Abbaye

16. Portraits de saints

 

16

Adrienne von Speyr

Portraits de saints

 

Introduction

La « conversion » d’Adrienne von Speyr a eu lieu le jour de la Toussaint, 1er novembre 1940. Plus tard, un jour, Dieu lui a fait la grâce de connaître de l’intérieur la vie d’une certain nombre de saints et leur prière. Les saints sont toujours vivants dans le monde invisible de Dieu. Mais si Dieu le veut et quand Dieu le veut, ils peuvent se rendre présents au monde d’en bas, d’une manière visible ou invisible. La Vierge Marie peut apparaître à Bernadette en 1858, comme elle est apparue tout au long des siècles à un certain nombre de croyants. Et non seulement la Vierge, mais nombre d’autres saints. Est-ce possible?

Une juive découvre la foi en Jésus Christ à l’âge adulte. Depuis toujours la foi des chrétiens lui semblait impossible : qu’un homme soit Dieu, c’est insensé. Et un beau jour, ou plutôt une belle nuit, elle s’est rendu compte de ceci : « En effet un homme ne peut pas être Dieu. Mais si Dieu existe, il peut devenir un homme! Il peut faire tout ce qu’il veut, et je ne vais pas lui dire comment il faut être Dieu ». (Rosalind Moss dans R.H. Schoeman, Le miel du rocher, p. 138). Que des saints vivant dans le monde invisible de Dieu puissent se faire connaître de l’intérieur à des croyants d’aujourd’hui ou d’hier, pourquoi pas? « Je ne vais pas dire à Dieu ce qu’il peut faire et ne pas faire ».

« L’Ecriture de la nouvelle Alliance est là pour montrer que l’Esprit est toujours vivant et que le Fils vit toujours en lui. Elle est un signe que le Fils continue à agir sur terre. Quelque chose d’analogue vaut ensuite pour tout ce que l’Esprit inspire dans l’Eglise : les Pères de l’Eglise, les saints et leurs enseignements et leurs missions, etc. Tout cela est un prolongement de l’Ecriture dans la mesure où l’Esprit est à l’oeuvre de manière vivante. Et la réception de l’enseignement des saints par l’Eglise est un signe qu’elle reconnaît que l’Esprit est vivant… Les saints sont essentiellement des inspirés ». (Adrienne von Speyr, Oeuvres posthumes [Nachlassbände = NB désormais], NB 1/2, p. 242).

On trouve des portraits de saints dans un certain nombre de livres d’Adrienne von Speyr, mais surtout dans Le livre de tous les saints que le P. Balthasar a présenté brièvement dans Adrienne von Speyr et sa mission théologique (p. 58-61) et dans L’Institut Saint-Jean (p. 56).

Le terme « saints » utilisé dans ce titre est un terme « englobant » : il désigne les saints patentés,  mais aussi bien d’autres croyants. Dans le livre du P. Balthasar, Adrienne von Speyr et sa mission théologique (p. 61 ss.), on trouve ainsi deux portrait de saints aujourd’hui canonisés (Pie X et Edith Stein) et aussi le cardinal Mercier. Parmi tous les portraits de « saints » esquissés par Adrienne von Speyr, on trouve  Bernadette, Thérèse de Lisieux et le curé d’Ars mais aussi Mozart et Beethoven, Péguy et Bernanos.

Si vraiment Le livre de tous les saints est « un cadeau merveilleux fait à l’Eglise » (AvS et sa mission théologique, p. 60), le lecteur français en est encore réduit à découvrir ce cadeau dans l’original allemand (Allerheiligenbuch) ou dans sa traduction anglaise parue aux Etats-Unis en 2008 (Book of All Saints). Alors pourquoi attendre plus longtemps pour aller à sa découverte?

La présente fenêtre se propose de présenter en français quelques portraits des saints d’Adrienne von Speyr, le plus souvent par quelques extraits ou quelques résumés du texte intégral. L’Esprit souffle où il veut. Les saints sont des inspirés, nous dit AvS, il y en a qui sont prophètes, qui parlent sous l’inspiration de l’Esprit, d’autres qui se « contentent » de vivre guidés par l’Esprit. Par tous, l’Esprit de Dieu peut nous toucher aujourd’hui encore, comme il peut le faire par l’Ecriture.

