Abbaye

18. Les stigmates

 

18

Adrienne von Speyr.

Les stigmates

 

Introduction

Dans Adrienne von Speyr et sa mission théologique (p. 28), le P. Balthasar mentionne brièvement la stigmatisation d’Adrienne von Speyr : c’était en juillet 1942.  Pour Adrienne, ce fut « un motif de terrible angoisse, tant elle redoutait que d’autres remarquent le phénomène. Malgré ses mains bandées, beaucoup ont vu ces plaies qui n’étaient pas grandes. Ce fut surtout pour elle une cause d’humiliation et presque de honte : comment était-il possible qu’elle, la pécheresse, la rejetée, pût ainsi mériter d’être reliée à la Passion du Christ? Dans les années qui suivirent, à sa prière instante, l’aspect visible des plaies s’effaça, pour réapparaître parfois aux jours de la Passion; mais la douleur est telle qu’Adrienne s’étonne qu’on ne voie pas, par exemple, le sang qu’elle sent couler de la couronne d’épines sur son front ».

Ailleurs le P. Balthasar note encore plus brièvement que la stigmatisation fut « une chose particulièrement dure » pour Adrienne. Le phénomène fut soudain et totalement inattendu; il remplit A. d’une « confusion sans bornes et la plongea dans des angoisses horribles; ici encore, c’est auprès de son confesseur qu’elle chercha un refuge » (L’Institut Saint-Jean, p. 72).

Pour en savoir davantage, il faut ouvrir ici à nouveau le Journal du P. Balthasar (Nachlassbände 8-10). Ci-dessous simplement quelques échantillons des pages qui en parlent.

Patrick Catry

 

* * * * * * * * * * *

1. 10 juillet 1942

Le soir à 20 H 30, Adrienne me téléphone à Salin. Voix tremblante, presque éteinte d’angoisse : il s’est passé quelque chose d’effroyable. Sa main gauche a été percée… Après onze heures du soir, je vais encore la voir. Elle est éperdue d’angoisse, elle est à genoux par terre, en larmes, elle tremble. Au début, n’arrivent que des exclamations d’où je déduis de quoi il s’agit exactement : elle est remplie d’une confusion sans borne parce que la contradiction est si insupportable. Elle implore : »Vous devez m’aider à ne plus pécher ». Je ne peux pas lui rappeler le rapport de la plaie avec le Christ. C’est justement cela qu’elle ne supporte pas. Elle sait naturellement très bien ce qu’il en est. Mais justement le regard en direction du Christ la renvoie à elle-même et à son indignité. Quand je lui dis : « Vous n’avez pas le droit de tant penser à vous », elle répond : »Si, c’est justement maintenant que je le dois. L’autre chose, je n’en suis pas capable maintenant ».

Puis elle raconte avec hésitation comment c’est arrivé. Toute la journée, elle avait eu une angoisse unique pour X. Le soir, pendant l’orage, elle s’était couchée un instant sur le divan pour se reposer. Alors sa main fut tout à coup percée. Elle sursauta, vit un peu de sang à l’extérieur et à l’intérieur, le lécha. Puis, un très court instant, une joie indescriptible la traversa jusqu’au plus intime. Mais aussitôt le rideau se ferma et l’angoisse inonda tout à nouveau. La plaie faisait très mal. Elle saigna l’équivalent d’un dé à coudre. Elle fit un rapide pansement qu’elle défit rapidement à mon arrivée (Dans un premier temps, elle cacha sa main : il n’y avait que très peu de sang sur la gaze. La plaie à la surface de la main était très petite, presque imperceptible, elle ne saignait plus. Dans la paume de la main, à peine visible. Mais elle faisait très mal à l’intérieur). Je cherchais à la tranquilliser un peu; pourtant nous savions tous les deux le genre de commencement que cela signifiait pour quel genre de choses. Quand je la quittai, elle ne pouvait toujours pas prier, d’angoisse et de honte. C’était la main gauche qu’elle voulait offrir pour B… Nous disons ensemble le « Suscipe » et « Anima Christi ».


2. Samedi 11 juillet 1942

Le soir, J.F. est là, et K.B. Je vais chez elle dans l’après-midi. Sa main droite est bandée. Elle a été percée peu de temps auparavant dans la salle de bain. Le soir, les pieds. Pendant que nous jouons de la musique, elle se tord de douleur. C’est une soirée terrible, entre la musique de Mozart et la croix… Je rentre chez moi avec K.B… Durant cette soirée, A. avait les mains bandées. J.F. pensa involontairement à une stigmatisation…


