Abbaye

9. Les dialogues d’AvS et HUvB

 

9

Les dialogues d’Adrienne von Speyr et

Hans Urs von Balthasar

 

 

(Pour le premier anniversaire de la mort du cardinal Hans Urs von Balthasar + 26.06.1988)

(Inédit)

Il importait beaucoup au Cardinal Hans Urs von Balthasar qu’après sa mort on ne sépare pas son œuvre de celle d’Adrienne von Speyr. Leur mission principale, selon lui, fut, dès 1945, la fondation de l’Institut Saint-Jean, institut séculier destiné à se déployer en trois branches: féminine, masculine et sacerdotale.

Jusqu’à présent cependant le fruit le plus visible de leur collaboration demeure les quelque soixante volumes édités des œuvres d’Adrienne von Speyr, presque tous pris en sténo par le P. Balthasar et préparés par lui pour l’édition.

L’un des jugements les plus étonnants qu’on trouve sous sa plume est celui-ci: « L’œuvre d’Adrienne me paraît beaucoup plus importante que la mienne » (Adrienne von Speyr et sa mission théologique, p. 9).
Dans l’introduction qu’il a placée en tête de son Journal (Erde und Himmel, 3 tomes, plus de 1300 pages, 1975-1976, Johannesverlag, Einsiedeln), Balthasar exprime sa conviction que toutes les expériences mystiques d’Adrienne von Speyr sont au service de sa mission centrale: par sa parole et toute son existence, vivifier pour notre temps les mystères chrétiens.

Pour célébrer le premier anniversaire de la mort du Cardinal, voici quelques brefs extraits – ni les plus significatifs sans doute, ni les plus profonds – du premier tome de ce Journal : notes prises parfois au jour le jour depuis le baptême d’Adrienne.

(Les N° en tête de chaque paragraphe sont ceux de l’édition originale. A = Adrienne; B = Balthasar)

Patrick Catry

 

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(5) « Elle se sent malheureuse de ne pouvoir offrir à Dieu que si peu de choses pour ses grâces surabondantes »… Elle passe trois jours sans manger.

(8) Elle prie des nuits entières à genoux au pied de son lit… Le lendemain matin, elle n’est pas plus fatiguée que d’habitude. B. lui conseille la prudence et ne lui permet qu’une heure de prière la nuit hors de son lit.

(31) Mars 1941. A. passe une visite médicale à l’hôpital. La sœur lui dit à la fin: « Vous savez, docteur, avec votre cœur, le Seigneur fera ce qu’il voudra ».

(78) Crise cardiaque qui aurait pu être mortelle: le pouls d’A. bat à deux cents coups à la minute. Il lui semble étrange de vivre encore: elle avait vraiment compté mourir.

(86) Une vision rassure A. sur le sort de son premier mari, Emile, mort incroyant.

(94) A.: Notre collaboration à l’œuvre de Dieu n’est quasi rien et cependant nous sommes conviés à faire quelque chose alors que Dieu pourrait tout faire lui-même et plus simplement que nous. Elle cherche un exemple. C’est un professeur de maths qui est génial: il couvre le tableau de chiffres, des choses incroyablement compliquées; les élèves ne suivent plus depuis très longtemps. Tout à coup au milieu du tableau: 2 x 2. Un élève particulièrement zélé, enchanté d’avoir compris quelque chose, crie: ça fait 4. Et le professeur le remercie en souriant de le lui avoir rappelé si aimablement. Et il continue ses opérations.

(102) Elle trouve anormal qu’on fasse tant de bruit autour des procès de canonisation. Quelles mesures a-t-on pour mesurer la sainteté? Pour elle, les saints cachés sont les plus beaux… D’une discussion entre la Mère de Dieu et saint Ignace, elle comprend qu’au ciel ce n’est pas l’uniformité, ni l’ennui; « on ne doit pas y boire de l’eau sucrée à longueur de journée » (comme elle dit). Au ciel, chacun garde ses caractéristiques; s’il n’y a pas de tension, il y a du moins une intéressante diversité… B. lui dit que Dieu ne manque certainement pas d’humour et qu’il s’adresse volontiers à ceux qui le comprennent. Il doit peu y en avoir parce que la plupart des gens ne peuvent se le représenter qu’infiniment sérieux. A. rit, elle est d’accord.

(115) B.: Il m’est impossible de noter la foule de pensées qu’elle me communique. Elle ne m’en dit que des fragments, comme ça vient. Elle répète toujours: j’aurais tant de choses à vous dire.

(202) A.: « Dans l’hostie, il n’y a pas seulement le corps du Christ, mais en quelque sorte aussi la Trinité » (à la suite d’une vision).

