Abbaye

29. Marie dans la tourmente

 

29

Adrienne von Speyr

Marie dans la tourmente des jours saints

 

 

Le premier livre d’Adrienne von Speyr (= AvS) fut un livre marial : La Servante du Seigneur. Si l’on veut entrer dans l’oeuvre d’Adrienne von Speyr, c’est sans doute l’un des premiers livres à lire.

 

Un autre livre marial d’AvS existe en traduction française : Marie dans la rédemption. Ce sont des méditations sur les mystères cachés de la rédemption, de la pré-rédemption et de la co-rédemption. Pour Hans Urs von Balthasar, on ne trouverait que difficilement quelque chose de comparable dans toute la littérature mariale (Cf. Marie dans la rédemption, p. 6).

 

La Mère de Dieu est souvent présente aussi dans les autres oeuvres d’Adrienne von Speyr, par exemple au tome 3 de ses oeuvres posthumes (Kreuz und Hölle [La croix et l'enfer], I. Teil = NB 3 désormais), qui n’est pas encore paru en traduction française.

 

Pour les jours saints, les évangiles signalent simplement la présence de Marie au pied de la croix, mais la Mère de Dieu est muette. Que peut-on dire de plus? Le Père J.-P. Torrell notait récemment que « la Vierge n’a nul besoin de faux honneurs » (saint Bernard), pas plus qu’elle n’a besoin de nos mensonges (Pseudo-Albert. Cf. J.-P. Torrell, La Vierge Marie dans la foi catholique, p. 11). Adrienne von Speyr ajouterait que Marie n’a besoin ni d’étoiles ni de lis : qui l’a un jour connue peut laisser tomber tout cela (NB 3, p. 80).

 

Et pourtant AvS a quelque chose à dire de Marie durant les jours saints. Ci-après quelques échantillons de ce qu’on peut glaner dans le tome 3 de ses Oeuvres posthumes. Sont d’abord regroupées quelques pensées sur la Mère de Dieu en général; viennent ensuite des « contemplations » mariales pour les trois jours saints : vendredi, samedi et dimanche de Pâques.

Patrick Catry

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I. La Mère de Dieu

 

1. Un oui de Marie jusqu’à la fin du monde

Dans l’ancienne Alliance, les prophètes peuvent tout d’abord se refuser et, par la suite, cela va quand même. Mais quand il est dit non dans la nouvelle Alliance, il y a rupture. Il en est ainsi en définitive à cause du oui de Marie. Elle promet un oui total, celui-ci garde sa valeur jusqu’à la fin du monde, et tous sont engagés dans son oui. (NB 3, p. 281).

 

2. Marie et le péché

La liberté pour le bien est quelque chose de bon. La liberté comme choix est quelque chose de neutre et, sous ce rapport, d’apparenté au chaos. Le serpent ne peut rien au bien, il peut être content quand il trouve quelque chose de neutre. Le bien n’engage pas de conversation avec le serpent, il doit d’abord s’être retiré dans le neutre et, en cela, il y a déjà une volonté. Marie  « aurait pu pécher » mais, comme elle était déterminée pour le bien, elle n’a pas voulu aller au lieu de la neutralité. (NB 3, p. 256).

 

3. L’Esprit et Marie

L’Esprit couvre Marie de son ombre et lui apporte le Fils du Père. C’est quelque chose de très particulier où chaque personne (de la Trinité) est représentée à sa manière. (NB 3, p. 225).

 

4. La conception du Fils de Dieu en Marie

L’humanité du Fils, avant sa conception, existait déjà dans la semence de Dieu. Le Fils de Dieu est beaucoup plus préformé dans la semence que Marie conçoit que ne l’est un homme. Mais naturellement cela ne veut pas dire que la semence ait été vivante quelque part avant la conception; c’est l’Esprit qui couvre Marie de son ombre, il apporte quelque chose de manière créatrice de la même manière que la semence humaine est présente avant la conception, et ce qui est apporté (par l’Esprit) contient déjà le Fils tout entier. Dans la conception ordinaire, ce n’est que l’union des deux cellules qui fait advenir l’être humain, qui détermine aussi le sexe; pour la conception de Marie par contre, dans ce qui est apporté par l’Esprit, le Fils est déjà déterminé comme celui qu’il est en vérité. (NB 3, p. 164).

 

5. Marie et la personnalité du Fils

En devenant homme, le Fils s’en est remis dans une certaine mesure au Père, à l’Esprit et à sa mère pour le genre d’homme qu’il serait. Il se laisse donner son apparence, sa personnalité… Le Père s’est ménagé un nouvel accès au Fils en le plaçant dans le sein de sa mère. (NB 3, p. 228).

