Abbaye

19. Madame Kaegi

 

19

Madame Kaegi – von Speyr

 

Introduction

En 1936, Adrienne von Speyr avait épousé un élève d’Emile Dürr, Werner Kaegi, professeur d’histoire comme lui à l’université de Bâle. (Cf. Adrienne von Speyr et sa mission théologique, p. 24). On peut trouver sur Internet des indications sur l’oeuvre d’historien de W. Kaegi.

Dans ce second mariage, « malgré une véritable affection, l’union ne sera pas facile. Le mariage ne sera pas consommé, si bien qu’Adrienne pourra faire plus tard le voeu de virginité » (Cf. Hans Urs von Balthasar, L’Institut Saint-Jean, p. 24-25). Et le P. Balthasar ajoute, reconnaissant : « Sans l’hospitalité de Werner Kaegi, mon travail avec A., et plus tard, mon logement, place de la cathédrale(chez les Kaegi – von Speyr), n’auraient pas été possibles ». (Ibid. p. 25).

On ne doit pas trouver beaucoup d’autres renseignements sur le couple Kaegi – von Speyr dans les livres de théologie et de spiritualité du P. Balthasar. Pour en savoir un peu plus, il faut feuilleter le Journal (Nachlassbände 8-10). Quelques échantillons de ce Journal voudraient donner ici une idée concrète de cet aspect de la vie quotidienne d’Adrienne von Speyr. Ils éclaireront à leur manière toute sa mission et celle du P. Balthasar.

Patrick Catry

 

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5. (1940-1941).

Adrienne se sent malheureuse de ce qu’elle ait si peu à offrir à Dieu pour ses grâces surabondantes. Comme l’être humain est capable de peu de choses! Il ne peut même pas jeûner trois jours! Un soir, au lit, cette pensée l’a vaguement effleurée. Le lendemain, par hasard, elle arrive trop tard pour le dîner, elle n’a pas faim et donc ne mange pas. Le soir non plus elle ne mange pas. Ce n’est que le deuxième jour qu’elle saisit le rapport entre cette absence d’appétit et ce désir. Elle ne mange pas jusqu’au soir du troisième jour sans qu’elle soit touchée par un sentiment de faim ou de faiblesse. Comme elle arrive souvent trop tard à table et qu’elle mange peu à l’ordinaire, son jeûne n’est pas remarqué. Ce n’est que le soir du troisième jour que son mari lui demande accessoirement si vraiment elle ne mange plus rien. Elle répond qu’aujourd’hui justement elle n’avait pas vraiment faim. Le matin du quatrième jour, le sentiment normal de la faim lui revient, mais sans rien d’excessif.


85. 25 mai 1941
Longue conversation avec son mari sur des questions religieuses, surtout sur la Mère de Dieu. Elle sent qu’intérieurement il ne comprend rien à la chose et elle est malheureuse de ne pouvoir la lui faire comprendre…


135. Juillet 1941.

Peu après le 22 juillet nous partons en vacances. Elle avec son mari et le plus jeune de ses fils à Riffelalp, moi à Sitten, où je vais travailler au livre sur Karl Barth.


138. 30 juillet 1941

(D’une lettre d’A.). Werner (= W.) s’est demandé tout à coup s’il pouvait venir demain à la messe; il n’a pas pensé que c’était une messe de communion; il ne peut quand même pas communier et il ne veut pas non plus rester seul en arrière; je lui dis que je pouvais très bien ne pas aller à la communion non plus, mais seulement assister à la messe et rester près de lui. Je ne veux pas forcer, bien sûr. Ne pas communier justement le jour de saint Ignace ne me serait évidemment pas très facile, mais c’est cependant juste; si W. vient, je reste auprès de lui…


140. 1er août 1941

(D’une lettre d’A.). Il est cinq heures. Mes hommes (son mari et l’un des fils d’A.), H.V. et une amie font une excursion sur les glaciers…


141.

(D’une lettre d’A.) W. et Niggi (l’un des fils d’Emile Dürr élevé par A.) font des exercices avec un guide dans un lieu appelé « Idiotenhügel » (la colline des idiots) pour se préparer à une ascension dans le Mont-Rose la semaine prochaine. Je vais faire maintenant une promenade qui s’allonge chaque jour.