(230) Elle renonce à une vision du Seigneur en faveur de quelqu’un d’autre « qui en a besoin », si le Seigneur le veut ainsi.

(241) Le Christ souffre encore d’une certaine manière dans la gloire parce qu’il y a toujours tant à souffrir encore pour le monde.

(295) Faut-il prier ou non à telle intention particulière? Prier pour le succès de son fils à un examen? Elle ne le pense pas; la Vierge l’y invite, son fils est reçu, le seul de son école et pourtant pas le meilleur.

(303) B. « Je lui permets de prendre la discipline trois ou quatre fois par nuit, mais pas plus de soixante coups ».

(324) A., à propos de Marie: « Elle ne fait pas de reproches. Là où elle voit ne fût-ce qu’une petite étincelle d’amour, elle s’accroche ».

(347) La sœur d’A. lui dit que le bruit court dans Bâle qu’A. est une sainte. Sa mère le lui confirme. Cela la jette dans toutes les angoisses. Elle a de l’angoisse parce que c’est une si terrible illusion des gens, un tel outrage à Dieu et à l’Eglise qu’on la confonde avec les saints.

(371) Elle ne dort plus que deux heures par nuit au maximum. Le reste du temps est presque toujours une prière « conduite », comme après la communion. Elle me dit cela après s’être plainte de ne plus pouvoir prier parce qu’elle est chaque fois aussitôt comme « emportée ». Je la tranquillise: cela aussi est prière.

(379) Elle me pousse toujours plus fréquemment à exhorter à la pénitence dans ma prédication.

(392) Elle ne lit plus l’Ancien Testament (1942). Un effroi la saisit quand elle commence à le lire si bien qu’elle doit s’arrêter. Pourquoi? « Parce qu’il y manque le Christ ». Je dis: « On prie bien les psaumes tous les jours dans le bréviaire ». – « Oui, dit-elle, c’est autre chose, car ils sont ordonnés au Christ et à l’Eglise ». Elle ressent la distance entre l’Ancien et le Nouveau Testament comme très essentielle.

(406) L’amour est très souvent le sujet de sa conversation, c’est inépuisable. Avant, elle croyait qu’on ne pouvait aimer de toute son âme que quelques personnes. Maintenant elle sait qu’on peut aimer  de toute son âme d’innombrables personnes, et chacune autrement, et ce n’est pas être infidèle que de se donner tout entier à un grand nombre. Auparavant elle ne savait pas que c’était possible.

(513) Elle a vu les différents degrés de la prière, de la plus vide à la plus pleine; l’essentiel, c’est le don de soi. Le don total de soi dans la prière, la ferveur proprement dite est le don particulier de Marie. Marie peut nourrir de son don de soi la prière de tous les hommes.

(657) Beaucoup de péchés semblent des vétilles mais, au fond, la faute légère semble presque encore plus minable que le péché grave parce qu’elle sacrifie l’éternité à une bagatelle… A. voit comment les pécheurs résistent à la grâce; fondamentalement, ils ne veulent pas se convertir parce qu’ils préfèrent le plaisir d’un instant à l’éternité qu’ils repoussent et occultent purement et simplement jusqu’à ce qu’ils aient imposé leur volonté.

(675) Marie peut apparaître à quelqu’un et cette personne peut finir dans l’égoïsme. A. connaissait un cas de ce genre parmi ses connaissances. Mais elle se reprit et se demanda comment elle pouvait oser juger cette femme alors qu’elle-même était si profondément ancrée dans le péché.

(789) Le miracle de la consécration ne dépend pas de la sainteté du prêtre qui célèbre: le Christ seul agit à ce moment-là. Mais quand il donne la communion, le prêtre « communique au croyant, dans l’hostie, quelque chose de lui-même ».

(795) Retour de vacances (1943): soixante-sept personnes à sa consultation; le lendemain: soixante et onze.

(806) A. a eu une vision des apôtres; elle en parle longuement à B.: beaucoup de choses belles et profondes. B. ne peut en noter qu’une partie, de mémoire, en s’en tenant le plus possible aux termes mêmes d’A.

(950) « Il y a beaucoup de belles œuvres qui sont faites par des incroyants, lui dit le Seigneur. Dans ces œuvres aussi, je suis présent, et ils ne pourraient pas les réaliser si je n’y étais pas. En tout ce qui est beau, vrai et bon, je suis présent. Tout cela ne peut être conçu qu’en moi. C’est pourquoi beaucoup d’hommes seront aussi conduits jusqu’à moi par ces œuvres sans que ce soit l’intention de ces artistes ou de ces auteurs. Tout vrai chrétien sait cela » (12.12.1943).

 

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