 

6. Marie aime le Père

Quand le Fils rencontre Jean, et déjà quand il rencontre sa Mère, ils ne sont pas avant tout pour lui des personnes qui l’aiment, lui, mais des personnes qui aiment le Père. En tant qu’homme, il apprend à connaître l’effet de l’amour du Père sur les hommes et il reçoit par là un nouvel accès au Père, un accès d’homme. (NB 3, p. 226).

 

7. Le Père et l’Esprit regardent Marie

(Le Père et l’Esprit observent les humains et leurs possibilités). En observant les humains, le Père et l’Esprit regardent aussi Marie. De quels sacrifices est capable l’Immaculée? Quelle est son attitude vis-à-vis de ces sacrifices? De quelle manière les porte-t-elle? Comment les rend-elle au Père? A quel point elle peut être sans importance à ses propres yeux? A quel point elle fera peu de cas de son corps, de ses souffrances? Mais après ce diminuendo, il y a à nouveau la possibilité d’un crescendo : évaluer combien son corps et son âme pourront porter. Où serait atteint le seuil de ce qui ne serait plus raisonnable? L’extrême faiblesse, l’extrême limite des douleurs? (NB 3, p. 253).

 

8. Marie : son corps tout entier au service de la mission

Quand Marie rencontre l’ange, elle ne sait pas encore ce qu’est la douleur malgré sa connaissance de la vie. Elle est ingénue, son corps est comme un lieu neutre indifférent. Aucun désir en lui, aucun manque d’accomplissement non plus, pas de trop-plein. Et quand elle a conçu et qu’elle attend l’enfant, elle se réjouit au fond corporellement d’avoir un corps qu’elle peut offrir au Fils comme un lieu. Non seulement être esprit et obéissance et foi, mais être un lieu corporel. Elle a des bras pour le porter, des seins pour l’allaiter, une voix pour lui parler, des yeux pour le voir, des oreilles pour l’entendre, des traits qu’il reconnaîtra comme étant ceux de sa mère…

 

Puis viennent les souffrances. Elle est transpercée au pied de la croix. Comme la femme qu’elle est, elle endure les souffrances avec son Fils. Et ces souffrances, elle les ressent au fond plus douloureusement qu’elles ne le sont, d’une manière plus insupportable qu’elles devraient l’être parce qu’elle a part à la manière divino-humaine (de son Fils) de souffrir, parce que le toujours plus de ses souffrances à lui lui est pour ainsi dire prêté. Et cela va de soi par suite de son oui. De ce fait, presque dans une indifférence en ce qui la concerne, car toute la souffrance est en lui; et parce que cela relève de sa décision (à lui), de la volonté trinitaire, tout est bien. Et « mieux encore » que le « bien » de la création parce que c’est le « bien » de la rédemption. (NB 3, p. 250)… Chez les deux (chez Marie et chez son Fils), la conscience que le corps tout entier est pris au service de la mission. (NB 3, p. 251).

 

9. La joie de Marie

La joie de Marie d’avoir un corps est comme la joie d’un enfant qui a un jouet qu’il peut donner aux enfants pour jouer. La joie de l’enfant consisterait totalement dans le fait qu’il se réjouit de la joie de l’autre enfant. Et l’autre enfant, c’est tout enfant, qu’il soit pauvre ou riche. La joie de Marie est que, par son corps, Dieu lui-même a reçu un corps, que de son corps (à elle) sort ce corps qui conduira chaque corps à s’éterniser en Dieu; qu’elle-même, par ce corps auquel elle a jusqu’ici fait si peu attention, elle peut avoir part au corps éternel de tous les croyants. Et quand elle sent les douleurs, il y a là aussi pour elle une joie, la joie de savoir que la joie des sauvés l’emportera sur toute douleur. Elle fait l’expérience de cette douleur comme limitée à elle-même : elle la porte afin que les autres n’aient pas besoin de la sentir, afin que les autres soient heureux et arrivent à la joie éternelle en Dieu Trinité. C’est pourquoi elle ne se dérobe pas à la douleur, elle s’ouvre à elle, elle va à la rencontre de la douleur, la poitrine découverte pour ainsi dire, afin que la douleur l’atteigne partout directement si c’est pour le Fils une douleur de soulagement. (NB 3, p. 251).

 

II. Vendredi saint

 

1. Marie et le purgatoire

Le Fils n’a pas besoin de souffrir pour sa Mère, qui n’a pas de péché; de son côté, elle n’a pas besoin de passer par le purgatoire. (NB 3, p. 198).

