leur ai dit que c’était un chemin pour le Bon Dieu. J’avais pensé: s’il est là, il sera peut-être un peu content d’avoir ses pieds sur les fleurs. Mais il n’écrase pas les fleurs. Peut-être que ça lui fera un petit plaisir. Et j’en ai mis plus pour la table de Willy et d’Hélène que pour la mienne. Trois chemins qui partaient de la porte. – Pourquoi cela? – Pourquoi plus? Si le Bon Dieu aime bien marcher sur les fleurs, il ira surtout là où il y en a plus. – Alors tu ne veux pas qu’il vienne aussi à toi? – Mais si. On ne doit pas dire comme ça. Mais je voudrais le forcer un peu plus… à aller, tu comprends? – On peut donc le forcer? – Oh! Oui. Un peu, s’il aime les fleurs. Tu ne crois pas?3… Le surnaturel authentique ne peut se greffer que sur un naturel authentique.

Toujours à quarante-cinq ans, Adrienne retrouve la conscience qu’elle avait à quinze ans: – Comment fais-tu ta prière du matin? – On ne la commence jamais. J’ai toujours l’impression qu’on la continue. Un peu comme si j’avais dormi avec des amies dans la même chambre et qu’elles se soient réveillées avant moi; elles ont commencé à parler ensemble de choses que je connais aussi. Je me réveille et je les entends parler; aussitôt je puis me mêler à la conversation: « Oui, je pense aussi comme ça… » Je suis tout de suite au courant. C’est à peu près la même chose pour la prière. On est en plein dedans. – Et que dis-tu? – J’écoute d’abord un petit peu… Vous savez, je crois tout à fait autrement que celles qui vont au catéchisme. – Où est la différence? – Je m’occupe presque toute la journée du Bon Dieu… Ou bien peut-être que c’est exagéré. Je ne sais pas comment je dois dire. Vous comprenez? Quand les autres vont au catéchisme, elles se disent: Qu’est-ce qu’on doit apprendre par cœur aujourd’hui dans l’histoire biblique? Et je me dis: Mon Dieu, j’espère apprendre quelque chose de toi4.

A vingt-deux ans, étudiante en médecine, Adrienne se casse une jambe. Séjour à l’hôpital. Visite de l’aumônier catholique. – Est-ce qu’il t’a plu? – Ouiii… Est-ce que je dois te dire quelque chose? Pour moi, un curé a une auréole. Et c’est la première fois que je vois un curé. En tout cas, je n’ai encore parlé à aucun. Il parle comme s’il venait d’avoir avalé un pot de vaseline. Il vient me rendre visite assidûment… Il parle souvent du Bon Dieu. Mais ça sent la vaseline.  « Notre Seigneur est si bon ». J’aurais voulu lui dire: « Aussi bon que la vaseline ». Je ne le hais pas. Il est terriblement bête et il se prend très au sérieux, mais c’est quand même un curé… Je voudrais entendre la voix de Dieu et je ne l’entends pas5. L’étudiante en médecine, avec sa liberté de langage, rejoint ici André Chouraqui. Le langage sur Dieu qu’elle entend n’est pas adéquat. Le sera-t-il jamais?

Vers vingt-cinq ans: « Maintenant je dis depuis près de vingt ans que le Bon Dieu est autrement. Est-ce que ce n’est pas énervant à la longue? Et puis je ne sais pas du tout qui sont ceux qui savent comment est le Bon Dieu »6. Prière d’Adrienne à la même époque: « Montre-moi, dans l’idée que je me fais de toi, ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas. Ne te lasse pas de tout me montrer jusqu’à ce que je sois sûre que tu es le vrai Dieu et comment tu es le vrai Dieu… Ô je te prie, montre-moi comment tu es autrement »7. A vingt-six ans: « Je suis bien convaincue que Dieu est autrement que je le pense. Et je suis surtout convaincue qu’il est encore beaucoup plus différent de ce que les gens pensent »8.

Vers l’âge de trente ans, Adrienne s’est trouvée aux portes de la mort. Elle aurait bien voulu mourir: « Je pensais: si on pouvait mourir maintenant, on pourrait voir comment Dieu est autrement, et alors c’en serait fini de mes tourments… C’était tellement naturel pour moi de mourir. Quand j’étais malade, nous avions du temps l’un pour l’autre, le Bon Dieu et moi. Je ne sais pas si on doit appeler ça prière. Je veux dire que j’étais heureuse d’être avec lui »9. Enfin, quelques mois avant sa conversion: « Je ne crois pas que ce puisse être dangereux d’être livrée à Dieu »10. Il y a donc dans la vie d’Adrienne cette longue attente, un peu douloureuse, d’une révélation du vrai Dieu. Elle cherchait Dieu au-delà des mots usés et des routines. Un jour, pour elle, le ciel s’ouvrira et personne ne parlera de Dieu comme elle.