Patrick Catry


1. Bernadette(1844-1879)

Une enfant innocente qui soudainement reçoit une mission. Sur le coup, elle n’y comprend absolument rien. Elle ne sait même pas ce qu’est une mission. Et maintenant l’incompréhensible est là : elle a vu Marie. Sans le savoir, elle a obéi dans la vision, et maintenant elle a à vivre ce qu’elle n’a pas compris et qui est pourtant si simple et si évident. Ce qu’elle a vu était simple; elle le raconte aussi simplement. Elle ressent bien de la méfiance autour d’elle… Mais au fond, cela ne la concerne pas; elle pense toujours que, d’une certaine manière, « c’est la vie ». Sa mission est accomplie, elle se trouve quelque part derrière elle. L’Eglise l’a tirée à elle si rapidement qu’elle se trouve comme dépouillée de sa mission, une mission dont au fond elle a à peine su quelque chose.

On la fait entrer dans un couvent. Pourquoi ne devrait-elle pas y entrer? Elle est tellement comme une enfant que ce n’est pas un problème pour elle. Au fond elle ne voit jamais le service personnel qui résulte de sa mission : elle ne voit pas que sa vie au couvent par exemple est une conséquence de sa mission… Au couvent elle essuie de terribles vexations, mais elle supporte tout avec une sorte d’obéissance aveugle; aveugle non dans le sens de saint Ignace, mais dans le sens où, simplement, elle ne se pose pas de question : elle a toujours obéi et « on » le supporte simplement. C’est en supportant qu’elle devient sainte. Comme si elle avait reçu par avance tout le don de la grâce et comme si elle devait maintenant, après coup, faire encore ce qui la rend « digne » d’avoir reçu l’apparition…

Dans sa prière, Bernadette a une simplicité d’enfant… Ce qui s’est passé autrefois à la grotte et ce qu’elle vit à présent au couvent se fondent dans une sorte d’unité et elle est encore toujours dépassée par l’ensemble; elle ne suit pas tout à fait. Cette simplicité absolue qui ne demande pas à comprendre est ce qu’il y a en elle de grand et d’unique. Elle ne sait pas ce qu’elle sait, elle ne sait pas non plus ce qu’elle fait… Elle est tellement faite pour les autres, si totalement expropriée, qu’elle ne fait que laisser passer; elle transmet sans deviner que ce qu’elle livre, elle aurait pu l’avoir pour elle.

Avant d’avoir vu Marie, la prière de Bernadette était celle d’une enfant pure. Depuis l’apparition, elle sait à qui elle s’adresse. C’est au fond toute la différence. Comme une enfant pauvre qui fait des ourlets pour les mouchoirs d’une riche dame : si une fois elle a vu la dame, elle sait ensuite pour qui elle fait le travail. Elle n’y réfléchit pas, elle ne peut pas s’imaginer le but pour lequel la riche dame a besoin de tant de mouchoirs. Mais elle sait maintenant qui les reçoit, et on lui a dit que la dame en a besoin, bien que l’enfant n’en comprenne pas mieux la raison avant qu’après. Bernadette continue à dire ses Ave maria à la dame qu’elle a vue. Elle lui dit combien elle l’a trouvée belle et aussi qu’elle souffrirait volontiers pour elle. Et cela d’une manière si absolue et avec une telle manière de ne pas se poser de question que cela tiendrait presque du fanatisme si ce n’était le simple effet de la grâce, la sainteté.