 

2. Marie et la grande victoire

La Mère croit très profondément à une victoire de son Fils. Comme si elle donnait son consentement, comme s’il n’était pas question de victoire ou de non-victoire, c’était une obéissance à Dieu sans conditions : entre le Père et elle, une sorte de pacte dans lequel il y avait bien une place pour son élection comme Mère du Fils de Dieu, mais pour le moment seule importait son obéissance. Tout aurait été différent si elle avait voulu poser des questions et des conditions, obtenir des informations. Cela, elle ne le veut pas . Sa mission revient tout à fait en arrière dans les longues années qui ont précédé le départ du Fils de la maison, tout l’extraordinaire semble du passé, englouti dans l’ordinaire. Et il y avait peut-être une espérance que Dieu le Père en resterait là. La sainteté du Fils, sa force de rayonnement à la maison pouvait être ce que Dieu peut-être désirait. Puis vint l’incompréhensible des années de prédication; elle reconnaît que le Père n’a rien oublié. Que tout, dès le commencement, était juste. Mais elle pense toujours comme Mère et, parce qu’elle aime son Fils plus que tout et qu’elle est toute docile à Dieu Trinité, elle espère une grande victoire de son Fils. Peut-être, pour que la promesse s’accomplisse, y aura-t-il quelque souffrance à supporter, mais déjà enveloppée du rayonnement de la résurrection, et la souffrance serait quelque chose dont on pourrait venir à bout et qu’on pourrait surmonter. Ainsi l’angoisse ultime et l’ultime douleur et l’extrême impuissance seraient quand même épargnées. Car il pourrait jeter un regard en arrière sur son oeuvre comme sur ce qu’il a accompli, le royaume qu’il a fondé serait si fort et si grand que plus rien ne pourrait lui arriver. Mais quand maintenant Marie regarde les quelques fidèles et quand elle pense à tous ceux qui furent là un jour et qui sont repartis, elle est saisie d’une tristesse et d’une angoisse profondes; mais surtout, c’est le fait de ne pas comprendre qui la saisit. Ce que le Fils vit, ce vers quoi il se dirige semble ne pas s’accorder du tout avec ce que la Mère attend. (NB 3, p. 314).

 

3. L’expérience mariale de la croix

La douleur la plus profonde de Marie est qu’elle ne peut pas parler paisiblement de tous les événements avec son Fils, qu’elle ne sait pas ce qu’il pense, qu’elle ne reçoit de lui aucun réconfort, aucune consolation. Elle voit aussi l’angoisse des disciples. Et quand ensuite il est réellement arrêté, quand elle entend parler de la fuite des disciples, du reniement de Pierre, elle ne peut plus établir un rapport entre le Père du ciel et le destin de son Fils sur terre. Son oui est comme anéanti. Auparavant il était dressé verticalement vers le ciel comme une flamme, maintenant il semble tout à fait éteint. A cessé d’exister aussi toute l’ancienne Alliance : tout ce qui se dirigeait vers son oui aussi bien que tout ce qui avait là son origine. L’inutilité de son oui à Dieu est établie parce que la vie du Fils était inutile. Telle est l’expérience mariale de  la croix : elle l’éprouve dans une obéissance qu’elle ne reconnaît plus du tout elle-même comme obéissance parce qu’elle est devenue absurde. Son histoire et celle de son Fils sont comme un tas de débris, et la seule chose qu’elle voit est qu’elle perd son Fils unique d’une manière épouvantable. (NB 3, p. 314-315).

 

4. Marie inquiète de son oui

On sent l’inquiétude de la Mère quand elle sait qu’ils persécutent son Fils et que maintenant sans doute sa promesse va se réaliser. Elle cherche à retrouver la joie de son oui, mais elle ne la trouve plus. Elle se rappelle le temps du Magnificat et de Siméon et de son enfant à l’âge de douze ans et comment son inquiétude pour l’enfant n’a cessé de croître et comment les fardeaux n’ont cessé de grandir. Elle est tellement donnée à son Fils qu’elle ne pense jamais à distinguer ses propres fardeaux de ses fardeaux à lui, elle pense seulement : comment s’en sortira-t-il avec tous ces fardeaux? Et a-t-il été convenable d’avoir dit oui? Une angoisse la saisit de n’avoir pas agi correctement dans son royaume. (NB 3, p. 313).