 

3. Seize mille traces

Adrienne von Speyr, c’est aujourd’hui une soixantaine de volumes publiés, près de seize mille pages. C’est un monde. C’est aussi un monde rempli de Dieu. On n’en est encore qu’au stade de la découverte. Il n’y a rien à en dire si ce n’est: « Prenez et lisez, vous verrez bien si ces choses vous concernent », en supposant bien d’ailleurs in petto qu’aucun chrétien, ni même aucune incroyant ne sera un jour insensible, directement ou indirectement, au rayonnement de ces pages; tout essai d’analyse risque de laisser échapper l’essentiel (le sens de la proximité de Dieu), tout commentaire maladroit ne ferait qu’en ternir l’éclat. Mission ecclésiale d’Adrienne von Speyr? Elle voudrait qu’à travers elle les gens puissent découvrir un peu plus les traces de Dieu. Pourquoi? Parce que Dieu a laissé en elle des traces. Elle aime commenter le passage des Actes des apôtres (7, 55-56) où il est dit qu’Etienne, sur le point de mourir, voit le ciel ouvert. Jamais elle ne parle d’elle-même quand elle commente ce texte, mais cent fois, mille fois, des milliers de fois pour elle le ciel s’est ouvert, il s’est imprimé en elle et elle transmet ce qu’elle a reçu11.

Il y a dans cette œuvre une telle puissance de révélation qu’on se demande comment les théologiens osent encore écrire quelque chose sans s’y référer. De ce vaste ensemble, il faut mettre à part les douze tomes des œuvres posthumes (plus de cinq mille pages) qui sont maintenant tous accessibles après avoir été plus ou moins longtemps tenus en réserve. On admire que l’Eglise ait accepté la publication de ces écrits qui renferment tant de ses mystères, et on se sent le devoir de remercier grandement le P. Hans Urs von Balthasar d’avoir accepté de livrer, entre autres, le Journal d’Adrienne, qui est aussi en partie le sien. Si l’ensemble des œuvres d’Adrienne von Speyr constitue l’un des sommets de la littérature théologique et spirituelle de tous les temps, le Journal (NB 8-10, et surtout 8-9) fait désormais partie du trésor le plus intime de l’Eglise12.

« Dieu ne se manifeste pas aux hommes avec toute l’évidence qu’il pourrait faire », nous dit Pascal13. On croyait « tout » savoir de Dieu et voilà que se révèlent quantité de choses inouïes, jamais entendues vraiment, et cependant totalement en harmonie avec ce qu’on savait. L’essentiel en est limpide même si nombre de détails demeurent encore obscurs. L’amour ne dit pas tout, il réserve des surprises, note Adrienne14. Les Juifs étaient comme des élèves à l’école, ils étudiaient la Loi et les prophètes. Et « voilà que le professeur les place devant quelque chose d’entièrement neuf, où les règles anciennes… ne sont plus valables… Ils sont transportés de l’école en pleine vie… Le temps passé à l’école ne leur a pas servi à mûrir pour la vie, ils n’ont pas… (réservé) dans leur âme de la place pour des exigences éventuellement tout autres du Dieu vivant. Chaque élève de Dieu doit réserver cette place »15. Pas seulement les Juifs d’autrefois.

 

4. Dieu ou moi

Réserver de la place en soi pour Dieu! Si Adrienne von Speyr c’est seize mille pages imprimées, c’est aussi une pénitence digne d’un curé d’Ars ou des Pères du désert – une pénitence vraiment parfois un peu folle -, et une prière qui occupe une grande partie de ses nuits. La prière, on la comprend plus facilement peut-être, mais pourquoi tant de pénitence? Tout simplement parce que le ciel lui avait appris que la pénitence donne du poids à la prière et que, depuis la croix, toute souffrance offerte peut être transformée en bénédiction pour les autres par la mystérieuse alchimie du Seigneur. Mais Adrienne, la contemplative, est aussi un médecin qui pouvait recevoir jusqu’à soixante et quatre-vingt personnes (souvent sans honoraires) à sa consultation de l’après-midi. Comment faisait-elle?