 

2. Joseph

Il a un coeur simple et il persévère dans un don total de lui-même qu’il ne comprendra jamais totalement… Pour Joseph, sa mission est une mission à côté d’une autre, celle de Marie, et ce que Joseph doit faire, c’est soutenir la mission de Marie de manière très simple… Joseph, l’homme juste, est placé dans une situation qui d’abord l’effraie; il ne comprend pas. Puis la grâce lui donne de comprendre quelque chose, mais pas tout. L’ange lui donne la certitude que ce qui se passe est juste, et il sait désormais : c’est ma route et ma route vient de Dieu. Mais il ne comprendra jamais totalement ce qui s’est passé dans la Vierge Marie. Et quand il essaie de l’aider et d’être un père pour l’enfant, il demeure toujours conscient qu’il n’est qu’un remplaçant. Sa compréhension ne va pas plus loin. Et il prie toujours plus que Dieu lui montre les chemins qu’il doit suivre, non qu’il lui donne de comprendre parfaitement. Quand il regarde la Mère et l’enfant, il comprend que c’est une grâce inouïe de pouvoir être là et de voir et de coopérer; et sa foi grandit, et sa joie aussi grandit sans qu’il doive accompagner la Mère sur ses durs chemins. Même s’il connaît des heures difficiles, puisqu’il doit prendre soin de l’enfant, il connaît cependant surtout la joie de se donner, la joie de participer, et sa prière est pleine d’action de grâce… Quand se manifeste quelque chose du Fils, de sa croissance, de sa mission, il l’emporte aussitôt dans sa prière parce que cela touche tellement sa route à lui qu’il doit garder éveillé dans la prière ce qu’il a vu. Il aime et il travaille, et son aide est telle qu’elle ne compte jamais. Depuis que l’ange lui a parlé, il est apaisé une fois pour toutes et cette paix rayonne sur tout ce qu’il fait. Il ne connaît pas l’inquiétude de celui qui calcule. Il sait qu’il participe à beaucoup de mystères même si ce n’est pas son affaire de chercher à les scruter. Il est sans curiosité; il est tout simplement pieux…


3. Benoît Labre (1748-1783)

Devant Dieu, il est très droit et très simple… Il a une sorte de prière débordante et un désir de voir Dieu qui écartent de lui toute difficulté dans la prière. Pour lui, prier est aussi naturel et aussi simple que de manger ou de dormir pour un homme en bonne santé. Il n’a de difficultés qu’avec son prochain, car il ne peut pas montrer avec les autres la simplicité qu’il a avec Dieu. Il lui est impossible de les aborder comme il aborde Dieu. Et pourtant il se sent abordé par eux comme par Dieu lui-même…  Il voudrait les amener tous à Dieu; et s’il visite avec eux tant de sanctuaires, c’est parce qu’il voudrait donner Dieu à chacun; et parce qu’il ne sait pas bien donner le Dieu qu’il possède, qu’il ne sait pas comment faire, il cherche à leur faire mieux comprendre Dieu d’une manière qui leur soit accessible : les amener par le pèlerinage à un plus haut degré de réceptivité joyeuse…

 

4. Monique (331-387)

Elle est la prière qui ne se relâche pas, la piété qui ne s’amollit pas. Elle ne connaît pas de grandes fluctuations dans sa prière. Elle est très donnée à Dieu et aussi à l’Eglise. La caractéristique de sa prière, c’est surtout sa persévérance dans l’intensité. Pendant un temps très long, elle peut répéter une seule et même prière avec la même force. La prière vocale n’est jamais chez elle une prière des lèvres seulement. Elle a au fond la prière des enfants qui peuvent prier avec beaucoup d’intensité mais sans savoir qu’il s’ensuit une réponse de la part de Dieu, sans même en attendre une, sans penser cependant qu’il n’y en a pas. On présente à Dieu avec le plus grand soin ce qu’on a à lui dire. Cela ne va pas beaucoup plus loin.

… Il lui manque certainement quelqu’un qui l’aurait aidée à donner une certaine forme à l’uniformité de sa prière. Il lui manque un élargissement qu’un autre aurait dû entreprendre… Elle ne peut pas s’imaginer que Dieu pourrait vouloir autre chose d’elle… Elle n’a personne pour l’introduire dans la prière contemplative, quelqu’un qui lui explique qu’il n’est pas nécessaire de parler sans cesse à Dieu pour être en prière…

La mission de son fils (saint Augustin) sera beaucoup plus différenciée… Quand il sera converti, il y aura chez la mère une sorte de lassitude. Comme chez quelqu’un qui a derrière lui un effort extraordinaire et qui, après, quand il s’est reposé, ne peut plus atteindre la même intensité d’effort…