 

5. Un oui dans la nuit

Quand Marie dit oui, c’est à ce qui vient, à l’exigence démesurée. Le oui donné au tout, globalement, ne cesse de lui donner la force de continuer à exprimer le même oui. Son oui inconnu à la croix de son Fils est contenu d’avance dans le oui connu à l’ange. Et ce oui est aligné sur le oui du Fils, qui existe depuis toujours… Le oui du Fils est comme un soutien continu pour le oui de sa Mère. Même quand elle est immergée dans la nuit de la croix, le oui de son Fils continue à exister pour elle. Pour le Fils, par contre, la croix paraît comme une césure qui est nécessaire pour que, en cet instant décisif, il dise chaque fois oui à toute nouvelle exigence démesurée. La Mère a en son Fils un continuum, son Fils n’en a pas, il est livré dans le sacrifice et il n’est recouvré que dans des oui ponctuels. (NB 3, p. 212).

 

6. Abandon

Marie était là au pied de la croix, et les femmes, et Jean. Cela n’a pas empêché le sentiment de plein abandon du Fils. (NB 3, p. 22).

 

7. Tortures

Le Fils est sur la croix. Pas hier seulement. C’est aujourd’hui que les hommes le torturent, se ruent sur lui, ne cessent de le clouer, de le fouler aux pieds pour ainsi dire de tout leur poids. « La Mère du Seigneur aussi, ils la torturent de la même manière ». (NB 3, p. 87).

 

8. Le oui à la souffrance

A l’instant où Marie dit oui, il est clair pour elle qu’elle souffrira. Que toute sa virginité ne sert qu’à être plus sensible à la douleur, qu’à pouvoir être labourée plus profondément. De sorte qu’elle ne sera plus qu’une unique douleur : pour le Fils, pour le monde, pour tous nos péchés. Quand ensuite elle est transpercée, elle se souvient : c’est cela qu’elle a attendu depuis toujours. C’est la raison dernière du oui que l’ange lui a demandé, ce qui se réalise maintenant : c’était finalement un oui de douleur, d’affaiblissement, un oui à l’impossibilité de se comprendre encore soi-même. (NB 3, p. 252).

 

9. L’angoisse

L’angoisse du Seigneur avant la croix et sur la croix… La grande angoisse, l’angoisse du Fils qui porte le péché… Et devant l’abandon absolu, quand le Père retire sa main. Comme on doit lâcher la main d’un petit enfant qui fait ses premiers pas. Le petit sait : maintenant je vais certainement trébucher; et c’est aussi ce qui arrive. D’un point de vue humain, le père a tort, l’enfant tombe réellement par terre. Puis une angoisse que l’angoisse puisse être contagieuse comme une maladie. Angoisse que Marie et Jean et tous ceux qui se trouvent au pied de la croix pourraient être trop saisis par l’angoisse. Et à partir de là le double mouvement : l’angoisse que le Seigneur amasse en lui et que néanmoins il laisse ensuite un peu filtrer, car ceux-là sont quand même bien là et on n’a pas le droit de les priver totalement de leur part d’angoisse. (NB 3, p. 305).

 

10. L’ignorance de Marie à la croix

Les pieuses femmes et Jean se tiennent au pied de la croix, mais tout à fait sur le côté, ils n’ont que peu d’importance. Le Seigneur connaît leur existence, mais cette connaissance est sans portée. Cette connaissance fait partie du tableau et en même temps elle n’a pas le droit d’en faire partie parce que le Seigneur n’a à aucun moment une vue intelligible de son action. Ni le Fils ni sa Mère ne savent qu’ils « accomplissent » quelque chose. Et aucun des deux ne sait ce que fait l’autre. La Mère sait bien que son Fils souffre en tant que Fils de Dieu, sans qu’il soit coupable, mais sa douleur ne lui permet pas de voir de quoi au fond il s’agit. D’habitude les juifs n’aiment rien tant que de savoir où ils en sont. Ici plus personne ne sait. (NB 3, p. 217).

 

11. Les porteurs de croix

Les corédempteurs… D’abord les quatre « porteurs de croix » : Marie, Madeleine, Jean et Pierre (celui-ci seulement de manière purement ministérielle); ils sont associés, mais sans en avoir conscience… Solidarité dans la rédemption contre la solidarité dans la faute. (NB 3, p. 237).

 

Le Seigneur ne quitte pas le monde en s’en allant tout simplement. Il retient tout… Il retient l’essentiel qui est autour de lui. Marie et Jean en font partie. Il voit combien le péché les tourmente. Il rassemble aussi ce qu’ils doivent porter. La souffrance de sa Mère n’est pas surtout compassion avec son Fils souffrant, elle porte avec son Fils ce que porte celui-ci pour le péché du monde. (NB 3, p. 260).