Dieu ou moi: l’alternative est fondamentale. Personne n’a le droit d’appeler Dieu sans se mettre à sa disposition16; même chose certainement pour qui veut parler de lui. On ne se joue pas de Dieu comme d’une notion à laquelle on attache l’importance qu’on veut bien lui donner. Dieu est si vivant que le croyant n’a d’autre possibilité que de s’abandonner entièrement à son gouvernement, que de lui confier toute la responsabilité… Or cela veut dire s’en rapporter en tout à la parole de Dieu et ne plus être soi-même qu’un réponse à cette parole17. Mais le Seigneur sait qu’il faut du temps pour que quelqu’un en arrive à ne plus prendre ses décisions qu’en lui, à ne plus regarder que lui18. Il n’est pas facile pour Dieu… de vaincre la résistance persistante des pécheurs et leur manie de toujours vouloir avoir raison19. C’est pour quoi le petit renoncement humain peut rendre vrai le désir de l’homme d’être introduit dans la vérité de Dieu20. Est pur (pour recevoir le Seigneur) celui qui veut ce que Dieu veut21. La pensée ultime du chrétien est le service du Seigneur, celle des païens est leur propre moi, même si cela s’accompagne de beaucoup d’éthique et de religion22. Celui qui vit dans la lumière du Seigneur ne cherche qu’à s’effacer devant lui. Celui qui vit dans la nuit cherche à se rendre lui-même aussi important que possible… Le signe spécifique du chemin du Seigneur, c’est qu’on ne le choisit pas soi-même… Une personne pourrait avoir l’idée de garder la virginité, de mener une vie de pénitence et de fonder une œuvre ecclésiale. Mais si son idée n’était pas fondée sur un appel du Seigneur, tout ne se référerait qu’à sa propre personne et ne servirait qu’à sa propre gloire23. L’ordre du Seigneur ne doit pas se discuter même s’il paraît manquer de sens24.

Tout homme, un jour ou l’autre, doit s’abandonner à Dieu dans ce qui fait la substance des vœux de religion; tout homme les professe (sans le savoir) à sa naissance: on lui impose de naître, il naît nu et pauvre; à la mort, on ne lui demande pas s’il veut mourir, il quitte tous ses biens y compris la vie conjugale25. Pour avoir un total accès à Dieu, l’âme sera purifiée au-delà de la mort; plus elle se purifie alors, plus elle voit combien tout péché – le sien, celui des autres – a offensé Dieu. Elle serait prête à rester dans le feu jusqu’à la fin du monde si Dieu pouvait en être moins offensé. Tout le poids des choses passe de son moi à l’amour de Dieu, et par l’amour de Dieu à l’amour du prochain. Elle ne cherche plus à atteindre des  buts personnels, elle ne veut plus être qu’un instrument de l’amour. A l’instant où cette pensée la remplit, elle est sauvée… Le purgatoire, c’est le moi; le ciel, c’est les autres26. Dieu ou moi: alternative fondamentale. Sans doute est-ce parce qu’Adrienne a « choisi » Dieu d’une manière exceptionnelle que Dieu s’est révélé aussi à elle d’une manière exceptionnelle.

 

5. Le ciel ouvert

Quand Etienne voit le ciel ouvert au moment de mourir, quand il voit le Fils à la droite du Père, il sait que le ciel est là pour lui. Dieu lui montre le ciel pour l’y introduire… Cela rend à Etienne la mort plus douce. Il entre dans ce qu’il voit et qui correspond à ce que sa foi lui faisait espérer… Etienne plonge son regard dans le ciel ouvert et il voit ce qui est infiniment sublime; son exclamation en témoigne: « Je vois le ciel ouvert et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu ». Il ne prête pas attention au fait qu’un événement se produit pour lui, qu’il fait une expérience… Il ne dit rien sur lui-même ni sur son expérience. Il voit le Tout-Autre, le Nouveau. Par là, il montre à la mystique son chemin: ne pas parler de soi-même mais parler de la nouveauté de Dieu qui lui est donnée et qu’elle a le devoir de transmettre. Etienne doit montrer que le ciel est infiniment grand et infiniment ouvert afin que les chrétiens n’aient pas la tentation de se le représenter selon leurs propres mesures, rempli de leurs banalités derrière lesquelles disparaîtraient l’infinité et l’éternité de Dieu… L’exclamation sortie des lèvres d’Etienne s’adresse aux croyants comme aux incroyants. Les incroyants, qui le lapident, sont d’une certaine manière réduits à l’impuissance. Ils se rendent compte qu’ils n’ont pas de prise sur celui qu’ils lapident; le monde d’Etienne leur échappe… Les croyants, eux, qui entendent Etienne, savent que le monde que voit Etienne dans sa vision est vrai, bien qu’eux-mêmes, qui ne sont pas destinés au martyre, ne le voient pas. La parole d’Etienne peut les atteindre de telle sorte que tout d’un coup ils comprennent combien ils sont indignes de voir le ciel ouvert; ils peuvent comprendre tout d’un coup que leur foi a besoin d’être beaucoup affermie et qu’elle devrait prendre connaissance de choses beaucoup plus grandes que ce qu’ils connaissent jusqu’à présent. Leur foi en est dilatée27.

Adrienne a vu le ciel ouvert: qui osera lui en faire grief? Elle avait des visions, des extases, elle a dialogué avec d’innombrables habitants du ciel. Pour certains aujourd’hui, cela ne fera pas très sérieux. « Au mot de résurrection des morts, les uns se moquaient, d’autres déclarèrent: Nous t’entendrons là-dessus une autre fois’ »(Ac 17, 32). Il y a de faux mystiques, c’est entendu, et même chez les vrais il y a des choses ambiguës: personne n’en sait plus et n’en dit plus qu’Adrienne à ce sujet. Elle avait des extases? Dieu n’en donne pas à tout le monde et surtout pas à qui voudrait bien en avoir. Refuser a priori l’existence de visions authentiques, c’est avoir la vue un peu courte.