157. 24 août 1941

L’après-midi, elle a une conversation assez longue avec W. Dans la fièvre, mais cependant tout à fait consciente, elle lui raconte qu’elle voit parfois des anges. Elle a tout à coup le sentiment qu’il doit quand même aussi savoir quelque chose, « en avoir quelque chose ». C’est la première fois qu’elle parle à un tiers des apparitions… W. est étonné et songeur. Il pose des questions sur les anges. Est-ce qu’elle ne les voit que depuis qu’elle est catholique? Est-ce qu’elle croit que lui aussi les verrait s’il devenait catholique? Etc.


169. Lundi 1er septembre 1941

(D’une lettre d’A.). Elle a assisté à des funérailles dans l’église du Saint-Esprit… W. m’accompagnait et, bien que nous fussions assis avec les professeurs, il s’agenouilla sur le sol en quittant le banc; je ne l’avais encore jamais vu faire…


234. 28 novembre 1941

A. ne s’est endormie que vers sept heures du matin. Vers neuf heures, son mari entre (dans sa chambre) pour lui souhaiter le bonjour. En entrant, il s’étonne : Qu’est-ce qui sent ici comme ça, si fort et si bon? S’est-elle lavée avec un nouveau savon? Il revient la voir vers onze heures alors qu’elle-même ne sent plus rien : cela sent encore toujours très bon, qu’est-ce que ça peut être?


235.

Le jour de son entrée dans l’Eglise (1er novembre 1940), elle devait dire la profession de foi tridentine. Son mari l’avait lue et il s’était heurté aux mots : « extra quam nulla salus ». Malgré plusieurs conversations avec A. et moi, il était resté sur le jugement qu’il ne pourrait absolument jamais accepter ces termes…


288. Wengernalp

Elle monte là-haut parce que son mari s’y trouve. Il lui est très dur de rester quinze jours sans communier. Mais elle dit qu’ici elle ne peut avoir aucune volonté propre. W. a d’ailleurs récemment expliqué qu’elle était certes une bonne personne, mais pas une personne pieuse…


329.

Le Professeur Cantimori était invité chez les Kaegi. En les quittant, il dit à W. qu’il voudrait revenir à l’Eglise. Tout son séjour à Bâle n’avait été que pour A. – W. : Oui, c’est une bonne épouse. Cantimori : il ne comprend pas sa femme. Un amour d’en haut perce ici… W. est très songeur.


396.

W. a un grand et très douloureux abcès qui le gêne dans son travail. Il n’est pas encore mûr et ne s’ouvrira que dans quelques jours. A. le touche et, au moment même où W. quitte la pièce, tout s’épanche soudainement avec du sang et du pus; c’est totalement guéri sur-le-champ. W. est surpris; il ne savait pas qu’il suffisait à A. de toucher des endroits malades pour les guérir.


419.

(Un matin) W. vient lui dire bonjour et, en entrant dans la chambre, il dit : « Oh! Qu’est-ce qui sent si bon ici? » A. dit qu’elle ne remarque rien. W. : Si, c’est comme autrefois quand elle a senti si merveilleusement bon pour la première fois.


431.

(Une nuit, sous le coup de douleurs insupportables), elle monta chez son mari pour le réveiller. Celui-ci appela Gigon (un professeur de médecine). Il vint et s’occupa d’A. pendant une heure. Il expliqua finalement que c’était un spasme vasculaire. On ne pouvait rien y faire…


509. Janvier 1943

L’après-midi, A. eut soudain le sentiment que la couronne d’épines se déplaçait sur son front et glissait dans sa chevelure. Le soir, elle était assise avec W. dans sa chambre; à un certain moment, elle se prit en main la tête qui lui faisait très mal et elle vit, très étonnée, que sa main était pleine de sang. W. le remarqua et examina son front. Effectivement tout le cuir chevelu par devant  était plein de taches de sang et de petites plaies qui ne faisaient mal que si on les touchait.