 

12. L’oeuvre de la rédemption et les chrétiens

Dans le cercle le plus restreint de l’oeuvre de la rédemption se trouvent Marie, Madeleine, Marie de Béthanie et Jean… Ils sont tous aussi bien des personnes individuelles que des types… (qu’ils représentent à la perfection). Même si à la croix Madeleine représente d’abord les pécheurs pardonnés, le fait d’être sauvée n’est cependant pas purement passif, c’est avoir part à l’amour chrétien rayonnant. Jean est l’ami humain : il devient un type justement en tant qu’il est personnellement le familier aimant. Et comme sur la croix le Seigneur est avant tout homme, il est avant tout requis de l’homme qui est son ami d’être là avec lui. Partout où un moi s’ouvre au toi du Seigneur (chez Jean de la croix par exemple), et plus précisément au toi du Seigneur crucifié, la condition principale pour la corédemption est remplie. Mais il reste une distance entre ceux qui viennent après et ceux qui ont vécu avec le Seigneur, qui ont été là à l’origine, non en vision, mais sur terre, au jour le jour. C’est une grâce irremplaçable que le privilège d’avoir vécu historiquement en même temps que lui… Etre emmené à la croix par le Seigneur ne veut pas dire encore corédemption. Le larron est emmené; après avoir reconnu activement le Seigneur et s’être repenti, il est intégré passivement par le Seigneur dans une communauté de souffrance. C’est la grâce qui provient de la croix, la situation chrétienne du pécheur sauvé par la croix. Dans la grâce de la rédemption, il y a aussi une hiérarchie, comme dans l’Eglise visible. Tous ne peuvent pas être pape en même temps, même pas les uns après les autres. On ne peut sûrement pas dire que tout le monde donne un oui (corédempteur) à la croix dans un sens ou dans un autre, du moins pas en ce monde. Mais le Seigneur s’en va et il accomplit son oeuvre sans interroger les hommes un à un. Et pourtant la Mère a donné un oui qui (par substitution) signifiait l’accord de l’humanité dans son ensemble. (NB 3, p. 201-202).

 

13. Participer à la Passion

Marie est toute orientée vers son Fils. Elle se tient à la disposition de sa volonté de porter le châtiment des hommes. A partir de là on peut dire que quiconque est de bonne volonté et est d’accord pour participer au châtiment de tous peut y avoir part… Celui qui est prêt à participer par grâce à la Passion du Seigneur, le Seigneur aussi vient à sa rencontre sur ce plan : cela donnera déjà au ciel un sens à sa fécondité, son purgatoire sera écourté… Quand le Seigneur peut considérer que la vie de quelqu’un lui est remise, qu’elle lui appartient parce que, prenant pour ainsi dire les devants, elle se met elle-même sur la croix, il la prend par grâce dans son éternité, qui était également à l’avance sur la croix, il n’a pas le souci de tenir fermée pour lui sa vie éternelle, il en laisse s’ouvrir des aspects et des points de vue mais qui sont orientés vers son propre but qui est la croix. Par grâce, il peuvent collaborer à la rédemption… En Marie comme corédemptrice se trouve la clef principale pour comprendre notre collaboration avec le Seigneur. (NB 3, p. 198-199).

 

14. Marie désemparée

Jusqu’à la mort sur la croix, Marie n’avait toujours vu les péchés que dans la lumière de la grâce, même si elle comprenait bien leur horreur – comme insulte à l’amour. Mais sa foi en son Fils lui disait : il sera plus fort que le péché et l’enfer. Maintenant qu’il est mort, elle ne sait plus si la mort n’était quand même pas plus forte que lui. Ce n’est pas un doute concernant la mission du Fils, concernant ce qu’il a fait, elle est ébranlée par la mort en relation avec le péché, ou bien par le péché à la lumière de la mort, par l’inutilité du combat. Mais elle-même ne met pas de point final, elle ne dit pas qu’elle ne veut pas aller plus loin, elle ne pense pas qu’elle pourrait désormais se livrer elle-même au péché. Le péché, même par sa victoire apparente, n’a reçu pour elle aucun pouvoir d’attraction. Elle comprend seulement que le péché est beaucoup plus puissant qu’elle ne le pensait; elle se sent accablée. Et, dans sa tristesse pour son Fils, elle sent beaucoup moins ce qu’elle a perdu que ce qu’a perdu l’humanité, elle sent ce qu’ont d’inconcevables les plans de Dieu dans l’interruption de la mission. Ce n’est pas que la foi soit perdue pour elle, c’est qu’elle ne voit plus rien. Toute sa vie, une vue l’avait accompagnée, offerte par l’ange qui lui avait donné beaucoup de pensées et d’intuitions et d’assurances, de la lumière intérieure dans la prière et dans la docilité, dans la joie et l’adoration. Maintenant non plus elle n’est pas désobéissante, il n’y a pas de révolte en elle, mais toutes les lettres du mot ‘obéissance’ sont pour elle mélangées si bien qu’elle ne reconnaît plus sa nature. Elle est désemparée. (NB 3, p. 316-317).