 

5. François-Xavier (1506-1552)

Prière à l’époque où il prend la décision de travailler avec saint Ignace.
Père, je voudrais te servir. Toi, ton Fils et l’Esprit et notre Vierge bienheureuse. Et je voudrais t’offrir ma vie de telle sorte que tu ne doives jamais penser que je ne veux t’en donner qu’une part ou faire triompher en quelque point mon propre avantage. Je voudrais que ma vie devienne un service et que ce service, ce soit toi qui en disposes selon tes besoins, afin que tes projets, quels qu’ils soient, se réalisent mieux. Tu connais mes projets de vie, tu connais aussi la joie que j’ai pour mes propres aptitudes, et la joie que j’ai de pouvoir développer mes capacités et mes connaissances. Mais je voudrais t’abandonner entièrement cette joie, qui n’est pas de l’orgueil au fond, et te remettre tout ce que j’ai pour que je ne fasse rien d’autre que ce que tu as projeté pour moi. Tu vois cette nouvelle fondation qui naît et comment ces hommes ne cherchent et ne visent que ce qui est tien. Et je crois comprendre nettement que tu veux que je devienne l’un d’entre eux et que nos forces soient utilisées par toi de telle sorte qu’aucun d’entre nous ne sache plus jusqu’où va ce qui lui est propre, ce qui est à moi et ce qui est propre aux autres. Peut-être cela sera-t-il pour moi un sacrifice parce que j’étais habitué à jeter des coups d’oeil en arrière. Cela aussi, je le dépose entre tes mains, Père. Mes habitudes ainsi que tout ce à quoi j’étais attaché en apparence ou réellement, je veux te les remettre et je veux faire avec les autres, dans une parfaite obéissance, tout ce que tu veux si seulement tu me montres que ce chemin est le bon. Mais je crois que tu me le montres déjà par le chemin des autres qui me paraît clairement être juste. Bénis, Père, ce qui va se faire, bénis chacun de nous et fais que ton oeuvre, que tu fais par nous, soit utile à ton Eglise tout entière. Amen.


6. Origène (vers 185-254)

2e prière.
Père, tu sais qu’aujourd’hui, dans la prédication, je vais parler de toi et du Fils et de l’Esprit, de votre lumière trinitaire. Je l’ai annoncé, et tous s’y attendent. Et c’est aussi la continuation de ce que j’ai commencé. Père, c’était sans doute manque de vénération, mais je croyais posséder la force et l’intelligence nécessaires pour percevoir ton être trinitaire, et je croyais aussi être capable de le décrire. Et surtout aussi que je pourrais éveiller dans ta communauté le désir de la connaissance. Et maintenant je vois que le désir que j’ai de toi est sans doute trop petit, et le désir que j’ai de la connaissance trop rationnel, trop rempli de problèmes. Pas assez simple et pas assez pur. Père, vois, l’intention était bonne, et maintenant je ne sais pas comment la réaliser. Maintenant j’ai l’impression que tout ce que j’ai à dire sonne creux. La raison en est que c’est moi-même qui suis l’obstacle parce que trop de ce que j’ai utilisé pour la recherche, pour la connaissance, provenait de moi. Père, tu dois m’aider, je t’en prie : fais cela totalement une fois au moins afin que ta communauté ne soit pas scandalisée à mon sujet, afin qu’elle ne croie pas que tout est si petit, si bien limité comme je le vois maintenant, mais qu’elle comprenne bien plutôt que chacune de tes vérités est infiniment plus grande que la pauvre compréhension que j’en ai. Père, je te promets que désormais je me mettrai plus et mieux à la disposition de ta Trinité, d’être toujours moins soucieux de moi et des agréments et de chercher à te servir, toi, le Fils et l’Esprit. Mais accompagne-moi, Père, et fais que tout ce qui, par ma faute et mon insouciance, menace d’être néfaste tourne en bien. Amen.