On ne devrait pas faire une si grande différence entre les chrétiens ordinaires et ceux qui ont des dons mystiques, nous dit Adrienne. Peu importe au fond de voir ou de ne pas voir. A peu de choses près, les mêmes règles valent pour les croyants ordinaires et pour les mystiques: même usage de la prière, même idée de la pénitence, etc. Et Dieu n’est pas plus loin de moi dans la prière que dans la vision à condition que je prie vraiment28. Entre ceux qui ont des visions et ceux qui n’en ont pas, il ne doit pas y avoir de distance. Ils sont un dans le même service du Seigneur29. Peu importe qui voit. Tous les croyants ont part à la vision des voyants30. (Toute l’Eglise a vu Marie avec les yeux de Bernadette). Celui qui ne voit pas profite presque autant qu’Adrienne de ses visions31.

 

6. Visions et foi

Lire Adrienne, c’est participer de temps à autre à la grâce qui fut la sienne de voir les cieux ouverts; avec toutes ses visions, elle nous montre admirablement comment vivre sans visions dans le monde de Dieu.

Quand un mystique reçoit une vision, son attente est comblée, bien qu’avant cela il ignorât le plus souvent qu’il l’attendait (Paul sur le chemin de Damas, Bernadette à Lourdes, Adrienne à quinze ans lors de sa première vision de la Vierge). Si le mystique attendait quelque chose, c’était dans le sens d’une disposition à obéir au cas où Dieu voudrait bien remplir son attente32. Qui prie par amour, ne priera jamais avec calcul; jamais il ne priera pour obtenir une expérience mystique; il prie parce qu’il aime Dieu, parce qu’il voudrait faire la volonté de Dieu et être auprès de lui33. Les prêtres et les religieuses seraient capables d’avoir des enfants comme tout le monde; s’ils n’en ont pas, c’est qu’ils ont renoncé à cette fonction; de même tous les croyants possèdent les sens qui leur permettraient de voir les choses de l’au-delà, mais leur fécondité reste entre les mains du Seigneur. Lui seul décide de leur utilisation34.

Il arrive constamment à des chrétiens au cours des âges « d’apercevoir un coin du ciel; des hommes auxquels la contemplation est donnée doivent témoigner qu’elle existe, qu’aimer ne consiste pas seulement à espérer en l’avenir, qu’ici-bas déjà on peut, par un don de Dieu, faire l’expérience d’un mouvement sans fin de Dieu vers l’homme et d’un mouvement en sens inverse de l’homme vers Dieu »35. La vision de Damas est décisive pour la conversion de saint Paul, mais c’est un cas infiniment rare qu’une vision donne accès à la foi. Le plus souvent, la vision n’a pas pour but d’engendrer la foi de celui qui en bénéficie, ni de l’augmenter, elle sert à enrichir le trésor de la foi de l’Eglise36. L’ordinaire fait autant partie de l’Eglise que les extrêmes; et tout ce qui est extrême, qui existe et doit exister, doit posséder quelque chose de l’humilité du milieu37.

Le croyant est comme un aveugle qui se promène au soleil. Il sait que le paysage est là, merveilleux, il n’a pas de raison de douter de ce qu’on lui dit, il sent les rayons du soleil. Bien qu’il ne voie rien, il croit38. La foi inclut une certitude qui participe de la vision39. Il y a des choses qu’on ne peut comprendre que dans la vision; tant qu’on ne les voit pas, elles restent des concepts vides. Ce n’est que par la vision que le concept participe à la vie. La théologie est souvent comme un enseignement de géographie. La vision rend possible le voyage dans les pays qu’on avait appris par cœur. On voit ce que cela voulait dire40. Le croyant sait mieux alors que Dieu le voit, qu’il vit devant le visage de Dieu, il bâtit sa foi sur cette certitude; il peut s’approcher de Dieu, l’adorer, le prier. Et Dieu se révèle à tout croyant de la manière qui lui plaît41.

Au tombeau de Jésus, Jean voit par terre les bandelettes. En voyant ces choses qui ne sont presque rien, il découvre aussitôt l’amour vivant du Seigneur. Il n’y a que dans l’amour que cette vision est possible. Celui qui aime ne peut pas communiquer sa vision à celui qui n’aime pas, parce que celui qui n’aime pas est aveugle. Et celui qui n’a pas l’amour de Jean ne pourra pas croire que Jean a découvert que l’amour était vivant en voyant les bandelettes là par terre. Celui qui n’aime pas donnerait cent explications du phénomène. Il aurait besoin du moins de longues preuves pour exclure les autres possibilités. Celui qui n’aime pas perd beaucoup de temps42.