 

15. Descente de croix

Le Fils est rendu à sa Mère. Elle est là, elle aide, elle le tient. Dans une nouvelle manière d’être ensemble. Pour elle, il n’est pas simplement mort. Elle l’a, un peu comme on a l’accomplissement d’une prière. Il y a pour elle quelque chose de vivant dans cette mort. Comme quelqu’un qui serait caressé par une personne aimée et qui ensuite embrasserait sa propre main à l’endroit de la caresse. C’est plus qu’un simple souvenir. C’est un baiser qui vise l’aimé. Elle sent l’état du corps de son Fils : il a effacé le péché. Elle ne le sait pas avec des mots, mais elle le sait. (NB 3, p. 163).

 

16. Pietà

Quand on voit un tableau de la Pietà, on croit savoir que la Mère aime encore ce cadavre. On voit la relation entre la Mère et son Fils. Cela veut dire qu’on regarde au-delà, vers Pâques, où alors seulement la relation sera renouée. (NB 3, p. 300).

 

17. Le serpent

La fin de la croix coïncide dans le temps avec le commencement de l’enfer. L’abandon de la croix n’est pas encore immédiatement l’abandon de l’enfer. Mais, par son cri d’abandon, le Seigneur ouvre l’accès à l’enfer. Il crie au point d’écorcher l’enfer. En entendant son cri, l’enfer est atteint à son talon d’Achille. Il est en principe vaincu par ce cri. C’est curieux parce que, dans notre représentation, l’enfer est si pécheur qu’il n’a pas d’oreille pour ce cri. Mais, par ce cri, le Fils montre qu’il est capable de porter plus de péché que l’enfer n’en peut contenir. Dieu triomphe du diable. Marie met son pied sur le serpent. (NB 3, p. 210-211).

 

III. Samedi saint

 

1. L’inconnu du samedi saint

Tout chrétien dit son oui (à Dieu) en l’appuyant sur le oui de la Mère, par lequel elle a mis sa vie à la disposition de Dieu. Mais la Mère se trouve maintenant (le samedi saint) en un lieu qui n’était pas compris dans son oui. Cela ne signifie pas une réduction de son oui. Cela montre seulement qu’une modification lui a été apportée… Quand elle dit son oui, elle sait qu’elle concevra par l’Esprit Saint, il sera le Sauveur attendu et elle devra le rendre au Père : il mourra. Elle connaît l’origine surnaturelle de son Fils, de son incarnation, et elle abandonne sa propre vie à la vie de son Fils qui est en devenir; comme cadre de l’abandon qu’elle fait d’elle-même, elle prend le cadre de l’incarnation du Fils qui fait tout éclater. Et pourtant le sacrifice de Marie demeure d’une certaine manière délimitée par la naissance et la mort de son Fils; il va tout au plus au-delà de sa mort en ce sens qu’elle pressent une continuation de la mission du Fils à partir du ciel. Mais maintenant, dans cette ligne claire, l’enfer fait soudain irruption comme une voie secondaire, comme ce qui était totalement inattendu. La mort et la résurrection sont comme une partie de la vie du Seigneur ainsi que cela avait été accepté d’avance dans son oui. C’est dans le cercle fermé qui va du Père au monde et retourne au Père que joue aussi son oui. Mais vient ensuite soudainement comme une interruption abrupte de la ligne. Elle doit sauter dans l’inconnu et elle est replacée sur sa voie à un tout autre endroit. Et ce n’est qu’après coup qu’on comprend que cela aussi faisait partie de sa voie. (NB 3, p. 141-142).

 

2. Le silence de Marie

Le silence des carmes est pénitence, il appartient à la croix. C’est le silence du vendredi saint, une participation aux souffrances de la croix du Seigneur, une entrée dans l’ensemble de la Passion. Dans le silence du samedi saint par contre, celui qui se tait ne sait rien. Le Seigneur fait quelque chose de si mystérieux quand il disparaît dans l’enfer et que fait défaut toute vue d’ensemble… D’où le silence. C’est surtout le silence de Marie à la porte de l’enfer. (NB 3, p. 139).