 

7. Angèle de Foligno (+ 1309)

Prière d’action de grâces après la communion.
Seigneur, ta première épouse fut Marie : elle a pu te porter à la fois comme mère et comme épouse. Tu as habité en elle. Et maintenant, Seigneur, que tu es venu à nous dans l’eucharistie, tu habites en nous comme si nous étions tes mères et tes épouses. Dans l’Esprit qui nous fait comprendre que tu es vraiment présent dans l’hostie, tu te laisses recevoir par nous comme ta mère t’a reçu das l’Esprit et par l’Esprit. Seigneur, bien que nous sachions à quel point nous sommes indignes, nous sommes maintenant remplies d’un sentiment infini de gratitude. Tu habites en nous, tu es en nous, tu habites en nous pour nous accompagner, tu demeures en nous, tu ne nous laisses pas toutes seules. Et en nous permettant de faire pour toi, à notre manière imparfaite, quelque chose de ce que Marie a fait pour toi à sa manière à elle qui était parfaite, tu nous entraînes plus profondément dans ton mystère. Seigneur, je t’en prie, prends-moi tout entière, viens à moi avec toute ta mission, permets que j’accomplisse totalement ta volonté. Et j’en suis sûre : parce que tu es venu, tu permets que je fasse au moins quelque chose,que mes soeurs fassent au moins quelque chose et que tous ceux qui croient en toi te portent. Mon merci, Seigneur, est comme je suis : faible et imparfait. Et cependant je voudrais que mon merci soit aussi grand que ma foi, car ma foi ne dépend pas de moi, c’est un cadeau que tu m’as fait. Elle vient de toi avec toute la plénitude que Dieu le Père lui donne, elle vient par toi jusqu’à nous tous sans altération. Fais que notre merci et notre foi ne fassent qu’un et que nous ne nous en servions que pour te servir. Seigneur, bénis tous ceux qui t’ont reçu aujourd’hui, et donne à tous ceux qui se refusent encore à toi ou qui ne veulent rien savoir de toi de commencer lentement à se tourner tous ensemble vers toi et de devenir ainsi capables de recevoir bientôt ta pleine bénédiction. Amen.

 

8. Cécile (+ vers 230)

Prière à l’approche du martyre.
Seigneur, la mort est proche. C’est la mort que tu me permets de mourir. La mort vers laquelle il m’est permis d’aller pour toi, pour les autres croyants, pour tant d’hommes qui devraient encore venir à la foi. Je te remercie pour cette grâce, car je sais qu’une telle mort est une grâce pour toute ton Eglise. Elle n’est pas isolée, elle est en relation avec la mort de tous les martyrs qui ont joyeusement donné leur vie pour toi. Pour toi, pour ton Eglise, pour tous les croyants, pour tous ceux qui vont venir. Je ne puis pas te remercier assez pour cette grâce. Mais tu vois que je suis une faible femme et qu’à la fin l’angoisse ne me sera peut-être pas épargnée. Mais je te prie, je te prie avec la force que me donne en face de toi la promesse que j’ai faite : permets que je meure vraiment selon ta volonté et que je puisse jusqu’au dernier instant montrer à ton Eglise combien je t’aime et que je ne reçois la mort que par amour pour toi et dans la disponibilité à faire ta volonté. Accorde-moi l’aide nécessaire, laisse-moi souffrir avec toi et donne ta grâce à tous ceux qui, après moi, devront marcher vers la mort par le même chemin. Bénis les miens qui ne croient pas encore, bénis les miens qui ont déjà la foi, bénis tous les croyants qui, par toi, sont devenus mes proches, bénis toute ton Eglise et finalement reçois encore de moi mon merci de pouvoir comprendre maintenant en vérité quelle grande grâce c’est de pouvoir mourir pour toi. Amen.


9. Newman (1801-1890)

(P.C. Le pape Benoît XVI a béatifié Newman le dimanche 19 septembre 2010. C’est l’occasion d’aller voir le portrait qu’en donne Adrienne von Speyr. – Ce portrait a été édité en 1966).