 

7. L’au-delà

Peu après Pâques 1948, Adrienne vit tellement dans l’au-delà qu’elle se demande si le monde d’ici-bas est encore réel43. Pour elle, un tout petit coin du voile s’est levé; d’innombrables fois elle s’est trouvée comme de plain-pied avec le monde d’en haut. Elle est sans aucun doute l’une des plus grandes voyantes de l’histoire, mais la plupart des gens qui la fréquentaient ignoraient les rencontres mystiques dont son existence était pleine44.

Adrienne parle de l’au-delà comme un reporter qui en revient. On ne peut voir Dieu sans mourir? Les mots font pâle figure pour décrire la manière dont elle donnai sa vie pour Dieu. Il faudrait tout lire. En tout cas pour elle, il n’est pas permis d’avoir séjourné au ciel et de revenir ensuite sur la terre comme si on n’y avait jamais été45 . Il n’y a pas de distance entre le ciel et la terre. Le ciel commence toujours là où je suis et où se trouve Marie avec son enfant46. Nous faisons beaucoup trop de distinctions entre ciel et terre. « Je me demande si nous ne vivons pas à proprement parler plus là haut qu’ici »47. Celui qui sur terre vit dans la grâce vit à vrai dire au ciel, seulement il ne le sait pas; il pourrait le savoir. C’est un voile ténu. Souvent quand Adrienne parle avec des gens qu’elle voit entourés d’anges ou de saints, elle a du mal à se représenter que deux mondes différents se compénétrent ici. Elle doit faire un effort sur elle-même pour ne pas se trahir et aussi pour s’imaginer que les gens ne voient pas ces anges et ces saints48. Elle se trouve parfois tellement dans l’au-delà qu’elle en éprouve une certaine angoisse. Le ciel alors lui explique que son angoisse provient en partie de ce qu’elle pense que ce qu’elle vit et expérimente, c’est trop beau pour être vrai. Une espèce de vertige la saisit. Est-il vraiment croyable que le monde de Dieu soit si proche, qu’on l’y introduise si fort? Comment intégrer sa vie de tous les jours dans cet autre monde qui se fait si envahissant?49.

La Révélation lui est redonnée en sa fraîcheur native par les acteurs du drame: le Seigneur, Marie, les apôtres, les saints. Ce sont pour une large part les saints du ciel qui ont initié Adrienne aux mystères de l’au-delà. Cela ne s’est pas fait suivant le plan d’un exposé magistral bien charpenté, cela s’est fait avec la profusion et le désordre apparent propres à la vie. Dieu n’est rien moins que cartésien. Les saints de l’Eglise sont des intermédiaires par qui nous pouvons contempler la pure lumière (la trop pure lumière) de Dieu. C’est à lui qu’ils conduisent essentiellement. Ils sont des auberges sur la route. Non le terme50. Voilà quelqu’un qui nous dit avoir rencontré Origène, Jean-Baptiste, Thérèse d’Avila, Bernard de Clairvaux, Alphonse de Liguori, cent autres de l’au-delà. Et tous ces personnages lui ont fait comprendre quelque chose du monde de Dieu ou lui ont parlé. On dira: c’est incroyable. Peut-être! Mais si c’est croyable, ça nous intéresse fort, et ça intéresse toute l’Eglise, et donc le monde entier.

 

8. La transparence des saints

Dans le monde de Dieu, le temps et les distances n’existent plus, bien qu’ils gardent toute leur importance. Tout est un en Dieu. Nous sommes les contemporains de Marie et d’Abraham, de Jeanne d’Arc et de Grégoire le Grand. Marie ne vit pas qu’au ciel, elle continue tout autant à vivre dans l’Eglise51. Dans le ciel, il y a des choses qui étonnent Adrienne, les discussions entre les saints par exemple: ils ne sont pas toujours d’accord entre eux. Elle assiste en extase à une discussion entre saint Paul et saint Ignace. Elle en est gênée: est-ce qu’ils ne pourraient pas se disputer ailleurs qu’en sa présence? Réponse d’Ignace: c’est pour qu’elle apprenne quelque chose 52.