 

3. A l’entrée de l’enfer

L’enfer est là comme quelque chose de fermé sur soi, comme quelque chose qui est d’une certaine manière livré au bon plaisir du diable. Et la Mère se trouve à son entrée, avec des anges, et elle attend son Fils qui passe à travers l’enfer et qui transforme l’enfer en y passant. Et la Mère est au courant de quelque chose… Pour la Mère, c’est tout à fait effrayant, elle sait que son Fils est livré à l’enfer. Elle ne le sait pas avec la claire certitude de Pâques, mais dans la tristesse voilée du samedi saint. Depuis hier, la souffrance s’est changée pour elle. Elle sait que le Fils revient, mais elle sait aussi qu’il ne revient pas. C’est dans ce double savoir que réside sa manière de l’accompagner, dans une angoisse indicible… (NB 3, p. 136).

 

4. Le Fils est si loin

Adrienne propose une comparaison : Supposons que quelqu’un que j’aime est opéré et que je puisse être présente à l’opération bien que n’étant pas médecin. Je vois qu’on lui ouvre le corps et qu’on lui retire des organes. Cela semble horrible et pourtant je sais que ce sont des spécialistes qui sont à l’oeuvre, le tout est rempli de sens pour plus tard. Cela suit un cours déterminé qui a un sens. J’ai peur certes pour celui que j’aime mais, parce qu’il m’est permis de l’accompagner, je ressens en même temps une sorte d’apaisement objectif. L’affaire suit son cours, elle ne s’arrête pas. Mais si je dois attendre dans la pièce voisine, si je sais seulement que l’intervention a lieu ce matin, si je n’en connais pas l’heure exacte, mon angoisse sera beaucoup moins paisible; je ne vois pas si cela se passe normalement et si cela s’arrête… On voudrait crier et on ne peut pas le faire. C’est la pure impuissance de la souffrance. Dans les souffrances de la croix on pouvait crier. Maintenant on ne le peut plus… On voudrait crier quand on voit la Mère se tenir à l’entrée; elle sait seulement qu’il se passe quelque chose, mais elle ne sait pas quoi. Elle sait d’une certaine manière que le Fils se trouve dans un combat, qu’il se passe quelque chose pour lui, et quelque chose de si sérieux qu’il s’agit d’être ou de ne pas être. (NB 3, p. 136).

 

5. L’angoisse de Marie

La Mère se tient donc en silence devant le mur (de l’enfer)… Elle n’est pas dans l’enfer, elle se tient dehors; dans l’enfer, il y a le mal qui ne peut plus avoir d’effets, mais la Mère ne sait pas ce qu’il en adviendra. Elle sait seulement que cela aboutit à un face à face entre le péché et son Fils. Et pourtant ce n’est pas un combat, mais quelque chose d’inexplicable, d’inconnu. Adrienne : « Je crois qu’elle ne sait pas ce qu’elle fait »… La Mère a comme une vision, mais c’est une vision qui n’est que pensée, imaginée. Elle pense au péché, mais comme elle peut penser au péché en tant qu’immaculée, en tant que vierge sans souillure et comme quelqu’un qui est moralement virginal, comme celle à qui manque l’expérience du péché du monde, du péché commis comme du péché subi. Elle sait seulement que le péché existe, car le Fils et bien mort à cause du péché et par le péché. Hier elle a expérimenté la puissance du péché sur son Fils. Elle a souffert avec lui, elle a compati, elle a pleuré, elle a été touchée avec son Fils par le péché aussi fort qu’il est possible de l’être à un être humain sans péché. Aujourd’hui tout est absolument différent. Elle est à nouveau dans l’angoisse pour son Fils car il a à faire encore une fois avec le péché. Mais d’une manière qu’elle ne peut plus comprendre par la compassion. (NB 3, p. 139-140).

 

6. Sans consolation

En tant que Mère du Fils, elle sait deux sortes de choses par sa mort : qu’il est mort sur la croix, qu’elle lui a dit adieu. Mais parce qu’elle est sa Mère, elle sait en même temps qu’il va vivre dans le Père. Au milieu de sa désolation, elle sait quelque chose de la résurrection. Elle ne la connaît pas, elle ne se l’imagine pas, mais elle a un savoir. Il en était ainsi hier. Aujourd’hui la mort comme la résurrection ont cessé d’exister. Aujourd’hui il n’y a que le Fils qui séjourne au milieu du péché. Et ce péché n’a plus aucun rapport avec la foi chrétienne de Marie, ce n’est plus un péché qui serait dirigé contre son Fils, qui serait saisissable, qui pourrait être vaincu par la Passion, dont on pourrait évaluer la somme par la Passion, mais quelque chose d’informe, d’absolu. Et Marie est là, et elle attend et elle tremble et elle est sans consolation, mais ce n’est pas l’absence de consolation de celui qui a perdu la consolation ou qui sait qu’une consolation est possible; c’est l’absence de consolation de celui pour qui aucune consolation n’existe. Et elle attend… et derrière le mur le péché s’accroît de lui-même. (NB 3, p. 140).