560. Février 1943

L’après-midi, elle avait parlé du diable avec son mari. Celui-ci s’en moquait et pensait que cela appartenait à la « piété populaire », qu’un chrétien éclairé ne pouvait pas croire à ce genre de chose…


729. Juillet 1943

Il est vraisemblable qu’A. ne prendra pas de congés cette année. Elle dit qu’elle ne peut se permettre d’interrompre ses consultations. Elle n’a plus d’argent. Elle a dit récemment à W. qu’elle voyait des anges. Cela s’est fait comme allant de soi et elle en a parlé longtemps. W. fut intéressé et amical.


745. 20 juillet 1943
W. remarque qu’A., depuis qu’il est rentré, n’a rien mangé. A. m’explique  en fait qu’elle n’avait plus mangé pendant plusieurs jours. Elle ne mange pas maintenant pour jeûner, mais parce qu’elle ne sent pas la faim. Elle s’en porte bien.


769. Août 1943
Hier elle dit à W. que le lendemain les Allemands subiraient de nouveau en deux endroits une défaite décisive. Cela lui avait échappé sans qu’il y pensât et elle le regretta aussitôt. Catane et Orel tombèrent; W. fut hors de lui et il lui demanda comment elle savait cela. Elle dit qu’on parle si souvent maintenant de choses de ce genre.


837. 19 octobre 1943
Le midi, W. l’avait un instant embrassée tendrement. Il pressa la plaie du coeur qui faisait déjà très mal sans cela. A. ressentit de telles douleurs qu’elle en perdit presque connaissance.


851. 22 octobre
Les plaies saignent et sont nettement visibles. W. a pris ce matin sa main et a baisé longuement la plaie.


886. 9 novembre 1943
Le soir, elle ne sait jamais quand W. viendra lui dire une bonne nuit pour la dernière fois; il a l’habitude de venir plusieurs fois pour une bagatelle; parfois quand elle a déjà commencé à prier à genoux au pied de son lit ou à se donner la discipline, elle l’entend s’approcher à nouveau.


888. 11 novembre 1943
Le soir, W. lui dit qu’il y a des gens qui affirment qu’elle est une sainte. Porte-t-elle aussi une auréole? A. dit : « Naturellement »; elle la garde dans le tiroir du dessus de l’armoire à linge parce qu’elle est si grande. W. rit, demande si c’est vrai. A. dit : « Si tu me poses de sottes questions, j’ai bien le droit de répondre des sottises. Mais tu peux vérifier si elle est là ou non ». W. : « On doit bien la voir briller à travers la fente quand on éteint la lumière? » A. : « Le mieux est que tu ailles vérifier toi-même ». W. va jusqu’à l’armoire et reste debout devant le tiroir. Il pense que c’est trop risqué de l’ouvrir.


906. Novembre 1943
(Le soir, A. est au lit quand W. vient la voir). Elle a de l’angoisse parce qu’elle sent si fort la croix à ses épaules qu’elle pense involontairement qu’il doit la voir dépasser.


954. Mardi soir. Décembre 1943
Elle donne un grand souper avec le Recteur Henschen, Muschg, Béguin et moi. Elle est totalement muette dans sa souffrance. Quand je lui demande comment ça va, elle dit : « N’attirez pas l’attention sur moi, personne ne remarque que je ne suis pas bien ». De fait elle n’a rien mangé pendant ce grand souper, ce que personne n’a remarqué sauf moi.


992. Décembre 1943
La plaie au côté saigne et tout le côté est ouvert sur la largeur d’une main environ. Le soir, alors qu’elle changeait le pansement tout en sang, W. entra; il demanda effrayé ce qu’elle avait là; il comprit, sortit et revint plus tard; il lui demanda seulement d’une manière amicale si cela lui faisait fort mal.


1056. Mars 1944
Chaque nuit, elle dort (si elle le peut) sur la planche qu’elle glisse sous le drap du dessous. Le matin, quand son mari vient lui dire bonjour, rien n’est visible. Elle se donne souvent la discipline. Ce qu’elle invente encore d’autre, je ne le sais pas, elle n’aime pas en parler. Pendant la journée, elle se domine d’une manière étonnante.

 

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