3. 12 juillet 1942

Dimanche après-midi, J.F. s’en retourne. Je peux enfin parler avec A. en tête-à-tête. Angoisse et honte sont les seules choses qu’elle éprouve. Elle se sent comme au pilori, réellement « marquée ». Entre-temps quelque chose comme de la haine et de la révolte contre ceux qui l’ont amenée là. En regardant ses plaies à la main, à l’intérieur et à l’extérieur : « Maintenant vous m’avez enfin conduite jusque là. C’est là que vous vouliez m’amener depuis toujours. Et vous êtes content que ce soit allé si loin. Tout le monde me regarde maintenant. Et je suis tout à fait seule et vous le laissez seule dans cette honte. Il ne me sert à rien de parler avec vous ». Devant les plaies, elle n’éprouve que de l’horreur : le sang qui en coule (il y en a peu) n’est pas son propre sang. Il lui semble si étranger. La douleur, surtout à la main gauche, est insupportable; elle va et vient et ne cesse de se faire tout à coup poignante. Elle peut décrire exactement le clou, le genre d’arêtes qu’il a, etc. Où il passe entre les os. Il perce violemment; la tout petite plaie qui est visible n’est aucunement comparable à la douleur. Les pieds également font mal. Mais elle peut quand même marcher. Elle a les deux mains dans un grand pansement par peur qu’elles ne se mettent à saigner en présence d’invités. De temps en temps elle oublie, puis elle voit soudainement ses mains en faisant un mouvement, s’effraie et les cache derrière son dos. A la gare, elle veut faire signe de la main à l’ami dont le train démarre, elle lève la main et s’effraie à nouveau : c’est chaque fois faire à nouveau l’expérience qu’elle est proscrite. « La lèpre », dit-elle.


4. Juillet 1942

… Elle doit porter des gants. Le lundi, elle porte des gants pour s’occuper de ses clients, oublie un instant ses plaies, retire ses gants. Une femme, catholique, cause avec elle. Tout d’un coup elle fixe longuement ses yeux sur les deux mains et reste muette. A. avait mis ses deux mains l’une à côté de l’autre. Elle prit peur et chercha à les cacher comme si rien ne s’était passé…

Plus tard, de temps en temps, les plaies se font presque invisibles. Ce n’est que si on connaît l’endroit qu’on peut remarquer un petit point rouge. Leur apparition et leur disparition sont totalement imprévisibles…


5. Août 1942

Je suis absent jusqu’au 18 août… En rentrant, j’apprends l’apparition de la plaie au front. De nouveau beaucoup d’angoisse. A l’hôpital, les Soeurs chuchotent. On voit les mains d’A. quand elle les désinfecte à l’alcool. Les plaies sont alors cuisantes, mais sans correspondance avec la douleur intérieure…

W. rentre chez lui; le deuxième jour, il découvre les plaies des mains. Cela ressemble à des stigmates! … Sur son ordre, elle lui montre ses mains…

… La nuit après qu’elle eut montré ses mains à W., elle se leva très agitée pour ouvrir la fenêtre. C’était très tôt le jour de l’Assomption de Marie. Elle était perplexe sur le fait qu’on puisse voir les plaies sans les comprendre comme signe de la grâce…


6. 20 août 1942

A. connaît une forte angoisse du fait que la plaie au front pourrait rester nettement visible. La main gauche fait toujours très mal. La plaie grandit peu à peu et laisse apparaître au bord une sorte de lèvre…


7. 22 août 1942

A. est appelée à la police : une jeune fille a été victime d’un accident. Un policier la reçoit en disant : « Ô docteur, vous êtes vous-même blessée! » Les pieds saignaient à travers ses bas sans qu’elle l’eut remarqué. Elle s’en effraya beaucoup car c’était la première fois. Elle ausculta la jeune fille et l’emmena avec elle à l’hôpital. Là elle voulut faire une suture. Alors ses mains commencèrent à saigner. (Cela était déjà arrivé à plusieurs reprises à la consultation : elles saignaient justement quand A. travaillait, souvent avec des gants en caoutchouc transparents, ce qui causait de grandes taches bien visibles). De là, elle va à sa consultation. Elle avait oublié que ses bas étaient encore pleins de sang. Cet oubli lui semble un signe que Dieu ne veut pas que tout soit anxieusement caché…


8. Août 1942

Les douleurs à la main, très particulièrement la main gauche, sont insupportables. C’est un perçage de la main, comme si le clou n’arrivait pas à passer tout simplement. Cela va infiniment lentement, comme au ralenti. Comme si quelqu’un voulait passer son doigt à travers sa main en appuyant et en perçant. Cela s’accompagne d’une souffrance toute « morale », pleine d’angoisse. La couronne également la fait souffrir la plupart du temps toujours au même endroit.


9. Septembre 1942

Les plaies des mains saignent maintenant souvent et de manière très différente. Une fois la gauche seule. Puis de nouveau la droite seule. Souvent lentement et continuellement. Puis formant des sortes de boules de sang qui tombent quand elles ont atteint une certaine grosseur…


10. Octobre 1942

La nuit, son front saigne à nouveau. L’oreiller est plein de taches… Les taches sur le front sont grandes et nettes. Elle a de l’angoisse de rencontrer les gens. Mais à midi tout a de nouveau disparu…


11. Novembre 1942

Un dimanche, vers minuit, A. a eu une conversation avec sa cousine Md. qui vit chez elle depuis quelque temps. A. s’était levée une fois encore et n’avait pas fait attention au fait qu’elle était nu-pieds. Md. regarda tout à coup ses pieds : l’un saignait fort, l’autre était cicatrisé. Elle demanda effrayée : « Qu’est-ce que c’est? » A. chercha à éluder la question, mais elle était elle-même effrayée. Md. n’insista pas. En fait, il y quelque temps, les plaies des pieds avaient été totalement ouvertes. Presque toute la longueur du dos du pied était ouverte et faisait très mal. Puis les plaies se refermèrent peu à peu, elles sont maintenant plus petites…

 

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