 

7. La prière de Marie. I

Une vision de la Mère de Dieu dans une prairie à proximité du fleuve de l’enfer. Elle tient fermement son enfant. Elle comprend alors ce qui est exigé : elle doit laisser l’enfant  aller jusqu’au fleuve. Elle a peur. Puis elle dit oui. Avec une grandeur et une bonté intérieure infinie. L’enfant se trouve à terre devant elle, il fait quelques pas. Sa Mère le suit un peu. Entre temps il est devenu un homme et il se tient près du fleuve. Marie a disparu. Où est-elle? Elle prie quelque part, totalement séparée de lui. (NB 3, p. 49).

 

8. La prière de Marie. II

Quelque part, Marie est assise les mains jointes. Elle prie. Elle prie parfaitement. Dans sa douleur et aussi dans les douleurs du fait qu’elle est l’Eglise. Des choses qui sont extrêmement précieuses parce qu’elles lui appartiennent totalement, mais elle ne le sait pas parce qu’elle les donne. Ce n’est encore que pour elle qu’elle pleure et, par là, elle offre exactement ce qui a une grande valeur et que Dieu attend au ciel. (NB 3, p. 320).

 

9. Prier avec Marie le samedi saint

Le samedi saint, le Fils ne peut pas agir… C’est pourquoi l’Eglise sur terre, qui vit dans l’amour, dont l’amour n’est pas lié, doit prier d’autant plus avec la Mère du Seigneur pour ceux qui n’accueillent pas encore l’amour du Seigneur, qui lient son amour; le Père fera que ces prières deviennent efficaces en suppléance pour le Fils qui, dans la vision du samedi saint, n’est pas en mesure de prier efficacement. Pour les croyants sur terre, le fleuve de la grâce n’est pas coupé, ils ont un accès immédiat à l’amour du Père. Ils interviennent avec leur prière pour le salut du monde. (NB 3, p. 95-96).

 

IV. Pâques

1. Marie

Dès que le Seigneur est ressuscité corporellement sur la terre, il apparaît aussi à sa Mère dans son corps terrestre. (NB 3, p. 65). – Cf. Lytta Basset : « Marie…a vraisemblablement été de celles qui, les premières, l’ont vu vivant après la mort » (Ce lien qui ne meurt jamais, p. 37).

 

2. Comme une naissance

Marie a senti la résurrection comme une naissance. Non en son corps qui a mis au monde le Fils, mais en esprit. Avec la joie particulière d’une mère quand son enfant est vivant, qu’il bouge et crie. Tout cela aussi dans une sorte de soudaineté et un sentiment qui jaillit comme pour une naissance. Sa désolation après la mort ressemblait aux derniers jours avant sa naissance : disposition d’Avent. Seulement tout était maintenant plus grand et, par la mort sur la croix, beaucoup plus sombre. Avant Noël, elle était associée comme celle qui doit le faire. Maintenant, elle est associée comme celle qui collabore. A la croix, sa propre contribution lui était inconnue, tout s’accomplissait dans le Fils. (NB 3, p. 177).

 

3. Celle à qui Dieu ne peut plus rien refuser

Marie est dans la même joie (que son Fils), elle est aussi simple qu’elle l’a toujours été. Elle est mère et épouse, avec autant de naturel qu’elle a dit son oui. Qu’elle soit au ciel n’empêche pas qu’elle soit tout à fait sur la terre. Elle vit dans une joie infinie, mais sans extase inutile, sans négliger ses premiers devoirs. Là où nous penserions constater une rupture, une lézarde, son oui est intact. Dans la plus stricte obéissance au Fils qui gère ce qui lui appartient et qui met tout à sa juste place. Je pense aussi que depuis la résurrection elle est devenue beaucoup plus médiatrice de toutes les grâces. Elle est passée à travers le feu bien qu’elle n’eût pas besoin de purification. Et ainsi elle vit maintenant dans l’Eglise, dans le Fils, en Dieu Trinité ou au milieu des apôtres comme celle à qui Dieu ne peut plus rien refuser parce qu’elle a obéi en tout. (NB 3, p. 323).

 

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