Le ciel entier se met en frais pour nous donner une leçon magistrale de théologie appliquée. Les habitants du ciel révèlent comment ils prient et comment ils ont prié, autrement dit, comment ils sont et comment ils étaient devant Dieu; le cas échéant, ils révèlent aussi ce qui n’était pas juste dans leur attitude. Il leur arrivait de vouloir trop en faire ou pas assez; il leur arrivait de ne pas se livrer totalement à Dieu, ou bien ils se sont donné trop d’importance, ou bien ils n’ont pas correspondu pleinement à ce que Dieu attendait d’eux; malgré la sainteté qu’on leur reconnaît à juste titre, ils se sont refusés peu ou prou. A cet égard, l’œuvre d’Adrienne est un décapage impitoyable de la notion de sainteté. Et de ce grand nettoyage, c’est le ciel lui-même qui prend l’initiative pour rendre au fond la sainteté plus crédible. Tout ce qui est fausse monnaie, même chez les saints dûment canonisés et vénérés, est dénoncé sans indulgence. Personne d’ailleurs n’a à faire le glorieux. On sait bien que chacun aura son tour et le plus sûr c’est de prendre soi-même les devants sans attendre. Dans la cathédrale de l’Eglise, il y a la façade des saints; l’œuvre inspirée d’Adrienne von Speyr en est un ravalement en règle. Justement parce qu’au ciel plus personne ne se glorifie indûment, les saints ne redoutent plus de manifester leurs faiblesses. D’apparences, ils n’ont plus besoin. Au ciel, tous sont transparents les uns vis-à-vis des autres. Cette évaluation critique des saints et des mystiques est unique dans l’histoire de l’Eglise; elle pourrait paraître des plus impertinentes si elle ne venait du ciel lui-même. On n’a jamais entendu ces choses et elles sont cependant infiniment bienfaisantes. En se dévoilant sans se ménager, les saints indiquent à leurs compagnons de la terre les impasses où ils se sont engagés et qu’ils voudraient leur faire éviter. Le ciel s’est montré à Adrienne avec une audace rare. Les saints se confessent en quelque sorte devant l’Eglise entière. Certains chrétiens supporteront péniblement ces aveux. Et cependant cette humilité du ciel est éminemment apte à apprendre à tout chrétien et à tout homme à être lui-même un peu plus vrai devant Dieu. Personne ne doit sortir de la lecture de ces pages comme il y est entré; mais pour chacun le changement opéré sera autre.

Les saints ont eu leurs imperfections, c’est entendu. Mais si, personnellement, je n’aime pas telle sainte alors que tu l’estimes beaucoup, je n’ai pas le droit de la critiquer devant toi, je puis tout au plus t’aider à dépasser un certain stade dans tes relations avec elle53. La sainteté est quelque chose de paisible. Il ne faut pas « forcer » les saints. Tous ne peuvent pas être grands. Il faut laisser aux saints la discrétion qui leur est propre… Il ne faut pas risquer de déformer l’image de la sainteté. Parmi les saints, il y a aussi de petits formats54. Il ne faut pas vouloir mettre partout plus de perfection qu’il y en a. L’Eglise doit savoir souffrir des imperfections des saints: c’est mieux ainsi pour les croyants55.

Deux exemples. Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus: Il lui est demandé si elle est prête à donner tout ce que Dieu pourrait exiger d’elle. Elle commence par répondre timidement: « Oui, je voudrais du moins essayer ». Est-ce qu’elle pourrait tenir bon devant des exigences plus grandes? – « Je l’espère, oui. Dieu voit tout en moi. Tout ce que j’ai lui appartient, il peut le prendre ». Quand vient l’exigence la plus difficile: « Il me connaît à fond. Je suis trop petite pour lui; mais s’il me dit ce qu’il veut encore de moi et comment je puis le lui donner, alors il doit tout avoir ». A l’instant où Thérèse reconnaît que quelque chose est vraiment une exigence de Dieu, le contenu de ce quelque chose lui importe peu.

Une autre sainte : elle affirme d’abord avec insistance qu’elle a tout donné à Dieu. Quand les difficultés grandissent: « Dieu saura sans doute où sont les limites. – Des limites? Connaissez-vous des limites dans le don de soi? – Dieu connaît peut-être des limites à ses exigences. – Et s’il n’en connaissait pas? – Alors on verra. – Ne pourrait-on pas dire oui d’avance? Je crois que ce que j’ai dit est juste ». – Là où la dernière honte est demandée, là où est demandé quelque chose de tout à fait inattendu: « Non, non, non ». Elle ne peut pas être humiliée de cette façon. Elle a le sentiment absolu qu’elle sait ce que veut dire « tout » dans le don de soi-même. Elle ne voit pas les limites qu’humainement elle met encore là56.

 

9. La nuit du Fils

Aucun chrétien ne peut vivre que de la lumière de Pâques et de la Pentecôte. L’épreuve et la nuit font partie intégrante du parcours chrétien. La nuit, c’est quand on ne voit plus les traces de Dieu, quand on ne sait plus que le Seigneur est là, que la nuit a un sens et qu’il y aura encore un jour de la lumière57. Thérèse de l’Enfant Jésus connaît une nuit d’angoisse: elle pense qu’elle s’est trompée; plus grand-chose n’a de sens, elle aurait mieux fait de ne pas demander au pape d’entrer si tôt au carmel; maintenant tout a été de travers: elle supporte le poids de sa désobéissance et la colère de Dieu. Et puis elle voit que c’est une tentation58.