Il prie très soigneusement, avec un amour soigneux, juste, un amour qui ne souffre rien qui ne soit totalement pur et totalement honnête. Il apporte dans sa prière tout ce qui le tracasse et l’occupe. Il l’apporte sans l’avoir trié au préalable; il le trie dans la prière. Et dans la prière, il reçoit de savoir avec certitude si ce qu’il a apporté est vraiment utile, si Dieu peut s’en servir, si Dieu peut le bénir. Si Dieu le bénit, il le contemple encore une fois dans la prière et il voit si cela rayonne maintenant la lumière de Dieu. Ses pensées, ses préoccupations, ses prières, ses recommandations sont comme des diamants qui tout d’abord n’étaient pas taillés et dont il ne savait pas si c’était au fond des diamants. Puis l’expert, c’est-à-dire Dieu, les regarde et les taille comme il faut, et finalement Newman voit lui-même aussi que c’était réellement des pierres précieuses. Mais on doit bien dire que presque tout ce qu’il apporte à Dieu est réellement du diamant, qu’auparavant il a déjà opéré saintement un choix.

Et ensuite il a fait abnégation de soi, il s’est prosterné, il s’est livré, comme s’il était un religieux. Son ascèse, son idée de l’obéissance à Dieu, son idée de la chasteté, de la pauvreté, de l’amour sont absolument dignes d’un religieux et à vrai dire d’un religieux éprouvé. C’est comme si au temps de sa conversion il avait reçu intensément de manière infuse toute la vie d’un religieux. Il possède une règle qui est en Dieu.

Son travail, il l’aime parce que c’est le travail de Dieu. Il y a là des choses qu’il aime beaucoup, d’autres qui lui pèsent; mais celles-ci aussi il les aime d’un amour soigneux parce qu’il veut que l’oeuvre appartienne tout entière à Dieu. Souvent c’est comme s’il écrivait avec son sang et comme s’il utilisait ses dernières forces pour comprendre quelque chose. Il lui est beaucoup demandé personnellement. Il se trouve au fond à son travail comme un fondateur d’ordre vis-à-vis de sa fondation.

Les hommes, il les aime. Un peu curieusement. Il voit en eux des créatures de Dieu, mais un peu comme un entomologiste qui aime ses insectes. Il a souvent du mal dans le premier contact avec quelqu’un. Il ne le reçoit qu’en passant par Dieu.

Il n’a pas de visions. des inspirations de temps à autre. Des certitudes soudaines, mais rarement. Il se développe très, très lentement. Pendant longtemps il semble qu’il n’y a aucun progrès, puis soudain il a quand même fait trois pas. Et puis de nouveau il n’en fait plus, et tout d’un coup il en fait dix. Mais sa vie tout entière est un développement qu’on ne peut pas arrêter.

Les hétérodoxes, il les aime, il les comprend, il espère qu’ils vont venir. Mais il a beaucoup de compréhension pour leurs hésitations.

Il aime l’Eglise. Il a pourtant du mal à s’y habituer. Il espère toujours pouvoir lui rendre davantage quelque chose de ses dimensions divines. Il souffre beaucoup qu’elle montre tant d’humain. Il l’aime un peu comme on aime un enfant qui n’est pas aussi réussi qu’on l’espérait, mais on n’abandonne pas l’espoir que cela peut encore venir… Newman est certainement un grand saint… …

10. Joseph (deuxième portrait)

Certaines tentations ne lui ont pas été épargnées. Il est dans l’état séculier, il vit dans sa propre maison dans le monde, mais avec une femme qui est vierge. Il a certes une sorte de clôture, une règle qui lui a été donnée par Dieu. Mais son état, c’est le mariage dans lequel il est en même temps exercé à la continence. Il a toujours été chaste certes, mais intérieurement il s’est quand même préparé au mariage. Et il a à vivre ce mariage en faisant abstraction de tout ce qui constitue la vie instinctive d’un homme normal. Il n’est pas épargné par Dieu, on exige quelque chose de lui. Il est exposé. C’est son côté jésuitique (NB 11, p. 36-37).


 

20/02/2015. A suivre

Hôtellerie
Vous souhaitez faire une pause spirituelle ?

Hôtellerie de l'Abbaye

Spiritualité
Découvrez les richesses de la foi avec d'autres croyants.

Spiritualité

Paroisse
Célébrez les mystères de la foi avec d'autres croyants.

Wisques - Paroisse


LiensMentions légales | création site web arsitéo