Adrienne transmet à son lecteur le sens de la présence de Dieu et, en même temps, elle revient sans cesse sur la nuit du Fils: dans les ténèbres de la Passion, le Seigneur ne comprend plus le sens du commandement du Père59. Le Fils n’argumente pas: « Il serait sûrement mieux d’œuvrer encore quelques années ici-bas; j’ai à peine commencé, il y aurait encore tant de chances à gagner pour le Père et pour son royaume ». Tout ce que le Fils pourrait encore faire pour le Père, il le donne à la seule obéissance. Cela fait partie plus essentiellement de la croix que toutes les souffrances physiques60. Les enfants jouent tranquillement quand ils savent que leur mère est dans la pièce à côté. Le Fils a toujours su, en tant que Dieu, que le Père était là, comme tout près, on pouvait à tout instant lever les yeux vers lui et le voir. Sur la croix, cette conscience n’existe plus, le Père est voilé. Et maintenant le Fils doit lutter intérieurement contre la possibilité divine d’aller au-delà et de s’assurer. Et cette possibilité est si bien maîtrisée qu’il n’y a plus là que l’homme crucifié61. Dans la manière dont le Fils use de sa vision du Père réside une grande part de son ascèse. Son ascèse n’est pas d’abord dans ses jeûnes et dans ses veilles, dans les coups qu’il reçoit sur son visage, mais dans le fait qu’il se trouve près de la source et qu’il n’y puise pas. Librement, à cause de nous, il renonce à jouir du Père62. Le Seigneur n’est devenu pleinement lumière pour le monde que dans la nuit totale de la croix63. Le Fils a fait ici-bas l’expérience qu’on ne peut vivre sans consolateur. Etre privé du consolateur est à ses yeux  l’épreuve suprême qu’il devra supporter, quelque chose d’absolument inhumain. Mourir dans la foi est facile, mais mourir dans la déréliction est atroce64.

De même que la résurrection du Seigneur ne s’est produite qu’après le grand abîme de sa mort et de sa descente aux enfers, de même son apparition actuelle aux sens spiritualisés des chrétiens se produit comme une résurrection après une petite mort personnelle… Ce qui est essentiel, c’est que cette nuit est toujours la nuit du Seigneur et non une nuit qui appartient à l’homme65.

Cent fois, mille fois, Adrienne explique le sens de la nuit et de la prière désolée. Ce fut l’expérience de Marie, de Jésus, de l’Esprit. C’est la voie de tous les chrétiens. C’est la contribution que le Seigneur nous propose d’apporter à son œuvre. On peut s’offrir à lui spontanément. Mais une fois qu’on s’est offert vraiment, Dieu peut prendre lui-même la décision de nous imposer telle épreuve ou telle nuit66. L’Eglise d’aujourd’hui est trop vite d’accord pour que le Seigneur prenne tout sur lui seul. François Xavier prenait la discipline à la place de ses pénitents. Tout chrétien doit prendre sur soi dans la pénitence une part de la souffrance et de l’humiliation du Seigneur67. Dieu nous demande toujours ce qu’on est capable de lui offrir, même dans la plus grande impuissance68. Même si on a le caractère le plus égal qui soit, Dieu peut nous envoyer des tristesses (pour qu’on ait quelque chose à lui offrir). L’incroyant pensera que ces hauts et ces bas sont quelque chose de purement naturel. Leur véritable origine lui reste cachée69. Mais s’il est facile de savoir que le Seigneur est en toute lumière, il est souvent bien difficile de savoir qu’il se trouve aussi en toute obscurité70. Il y a la nuit des pécheurs, de ceux qui ont rejeté la lumière, mais il y a aussi, pour ceux que le Seigneur a choisis, une nuit de la foi: après avoir connu la lumière, ils pensent l’avoir tout à fait perdue, et cependant ils sont dans la main du Père qui leur donne part à la nuit du Fils, expiatrice du péché du monde71. Toute souffrance humaine peut être intégrée dans la Passion du Seigneur. Quelle que soit la souffrance qu’un homme peut endurer, quelle que soit le douleur qui l’accable, le Seigneur est prêt à tout assumer dans sa Passion et à en faire profiter d’autres72. La nuit de l’âme peut être ce qu’il y a de plus fécond dans une vie chrétienne, ce serait appauvrir une vie que de lui retirer la nuit73.


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En lisant Adrienne von Speyr, on se demande parfois pourquoi Dieu a réservé tant de lumières à notre temps. Bien sûr, en un certain sens, rien n’est neuf chez elle, puisque le mysticisme, ainsi que l’a noté Bergson, n’a « jamais fait autre chose que repasser sur la lettre du dogme pour le retracer… en caractères de feu »74. Et cependant, c’est comme si pour la première fois on nous expliquait les mystères de Dieu. Il faudra des dizaines d’années à l’Eglise et aux théologiens pour en assimiler l’essentiel. Pourquoi tant de lumières aujourd’hui? Mais faut-il toujours poser des questions à Dieu sur sa conduite? Il fait partie de l’obéissance de l’Eglise, nous dit Adrienne, qu’elle commence par ne pas reconnaître le Seigneur et qu’elle le reconnaisse après. Il fait partie aussi de l’obéissance de ne pas poser de questions. Les disciples, dans le simple fait d’être avec le Seigneur au bord du lac après la résurrection, sans poser de questions, sont remplis d’une grande paix75.

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Notes

1. André CHOURAQUI, Ce que je crois,, Paris, 1979, p. 333.
2. NB 8, p. 383, n° 839; traduction: Bulletin Amitié A.v.S., n° 11, oct. 1978, p. 10. Sauf indication contraire, toutes les références sont aux œuvres d’Adrienne; les œuvres posthumes (Nachlassbände) = NB.
3. NB 6, p. 210-211.
4. NB 6, p. 214-215.
5. NB 7, p. 126-129.
6. NB 7, p. 136.
7. NB 7, p. 141.
8. NB 7, p. 249.
9. NB 7, p. 279-280.
10. NB 1/2, p. 258.
11. Voir par exemple H.U. von Balthasar, Unser Auftrag, Johannes Verlag, 1984, la troisième partie.
12. Unser Auftrag, en sa première partie, en donne un bref aperçu.
13. Pensées, éd. L. BRUNSCHVICG, VIII, 556.
14. Jean. Naissance de l’Eglise, I, p. 58 (sur Jn 18,36).
15. Jean. Discours d’adieu, II, p. 69 (sur Jn 15,22).
16. Bergpredigt, p. 274 (sur Mt 7,21).
17. Geheimnis des Todes, p. 38-39.
18. Bergpredigt, p. 93 (sur Mt 5,25).
19. NB 11, p. 303.
20. Johannes. Streitreden, p. 216 (sur Jn 8,26).
21. Bergpredigt, p. 262 (sur Mt 7,15).
22. Kinder des Lichtes, p. 162 (sur Ep 4,20).
23. Jean. Discours d’adieu, II, p. 46-47 (sur Jn 15,16).
24. Johannes. Streitreden, p. 448-449 (sur Jn 11,39).
25. NB 11, p. 346-347.
26. NB 3, p. 97 (Vendredi saint 1945).
27. NB 5, p. 36-37.
28. NB 1/2, p. 228.
29. NB 9, p. 445, n° 1975.
30. NB 9, p. 408, n° 1915.
31. NB 8, p. 238, n° 450.
32. NB 5, p. 23.
33. NB 6, p. 63-64.
34. Jean. Naissance de l’Eglise, I, p. 226 (sur Jn 20,19).
35. L’expérience de la prière, p. 33.
36. NB 6, p. 190.
37. Jean. Naissance de l’Eglise, I, p. 131-132 (sur Jn 19,25).
38. Ibid., p. 61 (sur Jn 18,36).
39. Jean. Discours d’adieu, II, p. 134 (sur Jn 16,16).
40. NB 4, p. 289.
41. NB 5, p. 48.
42. Jean. Naissance de l’Eglise, I, p. 182 (sur Jn 20,5).
43. NB 9, p. 445, n° 1974.
44. H.U. von Balthasar, Adrienne von Speyr et sa mission théologique, Paris, 1978, p. 7-82.
45. Apokalypse, p. 373 (sur Ap 11,14).
46. NB 9, p. 260, n° 1668.
47. NB 8, p. 394, n° 877.
48. NB 8, p. 302, n° 609.
49. NB 9, p. 246, n° 1645.
50. Johannes. Das Wort wird Fleisch, p. 258-259 (sur Jn 3,14-15).
51. La Servante du Seigneur, p. 169.
52. NB 9, p. 120, n° 1394.
53. NB 9, p. 180, n° 1549.
54. NB 10, p. 84, n° 2131.
55. NB 4, p. 454-455.
56. NB 1/2.
57. NB 9, p. 305, n° 1736.
58. NB 9, p. 112, n° 1372.
59. Jean. Discours d’adieu, II, p. 42 (sur Jn 15,14).
60. NB 11, p. 290.
61. NB 3, p. 283.
62. NB 6, p. 200.
63. Johannes. Streitreden, p. 283-285 (sur Jn 9,5).
64. Jean. Discours d’adieu, I, p. 151-152 (sur Jn 14,16).
65. Jean. Naissance de l’Eglise, I, p. 222-223 (sur Jn 20,19).
66. NB 9, p. 472-482, n° 2011-2020.
67. NB 9, p. 437-438, n° 1958.
68. NB 9, p. 381-382, n° 1869.
69. NB 9, p. 373, n° 1851.
70. NB 8, p. 487 (7.2.1944).
71. Johannes. Streitreden, p. 393-398 (sur Jn 11,10).
72. Jean. Discours d’adieu, II, p. 198 (sur Jn 17,2).
73. Kinder des Lichtes, p. 153 (sur Ep 1,18).
74. H. BERGSON, Les deux sources de la morale et de la religion, 48e édition. Paris, 1946, p. 251.
75. NB 1/2, p. 48.

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